L
241 pages
Français

L'intelligence collective

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Description

L'intelligence collective est au coeur de nombreux débats contemporains. Face à l'émergence de crises sanitaires, écologiques, économiques ou sociales d'une ampleur et d'une complexité sans précédent, l'intelligence collective offre une médiation possible. En intégrant une pluralité de regards complémentaires, elle contribue à former un tableau plus juste de situations qui échappent à la maîtrise du seul regard expert. Issu d'un projet porté par l'association des auditeurs de l'Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie, cet ouvrage est le résultat d'une volonté : croiser les regards et explorer ensemble les différentes facettes de l'intelligence collective.

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Informations

Publié par
Date de parution 13 janvier 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140140372
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

L’INTELLIGENCE COLLECTIVE :
REGARDS CROISÉS
L’intelligence collective est au cœur de nombreux débats contemporains.
Face à l’émergence de crises sanitaires, écologiques, économiques ou
sociales d’une ampleur et d’une complexité sans précédent, l’intelligence
collective offre une médiation possible. En intégrant une pluralité de
regards complémentaires, elle contribue en effet à former un tableau plus
juste de situations qui échappent à la maîtrise du seul regard expert.
Issu d’un projet porté par l’association des auditeurs de l’Institut des
Hautes Études pour la Science et la Technologie, cet ouvrage est le résultat
d’une volonté : croiser les regards et explorer ensemble les différentes
facettes de l’intelligence collective. Présentations thématiques et grands
témoignages, synthèses et expériences se complètent au fl du texte pour
aborder les conditions de sa mise en œuvre, ses domaines d’application,
mais aussi ses limites.
Cet ouvrage a pour vocation de révéler les fruits d’une collaboration
et de témoigner d’une expérience : la production d’un ouvrage sur Sous la direction de
l’intelligence collective réalisé en intelligence collective. Jean-Marc Deltorn, Audrey Mikaëlian
Ouvrage collectif de l’association des auditeurs de l’Institut des Hautes et Évelyne Pichenot
Études pour la Science et la Technologie, le texte intègre les contributions
issues d’un atelier d’écriture collective (« booksprint ») ainsi que les
regards de 16 grands témoins.
Direction : Jean-Marc Deltorn, membre du Centre d’Études Internationales de
la Propriété intellectuelle (université de Strasbourg). Il explore les relations entre
droit et intelligence artifcielle. Audrey Mikaëlian , journaliste scientifque TV.
Depuis 1998, elle jongle avec effcacité et bonne humeur avec ses multiples casquettes : L’INTELLIGENCE COLLECTIVE : journaliste-réalisatrice, autrice transmédia et rédactrice en chef. Évelyne Pichenot,
membre honoraire du Comité économique et social européen à Bruxelles ainsi que REGARDS CROISÉSdu Conseil économique, social et environnemental de France. Évelyne a siégé durant
quinze ans dans ces instances consultatives représentatives de la société civile.
Contributeurs au booksprint : Myriam Cau, Anne Coudrain, Olivier Dargouge,
Jean-Marc Deltorn, Audrey Mikaëlian, Frédérique Pain, Évelyne Pichenot,
Guillaume Ravel.
Grands témoins : Nozha Boujemaa, Sylvane Casademont, Myriam Cau, Joël
Chevrier, Anne Coudrain, Jean-Marc Deltorn, Isabelle Forge-Allegret, Thomas
Emmanuel Gérard, Arnaud Groff, Guillaume Houzel, Delphine Leteurtre, Antoine
Petit, Olivier Piazza, Évelyne Pichenot, Stéphane Riot, Willie Robert.
Illustration de couverture : pixabay
ISBN : 978-2-343-19306-9
25 e
INTER-NATIONAL
Sous la direction de
L’INTELLIGENCE COLLECTIVE :
Jean-Marc Deltorn, Audrey Mikaëlian INTER-NATIONAL
REGARDS CROISÉS
et Évelyne Pichenot
INTER-NATIONAL







L’intelligence collective :
regards croisés


Collection « Inter-National »
dirigée par Denis Rolland, Joëlle Chassin
Françoise Dekowski et Marie-Hélène Touzalin

Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus
récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces
politiques et culturelles à l’œuvre aujourd’hui. Au croisement des
disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations
internationales, de l’histoire et de l’anthropologie, elle se propose,
dans une perspective pluridisciplinaire, d’éclairer les enjeux de la
scène mondiale et européenne.

Dernières parutions

eMiguel SUAREZ BOSA, Le port de Casablanca au XX siècle. Une
source de développement pour le Maroc, 2019.
Guy LORANT, Les ambiguïtés de la démocratie participative, De Porto
Alegre aux Gilets jaunes, 2019.
Despina TOMESCU, Roumanie histoire d’une identité,2019.
Jean KUDELA et Bernard LORY (dir.), Le regard sur l’autre en Europe
médiane, 2019.
Rubenilson BRAZAO TEIXEIRA, avec la participation d'Edja Trigueiro,
Des deux côtés de l’Atlantique : Natal-Dakar dans une perspective
comparative, 2018.
Jules DURAND, Lettres de prison- septembre 1910-février 1911, 2018.
Félix PAVIA, Mexique : la guerre perdue contre le narcotrafic, 2018.
Laurie SERVIÈRES, Colombie : la paix comme levier politique
internationale, 2018.
Antonia AMO SÁNCHEZ, Marie GALÉRA, Métissage de la création
théâtrale. Amérique hispanique/Espagne/France, 2018.
Tristan LEFORT-MARTINE, Des droits pour la nature ? L’expérience
équatorienne, 2018.
Mariella VILLASANTE CERVELLO et Raymond TAYLOR (sous la dir.
de), avec la collaboration de Christophe DE BEAUVAIS, Histoire et
politique dans la vallée du fleuve Sénégal. Mauritanie. Hiérarchies,
échanges, colonisation et violences politiques, VIIIe-XXIe siècles. Essai
d’histoire et d’anthropologie politique, 2017.
Catherine DURANDIN, Irina GRIDAN, Moldavie, repères et
perspectives, 2017.
Ruggero GAMBACURTA-SCOPELLO, Les régimes passent, l’État
développementaliste demeure. Le cas de la Banque Nationale de
Développement Économique et Social (BNDES) au Brésil, 2017. Sous la direction de
Jean-Marc Deltorn,
Audrey Mikaëlian
et Évelyne Pichenot





L’intelligence collective :
regards croisés










Remerciements :
Ce projet a bénéficié du soutien de l’Institut des Hautes Études
pour la Science et la Technologie (IHEST).
La publication de cet ouvrage a été permise grâce au soutien
de la Fondation ParisTech.














© L’Harmattan, 2020

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-19306-9
EAN : 9782343193069 L’Institut des hautes études
1 pour la science et la technologie
L’IHEST est un établissement public à caractère administratif, sous
tutelle des ministères chargés de l’Éducation nationale, de l’Enseignement
supérieur et de la Recherche, créé par décret du 27 avril 2007. L’Institut
des hautes études pour la science et la technologie assure une mission de
formation, de diffusion de la culture scientifique et technique et
d’animation du débat public autour du progrès scientifique et
technologique et de son impact sur la société.
Les sciences intègrent l’ensemble des dimensions d’une société, et
produisent les innovations qui œuvrent à son évolution. Fort de ce
constat, le cycle national de formation de l’IHEST propose une immersion au
cœur de l’écosystème de recherche et d’innovation en France et à
l’international afin de poser les bases d’une meilleure appréhension et
anticipation des défis de demain. Le cycle national répond à la nécessité
citoyenne de former ensemble les cadres dirigeants des secteurs publics et
privés à une culture des sciences, de l’innovation et de la technologie pour
les aider à mieux faire face à la complexité du monde, comprendre et
anticiper ses mutations, accompagner et influencer les transformations, faire
des choix lucides et partagés.
Changement climatique, transformation digitale, énergie,
alimentation…, les défis de notre société transcendent les sphères publiques et
privées. C’est à la croisée de ces deux mondes et de leurs enjeux que le
cycle IHEST concentre ses sujets de réflexion. Chaque année, la
thématique générale du cycle se décline en différents domaines spécifiques,
comme l’intelligence artificielle, les data, la santé, l’énergie, l’éducation, la
mobilité, etc. ou en thématiques transverses comme l’économie de la
connaissance, le design, la responsabilité sociale de l’entreprise, les risques
ou l’innovation durable. Chaque sujet est observé sous le prisme de
différentes sciences, de différentes préoccupations sociales, de différentes
sensibilités culturelles.
Au fil des ans, à l’issue du cycle annuel, des auditeurs se
regroupent au sein d’une Association des auditeurs (AAIHEST) pour
apporter leur concours au rayonnement de l’institut de formation et
promouvoir une culture partagée de la science et de la technologie.
Ainsi, ils forment un réseau porteur des liens entre « science et
société » et mettent au service du bien commun cette formation et leurs
expériences comme en témoigne cet ouvrage Regards croisés sur
l’intelligence collective initié par l’Association.


1 Ce texte est tiré en partie de la plaquette de présentation du Cycle annuel de
l’IHEST. Pour plus d’informations sur le Cycle annuel ainsi que sur les missions
et activités de l’IHEST, le lecteur est invité à visiter le site de l’Institut :
http://www.ihest.fr
PRÉFACE
L’intelligence collective est sur le devant de la scène. Elle
s’invite dans les colloques ou les séminaires. Réputée
vertueuse, parée de toutes les qualités, l’intelligence collective
s’impose dans les discours comme dans les pratiques.
Conceptuellement, elle a tout pour plaire : elle consacre la
réflexion et promet le meilleur par la convergence des
opinions et/ou des expériences. Sur le plan de la dynamique de
groupe, elle permet à chacun de participer et de contribuer à
la décision ou à la délibération. On peut lui appliquer la
fameuse formule attribuée à Henry Ford : « se réunir est un début,
rester ensemble est un progrès, travailler ensemble est la réussite ».
Mais, l’intelligence collective, de quoi s’agit-il au juste ? d’une
nouvelle mode managériale ? ou bien d’un outil
méthodologique pas si facile à manier, mais permettant de saisir la
multidisciplinarité des questions qui se posent dans les
organisations – ou plus largement dans la société – et de répondre
aux besoins d’inclusion des parties prenantes ?
Edgar Morin nous a enseigné que notre monde est
complexe. Rares sont désormais les problématiques qui se
contentent d’une réponse monodisciplinaire ou experte.
L’expertise est indispensable pour traiter des problèmes
compliqués qui requièrent des compétences pointues,
techniques, reconnues ou académiques. Toutefois, elle ne rend
pas compte de toutes les situations. Les problématiques que
rencontrent les décideurs sont devenues complexes et
singulières : face à des enjeux qui imbriquent économie, société,
culture, géopolitique, gouvernance, et à l’intelligence artifi-
cielle qui les confronte à des milliers ou des millions de
données de tous ordres, ils doivent prendre en compte une
infinité de facteurs et faire émerger des solutions aptes à traiter
la complexité des situations et leurs conséquences. Les
approches normatives, spécialisées, ne suffisent plus. Pour
passer du compliqué au complexe, il nous faut mobiliser de
nouvelles ressources et repenser la façon de prendre et de
mettre en œuvre les décisions.
Fondée sur le constat que le groupe est beaucoup plus
que la somme des individualités qui le composent,
l’intelligence collective est d’abord simplement une méthode
de travail, visant à associer plusieurs personnes, ayant un
objectif commun, permettant de traiter un problème ou un
ensemble de problèmes, et d’imaginer des solutions et des
actions d’autant plus pertinentes qu’elles auront été
proposées par une diversité d’acteurs concernés. Le recours à
l’intelligence collective permet de décloisonner, de remédier
à la « disjonction des connaissances », de créer un dialogue
contradictoire et fécond, et, in fine de rendre compte de la
complexité et de la gérer. La méthode fondée sur
l’intelligence collective permet de catégoriser puis de
confronter, de hiérarchiser, d’agencer et de relier les savoirs.
Ce faisant, elle appréhende les facteurs de contingence d’une
situation et, si elle se fonde nécessairement sur l’approche
experte, elle la complète. Mais elle requiert une très forte
exigence méthodologique pour établir entre les individus du
groupe un dialogue fécond, fondée sur l’observation des
faits, sur des connaissances éprouvées et sourcées et non sur
leurs opinions, et sur la pratique, entre eux, de la
controverse, au sens où on l’entend en sciences, qui seule peut
tester puis assurer la robustesse de la réflexion et des
conclusions.
À cette exigence intellectuelle s’ajoute au préalable toute
une forme d’ingénierie propre à définir les modalités de
contribution des acteurs. La méthode de l’intelligence
collective ne se confond pas avec les démarches participatives
qui se contentent de recueillir et de compiler les réponses.
10 Elle nécessite un protocole qui rend compte de la qualité des
travaux menés et des réflexions qui concourront à la prise de
décision. Ainsi, « s’aventurer en intelligence collective » n’est
pas tâche facile et soulève de nombreuses questions :
comment motiver et mobiliser autour d’une problématique ou
d’une cause ? Quels sont les biais associés à la parole
profane ? Comment évaluer la légitimité ou les intérêts des
acteurs ? Comment distinguer et reconnaître les travaux menés
en intelligence collective ? Peut-on s’appuyer sur la loi forte
des grands nombres et considérer que la multiplicité des
opinions sera garante de la pertinence des analyses et/ou des
solutions formulées ?
L’intelligence collective quitte parfois son statut de
méthode de travail pour revêtir une autre dimension, presque
philosophique, qui dépasse l’objectif pour lequel elle a été
mise au point. Elle devient elle-même objet de débat lequel
recouvre un modèle de société ou à tout le moins une
éthique de vie. Utopie pour certains, révolution dans les
comportements sociaux pour d’autres, les tenants de
l’intelligence collective sont ambitieux et la considèrent
comme le symptôme d’un besoin d’écoute et de démocratie
sociale en même temps qu’un moyen propre à les raviver. En
effet, la pratique de l’intelligence collective manifeste à un
instant donné l’intérêt porté à une question via la
mobilisation des citoyens ou du corps social d’une entreprise. Elle a
donc des effets induits : elle crée des occasions inédites
d’échanges, contribue à la transversalité et permet de
s’approprier au travers de son expérience une problématique
qui jusque-là semblait hors de portée. En s’engageant au-delà
de sa posture institutionnelle, elle stimule la créativité,
discute ou fait émerger de nouvelles hypothèses, permet de
collecter un matériau inédit ou encore promeut des idées,
des projets et crée les conditions de l’engagement. Elle
articule les considérations stratégiques et opérationnelles en
reliant la pensée à l’action, bref elle démocratise la décision.
Ce faisant, elle redonne ainsi espoir quant à la pertinence
de l’action du plus grand nombre. Nombreuses sont les
dis11 ciplines qui permettent de retracer sa genèse, et l’histoire des
idées nous renseigne sur l’intérêt porté désormais à
l’intelligence collective qu’il s’agisse de considérer la
perspective économique (citons, par exemple, Adam Smith),
politique (en particulier De Tocqueville) ou encore
philosoe phique (les écrits du début du XXI siècle de John Dewey
sont lumineux).
Il est plus facile de vivre en théorie qu’en pratique. Car
rendre compte des pratiques d’intelligence collective pour
fédérer, façonner et expliciter des techniques ou un corpus
de méthodes n’est pas aisé. Et les controverses ne manquent
pas. Par conséquent, faire la démonstration de la capacité
d’un collectif à intégrer la parole experte, à converger et à
influer sur le cours des choses se heurte au réel, au doute, à
l’inertie, au risque qu’il est difficile de faire prendre à un
collectif. Les intentions visant à s’essayer et initier des
dispositifs d’intelligence collective se multiplient. Mais l’évaluation
reste à mener pour cartographier les pratiques, distinguer les
usages.
C’est dans ce cadre qu’une centaine d’auditeurs et
auditrices formés au cours des treize dernières années à l’IHEST
se sont intéressés au sujet. Au cours du cycle national «
Enjeux sociétaux, sciences et décision », les auditeurs
expérimentent en effet des dispositifs d’intelligence collective
permettant de faire dialoguer scientifiques et experts avec les
représentants de la société que sont les cadres dirigeants en
formation. Ces auditeurs(trices), regroupés aujourd’hui au
sein de l’Association des auditeurs de l’Institut des hautes
études pour la science et la technologie (AAIHEST), ont eu
envie d’explorer la mise en pratique de l’intelligence
collective une fois terminée leur formation, une fois revenus dans
leurs institutions, et de partager leurs propres expériences.
Ils/elles ont souhaité livrer leurs recherches, leurs lectures,
leurs réflexions, leurs convictions même, tout en les
émaillant d’exemples concrets. Pour aller plus loin en pratiquant
ensemble la démarche d’intelligence collective, ils/elles se
sont mobilisés autour d’un projet commun.
12 Le projet, singulier, a été d’écrire un ouvrage sur
l’intelligence collective en pratiquant l’intelligence collective.
Mais comment diable écrire un ouvrage dans des délais très
rapides (six mois) en renonçant à la primauté de l’auteur ?
Comment renoncer aussi à toute intentionnalité et laisser les
un(e)s et les autres livrer leurs perceptions, leurs expériences
ou leurs convictions relatives à l’intelligence collective et à
ses pratiques ? Comment donner du sens à ces échanges, à
ce foisonnement d’idées et les rendre intelligibles et
présentables ? Comment ne pas prétendre à la rédaction d’une
énième version policée de l’intelligence collective ? C’est le
résultat de cette épopée que les lecteurs trouveront ici.
Cet ouvrage est une mise en abîme. Il agence la parole
experte des grands témoins avec les discussions relatives aux
pratiques et parcourt les grandes questions qui se posent :
quelles définitions, quelles réalités pour l’intelligence
collective ? Quelle typologie d’usages ? Quelles approches, quelles
méthodologies ? Et de façon plus subversive, quelles
perspectives, quelles utopies, quel dévoiement de l’intelligence
collective ? Ce texte surprend et contrevient sans doute aux
canons classiques. Il ne se présente pas par son fil directeur,
mais par ses nuances et le relief du « patchwork » qui
multiplie les angles de vue et par l’agencement des savoirs révélant
le sens des propos et des rencontres. Ces pages rendent
compte de l’intelligence collective en action, avant qu’elle ne
soit assimilée par les systèmes. Elles comportent par
conséquent nombre d’imperfections que d’aucuns ne manqueront
pas de relever et nous les invitons à le faire et à nous les
communiquer.
Ces pages, enfin, témoignent d’une expérience unique
pour tous ceux qui de près ou de loin ont permis que ce
document s’élabore avec passion et angoisse, en défiant les
règles et le temps. Que chacun soit remercié pour ce chemin
parcouru. Malgré l’incompréhension parfois suscitée, les
doutes, l’expérience de l’intelligence collective est devenue
tangible quand il s’est agi d’accepter de se laisser guider par
13 l’intuition, par la dynamique des auditeurs, par leurs
convictions et par leurs contradictions.
Bref, cet ouvrage est, nous l’espérons, l’initiation d’un
processus, une première étape qui s’enrichira des questions
qu’il suscite.
Merci aux contributeurs de ce petit ouvrage et bonne
lecture à tous ceux qui s’y plongeront.

Pour l’Association des auditeurs de l’Institut
des hautes études pour la science et la technologie,
Fabien Seraidarian,
Président de l’AAIHEST,
Doyen associé à l’innovation, SKEMA Business School.

Pour l’Institut des hautes études
pour la science et la technologie,
Sylvane Casademont,
Directrice de l’IHEST.

14 Ceci n’est pas un livre…
mais le résultat d’une expérience d’intelligence
collective sur l’intelligence collective
Ce livre n’est pas un ouvrage autoritaire et spécialiste sur
l’intelligence collective. Ni exhaustif ni théorique, il s’appuie
d’abord sur les contributions d’un groupe d’auditrices et
d’auditeurs issus du cycle annuel de formation de l’IHEST.
Regards de praticiens, récits de grands témoins,
spécialistes et simples observateurs se mêlent au fil de l’ouvrage
pour livrer une vision composite, partielle – et parfois
partiale – de l’intelligence collective. Résultat d’une année
d’échanges durant laquelle se sont succédé colloques,
ateliers, questionnaires, appels à contribution et finalement –
pour les plus aventureux – « booksprint », l’ouvrage
condense et croise les regards d’un groupe animé par une
intention commune : la volonté de mettre en application les
principes de l’intelligence collective portés par l’IHEST.
En un mot, ceci est un ouvrage sur l’intelligence collective
écrit en intelligence collective.
Quelle en est sa généalogie ?
Le projet d’une réflexion sur l’intelligence collective a été
imaginé au sein de l’Association des auditeurs de l’IHEST
afin de produire un ouvrage sur un thème au centre des
préoccupations et des principes fondateurs de l’IHEST. La
pratique de l’intelligence collective est, de fait, un élément
structurant de l’IHEST auquel l’ensemble des auditrices et
des auditeurs a été introduit lors d’un des cycles annuels de
2formation . Cette démarche reflète la prise de conscience
que nombre de problèmes complexes ne peuvent être
abordés par de seuls points de vue experts, nécessairement
réducteurs, mais requièrent au contraire la création de
synergies et la mise en commun de regards complémentaires.
Alors même que les enjeux du débat
science-technique-société se font de plus en plus pressants, force est de constater
que cette démarche reste encore bien peu diffusée :
l’intelligence collective mérite certainement un écho plus
large.
Or cette approche, fil rouge de l’ensemble des cycles et
dont les auditeurs font une expérience directe promotion
après promotion, est un dénominateur commun qui lie les
auditeurs autant qu’une caractéristique propre à l’IHEST.
Faire remonter ces expériences et présenter les regards
croisés d’un ensemble d’auditeurs sur ce thème est donc apparu
comme une contribution pertinente – autant qu’originale –
au débat sur l’intelligence collective. Dès sa conception, le
projet s’est articulé autour d’une série de temps de réflexion
et de partage dans le double objectif de réunir les auditeurs
autour d’un projet commun et de les conduire à la rédaction
d’un ouvrage collectif. Il ne s’agissait donc pas de réunir un
faisceau de regards experts sur ce sujet, mais de
véritablement d’en explorer les différentes facettes et d’en construire
ensemble une représentation. Il s’agissait donc de proposer
la production d’un ouvrage sur l’intelligence collective en intelligence
collective.
Comment y parvenir ? Comment réaliser un ouvrage en
intelligence collective ? Le format « booksprint », la rédaction
d’un ouvrage en un temps court par un petit groupe (v.
encadré), est apparu comme une réponse originale à ce défi. Cette
méthode d’écriture collective pouvait d’une part susciter la cu-

2 Les « cycles annuels » de l’IHEST consistent en une période de formation de
trente-quatre journées, de septembre à juin, pendant lesquelles une promotion
d’auditeurs aborde un ensemble de thèmes à l’interface « sciences et société ».
Pour plus d’informations, v.
https://www.ihest.eu/les-formations/le-cyclenational/presentation-du-cycle-de-formation/
16 riosité du groupe, et former d’autre part un cadre pratique
permettant d’envisager la réalisation d’un ouvrage dans un temps
restreint. Ce format, encore peu développé en France, a
néanmoins déjà démontré son efficacité à l’étranger, de la rédaction
de manuels à la production d’ouvrages académiques. Il nous a
semblé d’autant plus pertinent qu’il met en jeu nombre d’outils
d’intelligence collective qui constituent le thème de l’ouvrage
envisagé et permettrait, ce faisant, de lier le « fond » à la
« forme ».
Mais l’idée du seul booksprint ne pouvait suffire. Bien que
l’écriture de l’ouvrage soit l’objet d’une session de travail
collectif, des phases antérieures de préparation ont rapidement été
perçues comme nécessaires au projet, et ce, pour plusieurs
raisons. D’abord, l’ensemble des 550 auditrices et auditeurs ne
pourraient de toute évidence pas participer au booksprint en
tant que tel (qui réunit typiquement une dizaine de
participants). Ensuite, il fallait se donner le temps de s’informer, mûrir
et développer une plateforme pour co-construire le projet. Les
booksprints traditionnels reposent en effet sur des rédacteurs
déjà aguerris au sujet sur lequel ils doivent écrire. Ce n’était pas
3notre cas. Bien que nous ayons, pour la plupart d’entre nous ,
déjà rencontré l’intelligence collective (dans un cadre
professionnel ou associatif, ou lors des cycles de formation de
l’IHEST), nous n’en avions pas formulé un concept précis ni
n’en étions véritablement spécialistes. Si nous en avions
certainement une intuition, beaucoup d’entre nous la pratiquaient,
comme monsieur Jourdain, « sans le savoir ». Une phase de
préparation s’est donc avérée nécessaire pour développer une
notion plus précise du sujet. À cette fin, plusieurs moments de
rencontres et de réflexion ont été proposés.
Deux colloques sur le thème de l’intelligence collective
ont été organisés en cours d’année, conjointement aux
sessions du cycle annuel en cours afin de permettre aux
auditeurs d’y participer. Ils ont réuni chacun deux intervenants,

3 Le groupe des auditrices et auditeurs inclut des spécialistes de l’intelligence
collective. Les témoignages de certaines d’entre elles et certains d’entre eux ont
été réunis dans cet ouvrage.
17 spécialistes du sujet et ont contribué à informer les auditeurs
autant qu’à animer la réflexion.
Le premier colloque a réuni Willie Robert, vice-président de
Wikimédia France, et Joël Chevrier, professeur associé au
Centre de recherches interdisciplinaires. Le second a accueilli
les interventions du climatologue Jean Jouzel (membre du
Conseil économique, social et environnemental depuis 2010,
membre de l’Académie de sciences, ancien vice-président du
comité scientifique du GIEC, organisme qui s’est vu décerner
le prix Nobel pour la paix en 2007 au titre de lanceur d’alerte
sur l’urgence climatique) et d’Olivier Piazza (directeur de la
formation en « intelligence collective » à l’Université de
CergyPontoise) pour des regards croisés sur les principes et la mise
en œuvre pratique de l’intelligence collective.
Autres temps de préparation, trois ateliers ont formé des
points d’étapes clés du projet. Ils ont été organisés et
coordonnés par Delphine Leteurtre, consultante spécialiste de
l’intelligence collective. Le premier atelier a été consacré aux
objectifs de l’ouvrage (à quel public le destinait-on ? Quelle
thématique ?) et aux principales motivations qui le portaient.
Le deuxième atelier a été le moment de commencer à penser
le « comment » en imaginant ensemble des éléments
structurants du livre. Sans entrer au niveau de résolution d’une table
des matières, l’idée de faire intervenir des « grands témoins »
a émergé d’un groupe de travail ; l’idée d’un questionnaire a
pris forme dans un autre.
Lors de notre troisième rencontre, le travail s’est
concentré sur la préparation du booksprint lui-même et un appel a
été lancé sous forme d’une petite vidéo pour promouvoir le
questionnaire. Les grands axes de l’ouvrage ont été envisagés
à travers quatre grands thèmes qui servirent de point de
départ et de plateforme de discussion lors des premières
séances du booksprint en juillet. À chaque atelier, l’ensemble
des auditrices et auditeurs ont été invités à participer et à
apporter leurs idées et à contribuer aux sessions de travail
collectif.
18 À la suite des ateliers, quatre questions sur l’intelligence
4collective ont été soumises à l’ensemble des auditeurs . Les
réponses ont été analysées par le groupe de rédaction lors du
booksprint et ont nourri la construction de l’ouvrage. Elles
ponctuent les chapitres et permettent de faire remonter les
diverses facettes de l’intelligence collective telles que perçues
par un panel d’acteurs. Cette approche « ascendante » nous a
permis d’ancrer directement la réflexion sur le fond
d’expériences des participants.
Un ensemble de « grands témoins », identifiés pour leur
expérience personnelle de l’intelligence collective, ont enfin
été contactés directement pour les inviter à partager leur
pratique. Leurs contributions viennent illustrer et enrichir les
chapitres qui suivent.
Jean-Marc Deltorn, Audrey Mikaëlian, Évelyne Pichenot
Qu’est-ce qu’un booksprint ?
La notion de « booksprint » n’est pas encore connue de
toutes et tous, loin s’en faut. Ses origines sont récentes et sa
pratique a avant tout été popularisée dans la culture
anglosaxonne, dans le domaine du logiciel libre : une brève
présentation du concept et des méthodes de réalisation semble donc se
justifier.
Qu’est-ce donc qu’un booksprint ? C’est d’abord une
méthode d’écriture collaborative d’un ouvrage en un temps limité.
Il consiste en « une session de travail intensif organisée pour l’écriture
complète d’un livre, par plusieurs auteurs, réunis ou à distance, souvent
en5cadrés par un facilitateur non rédacteur » .
Le principe du booksprint s’inspire des cycles de
développement itératifs, incrémentaux et adaptatifs caractéristiques des

4 Il s’agit des questions suivantes :
1. Quelle est ta définition de l’intelligence collective ?
2. Quels procédés d’intelligence collective as-tu déjà mis en œuvre dans tes
pratiques professionnelles et/ou associatives ? Pour quels résultats ?
3. Pourquoi avoir fait appel à l’intelligence collective ?
4. En termes d’intelligence collective, as-tu connu des échecs ? Comment les
expliques-tu ? Quelles sont pour toi les limites de l’intelligence collective ?
5 https://fr.wikipedia.org/wiki/Booksprint
19 méthodes « agiles » développées pour faciliter la création
d’applications informatiques au début des années 2000. Une
première ébauche en fut imaginée en 2005 par Tomas Krag, un
expert en télécommunications londonien qui cherchait un
moyen de réaliser rapidement un ouvrage collectif. L’approche
n’eut cependant de « sprint » que le nom puisque le projet
s’étala finalement sur plusieurs mois. Mais l’idée de condenser
un processus d’écriture collective en un temps limité était
lancée. Elle fut reprise quelques années plus tard par Adam Hyde,
fondateur de la maison d’édition FLOSS Manuals, qui
développa la méthodologie à partir de 2008 pour arriver en fin de
compte à un procédé clé en main en 2012.
Ses bases reposent sur l’engagement d’un groupe de taille
limitée (typiquement constitué de 5 à 15 participants)
accompagné d’un ou d’une facilitatrice. Cette équipe se réunit sur un
même lieu pour une période de quatre à sept jours durant
lesquels les participants définissent de manière collective le
contenu de l’ouvrage et sa table des matières, puis en rédigent
les différentes parties. Des outils d’écriture collaborative sont le
plus souvent utilisés pour faciliter l’échange d’information et
distribuer les textes en cours de réalisation à tous les rédacteurs.
Écrire un ouvrage en groupe en cinq jours peut sembler un
pari fou. Le résultat mérite-t-il simplement l’effort ? La pratique
a pourtant démontré l’efficacité de la technique : de nombreux
ouvrages ont été produits et publiés depuis les premières
tentatives il y a environ dix ans de cela, dont certains ont été
6reconnus pour leur qualité et ont reçu des récompenses .
Notons enfin qu’outre l’objectif de production d’un texte, aussi
ambitieux qu’il soit, le booksprint est aussi – et peut être
d’abord – une expérience humaine qui favorise l’échange
d’idées et la co-création et permet au groupe de s’engager dans
un effort collectif, une aventure unique.


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https://www.booksprints.net/2019/03/20/book-sprints-wins-the-digitalpublishing-award/
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I.

OBJETS,
PÉRIMÈTRES
ET DÉFINITIONS

Qu’est-ce que l’intelligence collective ?
1.

Tentative(s) de définition(s)
de l’intelligence collective
1. Une collection de définitions
L’intelligence collective n’est « ni une nouveauté ni une
découverte, bien au contraire ! Elle est fondatrice des organisations sociales –
groupe, tribu, entreprise, équipe, gouvernements, nations, associations,
7guildes… » Or, malgré cette présence de longue date, le
principe tarde à se construire et à se définir. Il ne sera ébauché
que relativement tardivement. On n’en discerne la première
eformalisation qu’à la fin du XVIII siècle, où Condorcet en
trace une esquisse, et le concept n’émerge en tant que tel
e 8qu’au début du XX siècle . Aujourd’hui, alors même que la
notion s’est largement répandue et que sa présence – parfois
excessive – est invoquée dans de nombreux domaines, du
management à l’éducation, de la psychologie jusqu’à la
politique, malgré un intérêt croissant, donc, une définition
établie semble encore faire défaut.
C’est peut-être que la notion repose sur la composition de
deux concepts, chacun difficile à cerner. « Collectif »
concerne certainement un ensemble d’entités, mais lesquelles
(personnes ? machines ? groupes ?) et s’il s’agit de
dénombrer ses composantes, combien d’entre elles pour faire un

7 Jean François Noubel, « Intelligence collective, la révolution invisible », The
Transitioner, nov. 2004, p. 23.
8 Les travaux de Frank L. Ward en 1906 en posent les bases.
collectif ? S’agit-il d’ailleurs d’un « collectif » au sens d’un
groupe caractérisé par un intérêt commun ? Ou ne faudrait-il
pas plutôt comprendre le terme dans le sens de «
collaboratif » ou « participatif » ? De même l’« intelligence » est une
fonction aux contours décidément variables. Tour à tour
rationnelle, émotionnelle, sociale, elle peut être animale ou
humaine, artificielle ou naturelle, décrire une faculté
d’adaptation, un processus de traitement de l’information
pour atteindre un objectif, une faculté de compréhension,
etc.
On souhaiterait peut-être, pour plus de simplicité, une
définition canonique. Celle du dictionnaire de l’Académie
française, par exemple, qui y voit la « faculté de comprendre, de
concevoir, de connaître, et notamment faculté de discerner ou d’établir des
rapports entre des faits, des idées ou des formes pour parvenir à la
connaissance ». Mais sélectionner une source serait déjà faire
un choix, serait déjà prendre parti (ainsi opter pour celle du
Larousse serait y voir « l’ensemble des fonctions mentales ayant pour
objet la connaissance conceptuelle et rationnelle ; l’aptitude d’un être
humain à s’adapter à une situation ; la capacité à saisir une chose par
la pensée », le Littré en liste quant à lui huit acceptions, le
Centre national des ressources lexicales plus d’une
dizaine…).
Faire le choix d’une seule définition serait ignoré
l’étendue d’une notion dont on s’étonne toujours de
découvrir combien elle est riche de significations. Pour éviter
l’écueil d’un tel parti pris, il nous faudra donc ici l’évoquer
dans son sens le plus large, précisément car « l’intelligence
collective » invite à n’exclure aucune de ses formes, pour que
justement elles puissent échanger et entrer en dialogue, se
faire écho et se répondre, et que l’une bénéficie de l’autre.
Plutôt que de chercher à isoler qu’une définition
synthétique qui capturerait de manière univoque l’essence du
concept, il a ainsi semblé plus proche de l’esprit
d’intelligence collective au cœur de notre projet de faire
remonter du groupe, de notre « collectif », une variété de
notions qui expriment ensemble l’étendue des usages et de sens
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