Le guide du mieux-être
306 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Le guide du mieux-être

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
306 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Le développement personnel, c'est quoi exactement ? Quelles techniques doit-on utiliser pour aller mieux, s'épanouir ? Qu'ont dit et écrit les thérapeutes fondateurs ? Qu'ont-ils découvert de si novateur pour nous ? Où faut-il s'adresser pour pratiquer ? Comment distinguer les bons des mauvais thérapeutes et éviter le piège des sectes ? Combien de temps durent vraiment les thérapies ? Pour quelle efficacité et quel coût ? Comment évaluer les résultats ? Doit-on être assisté par un thérapeute ou peut-on travailler en solo ?


Recensement minutieux et mise en pratique des méthodes de développement personnel citées ont permis à Gilles Prod'homme de concocter cet ouvrage et de répondre de manière claire, simple et directe à ces questions essentielles.


Ce guide pratique offre :



  • un repérage historique précis sur l'apparition du développement personnel

  • une présentation critique des concepts indispensables pour choisir ensuite la thérapie la mieux adaptée

  • un regard objectif et lucide sur ce que chacun peut raisonnablement attendre de l'épanouissement personnel et de ses techniques

  • des anecdotes, traits d'humour, conseils, retours d'expérience et des exercices à pratiquer chez soi.


En un mot, Le Guide du mieux-être est le livre-ami qu'on attendait tous.



  • Introduction - Développement personnel : de quoi parle-t-on au juste ?

  • Les principes du développement personnel

  • L'enfant terrible du vingtième siècle

  • Définir et comprendre d'abord, pour mieux agir ensuite

  • Les sept idées centrales du développement personnel

  • Quatre outils clés au coeur de toutes les méthodes

  • S'y retrouver parmi les psy-disciplines

  • Les méthodes du développement personnel

  • Panorama de la galaxie "DP"

  • Faux prophètes et charlatans

  • Méditation et développement personnel : deux chemins différents

  • La gestion des objectifs : une si délicate question

  • Conclusion - Pour une anthropologie du développement personnel

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 juillet 2011
Nombre de lectures 569
EAN13 9782212470055
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0127€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des Matières
Page de Titre
Table des Matières
Page de Copyright
Epigraphe
Remerciements
Prologue
Introduction
Laissez-moi vivre ma vie !
À bas les discours moralisateurs !
Quand la réalité rattrape les libertaires
De la philosophie pour percer la nature du développement personnel
Deux penseurs vont nous être bien utiles : Edgar Morin et Karl Jaspers
Lancez-vous dans l’aventure

I - Les principes du développement personnel
1 - L'enfant terrible du vingtième siècle
Une étude de cas édifiante pour nous mettre en bouche
Les religions organisées ne répondent plus aux besoins existentiels
Souvent décevante, mais toujours indispensable : la politique
Le lent déclin de l’influence des intellectuels
Poids écrasant de la médiasphère dans les représentations collectives
Ces justiciables qui n’hésitent plus à aller en justice
Sans oublier la montée des valeurs féminines au travail, et pas seulement
L'Ouest américain, épicentre du développement personnel
Abondance d’objectivité ne nuit pas, surtout avant de passer à l’action
2 - Définir et comprendre d’abord, pour mieux agir ensuite
Un curieux déficit de… curiosité
Les deux sources du développement personnel
Une revendication permanente : être plus et vivre mieux
Le macro-concept du développement personnel
Pour une définition synthétique du développement personnel
3 - Les sept idées centrales du développement personnel
Des concepts pour y voir clair
L'optimisme
La culture du mieux-être
La réconciliation du corps et de l’esprit
L'estime de soi
L'assertivité
La communication interpersonnelle
La transformation de soi par l’usage conscient de la pensée
4 - Quatre outils clés au cœur de toutes les méthodes
Priorité à la pratique
La relaxation
La suggestion
La visualisation
Le dialogue thérapeutique
Socrate au pays des psys
5 - S'y retrouver parmi les psy-disciplines
Entrée en scène
La psychiatrie, pour commencer…
La psychologie pour continuer…
L'inévitable détour par la psychanalyse…
La psychothérapie, le bras armé du changement positif…
Si vous optez pour l’auto-développement personnel…

II - Les méthodes du développement personnel
6 - Panorama de la galaxie « DP »
Cadrage liminaire
La Gestalt-thérapie
L'analyse transactionnelle
La Programmation neuro-linguistique
La sophrologie
L'ennéagramme
Le mind control
La méthode Alexander
La bioénergie
L'hypnose éricksonienne
La relaxation progressive de Jacobson
Le training autogène
La thérapie primale
Le rebirth
La méthode Vittoz
L'eutonie
D’autres approches psycho-corporelles
7 - Faux prophètes et charlatans
Un phénomène de société qui appelle la vigilance
Le public en attente d’une information exploitable
Priorité au discernement
Décoder les signes qui ne trompent pas
8 - Méditation et développement personnel : deux chemins différents
Méditation : une question à… méditer
Un terme, deux niveaux de signification
La méditation n’a pas sa finalité en elle-même
Passage progressif de la vie personnelle à la vie universelle
Mon point de vue pour finir
9 - La gestion des objectifs : une si délicate question
Dynamique du changement, dynamique de la vie
Préciser, préciser et préciser encore
Conjuguer développement personnel et relationnel, une nécessité plus qu’un objectif
Conclusion
L'histoire sans fin des sciences humaines
Le bénéfice caché des études statistiques
Un rôle pour chacun de nous
Glossaire
Bibliographie
Le développement personnel sur Internet
© Groupe Eyrolles, 2009
978-2-212-47005-5
Du même auteur :
Pensez positif, LPM, 1993.
Maîtrisez votre timidité , LPM, 1993 (repris chez France Loisirs en 1994, réédité en 1997).
Se faire des amis c’est facile , coécrit avec Chantal Siebenfoercher, LPM, 1994 (repris dans Le Grand Livre du Mois en 1995).
La visualisation positive, LPM, 1994.
S'affirmer sans s’imposer, techniques d’affirmation de soi pour gérer les conflits et établir des relations positives, Dunod, 1999 (réédité en 2003 et 2007).
Le Développement personnel, c’est quoi ? InterÉditions, 2002.
Métro, boulot… philo ! Pratiquer la philosophie au quotidien pour vivre mieux , InterÉditions, 2004.
S'exercer au bonheur, La voie des stoïciens , Eyrolles, 2008.
« Puisqu’on continue de rêver, c’est que la création n’est pas achevée. »
Roger Bastide
« Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton. »
Gaston Bachelard
« Rien ne fait plus peur aux hommes que la pensée. »
Bertrand Russell
« Dans la conscience il y a l’acte d’auto-affirmation du sujet, et dans l’acte d’auto-affirmation du sujet humain, il y a l’acte d’auto-affirmation de la conscience. L'auto-affirmation du sujet est l’acte dans lequel il prend possession de ses possessions, l’acte d’appropriation de son destin. »
Edgar Morin
Le code de la propriété intellectuelle du 1 er juillet 1992 interdit en effet expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Or, cette pratique s’est généralisée notamment dans l’enseignement, provoquant une baisse brutale des achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée. En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’Éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du Droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
Groupe Eyrolles
61, bd Saint-Germain
75240 Paris cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Remerciements
Mes remerciements vont à Chantal Siebenfoercher qui a collaboré précieusement à la rédaction de ce livre.
Prologue
Comment est né ce livre
La scène se passe au cours d’un dîner entre amis dans un sympathique restaurant. Sont réunis : Éric, Olivia, Muriel et… l’auteur. Thème de la conversation : le développement personnel et ses techniques.

MURIEL. – Depuis la rentrée je me suis inscrite à un cours de yoga. Cela faisait longtemps que je voulais m’y mettre, mais vous savez ce que c’est, avec le boulot et les vies de dingues que l’on mène, on ne trouve jamais de temps pour soi. Malgré tout, j’ai franchi le cap. Incroyable ! En trois mois de pratique, j’ai appris à vider mon esprit, à retrouver mes marques et, du coup, je me sens moins stressée et irritable au quotidien. Vous savez, les amis, vous devriez essayer.
OLIVIA. – J’ai une copine au bureau qui en fait également. Il paraît que ça aide à maigrir et à moins fumer. On pourrait peut-être y aller ensemble, j’aimerais bien essayer une séance pour voir si cela peut m’intéresser. Tu m’invites ?
ÉRIC. – Le yoga, c’est pas un peu New Age * 1 et fumeux pour une fille concrète et pragmatique comme toi, Muriel ?
MURIEL. – Je t’assure que non. Les techniques de respiration que l’on nous enseigne sont vraiment apaisantes. En tout cas, moi, ça m’aide à me sentir mieux, plus calme et même un peu plus sereine. Quand je conduis, je m’énerve moins facilement alors que je ne suis pas d’une nature patiente. Franchement, Éric, seul le résultat compte.
ÉRIC. – Tu as raison. C'est tout ce qui compte finalement. Et c’est cher, tes cours ?
MURIEL. – À mon avis, le club de fitness où tu t’entraînes est aussi onéreux. Si ça se trouve, ils doivent proposer des séances de yoga, dans ton club de sport. Tu devrais te renseigner.
L'AUTEUR. – À propos, Muriel, quelle méthode de yoga pratiques-tu au juste, car il existe beaucoup de courants et même de systèmes différents ?
MURIEL. – Comment ça, ben, je ne sais pas moi, c’est du yoga. C'est important ces distinctions ? Franchement, je ne vois pas trop l’intérêt de la démarche ?
L'AUTEUR. – Effectivement, dans ton cas, ce n’est pas réellement important, compte tenu de tes objectifs. En revanche, si ton désir était de réaliser le programme d’une certaine variété de yoga, disons le hatha-yoga , très répandu chez nous, tu devrais en apprendre les fondements théoriques, puis les techniques, faute de quoi tu ne pourrais jamais mesurer tes progrès, par exemple.
MURIEL. – Je ne suis pas certaine de te suivre…
L'AUTEUR. – Pour prendre une métaphore, pratiquer une technique sans l’intégrer dans son contexte théorique revient à conduire sa voiture et rouler au hasard, sans carte routière ni destination précise.
OLIVIA. – En se laissant aller au hasard des routes, c’est-à-dire en suivant ses goûts et son instinct, on peut néanmoins découvrir de très beaux paysages. C'est tout l’intérêt du développement personnel, de faire ce que l’on veut comme on veut. Qu’en penses-tu ?
L'AUTEUR. – Que tu as entièrement raison, et je le dis sans ironie. Mais tu peux aussi te fourvoyer, perdre du temps inutilement. Question deperspective. En revanche, sache que le yoga, par essence, est à peu près l’inverse du développement personnel !
ÉRIC. – Explique-nous ça !
L'AUTEUR. – Comme son nom l’indique, le développement personnel vise l’épanouissement de la personne* et, dans un certain sens, de la personnalité, alors que le yoga repose sur une métaphysique* complètement orientée vers le dépassement, justement, de la personnalité. Il faudrait beaucoup d’autres explications sur ces notions, mais c’est l’idée générale. Peu de gens sont conscients de cet aspect quand ils abordent l’étude du yoga. À leur décharge, leurs professeurs, ou plutôt leurs moniteurs, n’ont pas toujours les idées très claires sur tous ces points. Je l’ai expérimenté.
MURIEL. – Bon et les techniques genre sophrologie ou programmation neuro-linguistique dont on parle beaucoup, notamment dans les formations en entreprises, c’est bien du développement personnel, ça ?
L'AUTEUR. – Absolument. Même si leurs créateurs, avec l’enthousiasme propre aux pionniers, ont commis quelques confusions de concepts* et souvent péché par manque d’esprit critique. Mais, au global, leur contribution est très positive. Pour rien au monde je ne voudrais les dénigrer, mais simplement rajouter quelques mises en perspective.
ÉRIC. – Attention, je sens que l’on va encore avoir droit au couplet sur la philo…
OLIVIA. – Finalement, le développement personnel, c’est une forme de thérapie*, non ?
L'AUTEUR. – À un niveau général oui, mais très vite, il est nécessaire de distinguer entre thérapie, psychothérapie, voire psychiatrie, optimisation du potentiel personnel, relation avec un professionnel et d’autres choses encore, afin de savoir ce que l’on recherche et pourquoi. Le développement personnel doit se situer par rapport aux autres disciplines des sciences humaines, ce qui suppose d’en extraire les spécificités.
MURIEL. – Et la psychanalyse dans tout ça ?
L'AUTEUR. – Passionnante question, mais la psychanalyse a ouvert un autre champ dans les sciences humaines, en général, et dans celui de la psychologie, en particulier. Là encore, on doit s’entendre sur les définitions, les principes et les méthodes avant de pouvoir discuter de manière valable sur la psychanalyse.
ÉRIC. – Qu’il est pénible celui-là avec ses définitions et ses précisions. Et le yoga, c’est quoi ? Et la psychothérapie, c’est quoi ? Et la psychanalyse, ça repose sur quels fondements ? Arrête un peu, tu nous fatigues.
L'AUTEUR. – C'est la pratique de la philosophie* qui veut ça. Isoler pour relier, distinguer pour…
ÉRIC. – Distinguer pour unir, oui, je sais, tu me l’as assez répété ! Justement, la philosophie est-elle une forme de développement personnel ?
L'AUTEUR. – Pas du tout, mais la philosophie peut réfléchir utilement sur le sujet, comme sur tout le reste d’ailleurs, la science, l’art, l’homme, la nature, la vie… À mon sens, c’est tout l’intérêt de la pensée par concepts de pouvoir prendre en compte n’importe quelle activité humaine.
MURIEL. – Toi qui es si malin, tu pourrais peut-être pondre un bouquin pour expliquer ce qu’est le développement personnel, parce que, du coup, je ne comprends plus trop de quoi il s’agit au juste.
OLIVIA. – Et si, en plus, tu pouvais décrire les principales techniques, puis évoquer les auteurs clés, le tout dans un seul livre, mais pas trop gros, ce serait super-sympa. Et si tu proposais une liste d’adresses utiles à la fin, tu serais un amour.
MURIEL ET Éric. – Bravo Olivia, bien envoyé. De cette façon, on va avoir la paix pour un moment !
L'AUTEUR (visiblement pris de court…) . – Euh… Je vais étudier la question. Faut voir… Enfin, vous savez ce que c’est : relier des idées, enquêter, lire des tonnes de livres, pas mal de boulot, quoi. En attendant,pour prendre des forces, je vais me laisser tenter par la farandole de desserts. Tous ces gâteaux n’attendent que moi. À l’attaque !
ÉRIC. – Je n’ai jamais vu un type engloutir autant de pâtisseries et sans prendre un gramme de graisse. C'est sidérant.
L'AUTEUR. – Ma technique est imparable. J’émets des images mentales avant de m’endormir pour programmer mon corps à rester mince. Et je mange tout ce que je veux ensuite.
ÉRIC. – Tu es sérieux ?
L'AUTEUR. – Bien sûr que non ! Les images mentales m’aident simplement à orienter ma pensée vers un certain contrôle alimentaire. Pour le reste, il n’y a pas de miracle : quand j’abuse de la bonne chère, comme ce soir, je fais attention le lendemain et surtout je multiplie les séries d’« abdos ». On n’a pas trouvé mieux pour conserver un ventre plat, crois-moi !

C'est pour tenter d’éclairer la lanterne de ces amis, et plus largement des candidats à la croissance personnelle, que je me suis lancé dans la rédaction de ce livre. Le lecteur l’a compris, les conditions de ce dîner sont imaginaires, mais nullement le contenu des propos échangés, répétés, repris en de multiples occasions avec de nombreuses personnes, et souvent autour… d’une table copieusement garnie.
On trouvera dans cet ouvrage :

•  une définition claire et précise du développement personnel en tant que concept et paradigme* ;
•  une explication précise de son contexte d’émergence ;
•  une synthèse des techniques les plus couramment utilisées, leurs principes de fonctionnement et leurs applications ;
•  une évocation du travail en solitaire et avec un thérapeute ;
•  une perspective critique sur les idées véhiculées par les fondateurs des thérapies brèves ;
•  une bibliographie fournie offrant un panorama du domaine couvert pour orienter le lecteur dans ses éventuelles recherches ;
•  un recensement commenté de sites Internet permettant d’organiser son propre système de veille.
Par ailleurs, au travers de mes lectures, de mes conversations et de ma pratique du développement personnel, plusieurs constats se sont progressivement imposés à moi :

1  Contrairement aux sciences humaines, le champ de cette discipline, en tant que concept, n’a pratiquement jamais été analysé, au moins dans le cadre d’un livre destiné à des non-spécialistes. Il est révélateur de noter que les rares tentatives en ce sens proviennent principalement de philosophes. Nous les signalerons au fil des pages. En particulier, les concepts spécifiques du développement personnel (nombreux) sont souvent insuffisamment définis par leurs créateurs eux-mêmes.
2  Le deuxième constat découle du premier : si les ouvrages sur les techniques abondent (il en existe d’excellents), ceux offrant une vision d’ensemble du phénomène « dév’ perso » sont en nombre réduit. En réalité, cette discipline a rarement fait l’objet d’études consistant à la situer dans le cadre général des sciences de l’esprit, et plus encore dans le contexte historique qui a rendu possible son émergence. Les pages suivantes, modestement, vont contribuer à réparer cette omission.
3  La plupart – pour ne pas dire la totalité – des candidats au développement personnel se lancent dans la pratique d’une technique (seuls ou avec l’aide d’un thérapeute) sans se soucier le moins du monde d’une compréhension générale. Conséquence : faute d’une vision globale sur les fondements théoriques, les individus se condamnent, c’est ma conviction, à accumuler les méthodes et à multiplier les efforts dans des directions parfois contradictoires. Au risque, finalement, en cas d’insuccès, de jeter le bébé avec l’eau du bain.
4  Le désintérêt pour l’intellectualisation d’un modèle de pensée, au profit de sa mise en pratique immédiate (c’est-à-dire, pour parler en philosophe, le rejet de la nécessaire médiation réflexive), incombe aux spécialistes eux-mêmes. La valorisation sans discernement de l’action, véritable tare du « dév’ perso », fait de lui une sorte d’éternel adolescent, incapable d’entrer dans l’ère de la maturité psychologique et intellectuelle. Je suis néanmoins persuadé qu’au fil du temps, des ouvrages de mise en perspective, pour faire court, verront le jour.
5  Je me suis aperçu que le développement personnel avait tout à gagner d’une réflexion critique, au sens philosophique du terme, et que cette approche ne limitait en rien l’efficacité des techniques. J’insiste à nouveau sur le fait, et je demande au lecteur de garder cet élément à l’esprit, que je réfléchis sur les techniques, tout en les pratiquant quotidiennement depuis des années. Par conséquent, dans cet ouvrage, je me positionne dans un double rapport : de distanciation en prenant appui sur deux disciplines (la philosophie et la sociologie) et d’engagement (récits d’expériences, conseils). Comme l’acte de philosopher, la fréquentation des exercices de croissance personnelle est devenue chez moi une sorte de seconde nature, quasiment un réflexe auto-conditionné.
En synthèse, dans ce livre, je me suis attaché à opérer un travail de définition, de distinction et, je l’espère, d’explication critique, dans un but précis : fournir au lecteur les moyens intellectuels de juger pour lui-même de l’intérêt – ou pas – de se lancer dans le développement personnel, ou d’approfondir l’idée qu’il s’en fait, s’il pratique déjà, bref, de penser et agir lucidement. Les yeux ouverts.

1 Les termes suivis d’un astérisque sont repris au glossaire dans la partie « Annexes ».
Introduction
Développement personnel : de quoi parle-t-on au juste ?

Laissez-moi vivre ma vie !
Qu’est-ce que le développement personnel ? Posée de façon aussi abrupte, la question peut surprendre, tant chacun de nous est persuadé de savoir ce dont il s’agit. Après tout, entre publications généralistes ou spécialisées, reportages télévisés, émissions de radio, sites Internet, portails Web et autres blogs, sans parler des tuyaux et des conseils provenant des proches, amis ou collègues, le public n’est-il pas en passe de crouler sous l’information ? Et c’est vrai qu’un examen quantitatif de l’offre disponible peut donner le vertige. Une visite dans n’importe quelle grande enseigne de librairie est, de ce point de vue, édifiante : le « dév’ perso » est devenu un genre à lui seul, physiquement balisé par des signalétiques imposantes et de nombreuses « rubriques-à-brac » : santé, couple, sexualité, créativité, imagination, éducation des enfants, soins palliatifs, animaux, management, communication… À croire que tout, ou presque, en fait partie.
Une plongée dans cette production littéraire massive est également riche d’enseignements : à l’instar d’autres domaines des scienceshumaines, des ouvrages remarquables côtoient des livres insignifiants, visiblement rédigés à la hâte, des fonds de catalogues très sérieux accompagnent dans les rayonnages les auteurs d’une saison. Phénomène propre à l’édition contemporaine ? Sans doute. Sauf que le lecteur, à moins d’être lui-même un connaisseur, manque de repères et de critères d’appréciation pour discerner la qualité sous la quantité.
On objectera que c’est finalement très bien ainsi. Discipline protéiforme par excellence, le développement personnel, par principe, ne doit rien s’interdire : certainement pas les métissages conceptuels, ni les phénomènes de modes, encore moins la diversité des techniques, méthodes, écoles et auteurs. Après tout, comme son nom l’indique, il est une pressante invitation à l’accomplissement de soi, à l’autonomie de choix, bref, à l’exercice de la liberté, loin de tout carcan doctrinal ou conceptuel.
D’autant plus que notre époque encourage – et revendique – les métissages culturels et conceptuels. Cela est devenu furieusement « tendance », voire « politiquement correct ». Chacun doit pouvoir affirmer le droit de construire son appareil théorique et sa panoplie de techniques, en suivant l’inspiration du moment ou les besoins de l’heure. J’adhère en partie à cette vision. Mais en partie seulement.

À bas les discours moralisateurs !
C'est vrai que, dans l’univers de la croissance personnelle, on ne s’encombre pas d’un intellectualisme excessif, pour dire le moins. Hormis quelques dérives que nous signalerons, les « vaches sacrées » n’existent pas. Mieux : on n’hésite pas à brûler aujourd’hui ce que l’on a adoré hier. Car le maître mot, c’est de rester fidèle à soi ! Pas question d’embrasser le développement personnel comme on entrerait dans les ordres. On en prend, on en laisse, on adapte à son cas, telle est la règle implicite. Et surtout, pas de leçons de morale ! Une technique jugée inefficace est abandonnée sans autre forme deprocès au profit d’une autre, réputée plus performante. Cette consommation en mode zapping a ses bienfaits, mais oui : les adeptes font souvent preuve d’un réel esprit d’ouverture à des paysages mentaux différents, acceptent la loi du changement (parfois même un peu trop) aiment s’ouvrir à de nouvelles idées. Cette curiosité, louable, comporte néanmoins son revers : butiner est utile, mais à un moment donné il faut bien faire son miel ; flâner parmi les œuvres et les idées peut effectivement ouvrir des portes, mais un jour on doit fixer des caps précis ; pratiquer l’esprit de tolérance est toujours une vertu, mais il faut aussi savoir faire des choix, autrement dit, sélectionner des options et renoncer à d’autres.
Surtout, le manque de compréhension générale peut, à la longue, obérer lourdement les possibilités d’action et de transformation de soi. Car tel est bien le but recherché, en dernière analyse : modifier sa vie dans un sens qualitatif et positif. Précisons : dans la mouvance du développement personnel, il ne s’agit pas – ou plus – de changer la vie mais sa propre existence. C'est pourquoi, l’observateur remarque vite que cette activité humaine parle constamment à la première personne ( Moi , Mon , Mien , Mes , Ma ) et se projette dans un perpétuel devenir, demain devant réaliser les pr omesses d’aujourd’hui. Dans ces conditions, pas question de se laisser happer par le poids des traditions, des doctrines et des morales du passé. À l’exception notable du mouvement New Age qui concilie, en un curieux syncrétisme, culte du présent, fascination pour les technologies du futur, recours aux enseignements ancestraux et goût de la spiritualité, d’Orient ou d’Occident.

Quand la réalité rattrape les libertaires
Comme je l’ai indiqué plus haut, le brave « DP », bien qu’il ait aujourd’hui atteint l’âge légal du départ en retraite, se conduit toujours comme un adolescent attardé. Il en a le charme et… les inconvénients. Pour continuer avec la métaphore sur les âges de lavie, un jour, la peau tendre de l’ado doit laisser place au cuir de l’adulte. Bref, le principe de réalité s’impose inéluctablement.
À l’intention des lecteurs « adultes » ou des lecteurs « ados » – ils ont toute ma sympathie –, j’affirme que comprendre la nature et la portée du développement personnel nécessite de le situer par rapport aux sciences de la santé mentale (psychiatrie, psychologie) et à leurs pratiques (je veux parler de la psychothérapie). Pour une raison simple : à un moment donné, la question du travail en solo, à coups de livres et de conseils d’amis, ou de la consultation auprès d’un professionnel se pose. Idem pour les techniques mises en œuvre. Or, cette phase de réflexion suppose au préalable la maîtrise de certains termes, repris dans un glossaire et répertoriés en annexe pour faciliter leur repérage dans ces pages.
De même, j’ai jugé opportun de traiter dans deux chapitres séparés la question du charlatanisme, voire des dérives sectaires, comme celle de la méditation. Mon expérience m’a montré que dans le monde de la croissance personnelle, statistiquement, ces sujets concernent directement ou non la plupart des candidats au mieux-être. D’où, de profitables mises en garde dont les professionnels eux-mêmes pourront s’inspirer, trop de thérapeutes, à mon sens, étant sous influence, maligne ou non, d’une école, d’un guide, d’un gourou, etc. Bref, ce livre fait rimer épanouissement de soi avec prudence et vigilance.
Pour rester dans des limites que je me suis imposées, mon propos se concentre sur le cas de la femme ou de l’homme adulte, laissant ainsi de côté la question de la thérapie appliquée aux enfants, aux adolescents, aux groupes familiaux ou aux individus souffrant de pathologies importantes, en particulier les dépendances aux substances psychotropes*. Tous ces sujets font d’ailleurs l’objet de nombreux ouvrages spécifiques. Mon but, plus modestement, est de tenter une réponse globale à cette triple interrogation, on ne peut plus concrète :

•  Qu’est-ce que le développement personnel ?
•  Quelles sont ses principales techniques ?
•  Que peut-on raisonnablement attendre de leur mise en pratique ?

De la philosophie pour percer la nature du développement personnel
Pour structurer ce travail, j’ai utilisé la philosophie comme fil conducteur. Pourquoi ?

•  Cette discipline, dans la mesure où elle consiste, techniquement parlant, à penser par concepts, confère rigueur et profondeur à la pensée. Sans oublier une bonne dose d’esprit critique, très nécessaire dans le monde du développement personnel, en général, et celui du New Age en particulier.
•  L'apport de la philosophie, notamment au travers d’un de ses courants de pensée, à savoir le personnalisme*, permet d’enrichir puissamment la compréhension des notions d’individu, de personnalité et de « personne* », des termes abondamment utilisés par les théoriciens-praticiens de la psychologie du Moi, de Maslow à Rogers et bien d’autres.
•  En écrivant ce livre, j’ai réalisé qu’un nombre significatif de fondateurs étaient dotés d’une certaine culture philosophique qui a imprégné leur œuvre. C'est également le cas de plusieurs auteurs-praticiens contemporains. L'ajout d’un arrière-plan « philo » n’a donc rien de superflu.

Deux penseurs vont nous être bien utiles : Edgar Morin et Karl Jaspers
Comme support de cette démarche, j’ai privilégié deux penseurs : Edgar Morin (né en 1921) et Karl Jaspers (1883-1969). Pourquoi eux, spécifiquement ?

Edgar Morin
Dans mes propres réflexions, depuis des années, je m’inspire beaucoup des travaux de ce formidable penseur qu’est Edgar Morin et de son étonnante entreprise éditoriale La Méthode (six tomes publiés à ce jour entre 1977 et 2004), où il développe patiemment son fameux paradigme de complexité. Son approche donne la possibilité de relier et d’articuler toutes les dimensions de la connaissance et de viser ce que l’on pourrait appeler une sorte de point de vue en surplomb, auquel j’espère hisser le lecteur. Edgar Morin a lui-même pris soin de synthétiser les principes de la pensée complexe (et non pas compliquée, ou encore moins confuse, comme se plaisent à dire ses détracteurs). Ainsi, dans son livre Une année Sisyphe 1 , il reprend plusieurs thèmes centraux :
« 1. La pensée complexe : a) aptitude à globaliser/contextualiser, b) aptitude à négocier avec l’incertitude.
« 2. La pensée planétaire (corollaire contemporain de la pensée complexe).
« 3. La rationalité ouverte qui devait supplanter la rationalisation, délire logique qui se croit rationnel.
« 4. La restauration de la réflexion : a) problématiser, b) objectiver ses idées à soi-même et chercher un méta point de vue.
« 5. La restauration de la culture dans les conditions contemporaines ; dépasser la disjonction des cultures scientifique et humaniste et les faire communiquer.
« 6. La constitution d’une vision du monde et de l’homme dans le monde comportant le triple paradoxe de l’être humain : a) enfant du cosmos, b) enfant de la vie et être méta-biologique, c) être individuel et être social.
« 7. La prise de conscience de l’identité terrienne de l’humanité : a) communauté d’origine et d’enracinement, b) communauté de destin, c) communauté de perdition.
« 8. La prise de conscience de l’unitas multiplex (unité multiple) de l’humanité (les individus, les cultures). Le respect de la diversité, la reconnaissance du métissage créateur de diversité, le refus de l’homogénéisation mécanique.
« 9. L'éthique de la solidarité : concevoir (l’idée) que la nation crée une communauté en élargissant à des millions d’individus non consanguins, ne se connaissant pas, le sentiment de la communauté familiale dans la notion de patrie ; la patrie est de substance maternelle (mère-patrie), paternelle (l’État à qui l’on doit respect et obéissance), et crée ainsi la fraternité des “enfants de la patrie”. Aujourd’hui il faudrait, sans perdre le sens de la famille ni de la nation, élargir cette notion à la terre-patrie, c’est-à-dire reconnaître sa substance maternelle et son autorité paternelle. »
Cette citation un peu longue donne un aperçu du style, oscillant souvent entre exposé technique et ouverture poétique, de notre anthropologue, né en 1921, et de sa capacité à construire une pensée englobante (individu, société, espèce, nation, cosmos…), en constante évolution, mais toujours rigoureuse.
Quitte à réclamer un petit effort d’attention du lecteur, j’estime indispensable d’indiquer cinq principes de complexité supplémentaires. Les quatre premiers s’appliquent essentiellement à la connaissance, le dernier concerne l’éthique, mais tous sont évidemment reliés :

•  Le principe multidimensionnel : à la pensée unidimensionnelle qui ne perçoit ou ne privilégie qu’un aspect de la réalité et prétend tout expliquer à partir d’un point de vue unique, il faut opposer une pensée multidimensionnelle qui intègre dans la réflexion toutes les dimensions humaines (biologique, culturelle, sociale, psychologique…).
•  Le principe dialogique : la capacité de penser simultanément deux notions antagonistes ou contradictoires. Par exemple,l’ordre (cosmique) et le désordre, le hasard et la nécessité, etc. Ce principe est un antidote imparable pour échapper au dogmatisme et développer un salutaire esprit de tolérance.
•  Le principe de récursion/rétroaction (organisationnelle) : une cause engendre des effets qui à leur tour rétroagissent en boucle sur la cause. Par exemple, la société agit sur l’homme qui agit sur la société. L'État tend à modifier le comportement* de l’individu qui finalement transforme la structure étatique. Autre exemple très actuel et préoccupant : notre mode de développement industriel, joint à des modifications climatiques naturelles, a considérablement modifié l’écosystème planétaire dont la dégradation rapide oblige désormais les enfants de la terre-patrie, chère à Edgar Morin, à repenser de front la science, la technologie et l’économie – excusez du peu ! – sous peine de connaître des crises et des désordres multiples.
•  Le principe hologrammique : le tout est d’une certaine façon inclus dans la partie qui est incluse dans le tout. Ce principe morinien rappelle à bien des égards les vues géniales du philosophe-mathématicien allemand Gottfried Leibniz (1646-1716).
•  Le principe de l’homo sapiens/demens : une étude approfondie du phénomène humain montre que l’homme est à la fois sage et fou, rationnel et irrationnel, capable du meilleur mais aussi du pire. Une éthique complexe doit donc se donner les moyens intellectuels de comprendre l’homme avant de prétendre guider son action.
Pour emprunter au langage philosophique, les chapitres que l’on va lire obéissent à une logique interne : définition conceptuelle, contextualisation, problématisation. Application directe et concrète au sujet qui nous occupe. Pour comprendre le sens et la portée du développement personnel nous allons :

•  l’isoler afin de le définir ;
•  le situer dans le contexte historique précis qui a favorisé son émergence ;
•  le relier aux principales sciences humaines ;
•  examiner ses nombreuses applications, au niveau de la personne ou de l’entreprise ;
•  dégager une perspective critique visant à préciser les pouvoirs et les limites de ce paradigme ;
•  tenter au fil des pages d’en offrir une image réaliste et lucide.
Si Edgar Morin admet volontiers que « la difficulté de la pensée complexe est qu’elle doit affronter en permanence le fouillis (le jeu infini des interactions), l’incertitude et la contradiction » , celle-ci est également l’antidote à la pensée « simplifiante, mutilante, incapable de s’auto-régénérer » . À plusieurs reprises dans ses livres, l’intéressé n’hésite pas à affirmer que nous sommes encore plongés dans la préhistoire de l’esprit humain, essentiellement par déficit de pensée complexe. Et j’ajouterai, pour ma part, de pensée tout court.

Karl Jaspers
Avant de devenir l’un des principaux philosophes du vingtième siècle et rejoindre le club des grands de la pensée, Karl Jaspers, né à Oldenbourg en Allemagne, entama des études de droit pour se tourner très vite vers la médecine puis la psychiatrie. Il fut d’ailleurs, pendant une période, assistant dans l’établissement psychiatrique d’Heidelberg. Il enseigna la psychologie. Ce n’est qu’en 1921 qu’il devint titulaire d’une chaire de philosophie à l’université d’Heidelberg. À l’âge de trente ans, en 1913, il publie une volumineuse Psychopathologie générale , ouvrage régulièrement réédité et toujours étudié/discuté par les professionnels. Avec Jaspers, une fécondation réciproque entre psychologie et philosophie est constamment à l’œuvre. D’où sa force.
Confidence : l’étude du philosophe de l’ englobant (un de ses concepts majeurs) m’a donné les moyens intellectuels de dépasser les limites de la philosophie (car elles existent) par la psychologie, et les limites de la psychologie (car elles existent également) par la philosophie.
Que le lecteur se rassure néanmoins ! Le but de ce livre n’est pas de lui infliger d’interminables argumentations théoriques, mais d’indiquer, de manière simple, au travers de citations ou de rapides commentaires, des éclaircissements, explications et critiques utiles, permettant d’étudier le phénomène « DP » avec une réelle hauteur de vue.

Lancez-vous dans l’aventure
Dans les sciences « dures » (autrement dit, les sciences de la nature) comme dans les sciences « molles » (en gros, les sciences humaines), tout savoir est voué à l’obsolescence. Par exemple, avec le temps, certaines des idées présentées dans ce livre seront périmées, dépassées, mais d’autres conserveront leur pertinence ou même tendront à se vérifier. Ainsi va la vie. Sans reprendre les analyses d’un Karl Popper (1902-1980), l’essence même d’un savoir authentique est son caractère provisoire, réfutable, ouvert à l’expérience et au choc de la contradiction. C'est pourquoi, face à cette expansion ininterrompue et sans cesse remaniée des savoirs et des connaissances, le lecteur doit saisir cette réalité simple : se lancer dans l’aventure du développement personnel, et la vivre avec profit, implique un minimum de travail de remise à niveau des connaissances acquises en cours de route.
Les ouvrages, références d’éditeurs, organismes professionnels, sites Internet présentés tout au long de ce livre et dans les annexes fournissent les moyens d’agir. Avec le temps, le lecteur sera largement payé de ses efforts.
Enfin, je signale que ce livre complète mon ouvrage intitulé S'affirmer sans s'imposer 2 , bien qu’il puisse être lu séparément.
Pour conclure cette introduction, j’indique une modalité pratique : afin d’éviter les répétitions et les lourdeurs de style, plutôt que d’employer à l’excès le vocable « développement personnel », j’ai utilisé les équivalents suivants : croissance personnelle, transformation de soi, programme d’accomplissement, auto-réalisation, technique de mieux-être, optimisation du potentiel, culture du Moi, sans oublier le simple sigle DP, lequel tend à s’imposer dans les médias spécialisés, à l’instar des acronymes PNL (programmation neurolinguistique) ou AT (analyse transactionnelle).

1 Edgar Morin, Une année Sisyphe , Le Seuil, 1995.
2 Gilles Prod’homme, S'affirmer sans s’imposer , Dunod, 1999, 2002, 2007.
I
Les principes du développement personnel
1
L'enfant terrible du vingtième siècle

Une étude de cas édifiante pour nous mettre en bouche
Comme tout système d’idées, la notion de développement de la personne est apparue dans un contexte précis. Elle s’est forgée progressivement au travers de différents courants de pensée, jusqu’à se constituer en doctrine normative, autrement dit, consciente de l’intérêt de son apport théorique et de la spécificité de ses méthodes par rapport aux autres domaines de la connaissance. À la manière dont la psychologie s’est affranchie, en son temps et comme nous le verrons, de la tutelle de la philosophie.
Certes, on peut s’adonner à la pratique de la relaxation ou de la visualisation en ignorant tout des évolutions intellectuelles, culturelles et sociales qui ont permis l’essor des écoles de pensée dédiées à l’épanouissement de soi. Il est évidemment possible de travailler sur soi avec profit sans s’être plongé au préalable dans les textes d’un Carl Rogers ou d’un Abraham Maslow. Pourquoi, alors, consacrer du temps et beaucoup d’énergie à faire un examen en règle d’une série de facteurs explicatifs du phénomène « DP » ? Cette question m’a été posée à maintes reprises… souvent en termes très directs, comme le lecteur peut l’imaginer !
Pour répondre, plutôt que de se lancer dans une pesante démonstration – encore que ce que nous avons dit plus haut de la pensée complexe à la Edgar Morin va trouver ici une illustration –, le meilleur parti reste de prendre un exemple concret et d’entrer ensuite dans le détail.
Soit un individu que nous nommerons Luc. Depuis environ six mois, Luc se consacre, disons, à la sophrologie. Son choix s’est fait selon deux critères : d’une part, les conseils d’un ami, adepte de la méthode depuis plusieurs années ; d’autre part, la lecture d’une enquête journalistique dans une revue spécialisée. Notre homme n’a donc qu’un aperçu fort vague de l’univers du développement personnel et quasiment aucune connaissance générale concernant la psychosphère (ensemble des théories et des pratiques liées à la psychologie dans son acception la plus large). Tel est au demeurant le cas de la plupart des candidats dans ce domaine. Passé l’enthousiasme des débuts, quand apparaissent les premières difficultés sérieuses, comment Luc réagit-il ?
Premier réflexe : il s’informe auprès de son ami afin de bénéficier de l’aide d’un « ancien ». Réaction logique. Seul problème : ce dernier n’ayant rien connu d’autre, et d’ailleurs satisfait de cette technique, voit et explique tout au travers du prisme « sophro ». Un peu comme ces intégristes du yoga dont l’unique réponse aux éventuels obstacles du yoga est de faire encore plus de… yoga. Bref, l’ami de Luc ne peut lui indiquer aucune voie nouvelle à explorer, sinon de reprendre les fondamentaux de la « sophro », en un processus « itératif », selon le jargon des techniciens informatiques, sans fin.
Guidé par son intuition, faute de mieux, Luc tente par ses propres moyens d’approfondir ses recherches (cas semblables au sien, consultation d’ouvrages un peu au hasard…). Il s’aperçoit vite que son déficit de connaissances théoriques limite ses possibilités d’analyse, de compréhension et de décision. Il peine à distinguer l’essentiel derrière l’accessoire, ses choix d’action s’en trouvent restreints d’autant. Porté par l’espoir, il est néanmoins persuadé qu’ildoit exister des méthodes plus efficaces que la sophrologie ou plus en phase avec ses besoins du moment. Mais Luc serait bien en peine de répondre si on lui demandait ce qu’il entend précisément par technique « plus efficace » et davantage « en rapport avec ses besoins du moment ». À ce stade, inévitablement, la tentation de tout planter là n’est pas loin.
Approfondissons ce cas, et faisons quelques observations :
1. Faute d’une phase d’étude préalable, notre homme a foncé tête baissée sur la base de conseils trop orientés, voire partisans. Impossible, dans ces conditions, d’appréhender la pertinence de la méthode. Notons que, de son côté, l’ami de Luc, même animé des meilleures intentions, ne peut témoigner que de sa compréhension et de son expérience particulières. Or, pour convaincre son ami, il n’a pas hésité à tenir des propos un peu imprudents sur la puissance et les bienfaits de la sophrologie. De son côté, Luc a voulu, consciemment ou non, imiter son exemple. « Ce qui marche pour lui doit également pouvoir marcher pour moi », a-t-il songé. Le lecteur conviendra que nous sommes assez loin du développement personnel comme apprentissage de l’autonomie et de l’indépendance intellectuelle !
2. Involontairement influencé, Luc est tombé dans le piège classique de la dérive idéologique et de la rationalisation. De ce point de vue, il en va du « dév’ perso », comme il en va :

-  de la politique (« Mon parti a toujours raison, hormis quelques détails mineurs, mais le tien a t oujours tort et conduit le pays à la ruine, nous serons des adversaires tant que tu ne passeras pas du “bon” côté… ») ;
-  de la religion (« Mon Dieu est le vrai Dieu, le tien un mythe, une hérésie, un sacrilège, une forme de paganisme, et nous pouvons aller jusqu’au massacre au nom de Dieu ») ;
-  de la simple pratique sportive (« La natation, c’est meilleur pour la santé que le tennis, alors lâche ta raquette, accompagne-moi à la piscine, et tu verras vite la différence… »).
De quoi réfléchir n’est-ce pas ?
En synthèse, la réalité (psychologique, en l’occurrence) est interprétée à partir d’un ensemble de principes, voire de postulats*, érigés en absolu. Conséquence : tout ce qui ne cadre pas avec le système est rejeté sans examen objectif et le plus souvent occulté/détourné/ dénigré. Or, tout corps de doctrine doit s’enrichir d’apports extérieurs, accueillir la contradiction sous peine de dégénérer, de se scléroser et, finalement, de s’effondrer. Pour paraphraser Edgar Morin, une pensée complexe, multidimensionnelle, non simplifiante ou mutilante doit savoir s’ouvrir à l’exo-référence, autrement dit, le facteur exogène contestataire. C'est bien connu : la critique (intelligente) oblige à progresser.
On m’objectera que, par essence, le développement personnel évite ces écueils puisqu’il préfère la pratique concrète par opposition aux stériles questions de doctrine, prône le syncrétisme, intègre différents systèmes de représentations et recommande un relativisme culturel de bon aloi. Sans doute. Sauf que le dogmatisme intellectuel a été remplacé par un autre, quasiment indétectable : celui de l’obsession du résultat. Sur le terrain ou, plus précisément, sur le marché , toutes les méthodes s’affrontent dans une concurrence généralisée, peu propice à la réflexion et à la pondération dans les jugements. Tant que « ça marche », autrement dit aussi longtemps que le candidat estime, à tort ou à raison, qu’il progresse avec telle ou telle approche, les préoccupations intellectuelles brillent par leur absence ; mais quand le ciel de la psyché* s’assombrit, le besoin de nouvelles grilles d’interprétation se fait cruellement sentir.
Et pourtant, quelques mois de lecture un peu soutenue (six tout au plus à raison de quelques heures hebdomadaires avec prise de notes sur un modeste cahier) auraient suffi pour fournir à Luc une armature intellectuelle de base. Malheureusement, peu d’individus sont par eux-mêmes si bien inspirés ou judicieusement guidés. C'est pourquoi, si vous entamez votre recherche par la lecture de ce livre, consentez un investissement intellectuel dont vous tirerez de substantiels bénéfices par la suite.
Une rumination mentale interminable sans passage aux travaux pratiques est une perte de temps. Mais à l’inverse, une stratégie fondée exclusivement sur la pratique enferme rapidement dans un processus potentiellement stérile. Dans les moments de crise, le sujet a tendance à relancer encore et encore les mêmes techniques. Cette attitude risque de noyer le moteur sous couleur de le faire redémarrer. Après une phase de salutaire mise entre parenthèses, Luc aurait dû pouvoir puiser dans un réservoir de connaissances. Dans quel but ? D’abord comprendre la nature du « DP », examiner l’idée qu’il s’en fait et ce qu’il en attend, s’ouvrir à de nouveaux apports, explorer des pistes inédites, continuer d’avancer et, enfin, gagner de la hauteur.
Gagner en hauteur pour accéder à un point de vue élargi, c’est exactement le sens de notre démarche, en précisant le contexte qui a favorisé historiquement l’émergence du développement personnel, tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Les religions organisées ne répondent plus aux besoins existentiels
Sans porter aucun jugement de valeur sur le contenu « objectif » de telle ou telle croyance ou obédience religieuse, un constat général s’impose : depuis le dix-neuvième siècle, le monde occidental est entré dans un vaste mouvement de sécularisation. Ce mouvement affecte la chrétienté dans son ensemble. Depuis des années, les sociologues et les historiens des religions étudient attentivement plusieurs phénomènes connexes, d’ailleurs passionnants à observer :

•  le recul général de la pratique religieuse dans la population, toutes tranches d’âge confondues. Si beaucoup de Français se déclarent toujours chrétiens, ou du moins s’intitulent ainsi, rares sont ceux qui observent scrupuleusement le rituel, y compris chez les sexagénaires et plus ;
•  le désintérêt quasi total pour l’étude des textes. De fait, la plupart des chrétiens n’ont jamais lu la Bible intégralement, texte majeur de la culture occidentale s’il en est, ni même le Nouveau Testament ;
•  la perte d’influence de la norme religieuse dans la vie privée. N’épiloguons pas sur les polémiques interminables concernant le statut de la sexualité, le divorce, la « querelle du préservatif », le mariage des prêtres, le débat sur les conséquences de la théologie de la libération… ;
•  le scandale de la pédophilie et à nouveau la question de la sexualité du clergé ;
•  le problème crucial de la crise des vocations dans les rangs de l’Église et, par conséquent, la difficulté de faire vivre les paroisses, au propre comme au figuré ;
•  la résurgence du créationnisme outre-Atlantique, conduisant à remettre ouvertement en cause la théorie de l’évolution en s’appuyant sur une interprétation très particulière de la Bible ;
•  le désir manifeste chez la plupart de nos contemporains de vivre la religion « à la carte », en dehors de la pression de l’orthodoxie et du dogme ;
•  le regain de foi authentique chez beaucoup d’individus, souvent plutôt jeunes. Pour eux, la religion doit apporter une réponse existentielle significative, d’où la vigueur retrouvée du catéchuménat ( cf . l’état du catéchumène, c’est-à-dire le néophyte qui suit une préparation spirituelle en vue d’être baptisé). L'engouement pour les retraites en monastère, les groupes de prière et autres pèlerinages, sans parler des grands rassemblements du type Journées mondiales de la jeunesse, sont également autant de phénomènes qui illustrent le souhait de renouer avec une religiosité certaine ;
•  l’essor (quantitatif), dans les pays de culture chrétienne, de la religion musulmane qui, en France, compte aujourd’hui plus de 4 millions de personnes. Ce qui donne lieu à des débats extrêmementsensibles : l’organisation du culte, le respect de la laïcité et une série d’« affaires » (port du voile, mariages forcés, respect de la mixité dans les lieux publics, par exemple les piscines municipales, dérogations alimentaires dans les cantines scolaires).
Hormis des phénomènes quantitativement marginaux, les religions établies reculent, ce qui ne signifie d’ailleurs en aucun cas une victoire de l’athéisme, mais une formidable reconfiguration de la géographie mentale de nos sociétés. Ce mouvement s’est considérablement accéléré au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les traumatismes majeurs provoqués par deux conflits mondiaux (1914-1918 et 1939-1945) n’ont pas peu contribué à une remise en cause générale de la religion et à l’essor des sciences humaines, psychanalyse en tête, comme réponse possible à l’angoissante question de… l’humanité de l’homme. Mais je n’entre pas ici dans le détail de ce problème fondamental – et probablement insoluble – pour m’en tenir à l’essentiel.
En son temps, le sociologue Max Weber (1864-1920) avait signalé ce mouvement global de basculement progressif conduisant les individus, ou groupes d’individus, de la certitude , relevant proprement du dogme religieux, au profit d’explications générales fournies par la philosophie, la science (ou, plus précisément, les sciences), la politique (et son cortège d’idéologies). D’où un recul de la dimension sacrée (au plan social) et une expansion de la dimension profane (sécularisation, primat de l’économie…).
Mais comme l’avait si bien vu le philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860), l’expression du besoin métaphysique est consubstantielle à l’esprit humain. Dans des disciplines différentes (histoire comparée des religions, ethnologie…), Mircea Eliade ou James George Frazer n’ont pas dit autre chose.
Ce « besoin métaphysique de l’humanité » s’exprime et s’assouvit de diverses façons, des plus rationnelles aux plus farfelues, en passant malheureusement par des croyances dangereuses. Au final, beaucoup de nos contemporains doutent tout simplement de la capacitédes églises officielles à proposer des réponses théoriques et pratiques satisfaisantes aux « maudites questions », comme l’écrivait Dostoïevski (1821-1881) : qu’est-ce que Dieu ? Comment le connaître ? Et l’univers ? La vie ? L'homme ? Face à cette litanie d’interrogations, la qualité de chrétien, de juif, de musulman ne suffit plus vraiment à combler les besoins d’épanouissement spirituel. Si on respecte les apparences du culte institué (pour le conjoint, les parents, et d’ailleurs de moins en moins), on rejoint des groupes charismatiques, on s’intéresse aux psychothérapies, au développement personnel, bref, on explore des voies nouvelles d’expansion de la conscience. Maladroite, parcellaire, voire contradictoire dans ses aspirations, cette recherche témoigne toutefois d’un réel souci de la transcendance. Cet arrière-plan psychologique colore évidemment la manière dont le public actuel aborde le développement personnel.

Souvent décevante, mais toujours indispensable : la politique
Il est un autre arrière-plan à considérer : la politique. Là encore, pour nous limiter au monde occidental, puisque c’est lui qui a créé le « dév’ perso », l’attitude générale est la suivante : on la rejette car elle déçoit jour après jour mais, au fond, on reconnaît sa nécessité car les progrès collectifs passent invariablement par la politique au sens large (la gestion des affaires de la cité). Envers la politique, fait rarement souligné, le comportement du citoyen électeur imite celui de l’amoureux : enthousiasme, espoir insensé, déception, parfois désespoir tragique, ironie, engourdissement dans le cynisme, puis nouvel émoi pour une autre idole, mobilisation des énergies, rêves démesurés et petites réalisations ; bref, la politique est tout sauf neutre. La bannir, c’est encore une façon de la pratiquer, ne serait-ce qu’en acceptant la perpétuation du système en place.
Admettons qu’à de rares exceptions près, car elles existent, le personnel politique s’est tacitement résigné à l’effarante hégémoniede l’économie sur le social. Nous vivons l’avènement d’un monde marchand, au sens plein et entier du terme. Consciemment ou à leur insu, les élus se sont transformés en gestionnaires d’une technostructure hypertrophiée, difficilement contrôlable. Que le lecteur se rassure : mon objectif n’est pas d’emboîter le pas à l’infl ation, d’ailleurs suspecte, d’ouvrages sur le sujet : tous les spécialistes des sciences humaines, à commencer par les philosophes, s’y emploient abondamment. Je m’en tiens donc à cette unique observation : face à ce qu’ils estiment être une démission de leurs élites, les citoyens désertent les partis traditionnels au profit de structures diverses (associations, groupes de pression, voire lobbies…). L'intérêt pour des formes d’organisations jugées plus démocratiques, non pyramidales, ouvertes, humaines, respectueuses de l’individu, va en s’amplifiant. Selon les statistiques, un Français sur deux est affilié à une association, qu’il s’agisse d’un club culturel de quartier ou d’une organisation à caractère humanitaire, etc.
On le voit, le phénomène de désaffection touchant le cadre religieux institutionnel se reproduit quasiment à l’identique dans la sphère politique. Mais, pas plus que le recul de la pratique religieuse ne signe l’arrêt de mort de la métaphysique, la mise à distance de la politique n’annonce la fin de la chose publique (la res publica ). Au contraire, le public constate que la politique est importante pour assurer la viabilité du fameux vivre ensemble. Ce qui la discrédite, en revanche, ce sont les clivages idéologiques déconnectés de la réalité sociale concrète, telle que la vivent quotidiennement les familles, les jeux de pouvoir puérils, les affaires qui empoisonnent la vie publique… Inutile de poursuivre, n’est-ce pas ?

Le lent déclin de l’influence des intellectuels
En Occident, et de façon spectaculaire sur le continent européen, les trois dernières décennies ont été marquées par le déclin du statut et de l’influence des intellectuels. Selon la définition consacrée, l’intellectuelest un individu ayant acquis compétence et notoriété dans une discipline (non manuelle) et qui s’engage dans la sphère publique via une affiliation politique, par le biais d’une association ou intuitu personae . Il s’agit souvent d’un écrivain, artiste, scientifique – bref, nos filtres mentaux sont ainsi conçus qu’un artisan boulanger-pâtissier intervenant sur les plateaux de télévision ou dans les journaux régulièrement pour défendre une cause humanitaire aurait peu de chance d’être considéré comme un intellectuel ! Fermons la parenthèse.
La tradition française fait remonter la naissance du statut d’intellectuel à l’affaire Dreyfus et l’inoubliable J’accuse , publié en 1898 dans le journal L'Aurore par Émile Zola (1840-1902). Mais quid , par exemple, de Voltaire (1694-1778) et l’affaire Calas ? Plus globalement, Julien Benda (1867-1956) s’était déjà penché sur la question dans son célèbre livre La Trahison des clercs (1927), où, selon ses conceptions pour le moins rigides, il définit le clerc (l’intellectuel) comme étant, et devant toujours être, le garant absolu des valeurs rationnelles, intemporelles (statiques, selon lui) et désintéressées (c’est-à-dire déconnectées de tout but pratique). Ainsi, le philosophe comme le physicien doit rechercher la connaissance pour elle-même, dans l’unique souci de la vérité, en se tenant à distance des « passions politiques » que Benda flétrit page après page. Or, l’histoire des intellectuels, justement, montre qu’ils furent rarement de pures colombes vivant exclusivement de vérité et d’eau fraîche. Benda lui-même, sortant du rôle auto-assigné de censeur intellectuel et moral, avait fini par cheminer avec le parti communiste.
Mais il n’empêche : dans l’esprit du public, l’intellectuel, c’est celui sur lequel on ironise mais dont on attend, en dernière analyse, qu’il brandisse le flambeau de l’intérêt général. Hélas, on ne compte plus les ouvrages qui, avec pertinence, brocardent et stigmatisent les bévues politiques, les dérives idéologiques, les mesquineries ou les frasques des « intellectuels ». De déception en perplexité, l’ intelligentsia (terme forgé au dix-neuvième siècle, devenu péjoratif) a subi le sort de la classe politique : objet de suspicion, voire de dérision,son influence réelle ne dépasse guère les cercles spécialisés. Cependant, quelques retentissants succès de librairie parviennent à toucher régulièrement un public élargi, mais sans parvenir à mobiliser durablement.
Dans un pays où au moins un million d’individus écrivent (avec publication ou pas), la personne un peu cultivée n’attend plus de l’artiste, de l’écrivain, du scientifique ou du philosophe qu’il soit pour elle un maître à penser ou un directeur de conscience. Le discours des intellectuels ne possède plus de force d’entraînement sur les sphères politiques, culturelles ou sociales. Comme le souligne Edgar Morin, l’ère des maîtres à penser est derrière nous, et les maîtres mots ne recouvrent plus le réel. Après les désastres du vingtième siècle, l’effondrement du régime soviétique et tant d’autres épisodes, les concepts à majuscule, comme Révolution , Libération , ne galvanisent ni ne fascinent plus. Ce qui, de mon point de vue, libère un espace considérable pour une pensée enfin adulte.

Poids écrasant de la médiasphère dans les représentations collectives
La presse (écrite et audiovisuelle) a cru un temps que la place laissée vacante par les religieux, les politiques et les intellectuels allait de facto se trouver occupée par… elle-même. Après tout, n’est-elle pas le quatrième pouvoir après l’exécutif, le législatif et le judiciaire ? Or, les sondages d’opinion montrent que la presse n’a pas bonne presse. Là encore, sans reprendre l’argumentation sur les chiens de garde , le public croit discerner une collusion objective entre les médias, et les puissances d’argent dont le pouvoir est d’autant plus pernicieux qu’il ne s’affirme jamais ouvertement. L'examen de la structure capitalistique des groupes de communication s’avère riche d’enseignements. Les sociétés de rédacteurs des grands quotidiens s’insurgent contre ce processus de « financiarisation », mais dans une relative indifférence. À l’inverse, les fameuses pressions politiques sont plus fantasméesque réelles, hormis à l’échelon local dans la PQR (presse quotidienne régionale), spécialement à l’occasion des élections cantonales et municipales.
Néanmoins, si le statut d’indépendance du journaliste est entamé, la consommation massive de médias façonne jour après jour les représentations collectives. Fait remarquable : malgré l’essor de l’Internet chronophage, le petit écran (TNT, câble…) absorbe chacun de nous environ trois heures par jour. Dans le PAF (paysage audiovisuel français) le meilleur côtoie le pire.
Pour les besoins de cet ouvrage, je me suis livré à une expérience simple afin de vérifier la réalité du discours sur la télé poubelle. J’ai examiné ce qui est proposé aux téléspectateurs français sur les chaînes généralistes le samedi soir en prime time . Pourquoi cette tranche ? Parce que c’est la plus vulnérable, compte tenu des programmations d’écrans publicitaires. Pourquoi ce jour ? Le public est davantage disponible puisqu’il n’y a ni école ni travail le lendemain. Résultat : semaine après semaine, il a le choix entre des séries policières américaines dans lesquelles chaque réplique est répétée au moins deux fois, des variétés fort peu variées, justement (mêmes artistes, mêmes genres musicaux), des dramatiques incluant des ingrédients familiaux, ou bien encore des documentaires sur des sujets aussi « racoleurs » que la civilisation des Aztèques, l’histoire de la théorie de la relativité et l’essor de la physique quantique… Armé d’une modeste grille de programmes, le lecteur reconnaîtra les chaînes auxquelles je fais allusion, aura accessoirement compris où vont mes préférences et constatera avec moi qu’en France, la télé poubelle est loin d’avoir partie gagnée. Jusqu’à quand ? Aussi longtemps qu’une partie du public regardera les émissions de qualité.
Au global, le développement des médias et la scolarisation généralisée ont permis l’émergence d’hommes et de femmes mieux formés et informés, et donc nécessairement plus critiques envers les élites : intellectuelles (du scientifique au journaliste, en passant par l’expert), politiques (les élus dans leur ensemble, du président au maire),économiques (les chefs d’entreprise, les décideurs), sociales (syndicats, représentants d’associations, collectifs en tous genres).
En soi, le développement de l’esprit critique à grande échelle est hautement souhaitable, malgré l’écueil du dénigrement systématique, corollaire inévitable. Mais après tout, le moins que les élites puissent faire est de s’adapter à cette réalité sans se cramponner à leur statut. Elles doivent proposer aux citoyens qui ne se privent pas de les contester ouvertement des idées, des perspectives et des stratégies d’action. Ces défis sont passionnants car planétaires.

Ces justiciables qui n’hésitent plus à aller en justice
Les élites doivent évoluer car « ceux d’en bas » ont finalement bien intégré les conseils de leurs « guides ». Pas assez ouverte au changement, la population ? La structure familiale traditionnelle implose tout en se recomposant (en région parisienne un mariage sur deux se termine chez l’avocat au bout de trois ans) ! Pas assez autonome ? Si le parti ou le syndicat déçoivent, on crée un collectif pour défendre directement ses intérêts. Trop apathique ? À l’instar des pays anglo-saxons, les Européens se sont convertis à la religion du juridisme. Face au désengagement de l’État et au passage à la logique du contrat plutôt que de la norme/règle/loi, les individus ont compris le message : il faut se prendre en charge. Mais attention, on répond à l’attaque par l’attaque. Aujourd’hui, tout ou presque finit dans les prétoires. Associations ou particuliers recourent massivement aux services d’un avocat. Contre le conjoint, l’employeur, le voisin trop bruyant. Des avocats défendent des associations ou des groupes d’individus. Une façon efficace de mutualiser les frais de justice, de conduire des actions à long terme et de prévenir les inévitables phases de démotivation. L'union fait la force, c’est bien connu. Isolé, l’individu sait que son action atteint rapidement ses limites, mais à plusieurs, c’est différent.
Sans gloser sur je ne sais quel risque de dérive à l’américaine, je note que le public n’hésite plus guère à « ester en justice », au point de dépasser les capacités de traitement d’une magistrature sous-équipée. Cette affirmation de son bon droit suppose de la part de celui qui l’exerce un minimum d’estime de soi, un des concepts clés du développement personnel. En effet, pour trouver l’énergie de faire valoir ses intérêts par voie de justice, il est indispensable de croire en la valeur de ce que l’on est et défend.
Ces évolutions apparaissent dans les statistiques de l’Insee ou les enquêtes de sociétés d’études comme le Crédoc 1 . En 1997 déjà, dans son ouvrage Le consommateur-entrepreneur , Robert Rochefort 2 , directeur du Crédoc, avait vu s’affirmer progressivement des tendances sociologiques, aujourd’hui incontestables.

À propos du citoyen, du consommateur et de l'individu

Sans oublier la montée des valeurs féminines au travail, et pas seulement
Un peu de douceur dans ce monde de brutes ne peut nuire à personne. C’est pourquoi, loin d’y voir je ne sais quel signe funeste du déclin de la civilisation occidentale, les deux sexes doivent se réjouir de la montée progressive des valeurs féminines dans la société, en général, et l’entreprise, en particulier.
Les valeurs féminines ?

•  une attention forte à la famille et aux enfants ;
•  un intérêt jamais démenti pour la communication interpersonnelle sous toutes ses formes (parler, écouter, échanger, se confier, bavarder, commérer…) ;
•  une approche non dogmatique des problèmes à résoudre ;
•  un goût marqué pour l’opérationnel, le concret, le tangible ;
•  la capacité à laisser s’exprimer sentiments et émotions ;
•  la volonté de concilier harmonieusement vie privée et vie professionnelle ;
•  la recherche du consensus, plutôt que la logique de l’affrontement et du conflit déclaré.
En dehors de la politique ( cf . la composition des gouvernements contemporains tendant à la parité), un exemple illustre l’effet transformateur de la féminisation sur les organisations : le monde de l’entreprise.
En France, quelque 77 % des femmes âgées de 25 à 44 ans exercent une activité professionnelle sous une forme ou une autre (temps plein, temps partiel choisi ou subi) et à différents niveaux hiérarchiques. Insensiblement, les mentalités ont évolué. Ainsi, dans beaucoup d’entreprises, le mercredi est devenu un jour « sans réunion », de nombreuses mamans ayant opté pour une formule quatre jours sur cinq ou le télétravail, rendu aujourd’hui possible par le développementmassif des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication).
Les congés maternité ont également changé progressivement le climat général : les hommes découvrent, à leur tour, les joies du congé de… paternité. Cette évolution est liée en grande partie, faut-il le souligner, à la hausse des divorces (gardes alternées) qui révèle l’émergence de « nouveaux pères ». À leur grande surprise, ils sont moins désemparés que prévu face à leur progéniture. Ils sont même devenus intarissables sur les mérites de telle marque de lessive ou de détergent pour sanitaires ! Par ailleurs, un austère sexagénaire président d’un grand groupe hésite moins à dire à ses collaborateurs directs qu’il prend son après-midi afin d’accompagner ses petits-enfants au cinéma. Cela donne une touche d’humanité et de sympathie au froid décideur.
Autre exemple très révélateur : dans le monde du conseil en stratégie, univers que je fréquente depuis plus de quinze ans, j’ai pu observer une transformation radicale. Plusieurs directeurs de bureaux parisiens, tous concurrents, m’ont confié qu’aujourd’hui un équilibre – relatif – entre vie professionnelle et vie privée était explicitement réclamé par les jeunes consultants et consultantes. Idem pour le développement personnel, lequel fait partie intégrante de la panoplie du consultant en management ou en stratégie. Conséquence : un réel effort est consenti pour aménager les horaires, chose impensable il y a encore cinq ans ; on promeut le télétravail, on se dote de crèches d’entreprise, on organise des réseaux de baby-sitters, on veille à assurer un équilibre homme/femme dans la composition des équipes de consultants.
Plus subtil : la logique des « coups de gueule » et de l’intimidation, bref, la gestion des effectifs par le stress, ne passe plus guère dans les équipes. Faute de savoir écouter et de manager dans la pondération, le chef despote est mal noté par ses supérieurs, isolé ou mis sur la touche ! Toutes ces dispositions, formalisées dans des chartes ou, au contraire, implicites, relèvent de la politique de fidélisationdéployée par les grandes sociétés de conseil, le directeur des ressources humaines étant très souvent une… directrice. À l’évidence, les carrières dans le conseil de haut vol restent exigeantes et supposent une forte implication des troupes.
Plus précisément, la femme au travail modifie l’entreprise qui la modifie à son tour. En clair, si l’homme se féminise, la femme se masculinise. Un équilibre reste à construire, fondé – faisons un vœu – sur un authentique partenariat homme/femme. Dans l’entreprise, mais pas seulement.

L'Ouest américain, épicentre du développement personnel
Les évolutions que nous venons d’évoquer illustrent la place prise par la recherche de l’épanouissement de soi dans nos vies et la façon dont elle détermine nos constructions mentales et, finalement, nos comportements quotidiens.