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L'utilisation d'histoires orientales en psychothérapie positive

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Description

La méthode de psychothérapie positive est un modèle d'auto-assistance qui est basé sur les contes transculturels et la sagesse populaire, visant à réduire nos préjudices et nos ressentiments. Elle nous permet d'ouvrir nos yeux et nos coeurs sur le monde qui nous entoure. Elle traite par un modèle transculturel en prenant en compte trois principes : l'espoir, l'équilibre, la consultation. La psychothérapie positive est une synthèse remarquable de la psychodynamique et de la thérapeutique du comportement, sa contribution est essentielle à la cohésion de la psychothérapie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2010
Nombre de lectures 91
EAN13 9782296694132
Langue Français
Poids de l'ouvrage 11 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0121€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’UTILISATION D’HISTOIRES ORIENTALES
EN PSYCHOTHÉRAPIE POSITIVE
Santé, Sociétés et Cultures
Collection dirigée par Jean Nadal

Peut-on être à l’écoute de la souffrance, en comprendre les racines et y apporter des remèdes, hors d’un champ culturel et linguistique, d’un imaginaire social, des mythes et des rituels ? Qu’en est-il alors du concept d’inconscient ? Pour répondre à ces questions, la collection Santé, Sociétés et Cultures propose documents, témoignages et analyses qui se veulent être au plus près de la recherche et de la confrontation interdisciplinaire.

Déjà parus

Marcelle MAUGIN, Etre psychothérapeute autrement. De l’écoute à la « rencontre », 2009.
J.-C. MEYER et M.-H. GAMBS-LAUTTIER, De la psychanalyse à l’haptonomie , 2009.
Michel LOBROT, La puissance des rêves , 2009.
Pierre DALENS (Sous la dir.) L’Unité de l’Eros. Regards sur l’analyse relationnelle de la vie amoureuse , 2008.
Xavier SAINT-MARTIN, L ’ Appareil psychique dans la théorie de Freud. Essai de psychanalyse cognitive , 2007.
Sara PAIN, Les fondements de l’arthérapie , 2007.
Roland BRUNNER, Narcisse chez le psychanalyste , 2007.
Francis DESCARPENTRIES, Le consentement aux soins en psychiatrie , 2007.
Denise KÜNZI, Accompagner la vie, accompagner la souffrance , 2007.
Pierre ZAMET, À la recherche des besoins perdus , 2006.
Pélagie PAPOUTSAKI, Enfant surdoué, adulte créateur ? 2006.
Jean-Loup CLEMENT, Mon père, c’est mon père. L’histoire singulière des enfants conçus par Insémination Artificielle avec Donneur , 2006.
Alain LEFEVRE, Calédonie mon amour , 2006.
G. BRANDIBAS et R. FOURASTÉ (dir.), Les accidentés de l’école , 2005.
Christian MIEL, Toxicomanie et hypnose. A partir d’une clinique psychanalytique de la toxicomanie , 2005.
Christinne CALONNE, Les violences du pouvoir , 2005.
Nossrat Peseschkian


L’UTILISATION D’HISTOIRES ORIENTALES
EN PSYCHOTHÉRAPIE POSITIVE

Le Marchand et le Perroquet


Avec 100 études de cas sur le thème
de l’éducation et du développement personnel


L’Harmattan
Edition allemande : Der Kaufmann und der Papagei
© Fischer Taschenbuch Verlag GmbH, Frankfurt am Main, 1979

Edition anglaise : The Merchant and the Parrot. Oriental stories
as Tools in Positive Psychotherapy © Springer-Verlag Berlin Heidelberg, 1986


© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-11142-4
EAN : 9782296111424

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
Quand un médecin raconte à ses patients des « histoires à méditer » ,
Alors il n’a besoin de prescrire que la moitié des
médicaments initialement prévus …
Ferdinand Sauerbruch


Celui qui se connaît et connaît
autrui, Sera ici également
reconnu : Orient et Occident
Ne sont plus séparables.
Goethe
Préface
Lorsqu’un Allemand ou un Américain rentre le soir chez lui, il aimerait avoir sa tranquillité. Ainsi sont les règles. Il s’assoit devant le poste de télévision, boit sa bière bien méritée et lit son journal, comme pour dire « Fichez-moi la paix. Après une longue journée de travail, je l’ai bien gagnée. » C’est sa façon à lui de se détendre.
En Orient, le mari se détend autrement : quand il revient le soir à la maison, sa femme a déjà invité quelques personnes, parents, amis de la famille ou partenaires d’affaires. Tout en discutant avec ses invités, il se sent détendu, comme s’il traduisait librement la devise : « Les invités sont la grâce de Dieu ». Le terme « détente » peut ainsi signifier beaucoup de choses. Il n’y a pas de définition immuable pour ce terme. On se détend comme on l’a appris et on l’a appris comme il est d’usage dans la famille, le groupe, le cercle culturel auxquels on appartient.
Comme pour le temps libre et la détente, les coutumes, les habitudes et les symboles de richesse ont également plusieurs facettes. Cela ne signifie pas qu’une référence soit meilleure qu’une autre, mais, au contraire, que différents systèmes de valeurs peuvent être à la fois très expansifs et complémentaires.
Le motif porteur de mon travail est lié au concept « transculturel » qui s’offre à moi, du fait de ma propre position entre ces deux cultures : allemande et iranienne. Aussi, l’application d’histoires orientales me fut-elle suggérée comme ressource, médiateur et moyen de communication dans ma spécialité : la psychothérapie. Une autre raison fut de réunir la sagesse et les pensées intuitives de l’Orient avec les nouvelles méthodes psychothérapeutiques de l’Occident.
Les histoires, avec leur caractère ludique, leur proximité avec l’imaginaire, leur intuition et leur irrationalité, s’opposent au modèle rationnel et technologique de la société moderne industrielle, dont l’obsession du rendement contredit celles-ci. On donne la priorité au rendement. La qualité des rapports interpersonnels est ainsi mise au second plan. L’intellect et la raison valent plus que l’imagination et l’intuition. Nous pouvons cependant renverser ce déséquilibre historiquement et culturellement marqué, en complétant nos habitudes avec d’autres façons de penser et des règles du jeu basées sur les rapports humains. Celles-ci sont alors soit puisées directement dans notre monde imaginaire ou bien proviennent d’un autre environnement historico-culturel (référence à la notion transculturelle). Dans mon travail, j’ai essayé d’expliquer la signification universelle de l’approche transculturelle, de systématiser les contenus des problèmes transculturels et de montrer leur importance dans le développement des blocages et des conflits. A partir de là, j’avais aussi un autre but, notamment celui de développer un concept pour une thérapie qui serait centrée autour des points conflictuels. D’autres approches thérapeutiques peuvent être associées à cette thérapie courte, selon les besoins.
En tant que Baha’i, je sais qu’une telle tentative comporte plusieurs risques, mais je crois sincèrement que, dans des situations où les distances géographiques s’estompent, une telle tentative est utile, sinon nécessaire. Il existe aujourd’hui, malgré des malentendus persistants, une tendance porteuse d’espoir vers une unité dans la diversité. Le Bahà’u’llah exprime ceci dans le vers suivant, dont l’importance et la pertinence éclaireront tout ce livre : « Vous êtes tous les feuilles d’un même arbre et les fruits d’une même branche. »
Les histoires qui peuvent servir de médiateurs entre le thérapeute et son patient sont d’une aide précieuse. Elles fournissent une base d’identification au patient et en même temps une protection. En s’associant à l’histoire, le patient parle de lui-même, de ses blocages et de ses désirs. Ces histoires ont fait leurs preuves surtout lorsque le patient présente des résistances. Sans attaquer directement ni les concepts ni les valeurs du patient, nous proposons un changement de vision qui ressemble au début à un jeu. Ce changement de perspective permet à la longue au patient de percevoir ses concepts unilatéraux en rapport avec les autres, de les réinterpréter et de les élargir.
Je vois dans les histoires, les mythologies, les paraboles et les concepts un moyen de donner plus de champ libre à l’imagination et à l’intuition pour ainsi accroître notre propre expérience et nous aider à trouver un plus grand nombre de solutions à nos conflits potentiels.
Le thème principal de ce livre porte sur la fonction « psychothérapeutique » des histoires. Déjà lors de mes diverses publications : La psychothérapie de la vie quotidienne et La psychothérapie positive , j’ai eu recours aux histoires et aux paraboles comme moyen pour illustrer mes idées et aussi comme méthode de psychothérapie. La réaction de mes lecteurs et l’expérience accumulée grâce à mes patients m’ont fait réfléchir sur le rôle des histoires dans le cadre de l’éducation, du développement personnel et de la psychothérapie. L’idée n’était pas uniquement de tester l’attrait des histoires aujourd’hui, mais de comprendre dans quelles situations de conflits et dans quelles maladies elles pouvaient contribuer à trouver des solutions aux problèmes. Je suis convaincu que les histoires ont beaucoup de choses en commun avec les médicaments. Une histoire, appliquée au bon moment, dans une forme appropriée, peut devenir la charnière de l’effort thérapeutique et amorcer des changements d’attitudes et de comportements. Par contre, mal dosée et racontée de façon moralisatrice et caricaturale, son application peut devenir dangereuse.
Durant les huit années, au cours desquelles je me suis consacré aux histoires et ai rassemblé celles qui se trouvent dans ce livre, j’ai pu vérifier qu’elles contenaient quelque chose d’aventureux, de profond et mystérieux. Les idées, les souhaits et les représentations qui m’avaient été complètement familiers, soudainement apparaissaient, à travers les histoires, sous un autre jour. Une autre façon de penser, qui me semblait autrefois inhabituelle, me fut, dès lors, familière. Je considère cette nouvelle façon de voir les choses comme une des fonctions essentielles des histoires. J’espère que le lecteur pourra participer à cette nouvelle expérience du changement de vision et qu’il appréciera les histoires.

De temps à autres nous ne pouvons pas échapper à la science, aux mathématiques et à toute discussion instruite, car avec leur aide évolue la conscience humaine.
Cependant, de temps à autres nous avons également besoin de poésies, de jeux d’échec et d’histoires, pour divertir et rafraîchir notre esprit.
(D’après Saadi)

La première partie de ce livre est une introduction à la théorie des histoires. En partant de la psychothérapie positive, nous essayerons de comprendre les fonctions qu’ont les histoires dans les rapports interpersonnels, et plus particulièrement dans les résolutions de problèmes et dans les situations psychothérapeutiques. La deuxième partie traite de l’application pratique des histoires. Dans le premier chapitre, nous attirons l’attention sur la signification pédagogique des symboles dans les diverses religions, puisque les religions représentent probablement le cadre d’origine des histoires. Le deuxième chapitre soulève le thème de la relation thérapeute/patient, et sa façon de se réfléchir à travers les histoires ; le tout agrémenté de références historiques. Le troisième chapitre s’emploie également – comme le quatrième – à utiliser des exemples d’applications thérapeutiques des histoires. D’abord, j’aborde les problèmes de la sexualité et du couple ; puis je donne un échantillon de différentes maladies, un aperçu des manières psychothérapeutiques de poser des questions et enfin des situations de conflits à résoudre.
De nombreux confrères qui ont travaillé avec moi au sein du groupe de découvertes psychothérapiques à Wiesbaden ainsi qu’au sein de l’Académie pour la formation continue dans l’association médicale de l’Etat du Land de Hesse, ont établi des comptes-rendus de leurs observations, suite à l’utilisation d’histoires. Je soulignerais que certains de mes patients ont aussi contribué à l’élaboration de ce livre en me faisant part de leur réaction aux histoires. J’aimerais remercier tout particulièrement l’ensemble professoral du PEW qui ont analysé, et se sont entrainés à utiliser, les histoires orientales dans leur pratique clinique.
Je voudrais remercier ici mes amis et collaborateurs, qui m’ont donné des pistes de réflexion pour ce livre, même si ils ne sont nullement responsables pour la manière dont j’ai utilisé leurs suggestions.
Je salue ici l’étroite collaboration du Dr Med. Dieter Schön et de Hans Deidenbach pour leur engouement, critiques constructives lors de la préparation, de l’écriture et de la correction de ce livre. Puis-je remercier mes secrétaires, Madame Krieger et Madame Kirsch, qui m’ont soutenu de par leur compréhension, leur sollicitude et leur fidélité ?
Un grand merci à mon éditeur S. Fischer et avant tout au lecteur Willi Köhler, qui m’a constamment encouragé et sans qui ce livre n’aurait pas existé. Ma sœur Rezwan Spengler et mon frère Houchang Peseschkian m’ont donné plusieurs suggestions grâce à leur expérience transculturelle.
Je citerais mon épouse Manije, une aide très précieuse, qui s’est occupée des recherches des histoires orientales, des proverbes et des méthodes psychothérapeutiques populaires, observés de près par ma tante en Iran, Madame Berdjis. Mes fils Hamid et Nawid sont entre-temps devenus experts en histoires orientales.

Nossrat Peseschkian
Wiesbaden,
1979
Avant-propos
Je suis ravi de présenter l’édition française de ce livre à mes lecteurs ; Le Marchand et le Perroquet : les Contes orientaux en tant qu’instruments de la psychothérapie positive . Les considérations présentées ici ont été davantage développées, débouchant sur une approche pratique et systématique de la psychothérapie. Cette méthode a été appliquée de façon scientifique, par les membres de l’Académie internationale pour la psychothérapie positive et transculturelle et l’Association mondiale de la psychothérapie positive dans le traitement des patients dans le monde entier.
Bien que la psychothérapie positive en tant que méthode soit surtout utilisée par les médecins, les psychologues et les thérapeutes, mais aussi en tant que modèle d’auto-assistance, elle s’est prouvée utile par les assistantes sociales, les infirmiers et autres personnes travaillant dans le domaine de la santé mentale, ainsi que les autres professions de santé.
En liaison avec le processus de consultation, cette méthode est utile pour les enseignants, les juristes, les parents, les managers, les businessmen, les éducateurs et tous ceux qui s’intéressent aux rapports humains.
La réponse positive des spécialistes, des collègues, des journalistes et des lecteurs a toujours été une source de motivation pour moi.
Le livre a été traduit en vingt-trois langues, et la trentième édition en langue allemande paraît en 2009.
Les contes et la sagesse populaire des autres cultures nous renseignent sur les règles et les concepts importants dans ces cultures et illustrent différentes manières de penser. En outre, ces contes permettent aux gens de développer et d’élargir leur répertoire de concepts, de valeurs et leur habileté à résoudre des conflits.
A travers les contes transculturels, les préjudices et les ressentiments pourraient diminuer. Par conséquent, les contes et la sagesse populaire pourraient être des facteurs décisifs dans la tentative d’obtenir de vastes changements dans les consciences – ce qui, après tout, est le fondement du changement en politique, en économie et en politique écologique.
Je voudrais remercier le Dr K. Agir et monsieur A.H. Eshragh, tous les deux à Paris, et mon collègue Dr R. Werringloer de Sttutgart en Allemagne, pour leur noble soutien, leur engagement et leur encouragement.
Je voudrais remercier madame Lea Yauner Pessac, France et madame Céline Gallois Stuttgart, en Allemagne, ainsi que ma secrétaire en Allemagne madame Constanze Rottleuthner.

Wiesbaden, juillet 2009
Nossrat Peseschkian
Le marchand et le perroquet


Un marchand oriental possédait un perroquet. Un jour, l’oiseau renversa une bouteille d’huile d’olive par terre. Le commerçant se mit en colère et frappa le perroquet avec un bâton sur l’occiput. A partir de cet instant, le perroquet, qui autrefois s’était montré fort intelligent, ne prononça plus un mot. Il perdit peu à peu ses plumes du crâne et devint bientôt chauve. Un beau jour, alors qu’il était perché sur la bibliothèque de la boutique de son maître, il vit entrer un client chauve. La vue de cet homme rendit le perroquet très agité. Battant des ailes, il sautilla dans tous les sens, croassa et retrouva, à la surprise de tout le monde, la parole et dit : « As-tu toi aussi renversé une bouteille d’huile d’olive et reçu en retour un coup sur la tête ? Est-ce pour cela que tu n’as plus de cheveux ? »

(D’après Mowlana)
Première partie Introduction à la théorie des histoires

1. Qui ne risque rien n’a rien
Un beau jour, un roi mit à l’épreuve sa cour en vue de désigner la personne la plus appropriée pour un poste important. Des érudits et hommes de rang se présentèrent en grand nombre. « Ecoutez, hommes a vertis » , dit le roi, « j’ai un problème, et j’aimerais savoir lequel d’entre vous est capable de le résoudre » . Il emmena les hommes présents jusqu’à la plus grande porte jamais vue. Le roi continua ses explications : « Ici vous voyez la porte la plus grande et la plus lourde de tout mon royaume. Lequel d’entre vous est capable de l’ouvrir ? » Une partie des courtisans secouait la tête négativement. Certains, qui comptaient parmi les grands savants, regardèrent la porte de plus près, mais avouèrent qu’ils ne pouvaient l’ouvrir. Quand ils eurent admis cela, le reste des courtisans fut aussi unanime, ce problème était trop difficile pour qu’ils puissent le résoudre. C’est ainsi qu’un vizir s’approcha de la porte, la scruta du regard, la toucha et essaya de la bouger de diverses manières et finalement la tira d’un coup sec. Il tira et la porte s’ouvrit. La porte était légèrement entrouverte et pas tout à fait fermée et il ne manquait alors que de la détermination et de la volonté pour traiter correctement ce problème. Le roi poursuivit : « Tu vas obtenir ce poste à la cour, car tu ne te fies pas seulement à ce que tu vois et à ce que tu entends, mais au contraire tu utilises tes méninges et tentes ta chance. »

Au cours de ces dernières années, j’ai rassemblé une quantité importante de légendes et de fables orientales (en majorité perses) et ce selon le critère qu’elles mettent en avant les conflits et les malentendus interpersonnels et qu’elles mettent en lumière les causes et les résultats de ces problèmes. Le but était d’éveiller l’intérêt du lecteur à travers leurs pensées sous-jacentes et leurs implications. Que je fasse appel à des histoires orientales n’a pas de signification première. Les légendes et les sagesses orientales et occidentales possèdent à beaucoup d’égards des origines communes et se sont simplement éloignées les unes des autres à cause des tensions historico-politiques.
Nous avons tous tendance à penser que les histoires, les contes, les dires, les légendes et les métaphores appartiennent au monde des enfants et sont considérés comme démodés. Les histoires que racontait la grand-mère en Occident semblent maintenant appartenir au passé, tout comme les conteurs professionnels en Orient. Cette évolution est due au fait qu’aujourd’hui les histoires et les légendes abordent moins l’intellect, la logique cartésienne et la performance, mais se penchent plutôt sur l’intuition et l’imaginaire.
Autrefois, on éduquait traditionnellement les enfants en employant des histoires. Elles représentaient le moyen à l’aide duquel les notions de valeur, les opinions morales et les modes de comportements étaient transmis et fixés dans la conscience des gens. Elles étaient avant tout valables grâce à leur grande valeur de communication et de divertissement. Elles doraient la pilule à la leçon de morale la plus amère et la rendait intéressante.
La « morale » des histoires, quant à elle, est codée de diverses manières. Soit elle est claire et concise, à reconnaître au premier instant ; soit elle apparaît ambiguë ou seulement sous-entendue.
2. La psychothérapie populaire en Orient
Dans les pays orientaux, cela fait longtemps que les histoires sont utilisées pour enseigner les leçons de la vie. Cette fonction pédagogique n’est pas dissociée du plaisir et du divertissement. Le plus souvent, c’étaient des conteurs et des derviches qui répandaient les histoires à travers le peuple et qui contribuaient ainsi à combler un besoin essentiel d’information d’identification et d’assistance. Les récits se composaient en partie de discours religieux et provenaient du Coran ; d’autres encore se référaient directement à la vie des hommes dans leur communauté. Ces récits avaient la fonction de donneur de bons conseils et de mesures difficiles à prendre. On se rencontrait dans les cafés, dans des endroits prévus pour ce genre de rassemblement ou en famille – avant tout le jeudi soir, puisque en Orient le vendredi est un jour férié. Quelques récits étaient racontés, d’autres chantés ou joués en actes dramatiques. Ils réveillaient la compassion de l’auditoire, qui souvent spontanément accompagnait ceux-ci de rires ou de pleurs. A mon avis, c’était autrefois la seule représentation publique à laquelle à la fois les hommes et les femmes – toutefois voilées – pouvaient participer.
3. Les Mille et une Nuits
Les histoires étaient un élément de la psychothérapie populaire, qui s’occupait déjà des conflits des âmes, bien avant que la psychothérapie ne devienne une discipline scientifique. Il existe un nombre infini d’exemples de la manière dont les histoires furent employées pour traiter les problèmes de la vie et comme psychothérapie au sens le plus large du terme. Le plus connu des exemples est bien entendu le recueil d’histoires des « Mille et une Nuits », dont le thème principal traite de la guérison d’un maître psychiquement malade à l’aide d’histoires contées. On peut comprendre l’histoire de deux points de vue : d’un côté, le traitement réussi du sultan grâce à l’intelligente Schéhérazade et, de l’autre, les contes considérés comme « traitement » pour les auditeurs et les lecteurs qui prennent conscience du contenu, en tirent une leçon et l’incorporent dans leurs pensées. Qu’elles proviennent d’Orient, d’Europe ou d’un autre milieu culturel, d’autres histoires ont le même effet.
Histoires, contes de fées, mythes, fables, métaphores, productions artistiques, œuvres poétiques, blagues, etc., à côté de leur valeur intrinsèque de « l’art pour l’art », sont des médiums et des outils de la psychothérapie et de la pédagogie populaire dont les gens se sont aidés bien avant l’apparition concrète de la psychothérapie.
La question que je me posais alors était la suivante : Ne pourrait-on pas également se servir de ces outils exprès et en connaissance de cause dans le traitement thérapeutique des conflits et dans le développement personnel, sans pour autant qu’ils soient classés comme de la rigolade enfantine ou comme des vieilleries nostalgiques et qui n’auraient de valeur que sentimentale ?
Au cours de mes nombreuses séances psychothérapeutiques, séminaires et conférences, j’ai pu me rendre compte que c’étaient justement les métaphores et les histoires orientales qui attiraient le plus l’attention des auditeurs et des patients. Elles sont pour moi des images en mots ou en paroles qui nous facilitent l’accès à la compréhension et nous aident à développer notre capacité à comprendre ce que l’autre ressent.
Beaucoup de gens se sentent dépassés quand ils sont confrontés à des concepts et des théories psychothérapeutiques abstraits. Comme la psychothérapie ne s’échange pas seulement entre spécialistes, mais au contraire symbolise un pont vers le patient, le non-spécialiste, il faut qu’elle soit compréhensible. Une histoire mythique ou une image linguistique incarnent précisément des exemples types d’aide à la compréhension. Elle peut contenir des thèmes précis sur les pensées intérieures, sur les rapports humains et sur la société et, également, sur les méthodes à utiliser, son but étant d’offrir un large panel de solutions au patient. Puisqu’il est déconnecté du monde et de l’expérience réels du patient et qu’il ne provoque aucune réaction de résistance à la découverte de faiblesse, cet exemple mythologique, utilisé de manière consciente, peut vraiment aider le patient à changer d’attitude vis-à-vis de ses conflits.
Cette constatation m’a conduit à inclure les pensées figurées, en plus des histoires et des fables mythiques, dans mes procédés thérapeutiques, comme outils d’aide à la compréhension.
4. La psychothérapie positive
Depuis 1968, j’élabore un nouveau concept de développement personnel et de psychothérapie (analyse de la différenciation) que je nomme psychothérapie positive . Les rudiments et les techniques de cette méthode sont présentés de façon détaillée dans le livre p sychothérapie positive, théorie et pratique d’une nouvelle méthode . En voici un résumé :

La psychothérapie positive comporte trois aspects :
a) L’approche positive
b) La procédure dictée par le contenu
c) La psychothérapie positive en cinq étapes


a) L’approche positive

Le terme psychothérapie positive doit éveiller en nous une approche transculturelle. Nous utilisons le terme « positif » dans son sens étymologique – venant du latin positum – signifiant ‘effectif’, ‘inné’ . Effectifs et innés ne se réfèrent pas seulement aux maladies ou troubles et aux tentatives ratées pour résoudre des problèmes, mais se réfèrent aussi aux capacités innées et aux potentiels que possède chaque individu pour trouver lui-même des solutions qui seront nouvelles, différentes et peut-être meilleures. Nous essayons de ne pas nous arrêter sur les évaluations habituelles des conflits, des maladies et des symptômes, mais au contraire de prendre en considération d’autres diagnostics éventuels et de les voir sous un nouvel éclairage. Il nous est particulièrement important de penser que le patient ne porte pas uniquement en lui la maladie, mais porte aussi la capacité de la surmonter. Le thérapeute a pour mission de l’aider dans ce travail.
L’approche positive a pour but de fournir, en collaboration avec le patient, des possibilités et des solutions nouvelles et différentes qui se trouvaient jusqu’ici au-delà de l’horizon de sa conscience. Celles-ci nous permettent de changer notre point de vue et de puiser dans d’autres schémas mentaux que ceux qui, au préalable, nous renforçaient dans nos conflits et nous empêchaient d’en sortir.
Un exemple : si notre conjoint ou ami(e) est infidèle, nous avons différentes solutions pour faire face à ce conflit ; chacune ses chacune ses conséquences spécifiques. On peut faire justice soi-même avec un pistolet ou un couteau de cuisine et ainsi retrouver son honneur. On peut boire de l’alcool et ainsi faire sombrer son mal dans l’alcoolisme. On peut prendre de la drogue pour rendre la vie plus belle et plus soutenable. On peut vouloir se venger et être soi-même infidèle. On peut – plutôt inconsciemment – réagir de façon corporelle et ainsi tenter de résoudre les problèmes à travers la somatisation, à travers une évasion dans la maladie. On peut également essayer, en en_parlant, d’aboutir à une certaine compréhension et un certain entendement du problème.
Une démarche similaire s’applique pour comprendre les maladies : Prenons comme exemple la frigidité. Un couple qui la voit uniquement comme une « inhibition sexuelle » ou comme une « incapacité à atteindre l’orgasme » la vivrait différemment s’il pouvait la considérer sous un éclairage différent et « positive ».
Une des significations possibles serait de considérer la frigidité comme une façon de dire « non » avec son corps. Les effets d’une telle réinterprétation dépassent de loin le simple jeu de mots. Elle implique aussi comment la patiente se comprend elle-même, les conséquences du trouble sur la relation avec son compagnon et finalement l’ouverture vers un traitement possible. Ainsi, l’approche positive est pour la médecine (la psychothérapie) mais également pour le patient potentiel, un catalyseur visant à orienter autrement sa pensée.
Les histoires nous offrent des exemples de comment penser autrement. La linéarité de la pensée logique ne nous sort pas assez souvent de nos difficultés. Au contraire, aussi paradoxal que cela puisse être, elle nous enfonce plus profondément dans nos problèmes. Les histoires, par contre, vous confrontent à des solutions inattendues, déconcertantes mais néanmoins « vraies » et « positives ». Celles-ci semblent certes être contraires à l’habitude et à la logique, mais ont toutefois la capacité de nous faire sortir d’un bond du carcan de nos conflits. L’histoire suivante illustre la signification de notre procédure positive :

La situation dans laquelle se trouve un malade – et pas seulement un malade dit psychiatrique – est semblable, à beaucoup d’égards, à celle d’une personne qui reste debout pendant longtemps sur une seule jambe. Après un certain laps de temps, les muscles se crispent et la jambe qui subit l’effort commence à peiner. Ce n’est pas uniquement la jambe qui peine, mais l’ensemble de la musculature qui, dans cette position inhabituelle, commence à se contracter et à se crisper. La douleur devient insupportable et la personne crie à l’aide.
A ce moment-là, divers ‘soignants’ lui viennent en aide. Pendant qu’elle reste debout sur une jambe, un premier soignant commence à lui masser la jambe crispée ayant subit l’effort. Un autre entreprend de s’occuper de la nuque contractée et la masse dans les règles de l’art. Un troisième remarque que la personne est sur le point de perdre son équilibre et lui offre son bras comme béquille. Un spectateur de cette scène suggère que ce troisième soignant lui offre ses deux bras pour que l’homme puisse rester debout. Un vieil homme sage fait la proposition suivante, que la personne réfléchisse sur son bien-être, par rapport à quelqu’un qui n’a pas de jambe du tout. Un autre la persuade d’imaginer qu’elle est une plume et que plus elle se concentre intensivement sur cet aspect d’être plume, plus ses douleurs devraient s’atténuer. Un homme d’un certain âge ajoute d’une manière bien attentionnée : « Avec le temps, une solution s’imposera ». Et, enfin, un spectateur s’approche de l’homme qui souffre tant et lui demande : « Pourquoi restez-vous debout sur une seule jambe ? Reposez l’autre par terre et appuyez-vous dessus. Vous avez une deuxième jambe, vous savez ! ».


b) La procédure dictée par le contenu

Lors de mes nombreuses séances psychothérapeutiques, j’ai observé quelque chose que j’ai plus tard – et parce que j’y étais dès lors plus sensible – retrouvée d’une manière récurrente dans la vie quotidienne. Autant chez des patients orientaux que chez des patients européens et américains, j’ai remarqué que les symptômes étaient associés à des conflits qui remontaient à une série de type de comportement répété. En général, ce n’étaient pas de grands événements qui conduisaient à des troubles, mais plus couramment des incidents anodins, mais répétés, qui menaient à des zones sensibles et fragiles, d’où germaient finalement des conflits potentiels. Ce qui nous apparaissait comme source de conflits et espace de développement personnel d’éducation thérapeutique, réapparaissait comme une vertu dans les sphères normatives de la moralité, l’éthique et la religion.
Nous avons alors tenté de comprendre et de classer ces séries de comportements par secteurs ; ceux-ci ont pour but de regrouper les critères de base des conflits et des aptitudes.



On peut diviser ces comportements, que nous avons nommés « capacités de base » en deux groupes : d’une part les normes psychosociales performatives (capacité secondaire), telles que la ponctualité, l’ordre, la propreté, l’obéissance, la courtoisie, l’honnêteté, la fidélité, la justice, l’ambition, la performance, l’épargne, la fiabilité et l’exactitude ; et, d’autre part, les catégories dites « émotionnelles » (capacité primaire) telles que : l’amour, la patience, le temps, le modèle, la confiance, le contact, la sexualité, l’espoir, la foi et l’unité.

Lors de la socialisation, les capacités de base se sont organisées du point de vue de leur contenu, conformément au système de référence socioculturel, et sont marquées par les conditions uniques du développement individuel. En tant que réalités, elles se fondent dans l’image de soi et dictent la manière dont chacun perçoit son environnement et résout ses problèmes. Les capacités de base nous influencent des quatre façons suivantes :

1. à travers nos 5 sens (relation à notre corps),
2. à travers la logique : (moyen de l’entendement),
3. à travers les traditions (ooyen de la tradition,)
4. à travers l’intuition et l’imaginaire. (moyen de l’intuition et de l’imagination) (cf. La psychothérapie positive , 2003, S 108ff).

Les concepts sont les pilotes de notre comportement. Prenons comme exemple le concept en lien avec les capacités de « la frugalité » et de « la performance » : « si tu épargnes quelque chose, alors tu possèdes quelque chose ; tu possèdes quelque chose, alors tu es quelqu’un. » Si quelqu’un adopte ce concept, cela influencera son vécu et plusieurs de ses actions : les relations avec son propre corps, ses goûts culinaires, ses plaisirs, l’assouvissement de ses besoins, vis-à-vis de sa profession, vis-à-vis de son partenaire, vis-à-vis de ses relations interpersonnelles, vis-à-vis de son imaginaire, de sa créativité et enfin vis-à-vis de son propre avenir. En combinaison avec d’autres concepts, ce dernier peut déterminer une grande palette d’autres alternatives individuelles : « A quoi bon dépenser un sou si je peux le mettre de côté ? » ; « Ce qui compte pour moi, c’est le succès professionnel » ; « Je n’ai besoin de mon prochain que pour l’utiliser pour mes propres intérêts » ; « Etre sentimental, c’est ridicule, les contes de fées ne sont que pour les enfants ».
Sous cette forme, les concepts se lient étroitement avec les sentiments et peuvent devenir ainsi, en cas de conflit, le déclencheur d’agressivité et d’angoisses. Tandis que l’un donne vraiment beaucoup de valeur à l’ambition ou l’épargne, l’autre souligne l’ordre, la ponctualité, le contact, la justice, la courtoisie, l’honnêteté, etc. Chacune de ces normes, quant à elle, prend sa propre importance selon la situation, le groupe et l’environnement social. Ces différentes orientations des valeurs se rencontrent et se confrontent dans la vie des hommes vivant en société et également au cours d’expériences interpersonnelles ; elles peuvent conduire à des dissonances. Ainsi, par exemple « le joyeux désordre personnel » de l’un devient un problème presque insurmontable si, pour l’autre, l’ordre est d’une importance capitale. On change alors plutôt de partenaire plutôt que de tolérer l’autre système de valeurs et ses conséquences.
Les capacités de base ont un rôle essentiel dans la méthode de la psychothérapie positive. Pour évaluer la résistance d’un patient à l’égard de secteurs de conflits possibles et l’aider dans la différenciation de sa situation, nous suivrons telle ou telle piste suivant une liste de capacités de base , appelée Inventaire d’Analyse de Différenciation (IAD).
Ainsi, nous n’avons plus besoin de parler de stress, de conflit ou de maladie, mais pouvons constater dans quelle situation, pour quel partenaire et par rapport à quels thèmes une réaction de conflit apparaît. Pour une femme qui a régulièrement de fortes angoisses le soir, si son partenaire rentre trop tard à la maison, cela ne désigne pas seulement sa peur d’être seule (indicateur de la capacité de base « contact »), mais montre aussi que son angoisse est liée à la notion de « ponctualité ». Cette approche de différenciation nous permet de traiter de façon plus précise les conditions d’un conflit.
Dans les histoires, les capacités de base apparaissent à travers les aspects les plus divers : tandis que des histoires dites pédagogiques, comme celle par exemple de « Struwwelpeter » (« Le mal peigné »), fournissent avant tout des normes concernant l’individu seul comme l’obéissance, la courtoisie et l’ordre ; d’autres histoires remettent justement ces normes en question et confrontent le lecteur avec des concepts inhabituels et insolites.
La répartition des capacités en capacités secondaires orientées vers la performance et en capacités primaires orientées vers les émotions se trouve confirmée dans une série de résultats d’études sur le cerveau. Ces études indiquent que les deux moitiés du cerveau, les deux hémisphères, fonctionnent selon deux systèmes séparés pour trier les informations. L’hémisphère gauche est compétent pour les conclusions logiques, les étapes analytiques et la partie verbale de la communication. En d’autres termes : l’hémisphère gauche porte les capacités de base secondaires performatives et est le représentant de l’entendement et de la raison. La pensée globale, la saisie uniforme, la représentation figurative et les associations émotionnelles moins censurées que les autres sont attribuées à l’hémisphère droit, n’ayant généralement pas le rôle dominant. Celui-ci réglemente les capacités de base primaires orientées vers l’émotion et est par conséquent le siège de l’intuition et de l’imaginaire. Si nous prenons pour base cette hypothèse, l’application des histoires et des légendes dans la psychothérapie revêt une nouvelle valeur : Le changement de vision espéré, chez le patient, s’effectue car l’intuition et l’imaginaire se libèrent. D’un point de vue thérapeutique, cette libération devient importante lorsque la raison et la rationalité ne peuvent pas surmonter seules les problèmes. On gagne un accès à l’imaginaire et on apprend à penser à travers les images en paroles contenues dans les histoires… (Ref. Watzlawick et al. 1969).
Une scène presque quotidienne illustre bien les relations dynamiques entre les capacités de base et leurs zones d’influence. En tant que lecteur vous pouvez essayer de découvrir quelles sont les capacités qui déterminent le déroulement de la scène suivante :
Un homme d’affaires marié, âgé de 40 ans, est assis dans un compartiment. Il lit la page économique de son journal et regarde de temps en temps par la fenêtre le paysage qui défile. Lors d’un bref arrêt, la porte s’ouvre et une jeune femme entre dans le compartiment. Elle porte un grand sac de voyage et essaye de soulever celui-ci pour le mettre à l’endroit destiné aux bagages. L’homme d’affaires pose son journal, se lève et avec un bref « Puis-je ? », galamment, soulève le bagage et le place sur le porte-bagages. D’entrée, il s’est senti attiré par elle. Mais tout en l’observant, assise là, ses jambes croisées avec élégance, il se rend compte qu’il est fasciné par elle. Il se sent tout à coup bien plus jeune et il se laisse inonder par ce sourire que la charmante jeune femme lui avait offert pour son aide. La page économique de son journal ne l’attire plus. De plus en plus, il la délaisse et observe la jeune femme assise en face de lui. Il remarque la couleur de ses cheveux et se sent déconcerté par la forme et la couleur de ses yeux, se surprend en train de regarder son décolleté. Il essaye à nouveau de se plonger dans son journal, se sentant comme pris en flagrant délit et observé. Pendant tout ce temps les pensées les plus diverses lui trottent dans la tête, sans qu’il puisse y mettre fin :
« Cette femme me plaît beaucoup. Si je la compare à ma femme… » Le mot clé « ma femme » le ramène furtivement à la réalité. « Autrefois j’étais follement amoureux d’elle. Mais entre-temps, il y a eu problèmes sur problèmes » . Tout d’un coup, il se souvient qu’il n’avait, au cours de la nuit précédente, pu montrer le moindre signe de tendresse envers sa femme. Sa femme s’était plainte qu’il ne s’intéressait « qu’à ça » et était toujours trop pressé et elle lui avait tourné le dos, dans le lit, et avait fait semblant de dormir. Puis, au bout d’un moment, il se rend compte qu’il est en train de contempler cette voyageuse assise devant lui, et ravale sa salive. L’odeur d’un parfum agréable lui monte jusqu’aux narines et il a l’impression qu’elle flirte avec lui. Il ne pense qu’à une seule chose : « Je dois absolument faire la connaissance de cette femme. Si je m’y prends bien, ma femme ne remarquera rien. Effectivement, comment serait-ce, si j’échangeais ? » Mais cette idée ne lui paraît pas si facile : « Le supporterais-je ? Puis-je effectivement me le permettre vis-à-vis de mes enfants ? Que dirait ma famille ? Naturellement, j’impressionnerais énormément mes collègues avec une petite amie aussi attirante. Ils aimeraient tous en avoir une comme elle ». Soudain, l’image de son enfance apparaît devant ses yeux : sa mère pleure car son père a eu une liaison extraconjugale. Quelque part, ce souvenir le rend mal à l’aise. Néanmoins il se détache assez rapidement de ces tristes pensées : « J’ai beaucoup travaillé dans ma vie et j’ai également le droit de recevoir en retour. Ces éternelles responsabilités : me lever tôt le matin, aussitôt faire un grand sourire à mon épouse (parce que sinon elle commence de suite à être de mauvaise humeur), au bureau exécuter mon travail de façon ordonnée et sans la moindre erreur, être aimable vis-à-vis de mes associés, dont j’aurais envie de botter le derrière. Les contrariétés journalières à cause de milliers de petites choses ». Et après ce stress, entendre le soir – et il entend déjà cette voix lui monter aux oreilles : « Tu n’as pas de temps pour moi. Tu me délaisses. Même pour les enfants, tu n’es qu’un mauvais père » . Sa femme. Si ça, ce n’est pas une raison suffisante pour faire connaissance avec cette admirable créature. Je le mérite bien avec cette vie de chien que j’ai menée. Si seulement je n’étais pas paraly sé par des inhibitions. Ayant posé le journal sur ses genoux, il sourit triomphant, comme il sait le faire, se racle la gorge – mais aucun son ne sort. Résigné, il regarde par la fenêtre. Le train ralentit, la jeune femme se lève et avant qu’il n’ait pu réagir, elle a déjà descendu son bagage. Elle lui sourit et dit « Au revoir ». Entre-temps, le train est entré en gare. Notre homme d’affaires regarde la voyageuse descendre sur le quai, se diriger en courant vers un jeune homme et l’embrasser tendrement. Il reprend alors son journal, s’oblige à lire de nouveau les cours de la bourse et maugrée : « Petite sotte ! »


c) La psychothérapie positive en cinq étapes

Dans la psychothérapie positive, les histoires ne sont pas utilisées arbitrairement, mais sont ciblées dans le cadre d’un traitement en cinq étapes (Réf. Psychothérapie positive , 1977). Je vais vous expliquer les bases de ce traitement en prenant un exemple du quotidien : Si on est agacé par l’impolitesse de quelqu’un, on a tendance à se sentir intérieurement mal à l’aise, à pester franchement contre lui ou à déblatérer sur sa personne et sur ses faiblesses en présence d’autres personnes. Ainsi, nous ne verrons plus en lui un homme comportant de multiples aptitudes, mais seulement un être impoli, impertinent, qui nous a blessés par son impolitesse. On n’est plus en mesure de percevoir les autres qualités de cet homme, puisque les expériences négatives ont porté atteinte aux rapports entretenus avec lui. Par conséquent, on ne sait pas comment lui faire face, puisque ces conflits restent destructeurs. La communication devient alors limitée.
Cette suite de circonstances peut entraîner des perturbations psychiques et psychosomatiques, alors que si nous nous en servons comme point de départ, nous pouvons suivre les étapes suivantes d’un plan de traitement :

I. Étape de l’observation et de la description : on met, si possible par écrit, les critères de notre contrariété (quoi, contre qui et quand).
II. Étape de l’inventaire : Au moyen de l’Inventaire d’Analyse de Différentiation (IAD), nous déterminons dans quels secteurs de comportement chez le patient et chez son conjoint on peut percevoir des qualités positives aussi bien que les qualités critiquées. De cette manière, nous éviterons la tendance qu’ont les patients de généraliser.
III. Étape de l’encouragement en situation : Pour développer un rapport de confiance, nous renforçons particulièrement les traits que nous trouvons acceptables et qui correspondent aux traits étiquetés négativement.
IV. Étape de la verbalisation : Pour parer soit au silence du patient, soit à la distorsion des faits rapportés par lui, on développera petit à petit la communication avec son partenaire/conjoint. Nous échangerons sur leurs expériences et leurs traits de caractère aussi bien positifs que négatifs.
V. Étape d’élargissement des objectifs : La vision étriquée engendrée par la névrose du patient est déconstruite de façon consciente. On apprend à ne pas transférer le conflit sur d’autres secteurs de comportements et, en même temps, à s’ouvrir à de nouveaux objectifs encore peut-être jusqu’ici non perçus et non vécus. Le traitement est donc basé sur deux processus coordonnés ensemble et qui s’effectuent simultanément : d’une part, la « psychothérapie », où les relations entre le thérapeute et son patient sont au premier plan et, d’autre part, le développement personnel, où le patient s’approprie les tâches thérapeutiques qu’il devra déployer auprès des personnes qu’il côtoie.

Ce sont là quelques étapes essentielles de la psychothérapie de l’analyse de la différentiation. Grâce à cette méthodologie, nous avons pu rassembler des observations dans les domaines de conflits de couple, de problèmes d’apprentissage, de dépressions, de phobies, de troubles sexuels, de troubles psychosomatiques comme par exemple les troubles intestinaux, les problèmes cardiaques et circulatoires, de rhumatismes et d’asthme. Plusieurs cas de psychopathie et de schizophrénie ont également été traités.
Le taux de succès montra que généralement une amélioration notoire se manifestait après seulement quelques séances (entre 6 et 10). Après un an, des contrôles ont prouvé, et ce dans la majorité des cas, que le succès de la thérapie était en progression continue. Nous avons eu des progrès particulièrement positifs avec les troubles névrotiques et psychosomatiques. Ainsi, la psychothérapie positive s’est révélée être une alternative favorable aux autres formes de thérapie usuelles.
5. La psychothérapie transculturelle
Un jardin en terrasse et deux mondes

Lors d’une nuit d’été, les membres d’une même famille dormaient dans le jardin en terrasse de leur maison. Folle de jalousie, la mère vit que sa belle-fille, intégrée dans la famille, mais seulement à contrecœur, et son fils dormaient étroitement enlacés. Ne pouvant le supporter, elle réveilla les deux endormis et s’exclama : « Comment peut-on, par cette chaleur, dormir si proche l’un de l’autre ? Ceci est nuisible pour la santé. » De l’autre côté du jardin en terrasse dormaient sa fille et son beau-fils vénérés. Les deux dormaient éloignés l’un de l’autre au moins 30 cm les séparaient. Avec douceur la mère réveilla les endormis et leur murmura : « Mes chéris, comment pouvez-vous, par ce froid, dormir si éloignés l’un de l’autre, au lieu de vous réchauffer mutuellement ? » . La belle-fille entendit ces mots. Elle se redressa et prononça à voix haute les mots suivants comme une prière : « Comme Dieu est tout-puissant. Un climat aussi changeant dans un même jardin en terrasse » .

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