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4 Contes pour retrouver l'enfant intérieur

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Description



L'enfant revient à son île intérieure.

Il aura plus de paix, de clarté d'esprit, il découvrira l'impermanence de toutes les choses. Son regard profond sur l'éphémère va lui révéler que tout change tout le temps et qu'il est plus grand que ce petit corps fragile, plus grand que ses émotions fortes, ses peines, ses pensées. L'enfant va découvrir qu'il est tissé par l'univers.

Bon voyage, bonne route mes amis.

Thich Nhat Hanh




En quatre contes, Soeur Chân Giàc Nghiem du Village des Pruniers nous invite à renouer avec l'enfant intérieur qui habite toujours en nous, et dont nous étouffons la voix Sur ses pas, nous affrontons les mêmes obstacles et nous nous posons les mêmes grandes questions : pourquoi avons-nous peur ? Comment ne pas craindre de perdre ce que l'on possède ? Que faire de notre colère et de notre insatisfaction ? Avec lui nous découvrons des réponses aux énigmes de la vie et nous réalisons que le bonheur est aussi simple qu'un regard d'enfant sur la beauté du monde.




  • Bonjour ma petite peur


  • Le ballon rouge et la bulle de lumière


  • La porte close et la grotte illuminée


  • Le paradis est ici et maintenant ou jamais

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 mars 2016
Nombre de lectures 15
EAN13 9782212016680
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’enfant revient à son île intérieure.
Il aura plus de paix, de clarté d’esprit, il découvrira l’impermanence de toutes les choses. Son regard profond sur l’éphémère va lui révéler que tout change tout le temps et qu’il est plus grand que ce petit corps fragile, plus grand que ses émotions fortes, ses peines, ses pensées. L’enfant va découvrir qu’il est tissé par l’univers.
Bon voyage, bonne route mes amis.
Thich Nhat Hanh

En quatre contes, Sœur Chân Giác Nghiem du Village des Pruniers nous invite à renouer avec l’enfant intérieur qui habite toujours en nous, et dont nous étouffons la voix. Sur ses pas, nous affrontons les mêmes obstacles et nous nous posons les mêmes grandes questions : pourquoi avons-nous peur ? Comment ne pas craindre de perdre ce que l’on possède ? Que faire de notre colère et de notre insatisfaction ? Avec lui nous découvrons des réponses aux énigmes de la vie et nous réalisons que le bonheur est aussi simple qu’un regard d’enfant sur la beauté du monde.
Sœur Chân Giác Nghiêm (Élisabeth Ollagnier) et la communauté du « Village des Pruniers »
4 Contes pour retrouver l’enfant intérieur
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Avec la collaboration d’Anne Jouve.
Mise en pages : Sandrine Escobar.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans l’autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2016 ISBN : 978-2-212-56313-9
L’enfant revient à son île intérieure.
Il aura plus de paix, de clarté d’esprit, il découvrira l’impermanence de toutes les choses.
Son regard profond sur l’éphémère va lui révéler que tout change tout le temps et qu’il est plus grand que ce petit corps fragile, plus grand que ses émotions fortes, ses peines, ses pensées.
L’enfant va découvrir qu’il est tissé par l’univers.
Bon voyage, bonne route mes amis.
Thich Nhat Hanh

Les droits d’auteur de cet ouvrage seront reversés aux œuvres de Thây, Thich Nhat Hanh, notamment celles au profit des enfants. À ces jeunes livrés à eux-mêmes qui ont faim, tandis que leurs parents, journaliers dans les plantations de thé et de café, travaillent du matin au soir. À ceux qui souhaitent devenir vendeurs ambulants, à qui sera acheté un chariot qui leur permettra de vendre des glaces. Aux écoles pour jeunes enfants dans les endroits reculés du Viêtnam et à l’accès aux soins gratuit pour chacun d’entre eux. Mais aussi aux personnes âgées, aux lépreux et à bien d’autres encore. Toutes ces œuvres soutenues par des assistants sociaux qui viennent évaluer sur place les besoins. Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à consulter le site www.pourlesenfantsduvietnam.com .
En échange de ce livre, puisse notre cœur s’ouvrir.
Ces contes sont dédiés à mes enfants chéris, Virginie et François-Régis, Olivier et Magali, pour l’aide pleine de compréhension et d’amour dont ils ont su entourer ma vie et ma recherche.
À mes petits-enfants pour la joie qu’ils m’apportent.
À Michel, pour sa présence aimante et solide à nos côtés.
À maman, pour son amour inconditionnel.
À mes parents et grands-parents, qui m’ont offert la vie, l’amour et la joie de vivre.
À Thây, sœur Chân Không et au « Village des Pruniers », pour leur aide pleine d’amour au service de tous.
À mes frères et sœurs, beaux-frères, belles-sœurs, oncles et tantes qui m’ont appris le partage aimant.
À mes beaux-parents, pour leur présence pleine de gentillesse et de compréhension.
À mes cousins et neveux, pour la chaleur de leur affection.
À tous les malades et amis, présents et décédés, qui m’ont permis d’accéder à ce regard profond, par leur présence patiente et affectueuse.
Ce livre vous appartient.
Sommaire

Introduction
Bonjour ma petite peur
I. Le hanneton aux grandes dents
II. La quête
III. La rencontre
IV. La clef
V. Le miroir du lac
VI. L’origine
VII. Le feu sous la soupe
VIII. La fleur aux mille pétales
Le ballon rouge et la bulle de lumière
I. La quête de l’impermanence
II. Le ballon rouge
III. La bulle de lumière
IV. La montagne qui marchait
V. Le chêne ou le secret des métamorphoses
VI. Rencontre avec le soleil
VII. Le lac dans les nuages
VIII. Le manteau de sons
IX. Ceci est parce que cela est
X. Les châteaux de sable
La porte close et la grotte illuminée
I. Cœur de cristal
II. Les habits extraordinaires
III. Le bouclier d’or
IV. L’objet précieux
V. L’Enfant révolté ou la porte close
VI. Leçon du prunier en hiver
VII. Le discours et le tapis
VIII. Au pays des étiquettes
IX. La grotte illuminée
Le paradis est ici et maintenant ou jamais
I. Paradis terrestre
II. Les premières découvertes
III. Rencontre avec les volcans
IV. La décision
V. Les vagues
VI. L’arche
Conclusion
Introduction

« Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières ? Vains objets dont pour moi le charme est envolé ; Fleuves, rochers, forêt, solitudes si chères, Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! »
L AMARTINE , « L’isolement ».
Au creux de chacun d’entre nous vit un enfant qui a peur. Un enfant qui ne sait plus comment avancer dans cette vie si difficile et inconfortable qui ressemble à des montagnes russes, où les émotions nous submergent parfois, nous angoissent. Alors nous nous agitons, nous cherchons à tout prix à fuir notre peur d’être incapables de faire face aux multiples craintes qui jalonnent notre vie : ne pas être à la hauteur des attentes de nos parents, de notre patron, de notre conjoint ; ne pas atteindre le niveau social auquel nous aspirons, perdre notre emploi, notre maison… autant de craintes qui nous paralysent et nous donnent de temps en temps l’impression d’être seuls et inutiles. Au final, nous finissons par avoir peur de la peur.
Pire que tout, nous vivons avec chevillée au corps la peur de perdre ceux que nous aimons. Tout au long de notre vie, nous cherchons ainsi l’assurance que jamais ceux que nous aimons ne nous quitteront, que nous ne perdrons pas ce que nous possédons. Or, tout ce que nous croyons posséder, un jour nous le laisserons derrière nous. Tout est impermanent.
Le 1 er janvier 1976, mon mari et moi avons quitté la Thaïlande après un séjour au Laos. Mon époux y avait enseigné la pharmacologie pendant quelque temps, au titre de la coopération. Durant notre séjour, le royaume du Laos avait sombré. Toutes les nuits, des dizaines de personnes tentaient de s’enfuir en traversant le Mékong à la nage. Nous entendions, impuissants, les fusillades. De très nombreuses personnes partirent dans les camps…
En Occident, le 1 er janvier est un jour de joie. Nous enterrons l’année écoulée en souhaitant une année nouvelle pleine de promesses. Ce 1 er janvier 1976, nous prenons l’avion à destination de Paris. Seule une dizaine d’Occidentaux occupent l’appareil, l’avion ayant été réquisitionné pour transporter des réfugiés vietnamiens et laotiens qui quittaient les camps de Thaïlande et cherchaient refuge en France. Adieux dignes mais pleins de douleur. Leur courage était immense. Pendant des années, ces instants sont restés gravés dans mon cœur et une question m’est restée : comment les aider vraiment ? Cette rencontre avec des personnes qui sortaient des camps de réfugiés a été pour moi un électrochoc.
Ma vie était pleine de bonheur. Épouse heureuse, mère comblée par deux enfants merveilleux, je travaillais en tant que kinésithérapeute à l’hôpital. Partager la vie des personnes âgées et hospitalisées m’a profondément bouleversée. Ces personnes en fin de vie étaient contraintes de tout perdre : leurs parents, leur travail, leur rôle social, l’image de leur corps, leur maison et leurs meubles, leurs amis. Tout ce à quoi elles s’étaient attachées, identifiées. Ces pertes faisaient parfois d’elles des êtres libres des souffrances dues à l’attachement, l’incapacité à laisser partir ce qui ne peut être retenu, mais elles se sentaient le plus souvent déchirées, au mieux résignées.
Un jour, à Lyon, j’eus la joie de rencontrer le Dr Do Trong Le, médecin acupuncteur vietnamien, qui m’introduisit auprès du maître zen Thich Nhat Hanh et du « Village des Pruniers ». Ce fut pour moi une joie immense, j’avais l’impression de retrouver saint François d’Assise vivant ! J’eus l’occasion de demander à Thây (« maître » en vietnamien) son aide. Je ressentais en effet en moi cette même peur que je percevais chez mes patients en fin de vie. C’est ainsi que Thây me donna l’enseignement du rocher que vous allez découvrir dans ces pages. Grâce à son aide bienveillante, mais également à celle de sœur Chân Không et de la communauté du « Village des Pruniers », grâce à la pratique, j’ai pu me mettre en contact avec l’impermanence, la vision profonde des conditionnements.
Thich Nhat Hanh a donné naissance au « Village des Pruniers » en 1982. Situé dans le Sud-Ouest, près de Bordeaux, il se compose de trois monastères. Deux sont destinés aux sœurs, à Dieulivol et Loubès-Bernac, le dernier aux frères, à Thénac. Le « Village » accueille tout au long de l’année des amis laïques du monde entier pour les initier à la méditation et leur apprendre à vivre paisiblement ici et maintenant. Avec des temps forts de retraite à thème, dont celle du mois de juillet, durant laquelle les familles francophones sont accueillies avec leurs enfants. Le vénérable Thich Nhat Hanh a créé de nombreux monastères en France, notamment La Maison de l’inspir en région parisienne, en Allemagne, aux États-Unis, en Thaïlande, à Hong Kong, en Indonésie et au Viêtnam.
La pleine conscience y est enseignée et vécue tout au long du jour, avec des temps d’assise méditative, de méditation marchée, d’enseignement, de travail méditatif, de repas méditatif en silence, noble silence. La pleine conscience est la base du zen, de l’enseignement du Bouddha. Elle désigne l’ouverture de l’esprit à ce qui est là, ici et maintenant, pleinement, sans aucune distraction. L’essentiel est de découvrir que le bonheur réside dans cet ici et maintenant, que nous avons déjà toutes les conditions pour vivre heureux.
Je suis devenue moniale en 1999 à la suite de la séparation d’avec mon époux. Nos enfants étaient déjà de jeunes adultes et vivaient en couple. Me retrouvant seule, je leur ai demandé la permission de donner ma vie dans cette voie afin d’aider les personnes qui souffraient puisque j’avais trouvé la clef pour sortir de la souffrance. Notre famille se réunit régulièrement et nous nous retrouvons tous ensemble comme par le passé. Personne ne manquerait ce beau moment.
Des contes enfantins naquirent dans la contemplation et la méditation que j’effectuais dans mon travail de chaque jour, grâce à l’aide de chacun, mais aussi grâce à l’appui de ceux qui ne comprenaient pas ma recherche. Je vous offre ainsi mon expérience, mais c’est à vous de découvrir par vous-même, à vous d’emprunter le chemin qui vous mènera vers l’acceptation de l’impermanence, vers la stabilité, l’équilibre. Puisse ce livre vous apporter beaucoup de compréhension, de compassion, à la fois pour vous-même et pour ceux qui vous entourent dans le monde entier. L’Enfant de ces contes nous invite à méditer et à visiter l’univers dans sa splendeur. Bonne route.
Bonjour ma petite peur

I. Le hanneton aux grandes dents

Il était une fois, il n’y a pas longtemps, mais pas longtemps du tout, un enfant semblable aux millions d’enfants qui peuplent notre planète bleue. Cet enfant grandissait centimètre après centimètre, sans s’en rendre compte, comme tous les enfants du monde. Sa vie au sein de sa famille était douce, agréable et calme. Une seule chose le gênait : il était timide. Il avait ainsi souvent peur. Oh ! ce n’étaient pas de bien grandes peurs, mais de ces petites craintes qui nous gênent à longueur de journée.
Un jour où l’Enfant se promenait dans le jardin, le nez en l’air, en regardant les arbres, le soleil, les nuages, il tomba en arrêt devant la glycine. Une adorable grappe de fleurs bleues magnifiques tombait en cascade devant lui. Il se pencha, ferma les yeux et inspira profondément ses trésors de beauté. Immergé dans son parfum, il se sentait parfaitement heureux.
Il rouvrit les yeux pour contempler de près la forme de papillon bleu des fleurs. Tout à coup il poussa un très grand cri, fit un bond en arrière, complètement terrorisé. Un hanneton se promenait là, parmi les fleurs de la grappe, laissant briller les couleurs de sa très jolie carapace. Mais l’Enfant avait eu si peur qu’il s’était sauvé avant même d’avoir reconnu le promeneur.
Il se précipita dans les jupes de sa maman en disant qu’il avait vu une bête énorme, monstrueuse, très dangereuse, qui avait peut-être même tenté de l’agresser. Sa maman rit et le prit par la main. Ensemble, ils allèrent lentement voir le monstre. Le hanneton se prélassait, patte après patte, se déplaçant sur la grappe de fleurs en prenant tout son temps et son plaisir. L’Enfant s’arrêta, reconnaissant le monstre qu’il avait vu plus tôt mais, peu à peu, grâce à sa menotte glissée dans celle de sa maman, le terrible hanneton se dépouilla de son aspect et de ses dimensions effrayantes et reprit sa forme et ses proportions d’insecte. L’Enfant dit :
— Je crois bien que tout à l’heure il était… tout à fait… beaucoup plus gros. Qu’il avait de grandes dents… Je t’assure maman.
Sa maman lui répondit doucement en souriant :
— Oui, je sais. Il était gros parce que tu en avais peur. Maintenant que je suis là, tu peux le voir comme il est ! Tu sais, mon chéri, si tu sais observer ce qui se passe, peut-être reconnaîtras-tu, caché derrière ces mille dents, un inoffensif hanneton.
La vie de l’Enfant continua ainsi. Un jour tout était merveilleux, il avançait à pas légers, heureux, et puis tout à coup la situation changeait : une sensation d’insécurité envahissait sa tête, son cœur, et l’empêchait d’être joyeux. Il lui arrivait par exemple, pour aider sa maman ou son papa, de descendre à la cave chercher quelque chose. Pour se donner du courage, il souriait et essayait de chanter. Tous les petits enfants chantent quand ils ont peur, c’est bien connu. Il descendait donc marche après marche en chantant. À ce moment-là, la cave n’était encore que la cave. Tout allait bien. La lumière était allumée et il pouvait descendre pas à pas. Mais dès qu’il tournait le dos une seconde… Quelle sorte de monstre pourrait bien s’agripper à lui, à ses jambes ? Quelles formes impossibles pouvaient être cachées dans ce coin sombre ?
Chaque fois, l’Enfant remontait très vite, serrant dans sa main la bouteille d’huile, la savonnette ou ce qu’on l’avait envoyé chercher. Il rejoignait sa mère le cœur battant :
— Voilà, maman, voilà ! J’ai trouvé, j’ai trouvé !
La maman lisait sur le visage de l’Enfant toutes ses craintes. Toutes ses peurs étaient inscrites dans son petit cœur battant très vite.
Se promenant dans sa vie merveilleuse en découvrant la beauté du monde, l’Enfant vivait parfois des instants tout à fait gênants. Comme lorsqu’il rencontrait des amis de ses parents. Il baissait alors la tête et regardait timidement le bout de ses chaussures ou les fourmis qui vaquaient à leurs occupations. Mais certainement jamais, au grand jamais, il ne se risquait à lever les yeux. Ses parents lui disaient :
— Tu devrais faire un effort. Relève la tête et dis bonjour. Et lorsque l’on dit bonjour, on regarde les personnes à qui l’on s’adresse. Allons, s’il te plaît, relève la tête.
Tout était supportable tant que son visage était tourné vers le sol, mais dès qu’il lui fallait se redresser et regarder les amis de ses parents, il les trouvait très grands, très impressionnants, avec leurs larges épaules et leurs visages très sérieux. Et quand ils se penchaient vers lui en souriant, c’était vraiment terrible. Immédiatement, l’Enfant regardait à nouveau ses pieds…
Des dizaines de choses l’effrayaient ainsi. Comme les loups inquiétants qui se cachaient sous son lit. Autant de choses qui faisaient que sa vie cessait tout à coup d’être un paradis. Sa maman avait beau lui dire : « Regarde la réalité, tu vois bien que cette personne n’est pas méchante ! », ou bien « Tu vois bien qu’il n’y a pas de loup sous le lit ! », rien n’y faisait.
L’Enfant grandit, centimètre après centimètre, s’obligeant à lever les yeux pour regarder le maître en classe, s’obligeant, à longueur de journée, à prendre son courage à deux mains pour affronter le monde. Mais fatigué de cette lutte, il se dit un jour : « Il faut que je trouve une solution, une vraie solution, parce que c’est trop difficile de vivre ainsi. »

II. La quête

L’Enfant ne parvenait pas à voir la réalité telle que la lui montrait sa mère. Il était à l’intérieur de sa peur. Et quand il avait peur, il courait très vite ailleurs. Lorsqu’il devint grand, il prit l’habitude de remplir sa maison de musique, de laisser passer son angoisse en restant longtemps au téléphone, en allant au cinéma, en invitant souvent des amis à la maison…
Dès que l’Enfant sentait naître la peur, il se mettait à courir avec ses vraies jambes ou bien avec les jambes de son cœur ou celles de sa respiration, pour ne pas la voir grandir. On lui avait dit : « En grandissant, cela va disparaître. » Mais le petit enfant ne voyait pas tellement de différence… Ou alors un peu, oui… Il écoutait bien les conseils, essayait de les mettre en pratique, mais cela ne donnait pas beaucoup de résultats. Alors, un jour, il alla voir un bibliothécaire et lui demanda poliment :
— Bonjour, monsieur. Avez-vous des livres qui parlent de la peur et des solutions pour en guérir ?
Le bibliothécaire sourit, parce qu’il avait lui aussi dans son cœur un petit enfant qui avait peur. Il comprenait bien ce qui se passait dans l’Enfant qui se tenait devant lui.
— J’ai toutes sortes de livres à ta disposition, sur des étagères. Dix mille livres !
L’Enfant regarda avec consternation les étagères et leurs dix mille livres. Mais il était persévérant et bien décidé à se libérer de son problème.
Dès lors, il vint chaque jour à la bibliothèque. Il s’asseyait et lisait de longues pages qui lui enseignaient à traiter sa peur d’une manière ou d’une autre, qui lui expliquaient ceci et cela. « Oui, oui ! », se disait-il en hochant la tête, car ce qu’il lisait correspondait bien à ses impressions. Mais il ne trouvait toujours pas de solution. Il sentait que ceux qui avaient écrit tous ces livres étaient encore victimes de la peur.
L’Enfant avait grandi, centimètre après centimètre, mais « elle » était toujours là. « Peut-être me faut-il trouver un spécialiste de la peur ? », se dit-il. Alors il alla frapper aux portes :
— Bonjour, monsieur. Connaissez-vous un spécialiste de la peur ?
Les personnes le regardaient avec étonnement.
— Un spécialiste de la peur, dis-tu ? Non. Je ne vois pas, vraiment je ne vois pas. Quels troubles ressens-tu ?
— Eh bien je suis timide, émotif…
— Mais ce n’est pas grave, ce n’est pas de la peur. Moi-même je suis… ceci… cela… Alors fais comme moi… il n’y a qu’à…
Une grande liste s’ensuivait :
— faire du sport ;
— prendre des médicaments pour dormir, d’autres pour se réveiller, d’autres pour rire, pour avoir du courage, beaucoup, sinon tout, pour ne pas y penser ;
— s’entourer d’amis pour n’être jamais seul afin de n’avoir jamais peur ;
— voyager très loin ;
— boire, jouer ;
Etc. Etc. Etc.
Au fond de lui, l’Enfant savait très bien qu’il devait exister une autre solution. Mais il ne la trouvait pas : « Quelle solution, mais quelle solution ? » En fait, toutes les personnes à qui il s’adressait autour de lui avaient aussi peur que lui : peur de perdre leurs enfants, leur travail, leur maison, leurs amours, leur vie, peur de ne pas être aimées … mais elles se le masquaient.
Un jour qu’il continuait à chercher, car il était bien décidé à s’en sortir, il rencontra un monsieur très calme. Il sourit et pensa : « Tiens, ce monsieur ne semble pas avoir aussi peur que les autres. » Après lui avoir exposé sa recherche, il attendit calmement sa réponse. Le monsieur se pencha vers lui et lui dit doucement :
— Je connais une belle forêt. Peut-être qu’en y marchant tu trouveras la solution.
— « Une forêt » ? dit l’Enfant, étonné.
— Oui, dit le monsieur en souriant gentiment.
Il lui indiqua alors la direction de la forêt dans laquelle il lui faudrait marcher. L’Enfant avait le cœur lourd et en même temps très léger. Il pensa : « Si, au bout du chemin, je pouvais de façon certaine trouver la solution… » Et il se rendit sur le champ dans la forêt.

III. La rencontre

L’Enfant marchait, calme et serein. Le soleil était au rendez-vous et brillait juste au-dessus de sa tête. Les arbres lui semblaient beaucoup plus présents que d’habitude. L’Enfant cherchait, et en cherchant il regardait chaque chose avec plus d’attention.
Chemin faisant, il arriva dans une clairière lumineuse aux proportions magnifiques. En son milieu, un arbre très ancien, très beau, étalait ses branches autour de lui comme une cape immense. L’Enfant s’approcha, le salua poliment et le remercia d’être si beau.
— Je vais m’asseoir sous ton ombrage, lui dit-il gaiement.
Tout à l’immense plaisir qu’il éprouvait, il s’appuya au tronc et leva la tête. La lumière du soleil jouait à travers le feuillage, révélant la transparence vert clair des feuilles. Puis son regard glissa le long des branches. Il y avait des oiseaux en grand nombre, et de toutes sortes. Ils se tenaient là, calmes, chantant, respirant. L’Enfant se sentit accueilli. L’herbe était douce, souple, plus brillante.
Tout à coup il remarqua un rocher. C’était un rocher brun, pas très grand, dont le sommet était recouvert d’une mousse courte qui semblait douce comme du velours. Quelque chose l’étonnait dans ce rocher. Intrigué, il entreprit de le contourner. Il découvrit alors une fleur de liseron, très blanche, tout ouverte. Il pensa : « Elle ressemble à une oreille, elle semble tellement attentive ! » Poursuivant son exploration, il remarqua, de l’autre côté du rocher, et de façon symétrique, une fleur de liseron tout à fait semblable à la précédente qui étalait sa corolle. Elle aussi était blanche, lumineuse, ouverte et attentive.
L’Enfant fit trois pas en arrière et alla se cacher derrière le tronc de l’arbre. Les oiseaux rirent et chantèrent pour le rassurer. « Un drôle de rocher ! Qu’est-ce ? », se dit l’Enfant. Son cœur battait très vite mais il ne s’en rendait pas compte. Entraîné par sa curiosité, il revint tout de même près du rocher. Sur la pointe des pieds, il en fit à nouveau le tour. Il vit alors quelque chose d’étonnant qui le figea tout net dans son exploration. Le rocher avait comme un visage. « C’est bien un rocher au moins ? Cela ne se fait pas de regarder les gens comme cela ! », se dit-il. Car le rocher le regardait. Son regard était profond et doux, ses yeux semblables à ceux d’une biche ou à des amandes dorées et sombres.
L’Enfant se précipita sous l’ombre de l’arbre. « Un rocher qui regarde, qui a des yeux noisette, des yeux de biche. » Il rit. « Est-ce possible ? » Son cœur fit trois bonds à l’intérieur de sa poitrine. La curiosité l’arracha à nouveau à l’ombre de l’arbre. « Ai-je rêvé ? Je veux en avoir le cœur net. Quelles sortes de choses merveilleuses me réserve cet après-midi ? Le monsieur m’a dit que la solution se trouvait dans cette forêt. Allons, un peu de courage ! Il faut que je me secoue. »
Encore une fois, il avança prudemment vers le rocher. Puis il se mit devant lui, bien planté sur ses deux jambes, et le regarda attentivement. Oui, oui. Il y avait bien deux yeux calmes qui le regardaient, des yeux sans peur comme il n’en avait jamais vu. Et, comme l’Enfant hésitait à ouvrir la bouche, un sourire très doux apparut sur le visage du rocher. Un sourire en forme de quartier de mandarine. L’Enfant resta cloué sur place. « Est-ce possible ? » Les oiseaux étaient descendus de l’arbre. Ils pépiaient gaiement, entourant l’Enfant ému. Puis ils se tinrent en silence, attentifs et aimants. « Un rocher semblable, dont le sommet de la tête est de mousse, aux oreilles liseron, aux yeux de biche, avec un sourire mandarine ? Est-ce possible ? » L’Enfant prit ses jambes à son cou.
Une fois rentré chez lui, il ne se sentait pas très fier. « Je ne sais pas bien ce que je viens de voir, pensa-t-il, troublé. Ai-je encore rêvé ? Est-ce comme le hanneton sur la fleur de glycine ? Comme beaucoup de choses de mon existence ? Me suis-je laissé tromper par mon émotion ? » Lorsqu’il raconta à sa famille – car on aime partager ce que l’on découvre – qu’il avait rencontré un rocher étonnant, tout à fait différent des autres, avec… avec…, tout le monde sourit et personne ne le prit au sérieux : « Tu as encore rêvé ! »
Mais au fond de lui, et pour la première fois, l’Enfant savait qu’il n’avait pas rêvé. Il savait qu’il avait rencontré un rocher avec des cheveux de mousse, de vraies oreilles liseron, de vrais yeux, un vrai sourire. Et que ce rocher pourrait bien un jour, si l’envie lui en prenait, se lever, marcher et parler.
Il en rêva toute la nuit. Il oublia le loup caché sous son lit, les petits diables qui courent dans les escaliers de la cave. Sous ses paupières il revoyait le rocher très calme et souriant « mandarine », l’arbre, les oiseaux amis.
Le lendemain, lorsque l’Enfant se réveilla, son regard était différent.
— Il faut que je retourne dans la forêt, dit-il à sa famille avec insistance.
Tout le monde le taquina :
— Oui, oui, retourne voir ce rocher. Fais bien attention qu’il ne te parle pas parce que, s’il te parle, ce sera terrible.
Entendant les rires, l’Enfant se laissa envahir par un doute immense : « Ce rocher existe-t-il ou l’ai-je rêvé ? Est-ce un rocher ? Est-ce un homme ? Est-il minéral, végétal, animal ? » Il n’en savait rien du tout. Il avait l’impression qu’il était toutes ces choses à la fois. Comme fait de l’univers entier. Alors, le cœur léger, l’Enfant repartit en direction de la forêt.

IV. La clef

Le pas de l’Enfant sur les cailloux était sûr. Le monde qui l’entourait avait sa vraie couleur. Il avançait. Le tronc des arbres s’étirait lentement vers le ciel. Les branches s’inclinaient au-dessus du chemin. Une petite araignée tissait sa toile et travaillait consciencieusement à évacuer les gouttes de rosée qui parsemaient son ouvrage. Quelque part dans les taillis, un merle noir sifflait un air très gai.
« J’ai rendez-vous avec le rocher », pensait l’Enfant. Son cœur battait doucement dans sa poitrine. Peut-être que ce rocher avait quelque chose à lui dire, se disait-il. Il s’arrêta, surpris. Il savait bien que les rochers ne parlent pas. Alors, peut-être était-ce le grand arbre plein d’oiseaux ?
Il reprit sa marche, pas à pas, conscient de la lumière, de l’odeur chaude de la forêt, de son corps qui marchait librement. En arrivant dans la clairière, il retrouva l’arbre qui s’étalait au soleil. Les oiseaux l’accueillirent, sautillant gentiment jusqu’à lui.
— Bonjour, dit poliment l’Enfant.
— Bonjour, répondit un oiseau brun aux très beaux yeux.
— Tu habites dans cet arbre ? s’enquit l’Enfant.
— Oui, nous logeons tous là. Nous vivons ensemble auprès du rocher.
— Ah ? Et que faites-vous toute la journée ?
— Nous chantons de tout notre cœur pour que chacun soit heureux.
— C’est un bien beau travail ! Et puis ?
— Nous aidons les voyageurs perdus, ceux qui cherchent la route.
— Et comment faites-vous ? demanda l’Enfant.
— Nous leur enseignons comment respirer, boire, manger, marcher, dormir, vivre enfin !
« Incroyable ! pensa l’Enfant. Il faut être vraiment perdu pour ne pas savoir vivre, boire, manger… »
— Mais, murmura-t-il à voix haute, je ne comprends pas bien…
— Tous les hommes de cette planète font plusieurs choses à la fois. Ils mangent mais ils pensent à autre chose. Ils marchent mais ils n’y font pas attention ; en fait, ils ne savent plus qu’ils marchent. Ils sont ailleurs, dans le futur ou le passé.
– Ah ! Alors je suis moi aussi perdu dans ma tête.
Et l’Enfant éclata de rire.
Une cloche tinta dans le lointain. L’oiseau brun s’immobilisa. L’Enfant remarqua alors que chaque chose se tenait en silence, sans un mouvement. Le vent avait ralenti sa course. Tous les oiseaux se taisaient. Quelques minutes s’écoulèrent ainsi, puis l’arbre retrouva ses mouvements lents, bercé par le vent léger qui avait repris sa course. Les oiseaux faisaient de la musique.
— Que s’est-il passé ? demanda l’Enfant à voix basse.
— Nous avons écouté la cloche pour de vrai . Et, pour mieux l’apprécier, nous avons laissé notre corps au repos, laissé se dérouler notre respiration et dégusté avec joie l’instant présent parfait.
L’Enfant essaya de se laisser respirer en écoutant le bruit de la forêt. En suivant sa respiration, un sourire détendu monta naturellement à ses lèvres. Il se retourna pour le dire à l’oiseau brun mais ce dernier avait disparu.
Il chercha alors le rocher du regard, réalisant qu’il n’avait presque plus peur.