Conter pour les petits

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A partir d'une quarantaine de récits, contes et comptines, Hélène Loup aborde l'art délicat de la "conterie" aux tout-petits. Dans les récits destinés aux moins de cinq ans, la structure est linéaire, c'est-à-dire sans rebondissement. L'utilisation de gestes, chansons, dessins, ficelles, papiers pliés ou d'objets peut rendre la trame plus accessible ou la brouiller. Voici proposée une méthode simple pour rendre plus concrète la trame d'une histoire à de très jeunes enfants, à partir de dessins à la fois schématiques et lisibles.

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Date de parution 01 avril 2013
Nombre de visites sur la page 11
EAN13 9782296533547
Langue Français

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Hélène Loup
Conter pour les petits
Conter pour les petits
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00415-0 EAN : 9782343004150
Hélène Loup Conter pour les petits
Illustrations d’Anne-Marie Tropet L’Harmattan
INTRODUCTION Conter aux petits estun art plus difficilen’y paraît au qu’il premier abord. C’est plus difficile que de raconter à des adultes. La plupart des conteurs commencent d’ailleurs par s’adresser soit à des adultes, soit, si la confrontation avec ceux-ci les gêne, à des enfants de primaire, quelquefois de collège. C’est que plus les enfants sont jeunes, plus il est nécessaire de se mettre à leur portée par lechoix des contes, duvocabulaire, lamanière de raconteret derendre explicite ce qui serait sous-entendu dit à des plus grands, et plus c’est délicat de le faire sans dénaturer ou affadir les histoires. En outre, ces historiettes ont assez peu intéressé les collecteurs et les chercheurs. Partant, il est plus difficile d’en trouver dans les 1 livres , la source à laquelle puisent les « nouveaux conteurs » (= les conteurs d’aujourd’hui), donc de se constituer un répertoire. Dans cet ouvrage, on trouvera des exemples commentés d’histoires racontées en crèches et maternelles selon l’âge moyen des enfants concernés jusqu’à cinq ans inclus, ainsi que des récits pouvant être adaptés pour des plus jeunes et comment. Autrement dit un début de répertoire et la façon de l’exploiter et de l’élargir. La structure des contesa souvent été étudiée, scrutée, analysée par les chercheurs. Vladimir Propp (Morphologie du conte), Claude Brémond (Logique du récit), Greimas (Réflexions sur les modèles actanciels etÀ la recherche des modèles de transformation, dans : Sémantique structurale), Alan Dundes (Morphology of the North American Indian folktales), et bien d’autres, se sont penchés sur ce problème et leurs travaux ont largement été suivis et utilisés par les conteurs. Mais les structures étudiées par les chercheurs sont essentiellement celles des « contes merveilleux », ceux que l’on nomme communément les « contes de fées », commeBlanche-Neige, Cendrillon ouSept d’un coup ou Le Hardi petit tailleur (Les Contes de Grimm), même quand ils ne comportent pas de fées comme le 1. Depuis la première publication de cet ouvrage en 2004, il y a eu une floraison de recueils de contes ainsi que de collections d’albums destinés aux tout-petits.
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dernier cité, mais seulement du « merveilleux », c’est-à-dire du « magique ». Or, il faut bien cinq ans pour accéder à la complexité de tels contes. La structure du récit a aussi été l’objet de recherches. Plus rarement, celle des histoires pour petits et des « enfantines ». Seulement ces études, souvent très pointues, sont écrites par des scientifiques dans un langage de scientifique avec une optique de scientifique ! La démarche d’un conteur, d’un artiste en général, est nécessairement différente. Elle passe beaucoup plus par le corps, par l’expérience personnelle, intime et subjective. Le conteur a moins pour but la théorisation de sa pratique que son exercice. Et s’il s’interroge sur celle-ci, c’est pour l’affiner encore. Cette considération a dicté laméthode suivie dans cet ouvrage: proposer des exemples précis et variés de contes, bouts rimés ou « enfantines » (différentes sortes de ce que l’on appelle communément « comptines ») tels que, avec le temps, ils ont été mis au point, classés par tranche d’âge de quelques mois à cinq ans ; constater la concordance entre le degré de complexité d’une trame et le degré de maturité du ou des enfants ; témoigner d’une pratique et de l’apport de celle-ci pour percevoir si un récit peut convenir à des plus jeunes, comment l’adapter sans le détruire et inciter le lecteur à expérimenter par lui-même. Car, finalement, une technique s’acquiert d’abord à l’usage. ÉVOLUTION DE LA TRAME EN FONCTION DE L’ÂGE Les petits évoluent vite. Encore faut-il leur laisser le temps de progresser. La trame d’un conte merveilleux commeBlanche-NeigeouHansel et Gretel (Les Contes de Grimm) est trop complexe pour un enfant avant cinq-six ans. Pour les plus petits, le récit reste linéaire, sans rebondissement. Avant six mois, il s’agit de jeux de doigts et de corps. Les plus compliqués sont des énumérations-descriptions. Il n’y a pas encore d’histoire. Les premières commencent après cet âge. Elles sont minimales. Un « évènement déclencheur » provoque une action du héros. Dans les contes dits six mois plus tard aux mêmes enfants, l’action du héros rencontre une résistance, ou bien entraîne une réaction, auxquelles succède
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une autre action du personnage principal, et cela deux ou trois fois de suite en ce qu’on pourrait nommer une série d’actions-réactions, avant que l’on parvienne à la nouvelle situation appelée « situation finale ». Il faut attendre encore six mois pour que les petits accèdent à des récits où ces séries d’actions-réactions s’organisent en deux ou trois étapes et encore un peu plus pour qu’ils commencent à suivre des histoires où ces étapes, comportant elles-mêmes des séries, s’organisent à leur tour en épisodes comprenant chacun deux ou trois étapes. Puis les épisodes, plus nombreux, seront composés de plus d’étapes. Jusqu’à ce que l’on arrive à ce qu’on pourrait comparer à un chapitre qui présenterait lui-même plusieurs épisodes. C’est le conte à rebondissement. Vers cinq-six ans, en grande maternelle, ces histoires ne présentent encore que deux chapitres, soit un rebondissement, rarement trois chapitres, soit deux rebondissements. Plus tard, ces chapitres deviennent plus riches en épisodes et leur nombre augmente (Exemple :Les deux frères,Les Contesde Grimm). L’ensemble de ces chapitres finit par composer ce que l’on pourrait comparer aux tomes différents de ce que le langage courant nomme, par extension, une saga, et dont la dénomination littéraire est cycle (Exemples :Le cycle épique troyen, dont font partieL’Iliade,L’OdysséeetL’Enéide;Le cycle du Roi Arthur, appelé aussiRomans de la Table Rondeou :La légende arthurienne – Le Graal et la Table Ronde). Ces très grands récits ne commencent à se raconter qu’en primaire, aux CM. et encore, par courts extraits. À noter que le plaisir pris aux longues épopées, sagas et cycles, n’empêche pas les adultes de toujours goûter les récits plus simples et jusqu’aux « enfantines » et bouts rimés des premiers mois.
CONTES À MALICES D’autre part, même quand la trame paraît simple, le nombre des personnages et des étapes (il n’est pas encore question d’épisodes) limité, les structures mentales des jeunes enfants ne leur permettent pas d’accéder à certaines notions qui nous
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