Valoriser l

Valoriser l'intégration du rique

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Dans la continuité des deux ouvrages précédemment coordonnés par Bernard Guillon, ce troisième offre l'opportunité de porter attention à de nouveaux secteurs comme à des initiatives proactives dans cet univers particulier qu'est le risque, et montre la necessité d'adopetr une vision manageriale des problèmes, ouvrant la voie à de réelles opportunités.

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Ajouté le 01 juin 2011
Nombre de lectures 341
EAN13 9782296462885
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VALORISER L’INTÉGRATION DU RISQUE







































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55135-0
EAN : 9782296551350

Sous la direction de






VALORISER L’INTÉGRATION
DU RISQUE

























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SOMMAIRE



Avant-propos 7


Introduction 11


Formalisations 9

Pierre Baret & Benjamin Dreveton
« Intérêts d’une approche transdisciplinaire pour évaluer
une stratégie de gestion des risques environnementaux ? » 21
Daniel Belet
« Les risques que le dirigeant peut présenter pour
l’entreprise » 39
Patrice Cailleba & Fernando Cuevas
« Management de la diversité et du risque » 55
Claude Delesse
« Intelligence économique et sécurité globale : repousser
les limites du management du risque » 73
Alain Gintrac
« Certifier des formations : l’exemple des filières françaises
en gestion des ressources humaines » 91
Valérie Huard & Jean-Claude Sallaberry
« Dynamique des représentations et risque » 111
Pascal Koeberlé
« Quel design pour quelle pérennité ? Une identification
des risques du changement organisationnel et stratégique » 129
Yvon Pesqueux
« Une perspective gestionnaire du risque » 147
Laurence San Martino
« Investisseurs institutionnels, stratégies et influence
sur l’entreprise » 167
Imen Zrelli
« Proposition d’un processus de réduction de la sensibilité
à la promotion des ventes » 183

Applications 203

Véronique Blum
« Gestion de la production des ressources naturelles et risque
de perte de contrôle : le cas du secteur pétrolier » 205
Carole Botton
« La prise en compte du risque dans l’évaluation de marché :
le cas du marché des chevaux de courses » 223
Julie Boumrar & Marc Barbier
« Entre risque hybride et légitimation d’une politique de
sécurisation : éléments pour une compréhension du risque
agro-terroriste et de sa gestion » 245
Isabelle Cadet
« L'intérêt de la Convention de Vienne du 11 avril 1980
pour les ventes françaises à l’étranger : la stratégie du
moindre risque dans la vente internationale de marchandises » 261
Philippe Castelnau
« Blanchiment et risques financiers » 281
Mohammed Charmouh
« Risques financiers dans les fusions et acquisitions
horizontales » 299
François Domergue
« Comment évaluer la performance économique de
l’entreprise en période de crise ? Le cas d’Air France-KLM » 319
Bruno Drouot
« La surexploitation d’une ressource naturelle représente-elle
un risque pour l’ensemble des exploitants ? Une application
à la pêcherie de bar commun en France » 337
Christian Prat dit Hauret
« Analyse de la décision de la Cour de Cassation du
10 juillet 2007 relative au manque d’indépendance du
commissaire aux comptes à travers une analyse textuelle du
code de déontologie de la profession » 355
Ivan Tchotourian
« La réponse de la Securities and Exchange Commission
au risque de marché : l’encadrement de la notation » 367


Présentation des auteurs 389

Collection Recherches en gestion 395
6 AVANT-PROPOS



Ainsi que le montrent les nombreux travaux relatifs à l’influence des décisions
des entreprises, des collectivités locales et de l’Etat en matière financière,
environnementale ou sociale, les initiatives des responsables sont pour le moins
diversifiées : des actions « pilotes » permettant d’anticiper les phénomènes (et
donc de créer les conditions d’un avantage comparatif par rapport aux
concurrents)… aux démarches « réparatrices », lorsque le refus de prise en
compte du ou plus sûrement des risques contraint les décisionnaires à réagir et à
mettre en place des méthodes destinées à limiter les effets colatéraux.

L’industrie lourde, les entreprises pétrochimiques, les secteurs de l’agriculture
ou du tourisme (pour ne citer qu’eux) portent attention aux retombées toujours
spectaculaires des accidents qui jalonnent le dernier siècle. La conférence de
Rio et la montée croissante des périls liée à la conscience d’un monde
désormais limité (espace, énergie, démographie) ont obligé tous les acteurs (de
l’extraction des minerais... au monde hospitalier) à intégrer progressivement
cette donnée fondamentale qu’est le risque.
On retrouve le risque lors du lancement d’un projet d’envergure, au cours de sa
réalisation ou de l’exploitation d’un système technique, lors de son
démantèlement ou plus généralement lors de toute prise de décision. La mise en
place d’actions en matière d’analyse du risque doit être complétée par une
réflexion sur les approches globales permettant une mobilisation de chacun face
au risque. Pour cela, l’étude et l’adoption de techniques appropriées sont
absolument nécessaires.

Aujourd’hui, l’influence des travaux menés dans les domaines de la sûreté de
fonctionnement, de la fiabilité ou de la sécurité est indéniable. Mais, il convient
d’aller plus loin dans la réflexion à la lumière de ces avancées, en adoptant une
vision transdisciplinaire de ce champ d’investigation. Le risque doit donc être
pris dans une acception large, ce qui implique que les chercheurs notamment ne
se limitent pas à leur domaine de compétences d’origine et acceptent de voir
plus loin. Il est, en effet, difficile de nier l’importance des facteurs naturels
(phénomènes météorologiques, nature des sols), humains, environnementaux,
gestionnaires ou économiques. Bien plus que les préconisations sécuritaires et
préventionnistes sur les seuls aspects techniques, la perception et l’acceptabilité
du risque renvoient donc vers de multiples facettes qu’il convient d’étudier.
C’est ce qui explique pourquoi un colloque francophone à comité de lecture,
comme Oriane (Organiser les entreprises, les institutions et les associations en
présence du risque : innovation, analyse technique et managériale, évaluation
et pérennisation sociale) a pu voir le jour.













L’objectif d’Oriane est multiple :
• favoriser le développement de la « thématique risque » en accueillant
les doctorants et les enseignants-chercheurs dans le cadre d’une
approche pédagogique et pluridisciplinaire ;
• motiver les associations scientifiques en sciences de gestion sur le
sujet ;
• éditer les travaux les plus significatifs sous la forme d’ouvrages
(Risque. Formalisations et applications pour les organisations, puis
Méthodes et thématiques pour la gestion des risques, Paris,
L’Harmattan, Collection Recherches en gestion), mais aussi sous celle
de numéros thématiques de revues scientifiques à comité de lecture
(Cognitiques, Droit de l’environnement, Marketing et communication,
Management et sciences sociales, Responsabilité & Environnement)
toujours sur le risque.
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Depuis la création de ce colloque annuel en 2003, ses organisateurs ont d’abord
pu compter sur l’appui continu de
l’IUT de Bayonne (qui a accueilli l’essentiel des éditions annuelles et
assumé leur gestion) et notamment de ses directeurs successifs, Bernard
Causse et Xalbat Berterretche.

En outre, ce colloque a bénéficié, dès l’origine, du soutien d’une association
scientifique qui lui est contemporaine, à savoir
l’ADERSE (Association pour le Développement de l’Enseignement et
de la Recherche sur la Responsabilité Sociale de l’Entreprise).
En 2006, l’ADERSE a été rejointe par
l’ADETEM (Association nationale du marketing),
l’AFC (Association Francophone de Comptabilité) et
l’IAS (Institut international de l’Audit Social).

Puis sont venus
en 2007 l’AIM (Association Information et Management),
en 2008 l’AGRH (Association francophone de Gestion des Ressources
Humaines),
en 2009 le RECEMAP (Réseau d’Enseignants, Chercheurs et Experts
en Management Public) devenu l’année suivante l’AIRMAP
(Association Internationale de Recherche en Management Public),
en 2010, l’A2ID (Association Internationale et Interdisciplinaire de la
Décision), l’AFIRSE (Association Francophone Internationale de
Recherche Scientifique en Education) section française, l’IPM
(Institut Psychanalyse et Management) et le GRT Tétranormalisation
(Groupe de Recherche Thématique impliquant l’AGRH, l’IAS,
l’AFFI, l’AFC…)
et en 2011, l’ATLAS-AFMI (Association Francophone de Management
International).


La réalisation de cet ouvrage a pu, en outre, bénéficier d’aide financière de la
société de capital-risque pour le développement économique en Pays Basque
Herrikoa et de l’AGRH.

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C’est dans le cadre de ce colloque qu’ont été présentées des communications,
dont la richesse épouse l’étendue des applications analysées au sein des
organisations. Le comité scientifique et le comité d’organisation tiennent à
remercier vivement tous les chercheurs qui en sont les auteurs.

L’ouvrage, qui est ici présenté, est le fruit d’une sélection issue des
communications les plus représentatives des différentes éditions du colloque.
Celle-ci a été réalisée par
Yvon Pesqueux, professeur des universités au Conservatoire national
des Arts et Métiers (Paris),
Guy Gouardères, co-fondateur du colloque, ancien responsable du
centre interdisciplinaire de recherche de l’IUT de Bayonne et professeur
des universités émérite dans cette institution, ainsi que
Bernard Guillon, co-fondateur et administrateur du colloque (maître de
conférences habilité à diriger des recherches à l’IUT de Bayonne).


Bonne lecture.






Bernard Guillon
10 INTRODUCTION


Les contributions, qui figurent ici, sont ventilées en deux parties.

Dans celle intitulée « Formalisations », on trouve, tout d’abord, dix
contributions permettant de présenter certains principes de base liés à
l’interprétation et à la gestion du risque. Elles montrent aussi quelles sont les
actualités du moment en la matière.


Pierre Baret & Benjamin Dreveton
« Intérêts d’une approche transdisciplinaire pour évaluer une stratégie
de gestion des risques environnementaux ? »
Cette contribution présente différentes possibilités d’évaluation des dommages
environnementaux générés par les activités d’une organisation. Dans un
premier temps sera présenté l’éventail des principales solutions économiques
d’internalisation, puis les spécificités des méthodes gestionnaires appliquées à
la problématique environnementale. Cette description permet de faire
apparaître leurs complémentarités.


Daniel Belet
« Les risques que le dirigeant peut présenter pour l’entreprise »
Par les pouvoirs dont il dispose, par ses attitudes et ses comportements, le
dirigeant français représente un risque majeur pour l’entreprise. Pourtant ce
risque managérial est peu étudié. La culture organisationnelle française, de
nature élitiste et hiérarchique, est peu favorable à la critique des dirigeants et
aux sanctions lorsqu’ils commettent de graves erreurs. Cette contribution
analyse les différentes facettes du « risque managérial » lié au dirigeant. Elle
montre les croyances et les idées reçues qui président encore souvent à leur
nomination et leur évaluation. Enfin elle esquisse quelques pistes d’actions
concrètes pour réduire à l’avenir ce type de risque managérial associé à la
personne du dirigeant.



Patrice Cailleba & Fernando Cuevas
« Management de la diversité et du risque »
La gestion de la diversité ne se fait pas sans risque. Au-delà des avantages
inhérents à la lutte contre toute discrimination au sein de l’entreprise, il n’est
jamais facile de répondre à des questions simples. Qu’est-ce qu’une minorité ?
Comment définir une catégorie ethno-raciale ? L’expérience anglo-saxonne
montre le caractère particulier de la réponse apportée, en même temps qu’elle
fait apparaître certaines tendances qui tendent à se généraliser. A partir de
rencontres réalisées entre 2007 et 2008 auprès de cadres sur le management de
la diversité, il est possible d’exploiter leurs expériences en soulignant les
risques liés à une gestion de la diversité mal comprise et mal accompagnée.


Claude Delesse
« Intelligence économique et sécurité globale : repousser les limites du
management du risque »
L’intelligence économique articulée sur le concept de sécurité globale semble
permettre de repousser les limites fixées par la cécité et par un management des
risques trop technicien. En se basant sur une vingtaine d’années d’observation
de l’évolution de l’intelligence économique et d’implication dans ce domaine, il
est possible de poser les bases d’une réflexion dont l’objectif est de susciter des
questions ainsi que des pistes de recherche face à un triple constat soulevant
quelques préconisations. Une transformation culturelle, s’appuyant sur les
principes fondamentaux du renseignement, constitue la principale ressource
eface aux menaces et opportunités du XXI siècle.


Alain Gintrac
« Certifier des formations : l’exemple des filières françaises en gestion
des ressources humaines »
La qualité véritable d’une formation est souvent plus que difficile à apprécier
pour les clients directs (candidats à la formation) ou indirects (recruteurs
potentiels des premiers). Aussi a-t-on assisté au développement depuis quelques
décennies de procédures de normalisation accréditation. Après une analyse
théorique de cette démarche, l’auteur présente le cas français de l'accréditation
des formations supérieures en gestion des ressources humaines relatives à
Référence RH.

12 Valérie Huard & Jean-Claude Sallaberry
« Dynamique des représentations et risque »
La mise en perspective de travaux de recherche en ergonomie et en didactique
professionnelle est à l’origine du questionnement sur la formation aux risques
professionnels qu’ont développé ces auteurs. En partant du modèle proposé par
les auteurs de référence, on établit ici sa critique et sa complémentarité avant
d’élargir la réflexion à la formation au risque pour les enseignants.


Pascal Koeberlé
« Quel design pour quelle pérennité ? Une identification des risques du
changement organisationnel et stratégique »
La littérature en management stratégique met fortement l’accent sur la
nécessité de l’innovation et du changement dans les organisations. Cette
contribution souligne que le changement n’est qu’une des facettes de la
pérennité organisationnelle, laquelle implique une certaine stabilité. Un cadre
d’analyse configurationnel, définissant quatre designs organisationnels, est
utilisé pour suggérer que la continuité d’un design comme cadre de changement
peut être un moyen d’accès à la pérennité organisationnelle. Les risques
associés à chaque configuration, menaçant sa stabilité, sont envisagés.


Yvon Pesqueux
« Une perspective gestionnaire du risque »
Après une analyse historique et sémantique des risques, il est ici proposé
d’étudier les liens entre risque et société, avant d’aborder la nature même de la
notion de risque, puis la relation entre technoscience et risque.
13Laurence San Martino
« Investisseurs institutionnels, stratégies et influence sur l’entreprise »
Ces deux dernières décennies ont vu apparaître un nouveau type d’acteurs sur
les marchés financiers : les investisseurs institutionnels. Ils sont présents dans
des domaines très variés et peuvent influencer les stratégies des entreprises
dans lesquelles ils sont actionnaires. Des questions se posent alors sur le risque
de leur présence notamment en termes de performance sur les entreprises et sur
les moyens utilisés. Cette contribution a pour objectif de présenter une analyse
théorique des acteurs institutionnels, de leur montée en puissance, de leurs
comportements et stratégies afin de mieux comprendre cette catégorie d’acteurs
et leur influence sur l’entreprise. Il est fait état de l’analyse théorique d’une
recherche en cours qui aura, par la suite, pour cadre empirique le secteur des
cliniques privées françaises qui a été investi par ces acteurs.


Imen Zrelli
« Proposition d’un processus de réduction de la sensibilité à la
promotion des ventes »
Cette contribution concerne la possibilité de réduire la sensibilité à la
promotion des ventes lorsqu’elle ne favorise pas le rachat. Pour répondre à
cette problématique, il a été jugé utile de considérer le processus par lequel
passe un consommateur pour pouvoir réduire sa sensibilité à la promotion. Un
sondage auprès de 212 consommateurs de poudre de lavage à main montre que
lorsqu’un consommateur se caractérise par la sensibilité à la promotion, il sera
changeur de marque. Ce travail montre aussi l’importance de la satisfaction
lors d’un premier essai en promotion pour la réalisation du rachat. La
formation d’habitudes permet de développer le sentiment de préférence.
14 Dans la partie intitulée « Applications », on trouve dix contributions permettant
d’analyser les conséquences sur le terrain de la prise en compte des différentes
formes de risque.

Véronique Blum
« Gestion de la production des ressources naturelles et risque de perte
de contrôle : le cas du secteur pétrolier »
Le secteur pétrolier subit une consolidation continue depuis près de trente ans.
Dans un contexte de raréfaction de la ressource, assorti d’une forte volatilité
des prix du baril, les causes de la vulnérabilité d’une entreprise n’apparaissent
pas de manière évidente. L’utilité d’une estimation du risque de perte de
contrôle se fait jour. La durée de vie des réserves (rapport entre les réserves
existantes et le rythme de production) est adoptée comme mesure de la
performance industrielle. L’étude porte sur les entreprises exploratrices et
productrices américaines issues du classement annuel publié par Oil and Gas
Journal sur une période de cinq ans (2000 à 2005). Les entreprises disparues
sont réparties en sous-échantillons : les fusionnées, les acquises ou les
disparues (vente, faillite ou retrait de la cote). L’étude propose, en outre, une
typologie de la candidate à la disparition.


Carole Botton
« La prise en compte du risque dans l’évaluation de marché : le cas du
marché des chevaux de courses »
Cette contribution vise à déterminer la façon dont un marché se structure
autour de l’élaboration d’échelles de valeurs, en observant le système de
marché d’enchères des chevaux de course. Un système d’enchères est
caractérisé par une communauté de participants qui, par sa diversité sociale et
professionnelle, génère des comportements et des valeurs de marché
imprévisibles. On distingue ici la valeur fondamentale du cheval de sa valeur de
marché. L’évaluation d’un cheval diverge en fonction de critères propres au
cheval (caractéristiques fondamentales) et à l’individu (évaluation subjective,
portefeuille, propension au risque). On montre, par la suite, que l’hétérogénéité
des évaluations et surtout l’intervention des subjectivités génèrent une
structuration du marché des chevaux.


15Julie Boumrar & Marc Barbier
« Entre risque hybride et légitimation d’une politique de sécurisation :
éléments pour une compréhension du risque agro-terroriste et de sa
gestion »
Les recherches en management sur les risques traitent en grande partie de
« risques avérés » et se situent souvent dans le cadre d’actions de prévention ou
d’apprentissages consécutifs à une crise. Le risque n’est pas seulement
technique ou technologique, puisqu’il est lié, entre autres, aux facteurs
naturels, humains, environnementaux, gestionnaires ou économiques. La
perception et l’acceptabilité du risque renvoient donc vers de multiples facettes
qu’il convient d’étudier pour protéger ou étendre la valeur d’une firme


Isabelle Cadet
« L’intérêt de la Convention de Vienne du 11 avril 1980 pour les ventes
françaises à l’étranger : la stratégie du moindre risque dans la vente
internationale de marchandises »
La lisibilité du droit international de la vente n’est pas encore parfaite, malgré
une nette amélioration depuis une vingtaine d’années. Toute la difficulté réside
dans cette définition précise des termes de la vente internationale et de son
régime, permettant d’obtenir le plus large consensus sur le plus petit
dénominateur commun du droit de la vente. Ce fut l’œuvre notamment de la
convention des Nations-Unies du 11 avril 1980 sur les contrats de vente
internationale de marchandises (ou convention de Vienne). Méconnue en
France alors qu’elle est plus avantageuse pour un exportateur français, il
convient d’en exposer les points forts et les points faibles, pour assurer une
meilleure acculturation.


Philippe Castelnau
« Blanchiment et risques financiers »
Après une présentation des problèmes spécifiques et des pratiques liées au
blanchiment, une analyse des acteurs ayant en charge la lutte contre cette
délinquance est ici développée. Dans le cadre de la lutte contre le blanchiment
d’argent, les établissements financiers rencontrent plusieurs difficultés d’ordre
technologique, géopolitique et juridico-financier. Celles-ci peuvent être prises
en compte au sein d’un poste particulier des établissements financiers,
l’analyste KYC (Know Your Custom), alors qu’il y a de nombreuses contraintes
enationales et internationales (3 Directive Européenne) encadrant la lutte
contre le blanchiment des fonds illicites.


16 Mohammed Charmouh
« Risques financiers dans les fusions et acquisitions horizontales »
Cette contribution étudie les déterminants de création ou de destruction de
valeur dans les fusions et acquisitions horizontales. Grâce à des indicateurs
comptables et à l’aide d’un échantillon de 90 entreprises françaises, on teste ici
empiriquement huit facteurs censés influencer la valeur de la nouvelle entité.
Les résultats montrent que si les charges opérationnelles et le risque financier
sont maîtrisés, ils créent la valeur ; sinon, ils la détruisent. Ensuite, ils mettent
en avant le rôle du chiffre d’affaires, du potentiel fiscal et du coût
d’investissement dans la création de valeur, sans oublier le rôle de
l’endettement et des charges financières dans la destruction de valeur.


François Domergue
« Comment évaluer la performance économique de l’entreprise en
période de crise ? Le cas d’Air France-KLM »
La mondialisation et la globalisation des échanges dans le transport aérien et
le contexte actuel de crise économique et énergétique tendent à remettre en
cause les processus traditionnels de performance pratiqués dans ce secteur. La
différenciation est-elle une notion actuelle de performance ? Les facteurs
perturbateurs exogènes ouvrent-ils de nouvelles perspectives de performance ?
Le cas de la compagnie aérienne Air France-KLM montre comment celle-ci a
su intégrer l’essentiel des contraintes, enjeux économiques et pratiques
novatrices en matière de performance. D’où l’intérêt d’une analyse des critères
de performance traditionnels et une proposition de modèle reposant sur des
hypothèses plus réalistes à partir d’une analyse abductive combinant
l’organisation industrielle et le management stratégique.


Bruno Drouot
« La surexploitation d’une ressource naturelle représente-elle un risque
pour l’ensemble des exploitants ? Une application à la pêcherie de bar
commun en France »
L’évaluation de la dépendance économique représente un des moyens de
déterminer le niveau de risque d’un exploitant ou d’un groupe d’exploitants
envers une ressource naturelle. L’objet de cette contribution est de mettre en
évidence l’hétérogénéité des exploitants en termes de capacité de prélèvement
et de dépendance économique face au risque de surexploitation du bar commun
(Dicentrarchus labrax) en France. On démontre ici que la viabilité économique
des exploitants les plus dépendants à l’espèce peut être remise en cause par des
exploitants peu dépendants mais contribuant de manière importante aux
prélèvements de bar commun.
17

Christian Prat dit Hauret
« Analyse de la décision de la Cour de Cassation du 10 juillet 2007
relative au manque d’indépendance du commissaire aux comptes à
travers une analyse textuelle du code de déontologie de la profession »
L’objet de cette contribution est d’effectuer une analyse de l’arrêt de la Cour de
Cassation du 10 juillet 2007 relative au manque d’indépendance du
commissaire aux comptes à travers le prisme du code de déontologie de la
profession.


Ivan Tchotourian
« La réponse de la Securities and Exchange Commission au risque de
marché : l’encadrement de la notation »
Les agences de notation de crédit ont permis la banalisation des véhicules de
titrisation. Elles ont sous-estimé la probabilité que les émetteurs de certains
instruments financiers complexes ne puissent pas honorer leurs dettes. Elles ont
tardé à refléter la détérioration du marché de leurs notes. Elles ont donc été en
partie responsables de la tempête que traversent les places financières
mondiales et ont exposé les entreprises à un risque sérieux de défiance. Alors
que les entreprises doivent à l’heure actuelle maîtriser de multiples risques,
celles-ci ont été les premières victimes des professionnels de la notation. Pour
apporter une réponse au risque de la notation, les régulateurs tentent de réagir.
Par l’intermédiaire de leur autorité boursière, les Etats-Unis ont été les
premiers à modifier le cadre règlementaire de l’activité de la notation. C’est ce
cadre règlementaire, adopté au premier trimestre 2009, qui fait l’objet de
l’analyse.



18


Formalisations



Pierre Baret & Benjamin Dreveton
« Intérêts d’une approche transdisciplinaire pour évaluer
une stratégie de gestion des risques environnementaux ? » 21
Daniel Belet
« Les risques que le dirigeant peut présenter pour
l’entreprise » 39
Patrice Cailleba & Fernando Cuevas
« Management de la diversité et du risque » 55
Claude Delesse
« Intelligence économique et sécurité globale : repousser
les limites du management du risque » 73
Alain Gintrac
« Certifier des formations : l’exemple des filières françaises
en gestion des ressources humaines » 91
Valérie Huard & Jean-Claude Sallaberry
« Dynamique des représentations et risque » 111
Pascal Koeberlé
« Quel design pour quelle pérennité ? Une identification
des risques du changement organisationnel et stratégique » 129
Yvon Pesqueux
« Une perspective gestionnaire du risque » 147
Laurence San Martino
« Investisseurs institutionnels, stratégies et influence
sur l’entreprise » 167
Imen Zrelli
« Proposition d’un processus de réduction de la sensibilité
à la promotion des ventes » 183


















Intérêts d’une approche transdisciplinaire pour évaluer
une stratégie de gestion des risques environnementaux ?



Pierre BARET
&
Benjamin DREVETON

¾
¾
A la suite de pressions juridiques (loi NRE), économiques (apparition de
nouvelles formes organisationnelles de type réseaux) et sociales (de la part des
ONG), les pratiques sociétalement responsables sont de plus en plus mises en
œuvre au sein des organisations. Preuve de l’importance qu’a pris ce
mouvement, le nombre croissant d’organisations qui diffusent des informations
sur leurs actions environnementales ou sociales au sein de rapports sociétaux
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2004 ; Igalens, 2007). Au niveau académique,
les problématiques de recherche liées à la RSE offrent un terrain d’application
permettant d’enrichir les travaux actuels. En stratégie, la question de la
légitimité est renouvelée (Martinet et Reynaud, 2001). En gestion des
ressources humaines, les travaux sur cette thématique se multiplient (pour une
revue de la littérature : Lee, 2008 ; Déjean et Gond, 2003). De la même façon,
les outils du contrôle de gestion tentent de s’adapter aux nouvelles contraintes
environnementales et sociétales (Raynaud, 2003 ; Helluy et Durand, 2003 ;
Dreveton 2006).

Cette recherche s’insère dans ce courant de recherche sur la RSE. Plus
précisément, elle s’intéresse au(x) lien(s) existant entre la performance d’une
organisation et sa politique environnementale. Comment traduire le programme
de réduction des risques environnementaux d’une organisation (publique ou
privée) de façon chiffrée ? Certes, ce dernier a un coût. Cependant, ce sont aussi
des gains pour l’ensemble de la société du fait de la réduction des externalités
négatives générées par le fonctionnement de l’organisation. Les coûts sont
immédiatement perçus et imputables alors que les gains sont diffus et
appréciables sur le long terme : gestion du risque industriel, traitement des
déchets, impacts environnementaux des transports, éco-conception des produits,
dépollution de sites, nuisances sonores, etc. Pour autant, ces gains sont réels et
importants, souvent sans commune mesure avec les investissements qui ont été
nécessaires pour les générer. Une politique de gestion des risques
environnementaux influe donc largement sur la performance des organisations.

Dans cette perspective, notre problématique est de déterminer, parmi,
l’ensemble des méthodes d’évaluation des impacts environnementaux existants,
celles qui conviennent le mieux à la complexité et à la multiplicité des risques
environnementaux générés par les organisations. Nous mènerons notre étude en
termes de prévention, de réparation ou d’indemnisation. Pour ce faire, nous
analyserons comparativement :
les solutions économiques : méthodes de préférences révélées,
méthodes indirectes, méthodes de préférence exprimées et méthodes
tutélaires ;
les solutions comptables : méthode du coût d’évitement, méthode des
coûts d’entretien et méthode du coût complet environnemental.
22 ¾
¾

Sur le plan opérationnel, la finalité est de permettre à une organisation d’avoir
une meilleure perception des gains sociétaux, associés à la mise en œuvre d’une
politique de gestion des risques environnementaux, afin de pouvoir justifier les
coûts privés ainsi générés. Sur le plan théorique, la finalité est de construire un
processus de choix des méthodes d’évaluation des impacts environnementaux
adaptés aux risques générés par les organisations.


1. Les méthodes économiques d’évaluation de la performance
environnementale des organisations

Dans une logique économique, pour obtenir une évaluation de la Performance
Environnementale des Organisations (désormais PEO), nous proposons
d’assimiler à des effets externes l’ensemble des impacts (positifs ou négatifs) de
l’activité d’une organisation, qui affecte tout ou partie de ses parties prenantes,
sans être intégré par le marché. Pour ce faire, nous allons procéder en trois
temps. Tout d’abord, nous allons examiner les éléments à prendre en compte
pour évaluer la PEO. Ensuite, nous présenterons les méthodes économiques de
monétarisation des externalités. Enfin, nous testerons ces différentes méthodes
au vu des facteurs nécessaires à l’évaluation de la PEO. Cela nous permettra de
déterminer quelle est la méthode, a priori, la mieux adaptée.

1.1. Les éléments conditionnant l’évaluation de la PEO

Il est quasi impossible d’établir une liste précise et circonscrite des parties
prenantes d’une organisation et de leurs attentes (cf. Baret, 2006). De fait, nous
proposons de réduire cet ensemble flou et quasi-illimité à deux sous-ensembles
finis :
les parties prenantes « directes »/« internes » : directement impliquées
dans le nœud de contrats (financeurs, personnels, fournisseurs, clients) ;
les stakeholders « indirects »/« externes » : extérieurs au nœud de
contrats (population française, populations étrangères, médias, pouvoirs
publics, ONG).

Du point de vue de la science économique, les parties prenantes peuvent être
1analysées comme des individus ou entités dotés d’une fonction d’utilité . En
répondant à certaines de leurs attentes, l’entreprise contribue à leur bien-être.
Compte tenu de la complexité des attentes qui vont de l’immédiat au très long

1 Nous adaptons ici l’hypothèse de la théorie néo-classique du bien-être selon laquelle chaque
stakeholder est capable d’avoir une évaluation subjective de son bien-être.
23¾
¾
terme, de l’individu à l’ensemble de la société, il est indispensable
d’appréhender la « valeur économique totale » (Pearce et al., 1989) des
réponses apportées. Celle-ci se décompose en valeurs d’usage et de non-usage.
La valeur d’usage renvoie aux bénéfices directement attendus par les parties
prenantes de l’organisation. Les valeurs de non-usage correspondent aux
bénéfices associés à des attentes concernant le maintien ou la création d’usages
2potentiels futurs . Seule la prise en compte des valeurs de non-usage permet
d’introduire le long terme dans la mesure de la PEO. Appréhender la valeur
économique totale correspondant aux réponses apportées aux attentes des
stakeholders permet donc de :
relativiser les résultats d’une organisation qui maximiserait ses profits à
court terme, en générant des risques environnementaux et en dégradant
des actifs qu’elle ne valorise pas aujourd’hui mais qu’elle ou ses parties
prenantes sont susceptibles d’exploiter dans le futur ;
renchérir ceux d’une organisation qui fait l’effort financier de maîtriser
les risques environnementaux qu’elle est susceptible de générer, et de
préserver les potentialités de son environnement.

Sur un plan théorique, la valeur économique totale (et donc la PEO qui en
résulte) correspond au gain – ou au coût – lié à une amélioration – ou à une
détérioration – de la situation des parties prenantes et des risques qui en
découlent, suite à une modification de l’activité d’une organisation donnée. Elle
peut être évaluée en mesurant la variation du surplus économique qui résulte,
pour chaque partie prenante, de cette modification. Parallèlement chaque
réponse de l’entreprise aux attentes de ses parties prenantes s’assimile à un bien
ou service généré, volontairement ou non, à tout niveau de son processus
productif. En ce sens, la partie prenante s’apparente à un consommateur dont
l’attente vis-à-vis de l’organisation peut ou non être intégrée par le marché. Dès
lors, à partir du concept de surplus du consommateur, nous pouvons définir un
« surplus de la partie prenante ». Ce dernier correspond à la différence entre ce
3que les stakeholders seraient prêts à payer (consentement à payer, CAP) pour

2 Rappelons que les valeurs de non-usage se composent de trois éléments :
* valeur d’option, pour d’éventuels usages futurs de la part des stakeholders existants ;
* valeur de legs, pour une disponibilité pour les générations futures ;
* valeur intrinsèque/d’existence, liée au simple maintien du bien par l’entreprise,
indépendamment de ses usages présents ou futurs (préservation de l’environnement naturel…).
3 Notre raisonnement est construit uniquement à partir du CAP, car il est faux de les agréger avec
des consentements à recevoir : les CAR sont systématiquement surestimés (Diamond et Hausman,
1993 ; Willinger et Ziegelmeyer, 2000) et jugés moins fiables que les CAP (O’Doherty, 1996). En
outre, le CAP correspond à un investissement potentiel de la part des parties prenantes
(placements financiers, temps de travail, subventions, etc.). Il est possible d’associer un
investissement à chacune des attentes des parties prenantes. Par contre, le raisonnement
symétrique impliqué par le CAR s’avère inopérant.
24 accroître leurs retours de la part de l’entreprise et ce qu’ils payent pour les
retours dont ils bénéficient dans la situation actuelle. Concrètement, à chacune
des attentes des parties prenantes correspond un surplus spécifique. Celui-ci
contribue, de manière positive ou négative, à la PEO. Ainsi, mesurer cette
dernière implique d’agréger l’ensemble de ces surplus, pondérés par le poids
économique de la catégorie de partie prenante correspondant à l’attente
considérée (i.e. le nombre de stakeholders ayant une attente donnée).

1.2. Les principales méthodes économiques d’évaluation des externalités

La mesure de la PEO implique une évaluation monétaire de chacun des surplus.
Schématiquement, il existe quatre grandes catégories de méthodes :

1°) Les méthodes des préférences révélées où l’on utilise les données
monétaires fournies par l’observation de marchés déjà organisés (dit marchés de
substitution). Les principales sont la méthode des dépenses de protection, la
méthode des coûts de déplacement et la méthode des prix hédonistes.

2°) Les méthodes de préférences exprimées (ou directes) fondées sur l’existence
4.de marchés hypothétiques Elles évaluent directement la variation de bien-être
en lui donnant une valeur monétaire sans passer par l’observation de marchés.
La principale méthode est celle de l’évaluation contingente.

3°) Les méthodes indirectes (ou dose-effet) se déroulent en deux temps :
d’abord, elles établissent un lien quantitatif de causalité entre l’évolution des
pratiques de l’entreprise et son incidence sur ses différentes parties prenantes ;
ensuite, elles associent une valeur monétaire au lien de causalité mis en
évidence. Les principales sont les fonctions de dommage, la méthode des coûts
de remplacement et la méthode du capital humain.

4°) Les méthodes tutélaires qui reposent sur les coûts déterminés par les
pouvoirs publics pour compenser les externalités. Dépassant le seul cadre de
l’économie, elles sont multiples mais demeurent relativement peu utilisées.

1.3. Détermination d’une méthode économique d’évaluation de la PGO

Pour déterminer la méthode qui convient le mieux à l’évaluation de la PGO,
nous pouvons exploiter les éléments développés précédemment pour construire
une procédure de test.

4 Ces marchés hypothétiques sont aussi qualifiés de « virtuels », de « contingents » ou encore
« d’expérimentaux ».
25¾
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¾
¾
¾
Celle-ci se fonde sur différents types de critères :

• Deux critères centraux, testant le potentiel d’adaptation des méthodes :
capacité de la méthode à rendre compte de l’ensemble des parties
prenantes ;
méthode à rendre compte de la valeur économique totale,
et notamment des valeurs de non-usage (soit sa capacité à intégrer le
long terme).

• Trois critères complémentaires, testant l’opérationnalité des méthodes :
solidité de la méthode (méthode éprouvée au travers de nombreuses
études empiriques) ;
pertinence des résultats produits (résultats précis et solides) ;
degré de facilité de mise en œuvre de la méthode.

Les méthodes de préférences révélées
Ces méthodes n’intègrent pas les valeurs de non-usage. Elles ne permettent
donc pas de mesurer la valeur économique totale. De plus, elles présentent un
certain nombre de limites en termes d’opérationnalité :

• La méthode des dépenses de protection permettrait une évaluation de la
PEO en mesurant les dépenses que font les différentes parties prenantes
pour se protéger des externalités négatives. Toutefois, elle n’évalue que le
bénéfice minimal induit par un accroissement de la responsabilité de
l’organisation (cf. Desaigues et Point, 1993).

• La méthode des prix hédonistes repose sur l’hypothèse selon laquelle le prix
d’un bien est lié à ses caractéristiques (Brookshire et al., 1981). Il s’agirait
donc de comparer la valeur des biens affectés par l’activité de l’entreprise à
celle des autres. Le problème est qu’il est difficile d’isoler l’incidence
spécifique d’une organisation sur la valeur du bien.

• La méthode des coûts de déplacement permettrait une évaluation de la PEO
en mesurant toutes les dépenses des parties prenantes. La difficulté est de
s’assurer de la corrélation entre les coûts engagés et les externalités
générées par une entreprise donnée. En outre, cette méthode est
généralement cantonnée aux activités de loisir (Bontemps et Rotillon,
1998).

26 ƒ
La méthode directe : l’évaluation contingente
Appliquée à la PEO, il s’agirait, par interrogation directe, de faire révéler par
chaque partie prenante la variation d’utilité qu’elle peut anticiper d’une
modification de l’activité d’une organisation donnée. La Méthode d’Evaluation
Contingente (MEC) s’appuie sur les déclarations d’intention des parties
prenantes, placées dans des situations hypothétiques, pour déterminer leur
consentement maximal à payer pour que l’entreprise réponde à leurs attentes.
Ce CAP est identifiable au surplus.

La MEC a un large domaine d’application (Vermesch, 1996 ; Bonnieux, 1998 ;
Roger, 1999) qui lui permet de rendre compte de l’ensemble des attentes des
stakeholders. De plus, elle est la seule à intégrer les valeurs de non-usage
5(Bonnieux et Vermersh, 1993 ; Bontems et Rotillon, 1998) , donc à permettre
une mesure de la valeur économique totale. Elle est, depuis une décennie, la
méthode la plus utilisée (Touaty et Gié, 2004). De fait, sa solidité a été éprouvée
au travers de nombreuses études (Bontems et Rotillon, 1998) et ses résultats
6.sont considérés comme pertinents (Federal Register, 1993) Pour autant, ces
derniers se heurtent à plusieurs biais (Mitchell et Carson, 1989) qui peuvent en
limiter la fiabilité si un certain nombre de règles ne sont pas scrupuleusement
respectées (Smith, 1991 ; Bateman et Willis, 2001). Enfin, même si son
adaptation aux attentes des parties prenantes rend la MEC relativement
complexe à mettre en œuvre, cette difficulté reste parfaitement acceptable
comparativement aux autres méthodes d’évaluation.

Les méthodes indirectes
Ces méthodes présentent l’inconvénient de ne pas intégrer les valeurs de non
usage, donc de ne pouvoir mesurer la valeur économique totale. En outre,
chacune présente des limites qui lui sont propres :

La fonction de dommage consisterait, tout d’abord, à étudier les relations
physiques entre l’activité d’une organisation et ses effets sur les attentes de
ses parties prenantes. La valeur économique de ces impacts serait ensuite
évaluée en estimant la valeur marchande de ces attentes. Les dimensions
sociale et environnementale peuvent être appréhendées par des indicateurs
sanitaires (Willinger et Masson, 1996) et la dimension économique par une
estimation des conséquences sur les résultats financiers des différentes

5 La MEC permet « d’aborder des valeurs qui ne sont pas liées à un usage » (Bonnieux et
Vermersh, 1993). Elle est « la seule utilisable pour les valeurs de non-usage et la seule qui puisse
intégrer l’incertitude (…) en évaluant une valeur d’option » (Bontems et Rotillon, 1998).
6 Suite à une évaluation par la MEC de la marée noire provoquée par l’Exxon Valdez, la National
Oceanic and Atmospheric Administration a fait juger les résultats (y compris pour les valeurs de
non usage) par un panel d’experts (dont deux prix Nobel d’économie, K. Arrow et R. Solow). La
conclusion fut que la MEC est une solution solide, sous réserve de respecter un protocole
d’application précis.
27ƒ
ƒ
activités professionnelles « impactées » par l’entreprise (Baret, 2006).
Moyennant l’élaboration de liens de causalité complexes et indirects, il est
possible d’intégrer l’ensemble des attentes. Si la méthode reste relativement
7solide, les résultats produits risquent d’être incomplets . Mais la difficulté
majeure est la lourdeur de sa mise en œuvre qui implique d’agréger, pour
monétariser chaque surplus, plusieurs liens de causalité.

La méthode des coûts de remplacement peut paraître simple à mettre en
œuvre et relativement solide. Par contre, elle ne peut appréhender que des
attentes qui ont été influencées de manière réversible par l’organisation
(Touaty et Gié, 2004). Elle est donc incapable d’intégrer l’ensemble des
attentes.

La méthode du capital humain est centrée uniquement sur les pertes de
productivité issues des pertes en vie humaine ou des jours d’incapacité de
travail (Willinger et Masson, 1996). Elle est bien trop restrictive pour
s’adapter à la multiplicité des attentes des parties prenantes.

Les méthodes tutélaires
Multiples, les méthodes tutélaires construiraient leur évaluation de la PEO à
partir des coûts sociaux déterminés par l’Etat, des indemnités compensatrices
fixées par la loi, des coûts implicites liés au respect des normes ou encore des
dépenses effectivement consenties par les pouvoirs publics pour protéger ou
restaurer les impacts de l’activité de l’entreprise. Ces méthodes répondent donc
uniquement aux externalités négatives et ne peuvent intégrer l’ensemble des
attentes.

Si l’ensemble des méthodes présentées permet une approximation des
externalités, seule l’évaluation contingente est capable de réellement
appréhender la valeur économique totale, de s’adapter à la multiplicité des
attentes des parties prenantes et de présenter des résultats suffisamment fiables.
Elle s’impose donc comme la méthode la plus à même pour évaluer une PEO.
Les autres méthodes économiques ne doivent pas être rejetées, mais elles seront
utilisées de manière très ponctuelle. Rappelons toutefois que la MEC, comme
les autres iques, ne fournit qu’une évaluation très
approximative du montant de l’externalité considérée. Néanmoins, inscrite dans
le cadre d’une analyse coûts-avantages, elle permet de justifier et valider les
décisions et choix stratégiques d’un manager au regard d’une gouvernance
d’entreprise sociétalement responsable, donc soucieuse de la prise en compte de
l’ensemble des parties prenantes et de la réduction des risques

7 Par exemple, en cas de risque sanitaire, ne seront comptabilisés que les résidents locaux ayant eu
recours aux services de santé (médecins, hôpitaux). Ceux dont la santé a été « impactée », mais
qui n’ont pas fait appel aux professionnels reconnus, seront ignorés.
28 ¾
¾
¾
environnementaux. Dans cette perspective, à la fois normative et instrumentale,
il est possible de fonder économiquement la décision d’adopter une démarche entale au sein d’une organisation.


2. Les méthodes de gestion pour évaluer la performance environnementale
des organisations : comment intégrer les externalités générées par
l’organisation ?

Les méthodes économiques reposent essentiellement sur des logiques externes à
l’organisation. A l’inverse, les méthodes de gestion tentent de replacer l’analyse
au cœur de l’organisation en poursuivant un double objectif : d’une part, évaluer
les externalités générées par l’activité de l’entreprise et, d’autre part, intégrer
leur évaluation monétaire dans des outils propres à l’organisation.
Concrètement, il s’agit de mettre en place une comptabilité environnementale
(green accounting). De manière générale, cette dernière peut être définie
comme « un système d’information efficient sur le degré de raréfaction des
éléments naturels engendré par l’activité des entreprises, utilisable pour
réduire cette raréfaction et pour informer les tiers » (Christophe, 1995).
Toutefois, comme le constate Mikol (2000), une grande confusion règne sur le
terme même de comptabilité environnementale.

En analysant la diversité des pratiques, trois catégories de comptabilité verte
peuvent être identifiées (Christophe, 2002) :
une comptabilité générale qui intègre la valorisation des actions
environnementales dans la comptabilité générale de l’entreprise ;
une comptabilité analytique qui répertorie l’ensemble des coûts
environnementaux générés par les activités de l’organisation ;
une comptabilité sociétale qui présente la politique environnementale de
l’entreprise, ses objectifs chiffrés, les moyens mis en œuvre et ses
engagements d’améliorations (Antheaume, 2003).
Dans le cadre de cette étude, le troisième niveau de comptabilité est écarté. En
effet, notre objectif consiste à décrire les mécanismes d’évaluation monétaire de
l’impact environnemental. Or cette problématique se retrouve essentiellement
au sein des deux premiers niveaux : la comptabilité environnementale (niveau
1) permet d’étudier les externalités négatives comme positives sur
l’environnement ; l’évaluation du coût environnemental (niveau 2) propose
d’évaluer les coûts directement liés à la protection de l’environnement.

292.1. Une évaluation ex-post : du coût d’évitement de la dégradation au coût de
réparation d’une dégradation

La mise en œuvre de cette évaluation repose sur une modalité essentielle : une
révision des principes de la comptabilité générale. En effet, cette dernière,
définie dans les années cinquante, ne prend pas en compte la problématique
environnementale. Pourtant les impératifs environnementaux se font de plus en
plus pressants pour les organisations. Aussi il semble nécessaire d’inventer de
nouveaux dispositifs capables d’identifier l’impact environnemental des
activités. Au cœur de notre réflexion se situe le concept d’impact
environnemental. Ce dernier est défini comme l’ensemble des facteurs qui
perturbent l’environnement (Paugam, 2003). Dès lors, la comptabilité entale vise à évaluer monétairement les points de tension entre les
actions de l’organisation et leurs conséquences sur l’environnement. Deux
catégories d’actions semblent initier l’interaction de l’entreprise avec son
environnement. Dans un premier temps, l’organisation peut chercher à éviter
des nuisances environnementales (actions préventives) ; dans un second temps,
elle tente de réparer les dégradations environnementales provoquées par son
activité (action curatives). A chacune de ces mesures va correspondre un coût
spécifique : le coût d’évitement (prévention) ou le coût d’entretien (réparation).

L’adaptation de la comptabilité générale peut permettre de mettre en exergue
« les coûts d’évitement » engagés par une organisation. Il s’agit de s’appuyer
sur le mécanisme des provisions pour risques et charges. En assimilant la
provision (comptes 15…) à une consommation du patrimoine naturel (62…), la
comptabilité permet de révéler le coût que devrait supporter l’entreprise pour
restaurer l’environnement qu’elle aurait dégradé. Ce mécanisme permet donc
d’intégrer la consommation du patrimoine naturel dans le calcul du résultat
comptable de l’entreprise. De la même façon, pour l’Ordre des Experts
Comptables, des provisions liées à l’environnement sont justifiées pour des
litiges qui proviendraient de pollutions engendrées par l’entreprise. Signalons
que cette intégration des provisions pour risques et charges environnementales
peut donner naissance à de nouveaux outils de communication externe comme
8celui de la valeur ajoutée négative (Christophe, 1995).
Mikol (1995) va plus loin en soulignant la nécessité d’inventer une
normalisation comptable à même de prendre en compte la problématique
environnementale. Ce dernier indique que le mécanisme des provisions pour
risques et charges permet d’intégrer les efforts d’une organisation pour éviter
une pollution. Toutefois le problème réside dans « le choix de l’exercice de

8 L’idée directrice de cet indicateur est donc de retrancher la valeur attribuée aux impacts
environnementaux à la valeur ajoutée générée par l’entreprise (Antheaume et Teller, 2000). Dès
lors, le passage de la production de l’exercice à la valeur ajoutée s’effectue en enlevant les
consommations en provenance de tiers et la valeur ajoutée négative.
30 comptabilisation et des montants à comptabiliser » (1995, p. 35). Sur ce point,
une normalisation de l’annexe autoriserait une visibilité accrue des efforts
réalisés par une organisation pour éviter des dégradations environnementales.
Comme le précise l’auteur, le risque de non diffusion d’informations
essentielles sur la protection de l’environnement n’est pas théorique : le nombre
croissant d’entreprises communiquant des informations environnementales
pourraient engendrer un standard minimum que toute entreprise devrait
satisfaire (Mikol, 2000). Dans cette optique, signalons que les normes IFRS
prennent en compte l’évaluation des immatériels et notamment de
l’environnement avec l’IAS 37 « Provisions, passifs éventuels et actifs
éventuels ». Cette dernière permet à une organisation de comptabiliser des
provisions environnementales et ainsi de prendre en compte le coût du risque
environnemental (par exemple, en provisionnant pour la remise en état d’un
site).

La méthode « des coûts d’entretien » consiste à répertorier les coûts engagés,
communément appelés « dépenses environnementales », par l’organisation pour
préserver le milieu naturel. L’organisation peut créer des cadres comptables
capables de prendre en compte cette nouvelle dimension. Par exemple,
Raimbault-Guilbaud (1995) propose de créer des « comptes verts » où
l’information environnementale nécessaire à l’entreprise serait isolée. Ainsi des
données sur les dépenses environnementales ou encore sur les risques liés à
l’environnement permettront à l’entreprise d’améliorer le pilotage de sa
performance environnementale. Cet affinement du plan des comptes de
l’entreprise autorise l’assimilation de données environnementales dans la
comptabilité classique (Roder, 1993). De la même façon, l’Ordre des Experts
Comptables (1996) propose d’isoler, dans des numéros de compte spéciaux, les
investissements liés à l’environnement (par exemple, les investissements de
dépollution) ou encore d’identifier quelle part des impôts et des taxes est
imputable à l’environnement de l’entreprise (taxe sur les déchets). En 1993,
l’Union Européenne propose un cadre général permettant de prendre en compte
l’ensemble des coûts environnementaux engagés par une organisation : le
Système de Comptabilité Economique et Environnementale Intégré (SCEEI).
L’objectif de cette comptabilité de gestion est de rassembler au sein d’un cadre
commun des informations économiques et environnementales dans le but de
mesurer l’impact de l’économie sur l’environnement. Pour cela, quatre
catégories de grands comptes sont créées : compte de flux pour pollution,
compte de dépenses de protection de l’environnement, compte de ressources
naturelles ; évaluation des flux non-marchands. Cette orientation révèle une
limite importante de cette méthode : comment juger qu’une dépense est de
nature environnementale ? La question du périmètre du coût observé est
centrale (Christophe, 2003). Les critères utilisés pour juger de l’aspect
environnemental peuvent paraître très subjectifs.
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2.2. Une évaluation ex-ante : la méthode du coût complet environnemental

En matière de comptabilité de gestion, l’entreprise peut aussi adapter des outils
existants afin d’évaluer un coût complet environnemental. Ce dernier intégrera
les externalités générées par l’activité mais aussi les coûts internes ayant comme
objectif la protection de l’environnement. L’évaluation d’un calcul de coût
capable d’intégrer l’ensemble des coûts environnementaux semble émerger
principalement au sein d’un nouvel outil : l’étude des coûts du cycle de vie d’un
produit (« Life cycle cost »).

L’essor des études d’analyse du cycle de vie débute réellement dans les années
90 (Abrassart et Aggeri, 2002). L’objectif de cette méthode est de déterminer le
profil environnemental d’un produit afin d’améliorer ses performances
écologiques (Butel-Bellini et Janin, 1999). Pour cela, il est nécessaire de
déterminer les impacts sur l’environnement au cours des différentes phases du
9cycle de vie (extraction des matières premières, fabrication, distribution,
utilisation, fin de vie). De manière générale, la méthodologie de l’Analyse du
Cycle de vie (ACV) peut être déclinée en quatre étapes (Rousseaux, 2005).
Détermination des objectifs. Il s’agit de comparer plusieurs cycles de
vie mais aussi les étapes d’un même cycle de vie.
Réalisation d’un inventaire. Ce dernier identifie et quantifie les flux de
matière et d’énergie entrants et sortants de l’entreprise.
Evaluation des impacts. Cette troisième étape consiste à classer les flux
identifiés par critère environnemental (déchets, pollution eau,
épuisement des ressources naturelles), à les caractériser et enfin à les
évaluer.
Interprétation des résultats. Cette dernière phase consiste à réaliser une
synthèse et le cas échéant envisager la mise en place de changement
pour réduire l’impact de l’activité sur l’environnement. Comme le
signale Bouquin (1997), cet outil permet d’influencer les décisions
managériales et non de simplement constater les dépenses
environnementales.

Au cours de ces différentes étapes, la phase d’évaluation est centrale. En effet,
elle conditionne directement les résultats et donc les effets de l’ACV. Dans un
premier temps, cette phase d’évaluation consiste à repérer les impacts
environnementaux physiques présents aux différents stades de l’ACV. De
nombreuses méthodes ont été inventées afin de réaliser une évaluation la plus

9 Notons que l’analyse du cycle de vie a fait l’objet de travaux de normalisation au niveau
international (ISO 14.040, 14.041, 14.042 et 14.043).
32 précise possible (Khalifa, 2002). Par exemple, la norme ISO 14.042 (évaluation
d’impact du cycle de vie, 2000) traite de l’évaluation de l’impact du cycle de
vie. Dans un second temps, la phase d’évaluation devient « économique ». C’est
à ce stade qu’intervient l’identification d’un coût complet environnemental. Un
chiffrage précis des impacts environnementaux (positifs comme négatifs) a une
conséquence managériale importante : l’intégration des préoccupations
environnementales dans les prises de décision. En synthèse, cette évaluation
physique et économique est essentielle pour les gestionnaires : il est, en effet,
difficile de faire des conclusions uniquement sur la base des données de
l’inventaire (Khalifa, 1999). Aussi, l’analyse se porte sur les outils de
comptabilité de gestion classiques, à disposition d’une organisation et
permettant d’intégrer les aspects environnementaux. Au sein des analyses du
cycle de vie, les études de coût sur le cycle de vie peuvent être diverses. Notre
objectif n’est pas ici de donner une liste exhaustive des différents outils mais de
définir et de caractériser les principales méthodes de calcul de coût.

Coût complet environnemental : le concept de « Life cycle cost » est développé
par les recherches réalisées par Gray, Bebbington et Walters (1993). Le coût sur
le cycle de vie consiste en « l’accumulation des coûts des activités qui
surviennent au cours de l’intégralité du cycle de vie d’un produit, de sa
conception à son abandon » (Berliner et Brimson, 1988). Le développement de
ces démarches d’évaluation et d’information des faits environnementaux
permettrait de mieux apprécier les coûts générés par l’entreprise. Pour Gray,
Bebbington et Walters (1993), cet outil de comptabilité analytique
environnementale permettrait de monétariser l’ensemble des informations de
l’entreprise (notamment les coûts externes) afin de retrouver une « vérité » des
prix publics. Dès lors, l’utilisation du « Life Cycle Cost » permettrait de
reconstituer le coût public ou encore pour juger de la validité d’un partenariat
public/privé. En 2001, l’UNDSD (United Nations Division for Sustainable
Development ) initie une formalisation d’une comptabilité environnementale et,
plus récemment en 2005, l’IFAC (International Federation of ACcountants)
propose à son tour une grille permettant d’identifier les coûts relatifs à
l’environnement.

Activity Based Costing : l’étude du cycle de vie du produit va permettre de
dégager les activités nécessaires au développement, à l’utilisation et à la fin de
vie du produit. Dès lors, l’outil de comptabilité par activité peut s’additionner à
l’ACV pour évaluer économiquement les conséquences environnementales des
activités de l’entreprise (Abrassart et Aggeri, 2002).

Target Costing : cet autre outil permet aux organisations de déterminer le coût
sur le cycle de vie à partir d’une approche structurée. L’objectif est de
prédéterminer les performances que devra atteindre le produit. Ainsi, un produit
33va être fabriqué pour générer un niveau de profitabilité défini sur le cycle de vie
(Gauthier et Giard, 2000).

En conclusion, ces méthodes ne sont pas sans enjeux pour les organisations qui
désireraient les initier. Trois défis principaux sont à souligner :

L’anticipation des coûts : la complexité réside de ces calculs. Elle consiste à
prévoir de manière plus ou moins précise l’ensemble des coûts
environnementaux générés par la création, la production et la fin de vie d’un
produit. Toutefois, en développant des analyses de cycles de vie dès la
conception du produit, la PEO est accrue. En effet, plus de 80 % des nuisances
environnementales d’un produit tout au long de son cycle de vie peuvent être
détectées (De Winkler et Kals, 1994).

L’évaluation des coûts : comme l’indique Antheaume (1999 et 2001), les coûts
externes sont difficiles à identifier en l’absence d’une normalisation comptable.
Dès lors, de fortes divergences de résultats sont observées dans les
organisations. Ce constat amène à préconiser des formes variées de
comptabilités environnementales, qui constituent probablement de véritables
innovations de rupture.

La formalisation des coûts : malgré les avantages liés au développement d’un
coût environnemental, il ressort que les entreprises hésitent à mettre en place
des systèmes de gestion environnementale essentiellement à cause d’un manque
de formalisation (Brichard, 1996). En effet, l’identification des coûts et des
risques environnementaux fait appel à des connaissances techniques que ne
maîtrisent pas les professionnels de la comptabilité (chimie, biologie,
écologie…). De plus, il paraît illusoire de chercher à identifier précisément
l’ensemble des impacts environnementaux de l’entreprise (comment évaluer les
effets à long terme d’un projet d’investissement ?) pour ensuite les traduire en
termes monétaires. De la même façon, comment identifier clairement, à la suite
d’un investissement anti-pollution, la part de dépenses imputable à
l’augmentation de la productivité et celle imputable à la protection de
l’environnement ? L’évaluation des coûts et des risques environnementaux
constitue donc un enjeu complexe qui explique aussi sa difficile intégration au
sein des organisations.


34 Conclusion

Cette revue de littérature sur les possibilités de monétarisation des impacts
environnementaux nous conduit finalement à la question suivante : y a-t-il
opposition ou complémentarité entre les méthodes économiques et les méthodes
gestionnaires ? Résultant de deux domaines scientifiques distincts, les
différences entre les deux logiques d’évaluation sont évidentes. D’un côté, les
solutions économiques reposent sur des logiques externes à l’organisation : elles
analysent soit des marchés de substitutions, soit des marchés hypothétiques, soit
des liens de causalité, voire des décisions de justice, afin de déterminer dans
quelle mesure les parties prenantes sont impactées par l’entreprise. D’un autre
côté, les méthodes gestionnaires se positionnent sur des logiques clairement
internes à l’organisation, à partir de son système comptable.

En partant de ce raisonnement, l’utilisation d’un type de méthode est à relier
aux objectifs de l’évaluation. En effet, si seules les parties prenantes sont
10demandeuses d’une évaluation de l’impact environnemental de l’entreprise , on
l’abordera comme une externalité qui sera monétarisée par les méthodes
économiques. On obtiendra une évaluation sans être bloqué par une éventuelle
non-collaboration de l’entreprise considérée. A l’inverse, si l’organisation est
11demandeuse d’une évaluation de son impact environnemental on privilégiera,
dans un premier temps, les solutions comptables. En effet, malgré leur
complexité, elles restent plus légères à implémenter que les solutions
économiques (à niveau de fiabilité des résultats équivalent). Toutefois il est
évident que, s’il est possible de se doter des moyens humains et financiers
nécessaires, on aura intérêt à appliquer les solutions économiques et comptables
simultanément. L’écart inévitable des résultats obtenus permettra d’affiner
l’évaluation monétaire et, le cas échéant, de corriger/enrichir les méthodes
adoptées en fonction des caractéristiques de l’organisation et du coût
environnemental.

Au-delà des raisons de l’évaluation économique des impacts environnementaux,
nous considérons que ces deux logiques symétriques ne sont pas en opposition.
Au contraire, elles sont source de complémentarités pour plusieurs raisons. Le
vocable employé est là pour nous le rappeler : ne parle-t-on pas
« d’internalisation des externalités » (positives ou négatives) ? Cet exemple
indique une complémentarité des méthodes : une analyse du LCC pourra être

10 Cette situation est typique de la situation des associations de défense de l’environnement ou de
riverains qui cherchent à démontrer qu’une entreprise polluante génère un coût social important
qui doit être corrigé. L’évaluation monétaire permettra ensuite de générer un risque réputationnel
ou légal modifiant le comportement de l’organisation (sensibilisation du public, décisions de
justice, évolutions réglementaires…).
11 Cas de figure des entreprises qui veulent se prémunir des risques réputationnels ou légaux.
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basée sur des méthodes gestionnaires (coût complet, ABC etc.), mais elle ne
pourra éviter l’emploi des méthodes économiques pour résoudre un problème
technique : intégrer une externalité. Plus fondamentalement, l’étude de la
monétarisation des impacts environnementaux nous amène à développer une
typologie des coûts environnementaux. A la suite de la revue de littérature
réalisée précédemment, trois catégories de coûts peuvent permettre d’évaluer les
externalités environnementales d’une organisation :
Coût de prévention : il s’agit d’identifier l’ensemble des coûts de
protection engagés par les organisations.
Coût de réparation : l’analyse de ses actions doit permettre d’identifier
les coûts de réhabilitation du patrimoine naturel dégradé par
l’organisation.
Coût de l’irréversible : cette dernière catégorie se donne comme objectif
de déterminer le coût d’une dégradation environnementale irrémédiable.

A ce niveau, les complémentarités deviennent évidentes. Les méthodes
comptables sont particulièrement adaptées à l’évaluation des coûts de
prévention engagés par les organisations. De même, elles permettent
d’appréhender les coûts de réparation du patrimoine naturel dégradé par
l’organisation. Par contre, elles s’avèrent inaptes à déterminer les coûts
d’indemnisation qui correspondent au coût de la dégradation environnementale.
A l’inverse, les méthodes économiques sont particulièrement adaptées à
l’évaluation de cette dernière forme de coûts. Par contre, les solutions
économiques n’ont pas de pertinence pour déterminer des coûts de prévention
ou de réparation qui relèvent avant tout des solutions techniques adoptées, en
interne, par les organisations. De plus, la complémentarité entre les méthodes se
retrouve au sein de ces dernières. Ainsi, les problèmes posés par les méthodes
gestionnaires vont trouver des voix de réponses au sein des
économiques. Par exemple, le manque de formalisation, évoqué par Brichard
(1996), peut être résolu en se basant sur des marchés hypothétiques. De la
même façon, l’évaluation contingente offre une solution pour appréhender des
coûts encore non-existants, donc rendre possible l’anticipation. Les méthodes
économiques vont pouvoir, elles aussi, être complétées par des analyses internes
se rapprochant des besoins des acteurs de l’organisation. Dès lors, elles
répondront plus seulement à la question « Qu’est-ce que la protection
environnementale devrait coûter à l’organisation ? ». Mais aussi à son
symétrique « Combien coûte la protection environnementale à
l’organisation ? ».

Finalement, le choix d’une méthode va être directement lié aux objectifs de
l’étude. S’il s’agit d’observer des coûts engagés par une organisation (coût de
prévention et de réparation), le choix du gestionnaire se portera davantage sur
36 les méthodes gestionnaires. A l’inverse, s’il s’agit d’évaluer le coût d’une
dégradation irréparable (coût de l’irréversibilité), les méthodes économiques
devront être privilégiées. La complémentarité des approches économiques et
gestionnaires nous semble donc incontournable.


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