Tahar Ibtatene, dit Tintin

Tahar Ibtatene, dit Tintin

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Français
147 pages

Description

Décédé en 2000, Tahar Ibtatene s'est engagé dans les deux principales guerres du XXe siècle contre des systèmes oppresseurs. Arrivé en France en 1924, à l'âge de 15 ans, il passa le reste de son existence à Paris. Il rejoignit les services secrets du général de Gaulle en 1940 jusqu'à la Libération, fut un agent secret permanent et émérite du BCRA et le bras armé du Général pendant la Seconde Guerre mondiale. Surnommé « Tintin » dans la Résistance, il eut à son actif des faits héroïques de premier plan. Au déclenchement de la guerre d'Algérie, il prit à nouveau ses responsabilités, tout en espérant le retour aux affaires du général de Gaulle. Membre du FLN historique algérien, puis proche des démocrates pendant la période post-indépendance, il fut aussi un artisan convaincu et pragmatique d'une véritable indépendance de l'Algérie.

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Date de parution 28 février 2020
Nombre de lectures 2
EAN13 9782140143953
Langue Français
Poids de l'ouvrage 21 Mo

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Lyazid Benhami
Tahar Ibtatene, dit Tintin
Héros de la Résistance (1940-1945) et de la guerre d’Algérie (1954-1962)
Préface de Nils Andersson
Tahar Ibtatene, dit Tintin
Lyazid Benhami Tahar Ibtatene, dit Tintin Héros de la Résistance (1940-1945) et de la guerre d’Algérie (1954-1962) Préface de Nils Andersson
© L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-19388-5 EAN : 9782343193885
PRÉFACE Il a combattu le fascisme et le colonialisme
Une vie d’exception, dont il ne s’agit pas dans cette préface de déflorer le récit, mais de laisser découvrir le parcours de Tahar Ibtatene au travers des documents qu’il a laissés, de ceux recherchés par Lyazid Benhami et des souvenirs que rapporte ce neveu fidèle à sa mémoire. Parcours d’une vie emplie des risques pris au cours de deux guerres, celle contre l’Allemagne hitlérienne lors de la seconde guerre mondiale pour libérer la France et celle contre le colonialisme lors de la guerre d’Algérie pour libérer son pays. Deux conflits qui diffèrent dans leur nature, l’un de haute intensité lors duquel s’affrontent les puissances impérialistes, l’autre asymétrique, vu l’inégalité des moyens militaires entre la France et les Algériens, mais deux guerres lors desquelles des hommes et de femmes se sont engagés pour se libérer d’un occupant et combattre des idéologies mortifères : le nazisme et le colonialisme. Récit et documents révélés évoquent ce parcours rare et nous font comprendre, dans le cours de ces événements, la complexité des choix faits par Tintin, mais aussi, à chaque étape, leur logique. Cette vie commence dans les montagnes de Kabylie où Tahar aurait pu devenir berger, garde champêtre… esprit d’aventure, il part pour la France. On est dans les années 1920, celles de l’après der des ders, la crise de 1929 s’annonce, Tahar a quinze ans, il faut de la débrouille pour vivre et même survivre. Appelé pour faire son service militaire, il tente de se dérober à l’encasernement, rien de plus normal pour un jeune esprit qui se veut libre, sauf que son parcours va démentir et inverser ce refus. Les événements, l’Histoire, la Seconde Guerre mondiale, vont façonner son devenir. La France occupée, il fait le choix de la résistance à l’occupant allemand. Il le fait dès 1940, quand les premiers résistants se
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constituent en réseau. Tahar, parmi de multiples autres identités, devient alors Tintin. Comment, alors que les règles de la clandestinité ne facilitent pas le contact avec ceux qui refusent l’occupation, alors qu’il n’appartenait ni à un parti ni, semble-t-il, à des mouvements antifascistes, étant de plus un « indigène », comment Tintin fut-il contacté ou a-t-il pris contact avec la Résistance ? Qui le premier ou la première, avec les précautions d’usage sous l’occupation, lui proposa, en confiance, de porter un courrier, d’effectuer une surveillance, de mener une action, puis d’intégrer un réseau ? Les archives ou les quelques souvenirs qu’il a laissés, ne répondent pas entièrement à cette question, celle ou celui à qui il a répondu oui appartient à ces pans de mémoire qui s’effacent avec ceux qui s’en vont. Dans ces moments intenses de l’Histoire où, choix personnel, résister c’est accepter d’encourir tous les risques, il y a ceux qui s’engagent pour une cause ou au travers des liens d’amitié, d’autres selon leurs convictions partisanes ou pour la confiance qu’ils accordent à une personne. Le choix de Tintin fut-il, dès ce moment, fondé sur l’image du général de Gaulle qui refuse la capitulation ? Lui seul pourrait apporter une réponse, mais une certitude demeure, son affiliation à de Gaulle sera une fidélité sans faille. La raison première fut peut-être autre que celle de son admiration à de Gaulle, mais il est une certitude, l’enfant des montagnes de Kabylie a choisi de combattre ceux qui occupaient la France. Son rôle dans la résistance fut important. Lors de ses missions, il sera en contact aussi bien avec le colonel Rémy, une des grandes figures de la résistance, qu’avec les Guérini, l’expérience du secret et des armes de membres du Milieu ayant été, dans la résistance aux nazis, comme contre la domination coloniale, un indéniable apport. Tintin va mener les opérations les plus périlleuses, son efficacité et son sang-froid à effectuer les tâches qui lui sont désignées feront que, dans le cours de la guerre, il sera intégré au réseau Marco Polo, ce cœur du renseignement pour Londres. Toute action clandestine est effectuée par des femmes et des hommes qui sont, chacune et chacun, un maillon solidaire de tous les autres qui composent la chaîne. En accomplissant leur mission, ils sont seuls responsables envers eux-mêmes à ne pas être le maillon manquant ou celui défaillant. Le plus souvent, ils ne connaissent pas la phase qui précède, ni celle qui suit. Les risques encourus créent des liens particuliers que le temps ne distend pas entre ceux qui ont des contacts étroits, avec d’autres, les plus nombreux, une rencontre
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furtive, un message remis à l’angle d’une rue, un visage sans identité aperçu dans un appartement où l’on ne reviendra jamais, sont des instants de fraternité inscrits dans la mémoire, dans sa mémoire. Avec ces maillages qui se complètent et s’enchevêtrent, on croise des militants animés de convictions et ceux qui vivent une aventure, mais pour les uns comme pour les autres, c’est une vie de ruses, d’intelligence, de courage physique qui requièrent une disponibilité totale, jusqu’à accepter la mort, pire encore, la torture. Le parcours de Tintin est un exemple de cette disponibilité, les actions clandestines qui lui sont attribuées sont multiples et à haut risque, que ce soit d’être en contact avec le Milieu ou de pénétrer au cœur du pouvoir de Vichy, d’éliminer un officier de la SS ou d’organiser des filières d’argent ou d’armes, d’infiltrer des services allemands de propagande ou d’assurer la sécurité de membres du BCRA (l’organisme de renseignements de la France libre). Tous ces faits témoignent de la personnalité de Tintin, de sa capacité dans les situations les plus diverses de manœuvrer et d’en garder le contrôle, mais aussi de la confiance qui lui est accordée et des risques encourus. Confiance et risques encourus, par exemple quand il est fait appel à Tintin pour des opérations d’infiltration, que ce soit des milieux de la collaboration ou de l’occupant nazi. Je ne me fonde sur aucun document ni aucune information, mais je pense que ses origines algériennes sont une raison pour laquelle il lui a été demandé d’infiltrer les services allemands. La propagande nazie promettant leur indépendance aux États arabes et aux peuples colonisés, ils étaient vus comme un instrument privilégié pour servir l’Ordre nouveau. Tintin, un Algérien, pouvait paraître moins suspect, voire même être une prise. Déjouant l’ennemi, au-delà de sa mission, cela va lui permettre de détourner des frères qui cédaient aux arguments et à l’endoctrinement du Troisième Reich. Ses états de service dans la Résistance reconnus par la France libre, l’après-guerre n’est cependant pas sans désillusions, précisément en raison de ses missions d’infiltrations dans l’entourage de Vichy et au sein des services allemands. Cela prête certains à le considérer comme un collabo. Sur la base de ces allégations, Tintin connaît, ce à quoi il avait échappé sous l’occupation, la prison ; les preuves ayant été apportées du résistant qu’il fut, un non-lieu est prononcé. De cela, il ressent une légitime amertume, mais elle n’atteint pas sa fidélité à de Gaulle.
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Cette douloureuse parenthèse passée, ayant pleinement réussi sa réinsertion dans la vie civile avec la gestion d’hôtels et restaurants, à nouveau, les événements, l’Histoire, vont déterminer le cours de sa vie. L’enfant des montagnes de Kabylie est Algérien ; le 8 mai 1945, jour de la victoire sur le nazisme qu’il a combattu, à Sétif, Guelma et Kherrata, ceux qui demandent à être libérés du colonialisme comme la France a été libérée du nazisme sont impitoyablement réprimés. Ce jour-là, son peuple a compris, Tintin a compris, que l’ordre colonial ne pourra être modifié sans luttes et sacrifices ; la Révolution algérienne, er engagée le 1 Novembre 1954 est la conséquence directe, inscrite dans l’Histoire, du 8 mai 1945. Comme lors de l’occupation allemande, la lutte de libération nationale engagée, le choix de Tintin est clair : « comment lui, le combattant volontaire pour la liberté et contre l’occupation allemande, pourrait-il, en 1954, rester insensible au désir d’émancipation et d’indépendance légitime de ses frères algériens ? » Le lobby colonial et les gouvernements français ne voulant rien céder, le Front de libération nationale, le FLN, a été créé par des militants déterminés, agissant depuis des années dans la clandestinité, qui refusent de poursuivre le jeu politicien et parlementaire qui conduit à l’impasse, Quand l’émigration algérienne en France apprend que la lutte armée est engagée, elle ne sait pas qui est le FLN, qui sont ceux qui l’ont déclenchée et qui vont mener la lutte de libération jusqu’à l’indépendance. De plus, source de confusions, engrenage d’ego et de pouvoir, est créé le MNA qui condamne l’action armée ; une guerre civile s’en suit, des Algériens tuent des Algériens. Beaucoup, dans l’immigration en France, faute d’informations, sont désorientés, pensent même que c’est le MNA qui conduit la lutte armée en Algérie. Tintin, lui, n’a pas d’hésitations. Par ses liens ? Du fait de son expérience ? Il rejoint ceux qui ont engagé la lutte de libération, le FLN qui pendant huit ans conduira la révolution sur le front militaire, mais aussi sur les fronts politique et diplomatique. Une nouvelle fois, maillon de la chaîne, filière d’impression de tracts, d’argent, d’armes, Tintin apporte sa contribution. Mais à l’opposé de l’opinion des Français comme des Algériens, quand, après le putsch du 13 mai 1958, de Gaulle accède au pouvoir, Tintin a la certitude qu’il accordera l’indépendance à l’Algérie. Le « je vous ai compris » prononcé à Alger, ne signifiait pas pour lui, le maintien de la colonisation en Algérie, mais la fin de la colonisation. Prévision hasardeuse, mais dans les faits, face à l’irréductibilité et aux sacrifices
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