Choisir de dire la vérité

Choisir de dire la vérité

-

Livres
173 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Dénoncer des situations intolérables, avoir le courage de proposer des changements indispensables à la liberté de son peuple, souffrir la prison et les coups, tel est l'itinéraire de Noël-Aimé Ngwa-Nguema, prêtre de Libreville au Gabon.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 février 2008
Nombre de lectures 63
EAN13 9782296191341
Langue Français
Signaler un abus

Choisir de dire la vérité
Ma lutte pour la liberté et la justice

Noël-Aimé Ngwa-Nguéma

Choisir de dire la vérité
Ma lutte pour la liberté et la justice

Préface
de S.-P. E. Mvone-Ndong

L' Harm.attan

@

L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique;
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

75005 Paris

ISBN: 978-2-296-05007-5 EAN : 9782296050075

A ma mère Elle offrit au Seigneur son fils unique, et son offrande fut agréée. Elle ouvrit avec bonheur son cœur magnifique, et je pus marcher dans les sentiers de mes pères.

Sommaire

Préface
A vant-propos Il était une fois la source Comme l'antilope s'en va à la source Situation politique (1981-1985) 1- Le congrès extraordinaire du PDG (mars 1983) 2. Le jugement des membres du MORENA
3. Les élections législatives de 1985 : une sanction sévère de la politique de Bongo par les militants de base du PDG Le drame d'une conscience Si le grain ne meurt...

Il
19 25 41 49 53 61
64 69 75

Jésus Christ

- Sa prédication
est présent et attentif à la vie de ses

85
86 90 92

1- Jésus-Christ explique la réalité divine dans une langue sim pie et imagée... 2- Jésus-Christ conte m po rains

3- Jésus-Christ prend position face à certaines situations et traditions de son pays
,

La mission de I'Eglise Le prêtre - sa prédication Ma prédication Seize ans après En guise de conclusion

105 119 131 147 161

Préface

L'Abbé Noël-Aimé Ngwa Nguéma - voici un homme qui
marche solitairement depuis plusieurs années à la poursuite de quelques investigations sur les plans ecclésiastique, politique et sociologique - il est un témoin crédible de l'histoire du peuple gabonais. Vous le constaterez à la lecture de cet ouvrage, Choisir de dire la vérité. On y trouve en filigrane, l'histoire du Gabon, une histoire qui s'écrira un jour. Car, il ne manque pas de sources pour servir à l'étude du passé des peuples du Gabon: nous avons des sources vivantes dont l'exploitation demeure délicate. Cet ouvrage nous ramène à la source et nous pousse à la méditation sur nos valeurs tout en nous mettant au cœur d'une profonde crise politique et culturelle. Cette crise est d'autant plus importante que nous sommes face à un Etat faible où la corruption est à ses derniers retranchements. Ainsi, si la vérité demeure l'objet de la quête spirituelle et intellectuelle de Noël-Aimé Ngwa Nguéma, on constate que tel n'est pas le cas de certains de ses anciens amis et confrères qui refusent la confrontation. La vérité est donc en crise - c'est le constat général qu'il convient de faire - et

chacun préfère la langue de bois, chose que Noël-Aimé Ngwa Nguéma ne peut supporter. Il prend souvent position même au risque de sa vie. Tel est le malheureux virus qu'il m'a transmis au cours de ma formation auprès de lui. Habité par le souci de la vérité, il estime que l'Eglise a une mission prophétique, celle-ci consiste à détruire et à planter, à reprendre à temps et à contretemps. Pour lui l'Eglise ne peut se résoudre à la langue de bois, encore moins à justifier l'injustifiable. Chercheur de la Vérité, il ne supporte pas de voir le peuple de Dieu se déchirer. Ici, alors qu'un Archevêque fait tout pour réconcilier les frères ennemis de l'Eglise évangélique du Gabon, on observe que deux évêques catholiques ne peuvent pas manger sur la même table depuis plusieurs années. Et, parmi les prêtres, chacun se méfie de chacun mais personne n'ose inviter son frère à faire la lumière sur ce qui les divise. Dernièrement, il a pris le risque d'adresser une lettre à la Conférence épiscopale, c'était le 19 janvier 2004. Il demandait aux évêques du Gabon d'inscrire à l'ordre du jour de leurs assises la question des relations entre l'Eglise et le pouvoir en place. : Pour beaucoup de nos fidèles, l'Eglise hiérarchique est complice du pouvoir politique. Les actes de générosité de la
part de ce pouvoir à l'égard du clergé en général, sont perçus

comme des tentatives destinées à empêcher les pasteurs
d'exercer, en toute liberté, les fonctions prophétiques. Face à ces accusations, j'éprouve un immense malaise...

Malheureusement on n'a pas tenu compte de sa lettre et le climat n'a pas changé tandis que le déchirement se poursuit. L'Archevêque de Libreville continuerait à se compromettre alors même que pour beaucoup de Gabonais, il a entretenu une mascarade lors de la Conférence nationale et permit au pouvoir PDG de se maintenir en 1990. L'historien gabonais Nicolas Meteghe N'nah note à ce sujet:« l'impression

12

d'une mascarade qui fut marquée par la lecture d'un rapport général cachant mall' état d'inachèvement des travaux de la conférence, par le discours de Monseigneur Basile Mvé dont les bonnes paroles ne réussirent pas tout à fait à dissiper les interrogations sur son indépendance et son impartialité du début à cette fin précipitée des travaux. .. »1. Pour beaucoup, toutes les faveurs qu'il reçoit de la part des hommes politiques notamment ceux du PDG sont l'expression du témoignage de leur reconnaissance. Que l'Archevêque ait un parc automobile meublé de voitures de marques, Mercedes, Prado, Lexus, Peugeot 607, voilà une question qui choque les fidèles chrétiens. Pour ceux qui regardent le train de vie du clergé et ses rapports avec l'Etat, ils tirent la conclusion suivante: la réussite est moins dans l'effort et la recherche de l'excellence que dans la capacité à user de son pouvoir et de son avoir pour s'attirer les faveurs des hommes politiques. Dans une telle perspective, devenir membre du clergé devient une promotion sociale même si l'on se moque du vœu de pauvreté. Lorsque l'Eglise se prostitue, c'est la preuve que nous entrons dans un monde où la prêtrise n'est plus un service, mais un lieu où l'on vient se servir. Ce que l'on observe dans l'Eglise est identique à ce qui se passe sur la scène politique. Des frères s'insultent ouvertement lors des campagnes électorales. La crise de la vérité est donc profonde. Qui peut nous servir de modèle? Je suis persuadé que le mal éthique gabonais a pour origine, l'absence d'une vraie culture de la représentativité: les jeunes n'ont personne à imiter - c'est le désert des valeurs - et il y a trop d'imposteurs. J'entends par imposteur un homme qui use de son intelligence pour abuser de la crédulité
1

METEGUE N'NA (N), Histoire du Gabon. Des origines à l'aube du

XXe siècle, Paris, 2006, p. 228.

13

des autres; il utilise des propos mensongers tout en jouant au vertueux alors qu'il n'est qu'un menteur et un hypocrite. Ce genre d'individus constitue le gros du lot de la scène politique et des églises de mon pays. Où sont les repères en ces temps où tous les gardiens de la tradition sont partis et que le peuple se prostitue? Le monde de la politique devient le lieu de la dépersonnalisation, de la dévaluation des mœurs. Qu'est-ce donc que la politique dans notre pays? Est-ce un univers du dénigrement? Rappelons-nous qu'au sortir de la Conférence Nationale en 1990, période à laquelle nous nous croyions débarrassés de l'esprit du parti unique, et où l'on confondait multipartisme et libertés démocratiques, il s'était suivi de la part du peuple, une sorte de défoulement verbal qui s'accompagnait d'actes fiévreux: c'était du romantisme politique, une sorte de "démocratie façon-façon". Pour Paul Mba Abessole, il s'agit d'une démocratie où on «pense d'abord à sa famille et à son ethnie. Et la multiplication des partis politiques est venue corroborer cela. Notre population étant restreinte, multiplier les partis politiques, entraîne nécessairement le clientélisme et le tribalisme »2. Dans les faits, ce n'est pas la représentativité qui est le critère déterminant, il faut être membre de la famille du leader. Dès qu'on n'est plus en odeur de sainteté, il vaut mieux aller planter les choux au village. Le RNB qui deviendra le RPG n'a pas échappé à cela, il était devenu une religion populaire et son Souverain Pontife, le père Paul Mba Abessole, identifiait le Président Bongo au Diable, nous étions donc dans ces années d'effervescence politique.

2

Cf. Lettre aux Gabonais à l'occasion

des élections législatives

de 2006,

p. 15. 14

Pourtant, aujourd'hui, le même père Paul Mba Abessole, devenu Vice-Premier Ministre dédouane le même Omar Bongo en accusant plutôt sa majorité de ne pas être à la hauteur. Son discours a changé et le peuple est troublé. Au sujet de cette majorité le père Paul Mba Abessole s'interroge et prend position: Qui devait exécuter la volonté du Chef de l'Etat? C'est naturellement sa majorité. Elle a su chanter les louanges de son chef, mais n'a pas su traduire, dans les faits, ce qu'il voulait. Parfois, elle prenait même des positions contraires à ce que voulait le Chef Le cas de l'éducation et de la santé en
est une illustration3.

Autrement dit, le véritable combat du leader du RNB, n'était pas la prise du pouvoir mais un changement de majorité pour aider le Chef de l'Etat à poser des actes. Le peuple avait donc mal compris les enjeux de l'engagement; le changement qu'il proposait concernait la majorité et non le dirigeant. Pourtant, je me rappelle bien que dans ma famille exclusivement bûcheronne, il m'a été refusé quelques faveurs parce que je n'assistais pas aux meetings organisés par ce leader charismatique qui incitait les citoyens à injurier Omar Bongo. Et ceux qui, comme moi, lisaient entre les lignes les actes du père Paul Mba Abessole et qui pensaient que son action politique consistait simplement à consolider le pouvoir du PDG et celui de son fondateur, nous étions traités comme des pestiférés. Pourtant, que de Gabonais avaient perdu leur emploi! Que de familles avaient été déchirées à cause de leur engagement auprès du Père Paul Mba Abessole, l'homme qui avait été martyrisé par le pouvoir et qui, comme le Christ, venait sauver son peuple!

3

Cf. Lettre aux Gabonais à l'occasion

des élections législatives

de 2006,

p. 21. 15

Les Gabonais qui avaient perdu leur emploi dans les années d'effervescence démocratique peuvent-ils comprendre qu'à l'occasion des préparatifs de l'élection présidentielle des 25 et 27 novembre 2005, dans une atmosphère de ferveur générale, le père Paul Mba Abessole ait remis symboliquement le pouvoir à Omar Bongo Ondimba le 16 octobre 2005 ? Aux sons mystérieux de la cithare, Mba Abessole, un prêtre spiritain catholique, pontifiait en invoquant l'esprit du défunt Léon Mba pour que ce dernier vienne confirmer par ses mains, le choix par lequel il a établi Omar Bongo chef des destinées gabonaises. Aucun assistant n'a eu le courage de dire à Paul Mba Abessole qu'il était un blasphémateur et qu'il n'avait aucun droit d'instrumentaliser la mort de Léon Mba. Voilà une belle illustration de la situation intellectuelle et spirituelle de mon pays: le politique ne connaît plus la limite entre ce qui honore et ce qui déshonore; les pauvres sont devenus des riches et pour maintenir leurs acquis, ils travaillent pour la disparition des frontières entre la morale et l'immoralité. Ce geste d'un prêtre catholique montre que le politique nous a établis dans une société des gens nés avant la honte. Face à cette situation, Choisir de dire la vérité nous livre un message: Peuple Gabonais, tu n'es pas un peuple de poulets, mais un peuple d'hommes. Or, un homme n'est digne de ce nom que
lorsqu'il se tient debout. Se tenir debout, c'est refuser d'être à genoux, de ramper devant un autre.

Avec les motions de soutien qui vont jusqu'à solliciter l'intervention du surnaturel dans les actes humains pour soutenir le Candidat naturel, le Gabon est devenu un poulailler. Il faut avoir plus de graines pour attirer les poules; celui qui fait plus de dons aura plus de voix, d'où la corruption électorale. 16

Et parlant de la dignité, les dernières consultations électorales, c'est-à-dire les législatives de décembre 2006 donnent l'image d'un peuple qui se saborde. On ne peut que regretter de voir s' entredéchirer deux grandes valeurs de l'Estuaire, hommes d'une même communauté comme si des instances traditionnelles de régulation des conflits n'existaient plus chez les Fang! Alors qu'ils défendent tous le principe de la paix, deux frères s'affrontaient par meeting interposé. La communauté Fang a été déchirée en deux camps, celui de Jean Eyeghe Ndong et celui de Paul Mba Abessole, j'espère en leur prompte réconciliation. Où sont les Anciens? Qui va nous les réconcilier au nom des valeurs traditionnelles du Melann ou du Mvett ? De mémoire d'homme, a-t-on entendu que Akoma Mba et Medza m'Otoughou Edong s'étaient livrés guerre à Engong ou que les natifs d'Engong se battent entre eux? Bref, la politique à la gabonaise, je pense, n'est pas seulement comme l'a dit un auteur Africain, « une société de sorcières» dans laquelle «les grandes initiées dévorent les enfants des autres », elle me fait aussi l'effet d'un canard qui voit dépecer la poule et qui se dit en lui-même que son tour viendra. Cet ouvrage que le lecteur a entre les mains a bouleversé

ma vie, orienté mon existence - il est une invite à s'engager
pour la vérité - il a conféré un sens positif à ma vie. L'Abbé Noël Ngwa Nguéma, je le pense fondamentalement, est une lumière qui va s'éteindre dans l'Eglise du Gabon pour la simple raison que beaucoup de Gabonais sont comme des chèvres, ils préfèrent la paille à l'Of. C'est ce qui arrive lorsque les hommes se transforment en poulets à cause de la recherche du gain.

17

A la suite de l'auteur de cet ouvrage, j'ai voulu me faire prêtre pour que, fort du message de l'Evangile, à l'écoute des plaintes des petits, comme lui, j'annonce l'Evangile en acte et en parole; c'était sans compter avec la réalité: un certain évêque préfère les pasteurs aux savants comme si prêtre et savant étaient antinomiques. En regardant l'Abbé Noël Ngwa Nguéma, j'ai compris que le prêtre était l'homme d'une culture donnée. Il ne m'est jamais venu à l'idée de me faire prêtre ailleurs, Dieu seul sait que j'ai eu des occasions en France et au Canada pour entrer dans des diocèses et servir Dieu et non pas mon peuple. J'ai voulu être prêtre et chercheur à l'image de l'Abbé Noël Ngwa ce maître dont je suis le disciple. Aujourd'hui le Centre Gabonais de Recherche en Ethique et Santé (CEGARES) a vu le jour. Il est le fruit de tous ceux qui croient aux valeurs gabonaises. Il m'a demandé de poursuivre la recherche, c'est ce que je fais. Choisir de dire la vérité pose aussi le problème d'un débat qu'on souhaite voir s'instaurer au sein des églises, débat relatif aux relations que les églises entretiennent avec le pouvoir en place. Choisir de dire la vérité, c'est aussi avoir le courage de dire après seize années de combat politique qu'il n'existe pas de démocratie au Gabon. Car, d'une manière générale, le progrès ne se fait pas dans le sens du développement d'une démocratie responsable, c'est-à-dire une démocratie qui ouvre les esprits à la diversité. Choisir de dire la vérité au Gabon, n'est-ce donc pas un acte inconséquent si le Gabonais ne mérite pas que l'on risque sa vie pour lui?
MVONE-NDONG Simon-Pierre Ezéchiel

18

Avant-propos
Depuis 1968, Bongo a réussi, avec l'aide de ses amis, à faire croire au monde entier que le Gabon était, au cœur d'une Afrique aux multiples soubresauts, une oasis de justice, de paix et de prospérité. La recette de ce paradis? Le climat de dialogue et de tolérance instauré par lui au sein des populations gabonaises. Bongo serait ainsi le père de la démocratie et de la nation gabonaises, le père d'un Gabon moderne, universellement admiré et respecté. Le premier démenti public à ce joli mythe? Le MORENA. Il doit être exécuté! Le MORENA (Mouvement de Redressement National) est né du mécontentement qui couve chez les Gabonais depuis des années. Après 1964, date à laquelle le gouvernement français avait, sur injonction du général De Gaulle, réprimé dans le sang 1'hostilité du peuple gabonais à la politique de Léon Mba, les Gabonais avaient perdu 1'habitude de s'exprimer librement. Traumatisés et humiliés par cette intervention militaire, opprimés ensuite par un régime policier particulièrement odieux, ils avaient désespéré de voir s'instaurer chez eux la liberté d'expression. Mais, au fil des ans, le mécontentement né de cette situation n'a cessé de grandir. Et quand, le 10 mai 1981, le pouvoir bascule à gauche en France, certains Gabonais pensent que c'est l'occasion providentielle de prendre la parole pour dénoncer les abus de tous genres et proposer les réformes qui s'imposent. Ils s'organisent en un mouvement politique: le MORENA.
19