Augustin Frédéric Kodock

Augustin Frédéric Kodock

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Kodock a toujours représenté le type même du patriote et du serviteur dévoué de l'État et de la Nation qui n'a jamais eu d'autre préoccupation que de mettre ses compétences à contribution pour l'édification de son pays. Dans cette biographie, l'auteur a tenu à restituer dans sa totalité l'histoire personnelle de Kodock, sans fards ni oeillères, tout en prenant personnellement position sur certains débats posés sur le tapis.

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Ajouté le 15 juin 2015
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EAN13 9782336385266
Langue Français
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Etudes
Augustin Frédéric Kodock africaines
Série Politique
La présente biographie constitue un essai de fondation normative devant
permettre à la société camerounaise d’aujourd’hui, ainsi qu’à sa jeunesse,
de voir dans le phénomène Augustin Frédéric Kodock une référence dont
elles peuvent valablement s’inspirer dans leur quête du bien-être et de la
sécurité.
Kodock a toujours représenté le type même du patriote et du serviteur Joseph W T
dévoué de l’Etat et de la Nation, qui n’a jamais eu d’autre préoccupation
que de mettre ses compétences à contribution pour l’édifi cation de son
pays. Aussi, l’auteur a tenu à travers la présente édition, à restituer dans
sa totalité l’histoire personnelle de Kodock, sans fards ni œillères, en se Augustin Frédéric Kodocksouciant seulement à s’exposer aux occurrences de la vérité tout en prenant
personnellement position sur certains débats posés sur le tapis.
Cette histoire s’est achevée à la mort de Kodock, le 23 octobre 2011.
L’homme politique camerounais (1933-2011)L’auteur a donc voulu la restituer aujourd’hui en toute connaissance de
cause.
L’auteur, Joseph WOUAKO TCHALEU, est originaire de
la République du Cameroun. Docteur en philosophie,
il est également professeur certifi é des Lycées
d’Enseignement Général. Il est l’auteur de : Augustin
Frédéric Kodock : Le technocrate et l’homme politique
(2004) ; « Fabien Eboussi Boulaga : un bantou problématique », article
publié en collaboration avec Hubert Mono Ndjana, in : Fabien Eboussi
Boulaga : L’audace de penser (2010) ; La nouvelle répression : Une critique
marcusienne du totalitarisme à visage libéral (2012) ; François Hollande et
la Françafrique : Le défi de la rupture (2012) ; « Technoscience et puissance
chez Marcien Towa », in : Towa philosophe (2013) ; L’agression libyenne :
La démocratie de guerre (2014) ; « Le racisme colonial : Une analyse
marcusienne de la destructivité humaine en Afrique subsaharienne »,
in : revue Illusio (2015) ; Le racisme colonial : Analyse de la destructivité
humaine (2015). Préface d’Hubert M­€­ Nƒ„…€…
ISBN : 978-2-343-06260-0
35 €
Joseph W T
Augustin Frédéric Kodock



Augustin Frédéric KODOCK
L’homme politique camerounais
(1933-2011)
Collection « Études africaines »
dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection
« Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera
toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se
déclinera désormais également par séries thématiques : droit,
économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
NDIONE (Marcel Samba), Prophéties et politique au Sénégal.
Prédicateurs sereer (saltigi) et acteurs politiques, 2015.
TANDJIGORA (Abdou Karim), Inégalités de développement au
Sénégal, 2015.
AUDIBERT (Martine) et KONDJI KONDJI (Dominique) dir.,
Le développement sanitaire en Afrique francophone. Enjeux et perspectives,
2015.
NGAMKAM (Gaston), Le contrat de transport routier de marchandises
sous la bannière de l’OHADA et à la lumière de la CMR européenne,
2015.
SIMBAGOYE (Athanase), Compétences langagières et apprentissage à
l’université du Burundi, 2015
WEMBOLUA OTSHUDI KENGE (Henri), Réflexions sur la
déclaration universelle des droits de l’homme, valeur, contenu et importance vus
d’Afrique, 2015.
N’GUETTIA KOUASSI (René), L’Afrique : un géant qui refuse de
naître, 2015.
EKANI (Serge Christian), Liberté de saisir et exécution forcée dans
l’espace OHADA, 2015.
KOUAKOU (Jean-Marie) dir., Penser la réconciliation. Pour panser la
Côte d’Ivoire, 2015.
WOUAKO TCHALEU (Joseph), Le racisme colonial, Analyse de la
destructivité humaine, 2015.

Ces dix derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr Joseph WOUAKO TCHALEU







AUGUSTIN FREDERIC KODOCK
L’homme politique camerounais

(1933-2011)




Préface d’Hubert MONO NDJANA










L’Harmattan




































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06260-0
EAN : 9782343062600
Dédicace

A
Célestin NDAM MOUCHILI
John LYONGA LIFANGE
In memoriam





















PREFACE
« II est courant, sous nos tristes tropiques, de ne pratiquer qu’un genre
littéraire en matière d’éloge : précisément l’éloge funèbre. On attend alors la
disparition d’une personnalité pour apprécier ses hautes qualités, comme si
le panthéon était interdit aux vivants, à ceux qui font encore l’histoire. Ecrire
sur ceux-là suscite des blâmes et des soupçons de la part des bien-pensants
qui favorisent ainsi, par ce négativisme et peut-être sans le savoir, la pratique
quasi exclusive de la littérature « nécro-africaine », à savoir ces
dithyrambes, à la fois ridicules et pitoyables, auxquels on se livre le jour du
deuil pour blanchir le partant.
Par le présent ouvrage, Joseph Wouako Tchaleu a dérogé à la critique en
campant avec doigté les étapes de la vie professionnelle et politique d’un
Augustin Frédéric Kodock plein de vie et de vitalité. En cela l’auteur a suivi
l’exemple d’illustres devanciers ayant écrit sur leurs contemporains, tels
Francis Jeanson sur Sartre, Régis Debray sur Mitterand ou Jean Lacouture
sur Malraux.
L’ouvrage de Wouako Tchaleu fourmille de détails impressionnants sur
la personne de M. Kodock, cet homme de haute stature intellectuelle et
morale, qui a connu beaucoup de passages au zénith avec autant d’éclipses
intercalaires. La biographie est attachante parce qu’elle se déroule sous les
yeux du lecteur avec l’allure d’un feuilleton à rebondissements ; l’enfance,
les études, la rébellion, la clandestinité et l’animation d’un parti nationaliste
sous le régime d’un parti unique, les mises à l’écart et les retours
spectaculaires, etc.
Des précisions, qui relèvent d’une documentation de fourmi permettent
en effet une bonne clarification d’une période passablement opaque de
l’histoire du Cameroun. La période du passage du parti unique au
multipartisme, marquée par des soubresauts internes à l’UPC et par des
négociations laborieuses avec le parti au pouvoir, négociations qui ont
poussé Kodock à développer la théorie du serpent.
Joseph Wouako Tchaleu n’a pas manqué, naturellement, de prendre
position dans l’un ou l’autre débat posé sur le tapis. Cette biographie n’est
donc pas un simple livre d’histoire, mais aussi une somme de réflexions
personnelles qui reflètent la formation philosophique et politique de son
auteur.
C’est peut-être parce qu’Augustin Frédéric Kodock est un homme d’idéal
que sa figure a captivé l’attention du jeune philosophe. Il s’agit donc d’un
livre exemplaire, non seulement par la finesse de l’écriture et la clarté de
l’exposé, mais aussi et surtout par le fait que la jeunesse actuelle peut
apprendre, à travers ce texte et la riche expérience qu’il décrit, les vertus de
l’endurance, de la patience, de la pugnacité et de la lucidité, clés d’une
success story » (Préface écrite le 26 avril 2004).
7
Le texte qui précède est celui de la première édition de la biographie
d’Augustin Frédéric Kodock Bayiha. Pour cette deuxième édition, toujours
écrite par Joseph Wouako Tchaleu, désigné biographe officiel par l’homme
politique lui-même, édition réalisée suite au décès de ce dernier survenu le
23 octobre 2011, je ne trouve aucune raison pour modifier ma première
préface. Les données n’ont pas changé, excepté que le texte de Joseph
Wouako Tchaleu a pris l’impressionnante densité d’une œuvre achevée,
portant elle-même sur un grand destin. Maintenant que nous le savons mort,
cette deuxième édition de la biographie d’Augustin Frédéric Kodock se lit
avec la vive impression que son esprit lui-même plane sur l’œuvre, guidant
la plume de l’écrivain. D’où le sentiment de force et de vérité qui s’en
dégage. Avec les signes de rassemblement et de réconciliation des membres
dispersés de la grande famille de l’UPC, qui apparaissent à la fin de
l’ouvrage, on pourrait croire que le grand homme raconté ici était le grain
qui, selon la parabole du Christ, devait mourir pour que germe la fleur de
l’unité.
La biographie est un genre littéraire très peu couru dans le triangle
national. Joseph Wouako Tchaleu est incontestablement l’un des rares
écrivains qui cherchent à lui donner un droit de cité, et l’on doit pour cela
souligner sa persévérance. Dans le présent travail, on ne lit pas seulement la
vie et les actes de Kodock, mais aussi, par ricochet ou en transversalité, de
bonnes séquences ignorées de l’histoire de notre pays. C’est le grand intérêt
de cette prouesse littéraire.

Hubert Mono Ndjana

Yaoundé, le 23 janvier 2013
8
AVANT-PROPOS
Le but d’un avant-propos consiste habituellement, pour un auteur, à
présenter son ouvrage. En ce sens, l’avant-propos est synonyme de préface
ou d’introduction. Cela, je l’ai accompli dans l’édition de 2004 de cette
biographie qui prend aujourd’hui une ampleur toute particulière avec le
décès d’Augustin Frédéric Kodock, en date du 23 octobre 2011 à Yaoundé,
des suites de maladie. Aussi ne m’appliquerai-je pas à nouveau au même
exercice de présentation textuelle qui pourrait s’assimiler à une répétition
inutile. Je me contenterai - et cela me paraît important - de mettre en saillie
les circonstances socio-historiques qui ont présidé à la publication de cette
biographie d’Augustin Frédéric Kodock, haute personnalité camerounaise,
africaine et mondiale de grande stature intellectuelle et morale, qui est entrée
aujourd’hui dans la postérité.
Au début des années 2000, j’avais été désigné par Kodock, alors ministre
d’Etat et Secrétaire Général de l’Union des Populations du Cameroun (UPC)
pour gérer, parmi d’autres, sa communication aussi bien administrative que
politique. A cet effet, Kodock me mit régulièrement à contribution. Je
découvris ainsi que dans l’univers de la communication sociale au
Cameroun, Kodock apparaissait au-devant de la scène comme une
personnalité à la fois immense et controversée. Une pléthore d’articles et de
propos furent écrits, formulés et publiés sur sa personne dans des journaux,
soit pour la dénigrer, soit pour la soutenir dans son action. Je décidai alors de
regrouper tous ces textes fragmentaires en un document unique, non pour en
rajouter à la pléthore existante, mais pour établir une base que j’ai voulu
historique, en vue de faciliter la compréhension des deux dimensions
essentielles de la personnalité de Kodock au double plan administratif et
politique, notamment : le technocrate et l’homme politique.
Après la publication de l’édition initiale de cette biographie, j’organisai
une cérémonie de dédicace le 23 juin 2006 à laquelle j’associai également
deux ouvrages qui portaient à peu près sur le même sujet : Kodock :
l’étudiant et le politique, de Adolphe Papy Doumbé, et Augustin Frédéric
Kodock : l’humaniste camerounais, de François René Eone, tous deux de
regrettée mémoire aujourd’hui. Au cours de cette cérémonie éponyme,
Kodock fit cette déclaration en guise de testament politique pour la jeunesse
camerounaise d’aujourd’hui : « honnêtement parlant, compte tenu de
l’évolution que nous constatons, moi qui avais commencé à cultiver un
certain pessimisme sur le comportement de mes compatriotes à mon égard,
je suis obligé de confesser, devant mon peuple, devant mes frères
aujourd’hui, que je regrette de les avoir soupçonnés d’être méchants à mon
égard.
Je viens de découvrir et le témoignage des jeunes, à plusieurs reprises, a
eu comme effet de me rassurer que tel que je suis là, devant vous, si je
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mourrais demain, je serais en paix avec ma population. Je n’ai plus de
rancune, je n’ai plus de reproche. Regardons l’avenir.
Les témoignages de ces jeunes ont voulu porter sur ma personne, si ces
témoignages peuvent accoucher d’une certaine conception de la vie
publique, et d’une certaine philosophie de l’action de l’Etat, pour que ce
pays puisse enfin arriver à rassembler toutes ses énergies créatrices pour
avancer vers le progrès, si tout cela peut se réaliser, outre-tombe, je serai le
premier à danser le tchatchatcha.
Lorsque je constate les mutations qui se poursuivent sous mes yeux, je
suis obligé de dire que je suis optimiste pour l’avenir du Cameroun, parce
qu’avec des écrivains objectifs susceptibles d’inscrire dans l’Histoire
certains passages qui peuvent laisser des leçons à notre peuple, je crois que
ce pays doit bientôt renouer avec le progrès. C’est ce que je souhaite.
Le Cameroun est un pays qui a été gâté par la nature. Même sur le plan
des ressources humaines, croyez-moi, le fait d’avoir plusieurs communautés
est plutôt une force pour le Cameroun. Et toutes ces communautés de
brassages, de croisements, de métissages, vont accoucher d’un camerounais
idéal, celui qui croit en lui-même, qui a l’idée de partage, qui est ouvert et
qui aspire au progrès pour la commune aspiration de tous et pour le partage
des revenus pour tous. Car, il est question de bâtir un Etat. Il est question de
construire une nation prospère. Alors nous devons prendre les mesures qui
permettent que nous rendions concrète cette aspiration.
Nous devons, à travers la leçon que ces jeunes viennent de nous donner,
réfléchir et projeter dans le futur notre rêve de voir ce pays exceller et
donner à son peuple la place qu’il mérite en Afrique. L’Histoire peut nous des leçons pour corriger notre trajectoire. Il faut que le peuple
camerounais l’accepte, qu’il l’assume, et qu’il donne la chance, un jour, à
nos enfants d’être fiers de nous ».
Pour moi, la biographie que j’avais présentée constituait un essai de
fondation normative devant permettre à la société camerounaise
d’aujourd’hui, ainsi qu’à sa jeunesse, de voir dans le phénomène Kodock
une référence dont elles pouvaient valablement s’inspirer dans leur quête du
bien-être et de la sécurité.
Quelques jours après cette dédicace, je suggérai à Kodock de commencer
à réfléchir sérieusement à la rédaction de ses mémoires, au regard de ce que
le poids de l’âge pesait déjà lourdement sur ses épaules. Kodock me donna
cette réponse prémonitoire : « Je suis encore confronté à mes responsabilités
dans le Parti et dans le gouvernement. Je ne suis pas sûr de disposer d’assez
de temps pour rédiger mes mémoires. Si je meurs avant de l’avoir fait, tu
devras compléter ma biographie comme tu l’as si bien commencée. Tu auras
certainement la volonté et la capacité intellectuelle pour achever ce que tu as
commencé. Tu seras mon biographe ».
Kodock a toujours représenté pour moi le type même du patriote et du
serviteur dévoué de l’Etat et de la Nation, qui n’a jamais eu d’autre
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préoccupation que de mettre ses compétences à contribution pour
l’édification de son pays. Aussi,ai-je tenu à travers la présente édition, à
restituer dans sa totalité l’histoire personnelle de Kodock, sans fards ni
œillères, en me souciant seulement de m’exposer aux occurrences de la
vérité tout en prenant personnellement position sur certains débats posés sur
le tapis. Cette histoire s’est achevée le 23 octobre 2011. J’ai donc voulu la
restituer aujourd’hui en toute connaissance de cause.
J’adresse mes remerciements aux personnes ci-après qui ont contribué à
la préparation et à la mise en forme de cet ouvrage, notamment : le docteur
Basile Kamdoum, qui m’a proposé l’idée d’opérer le regroupement textuel
sus évoqué sous forme d’ouvrage. Mme Edwige Yowa des ETS Turbo
Multiservice, Albert Djakissam, Caroline Ngo Bell, Bayard Fosso Kemajou,
Mbemun Mama, Célestin Ndam Mouchili, Moïse Atsané, Ngouabe Tchaleu
Charles, Samo Ghislain Aimé, qui ont assuré la partie technique de la
version initiale.





























11











































INTRODUCTION

Le présent ouvrage se veut être un essai de biographie d’une figure
marquante de l’administration et de la politique camerounaises : Augustin
Frédéric Kodock Bayiha. Il s’articule autour de deux dimensions
essentielles de cette grande figure, qui ne sont autres que le « technocrate »
et « l’homme politique ». Il convient à présent, avant toute présentation des
articulations de l’ouvrage, de tirer au clair le sens des vocables "
technocrate" et " homme politique ".
Le technocrate est un grand commis de l’Etat ou un haut fonctionnaire
qui donne priorité aux considérations techniques et économiques, au
détriment des exigences humaines ou morales. Autrement dit, le technocrate
n’étudie pas les mœurs, c’est-à-dire l’ensemble de règlesde conduite, de
traditions et de codes qui sont admis par la société, dans un contexte et à une
époque donnés. Il s’occupe seulement de lamise en œuvre des procédés tirés
de la science pour exploiter les ressources rares de la société en vue de
satisfaire les besoins illimités de ses membres.
Quant à l’homme politique, c’est une personne qui s’occupe des affaires
publiques, c’est-à-dire de la manière dont est organisé et géré le pouvoir de
l’Etat. Donc, l’homme politique fait la politique, en tant qu’il exerce ou
aspire à exercer l’autorité dans l’Etat. Et c’est ici que se pose souvent un
problème d’ordre éthique ou moral relatif à la « bonne » ou la « mauvaise »
gestion des affaires publiques.
On comprend pourquoi on peut être un bon technocrate sans être
unhomme politique et inversement. Mais, il arrive également que les
deuxdimensions de l’existence publique se rassemblent chez un seul homme.
Tel est le cas d’Augustin Frédéric Kodock Bayiha, qui m’intéresse ici.
Le contexte dans lequel cet ouvrage a été conçu n’est donc autre que la
vie de Kodock, en tant qu’elle s’est accomplie, dans le théâtre de
l’administration et de la politique camerounaises. Cette vie s’est achevée le
23 octobre 2011
J’ai retracé les moments saillants du double itinéraire administratif et
politique de cet homme dont on peut dire aujourd’hui qu’il fut une
personnalité forte et une valeur de référence pour la société camerounaise.
Né le 1er mars 1933 dans un petit village appelé Mom situé dans le
département du Nyong-et-Kellé, le jeune Kodock n’a pas tardé à faire ses
premiers pas dans l’aventure humaine de la lutte pour l’existence. Car, son
père est décédé alors qu’il n’était âgé que de sept ans. Désormais, ce sont les
éducateurs et les autorités de l’Etat qui ont constitué sa véritable famille.
Le jeune Kodock était soumis à ce qu’on appelle en psychologie
« principe de réalité », c’est-à-dire en fait à la discipline du travail en tant
qu’occupation à plein temps et aux lois de l’ordre social.
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Son éducation à la vie publique s’est donc faite à travers une longue
formation secondaire et universitaire qui l’a conduit, de 1941 à 1966, tour à
tour à Ebolowa, Nkongsamba, Yaoundé, Poitiers, Toulouse et Paris.
Il a obtenu successivement le BEPC, le BACC, la Licence en Droit, le
Diplôme d’Etudes Politiques, le Diplôme d’Administrateur Civil, le Diplôme
d’Etudes Supérieures Spécialisées et le Doctorat d’Etat en Sciences
Economiques. Il a soutenu cette thèse cinq ans après son retour au Cameroun
en 1961.
Au lendemain de l’accession du Cameroun à l’indépendance, le jeune
Kodock décida de regagner son pays en vue de mettre ses compétences au
service du nouvel Etat indépendant. Ses qualités de travailleur acharné et
infatigable l’amenèrent à assumer la lourde tâche d’élaborer et de mettre en
place le Plan de Développement du Cameroun - plans quinquennaux. Dans
cette optique, il allait promouvoir une élite d’hommes d’affaires - Fotso
Victor, Kadji Defosso, Tidjani, Bassirou, Nassirou, Luc Monthé, Paul
Monthé, Tchuisse Mathieu, etc., qui font encore la fierté du Cameroun à
l’heure actuelle. On lui devait aussi la nationalisation du commerce extérieur
et la création d’une société nationale de commercialisation des produits de
base. De même, il était à l’origine de la création des premières industries
nationales, de la mise en place de l’assiette de l’impôt, de la création de
sociétés nationales d’investissement et de financement de l’Agriculture.
Kodock a poursuivi son aventure à la BAD (Banque Africaine de
Développement) à partir de 1968. Ici, il fut respectivement Responsable de
l’Afrique du Nord et du Centre chargé des Projets, Conseiller à la
Coopération Internationale et Vice-président. Son action se solda par le
financement de nombreux projets en Afrique et particulièrement au
Cameroun.
De retour au Cameroun en 1980, Kodock attendit trois ans au chômage
pour voir ses compétences sollicitées pour redresser la CAMAIR (Cameroon
Airlines). L’expérience dura jusqu’en 1986 et de nouveau, il était au
chômage. Six ans plus tard, il fut nommé ministre d’Etat chargé du Plan et
de l’Aménagement du Territoire, poste qu’il occupa pendant deux ans, à
l’issue desquels il se vit confier le portefeuille de l’Agriculture. Il quitta le
Gouvernement en 1997 pour leréintégrer en 2002. Il le quitta à nouveau en
2007.
Ces quelques faits d’armes de Kodock suffisent à montrer que, comme
technocrate, il s’est illustré dans les deux domaines stratégiques qui
constituent les fondements de la richesse des nations, à savoir : l’économie et
la finance. Il a reçu de nombreux lauriers pour les bons et loyaux services
rendus au Cameroun et à l’Afrique. Mais, il a aussi goûté la saveur amère de
l’ingratitude. Sa carrière en dents de scie dénote du fait qu’à certains
moments, il a été limogé alors même qu’il s’apprêtait à parachever un travail
immense qu’il avait entamé. Quelque fois aussi, on le remerciait pour
permettre à ceux qui n’avaient rien semé de récolter les fruits de son travail.
14
Cependant, Kodock n’a, à aucun moment, cédé au découragement, en
dépit de l’ampleur parfois hallucinante de l’adversité qu’il allait
constamment affronter. Il était toujours convaincu qu’un homme qui a
confiance en soi, qui est sûr de sa valeur intrinsèque ne cède jamais au
désespoir. Tôt ou tard, il finit toujours par rebondir. Cette conviction intime
l’a également guidé tout au long de sa carrière politique.
Kodock a commencé à flirter avec les milieux politiques, notamment
upécistes dès son adolescence. Son évolution au sein du mouvement
nationaliste de libération, et, plus tard, au sein du parti politique de l’Union
des Populations du Cameroun (UPC) est symptomatique de l’évolution d’un et d’un patriote auquel le sort a assigné la mission d’amener le
courant upéciste à la modernité.
Il a commencé à suivre les pas des pères fondateurs de l’UPC dès l’âge
de 15 ans.Depuis lors, il ne quitta plus le mouvement nationaliste en dépit du
règne du parti unique du sanguinaire Ahidjo auquel, à l’instar d’autres
nationalistes vivant à l’intérieur du pays, il était soumis.
Lorsqu’il se retrouva en France en 1955 pour y poursuivre ses études, on
ne tarda pas à le trouver à l’avant-garde des revendications nationalistes des
étudiants camerounais et africains en France. Il a notamment cheminé aux
côtés d’Ossende Afana, Michel Ndoh, Nkada Zogo, pour ne citer que
ceuxlà.
Kodock retourna dans son pays en 1961 au moment où le supplétif
Ahidjo avait mis en place une politique d’élimination physique de tous les
nationalistes. Ainsi s’ouvrait une longue période d’hibernation au cours de
laquelle les nationalistes allaient essayer de survivre comme ils pouvaient.
Tel était le cas de Kodock qui se montra très astucieux pour échapper à
l’embrigadement du parti unique. C’est donc tout naturellement qu’on le
retrouva dans l’arène au sein de l’UPC, lorsque le vent de la démocratie
souffla sur le Cameroun au début des années 90. Son action en faveur du
réveil de la solidarité upéciste à l’échelle du pays lui valut un plébiscite au
poste de Secrétaire Général de l’UPC pendant le congrès unitaire de
Nkongsamba, en 1991. Depuis lors, Kodock n’a pas cessé d’implanter l’UPC
sur le terrain. Et, de 1992 à 2002, il fut élu à trois reprises député de l’UPC
du Nyong-et-Kellé. Il a également été réélu Secrétaire Général de l’UPC au
congrès de Makak en 1996.
Seulement, Kodock se heurta à l’incompréhension de certains camarades
qui avaient du mal à faire la différence entre un mouvement de libération,
qui justifiait son action dans les circonstances d’une rébellion armée, et un
parti politique qui s’était engagé dans la bataille pour la démocratie
participative et le progrès. Certains agitaient leurs oripeaux de combattants
maquisards pour se croire investis d’une légitimité historique au sein de
l’UPC.
15
D’autres composaient simplement avec la partie adverse pour diviser
l’UPC et la détruire. On croyait ainsi porter atteinte à la personne de Kodock
alors même qu’on ne faisait rien d’autre que piétiner et humilier l’UPC.
Kodock dut se montrer pragmatique et réaliste pour faire comprendre aux
uns et aux autres que l’ambition d’un parti politique repose sur un idéal, dont
la réalisation implique la mise à contribution de toutes les forces capitales du
pays. L’UPC fut un parti historique dont l’idéal était de grouper et d’unir
tous les habitants du Cameroun en vue de permettre l’évolution accélérée des
populations et l’élévation de leur standard de vie.
Une fois acquis les deux premiers volets de cet idéal, quoi de plus logique
que de s’adapter aux conditions de la politique moderne pour réaliser le
troisième volet ? L’UPC est-elle une formation politique prestigieuse qui vit
dans l’évocation de son héroïsme passé, mais qui refuse de voir la réalité
telle qu’elle se présente à l’heure actuelle ?
Pour Kodock, comme pour beaucoup d’upécistes aujourd’hui, le vrai
problème pour un parti politique digne de ce nom est de s’organiser sur la
base d’un projet de société acceptable par le peuple, et de voir dans quelle
mesure il peut composer avec d’autres formations politiques qui ont les
mêmes objectifs pour construire le pays. C’est pourquoi, on parle du jeu des
alliances stratégiques en politique.
Du reste, Kodock inaugura l’ère de la politique du consensus au
Cameroun depuis 1992, mettant ainsi en difficulté tous ces politiciens
populistes et sectaires qui promettaient monts et merveilles dans le seul but
de tromper le peuple en vue de satisfaire leurs ambitions personnelles. Ceux
qui se sont engagés dans cette aventure ont perdu leur prestige au sein de
l’opinion publique aujourd’hui. Donc, les alliances RDPC-UPC de 1992 et
2004 n’étaient autres que des cadres référence pour les hommes politiques
qui savaient ce qu’ils voulaient et où ils allaient.
J’ai présenté dans cet ouvrage les deux dimensions de la personnalité de
Kodock pour la simple raison que je voulais ouvrir une piste, mieux, établir
un repère pour la jeunesse camerounaise en quête de valeurs et de modèles
de référence, à l’intérieur d’une société néo-darwinienne où les plus forts
écrasent les plus faibles. Je voulais ainsi montrer que dans cette société ou
régnaient les prédateurs, il existait encore des personnes dont le seul souci
était de bâtir leur pays et qui ne s’embarrassaient guère de cette
improductive sémantique démagogique et stomacale qui acculait certains
intellectuels organiques à n’être que de vulgaires ventriloques. Je voulais
enfin montrer la voie de l’avenir à partir de l’exemple de Kodock, c’est- à-
dire la voie de la parole et de l’action positives, constructives.
Cet ouvrage est construit autour de deux parties :
La première partie traite du technocrate et comprend douze articulations :
La première articulation met en saillie la formation universitaire de
Kodock en Sciences économiques, en lieu et place de la littérature à laquelle
ses études au cycle secondaire le prédestinaient normalement.
16
La deuxième met au jour sa contribution à la mise en place de la politique
économique du Cameroun, à travers notamment la Direction des affaires iques, les Relations économiques extérieures, l’Orientation
économique, les Finances publiques.
La troisième traite de l’irruption d’un " front anti-Kodock " au sein de
l’appareil d’Etat, et dont l’action de sape a abouti à son éviction du
gouvernement, d’où sa pénitence à l’Administration territoriale à l’issue de
laquelle il a soutenu sa thèse de Doctorat d’Etat en Economie.
La quatrième articulation met au jour le séjour de Kodock à la Banque
Africaine de Développement (BAD), séjour qu’il a mis à profit pour
s’occuper des Projets Afrique du Nord et du Centre, des Affaires
économiques et de la coopération, des conseils au PDG, de la
Viceprésidence.
La cinquième articulation s’applique à examiner son retour au ministère
des Finances, où il a contribué à la création de la Caisse autonome
d’amortissement et du poste de Trésorier payeur général.
La sixième traite de son passage à la tête de la Cameroon airlines, où il a
mis au point de sévères mesures de redressement de ce support de la
souveraineté nationale qui battait de l’aile. Il a également vécu une cabale
orchestrée contre lui, de telle sorte qu’il a perdu son poste.
La septième met au jour l’analyse faite par Kodock de l’écume de la crise
économique, sur les points suivants : la loi sur la déréglementation, les
failles de la politique économique du gouvernement, le diktat des bailleurs
de fonds.
La huitième présente le retour de Kodock au gouvernement à la tête du
ministère du Plan. Ici, Kodock a proposé une reformulation de la politique
économique du Cameroun, l’admission du Cameroun à l’Initiative IDA, le
renouvellement de la Convention de Lomé.
La neuvième articulation traite du passage de Kodock à la tête du
département de l’Agriculture, où il s’est appliqué notamment à dresserun
constat d’échec de la politique agricole du Cameroun, à mettre en place des
mécanismes de relance du secteur agricole, à contribuer au relèvement de
l’activité économique à partir de la relance de ce secteur. De plus, est
présentée la longue phase d’hibernation qui est survenue après son départ du
gouvernement.
La dixième articulation traite du retour de Kodock au gouvernement,
notamment au département de l’Agriculture. A ce niveau, sont mis en
lumière la nouvelle politique agricole du gouvernement et l’enjeu des projets
pour la relance du secteur agricole.
La onzième articulation met au jour la mutation de Kodock au ministère
du Plan. Ici, ses efforts en faveur du retour de la vision prospective du
développement au Cameroun sont explicités.
La douzième articulation met en saillie la résistance de Kodock face à la
cabale politico-mafieuse organisée contre sa personne au sujet de sa gestion
17
au ministère de l’Agriculture, qui déboucha sur sa sortie du gouvernement
ainsi que son retrait définitif des affaires.
La deuxième partie traite de l’homme politique et s’articule autour des
éléments suivants :
-Les débuts de Kodock à l’UPC ;
-Son existence sous la gangue du parti unique ;
-Son combat pour le retour au multipartisme ;
-Son analyse sur la question électorale ;
-Le procès de l’incompréhension à l’UPC ;
-La marginalisation de l’UPC ;
-La normalisation des rapports Kodock-Ntumazah ;
-La question du consensus pour les élections de 2002 ;
-La victoire de la légalité ;
-La mascarade électorale de 2007 ;
-Son ultime tentative pour unifier l’UPC.
Cet ouvrage est une biographie qui ne nourrit nullement la prétention
d’avoir recoupé toutes les informations liées à la carrière administrative et
politique de Kodock. Toute autre contribution susceptible d’élargir le champ
de connaissance de cette double carrière qui s’est achevée le 23 octobre
2011, aurait sans doute le mérite de fournir de nouveaux éléments
d’appréciation à tous ceux - les jeunes en particulier - qui sont en quête de
modèles de référence. Cette biographie n’est donc rien d’autre qu’une
contribution - qui se veut large - à la compréhension de la personnalité
immense de Kodock. Rien de plus.




















18
PREMIERE PARTIE :LE TECHNOCRATE

LE TECHNOCRATE

Lorsque le jeune Kodock entra dans la vie universitaire, il choisit de
suivre une formation en Sciences économiques, en lieu et place de la
littérature à laquelle ses études au cycle secondaire le prédestinaient
normalement. A l’issue de cette formation couronnée de succès, il décida de
rentrer dans son pays en vue de contribuer à la mise en place des structures
du nouvel Etat camerounais post colonial. Kodock contribua à la mise en
place de la politique économique du Cameroun, à travers notamment la
Direction des affaires économiques, les Relations économiques extérieures,
l’Orientation économique, les Finances publiques.
Seulement, l’irruption et l’action de sape d’un « front anti-Kodock » au
sein de l’appareil d’Etat, aboutit à son éviction du gouvernement, d’où sa
pénitence à l’Administration territoriale à l’issue de laquelle il parvînt à
soutenir sa thèse de Doctorat d’Etat en Economie.
Kodock effectua également un séjour à la Banque africaine de
développement (BAD), séjour qu’il mît à profit pour s’occuper des Projets
Afrique du Nord et du Centre, des Affaires économiques et de la
coopération, des conseils au PDG, de la vice-présidence.
Kodock retourna au Cameroun, au sein du Ministère des Finances, où il
contribua à la création de la Caisse autonome d’amortissement et du poste de
Trésorier payeur général.
Il fut aussi nommé à la tête de la Cameroon Airlines, où il mît au point
de sévères mesures de redressement de ce support de la souveraineté
nationale qui battait de l’aile. Ici aussi, Kodock fît face à une cabale
orchestrée contre lui, de telle sorte qu’il perdît son poste.
Kodock fit une analyse sur l’écume de la crise économique, sur les
points suivants : La déréglementation des accords sur les produits de base,
les failles de la politique économique du gouvernement, le diktat des
bailleurs de fonds.
Kodock réintégra le gouvernement à la tête du Ministère du Plan. Ici, il
proposa une reformulation de la politique économique du Cameroun,
l’admission du Cameroun à l’Initiative IDA, le renouvellement de la
Convention de Lomé.
Kodock s’occupa également du département de l’Agriculture, où il
s’appliqua notamment à dresserun constat d’échec de la politique agricole du
Cameroun, à mettre en place des mécanismes de relance du secteur agricole,
à contribuer au relèvement de l’activité économique à partir de la relance de
ce secteur. De plus, Il formula la nouvelle politique agricole du
gouvernement et l’enjeu des projets pour la relance du secteur agricole.
19
Kodock fut muté au Ministère du Plan. Ici, ses efforts en faveur du retour
de la vision prospective du développement au Cameroun furent efficaces.
Kodock affronta aussi la cabale politico-mafieuse organisée contre sa
personne au sujet de sa gestion au Ministère de l’Agriculture, qui déboucha
sur sa sortie du gouvernement ainsi que son retrait définitif des affaires.







































20
CHAPITRE I : LE CHOIX DES SCIENCES ECONOMIQUES ET POLITIQUES

LE CHOIX DES SCIENCES ECONOMIQUES ET POLITIQUES

L’itinéraire académique d’Augustin Frédéric Kodock était assez atypique.
Très souvent, les intellectuels ne le deviennent qu’au terme d’un cursus
articulé autour d’une discipline spécifique. Or, Kodock s’était révélé être un
spécialiste des questionséconomiques et financières après avoir cherché ses
marques dans plusieurs disciplines. D’abord, la littérature. Au lycée, on
croyait déceler en lui le futur enseignant de lettres, puisque l’enseignement
était la voie la plus assurée pour ceux qui poursuivaient les études
littéraires. Seulement, à sa sortie du lycée, Kodock avait fait ses premiers pas
à l’Université à travers les études juridiques. Il nourrissait l’ambition de
défendre la cause des peuples africains et singulièrement du peuple
camerounais, sur le terrain du droit. Ce parcours dura le temps de deux
annéesacadémiques, à l’issue desquelles Kodock choisit d’étudier en
profondeur les questions économiques, financières et politiques. Il avait ainsi
combiné la production / distribution de la richesse sociale avec la gestion des
affaires publiques, au point de devenir plus tard un technocrate et un homme
politique réputé.

I-Etudes littéraires
En 1951, le jeune Kodock obtint avec succès son Brevet d’Etudes du
Premier Cycle du Second Degré (BEPC). Ainsi, les portes de l’avenir
s’ouvraient pour lui. Son incontestable talent littéraire l’éloigna de la voie
rigide des disciplines scientifiques. Mais, Kodock renonça à la littérature
après l’obtention de son Baccalauréat.
Al’époque, le Cameroun était sous domination française. La politique de
la métropole en matière d’éducation était de former des jeunes commis
d’administration qui allaient constituer les relais locaux du pouvoir installé
dans la métropole. C’était pourquoi, tout jeune certifié était a priori orienté
vers la vie active (enseignement, administration). Les colons français ne
jugeaient pas nécessaire de former systématiquement des intellectuels qui
pouvaient s’avérer dangereux pour leur politique de domination durable.
A cette époque, où le CEPE valait encore son pesant d’or, le jeune
Kodock aurait pu embrasser directement l’enseignement pour subvenir à ses
besoins, d’autant qu’il était issu d’une famille modeste et pratiquement
dépourvue de moyens de subsistance. Cependant, il fit montre d’une grande
capacité de résistance à l’adversité. Et la conviction qu’il pouvait atteindre
les cimes de l’intelligence, s’il était bien encadré, s’installa dans son
entourage.

21
Ce sont les ascètes qui font l’Histoire. Autrement dit, ceux qui sont
capables de substituer l’intérêt réel à l’intérêt immédiat, la satisfaction réelle
à la satisfaction immédiate. Cette maxime s’appliquait allègrement au cas de
Kodock.
De la ville d’Ebolowa où il avait obtenu son BEPC, le jeune Kodock fit
ses valises pour Yaoundé, ville proche de sa région d’origine. Son regard se
porta sur le Lycée général (actuel Lycée général Leclerc) pour la poursuite
de ses études.
De 1952 à 1955, le fils de Nkontap - son village natal - connut quatre
années d’intenses activités scolaires couronnées de succès. La littérature était
ici l’élément angulaire de ces succès. Le fait que le jeune Kodock s’orienta
vers cette branche était symptomatique d’une intelligence qui s’élevait non
pas vers la rhétorique - l’art de bien discourir - mais vers la spiritualité -
l’interrogation sur les grandes questions engageant le devenir de l’humanité,
notamment : l’existence, l’âme et sa survie éventuelle après la mort, la
liberté, Dieu, etc. Cette orientation spiritualiste du jeune Kodock lui avait
valu le surnom de « Bergson » en classe de Terminale.
Les études occupaient une place prépondérante dans son esprit, en sorte
qu’il ne s’accordait un répit que pour remplir ses devoirs de fils envers sa
famille qui le soutenait dans ses efforts.
En 1955, donc, le jeune « Bergson » se révéla comme tel à son ouvrage.
Ce surnom devait être compris au double plan théorique et pratique. Qui était
Bergson ? C’était un philosophe français d’origine juive (1859-1941). Sa
1réflexion philosophique partait d’une analyse des sciences . A une époque
dominée par le matérialisme, le positivisme et le scientisme, Bergson
développa une philosophie spiritualiste.
Le matérialisme se fondait sur la toute-puissance de la matière. Pour le
positivisme, c’est ce qui était démontré qui était vrai. Il excluait donc les
croyances métaphysiques. Le scientisme considérait que toutes les
connaissances devaient être calquées sur le modèle des sciences de la nature.
Or, le spiritualisme était relatif. Il affirmait l’existence de la matière et du
non-matériel. Donc, il y avait matière et esprit. Bergson affirmait l’existence
de l’esprit et de la liberté. Pour lui, la vie, c’était l’esprit pénétrant la matière
pour l’amener à l’existence. Donc, la vie était un acte de l’Esprit (Dieu).
L’œuvre de Bergson fut d’un apport décisif au développement de
lapensée contemporaine, au moment où justement le matérialisme ambiant
tendait à transformer l’homme en chose, la vie en produit exploitable à
profit.
Le jeune Kodock fut donc surnommé « Bergson » à cause de sa grande
capacité à cerner les problèmes dans leur entièreté (capacité théorique),

1 Voir notamment Henri Bergson, L’évolution créatrice,Paris, PUF, 2007 ; Les deux sources
de la morale et de la religion, Paris, Flammarion, 2012 ; L’énergie spirituelle, Paris, PUF,
2007 ; Matière et mémoire,Paris, PUF, 1990 ; Introduction à la métaphysique, Paris, PUF,
2011 ; La pensée et le mouvant,Paris, PUF, 1960 ; L’âme et le corps,Paris, PUF, 2011.
22
c’est-à-dire avec exactitude. Il pouvait écouter les gens discuter durant des
heures sans mot dire, et, lorsqu’il prenait la parole, c’était pour faire une
synthèse de tout ce qui avait été dit avant de prendre position. A chaque fois,
sa parole mettait un terme à la discussion.
Le jeune « Bergson » subjuguait ses camarades et enseignants par son
redoutable esprit d’analyse et de synthèse. De même, au niveau pratique,
c’est-à-dire moral, le clinquant, les biens matériels, la séduction de
l’apparence, etc., tout cela le laissait indifférent. Il connaissait deux valeurs
cardinales : le travail et la grâce de Dieu. Le reste n’était pour lui que
« vanité et poursuite de vent ».
En 1955, Kodock obtint son baccalauréat, série philosophie, avec la
mention « Bien ». Ses camarades et sa famille voyaient en lui le futur
enseignant de lettres. D’autant que la philosophie conduisait tout droit à
l’enseignement. Kodock remporta plusieurs prix au baccalauréat, dont le prix
d’excellence et le prix du Haut-commissaire.
De plus, de l’aveu même de Kodock, il voulait au départ être enseignant,
pour la raison qu’il était fasciné par le métier combien noble d’enseignant.
Surtout, ce qui le frappait, c’était la maîtrise de lachose enseignée dont ces
enseignants faisaient montre. Seulement, la réalité allait démentir les
prévisions initiales du jeune Kodock, au point où certains n’hésitèrent pas à
affirmer qu’il avait raté sa vocation. Au sortir du lycée, il avait choisi de
poursuivre ses études dans le domaine du droit.

II-Etudes juridiques
En septembre 1955, le jeune Kodock vit s’ouvrir devant lui les portes de
l’avenir. La perspective d’aller continuer ses études en France constituait,
pour le jeune lauréat, un moment d’intense enthousiasme. Les études
juridiques et politiques se révélèrent à ses yeux comme une option fiable
pour sa réussite intellectuelle. Kodock s’envola pour la France en compagnie
de ses camarades de promotion, parmi lesquels Paul Nlend, Niat Njifenji,
Ambroise Foalem, etc.
Aussitôt arrivés en France, les jeunes étudiants descendirent dans
l’ « Hôtel des colonies » situé à la rue Vanot, près de la rue Oudinot (où se
trouvait le ministère de la France d’Outre-mer). Cette escale leur permettait
de remplir les formalités d’immigration auprès du ministère de la FOM. Par
la suite, Kodock s’était inscrit à l’Université de Poitiers, tandis que ses
camarades allèrent, pour l’essentiel, à l’Université de Toulouse. Il avait
choisi la Faculté de Droit et des Sciences économiques, en lieu et place de la
Faculté des Lettres et Sciences humaines qui, pourtant, lui ouvrait
grandement ses portes de par la nature de ses études au niveau secondaire.
L’intéressé lui-même avait justifié ce choix par le fait qu’il était
impressionné par les prestations des juristes dans le prétoire. Leur robe noire,
qui leur donnait un air grave autant que leur maîtrise des lois, lui faisaient
23
penser que ces messieurs et dames jouaient un rôle important dans la société
et, pour cela, il voulait lui aussi devenir juriste. Cela lui aurait permis de
prendre la défense des victimes d’abus de toutes sortes, ainsi que la défense
des lois.
A Poitiers, Kodock fit la connaissance d’un étudiant camerounais du
cycle de Licence, Jean Assoumou Avebe (ex- DG de la SNH (Société
nationale des hydrocarbures), aujourd’hui décédé) qui l’aida à intégrer le
milieu des étudiants camerounais de Poitiers. Cependant, Kodock ressentait
un malaise dans cette ville, où il se trouvait séparé des camarades avec qui il
avait vécu des années durant au Cameroun, et où les compatriotes qu’il
rencontrait lui étaient totalement inconnus.
Au terme de cette première année couronnée de succès - il avait obtenu la
mention Assez Bien - il prit attache avec Ambroise Foalem, qui lui fit savoir
qu’en plus du Droit, il étudiait également les sciences politiques à Toulouse.
Le jeune Kodock, qui était fortement intéressé par les questions
politiques, à cette période de revendications nationalistes en Afrique et
particulièrement au Cameroun, sous l’impulsion de l’UPC, décida de
rejoindre ses camarades à Toulouse.
L’année suivante à Toulouse, il fut inscrit à la Faculté de Droit et
Sciences économiques. En outre, pour dépenser utilement son temps de
repos, il s’était également inscrit à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse.
Après quatre ans d’études, Kodock obtint sa licence en Droit option Sciences
économiques, ainsi que le Diplôme d’Etudes Politiques de cet Institut en
1959. Donc, le littéraire-juriste venait d’opter pour les Sciences
économiques!
On a souvent allégué que pour être un bon économiste, il faut avoir une
base scientifique ; que les littéraires éprouvent de graves difficultés à étudier
cette discipline. Tel ne fut pas le cas de Kodock. L’exception
confirmait-telle la règle ?

III-Le choix des études économiques et politiques
Le jeune Kodock, qui disait être impressionné par les prestations des
juristes au sein du prétoire, ne s’était pourtant pas spécialisé en droit. Il avait
préféré embrasser l’économie, c’est-à-dire cette science qui s’occupe de
l’exploitation des ressources rares en vue de satisfaire les besoins illimités
des hommes vivant en société. Et ce fut précisément ce choix qui fit de lui
un technocrate internationalement reconnu.
Après avoir bravé le cycle de Licence, l’étudiant Kodock s’apprêtait à
s’inscrire au second cycle pour approfondir ses études lorsqu’un professeur
de Droit bien connu, Paul Ourliac (19 janvier 1911, La Rède, Gironde, 08
août 1998, Toulouse) l’invita à sa résidence, en compagnie de quelques
camarades, pour un entretien qui se révéla décisif pour son avenir.
24
Ourliac entama ses études supérieures à la faculté de Droit de Paris. Il fut
ensuite reçu au concours de l’Ecole des Chartes, comme
archivistepaléographe, en 1936.
Puis, Ourliac présenta sa candidature à l’Ecole française de Rome, où il
fut admis comme membre, de 1936 à 1938.
Il obtint son doctorat en Droit en 1937, sur le thème : Droit romain et
pratique méridionale : Etienne Bertrand. La même année il subiot avec
succès le concours d’agrégation des Facultés de Droit pour l’histoire du
Droit ert pour le droit romain.
A la suite de cette prouesse intellectuelle, Ourliac fut nommé, en 1938, à
29 ans, professeur à la Faculté de Toulouse, ville dans laquelle il s’installa
définitivement.
Il exerça également comme Directeur de l’Institut d’études politiques de
Toulouse, dès 1954.
Ses qalités d’éminent historien et de spécialiste du droit romain, ajoutées
à une abnégation exceptionnelle dans le travail, firent de lui un savant
internationalement reconnu.
Ourliac étudia les perspectives de développement pour les jeunes Etats
africains à l’aube des indépendances. Le point central de sa réflexion était la
formation d’une élite intellectuelle pour organiser ces jeunes Etats. Ainsi, il
s’adressa à Kodock en ces termes : « Votre pays serabientôt indépendant. Je
voudrai vous aider parce que vous aurez besoin au départ de grands commis
pour organiser votre Etat.
Je vais essayer de vous faire entrer à l’Ecole Nationale d’Administration
(ENA). Naturellement, si cela vous fait plaisir ».
Kodock accepta la proposition sans hésiter, puisqu’il avait conscience
que Ourliac était mieux placé que lui pour savoir dans quel domaine il
pouvait trouver ses marques. Kodock informa aussitôt son camarade Foalem
sur la teneur de cet important entretien. Celui-ci décida également de saisir
cette main tendue.
Au moment où leurs noms étaient envoyés à la direction de l’ENA, une
réaction négative provenait de la Délégation du Cameroun à Paris
(aujourd’hui Ambassade), qui estimait que la France n’avait pas tenu compte
de la volonté du gouvernement camerounais, dirigé depuis lors par Ahmadou
Ahidjo. Pour le gouvernement camerounais, il n’était pas question de laisser
passer cette initiative qui n’avait pas au préalable reçu l’aval de Yaoundé.
Aussi, la délégation du Cameroun à Paris avait-elle exigé que les noms des
candidats fussent expédiés à Yaoundé pour une présélection. Pour cela, on
jugea plus utile d’organiser un concours spécial avec comme centre la
Délégation du Cameroun à Paris. Or, entre temps, d’autres candidats furent
mis à contribution, portant ainsi leur nombre de 4 à 9.
A l’issue du concours, cinq candidats furent retenus et aussitôt orientés
vers leurs cycles respectifs. Ces candidats étaient : Ekoka, Mpandjo,
Kodock, Foalem, Ngoumou. Kodock et Foalem furent orientés vers un cycle
25
spécial, pour autant qu’on voulait qu’ils regagnent rapidement le Cameroun
qui venait tout juste d’accéder à l’indépendance. Les autres candidats furent
orientés vers un cycle plus long.
A l’ENA, la formation comprenait deux parties, théorique et pratique.
Kodockopta pour l’économie et la finance. Au niveau pratique, il effectua
plusieurs stages sur le terrain, notamment au Cabinet du Préfet du
Maine-etLoire, à la Trésorerie générale d’Angers, à la Direction de la comptabilité
publique, à la Direction des douanes, au Département sécurité de la Seine, à
la Banque de France.
Après 18 mois d’une formation soutenue à l’ENA, Kodock sortit en
1961, nanti de ce précieux diplôme qui était déjà passé aux mains de
quelques grandes figures de la politique française - Michel Rocard (1958),
Jacques Chirac (1959).
Seulement, au cours de sa formation à l’ENA, Kodock menait des
recherches parallèles à l’Université du Panthéon (Sorbonne), en vue d’une
thèse de Doctorat en Sciences économiques. Dans cette perspective, il obtint
le Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en cette année 1961.
Ce Diplôme le menait directement au Doctorat.
Or, à Yaoundé, le gouvernement était impatient de voir arriver ses jeunes
cadres chevronnés. L’organisation des structures de gestion des affaires
publiques ne pouvait attendre davantage. Donc, la thèse était renvoyée à plus
tard.
Kodock rentra au Cameroun en 1961. Ce qui le frappa, de prime abord,
c’était le malaise général qui s’était emparé de la société camerounaise. Les
camerounais, pour la plupart, étaient anxieux. Après le départ officiel des
colons, ils ne savaient pas quel sort leur réservait le nouveau pouvoir. Dans
cette atmosphère délétère, Kodock prit conscience de l’immensité de la tâche
qui l’attendait.
26
CHAPITRE II : CONTRIBUTION A LA MISE EN PLACE DE LA POLITIQUEECONOMIQUE DU CAMEROUN
CONTRIBUTION A LA MISE EN PLACE DE LA
POLITIQUEECONOMIQUE DU CAMEROUN

Le jeune cadre qui rentrait au Cameroun en 1961 devait prendre la pleine
mesure de la situation dans laquelle se trouvait le nouvel Etat indépendant du
Cameroun. Il constata que les colons étaient partis, en laissant derrière eux le
chaos. Tout était à refaire. Ainsi, Kodock comprit que la tâche qui l’attendait
était presque herculéenne. Il devait pour cela définir les axes prioritaires de
la politique économique du Cameroun dénommée « Plan de développement
du Cameroun ».

I-Les Affaires économiques
La première fonction de Kodock fut celle de Directeur-adjoint des
Affaires économiques. A cette époque, cette Direction s’occupait de
l’ensemble du domaine économique national. Kodock justifia cette
nomination en ces termes : « j’ai terminé à l’Ecole d’administration. Il fallait
rentrer. J’ai traîné pendant un mois, parce qu’il fallait que je passe l’examen
à la Faculté de droit, pour avoir mon diplôme de DESS en Sciences
économiques. Donc, j’ai traîné un mois pour avoir cet examen. Une fois que
j’ai fini cet examen, je n’avais plus aucune raison, et à Yaoundé on envoyait
les câbles demandant qu’on me mette en route tout de suite. Je me suis
présenté et on m’a mis en route. Je suis arrivé à Yaoundé le matin à 09h
venant par avion de Douala. On m’a logé, mes amis qui étaient aux Finances
m’ont trouvé une chambre à l’hôtel le Relais.
Il fallait que j’aille saluer le ministre qui était mon patron. C’était
Mohaman Lamine. Il était à ce moment-là Secrétaire d’Etat au commerce et
à l’industrie. Je suis allé le saluer et lui dire que j’étais déjà arrivé. Je l’ai vu
autour de 10h ou 11h, et à 13h j’étais nommé Directeur adjoint des affaires
économiques. Le même jour ».
Kodock était l’Adjoint de Jean Assoumou Avebe, docteur en Sciences
économiques. Quelque temps après, un ministre de l’Economie et des
Finances, en la personne de Victor Kanga, fut nommé. Ses relations avec
Assoumou se sont avérées difficiles.
Kanga pensait que pour bien conduire son ministère, il devait éclater
l’unique Direction dont il disposait en quatre, notamment : la Direction de
l’orientation économique, la Direction de l’administration du personnel, la
Direction des relations économiques extérieures, la Division de la statistique
et de la documentation économique.

Cette réforme n’était pas du goût du Directeur des affaires économiques,
Jean Assoumou, qui n’entendait pas se laisser compter. Ainsi, il claqua la
27
porte, créant, du même coup, une onde de stupeur dans les arcanes du
pouvoir politique. Pour la première fois, un cadre défiait le pouvoir. En
réalité, l’acte d’Assoumou était justifié par le fait que, selon lui, on l’avait
mis à l’écart dans le processus de réorganisation. Il se sentait quelque peu
trahi. Voici comment Kodock rapporta cette évolution : « il y a eu un
changement. On a modifié l’organigramme du ministère et on m’a envoyé à
Douala à la Direction du commerce extérieur ».
Cet incident s’était produit au moment où Kodock fut nommé Directeur
du commerce extérieur à Douala, en 1962. Son poste de Directeur-adjoint
’des Affaires économiques restant vacant, le départ d Assoumou étant
consommé, cette Direction n’avait plus de chef.
La nouvelle fonction de Kodock à Douala consistait à mettre en œuvre la
politique du gouvernement dans le commerce extérieur du Cameroun. Ce
domaine portait encore, selon Kodock, les stigmates de la colonisation.
L’indépendance économique du Cameroun était désormais au centre de ses
préoccupations. Ainsi, Kodock fut nommé au poste vacant de Directeur des
affaires économiques.
Pour Kodock, il était question de promouvoir une élite d’hommes
d’affaires capables de se substituer aux étrangers et de maîtriser le négoce
international. Pour ce faire, il procéda à la sélection d’un échantillon de
commerçants camerounais dont il proposa les noms au président Ahidjo. On
pouvait citer, entre autres : Victor Fotso, Kadji Defosso, Tidjani, Bassirou,
Luc Monthé, Paul Monthé, etc.
Pour soutenir son projet, Kodock proposa à Ahidjo un plan d’opérations
inédit. En fait, il proposa la nomination de ces hommes d’affaires par décret.
Cequi provoqua la réticence d’Ahidjo. Pour lever cet obstacle, Kodock argua
que la seule manière d’assurer le succès du processus de nationalisation du
commerce extérieur, c’était de signer un décret. D’autant que les négociants
étrangers exerçaient avec une surface financière que seul l’Etat pouvait
accorder aux nationaux. Cet argument en béton battait ainsi en brèche la
réticence d’Ahidjo.
A ce sujet, voici l’argumentaire présenté par Kodock : « il y avait ce
qu’on appelait le CTRE (Comité technique de répartition). C’était un Comité
pour répartir les devises à l’importation. Ce Comité était dirigé par le
Directeur des Affaires économiques. Mais, dans la salle, il n’y avait aucun
camerounais. Quand je présidais le Comité, il y avait des libanais, des grecs,
des hollandais. Il n’y avait aucun camerounais.
Cette situation ne me paraissait pas normale. Nous avons donc essayé de
faire un effort pour savoir si dans la communauté d’hommes d’affaires, il ne
pouvait pas y avoir des gens pour s’exercer dans l’import-export. Il y avait
des gens qui étaient riches, qui avaient les moyens. Ce qu’il fallait, c’est
qu’ils soient encadrés pour devenir importateurs.
Nous avons donc saisi le président de la République par une lettre, pour
lui dire qu’à l’heure actuelle, aucun camerounais n’est importateur ni
28
exportateur. Et le Cameroun est indépendant depuis un bon moment. Nous
n’allons pas attendre longtemps. Il faut que les Camerounais soient aussi
importateurs.
C’était à l’époque une proposition osée. Ce n’était pas très facile. Mais, le
président de la République a accepté. Non seulement il a accepté, il a aussi
signé le décret qu’on a proposé ».
Aussitôt nommés, les nouveaux négociants avaient droit à un appui
financier considérable, que Kodock avait la lourde charge de distribuer :
« nous avons sélectionné un certains nombre de camerounais de tous les
côtés. Il y avait des ressortissants du Nord et de l’Extrême-Nord, des
ressortissants du Centre, des ressortissants de l’Ouest, qui étaient à Douala.
Et cela a fait un bon petit paquet de 15 ou 16 bonshommes qui ont été
officiellement accrédités pour bénéficier de la répartition, parce que là on
vous donnait des devises pour que vous importiez des marchandises. Et,
lorsque, par la suite, ayant des dotations de devises, on vous donnait
l’entrepôt fictif, comme un moyen pour vous permettre d’écouler vos
marchandises et de payer les recettes douanières après. On comprend
pourquoi c’est le gouvernement qui a fabriqué les hommes d’affaires. Il faut
qu’on soit conscient de cela ».
Seulement, le gouvernement camerounais n’était pas enclin à jeter
d’énormes sommes d’argents par les fenêtres, sans une enquête
préalablement réalisée sur les moyens ainsi que sur l’expérience des hommes
d’affaires sélectionnés : « on faisait une petite enquête au niveau de la
fortune, au niveau des moyens, de l’expérience, et on sortait les noms. Parmi
eux, il y avait de braves gens qui avaient une certaine expérience ».
Un homme d’affaires camerounais s’illustra tout particulièrement dans ce
groupe restreint : Fotso Victor. Voici ce qu’en dit Kodock : « Fotso, c’est
quelqu’un qui montait et nous tous qui étions jeunes, on l’admirait, on
admirait son courage, surtout le jour où il a affronté feu Monthé pour la
présidence de la Chambre de commerce. Nous qui étions jeunes, nous
voulions que ce soit Fotso, parce qu’il était jeune. Mais, le vieux lion a fini
par s’accrocher et il a été élu. C’était des moments très importants. Il fallait
vivre cela ».
L’opération d’attribution des devises aux hommes d’affaires camerounais
s’effectua en deux temps, à la faveur de deux décrets signés par le président
Ahidjo en deux ans. Donc, pendant cette période, le gouvernement avait
fabriqué des importateurs camerounais : « pendant la première livraison,
Kadji a reçu pratiquement 200 millions en devises, Monthé Paul a reçu 250
millions en devises, Monthé Luc a reçu quelque chose comme 200 millions.
C’est des chiffres que je ne peux pas oublier. Il y avait le propriétaire de
l’Aurore aussi qui a reçu une dotation de 60 millions. Il y avait d’autres,
Bachirou, Nassirou, Tidjani, des ressortissants du Nord, chacun a eu une
dotation de 150 millions ».
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Cette première phase de l’opération connut un succès relatif, puisque
quelques déceptions furent enregistrées. Certains hommes d’affaires,
lorsqu’on leur remettait ces devises, « ils allaient trouver la Hollando pour
importer les marchandises. Ils n’arrivaient pas à importer eux-mêmes.
Ils prenaient les dotations qu’on leur donnait pour aller les remettre à une
maison de commerce, soit la Hollando, soit la PZ, alors que nous les
fabriquions pour qu’ils deviennent des importateurs. Il y a quand même eu
des exceptions qui ont confirmé qu’on n’avait pas tort. Ce sont les Kadji, les
Monthé Luc. Ce sont des exceptions ».
L’année suivante, d’autres hommes d’affaires camerounais furent
sélectionnés pour recevoir des dotations en devises, notamment « Fotso et
d’autres. Il y avait Tchuisse Mathieu. En tout cas, l’échantillon des hommes
d’affaires camerounais officiellement accrédités sur le plan international
était là. Je suis très content d’avoir vu que certains ont réellement réussi et
sont des références aujourd’hui ».
Kodock fit cette précision de taille : « Je voudrais que le peuple
camerounais sache que c’est le gouvernement qui a fabriqué ces hommes
d’affaires. Il ne faut pas que quelqu’un dise qu’il s’est fabriqué lui-même.
C’est une erreur ».
Ainsi naissait une cuvée de négociants camerounais qui n’avaient fait
aucun effort particulier pour être riches. Cependant, il faut reconnaître que
leur dynamisme a donné raison à Kodock, en ce sens que c’est précisément
eux qui font la fierté du Cameroun dans le domaine du commerce extérieur à
l’heure actuelle.
Pour les expatriés qui s’estimaient victimes d’une ignominieuse injustice,
Kodock n’était, au mieux, qu’un apprenti-sorcier, au pis, qu’un communiste
qui ne disait pas son nom. D’aucuns essayèrent d’exploiter ce qui, en
Kodock, leur paraissait être son point faible : sa situation financière. Pour un
cadre de son grade qui ne recevait qu’une avancede solde de 60.000 F/mois,
l’occasion était propice pour arrondir les angles, en s’offrant de substantiels
pots de vin et ce, au détriment de sa fibre patriotique.
Mais, Kodock fit preuve d’une rigueur et d’une intégrité irréductibles. Il
ne céda point à la tentation de la corruption. Il éconduisit gentiment toutes
les offres des expatriés corrupteurs. Pour Kodock, l’avenir du Cameroun se
jouait à ce moment, et au regard de ses lourdes responsabilités envers le
pays, il ne pouvait pas se permettre de tricher. S’il s’était enrichi de façon
illicite, il aurait gravement hypothéqué l’avenir du Cameroun.
Grâce à son engagement patriotique, Kodock avait mis au point une
stratégie pour l’industrialisation de l’économie camerounaise. Il fallait
concrètement identifier les produits de grande consommation et voir dans
quelle mesure on pouvait créer des industries capables de faire un
contrepoids aux produits importés. Ce futt ainsi que sous l’impulsion de Kodock,
les sociétés suivantes furent créées : UNALOR, SOSUCAM, CIMENCAM,
CHOCOCAM, SOCATRAL, CICAM, SODECOTON, les MINOTERIES,
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la SEIGNEURIE, l’ONCPB, pour ne citer que celles-ci. Kodock avait
également proposé et obtenu la camerounisation de la CDC.
Le cas de la CICAM, spécialisée dans l’industrie textile, mérite d’être
plus largement évoqué ici, pour autant qu’il est symptomatique de la
tendance de l’ancienne métropole à conserver son ancienne colonie dans son
pré-carré. Aussi, l’implantation de la CICAM au Cameroun procédait-elle
d’une éprouvante parturition.
La démarche de Kodock relative à la création des sociétés au Cameroun
dépendait de l’idée qu’il se faisait du rôle de l’Etat dans l’économie
moderne. A cet effet, il précisa : « quand nous sommes sortis de l’Ecole,
nous avions un livre qui était le livre de chevet de la plupart des gars qui
avaient fait l’ENA ou qui avaient fait les Sciences politiques à l’époque.
2C’était le livre de Bernard Chenot, Organisation économique de l’Etat . Ce
livre était notre livre de chevet, c’est-à-dire que chacun a lu ça au moins trois
ou quatre fois. Et c’est là où vous découvrez que l’économie réelle n’est pas
une économie spontanée. L’économie a toujours été ou encadrée ou orientée
par l’Etat. Qu’on ne vous trompe pas. On vous parle de libéralisme. Mais ce
libéralisme se situe dans le cadre des lois qui sont votées au Parlement, et qui
ont pour but d’orienter les activités suivant telle ou telle direction. Donc,
qu’on ne vous trompe pas que le libéralisme veut que l’Etat soit absent.
C’est faux. L’Etat a toujours eu une responsabilité pour influencer la marche
de l’économie ».
Ce que Kodock révoquait ainsi en doute dans le libéralisme, c’était
précisément sa tendance au « laissez faire ». Le terme « libéralisme » doit
être entendu en un double sens : 1- sens politique, avec Montesquieu et
Rousseau ; c’est la doctrine qui situe la volonté individuelle à la source des
relations sociales et qui tente de délimiter la souveraineté de l’Etat, en
garantissant l’indépendance des pouvoirs législatifs et judiciaire par rapport
au pouvoir exécutif. 2- sens économique ; il s’agit d’une conception selon
laquelle il existerait des lois économiques naturelles qui feraient régner
l’équilibre entre la production et les besoins. Un ordre s’établit donc
spontanément sans qu’il soit besoin d’établir une réglementation, pourvu que
3subsistent concurrence et liberté d’entreprendre .
Donc, les jeunes diplômés de l’ENA étaient suffisamment armés pour
affronter les réalités sur le terrain. Dans le cas du Cameroun, Kodock était
nommé directeur au ministère de l’Economie. Le Cameroun était un pays
agricole. Il ne vendait que son café, son cacao, sa banane. Or, selon Kodock,

2Voir Bernard Chenot, Organisation économique de l’Etat, Paris, éd. Dalloz
Fondation Nationale des Sciences Polittiques, 1965.
3Au sens politique, voir Montesquieu, De l’esprit des lois Genève, Barrillot, 1749 ;
JeanJacques Rousseau, Contrat social, Paris, éd. UGE, 1973. Au sens économique, voir Adam
Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, éd. Strahan et Cadel,
1776 ; David Ricardo, Principes de l’économie politique et de l’impôt, Londres, éd. John
Murray, 1817.
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« pour nous à l’époque, être un pays moderne, c’était avoir les usines. Les
jeunes garçons qui faisaient le stage dans la Direction des affaires
économiques peuvent le rappeler, parce que je n’avais pas l’habitude de
peigner la tête. Ma tête était toujours mal peignée. Et quand ils me posaient
la question : « pourquoi, monsieur le Directeur, vous n’avez pas peigné la
tête ? ». Je disais : « Foutez-moi la paix, quand je dors je rêve des
cheminées ». C’est ce que je disais. Pour moi, c’est la cheminée qui montrait
qu’on faisait le progrès. Il fallait donc créer les usines ».
Pour cela, Kodock disait constamment à ses interlocuteurs : « Le
Cameroun veut créer telle société. Voici notre proposition. Si vous êtes
d’accord, nous allons discuter. Sinon, on ira chercher quelqu’un d’autre.
C’est comme ça que nous sommes allés chercher pour le textile ».
Seulement, au moment où les négociations étaient sur le point d’être
conclues, le gouvernement français avait réagi très vivement : « Nous avons
reçu une lettre de mise en garde sérieuse. C’était quelque chose de très très
sérieux, parce que Triboulet, le ministre du général de Gaulle, avait écrit une
lettre au président de la République du Cameroun ». Dans sa lettre, Triboulet
disait : « Nous ne pouvons pas financer les routes, financer les écoles et les
hôpitaux. Et quand il y a un moindre projet, on le donne aux Japonais ».
Le ministre camerounais de l’Economie, à l’époque, Victor Kanga, donna
cette lettre à Kodock. Après lecture, Kodock réagit comme la plupart des
jeunes patriotes. Il déclara : « est-ce qu’il nous donne des ordres ? Nous
sommes indépendants ! Alors, mon ministre a ri. Il m’a dit : « non, vous
savez, il sait pourquoi il a écrit cette lettre ».
Plus grave, dans sa lettre, Triboulet n’avait pas tapé la formule de
politesse : « Il l’a ajoutée au bic ». C’était là une manifestation évidente du
mépris que les autorités françaises éprouvaient à l’égard de leur supplétif
indigène.
Raymond Triboulet (03 octobre 1906, Paris, 26 mai 2006, Sèvres
(Hautde-Seine) était un homme politique français. Il fut élu député républicain
indépendant du Calvados en 1946, ensuite au Rassemblement du peuple
français (RPF) en 1951 et républicain social en 1956, groupe qu’il dirigeait.
Il fut ministre des Anciens combattants dans le gouvernement Edgar
Faure (2) du é » février au 06 octobre 1955.
Triboulet fut également membre du Comité consultatif chargé d’élaborer
ela Constitution de V République.
eSous la V République, Triboulet fut régulièrement réélu et siégea au
Palais-Bourbon de 1958 à 1973. Il présida notamment le groupe
parlementaire UDR.
Il regagna le Ministère des Anciens combattants dans le gouvernement
Michel Debré du 08 janvier 1959 au 14 avril 1962, puis dans le
gouvernement Georges Pompidou (1) du 14 avril au 28 novembre 1962.
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Tirboulet fut ensuite nommé ministre délégué à la Coopération dans le
gouvernement Georges Pmopidou (2) du 06 décembre 1962 au 08 janvier
1966 où il mit en place l’association France Volontaires.
Triboulet siégea à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et à
l’Assemblée parlementaire des Commnunautés européennes (Aujourd’hui
Parlement européen).
Gaulliste engagé, partisan de l’Europe des patries, il fut président du
Comité français de l’Union européenne de 1973 à 1987.
En 1979, Triboulet fut élu membre de l’Académie des sicences morales et
politiques au siège de Wilfrid Baumgartner.
En 1989, il fut délégué de l’Académie à la Séance publique annuelle des
Cinq académies.
En 1991, il fut président de l’Académie et de l’Institut de France.
En 2002, il soutint la candidature de Jean-Pierre Chevènement aux
élections présidentielles.
Triboulet fut aussi conseiller général du Calvados et membre du Conseil
économique et social de Basse-Normandie.
Fondateur du Musée du débarquement d’Arromanches-les-Bains, il fut
anobli par la Reine d’Angleterre.
Kodock négociait avec les Japonais pour créer le complexe textile. A
l’époque, il s’agissait d’une affaire colossale qui impliquait des milliards,
quatre milliards en l’occurrence : « pour nous c’était quelque chose de très
important. Or, les Français ont décidé qu’il fallait qu’ils prennent l’usine de
textile ».
Ainsi, Kodock reçut des instructions pour aller négocier avec les
promoteurs français à Paris. En cela, il vécut des moments très difficiles. Il
était porteur du projet qu’il avait négocié avec les Japonais. Ce projet était
déjà au point : « il fallait seulement le feu vert ».
Kodock débarqua à Paris. Il rencontra les Français. Ceux-ci voulaient un
atelier, pas une usine, pour 1,200 milliards contre 4 milliards proposés par le
Cameroun. A partir de cet instant-là, Kodock leur dit : « moi j’ai fini les
négociations. Si vous voulez faire l’usine, voilà l’étude : 4 milliards. Même
dimension. Je n’ai pas d’objection à ce qu’on vous donne l’usine. Mais, si
c’est pour faire un atelier, je ne suis pas d’accord ».
Le chef de la délégation française aux négociations reçut la déclaration de
Kodock comme un camouflet et décida d’en référer à qui de droit : « Il a
téléphoné à Yaoundé, à la présidence de la République, pour dire que je l’ai
insulté ». Et Philémon Beb à Dong, l’ambassadeur du Cameroun en France,
était contraint de rapatrier Kodock : « on m’a appelé de la salle, on m’a dit :
« il y a un avion à telle heure au Bourget. Tu dois prendre cet avion ».
Kodock quitta la France avec la conviction douloureuse que sa carrière
venait de subir un coup d’arrêt brutal. Il arriva au Cameroun, sachant qu’il
serait viré.
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