Violences et agressivités au sein du couple (Volume 2)

Violences et agressivités au sein du couple (Volume 2)

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Le second volume, sous-titré “Pour mieux intervenir dans la clinique” propose les contributions de six psychanalyste et de six cliniciens d'orientations diverses : D. Bastien, M.-C. Corvisier, A. Courtois, P. De Neuter, N. Frogneux, P. Jamoulle, C. Labaki

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Ajouté le 01 juin 2012
Nombre de lectures 63
EAN13 9782296495548
Langue Français
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Pour mieux intervenir dans la clinique
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Patrick De Neuter et Nathalie Frogneux (dir.)
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VOLUME2
Pour mieux intervenir dans la clinique
Avec les contributions de Danielle Bastien, Marie-Christine Corvisier, Anne Courtois, Patrick De Neuter, Nathalie Frogneux, Pascale Jamoulle, Camille Labaki, Armand Lequeux, Martine Lerude, Silvia Lippi, Marie-Hélène Mansart, Maggy Siméon, Odette Simon et Robert Steichen
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Cet ouvrage a bénéficié du soutien du Fond national de la recherche scientifique et de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.
D/2009/4910/3
© Bruylant-Academia s.a.  Grand’Place, 29  B-1348 LOUVAIN-LA-NEUVE
ISBN 13 : 978-2-87209-931-3
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit. Imprimé en Belgique.
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www.academia-bruylant.be
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SOMMAIRE
Volume 1 : Mieux comprendre par le croisement des disciplines
Liminaire  Nathalie Frogneux et Patrick De Neuter Amour et violence : les avatars du désir  Michela Marzano Définir et mesurer les violences conjugales : enjeux sociopolitiques  Maryse Jaspard Lorsque cesse le conflit surgit la violence  Nathalie Frogneux Comment se construit l’« évidence » de la violence conjugale ?  Jacques Marquet De quelques racines de l’agressivité masculine Ce qu’en disent les psychanalystes et les artistes  Patrick De Neuter Un regard juridique sur les violences conjugales  ierry Moreau Le cas Penthésilée Fantasme extrême de l’érotisme féminin ou « solution » d’un délire par le passage à l’acte  Marie-Christine Laznik Rapports de force et régulation de la jalousie au sein des jeunes couples scolarisés ouagalais  Jacinthe Mazzocchetti Douce violence, derniers outrages...  Francis Martens Trois notules sur la violence  Dan Kaminski Les jeux sexuels consentis… de bonne guerre en mauvaise foi  Francisco Viola, Marina Braconnier, Christiane Van Vaerenbergh Postface  Nathalie Frogneux
Envoi  Patrick de Neuter
Bibliographie
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Volume 2 : Pour mieux intervenir dans la clinique
Liminaire  Nathalie Frogneux et Patrick De Neuter Violence et création Le couple Pablo Picasso et Dora Maar  Robert Steichen La boucle de la perversion amoureuse  Silvia Lippi « Fais de moi ce que tu veux à condition que j’existe pour toi, par toi »  Danielle Bastien Pourquoi les hommes sont-ils si souvent agressifs au sein de leur couple ?  Patrick De Neuter « C’était le bonheur ! » La cruauté de l’idéal  Martine Lerude
Le vaginisme primaire Un refus de l’agressivité conjugale ?  Armand Lequeux
Pour une prévention des violences conjugales  Odette Simon et Marie-Christine Corvisier Quelques subtiles violences au sein du couple  Maggy Siméon et Camille Labaki La place de l’enfant au cœur de la violence conjugale  Anne Courtois Avatars actuels du lien amoureux adolescentaire  Marie-Hélène Mansart La fragilisation de l’intime Enquête auprès de prostituées indépendantes  Pascale Jamoulle Postface  Nathalie Frogneux Envoi  Patrick De Neuter Bibliographie
Auteurs
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LIMINAIRE
Nathalie Frogneux et Patrick De Neuter
L’agressivité et les violences au sein du couple sont très répandues. Elles sem-blent même habiter les couples comme leur ombre, malgré les tentatives re-nouvelées de les traquer et de les déraciner. Ainsi, 16 % des femmes déclarent 1 avoir été victimes de violences conjugales au cours des douze derniers mois . 2 D’après Ignacio Ramonet , pour les Européennes de 16 à 44 ans, ces vio-lences constituent la première cause d’invalidité et de mortalité avant même les accidents de la route ou le cancer. Plus de 600 femmes meurent chaque année sous les brutalités sexistes au sein du cercle familial. En France, six femmes mouraient chaque mois : un tiers d’entre elles étaient poignardées, un autre tiers abattues par armes à feu, 20 % sont étranglées et 10 % rouées de coups 3 jusqu’à la mort . Mais les choses semblent s’être aggravées depuis. Ainsi en France, en 2006, six femmes mouraient tous les trois jours sous les coups de 4 son conjoint, un homme mourait tous les treize jours du fait de sa conjointe . Néanmoins, la violence n’est pas absente chez les femmes : si une femme meurt tous les quatre jours suite aux violences de son conjoint, un homme trépasse 5 tous les seize jours, victime de sa compagne ou de son épouse . Tout cela sans compter les agressivités et les violences verbales, psychologiques et subtiles que subissent les hommes comme les femmes. C’est à partir du constat de l’ampleur et de la complexité du phénomène que nous avons voulu nous pencher sur la question des rapports à la violence qu’entretiennent les couples. Une perspective interdisciplinaire, conjuguant les apports des chercheurs et des cliniciens semblait requise pour approcher cette nébuleuse, apparemment insaisissable, qui revient éternellement com-me un phénomène toujours prétendument contemporain. Il importe donc de se pencher à nouveau sur la violence éprouvée si durement dans les couples aujourd’hui. Faut-il établir une simple gradation entre l’agressivité et la violence ? Le résultat de notre recherche semble aller plutôt dans le sens d’un seuil qualitatif
1 Voir Jaspard M.,Les violences envers les femmes en France. Une enquête nationale, Paris, La Documentation française, 2002. 2 Voir Ramonet I., « Violences mâles », inLe Monde diplomatique,juillet 2004. 3 Voir Henrion R. (dir.),Les femmes victimes de violences conjugales, le rôle des professionnels de santé, Rapport au ministre chargé de la Santé réalisé par un groupe d’experts, février 2001. 4 Ministère de l’Intérieur et l’Aménagement du Territoire de la République française,Étude nationale des décès au sein du couple, 2006. Voir aussi Mercaser P.et al.,À la vie, à la mort. Psychologie du crime passionnel, Paris, PUF, 2008. 5Idem.
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franchi lorsque l’agressivité que connaissent tous les partenaires et dès lors tous les couples, n’est plus canalisée et bascule dans la violence destructrice de l’un ou l’autre partenaire et en tous cas de l’amour qui les unissait initialement. Sur la base de cette distinction, une première question se pose : celle du mé-canisme par lequel ce basculement s’opère. Vient ensuite une énigme mise en évidence par les psychothérapeutes, qui décrivent des systèmes conjugaux qui entretiennent l’agressivité et la violence sans se détruire sous ses butées. Com-ment l’agresseur et l’agressé peuvent-ils s’entendre pour maintenir leur couple au cœur même de la souffrance ? Autrement dit, comment comprendre que la violence ne soit pas toujours un facteur destructeur du couple alors qu’elle semble être ce que tout le monde refuse de vivre ? Soulignons toutefois que la séparation n’est pas toujours le moyen de réduire la violence. En effet, des enquêtes montrent que les violences sont deux fois plus fréquentes en cas de rupture. Comment comprendre que certaines personnes préfèrent sauver leur couple même si le prix en est une violence quotidienne plus ou moins subtile et plus ou moins larvée ? Le harcèlement psychologique est la violence la plus souvent déclarée (8 %). Viennent ensuite les insultes (4,5 %) ; les agressions physiques (2,5 %) et enfin les viols et les pratiques sexuelles imposées (1 %). Il est certainement possible de repérer des milieux favorisant l’éclosion et le maintien de la violence. Ainsi, par exemple, est-elle davantage le lot des jeunes (de 20 à 24 ans) et des couples dont les partenaires présentent une grande différence d’âge. Elle est aussi plus importante dans les couples confrontés au chômage. En revanche, et contrairement à ce que l’on croit parfois, la violence à l’égard de la conjointe n’est pas plus développée dans les milieux à faibles revenus qu’à revenus élevés. Ainsi, les auteurs de violence sont en grande partie des cadres (67 %) et des professionnels de la santé (25 %). Aussi, aucun milieu ne peut s’en déclarer épargné.
Face à une telle complexité, tout indique qu’il faut lutter contre la violence par d’autres moyens que des injonctions explicites mobilisant la volonté et jouant la stratégie des interdits moraux ou légaux. Si la réplique judiciaire à la violence semble évidemment essentielle et efficace dans une large mesure, elle laisse pourtant de côté des formes plus complexes du phénomène que rencon-trent les psychothérapeutes. C’est donc pour pouvoir mieux traiter l’agressivité et la violence que nous avons tenté de la comprendre dans ses méandres téné-breux.
Les traitements répressifs, préventifs et éducatifs qui, au-delà de leur grande efficacité, demeurent malheureusement impuissants dans certains cas, trop nombreux, nous semblent devoir être complétés par une approche psy-chothérapeutique. L’ambition de cette publication est donc double : poser un diagnostic et tenter de soulager cliniquement, c’est pourquoi notre ouvrage se déploie en deux volets : le premier volume, plus théorique,Mieux comprendre par le croisement des disciplines, et le second davantage attaché aux cas cliniques, Pour mieux intervenir dans la clinique.
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Les mots pour dire la violence
1 Robert Steichen
Le moins qu’on puisse dire de la violence et de l’agressivité c’est qu’elles consti-tuent des thèmes obsédants pour nos contemporains. Il est vrai que l’inquié-tude collective est systématiquement entretenue par les discours ambiants, harcelants, décrivant abondamment tout ce qui va mal, éclate et brûle dans le vaste monde. Toujours l’accent est mis sur le plus spectaculaire, explosif, cho-quant. Comme s’il s’agissait d’une stratégie marchande, la culture de l’anxiété fonctionne à la manière d’une incitation à consommer pour se rassurer. Vite, vite, tant qu’il y a moyen et le plus possible, pour boucher le trou d’où émerge le danger. Dans la masse des écrits à ce sujet, violence et agressivité sont trop souvent confondues dans un même amalgame. Pour développer notre propos, il est indispensable de distinguer violence et agressivité. Ce qui est un exer-cice d’hygiène mentale élémentaire pour ne pas céder béatement au catastro-phisme.
Pourtant, cette différence est déjà présente dans le vocabulaire courant. Dans les dictionnaires élémentaires, la violence est définie par l’impétuosité, la force, la véhémence d’un évènement : la violence des éléments, de la tem-pête, du vent. Appliquée à des conduites humaines, elle désigne la fougue, l’impétuosité, l’impatience, l’irascibilité. Dans certains cas, elle est associée à de l’agressivité. L’agressivité, elle, est définie, conformément au latinaggressi(marcher contre), comme une attaque non provoquée. Elle désigne l’initiative, calculée ou non, qui manifeste la volonté d’effrayer, de nuire, de chasser ou de détruire, etc.
En résumé, appliquée à l’humain, la violence désigne la force perturbatrice d’un acte, conduite, parole, geste… et l’agressivité signale l’intention et la vo-lonté de heurter, de léser, de faire souffrir autrui. Les deux peuvent à l’occasion s’associer, mais l’une n’est pas l’autre.
La distinction entre force et intention est pertinente dans la pratique clini-que, et plus particulièrement psychanalytique, et est confortée dans la théorie
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Professeur émérite, Faculté de Psychologie, UCL.
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