Quelques vérités sur la guerre de 1914-18

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Français
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À partir du vécu de son grand-oncle Joseph puis de son grand-père Césaire et des lettres de sa grand-mère Honorine, André Payan-Passeron nous fait vivre les terribles réalités humaines et militaires de cette guerre totale avec l'Allemagne tout en faisant la complète lumière sur la défaite de la 2e Armée française en Lorraine allemande le 20 août 1914 imputée au seul 15e Corps des Méridionaux du Sud-Est ainsi diffamés, la soi-disant défaillance de la 29e Division et de ses régiments d'Antibes, Avignon, Digne et Marseille en mars 1916 durant la bataille de Verdun, l'héroïsme du 6e BCA de Nice et les exploits du 65e BCP d'Epernay et de sa 56e Division de réserve sur tous les fronts du nord de la France.

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Date de parution 01 juillet 2017
Nombre de lectures 18
EAN13 9782140041525
Langue Français
Poids de l'ouvrage 14 Mo

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André Payan-PasseronQuelques vérités
sur la guerre de 1914-18
André Payan-Passeron

À partir du vécu de son grand-oncle Joseph (d’août 1914 au 22 mars
1916) puis de son grand-père Césaire (d’avril 1915 au 20 août 1918) et
des lettres de sa grand-mère Honorine, André Payan-Passeron nous fait
Quelques véritésvivre les terribles réalités humaines et militaires de cette guerre totale
avec l’Allemagne qui a bouleversé la vie des individus, des familles, des

régions envahies, de la France impériale et des autres pays européens. sur la guerre de 1914-18
e eLa bravoure des Méridionaux du 15 Corps et de la 29 Division QUELQUES VÉRITÉS SUR
eAvec Joseph (mort en héros) et son 141 Régiment de Marseille, on va Deux frères, Joseph et Césaire,e d’abord réhabiliter comme il se doit l’honneur des Méridionaux du 15
eCorps diffamé après la défaite de la 2 Armée française en Lorraine LA GUERRE DE 1914-18 « Morts pour la France »allemande le 20 août 1914. Puis avec lui et son régiment, on va faire
etoute la lumière sur la soi-disant défaillance de la 29 Division et de ses
unités d’Antibes et d’Avignon diffamés depuis la victoire allemande du
20 mars 1916 dans le bois de Malancourt durant la bataille de Verdun.

e eL’héroïsme du 6 BCA de Nice et les exploits du 65 BCP d’Épernay

eAvec le chasseur alpin Césaire et son 6 BCA de Nice, on va vivre l’héroïsme
dont ont fait preuve les « diables bleus » du pays niçois à Dieuze comme à
Revigny puis sur le front sud des Vosges d’avril à novembre 1915. Puis avec
e lui et son 65 BCP d’Epernay, on va vivre les exploits d’un bataillon d’élite
ede la 56 Division de réserve engagée sur tous les fronts du nord de la France
lors des grandes offensives (Verdun mai 1916, Somme octobre 1916, Chemin
des Dames avril 1917, Somme août 1918) ou en défense lors des attaques
allemandes (bataille de l’Avre mars 1918 où s’est joué le sort de la France avec
le général Foch).

Édition illustrée de 85 plans et cartes, 23 photographies et 10 documents

André Payan-Passeron – licencié d’histoire et géographie, ancien
doctorant-assesseur du directeur de l’U.E.R. Civilisations et
e e eancien du Centre d’analyse de l’espace puis professeur en sciences du 141 Régiment de Marseille du 6 BCA puis du 65 BCP
économiques et sociales – nous livre le fruit de ses recherches
familiales et historiques avec le précieux concours des archives du
ministère de la défense qui lui ont permis de réaliser son objectif : Avec les deux frères Joseph et nous faire vivre cette terrible guerre de 1914-18 .
Césaire « Morts pour la France »

ISBN : 978-2-343-12515-2
31 e

L ’Harmattan
Quelques vérités
André Payan-Passeron
sur la guerre de 1914-18




Quelques vérités
sur la guerre de 1914-18


Deux frères, Joseph et Césaire,
« Morts pour la France »









































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-12515-2
EAN : 9782343125152
André PAYAN-PASSERON



Quelques vérités
sur la guerre de 1914-18


Deux frères, Joseph et Césaire,
« Morts pour la France »
















- Du même auteur -

Quelle École et quels enseignants ?
Métamorphoses françaises sur trois générations
à partir des 34 normaliens d’Avignon

L’Harmattan, Paris, 2006, 266 pages, ISBN 2-296-00604-3.

















Ouvrage écrit en hommage

à mon grand-oncle Joseph
ouvrier à la poudrerie de Saint-Chamas (13),
èmesoldat au 141 Régiment d’infanterie de ligne
mort en héros à Haucourt (Meuse) le 22 mars 1916
au cours de la terrible bataille de Verdun

et à mon grand-père Césaire
artisan menuisier puis cadre d’entreprise du BTP,
maire d’Entraunes (06) de 1907 à 1918,
ème èmechasseur alpin au 6 puis au 65 BCP
tué à Villers-lès-Roye le 20 août 1918
lors de l’offensive victorieuse des Alliés

ainsi qu’à son épouse Honorine
ma grand-mère institutrice,
veuve de guerre à trente ans et mère
alors de deux garçons pupilles de la nation
mon père Marcel et mon oncle André


avec qui nous allons vivre intensément les
terribles épreuves qu’ils vont devoir affronter
durant ces quatre interminables années de guerre



5








« La vérité, l’âpre vérité »

Épigraphe du roman Le Rouge et le Noir
d’Henri Beyle dit Stendhal (novembre 1830)


« Il n’est pas de mal de couper une tête de l’hydre
de la calomnie dès qu’on en trouve une qui remue »

François-Marie Arouet dit Voltaire
(Correspondance à M. Damilaville
en date du 28 novembre 1762)














- Sommaire -
Pages
9. INTRODUCTION
e 19. PREMIÈRE PARTIE : Quelques vérités sur le 15 Corps
e diffamé en août 1914 et sur la 29 Division diffamée en
mars 1916
ère 31. Joseph dans la 1 offensive en Lorraine du 9 au 20 août
39. La bataille de Dieuze des 19 et 20 août 1914
e 64. L’héroïque 15 Corps injustement diffamé à partir du 21 août
ème 67. Joseph dans la 2 offensive en Lorraine fin août 1914
69. Joseph dans la bataille de la Marne en septembre 1914
81. Joseph dans le secteur militaire de Verdun durant 18 mois
92. Joseph dans l’enfer de la terrible bataille de Verdun
e111. La soi-disant défaillance de la 29 Division le 20 mars 1916
122. Joseph et ses amis sacrifiés sur le mamelon d’Haucourt
129. Avertissement introductif à la troisième partie

131. DEUXIÈME PARTIE : Quelques vérités sur l’héroïsme du
e e 6 BCA de Nice et sur les exploits du 65 BCP d’Épernay
e133. Césaire appartient d’abord au 6 BCA de Nice
e152. Césaire au 65 BCP à partir de la fin novembre 1915
162. Césaire dans la terrible bataille de Verdun en mai 1916
188. À partir du 4 octobre 1916, Césaire dans la bataille de la
Somme la plus meurtrière sur le sol français
209. Césaire dans la bataille du Chemin-des-Dames
215. Césaire dans le sud des Vosges de juin 1917 à janvier 1918
241. Du 25 au 31 mars, l’héroïsme de Césaire et de ses camarades
e de la 56 Division met fin à l’offensive Ludendorff
261. Césaire participe à la grande offensive alliée victorieuse dite
des « Cent-Jours » qui débute le 8 août 1918 à l’est d’Amiens
269. Honorine apprend officiellement la mort de son époux
233. É P I L O G U E
281. Annexes
291. Bibliographie
294. Table des matières
7
























Introduction

erLe 1 août 1914, les quatre frères - Henri, Césaire, Eugène et Joseph –
sont informés de la mobilisation décrétée pour une guerre qui va durer
plus de quatre longues années.
Deux d’entre eux - Henri et Eugène – en sortiront vivants et nous
n’avons que très peu de choses concernant leur vie de soldat. En
revanche, la mort des deux autres – Joseph et Césaire « tués à
l’ennemi » - a induit une transmission orale de leur vie durant la
guerre et la conservation relative des documents les concernant.
C’est donc avec Joseph puis avec Césaire et son épouse Honorine que
nous allons vivre ces quatre terribles années de guerre de 1914 à 1918
Quatre années assombries par des tueries effroyables, des défaites,
l’invasion du nord de la France et deux diffamations dont nous allons
démontrer avec Joseph l’absurdité et le machiavélisme. Diffamation
du 21 août 1914, la plus dévastatrice car elle concerne toutes les unités
edu 15 Corps d’armée composées des Méridionaux du Sud-Est de la
France à qui le généralissime Joffre attribue sans raison la défaite de la
e2 Armée française en Lorraine allemande. Et diffamation de mars
1916 – de moindre ampleur - qui concerne la défaite à Verdun de la
e29 Division d’infanterie de Joseph et plus particulièrement de ses
régiments d’Antibes et d’Avignon qui en sont rendus responsables par
leur commandement.
Mais quatre années éclairées aussi par la résistance héroïque des
« poilus », des exploits surprenants et des victoires. Par exemple, la
victoire de la bataille de la Marne en septembre 1914 avec Joseph.
eAinsi que l’héroïsme du 6 BCA de Nice que Césaire accompagne
d’avril à novembre 1915 avant de participer aux exploits d’un autre
ebataillon d’élite : le 65 BCP d’Épernay.
erLe 1 août 1914, la mobilisation générale est donc déclarée. Joseph a
alors 29 ans et son frère Césaire en a 35.
Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Dans quelle famille ont-ils grandi ?
erQuelle a été leur vie jusqu’à ce 1 août 1914 ?
9
Pour faire pleinement connaissance avec eux et apprécier leur
personnalité, il nous faut brièvement rencontrer leurs parents et
découvrir tant leurs racines familiales alpines que leur commune
natale où ils ont vécu leur enfance, leur jeunesse et, pour Césaire,
l’essentiel de sa vie d’adulte.
Deux montagnards alpins aux ancêtres recensés dès 1320
Par leur père et leur mère, Césaire et Joseph appartiennent à de très
anciennes familles implantées dès le Moyen-Âge dans le val
d’Entraunes. En effet, dans le premier acte public connu rédigé en
latin et conservé aux Archives à Marseille, les Payan y sont
ernominalement recensés dès 1320 par leur suzerain Charles 1
d’Anjou comte de Provence de 1309 à 1343. Mais leur nom y est alors
écrit « Pagani » qui, en latin, signifie villageois ou, plus généralement,
habitant des campagnes.
Les ancêtres des deux frères appartiennent donc à ce secteur des Alpes
du Sud situé dans le coin nord-ouest du département des
AlpesMaritimes. Le Var-fleuve y prend sa source au pied du col de la
Cayolle qui, à 2.326 mètres d’altitude, assure au nord le passage vers
Barcelonnette et les Alpes-de-Haute-Provence par l’étroite route des
gorges de la vallée du Bachelard.

L’église en 1914 et les Tours-du-Lac (2 745 m)

10
À 1.250 mètres d’altitude, leur village est traversé par la « Route des
Grandes Alpes ». Un village pittoresque qui étage ses maisons sur
l’étroit éperon rocheux séparant le Var-fleuve de son affluent
torrentueux le Bourdous. La maison ancestrale – bien exposée au
soleil - y est située en Pied-de-Ville en bordure de la Grand-Rue qui
remonte jusqu’à la place de la mairie puis à celle de l’église romane
du XIIIe siècle agrandie au XVIIe avec son clocher asymétrique
demicirculaire qui en fait l’originalité.
Un village montagnard dominé par le massif de Roche-Grande qui
dresse vers le ciel ses mille cinq cents mètres de muraille rocheuse.
Joseph et Césaire sont des montagnards qui, dès leur plus jeune âge,
ont parcouru cette haute vallée du Var. Encerclée par des dizaines de
sommets sculptés par l’érosion, la vallée s’élève jusqu’à l’immense
cirque glaciaire de Sanguinière aux barres de grès rose. Sommets de
ce massif alpin dont ils ont ainsi escaladé les 3.050 mètres du
MontPelat qui domine le lac d’Allos - plus grand lac d’altitude d’Europe.
Et, sur le plan des capacités physiques et psychologiques que la guerre
va exiger d’eux, Joseph et Césaire sont certainement mieux pourvus
que d’autres.
Un père pensionné de guerre qui sera leur instituteur
Alors qu’il était sujet de l'empereur Napoléon III, leur père César a
accompli ses trois années de service militaire qu’il a terminées avec le
grade de sergent-major en mars 1870. Mais, quatre mois après,
Napoléon III déclare la guerre à la Prusse et, remobilisé, il est
grièvement blessé par des éclats d’obus à la bataille de
Beaune-laRolande le 28 novembre de la même année. Ayant perdu l'usage de sa
main droite, il sera réformé et pensionné de guerre par la Troisième
République qui n’aura de cesse de vouloir reconquérir
l’AlsaceLorraine perdue.
Leur père se marie alors avec l’entraunoise Eulalie Lions qui mettra
au monde sept enfants : trois filles (dont deux meurent en bas âge) et
quatre garçons Henri, Césaire, Eugène et Joseph.
D’abord nommé à Clans comme garde des « Eaux et forêts », leur
père devient ensuite instituteur dans sa commune d'Entraunes car il est
11
titulaire du Brevet élémentaire exigé. Après la victoire des
Républicains aux élections de 1879, les lois Jules Ferry instituent
l’école primaire publique de cinq ans, gratuite, laïque et obligatoire
pour tous les enfants : garçons et filles alors séparés sauf exception.
Leur père devient ainsi un « hussard noir de la République » selon
l’expression élogieuse utilisée en 1913 par Charles Péguy pour
glorifier les instituteurs de la nation. Leur père César – maintenant
fonctionnaire de l’administration de l’Instruction publique - appartient
ainsi à la petite bourgeoisie d’État.








Joseph et Césaire – et leurs deux autres frères Henri et Eugène -
auront donc leur père comme maître d’école. Un enseignant
remarquable avec qui ils ont été à rude école car il vénérait
l’instruction laïque et, d’une sévérité exemplaire, exigeait énormément
de ses élèves et encore plus de ses enfants.
Ardents défenseurs du progrès, le père et ses enfants voient enfin
arriver en 1890 - au vieux pont qui enjambe le Var-fleuve - la route en
construction. Vieux pont qui ne voyait jusqu’alors passer que des
moutons et des ânes avec leurs bergers, des troupeaux de vaches
gardés par les anciens, des mulets chargés de « barillons » de foin à la
belle saison, des militaires en manœuvre et, parfois, des chevaux
montés par des cavaliers. Mais vieux pont qui, maintenant, va voir
passer la diligence quotidienne venant du chef-lieu Guillaumes et,
bientôt, les premières voitures automobiles des riches touristes venus
de la Côte d’Azur.
12
Joseph et Césaire de la mort de leur père à août 1914
Du fait de ses anciennes blessures et de son épuisant combat pour
l'instruction des enfants comme des adultes, leur père meurt
prématurément à l'âge de cinquante ans en 1894. Et c’est donc la
maman qui va devoir élever seule ses trois derniers enfants. Elle le
fera avec l’aide de sa fille aînée Marie et de son fils Henri alors âgé de
dix-neuf ans qui va remplacer provisoirement son père comme
instituteur avant d’être nommé dans d’autres communes puis à Grasse
comme professeur de collège. Eugène – âgé de treize ans - poursuit
ses études comme interne dans une école primaire supérieure et
deviendra lui aussi instituteur.

Césaire conscrit Joseph au service militaire
Le dernier, Joseph, n’ayant que neuf ans, fréquente encore l’école
primaire de son village. Après avoir obtenu le certificat d’études, il
participe un temps à l’exploitation des deux hectares que possède la
famille : deux jardins potagers, deux terrains cultivés et des parcelles
de forêts dont la famille tire son bois de chauffage. Mais ces deux
hectares sont insuffisants pour faire vivre une famille. Il s’expatrie
donc comme sont obligés de le faire la grande majorité des jeunes
ruraux dans la France d’alors. Et, notamment, presque tous les enfants
des plus petits exploitants et des ouvriers agricoles. C’est une des
conséquences du progrès technique qui transforme les réalités
économiques, sociales et culturelles de notre pays.
13
C’est ainsi que Joseph se fait embaucher comme ouvrier dans la
grande poudrerie de Saint-Chamas dans le département des
Bouchesdu-Rhône. À l’âge de vingt ans, il est certes recensé à Nice en 1905
mais fera ses deux années de service militaire (réduit de trois à deux
eans depuis 1905) au 141 régiment d’infanterie de ligne dont une des
trois casernes se trouve justement à Saint-Chamas où il s’est installé.
e ème141 RI qui fait partie du 15 Corps d’armée qui sera engagé dans la
reconquête de la Lorraine en août 1914.
Césaire - qui a quinze ans à la mort de son père - est alors apprenti
chez un menuisier à Guillaumes chef-lieu de canton. À sa majorité, il
efait ses trois années de service militaire dans les chasseurs alpins au 6
èmeBCA de Nice qui appartient lui aussi au 15 Corps d’armée.

Les deux frères Joseph et Césaire
Ensuite, Césaire s’installe comme artisan dans la maison familiale de
sa commune d’Entraunes alors forte de 372 habitants. Élu conseiller
municipal en 1904, il en devient le maire trois ans plus tard. Il n'a que
28 ans, ce qui fait alors de lui un des plus jeunes maires de France
sinon le plus jeune. Une telle confiance des électeurs entraunois puis
des conseillers municipaux l’élisant au poste de maire témoigne des
remarquables aptitudes intellectuelles et sociales – notamment de
gestionnaire – du jeune Césaire.
Deux ans après avoir été élu maire, Césaire tombe amoureux et épouse
la jeune et séduisante Honorine Bermond. Celle-ci est originaire de
Bendéjun (à 15 km au nord de Nice) où son père agriculteur est aussi
le gérant du moulin à huile. Alors âgée de vingt ans, elle venait tout
14
juste d'y être nommée institutrice et avait eu le coup de foudre pour
lui. Elle et Césaire auront deux garçons, Marcel et André.

L’énergie politique de Césaire va alors rayonner dans toute la haute
vallée du Var et, vice-président du cercle de l'Avenir, il est élevé à la
distinction de chevalier du Mérite agricole par décret en date du 31
août 1910. Et c'est avec la même énergie que le jeune maire va
s'impliquer dans les grands chantiers d'équipement de la commune.
D'une part celui de la création d'un réseau moderne d'adduction d'eau
potable et donc d'assainissement avec bassins de traitement des eaux
usées toujours opérationnels. Et, d'autre part, celui - historique - de la
construction des quinze kilomètres de route carrossable entre son
village et le col de la Cayolle. Un des derniers tronçons de la route
nationale des Grandes Alpes reliant Nice à Thonon-les-Bains sur le lac
Léman, près de Genève. Tronçon de route que le président de la
République Raymond Poincaré aurait dû inaugurer le 10 août 1914 si
la France n’avait pas été engagée dans la guerre contre l’Allemagne.
Bien avant le déclenchement de la guerre début août 1914, des
contraintes de tous ordres avaient obligé les quatre frères à s’éloigner
de leur village. Et, mis à part Joseph resté célibataire, Henri est déjà
veuf avec un fils à charge et les deux autres – Césaire et Eugène - sont
mariés et également pères de famille. L’aîné, Henri, a alors 39 ans et il
est professeur de collège à Grasse dans le département des
AlpesMaritimes. Césaire en a 35 et lui, l’artisan menuisier maire de sa
15
commune natale depuis sept ans, a dû, depuis quelques mois, s’établir
aussi à Grasse comme cadre dans l’entreprise de BTP « Joseph
Cresp ». Eugène a alors 33 ans et il est instituteur dans la commune
voisine du Cannet. Le plus jeune, Joseph, en a 29 et habite à
SaintChamas dans le département des Bouches-du-Rhône où il est ouvrier
qualifié dans la poudrerie qui relève de la défense nationale.
Leurs deux autres frères sortiront vivants de la guerre
Henri, mobilisé dans les « Goumiers », est envoyé au Maroc –
protectorat français - où il va fonder, à Meknès, le collège devenu
edepuis lycée. Et son frère Eugène, sergent et comptable de son 311
Régiment d’infanterie d’Antibes, sera fait prisonnier en septembre
1918 mais s’évadera six jours avant l’armistice du 11 novembre. Tous
les deux sortiront vivants de cette guerre.
Ce ne sera pas le cas pour Joseph et Césaire avec qui nous allons vivre
- en pleine lumière - ces quatre terribles années. En pleine lumière car,
avec eux et leurs unités, nous allons accéder aux précieuses archives
militaires. Et notamment celles des « Journaux des Marches et des
Opérations » (JMO) tenus jour après jour par les officiers de leurs
unités. JMO maintenant accessibles sur le site « Mémoire des
hommes » du Ministère de la défense. Associées à nos archives
personnelles et à la mémoire de cette transmission orale de leur vie,
ces différentes sources ont été utilisées avec la plus grande rigueur
tant pour « couper deux des têtes de l’hydre de la calomnie » avec
Joseph que pour revivre – avec Césaire - l’héroïsme des chasseurs
e ealpins du 6 BCA de Nice puis les exploits des chasseurs à pied du 65
BCP d’Épernay jusqu’en 1918.
ème eD’abord avec Joseph et son 141 Régiment d’infanterie (141 RI de
Marseille) d’août 1914 à sa mort en héros le 22 mars 1916 à Verdun.
Avec lui, nous vivrons l’offensive française en Lorraine allemande
eavec la « légende noire » de son 15 Corps d’armée diffamé, puis la
victorieuse bataille de la Marne suivie de la guerre de tranchées dans
le secteur militaire de Verdun. Verdun où débute en février 1916 la
eterrible bataille où il est tué le 22 mars alors que sa 29 Division est
encore diffamée de nos jours.
eEnsuite, nous vivrons l’héroïsme des chasseurs alpins du 6 Bataillon
e(6 BCA de Nice) d’abord sans Césaire puis avec lui lorsqu’il le
16
rejoint en avril 1915 sur le front sud des Vosges. Par la suite, muté en
e enovembre 1915 au 65 Bataillon de chasseurs à pied (65 BCP
d’Épernay), nous vivrons avec Césaire les exploits de ce bataillon
d’élite sur presque tous les fronts du nord de la France - du massif
vosgien aux plaines de Picardie - jusqu’à la grande offensive alliée de
l’été 1918.
Offensive victorieuse au début de laquelle Césaire est tué le 20 août
1918 et qui se termine avec la capitulation de l’Allemagne qui signe
el’armistice le 11 novembre 1918. Son 65 BCP poursuivant alors sa
marche d’abord jusqu’à Strasbourg capitale de l’Alsace reconquise
puis en Allemagne sur la rive droite du Rhin occupée par les Français.















17






















PREMIÈRE PARTIE


Quelques vérités sur

ele 15 Corps diffamé en 1914
et
ela 29 Division diffamée en 1916

avec Joseph mort en héros
à Verdun le 22 mars 1916



































erEn cette après-midi du samedi 1 août 1914, Joseph est à son poste de
travail à la poudrerie de Saint-Chamas dans les Bouches-du-Rhône.
Créée en 1690 par Louis XIV, cette ancienne poudrerie royale s’est
considérablement agrandie : elle s’étend maintenant sur 650 000 m² et
emploie plusieurs milliers d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs.
À 50 km au nord-ouest de Marseille, elle est située sur la rive nord de
l’immense étang de Berre qui est relié à la Méditerranée par un isthme
étroit entre Martigues et Port-de-Bouc.
Elle a été la première usine en France à être éclairée à l’électricité en
1881 mais elle a connu durant les trente années qui ont suivi pas
moins de sept incendies et explosions plus ou moins graves. Elle
dépend du service des poudres du ministère de la Guerre et produit -
avec les procédés techniques les plus modernes - des explosifs et de la
poudre sans fumée beaucoup plus performante que la poudre noire en
grains. Poudre sans fumée utilisée notamment dans les cartouches
dites Lebel dont les balles en maillechort (alliage de cuivre, nickel et
zinc) peuvent ainsi atteindre la vitesse initiale de 700 mètres à la
seconde et des cibles jusqu’à 4 000 mètres.

Loin de sa montagne natale et de son village agricole traditionnel,
Joseph vit dans le monde industriel de la chimie la plus moderne avec
tout l’intérêt mais aussi tous les dangers que cela peut représenter. Et,
21
dans cette usine gérée par l’Armée, Joseph connait tout des
performances meurtrières des armes françaises modernes qui
dépassent de très loin celles des armes utilisées lors de la guerre de
1870 durant laquelle son père avait été grièvement blessé. Il s’agit des
fusils Lebel - pouvant maintenant contenir jusqu’à dix de ces
cartouches à poudre sans fumée - et des mitrailleuses Saint-Étienne ou
Hotchkiss pouvant tirer de cent cinquante à six cents coups par minute
avec des bandes rigides de vingt quatre cartouches ou des bandes
articulées de deux cent cinquante de ces cartouches Lebel.
Il s’agit aussi du moderne canon de 75 mm – canon de campagne –
qui peut tirer vingt coups par minute et envoyer ses obus explosifs ou
« à balles » (avec plus de deux cent billes en plomb durci) à plus de
six kilomètres. Par contre, il sait que notre artillerie lourde se limite à
des canons anciens notamment de 155 mm alors que l’armée
allemande dispose – en grand nombre – de canons modernes de 150 et
210 mm à longue portée qui font pencher la balance du côté de
l’armée allemande qui dispose par ailleurs du fusil Mauser de 7,92
mm, des excellentes mitrailleuses MG et du canon de campagne de 77
mm fabriqué par Krupp.
Et Joseph a déjà évalué le nombre de morts et de blessés que ces
armes pourraient faire par minute – voire par seconde – sur un champ
de bataille où l’infanterie attaquerait à découvert un ennemi retranché.
Justement réserviste dans l’infanterie, Joseph est donc inquiet car il est
de plus en plus question de guerre entre la Triple Entente (France,
Royaume-Uni et Russie) et la Triple Alliance (Allemagne,
AutricheHongrie et Italie). Et cela depuis l’attentat du 28 juin à Sarajevo en
Serbie qui a coûté la vie à l’héritier de l’Empire austro-hongrois
assassiné par un nationaliste serbe. Joseph - qui a appris la veille
l’assassinat à Paris du tribun socialiste et pacifiste Jaurès – sait que sa
mort a comme sonné le glas de tout règlement pacifique et que l’on va
à la guerre.
Sensibilisé par son père – fervent républicain - aux choses militaires,
Joseph est devenu un lecteur assidu de la presse informée et de revues
spécialisées. Il sait tout sur le rapport des forces entre son pays et
l’Allemagne comme sur ce qui les oppose. Il sait presque tout sur la
stratégie d’offensive à tout prix et sur le plan XVII de l’État-Major
général de l’Armée française dirigé par le général Joffre comme sur le
plan Schlieffen-Moltke du Grand-État-Major général allemand dirigé
22
par le général Moltke. Depuis l’attentat de Sarajevo, il a dévoré toutes
eles informations sur son régiment de rattachement – le 141 RI - et les
e e eunités auquel il appartient : 58 Brigade, 29 Division, 15 Corps
ème èmed’armée et 2 Armée française. Sur la 2 Armée du général
Castelnau, il sait déjà qu’en cas de guerre elle est chargée de
reconquérir la partie de la Lorraine annexée au Reich allemand depuis
1871. Et il s’est donc mis à recueillir toutes les informations
disponibles sur la géographie lorraine comme sur les défenses
militaires que les Allemands y ont installées depuis quarante trois ans.
À son poste de travail, toutes ces informations lui trottent dans la tête
quand, brusquement, il entend sonner le tocsin à tous les clochers de
Saint-Chamas. Il en frissonne et, bouleversé, interrompt son travail : il
a compris immédiatement que c’était la guerre et que la mobilisation
générale venait d’être décrétée. Ses contremaîtres – déjà au courant –
le confirment à tous les personnels à qui ils demandent d’arrêter en
bon ordre tant les chaufferies et les séchoirs que les machines et de
venir ensuite prendre l’enveloppe à leur nom qui contient leur paye de
la semaine. Et, par mesure exceptionnelle, les mobilisables sont
autorisés à quitter avant l’heure la poudrerie pour rentrer chez eux ou
se rapprocher de leur caserne d’affectation – parfois fort éloignée - au
plus vite.
À la sortie, Joseph rejoint l’attroupement qui s’est formé dans la cour
d’entrée de la poudrerie. Il s’approche au plus près et lit lentement
l’affiche officielle que les autorités ont fait placarder sur un des murs :
« Ordre de mobilisation générale. Par décret du Président de la
République, la mobilisation des armées de terre et de mer est
ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, des voitures et harnais
nécessaires au complément de ces armées. Le premier jour de la
mobilisation est le Dimanche deux août 1918. Tout Français soumis
aux obligations militaires doit, sous peine d’être puni avec toute la
rigueur des lois, obéir aux prescriptions du FASCICULE DE
MOBILISATION (pages coloriées placées dans son livret). Sont visés
par le présent ordre TOUS LES HOMMES non présents sous les
Drapeaux et appartenant : 1° à l’ARMÉE DE TERRE y compris les
TROUPES COLONIALES et les hommes des SERVICES AUXILIAIRES ; 2°
à l’ARMÉE DE MER y compris les INSCRITS MARITIMES et les
ARMURIERS de la MARINE. Les autorités civiles et militaires sont
responsables de l’exécution du présent décret. Le Ministre de la
Guerre, Le Ministre de la Marine. »
23
Il s’agit donc pour Joseph comme pour tous les autres réservistes de
rejoindre - selon les délais précisés sur leur livret militaire ou, sinon,
le plus rapidement possible – la caserne de leur unité de rattachement
pour les soldats et, pour les marins, leur port militaire d’attache.
ème èmeSoldat de 2 classe au 141 régiment d’infanterie, Joseph né en
1885 et faisant donc partie de la classe 1905 doit se présenter dès le
mardi 4 août à la caserne – très modeste - qui se trouve dans le bourg
de Saint-Chamas : les deux autres casernes de son régiment se
trouvant la principale à Marseille et l’autre à Salon-de-Provence.
Après avoir discuté avec ses camarades de travail, Joseph – anxieux
car plus conscient que d’autres de ce qui va se passer – parcourt à pied
les quelques centaines de mètres qui le séparent de son domicile. Il
habite en effet dans le petit bourg de Saint-Chamas peuplé d’un
millier d’habitants et limitrophe de la poudrerie. En chemin, il
n’achète qu’une miche de pain à sa boulangerie car, chaque soir, une
voisine lui prépare sa soupe journalière. Puis il monte les escaliers de
la modeste maison ancienne dans laquelle il loue, sous les toits, un
tout petit logement où il vit certes seul, loin des siens, mais où il se
sent cependant heureux de vivre lui qui a fêté il y a moins d’un mois –
le 7 juillet – ses vingt neuf ans.
Joseph pense que, sans épouse et sans enfant, il lui est quand même
moins douloureux qu’à d’autres de partir guerroyer pour tuer ou se
faire tuer. Mais cela ne le réconforte en rien et, comme il ne fait pas
partie des « va-t-en-guerre », il est vraiment malheureux et angoissé
de devoir tout laisser du jour au lendemain : ses petites habitudes, ses
relations féminines, ses connaissances, ses dimanches entre amis au
bord de l’étang de Berre. Et aussi son travail à la poudrerie même si,
pour une paye bien modeste d’ouvrier, il y travaille cinquante quatre
heures par semaine à raison de neuf heures par jour (heure du
déjeuner non comprise) et cela toute l’année mis à part les quelques
jours fériés auxquels il a droit en sus du dimanche que la loi de 1906
a consacré comme jour hebdomadaire de repos.
La voisine, après l’avoir interrogé sur ce qu’il pensait de la
mobilisation et comment il allait faire maintenant pour payer son
loyer, lui a versé une copieuse ration de soupe dans sa gamelle
portative. Maintenant assis à sa petite table, il avale rapidement son
repas : soupe aux légumes façon paysanne avec du pain trempé et
ensuite un peu de fromage avec beaucoup de pain, le tout arrosé d’eau
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du robinet. Il se dit qu’il a encore deux jours devant lui pour préparer
ses affaires et, fatigué par sa pénible semaine de travail ouvrier, il se
couche et essaye de dormir. Mais, contrairement à d’habitude, le
sommeil ne vient pas tout de suite car de noires pensées agitent son
cerveau en ébullition. Pourtant, écrasé de fatigue, il finit cependant par
s’endormir non sans faire de macabres cauchemars.
Les deux jours suivants, le dimanche 2 et le lundi 3, Joseph les passe à
lire la presse et à s’informer le plus possible, à se promener aussi et à
voir tous ses amis et connaissances pour leur faire ses adieux et
discuter avec eux de tout et de rien. Sans oublier d’aller chez le
coiffeur se faire couper les cheveux comme cela est dit dans les
instructions de son livret militaire. Le mardi matin, réveillé de bonne
heure, il déjeune d’un peu de soupe, de pain et de café puis se rase et
se débarbouille au-dessus de sa cuvette avec son broc d’eau qu’il est
allé remplir à l’évier de l’étage à côté des toilettes. Les instructions lui
recommandent d’emporter avec lui deux chemises, un caleçon, deux
mouchoirs, une bonne paire de chaussures et des vivres pour un jour.
Il étale donc sur son lit les affaires dont il pense avoir besoin à l’armée
puis les range méticuleusement dans un large sac facile à porter. Il n’a
plus alors qu’à fermer la porte et à confier ses clefs à la voisine à qui il
fait ses adieux en lui promettant de lui donner de ses nouvelles. Il
place son sac sur ses épaules, descend les escaliers et se retrouve dans
la rue. En ce mardi matin du 4 août 1914, il n’est déjà plus ouvrier
dans sa tête et c’est résolument qu’il se rend à la proche caserne de
son régiment pour remplir ses obligations militaires de citoyen de la
République française. Comme l’a fait son père en 1870 et comme sont
en train de le faire ses trois autres frères.
èmeJoseph mobilisé au 141 régiment d’infanterie de Marseille
Un jour après la déclaration de guerre de l’Allemagne contre son pays,
ème èmeJoseph se retrouve donc soldat de 2 classe dans la caserne du 141
Régiment d’infanterie de ligne. Il y est accueilli par un sous-officier
qui lui précise la marche à suivre : inspection de son sac, contrôle de
son livret militaire et enregistrement, visite médicale, dortoir à
quarante lits superposés, équipements militaires à aller quérir, se
mettre en uniforme, rassemblement, instructions du commandant de
bataillon, etc… Garde à vous ! Fixe ! Demi tour… droite ! Une !
Deux !... Joseph est en train de revivre ses deux années de service
militaire mais son pays est maintenant en guerre contre l’Allemagne :
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intensément Français et profondément républicain, il est bien décidé à
défendre sa patrie et, s’il le faut, à donner sa vie pour la République
française. Mais son engagement total n’est pas synonyme
d’aveuglement, bien au contraire.
Deux jours après, en matinée, c’est le départ en train pour la caserne
principale Saint-Charles à Marseille où se trouve le colonel Chartier
ecommandant le 141 RI. Le jeudi 6 août à seize heures, dans un
silence impressionnant, le colonel Chartier passe en revue puis
harangue avant leur départ les 2 300 hommes de son régiment
rassemblés dans la cour de la caserne. Joseph écoute avec émotion le
discours enflammé de son colonel qui les appelle au combat contre
l’agresseur non seulement pour défendre la Patrie mais pour vaincre
l’ennemi héréditaire et reprendre l’Alsace-Lorraine. Pour clore la prise
d’armes, la musique joue la Marche lorraine puis la Marseillaise.

Le lendemain matin, Joseph et ses camarades rejoignent en formation
le Vieux-Port pour un défilé militaire – fanfare en tête – auquel les
Marseillais ont été invités à assister pour encourager leurs soldats. En
pantalon rouge garance et casquette, Joseph défile ainsi en remontant
la célèbre Canebière et, d’autant plus fièrement, que lui et ses
camarades sont ovationnés par la foule des jeunes et moins jeunes – en
canotiers ou en casquettes – massés sur les trottoirs ou qui remontent
avec eux l’avenue jusqu’à la gare Saint-Charles. Un grand moment
d’émotion à jamais gravé dans sa mémoire.
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À la gare, avec arme et barda, ils embarquent dans les trois trains qui
vont les transporter en trente six heures sur sept cents kilomètres
jusqu’à la partie de la Lorraine restée française. Dans son
compartiment, Joseph se retrouve avec de tout jeunes appelés qui sont
avides de savoir comment est organisé leur régiment, comment il
s’insère dans la complexe hiérarchie militaire française et ce qu’il va
advenir d’eux. Féru des choses militaires et au courant de l’actualité, il
est ravi de pouvoir leur expliquer tout cela dans les moindres détails.
D’abord, il leur précise que la mobilisation concerne 3 580 000
hommes et que l’Armée française, organisée en cinq armées, compte,
entre autres, 173 régiments d’infanterie composés la plupart de trois
bataillons et totalisant à eux seuls près de 570 000 hommes. Et qu’en
temps de guerre, leur régiment qui comprend en principe 3 292
hommes a à sa tête quatre officiers supérieurs : le colonel Chartier et
trois commandants ayant chacun la responsabilité d’un bataillon. Sous
leurs ordres, on compte 93 officiers subalternes d’active ou de
réserve : 15 capitaines, 28 lieutenants et 50 sous-lieutenants. Officiers
subalternes qui ont eux mêmes sous leurs ordres 119 sous-officiers : 6
adjudants et 113 sergents. Et enfin, 3 076 soldats : 219 caporaux et
ère èmebrigadiers et 2857 soldats de 1 et 2 classe. Lui-même étant un
èmesimple soldat de base et donc de 2 classe non encore promu soldat
ère ede 1 classe (Voir l’organigramme du 141 RI en Annexes – Ndlr).
Et Joseph leur explique que ce total de près de 3 300 hommes n’est
qu’un total tout à fait théorique. Déjà pour la simple et bonne raison
qu’un millier de retardataires doivent encore les rejoindre comme le
leur a précisé le colonel Chartier. Et, d‘autre part, du fait que le total
journalier des hommes du régiment va considérablement fluctuer au
cours de leurs « marches et opérations » et notamment au cours des
combats qu’ils vont devoir affronter. En effet, aux absents autorisés,
aux malades et aux accidentés - que connait tout régiment en temps de
paix - viendront alors s’ajouter ceux mis « hors de combat » c’est à
dire ceux qui sont fait prisonniers, les blessés évacués, les tués
reconnus et enfin les « disparus » qui peuvent être soit des agonisants
ou des tués non reconnus laissés sur le champ de bataille ou bien des
soldats déchiquetés ou ensevelis par l’explosion des obus comme il l’a
lu à propos de conflits armés récents. Et, pour compenser ces
diminutions d’effectifs, il y aura donc des incorporations successives
tant de jeunes appelés à qui il faut assurer un minimum de formation
27
que de réservistes de plus en plus âgés mobilisés au fur et à mesure
des besoins de l’armée.
Puis Joseph entreprend de leur préciser l’organisation interne de leur
régiment qui comprend un état-major, une compagnie hors rang, trois
bataillons et deux « trains » - un « régimentaire » et un « de combat »
- qui, sur route, s’allongent à eux deux sur pas moins d’un kilomètre.
Et par « train », il faut entendre à la fois des camions et des
automobiles en petit nombre et surtout des véhicules tractés par les
150 chevaux dont dispose le régiment.
Et Joseph de commencer par l’état-major de dix membres composé de
son chef de corps le colonel Chartier et de son officier-adjoint le
capitaine Ferré, de trois médecins dont deux majors, d’un trésorier (un
capitaine) et de son aide, d’un officier du matériel (un capitaine) et de
son adjoint et du chef de musique.
Ensuite il passe à la compagnie hors rang (CHR) comprenant quelques
190 hommes assurant les diverses tâches matérielles nécessaires à la
vie du régiment : conducteurs de véhicules pour les
approvisionnements, bouchers, cuisiniers, secrétaires, comptables,
téléphonistes, radiotélégraphistes et signaleurs pour les liaisons
téléphoniques, pionniers et sapeurs pour le génie militaire, armuriers,
vétérinaire, maréchaux-ferrants et bourreliers pour les chevaux,
vaguemestre pour le courrier, cavaliers éclaireurs pour la
reconnaissance, ordonnances pour le service particulier des officiers
de l’état-major, tailleur et cordonnier et, pour la musique, tambours,
clairons et autres musiciens. « Sachant, dit Joseph, que durant les
combats, une partie des hommes de cette compagnie seront affectés à
des tâches prioritaires comme brancardiers-secouristes pour secourir
et amener à l’arrière les blessés du champ de bataille. »
Puis il leur parle des trois bataillons du régiment à organisation
pyramidale. Chaque bataillon comprenant théoriquement 1 030
hommes sous les ordres d’un commandant-chef de bataillon qui dirige
d’une part une section de 24 mitrailleurs responsables de deux
mitrailleuses et, d’autre part, quatre compagnies de 250 hommes
chacune. Chaque compagnie étant commandée par un capitaine
secondé par deux lieutenants qui ont chacun la responsabilité d’un
peloton de 124 hommes. Chacun des deux pelotons étant divisé en
deux sections de 61 hommes chacune. Chaque section étant
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commandée par un sous-lieutenant qui a sous ses ordres deux
demisections de 30 hommes chacune dirigée par un sergent. Et enfin,
chaque sergent a sous ses ordres deux escouades de 15 soldats
chacune dirigée par un caporal (Voir l’organigramme du régiment en
Annexe).
« Pour résumer leur dit Joseph, chacun des trois bataillons au complet
comprend donc une section de 24 mitrailleurs et quatre compagnies de
250 hommes divisées en pelotons, sections, demi-sections et
escouades d’une quinzaine d’hommes. Et sous les ordres d’un
commandant, chaque bataillon comprend théoriquement 29 officiers,
36 sous officiers et 965 hommes de troupe dont 67 caporaux. »
Joseph en vient maintenant au « train régimentaire » et au « train de
combat » qui disposent de 60 voitures et fourgons et de 150 chevaux
pour les tirer. Fournissant ce qui est nécessaire à la subsistance des
hommes, le « train régimentaire » assure leur ravitaillement quotidien
et la distribution des vivres. Le « train de combat » fournissant lui tout
ce qui est nécessaire pour combattre et notamment les munitions :
cartouches des fusils Lebel, chargeurs des mitrailleuses, grenades et
explosifs.
La hiérarchie militaire à laquelle appartient le régiment de Joseph
À la demande des jeunes appelés, Joseph entreprend maintenant de
leur expliquer dans quelle hiérarchie s’insère leur régiment qui
eappartient à des unités militaires de plus en plus importantes : 58
e e èmeBrigade, 29 Division, 15 Corps d’armée et 2 Armée française. Et
ede préciser que leur régiment fait d’abord partie de la 58 Brigade
d’infanterie forte normalement de près de 7000 hommes commandés
par le général de brigade Gasquy (deux étoiles) et composée de deux
e erégiments : le 3 de Digne et le leur - le 141 de Marseille.
e e e
La 58 Brigade faisant elle-même partie – avec la 57 - de la 29
Division d’infanterie commandée par le général Carbillet (trois
étoiles). Division qui, théoriquement, comprend 380 officiers et
15 500 hommes de troupe et dispose de 2800 chevaux, 36 canons de
75 et 523 voitures formant sur route un convoi qui s’étire sur plus de
treize kilomètres. « Rendez vous compte que nous allons faire partie
d’un convoi sur route de treize kilomètres ! Et pensez à toute
l’organisation que cela implique ! » s’exclame-t-il ; avant de préciser
29