Léopold Sédar Senghor

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Cet ouvrage devrait permettre aux nouvelles générations de retrouver en Léopold Sédar Senghor un Sénégalais d'exception. Il a surtout marqué son époque par son humanisme. Défenseur, avec les militants de la Négritude, de la culture négro-africaine, on retiendra de son oeuvre son inlassable combat pour le respect et la défense de toutes les cultures incluses dans une civilisation de l'Universel. Riche en documents authentiques (textes, discours, entretiens) l'évocation de Lépold Sédar Senghor par Christian Roche rappelle que cet homme d'État souhaitait que la postérité se souvienne qu'il fut d'abord un métis culturel.

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Date de parution 15 octobre 2017
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EAN13 9782140048326
Langue Français

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Léopold Sédar Senghor Christian
Le président humaniste Roche
Cet ouvrage devrait permettre aux nouvelles générations de
retrouver en Léopold Sédar Senghor un Sénégalais d’exception. Il
efut un témoin précieux du XX siècle, un des acteurs éminents de
la vie politique franco-sénégalaise depuis 1945 et du combat pour
l’indépendance de son pays lié à la France pendant trois siècles. Il
l’a gouverné pendant vingt ans, comme président de la République
(1960-1980). Léopold
Il a surtout marqué son époque par son humanisme. Défenseur, Sédar Senghor avec les militants de la Négritude, de la culture négro-africaine,
on retiendra de son œuvre son inlassable combat pour le respect
et la défense de toutes les cultures incluses dans une civilisation de
l’Universel. Le président humaniste
Riche en documents authentiques (textes, discours, entretiens)
l’évocation de Léopold Sédar Senghor par Christian Roche rappelle
que cet homme d’État souhaitait que la postérité se souvienne qu’il
fut d’abord un métis culturel
Inspecteur d’Académie honoraire et docteur d’État, Christian Roche
a consacré sa thèse à L’histoire de la Casamance (Editions Karthala,
1986). Historien de l’Afrique noire, et du Sénégal en particulier, il
a publié Le Sénégal à la conquête de l’indépendance, 1939-1960,
(Editions Karthala, 2001), Léopold Sédar Senghor et Mamadou
Dia, rupture d’une amitié (L’harmattan, 2017).
EspacesEISBN : 978-2-343-12859-7 EL
25,50 Littéraires
Léopold Sédar Senghor Christian Roche










Léopold Sédar Senghor
Le président humaniste


Espaces Littéraires
Collection fondée par Maguy Albet


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entière, 2015.
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Maupassant et L’Égyptien Mahmûd Taymûr, Influence de la littérature
française sur la littérature arabe moderne, 2015.

Christian Roche












Léopold Sédar Senghor
Le président humaniste
)




















































































































































Du même auteur


Conquête et Résistances des peuples de Casamance, N.E.A, Dakar,
1976, 481 pages
Histoire de la Casamance, Karthala, Paris 1986, 432 pages
Le Sénégal à la conquête de son indépendance, 1939-1960, Karthala,
2001, 286 pages
L'Europe de Senghor, Privat, Toulouse, 2002, 132 pages (épuisé)
99 questions sur l'Afrique Noire, CRDP de Montpellier, 2005, 225
pages
Léopold Sédar Senghor, le président humaniste, Privat, 2006, 240
pages, (épuisé)
Paul Vigné d’Octon, de l’anticolonialisme au Naturisme, les combats
d’un esprit libre, L’Harmattan, 2009, 179 pages
L’Afrique noire et la France au XIXe siècle, Karthala, 2011, 217
pages.
Cinquante ans d’indépendance dans les anciennes possessions
d’Afrique noire, L’Harmattan, 2011, 273 pages
Amaï, roman sur la Casamance, L’Harmattan, 2011, 263 pages
Mémoires d’Afrique, du Sénégal au Gabon, 1965-1980, L’ Harmattan,
2012, 216 pages
Régine Lacroix-Neuberth, le quatrième coup du théâtre, L’Harmattan,
2014, 157 pages
La Casamance face à son destin, L’Harmattan, 2016, 194 pages
Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, Rupture d’une amitié,
L’Harmattan, 2017, 215 pages















































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-12859-7
EAN : 9782343128597
Sommaire
Préface 9
Avant-propos 11
LA JEUNESSE DE SENGHOR
OU LA REUSSITE D’UN INTELLECTUEL (1906-1945)
1 Le pays de l’enfance 17
2 Premiers contacts avec la France 31
3 L’impact de la Seconde guerre mondiale 43
PREMIERS SUCCES EN POLITIQUE (1945-1956)
4 Une aube nouvelle 55
5 Rébellion 63
6 La déroute de la SFIO sénégalaise 73
VERS L’ACCESSION A L’INDEPENDANCE DU SENEGAL
ET A LA MAGISTRATURE SUPRÊME (1956-1960)
7 Sur le chemin de l’unité 87
8 Vers l’indépendance du Sénégal 97
LEOPOLD SEDAR SENGHOR, CHEF DE L’ETAT (1960-1980)
9 Rupture d’une amitié 111
10 Le procès 123
11 Pouvoir solitaire (1963-1970) 131
12 L’homme de culture 139
13 Vers le pluralisme démocratique 151
LE MILITANT POUR LA CIVILISATION DE L’UNIVERSEL
(1981-2001)
14 Le métis culturel 163
15 L’apôtre de la francophonie 177
16 Le Sage de Verson 183
Conclusion 191
Annexes 193
Chronologie 217
Bibliographie 221
7
Préface


C’est à un travail d’historien que s’est livré Christian Roche dans
cet essai qu’il consacre à Léopold Sédar Senghor. Il n’y a rien de
surprenant quand on sait que ce professeur d’histoire a passé de
longues années dans le pays du poète et qu’il y a enseigné sa
discipline, y a dirigé un grand lycée avant de consacrer les dernières
années de son séjour à l’élaboration d’une politique d’encadrement du
système éducatif.
Or donc, coopérant et éducateur, Christian Roche a été au cœur de
ce que Senghor considérait comme une de ses priorités d’un pays
dépourvu de grandes ressources naturelles, mais qui a toujours eu
l’ambition de développer cette ressource humaine sans laquelle
aucune autre ne saurait produire ce que l’on est en droit d’attendre
d’elle.
Pour avoir été à ses côtés très tôt et longtemps à des postes de
hautes responsabilités avant de lui succéder à la tête de l’État, je sais
quelle importance Senghor donnait à l’éducation et à la formation. Il
était fier de rappeler que le Sénégal consacrait plus de trente-trois pour
cent de son budget à ce secteur où se construit le Sénégalais de
demain, un homme techniquement compétent, parce que bien formé
par une école enracinée dans les valeurs de civilisation
négroafricaines, mais aussi parfaitement conscient des enjeux du monde
moderne, parce que culturellement ouvert aux valeurs fécondantes des
autres cultures. Pour lui, rien mieux que l’école ne pouvait réaliser ce
grand projet de civilisation. Professeur de lettres classiques et
grammairien hors pair, le conducteur d’hommes savait que pour
éduquer il fallait enraciner d’abord. N’est-ce pas d’ailleurs là
l’étymologie de ce mot auquel il a consacré l’essentiel de sa vie ?
En bon pédagogue, Christian Roche déroule le fil conducteur qui
mène le lecteur des bords du Sine aux bords de Seine, de l’enfance
passée en pays sérère au grand âge en pays normand en passant par les
années de formation, l’engagement en politique, les grands combats
culturels, l’exercice du pouvoir et le retrait des affaires publiques.
Le Sénégal a poursuivi sa marche dans la voie qu’il lui avait tracée,
dans l’ancrage d’une démocratie jeune mais très prometteuse. Le pays
de Léopold Sédar Senghor a connu il y a quelques années une
alternance politique pacifique et exemplaire.
9 Si l’on doit tout cela au génie du peuple sénégalais, il demeure
incontestable que la stature intellectuelle de l’homme de culture et la
sagesse de l’humaniste et homme d’Etat y sont pour beaucoup.
eEn octobre 2002, lorsqu’à l’issue du X Sommet de la francophonie
tenu à Beyrouth sur le thème du dialogue des cultures je me suis vu
confier la conduite des affaires de l’Organisation internationale de la
francophonie, organisation pour l’avènement de laquelle il s’était tant
engagé, j’ai mesuré le poids de l’histoire en éprouvant le sentiment,
une fois encore, de succéder à Léopold Sédar Senghor.


Abdou DIOUF
Ancien président de la République du Sénégal
Ancien Secrétaire général de l’Organisation internationale de la
francophonie

























10
Avant-propos


Les éditions l’Harmattan ont bien voulu assurer la réédition de cet
ouvrage publié en 2006 par les éditions Privat. Je les en remercie.
La société sénégalaise évolue avec une jeunesse nombreuse et
dynamique. Imagine- t-elle le monde de ses parents et de ses
grandsparents ? C’est bien difficile dans ce bouleversement médiatique
omniprésent et fluctuant La révolution du portable, de la tablette
devient une addiction au détriment de la lecture, celle de l’histoire en
particulier. Le passé ne compte plus guère. Seul, le temps présent de
plus en plus fugitif intéresse. Ma génération a vu ces cinquante
dernières années le monde se métamorphoser à une rapidité effarante.
Le travail des historiens est de fixer et d’expliquer le souvenir du
passé. « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » a
écrit Winston Churchill. Et Souleymane Bachir Diagne d’ajouter : Le
passé est une situation, un état de fait, toujours en attente d'un projet
pour prendre sens. [...] Le passé ne nous constitue pas, mais c'est nous
1qui le créons par notre mouvement même .
Ces pages devraient permettre aux nouvelles générations de faire la
connaissance de ce Sénégalais d’exception qui a marqué son époque
par sa culture et son humanisme. Il fut le premier président de la
République du Sénégal en 1960, l’un de ses fondateurs et a œuvré
depuis 1945 pour l’indépendance de son pays.
Léopold Sédar Senghor a parcouru tout le XXe siècle au cours de
sa longue existence. Né en 1906, et décédé en 2001, il en fut un
témoin précieux. C’est la raison pour laquelle le lecteur doit faire
l’effort comme l’historien d’observer les situations dans le contexte de
leur époque. L’impermanence étant le lot de l’univers, on peut très
bien admettre que la pensée du jeune Senghor s’est modifiée au cours
de ses nombreuses années.


1 Souleymane Bachir Diagne, né en 1955, philosophe sénégalais, professeur de
langue française à la Columbia University, spécialiste de l'histoire des sciences et de
la philosophie islamique.
11 Léopold Sédar Senghor
J’appris sa mort le soir du 21 décembre 2001 dans un restaurant de
Saint Louis. Je me levai et me dirigeai vers un groupe de jeunes gens
qui se trouvaient près de ma table. Ils étaient un peu surpris de voir un
étranger leur présenter ses regrets et ses condoléances. Certes, le nom
de Senghor ne leur était pas inconnu, on avait donné son nom à
l’aéroport de Dakar, preuve qu’il avait été un personnage très
important mais il avait quitté le pays depuis une vingtaine d’années et
il y avait longtemps qu’il ne faisait plus la Une des média. Mes
interlocuteurs me remercièrent mais j’éprouvai la sensation diffuse
qu’ils étaient peu sensibles à l’annonce de la nouvelle de la disparition
de l’illustre sénégalais. Je réalisai alors qu’ils ne le connaissaient pas.
Un de ces jeunes Sénégalais me demanda si je l’avais rencontré.
Deux fois, répondis-je, au cours d’audiences qu’il avait bien voulu
m’accorder quand je servais en qualité de proviseur à la tête du lycée
Djignabo de Ziguinchor en Casamance. Les entretiens avaient été
cordiaux et j’avais apprécié l’intérêt de cet ancien professeur pour
l’enseignement dispensé dans son pays. Comme beaucoup d’autres, je
l’avais entendu s’exprimer fréquemment à la radio. Je l’avais vu au
cours de diverses cérémonies. Tout le monde reconnaissait sa vaste
culture, sa passion pour faire connaître et développer les arts
négroafricains.
Le monde admirait le Sénégal qui avait la chance d’avoir à sa tête
un homme de dialogue certes contesté, mais qui répugnait à l’injure et
qui contrastait vivement avec certains de ses collègues francophones
et anglophones s’affirmant progressistes. En fait, mégalomanes et
12 dictateurs, ils préféraient la vindicte à l’argumentation raisonnée.
Léopold Sédar Senghor les agaçait par sa vaste culture, son souci de
défendre les valeurs du monde négro-africain et ils assimilaient son
sens de la mesure à de la faiblesse à l’égard des intérêts
néocolonialistes.
Sur bien des points, cet homme de raison et d’émotion imaginait un
continent africain uni pour le meilleur, en évitant le pire. Il a fait du
Sénégal un pays démocratique. Les présidents y sont élus au suffrage
universel, et le transfert du pouvoir s’est accompli jusqu’ici sans
effusion de sang. Son œuvre poétique et humaniste a été révélée et
expliquée dans de nombreux ouvrages.
Ses adversaires lui ont reproché de vouloir conserver des liens
privilégiés avec l’Europe et avec la France en particulier. C’est qu’il
croyait à l’interdépendance des peuples et à la nécessité de la
coopération pour confronter les difficiles problèmes du
développement. Négro-africain au plus profond de son âme, il n’a
jamais éprouvé le moindre complexe en affirmant sa croyance au
métissage des cultures dont il se proclamait un fervent défenseur.
Senghor qui savait si bien manier la langue française a laissé de
nombreux écrits. J’invite donc ceux et celles qui sont épris de culture,
qui préfèrent les vertus du dialogue et les échanges aux anathèmes à
découvrir ce personnage d’exception.
J’exprime ma gratitude au Président Abdou Diouf, son successeur à
la tête de l’Etat sénégalais, pour son soutien attentif à mes travaux de
recherches historiques consacrés à l’Afrique.















13 I
LA JEUNESSE DE SENGHOR OU LA REUSSITE
D’UN INTELLECTUEL
1906-1945
1

Le pays de l’enfance



Léopold Sédar Senghor est né au Sénégal sur la terre sérère. Sa
région natale au sud de la presqu’ile du Cap vert se situe au centre
ouest du Sénégal .Les griots racontent qu’il a vu le jour dans une
maison de Joal proche de l’océan, sur la Petite côte, à 120
kilomètres de Dakar, le 15 août 1906, selon son acte de baptême, le
9 octobre d’après l’état civil, plus tôt selon certains membres de sa
famille. Le prénom de Sédar, Celui qui ne connaît pas la honte lui
fut donné par son père Basile Diogoye mais les missionnaires
catholiques le baptisèrent sous le prénom de Léopold. Son nom de
famille Senghor proviendrait du mot portugais Senhor. Il est
possible que quelques gouttes de sang lusitanien aient coulé dans
17 ses veines, car dès le XVe siècle les navigateurs de ce pays
édifièrent des comptoirs sur la côte.
Paysage sérère
Joal
Joal !
Je me rappelle.
2Je me rappelle les signares à l’ombre verte des vérandas. Les signares
aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève.
Je me rappelle les fastes du Couchant où Koumba N’Dofène voulait faire
tailler son manteau royal.
2 Signares : femmes africaines ou métisses qui vivaient avec des Français à la
« mode du pays »
18 Je me rappelle les festins funèbres fumant du sang des troupeaux égorgés
Du bruit des querelles, des rhapsodies des griots.
Je me rappelle les voix païennes rythmant le Tantum ergo
Et les processions et les palmes et les arcs de triomphe
Je me rappelle la danse des filles nubiles
Les chœurs de lutte- Oh ! La danse finale des jeunes hommes, bustes
Penché élancé, et le pur cri d’amour des femmes- Kor Siga !
Je me rappelle, je me rappelle…
Ma tête rythmant
Quelle marche lasse le long des jours d’Europe où parfois
Apparaît un jazz orphelin qui sanglote, sanglote, sanglote

3(Joal, in Chants d’Ombre. )

Léopold Sédar Senghor resta toute sa vie très attaché à son pays
natal, à ses ancêtres et à l’histoire précoloniale. Le Sénégal avait été
d’abord celui de souverains africains tels que les bours du Jolof et du
Sine, les damels du Cayor, les braks du Walo, les tègnes du Baol qui
furent soumis par la force des conquérants français. C’était en même
temps la terre des Wolofs, des Sérères et des Toucouleurs sans oublier
les Mandingues, les Diolas, les Balantes, les Peuls et les Bassaris des
pays du Sud. Les paysages sont aujourd’hui à peu près les mêmes. Au
nord, le désert jouxte les rives du fleuve Sénégal [le Fleuve]. En
revanche, l’eau est partout au sud, dans la verte Casamance. Mais le
Sénégal de l’enfant Senghor était en même temps une vieille colonie
française constituée autour de quatre villes depuis trois siècles.
La plus ancienne, Saint Louis, fondée au XVIIe siècle dans une île
de l’estuaire du fleuve Sénégal porte le nom d’un roi de France. Ce
premier comptoir fut la base des opérations commerciales des
Français. Les employés des compagnies commerciales succombant
aux charmes des femmes sénégalaises y engendrèrent une population
de mulâtres qui par la suite exerça une action politique importante.


3 Senghor (Léopold Sédar), poèmes Chants d’Ombre, 1945
19 Saint Louis du Sénégal
Anglaise en 1758, française en 1779, Saint Louis était une cité
bâtie selon un plan en damier de près de trois mille habitants. En
1789, le maire métis Charles Cormier réunit les notables pour rédiger
un cahier de doléances qui exigeait la liberté du commerce. Reprise
par les Anglais en 1809, à nouveau française en 1814, la capitale du
Sénégal regroupait un siècle plus tard dans l’île de Ndar les bâtiments
de l’administration et du Conseil général du Sénégal.
Gorée, petit îlot basaltique à proximité de la presqu’île du
CapVert, situé à un emplacement stratégique important sur la côte
occidentale de l’Afrique, fut l’objet des convoitises de plusieurs
nations européennes. Les Portugais l’occupèrent les premiers, avec les
îles du Cap Vert toutes proches, et les Hollandais en firent en 1588 un
important entrepôt d’esclaves.
Conquis par les Français en 1677, puis par les Anglais qui le
rendirent à la France en 1814, le rocher aujourd’hui monument
20 historique, symbole de la traite des esclaves africains fut au XIXe
siècle un centre important du commerce. En effet, après les traités de
1815 qui mirent fin à la période napoléonienne, une ère nouvelle
s’ouvrit pour Saint Louis et Gorée. Quand les officiers royaux prirent
la direction du Sénégal français, ils s’aperçurent que dans les deux
cités, des mulâtres, agents commerciaux locaux, remontaient le fleuve
Sénégal pour aller marchander la gomme arabique et des peaux.
Jouissant d’une position sociale privilégiée, préférant en général la
culture française et le christianisme, soucieux de leurs droits civiques,
4les mulâtres entendaient être traités avec égards A côté d’eux la
majorité africaine musulmane s’occupait du trafic sur le fleuve.




Ilot de Gorée au large de Dakar

Rufisque ou Rio Fresco, vieille enclave portugaise annexée en 1859
et située sur la côte à vingt-cinq kilomètres au sud de Dakar, supplanta
Gorée et offrit aux entreprises la place indispensable pour installer ses
magasins. Elle devint grâce au commerce de l’arachide, le principal
centre commercial du Sénégal méridional.
Dakar disposait d’une rade superbe plus accessible face à l’île de
Gorée. Les Français installèrent à la pointe de la presque île du Cap
vert un petit poste militaire au lieu-dit N’Dakarou propriété des
Lébous, population de pêcheurs. Ils annexèrent l’ensemble de la
presqu’île et plus au sud sur la côte, provoquant les vives réactions des

4 Wesley Johnson (G) Naissance du Sénégal contemporain, 1900-1920, Karthala ;
Paris, 1991.
21 habitants peu disposés à céder leurs terres sans de larges
compensations.
Dakar grandit moins vite que Rufisque. La construction du chemin
de fer en 1885 lui permit cependant de recevoir des marchandises
diverses, et à partir de 1902 la ville prit son essor quand elle fut
choisie pour être la capitale de l’Afrique occidentale française. L’hôtel
de ville et le palais du gouverneur général de l’AOF furent alors
édifiés.
Léopold Sédar Senghor se souvenait de la croissance de la ville à
partir du port. Les firmes commerciales y ouvraient des bureaux et se
peuplaient de petits colons qui y travaillaient en même temps que des
Syriens et des Libanais.
La politique coloniale était devenue plus agressive dans la mesure
où les besoins accrus en matières premières destinées aux industries
manufacturières conduisaient à partir des comptoirs existants, à une
stratégie d’occupation et de mise en valeur. Affecté au Sénégal en
1854, le général Faidherbe accomplit en dix ans une œuvre de
conquérant. Il fit passer sous la domination de la France, la moyenne
vallée du Fleuve et le littoral entre les fleuves Sénégal et Saloum.
Succédant à la gomme arabique, l’arachide introduite par les
Portugais quatre siècles auparavant fut commercialisée à partir des
années 1840. Incitant les paysans sénégalais à la cultiver, les Français
et les métis se chargèrent de la collecte et de l’expédition. Pour cela,
Faidherbe avait essayé de lier les intérêts des marchands de Saint
Louis aux populations de la vallée du Sénégal. Il encouragea les
Africains musulmans à se rendre dans les écoles françaises, déjà
fréquentées par les métis christianisés. Les jeunes gens issus des
familles chrétiennes de Saint Louis étaient montrés en exemple. Après
avoir étudié dans les écoles religieuses, ils partaient en France achever
leurs études pour en revenir qualifiés afin occuper des postes
éminents.
En 1882, l’ensemble des régions côtières de Saint Louis à la
Gambie fut réuni dans des territoires d’administration directe tandis
que les terres de l’intérieur étaient organisées en protectorats. En
1890, la zone administrative directe était limitée à quatre communes,
Saint Louis, Gorée, Dakar et Rufisque. Leurs habitants privilégiés
avaient le statut envié de citoyens français alors que les autres
Sénégalais demeuraient des sujets.
A l’exception des Diolas de Casamance qui poursuivaient leur
résistance opiniâtre contre la présence française par le refus de
22