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Une vie de combats

De
192 pages
Le parcours de Mbaye-Jacques Diop au coeur de la société sénégalaise a été inspiré par de grands maîtres, dont Léopold Sédar Senghor qui fut l'initiateur de sa vocation politique. Sa forte personnalité n'a cessé d'interpeller les pouvoirs et sa meilleure légitimité, c'est auprès du peuple, dans ses missions d'élu local, qu'il a su la constituer. Toute sa vie, il n'aura cessé d'être un combattant. Depuis mars 2012, il a ressuscité son parti, le PPC.
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UUNNEE V VIE
DEE COMBATS
ans un itinéraire courageux et exposé, auquel l’avait préparé une mère vaillante
lui inculquant qu’il ne pourrait compter que sur lui-même, Mbaye-Jacques DDiop s’est forgé par l’efort. Son parcours au cœur de la société sénégalaise a
été inspiré par de grands maîtres, au premier rang desquels le président Léopold Sédar
Senghor qui fut l’initiateur de sa vocation politique.
Révolté par l’injustice et les humiliations du système colonial, il a très tôt rejoint
l’action émancipatrice du Bloc démocratique sénégalais (BDS), où il fut chargé de
structurer le mouvement des jeunes. Le Congrès de Cotonou de juillet 1958 l’a ouvert,
avec ses camarades, aux idées d’indépendance immédiate et de panafricanisme. Le 26
août de la même année, sur la Place Protêt, au cœur de Dakar, il fut l’un des « Porteurs
de Pancartes » qui, en appui aux jeunes élus courageux qui portaient haut l’espoir d’un
pays libre, face au Général de Gaulle, enclenchèrent la dynamique d’une émancipation
rapide et démocratique.
Souvent dérangeante, farouchement indépendante, sa forte personnalité n’a cessé
d’interpeller des pouvoirs qui l’ont rarement gratifé en retour de ses eforts. Sa meilleure
légitimité, celle dont il est le plus fer, c’est auprès du peuple, dans ses missions d’élu
local, qu’il a su la constituer.
Toute sa vie, il n’aura cessé d’être un combattant. Sa parole, en un temps où les acteurs
politiques sont souvent désorientés, est plus que jamais opportune pour déchifrer les
enjeux du futur en s’appuyant sur un passé mieux connu.
Né le 15 janvier 1936 à Rufsque, Mbaye-Jacques Diop est juriste de formation (licence
et DES en droit) et titulaire du diplôme français d’inspecteur de la Jeunesse et des Sports.
Expert maritime agréé, commissaire international aux avaries, expert commercial et syndic-
administrateur judiciaire, Mbaye-Jacques Diop est ancien député, ancien maire de la ville
de Rufsque et ancien président du Conseil de la République pour les Afaires économiques et
sociales (CRAES). De 1952 à 2000, il a milité dans les rangs du Mouvement des jeunes du bloc
démocratique sénégalais (MJBDS), parti de Léopold Sédar Senghor, qui deviendra le BPS,
l’UPS et le PS, à la faveur de fusions et de mutations. En 2000, Mbaye-Jacques Diop quitte
le PS pour fonder son parti, le Parti pour le progrès et la citoyenneté (PPC), qui, en 2004,
tentera une fusion avortée avec le PDS. Depuis mars 2012, il a ressuscité son parti le PPC.
20 €
ISBN : 978-2-296-99553-6
Livre paru avec la participation du Fonds
d’aide à l’édition du ministère sénégalais de Mémoires SSSénégalénégMémoiresla Culture et des Loisirs/Direction du Livre
et de la Culture. 9` f^i g_ `\ 9` f^i g_ `\
jj9/XX
Couverture : Abdoulaye Diallo & Serge Lauret.
Mbaye-Jacques Diop
UNE VIE DE COMBATS


















Une vie de combats















« Mémoires & Biographies »

Collection dirigée
par Pr Abdoul SOW & Dr Abdoulaye DIALLO

Dernières publications

SOW Abdoul, Ibrahima Seydou Ndaw 1890-1969. Essai d'histoire
politique du Sénégal, Collection « Mémoires et Biographies », n° 7,
janvier 2013.
WADE El Hadji Madické, El Hadji Momar Sourang. Un grand notable
de Saint-Louis et fervent mouride, Collection « Mémoires et
Biographies », n° 6, novembre 2012.
KANE Mamoudou Ibra, KASSÉ El Hadji Hamidou, Mamoudou Touré.
Un Africain au cœur de l'économie mondiale, collection « Mémoires
& Biographies », n° 5, juillet 2012.
NIANG Mamadou, Mémoires synchrones du fleuve de mon destin,
collection « Mémoires & Biographies », n° 4, juin 2012.
MBACKÉ Khadim, Le parcours d’un arabisant de Touba, collection
« Mémoires & Biographies », n° 3, novembre 2011.
SOW Abdoul, Mamadou Racine Sy. Premier Capitaine noir des
Tirailleurs sénégalais (1838-1902), collection « Mémoires &
Biographies », n° 2, septembre 2010.
KÉBÉ Abdoul Aziz, Serigne Abdoul Aziz Sy Dabbâkh. Itinéraire et
enseignements, collection « Mémoires & Biographies », n° 1, juin
2010.






MBAYE-JACQUES DIOP





Une vie de combats
























































Ce livre est paru avec la participation du Fonds d’aide à l’édition
du ministère sénégalais de la Culture et des Loisirs / Direction du Livre et de la Lecture












© L’HARMATTAN-SÉNÉGAL, 2013
« Villa rose », rue de Diourbel, Point E, DAKAR

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
senharmattan@gmail.com

ISBN : 978-2-296-99553-6
EAN : 9782296995536








DÉDICACES
– À mon père, Madické Diop, dont les prières m’ont toujours
accompagné.
– À ma mère, Thiaba Diop, qui m’a pris la main un jour de l’année
1942 pour m’emmener à l’école française,
– À mes enfants que j’ai essayé d’éduquer dans l’honneur et la
dignité pour que jamais ils n’aient à baisser le regard.
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REMERCIEMENTS
– À mes épouses, fidèles compagnes qui ont toujours été à mes
côtés tout au long des péripéties de la vie,
– À mes compagnons de lutte de la première heure des Jeunesses
du Bloc démocratique sénégalais ; mes camarades porteurs de
pancartes qui ont balisé le chemin pour l’Indépendance,
– Au président Léopold Sédar Senghor, qui m’a ouvert les yeux à
la vie politique,
– À Maurice Guèye, ancien maire de Rufisque qui, le premier, m’a
mis les pieds à l’étrier,
– Au ministre d’État Alioune Badara Mbengue, mon grand-frère
qui a été pour moi un réconfort permanent,
– À tous les militants qui, depuis cinquante ans, génération après
génération, m’accompagnent loyalement,
– À Cheikh Hamidou Kane, homme de Lettres, qui a bien voulu
préfacer ce livre…
À vous tous, je dis infiniment merci.

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Liste des acronymes et sigles
AEF : Afrique-Équatoriale française
AFP : Alliance des forces de progrès
AJ : Ánd Jëf
AOF : Afrique-Occidentale française
APR : Alliance pour le progrès et la république
APS : Agence de presse du Sénégal
BCG : Bloc centriste gaïndé
BDS : Bloc démocratique sénégalais
Bem : Bordeaux école management
BICIS : Banque internationale pour le commerce et l’industrie
du Sénégal
BPS : Bloc populaire sénégalais
CENTIF : Cellule de traitement des informations financières
CES : Conseil économique et social
CNJ : Conseil national de la jeunesse
CRAES : Conseil de la République pour les affaires économiques
et sociales
CSSA : Conseil supérieur du sport en Afrique
DES : Diplôme d’études supérieures
DEUG : Diplôme d’études juridiques générales
DIC : Division des investigations criminelles
ENAM : École nationale d’administration et de la magistrature
FAL : Front pour l’alternance
FEANF : Fédération des étudiants d’Afrique noire en France
HLM : Habitations à loyer modéré
LD : Ligue démocratique
MFS : Mouvement des femmes du Sénégal
MJBDS : Mouvement des jeunes du bloc démocratique sénégalais
MPS : Mouvement populaire sénégalais
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MBAYE-JACQUES DIOP
MJUPS : Mouvement des jeunes de l’union progressiste sénégalaise
ONU : OOrrggaanniissaattiioonn ddeess NNaattiioonnss uunniieess
PAI : PPaarrttii aaffrriiccaaiinn ppoouurr ll’’iinnddééppeennddaannccee
PC : Parti communiste
PDCI : Parti démocratique de la Côte d'Ivoire
PDS : Parti démocratique sénégalais
PIT : Parti de l’indépendance et du travail
PPC : PPaarrttii ppoouurr llee pprrooggrrèèss eett llaa cciittooyyeennnneettéé
PRA : Parti du regroupement africain
PS : Parti socialiste
PSAS : Parti sénégalais d’action socialiste
RDA : Rassemblement démocratique africain
RND : RRaasssseemmbblleemmeenntt nnaattiioonnaall eett ddéémmooccrraattiiqquuee
RPF : RRaasssseemmbblleemmeenntt ppoouurr llaa FFrraannccee
SOCOCIM : Société coloniale du ciment
SENELEC : Société nationale d’électricité
UDS : Union démocratique sénégalaise
UGEAO : Union générale des étudiants d’Afrique Occidentale
URSS : UUnniioonn ddeess rrééppuubblliiqquueess ssoocciiaalliisstteess ssoovviiééttiiqquueess
UVA : Union des villes africaines





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Préface
Dans son autobiographie qu’on lira ci-après, Mbaye-Jacques
Diop indique que nos chemins se sont croisés en 1960, à Thiès, chef-
lieu de l’une des sept nouvelles régions dont, à son indépendance,
l’État du Sénégal venait de doter notre pays.
Il se trouve, en effet, que depuis l’étape dite de l’autonomie
interne, en 1957, et jusqu’en 1960, pendant que, dans les partis
politiques fédéraux ou territoriaux, dans les organisations de
masses, le débat, comme le raconte si bien Mbaye-Jacques Diop,
faisait rage sur la possibilité ou non d’accéder immédiatement à
l’indépendance, ou d’y accéder dans le cadre des fédérations de
l’AOF et de l’AEF ou en ordre dispersé, notre pays, à l’initiative de
son Président du Conseil, Mamadou Dia, s’était attelé à la tâche de
préparer la déconstruction des structures et des politiques par
lesquelles le colonisateur dirigeait, gérait et exploitait sa colonie du
Sénégal. Ce travail, accompli sous la rigoureuse et ferme impulsion
de ce chef d’équipe par le gouvernement, les cadres administratifs et
techniques sénégalais, appuyés par des partenaires français, adeptes
de l’Économie humaine, venait après un méticuleux état des lieux,
de mettre au point une nouvelle organisation politique,
administrative et territoriale pour servir de structure d’accueil et de
support à la nouvelle politique de développement économique et
social. Réforme administrative et nouvelle politique de
développement devaient être substituées à l’organisation politique et
administrative coloniale, et à son économie d’exploitation et de
traite. Ce travail fut accompagné par la formulation d’un premier
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MBAYE-JACQUES DIOP
plan quadriennal (1960-1964) destiné à modéliser et à promouvoir
les politiques de croissance et de développement, à partir des
indicateurs et des niveaux laissés par la gestion coloniale. Il fut
décidé, en troisième lieu, que, avant d’étendre cette nouvelle
gouvernance administrative et économique à l’ensemble du pays, il
convenait de la tester dans une Région Pilote. C’est ainsi que Thiès
fut choisie. J’en fus nommé le premier Gouverneur, assisté par un
Adjoint au Développement, M. Jules Sagna, un adjoint
administratif, M. Ablaye Fall Der, qui fut aussi Préfet du
Département de Thiès, MM. Alphonse Ndiaye et Ibrahima Faye,
Préfets de Tivaouane et de Mbour.
Chacun des ministères choisit ses meilleurs agents pour être les
Directeurs régionaux des services, avec le titre d’Inspecteurs
régionaux. C’est ainsi que le ministère de la Jeunesse choisit Mbaye-
Jacques Diop comme Inspecteur Régional de la Jeunesse, et que le
ministère de l’Agriculture et de la Coopération choisit Ousmane
Diagne en qualité d’Inspecteur Régional de la Coopération.
Mbaye-Jacques et Ousmane Diagne attirèrent à la gouvernance
de Thiès, même s’ils n’y exerçaient aucune fonction, des amis
comme Ousmane Sène Blay de Rufisque, Massamba Niang de
Saint-Louis, des Thiessois comme Gallo Nguer, Amadou Bouta
Guèye, et bien d’autres. Ils animèrent à Thiès, à 70 km de Dakar,
un cénacle de débats passionnés sur la nouvelle situation du pays,
du continent, et sur nos relations avec la France, avec le monde.
C’est dès cette époque que j’observai quelques traits dominants de
Mbaye-Jacques. Il était un militant et un activiste dans l’âme. Il
était un organisateur inlassable et impénitent, un orateur disert. Il
alliait à un nationalisme combatif un patriotisme invétéré de parti
(UPS) et de clans (tendances). Il savait se battre pour son parti, pour
sa tendance, pour sa ville de Rufisque. Mbaye-Jacques avait une
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Une vie de combats
dévotion sans bornes pour Thiaba Diop, sa « mère-courage », qui
fut son cordon ombilical avec la société traditionnelle sénégalaise,
qui lui a inculqué les valeurs de solidarité, de fidélité qui cimentent
cette société. C’est aussi d’elle qu’il tient sa pugnacité, cette résilience
qui fait qu’il retombe toujours sur ses pieds après chacun de ses
nombreux combats. Armé de ces qualités, il a su aussi se conquérir,
à la force des poignets, une place dans l’école du colonisateur (« un
des grands dons de sa mère », dit-il), gravir ses classes, du primaire
au secondaire d’abord (malgré l’ostracisme et le mépris des colons),
et, plus tard, au milieu des années 70, se hausser jusqu’au niveau
universitaire en acquérant maîtrise et DES en Droit commercial.
Sans doute aiguillonné par les obstacles, les injustices, il s’est
progressivement ingénié à acquérir une expertise professionnelle qui
lui confèrerait un métier, un gagne-pain sûr et indépendant. Les
étapes de ce parcours du combattant furent successivement des
postes de laborantin à la SOCOCIM, de « chargé du reclassement
total de la bibliothèque » à la Mairie de Rufisque, d’agent de la
météo, d’agent des services de l’élevage, etc. Ses efforts et son
obstination finirent par lui faire acquérir le métier « d’expert
maritime et syndic-administrateur judiciaire agréé près les cours et
tribunaux ». Ce travail, dit-il, lui a permis d’acquérir une
indépendance matérielle le mettant à l’abri des aléas et hasards
induits par des revenus qui ne seraient tirés que des positions et
stations procurées par les carrières politico-administratives.
Sa carrière politique, principalement fondée par le suffrage des
électeurs, aux niveaux communal et législatif, l’a haussé, des
décennies durant, à tous les niveaux de la représentation populaire.
Sa vie durant, il n’aura été « nommé » dans une position qu’une
seule fois, et pendant trois ans, à la tête du CRAES, jusqu’à ce qu’on
lui ait demandé de « restituer » cette position à celui qui estimait
qu’il en était le propriétaire.
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MBAYE-JACQUES DIOP
Pour ce qui touche aux événements marquants de sa vie
politique, on lira avec un très grand intérêt le récit brillant et
éloquent qu’il en fait, dans une excellente langue française, qui rend
justice à son goût de la lecture, acquis depuis le primaire et la
bibliothèque municipale de Rufisque. Mbaye-Jacques n’est pas
seulement l’orateur éloquent et disert que j’avais vu à l’œuvre, à
Thiès. Il sait aussi écrire, en ayant acquis la discipline, les règles et
les vertus.
De cette carrière politique très riche donc, deux événements
semblent émerger, qui constituent la substance de ce livre, à savoir,
d’une part, l’épisode historique de la rencontre avec De Gaulle des
« Porteurs de Pancartes », dont Mbaye-Jacques était probablement
l’organisateur le plus effectif, et, d’autre part, quoiqu’à un degré
moindre de prégnance dans son récit, le Congrès de Cotonou de
juillet 1958. On notera la proéminence prise, dans son récit et ses
souvenirs, par ces événements, notamment ceux de la Place Protêt
où, par une de ces ruses de l’histoire, à la tête de la jeunesse
africaine du Sénégal, il a eu l’opportunité d’apostropher et de toiser
la haute figure de Charles de Gaulle.
Tel est Mbaye-Jacques Diop, personnage chaleureux, engagé et
attachant.
Cheikh Hamidou KANE
Écrivain
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Avant-propos
C’est un long cordon de plage boudé par les foules touristiques.
Pas franchement une carte postale, mais quand même une fenêtre
ouverte sur la mer, avec le rêve qu’elle porte en chacun d’entre
nous. La brise, avide des odeurs de poisson qu’elle aime y
poursuivre, se coule entre les cases de pêcheurs.
Yène était le village de mon grand-père maternel, Mafatim
Diop. C’est là que ma mère est née. Voilà ce qui m’y attache. Je n’y
ai pas à proprement parler de souvenirs d’enfance, puisque ce
grand-père était décédé lorsque je suis venu au monde. Les
souvenirs que je cultive en ce lieu sont plutôt ceux que me
racontait maman. En tout cas, lorsque je demeure dans ma
maison située aux confins du vieux village, c’est bien un sentiment
de ressourcement qui m’assaille. J’aime me replier en cet endroit
qui suffit à mon bonheur.
C’est à Yène aussi que j’aime cultiver l’art de la Téranga auprès
de mes invités. Car, je le sais, l’hospitalité de ce havre de paix, sous
les cocotiers, autour de la piscine ou à l’ombre des terrasses
fleuries, les aide à reprendre leur souffle. C’est là que, moi-même,
j’ai trouvé l’isolement et la concentration me permettant d’écrire
ces pages.
À l’intérieur, sur les murs blancs, nul abus décoratif. Les pièces
sont vastes, mais non encombrées de bric-à-brac, car j’aime la
sobriété. Peu de tableaux ornent les murs. Des photos surtout.
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MBAYE-JACQUES DIOP
Toutes évoquent mes modèles dans la vie. J’aime les passer en
revue, comme une galerie de portraits.
Tout d’abord, Mohamed Ali : son combat du 25 mai 1965
contre Sonny Liston, poids lourd dont il triompha dès la première
minute de combat. En affichant son image chez moi, je montre
l’estime que je porte à cet homme. Certains traits de sa
personnalité, parfois paranoïaque dit-on, m’importent peu. Je vois
plutôt dans son parcours des traits de génie, qui m’impressionnent
et que j’admire. D’abord, son talent de boxeur. Je peux l’apprécier,
car j’ai moi-même un peu pratiqué ce sport, aussi exigeant que
rigoureux. Ceux qui s’y adonnent sont forcément des êtres entiers,
déterminés, des stratèges. Ils ont toujours une longueur d’avance,
dans les mains comme dans l’esprit. Je suis resté un passionné de
boxe. Je peux rester toute une nuit, jusqu’à six heures du matin,
pour regarder des séries de combats sur les télévisions satellitaires
spécialisées.
L’autre trait de caractère qui me plaît chez Cassius Clay, c’est
que, devenu Mohamed Ali, il a pleinement embrassé la cause des
hommes noirs en lutte contre la condition qui leur était faite aux
USA, avant la loi des droits civils. À certains égards, le système
racial américain confinait à l’apartheid. Le combattre était juste.
Une autre facette du grand boxeur me convient bien : son combat
contre la guerre au Vietnam. Il a su se révolter contre un conflit
injuste et voué à l’échec. Finalement, ce que j’apprécie le plus en
Mohamed Ali, c’est le combattant social. J’aime à me trouver
certains traits de sa personnalité revendicatrice, obstinée, tenace.
Dans un contexte difficile et très répressif, alors qu’il savait quelles
seraient les répercussions de son geste sur sa carrière, il est quand
même entré en rébellion. Il n’a pas été accommodant. Il a osé.
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