Paroles de Chien

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91 pages
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Chien guide d’amour et de sagesse


Le Labrador de la famille, au bout du rouleau, miné par les maladies de l’âge, a décidé de cesser cette vie là. Pas de dramatisation la vie est belle. Voilà quatorze ans qu’il partage le destin de sa maîtresse dont il est une excroissance. Il a été un joyeux compagnon de meute de son maitre. Jusqu’au bout, il mettra lui-même en scène sa vie, affirmant ainsi son pouvoir de décision. Il s’est donné une heure pour partager avec nous l’évocation du film de son existence, heureuse, et avec sagesse ouvrir les routes des possibles.



Le drame émotionnel fait, rapidement place à l’humour canin, la joie et au plaisir de vivre, on ne peut plus « cabot ». Le temps de splendides leçons en tout genre, et de mieux-être.



On comprend vite que la conscience n’est pas l’apanage des humains. Cette conscience, là, a été maîtresse de toute sa vie de canidé.

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Nombre de lectures 8
EAN13 9782368324684
Langue Français

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PAROLES DE CHIEN
Phoenix, la sagesse en héritage
La SAS 2C4L – NOMBRE 7, ainsi que tous les prestataires de production participant à la réalisation de cet ouvrage ne sauraient être tenus pour responsable de quelque manière que ce soit, du contenu en général, de la portée du contenu du texte, ni de la teneur de certains propos en particulier, contenus dans cet ouvrage ni dans quelque ouvrage qu'ils produisent à la demande et pour le compte d'un auteur ou d'un éditeur tiers, qui en endosse la pleine et entière responsabilité.
Jean-Pierre FETIS
PAROLES DE CHIEN Phoenix, la sagesse en héritage
INTRODUCTION
« J’ai eu la chance d’avoir comme compagnon d’existence un chien de race Labrador. Il m’avait été imposé par ma femme et ma fille en mars 1999.
Très rapidement, il s’est révélé comme un ami extraordinaire, irremplaçable.
Nous avons appris l’un de l’autre. À un moment où je commençais à me perdre dans le matérialisme, il m’a ramené à l’essentiel : l’affinité.
Il nous a quittés en 2013, en me donnant des leçons, de courage, de détachement et de lucidité, étonnantes.
Il m’aura fallu cinq ans pour digérer cet épisode et lui rendre hommage.
Il aurait aimé partager cette ode avec toutes les entités vivantes empreintes de bonne volonté, d’altruisme et en recherche de leur authentique singularité.
Je dédie cet ouvrage à tous les amoureux des chiens, à ceux qui acceptent que toute nature vivante soit habitée, que les objets inanimés puissent avoir une âme.
Si vous acceptez que l’amour soit un solvant universel, ce qui suit est à vous. »
2018 - Jean-Pierre FETIS
HUMEUR D’AUTOMNE
C’est une fin d’après-midi, jusqu’à maintenant presque semblable aux autres. Je descends de la voiture que nous venons de garer sur le parking de la résidence.
Nous rentrons de promener « Phoenix » notre vieux Labrador de quatorze ans.
J’ai les jambes lourdes. Ce n’est pas le fait du sol détrempé des sous-bois de l’automne. Cette sortie a été difficile. Après des dizaines d’autres semblables, elle a été particulièrement éprouvante : notre vieux compagnon n’en peut plus.
Nous le portons, le tirons plus qu’il ne marche. Il ne répond plus à nos sollicitations. Prostré, le regard vide, il ne porte plus aucun intérêt à ce qui, jusqu’à il y a six mois, le mettait en joie lors de ses promenades quotidiennes.
Ce chien est une véritable extension de ma femme Catherine. Tous les deux, ils se devinent, se ressentent. Ils sont en parfaite affinité. Leur affection est fusionnelle.
Jour après jour, avec la dégradation de son compagnon, elle souffre ce qu’il souffre, elle décline de son déclin, elle agonise avec lui. Elle semble lentement glisser dans une dépression qui commence à la rendre solide. Ils sont tous les deux dans l’antichambre du passage à l’au-delà.
Cette situation m’envahit de plus en plus. Tout semble m’échapper. J’ai l’impression qu’après le bon temps et les bonnes années passées avec notre animal, l’heure est venue de payer l’addition du bonheur.
Je me sens pesant, mes membres sont de plomb, ma tête est envahie d’une vacuité(état de ce qui est vide.Vide intellectuel.)qui paradoxalement m’écrase.
Je me prépare à descendre notre « amour » du coffre où, avec peine, nous l’avions remonté après sa lente et laborieuse promenade.
Le temps est sombre comme mon humeur et mon ressenti.
Cela fait des jours et des jours que mes nuits sont jalonnées de réveils angoissés.
Phoenix, notre chien, ou plus exactement celui de Cathy, ma femme, traverse des nuits agitées.
À quatorze ans, il est en fin de vie, du moins de celle-ci me dira-t-il plus tard.
De graves crises d’épilepsie(maladie nerveuse caractérisée par des crises violentes, pouvant provoquer une perte de conscience ou des convulsions.) viennent troubler son repos.
Cela a commencé il y a quatre ans.
Une nuit, alors que Phoenix reposait dans son couffin au pied de notre lit, un grand bruit nous a sortis en sursaut, ma femme et moi-même, du sommeil.
Cathy se précipita vers son chien pris de convulsions. Il se raidissait à s’en rompre les membres. Elle criait.
« Il est mort, il est mort. »
Vingt-cinq ans plus tôt, j’avais eu un chien, un Boxer, atteint à huit ans d’une maladie neurologique entraînant des crises d’épilepsie.
Je reconnus donc rapidement ces symptômes : tétanie extrême, tremblements, tête renversée, nuque raide, yeux exorbités, regard vide et de légers filets de bave.
Nous avons assisté, d’abord malheureux et impuissants, en direct, à ces crises à certains moments de la journée. Elles survenaient malgré les soins prodigués. Puis sont arrivés les épisodes nocturnes.
Ce sont ces manifestations de nuit que je redoute le plus.
À son actuel handicap physique : une très mauvaise mobilité du bassin, s’est ajouté son décharnement progressif. Il transforme notre compagnon en mort-vivant. Dans les mêmes temps, se sont ajoutées ces terribles convulsions.
Au-delà de la compassion (sentiment qui pousse à partager les souffrances d’autrui (ici, de Phoenix)) que nous éprouvons, ce qui est le plus préoccupant ce sont ces nouvelles crises d’épilepsie nocturnes.
Lors des crises dans la journée, je m’étais aperçu qu’au moment de sa reprise de conscience son regard laissait voir le tréfonds (ici, ce qu’il y a au plus intime.) d’un être terrifié, hagard.
Il projetait un regard circulaire implorant une explication sur ce qui venait de se passer.
Son stress était palpable. Son cœur battait la chamade (dans une ville assiégée, batterie de tambour ou sonnerie qui annonçait l’intention de capituler.) au point que je me demandais alors s’il tiendrait ce rythme d’enfer que lui imposait l’angoisse ou la terreur.
Il lui fallait deux longues heures pour récupérer, retrouver une respiration normale et un semblant de décontraction.
J’ai remarqué qu’à certains moments, quand il sombrait dans l’inconscience d’une crise et que, présent sur les lieux, si je le prenais dans mes bras, à son réveil son regard croisant le mien, la tension naissante dans son être se relâchait immédiatement et faisait place à de la confiance.
Il me laissait lire dans ses yeux.
«Ha, tu es là, alors tout va bien, je ne risque rien, je peux m’abandonner, récupérer. »
À compter du moment de cette prise de conscience, je me suis senti dépositaire du confort de sa fin de vie, notamment nocturne.
Je lui devais bien ça, à lui qui durant quatorze ans, sans se ménager, nous avait fait cadeau de sa présence et de son amour.
Il avait été le confident compréhensif des peines et des joies de Cathy et mon compagnon de meute.
Je ne me suis pas posé la question de partager cette charge avec elle. Je savais que quand elle le pouvait, elle faisait tout ce qui était en son pouvoir pour le soutenir.
Si elle ne se levait pas, c’est qu’elle ne le pouvait pas. Peu importe la raison. Je ressentais que je n’avais rien à dire ou à demander, chacun faisait sa part et de son mieux.
Aussi, dès cette cognition (prise de conscience.), à chaque alerte nocturne, je dévalais l’escalier qui menait de notre chambre de l’étage à la salle en contrebas où il dormait dans son couffin au rez-de-chaussée.
Ses crises et ses convulsions se déroulant, je prenais avec d’infinies précautions dans mes bras cet être meurtri, tout d’un bloc bandé. J’attendais son réveil sans rien dire.
Quand enfin, dans la pénombre, la tétanie cédait le pas au relâchement, que la nuque s’assouplissait et que sa tête se redressait maladroitement, que sa conscience réinvestissait les lieux, je fixais mes yeux dans les siens en lui disant avec amour :
« Je suis là, tout va bien ».
S’ensuivait alors un doux abandon de sa part qui me remplissait de gratitude. L’heure était venue de m’acquitter de mes dettes…
Malgré tout l’amour et les soins de Cathy, l’aide de son vétérinaire soignant, ma présence affectueuse, les ravages du temps faisaient leur œuvre.
Notre ami souffrait et plus rien n’y faisait.
Il ne voulait plus sortir pour ses promenades journalières. Pourtant, jusqu’alors, elles étaient importantes pour lui. Alors nous suppléions (pourvoir à la place.) à sa faiblesse et nous l’y portions.
Il ne manifestait plus d’intérêt pour ses sorties. Il se traînait et parfois n’arrivait même pas à se déplacer. Il se souillait. Son regard montait alors vers nous en « mea culpa », plein de regrets, d’excuses, de désarroi.
Pour ses promenades, nous insistions, le forcions, espérant sans trop y croire à un regain d’énergie.
Il ne mangeait plus rien, lui si gourmand avait perdu l’envie de vivre.
Il ne semblait pas trouver la porte de sortie pour nous quitter.
Considérait-il que sa mission n’était pas achevée ? Était-il prêt, pour rester avec nous, à souffrir mille morts ? Était-ce nous qui ne le laissions pas partir ?
Voilà maintenant des jours et des jours que, l’âme en peine, nous nous interrogeons.
Nous pensons à l’assister chimiquement, mais nous ne nous y résolvons pas.
Présentement, il est là dans le coffre de la voiture de Cathy, son coffre, sa niche mobile.
Apparemment, cette dernière sortie s’est faite contre son gré, nous n’avons pas su écouter.
Comme il ne peut plus le faire seul, je veux le prendre dans mes bras pour le descendre et rentrer chez nous.
Pour la première fois de sa vie de compagnonnage avec nous, il refuse, irrité.
Il s’ancre résolument dans son coffre.
De sa large et charmante tête de Labrador décharnée, il plante ses yeux si expressifs dans les miens pour me dire :
« C’est fini ».
Le ton est sans appel.
« C’EST MOI TON PHOENIX »
« C’est fini »
« Oui, c’est bien moi, « Phoenix » qui te parle !
Pourquoi fais-tu cette tête-là ?
Tu es triste, tu sembles soucieux, je ne comprends pas.
Toi d’habitude si enclin à ressentir les choses, que t’arrive-t-il ?
Je sais que tu as déjà vécu, il y a vingt ans, une situation semblable avec « Phébus », ton Boxer. Tu t’étais pourtant juré de ne pas revivre ces instants difficiles.
Et voilà, c’est une réalité, je suis là.
Je suis entré il y a bien longtemps dans ta vie et le cycle de la mienne s’achève. Pour toi, les choses semblent se renouveler.
Mais aurais-tu dû te priver de toutes ces joies qui furent les nôtres sous prétexte qu’il fallait un jour que cela cesse ?
Dans le monde de l’esprit, cela s’appelle l’impermanence.
Tu sais bien que depuis plusieurs jours, rien ne va plus pour moi.
Nous venons tous les deux de passer des nuits effroyables. Combien de fois es-tu descendu d’un étage pour venir stressé et en catastrophe m’assister ?
Je vois bien que les nuits passant, ma présence finit par te peser. Étant endormi, tu dois descendre pour venir me soutenir, m’assister.
Ta communication comportementale, ton calme me rassurent, m’apaisent. Ta présence, ton rayonnement et la chaleur de tes bras rendent un peu de vie et de fluidité à mon vieux corps disloqué.
Une fois pleinement de retour dans mon univers, conscient, je ressens toute ta peine, toute ta peur, ton sentiment de pertes potentielles et d’impuissance.
J’aimerais à mon tour te rassurer, mais il m’arrive de ne même pas avoir la force d’une « léchouille » (populaire action de l’animal qui donne de petits coups de langue légers et répétés pour lécher.) de remerciement.