Communication publique et territoriale au Maghreb
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Communication publique et territoriale au Maghreb

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Description

Partenaire du programme franco-maghrébin Langages, objets, territoires et hospitalités (LOTH), la Faculté de Béjaïa contribue, par ces travaux, à la réflexions sur les liens entre communication et développement territorial. L'ouvrage interroge la conception et la réalisation d'actions de communication couplées à des dispositifs de conservation, de réhabilitation et de mise en valeur de différents patrimoines du Maghreb en partant du point de vue des acteurs du terrain et des publics concernés.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 avril 2015
Nombre de lectures 39
EAN13 9782336375458
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Communication publique
et territoriale
Enjeux d’une valorisation
et défi s pour les acteurs
Partenaire du programme franco-maghrébin Langages, Sous la direction de
objets, territoires et hospitalités (LOTH), la Faculté des
Aïssa Merah et Vincent Meyersciences humaines et sociales de l’université de Béjaïa
contribue, par ces travaux, à la réfl exion sur les liens entre
communication et développement territorial. Comme
dans les précédentes publications de ce programme, il
s’agit dans cet ouvrage d’interroger la conception et
la réalisation d’actions de communication couplées à
des dispositifs de conservation, de réhabilitation et de
mise en valeur de différents patrimoines au Maghreb
en partant du point de vue des acteurs du terrain et
des publics concernés. Ainsi les textes mettent-ils au
jour l’intérêt d’étudier les interactions effectives entre
au Maghrebdifférents publics et acteurs territoriaux, mais également
celles mises en œuvre entre deux métiers, à savoir :
les communicants publics des institutions territoriales
en voie de professionnalisation et les journalistes
traitant l’actualité de ces institutions et territoires
dans un contexte de mutation socio-économique sans
précédent. De la sorte, les thématiques de recherche
en information et communication s’ouvrent aussi sur
des recherches et objets en géographie, écologie,
aménagement du territoire, qualifi cation de produits
culturels et artisanaux, préservation et restauration
des sites patrimoniaux et touristiques.
Aïssa Merah est maître de conférences HDR en sciences
de l’information et de la communication à l’université
de Béjaïa, chercheur au laboratoire Réception et usage
des produits culturels et médiatiques, université Alger 3,
merah_aissa@yahoo.fr.
Vincent Meyer est professeur des universités en sciences
de l’information et de la communication, chercheur au
laboratoire Information, milieux, médias, médiations (I3M),
université Nice Sophia Antipolis, vincent.meyer@unice.fr.
Ont contribué à cet ouvrage : Abdellatif Ait Heda,
Farouk Bahloul, Ouafae Bouchaf, Karima Boudedja,
Asma Chaker, Warda Daim-Allah, Hamida El Bour,
Mustapha Guenaou, Leila Hammoud, Mounir Jarraya,
Ali Khardouche, Abdelouhab Makhlou , Aïssa Merah,
Vincent Meyer, Linda Saadaoui, Walid Zoghbi et Khaled
Zouari.
Préface de Michel Durampart
Photo de couverture : Le re et éternel de l’alpha (2014) © Vincent Meyer. Postface de Dominique Mégard
Communication et civilisation 24 € ISBN : 978-2-343-06061-3 Communication et civilisation
et territoriale au Maghreb
Enjeux d’une valorisation
et défi s pour les acteurs
Communication publique
Sous la direction de
Communication publique et territoriale au Maghreb
Aïssa Merah et Vincent Meyer
Enjeux d’une valorisation et défi s pour les acteursCommunication publique et territoriale
au Maghreb© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06061-3
EAN : 9782343060613Sous la direction de
Aïssa Merah et Vincent Meyer
Communication publique et territoriale
au Maghreb
Enjeux d’une valorisation et défis pour les acteurs
Préface de Michel Durampart
Postface de Dominique Mégard
L’HarmattanCommunication et Civilisation
Collection dirigée par Nicolas Pélissier
La collection Communication et Civilisation, créée en septembre
1996, s’est donné un double objectif. D’une part, promouvoir des
recherches originales menées sur l’information et la communication
en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs
dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large.
D’autre part, valoriser les études portant sur l’internationalisation de la
communication et ses interactions avec les cultures locales.
Information et communication sont ici envisagées dans leur
acception la plus large, celle qui motive le statut d’interdiscipline des
sciences qui les étudient. Que l’on se réfère à l’anthropologie, aux
technosciences, à la philosophie ou à l’histoire, il s’agit de révéler la
très grande diversité de l’approche communicationnelle des
phénomènes humains.
Cependant, ni l’information, ni la communication ne doivent être
envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants.
Dernières parutions
Sylvie P. ALEMANNO (dir.), Communication
organisationnelle, management et numérique, 2014.
Linda IDJÉRAOUI-RAVEZ et Nicolas PÉLISSIER (dir.),
Quand les traces communiquent… Culture, patrimoine,
médiatisation de la mémoire, 2014.
Bernard IDELSON, Vies de journalistes. Sociobiographies, 2014.
Michael B. PALMER, Naissance du journalisme comme
industrie. Des petits journaux aux grandes agences, 2014.
Sous la direction de Jacques BONNET, Rosette BONNET et
Daniel RAICHVARG, Communication et intelligence du
social, Tomes 1 et 2, 2014.
Sous la direction de Florence LE CAM et Denis RUELLAN,
Changements et performances du journalisme, 2013.
Sous la direction de Marc MARTI et Nicolas PÉLISSIER,
Tension narrative et storytelling, 2013.
Coordonné par Alexandre COUTANT & Thomas STENGER,
Identités numériques, 2013.
Sous la direction de J. MAAREK, Présidentielle 2012, une
communication politique bien singulière, 2013. SOMMAIRE
Préface
Pr Michel Durampart.........................................................................................................................................................7

Valoriser des territoires par la communication : un réel défi
pour les acteurs
Aïssa Merah et Vincent Meyer ........................................................................................................................11
Représentations territoriales et projets de développement rural
au Maghreb : les territoires de Yakourene en Algérie
et de Tataouine en Tunisie
Karima Boudedja ................................................................................................................................................................19
Acceptation des projets de conservation et de développement
territorial : l’aire marine protégée de Taza en Algérie
Asma Chaker...............................................35
Communication publique et acceptabilité
des projets d’aménagement urbain :
le projet de la vallée du Bouregreg au Maroc
Ouafae Bouchaf .....................................................................................................................................................................51
Entre discours politique, discours savant et discours médiatique,
le traitement journalistique de l’environnement en Tunisie
Hamida El Bour.....................................65
Communication médiatique de concertation sur l’environnement
local : le cas des acteurs de la ville de Béjaïa en Algérie
Farouk Bahloul et Aïssa Merah ....................................................................................................................77
Usage des TIC pour la promotion du patrimoine local
par le mouvement associatif : le cas des associations
du patrimoine de Béjaïa
Warda Daim-Allah et Leila Hammoud ..............................................................................................97
Communication d’entreprise et ancrage territorial
d’une fabrique de terroir, entre la construction d’une identité
et la recherche d’une image : Zitna au sud du Maroc
Abdellatif Ait Heda .......................................................................................................................................................113 Stratégie de communication sanitaire dans un territoire : la lutte
contre la tuberculose dans le gouvernorat de Sfax en Tunisie
Mounir Jarraya ..................................................................................................................................................................129
Communication publique des usagers du secteur des transports :
cas de la diaspora sur le transport aérien en Algérie
Linda Saadaoui et Walid Zoghbi.............................................................................................................151
Technologie de la 3G comme facteur de développement territorial
en Algérie
Ali Khardouche et Abdelouhab Makhloufi ...............................................................................175
Questionner la communication, le marketing
et l’innovation sociale dans le cadre de l’économie sociale
solidaire appliquée aux territoires
Khaled Zouari ......................................................................................................................................................................189
Proposition d’une charte de communication publique
à l’ère des TIC : le projet 3C de la commune d’Oran en Algérie
Mustapha Guenaou.......................207
Postface
De l’existence et de la force de la communication publique
Dominique Mégard, présidente du Réseau Cap’Com.............................................225


6 Préface
Pr Michel Durampart
Co-directeur du Laboratoire I3M
Participer en Algérie à cette belle aventure du développement de la
communication publique et territoriale au Maghreb encore portée par le
1programme Langages, objets, territoires et hospitalités (LOTH) fut une
expérience intéressante et riche et qui m’a particulièrement touché.
Connaissant bien l’université de Béjaïa, pour y avoir travaillé moi-même
durant quelques années en collaborant avec ces membres pour l’installation
de cursus en licences professionnelles, dans un contexte peu favorable à ce
type du formation m’a permis de constater l’étendue des dynamiques de
cette université. Cette université a toujours su affirmer son ouverture et sa
capacité à accueillir des collègues étrangers afin de participer au changement
des contextes de formation et de recherche. C’est donc avec une certaine
émotion que je me suis à nouveau retrouvé en situation d’échanger avec tous
ces collègues venus de Tunisie, d’Algérie, du Maroc et de France dans les
lieux d’une université si dynamique et historiquement prestigieuse.
Comme je l’ai souligné dans mon intervention, des rencontres appuyées sur
des programmes de recherche ambitieux et solides, sont indispensables en
ces temps troublés et difficiles où tous les événements semblent concourir
pour établir des fractures entre les deux rives de la Méditerranée. Elles
permettent non seulement de maintenir un lien scientifique, mais aussi de
résister aux crises engendrant une mécompréhension culturelle identitaire.
Alors la science peut servir de passeur, de témoin, sans pour autant gommer
nos appréciations différentes sur des problèmes tels que l’exploitation de
l’énergie, le développement durable, l’économie solidaire, le lien tourisme/
culture/aménagement. Tant de sujets qui nous rassemblent sur le fond mais
sur lesquels les discussions et les éclairages différent de part et d’autre et qui
doivent pouvoir se manifester et s’exprimer. Je rends alors grâce à Vincent
Meyer et aussi à tous nos collègues impliqués dans le programme LOTH de
contribuer ainsi à un rôle pacificateur, progressif qui fait fonction de lien et

1 http://loth.hypotheses.org.
7 de liant, et donne à la science sa mission première de résister aux fractures
culturelles sociales, politiques en favorisant de la sorte la continuation d’une
réflexion. Encore plus que naguère, c’est le rôle des chercheurs d’être
présents ici, en Algérie ou ailleurs, et de témoigner.
Le thème de cet ouvrage est une illustration de l’intégration des pays du
Maghreb – et au-delà, de l’Afrique francophone – dans le vaste mouvement
de recherche autour de la communication publique et territoriale. C’est un
enjeu majeur qui montre effectivement nos convergences, mais aussi les
débats que nous devons avoir. Les approches et les problématiques traitées –
apports de la communication au développement des transports publics,
acceptation des projets de conservation du littoral, communication de
concertation sur l’environnement, sensibilisation sanitaire… – sont
étonnamment similaires à ceux qui préoccupent le monde francophone et,
au-delà, l’Europe et le monde. Je suis toujours frappé avant de voir ce qui
nous différencie du point de vue des contextes et situations, de constater les
dynamiques qui nous permettent de nous rejoindre dans nos préoccupations
et motivations. C’est bien justement l’éclairage de ces deux plans rejoints et
contrastés que le colloque de Béjaïa a permis de manifester et de faire
entendre.
Les colloques de Djerba en 2012 ou de Taroudant en 2015 permettent ainsi
de suivre le fil d’une réflexion abondante et multiple dans ces champs
d’application et les problématiques diverses qui se signalent et sont un fil
conducteur favorisé par les sciences de l’information et de la
communication. Cette discipline joue ainsi son rôle moteur sur
l’établissement de l’interdiscipline et d’une analyse globale et spécifiée sur
de nombreux points reliant aménagement, rôle des acteurs institutionnels et
des populations, débat autour du développement des territoires, afin de faire
face aux grands problèmes du temps. Qu’on en juge par la diversité des
apports scientifiques et des pratiques de recherches initiés, en cours ou
réalisés, qu’il s’agisse de l’impact des représentations territoriales sur la mise
en œuvre de projets de développement dans les territoires ruraux en Algérie,
au Maroc et en Tunisie, de l’acceptation des populations face au
développement territorial, du marketing urbain à Béjaïa, du rôle des médias
et de la communication environnementale en Tunisie, de la communication
publique et territoriale à l’heure des Technologies de l’information et de la
communication (TIC) pour l’ensemble du Maghreb.
Des questions et évolutions qui ne se résument pas bien sûr à leur seule
résolution par une approche communicationnelle. Pour autant, celle-ci
permet de rassembler et de mettre en synergie ce qui relève de
l’aménagement, du développement, du marketing et du management mais
aussi de la concertation si vitale pour traduire ensemble et conjointement ces
changements. Elle favorise aussi une convergence des regards dans une
dynamique de participation et de concertation qui font œuvre pour que les
populations ne soient pas écartées des processus en cours ou en gestation.
Évidemment, cela montre aussi les difficultés à résoudre afin d’engager des
8 mouvements, aussi bien au Nord qu’au Sud, mais surtout au Sud, pour
enclencher des changements qui ne sont pas toujours historiquement établis
politiquement et structurellement, et qui demandent des efforts considérables
pour engager ces mutations culturelles et politiques. De ce point de vue, il
est bien possible que, justement, un tel contexte d’émergence et de continuité
d’une volonté souvent contrariée de mettre les populations au cœur des
projets d’aménagement ou d’adaptation des territoires ouvre des processus
pertinents et innovants qui peuvent aussi nourrir la réflexion au Nord. C’est
bien ce rôle et cette mission qu’a portés le programme LOTH durant des
années.
En tant que co-directeur du laboratoire I3M des universités de Nice et de
Toulon, ayant déjà participé à certaines éditions de ces colloques dans le
passé ou à des colloques franco-tunisiens soutenus par la Société française
de sciences l’information et de la communication, j’ai donc été fier d’être
convié à participer à l’édition de Béjaïa. Quel plaisir aussi de revoir ainsi
nombre de collègues qui s’engagent dans le partenariat avec la France mais
aussi si impliqués dans leur propre contexte à analyser des transformations
essentielles et à apporter leur contribution à ces mouvement cruciaux pour
l’évolution de régions confrontées aux grands problèmes de l’évolution des
territoires et des mentalités. I3M jouera pleinement son rôle, étant lui même
engagé sur une réflexion dans le pourtour méditerranéen (rôle des TIC et des
dispositifs sociotechniques d’information et de communication, évolution
des savoirs et connaissances en mouvement à travers la fondation d’un
observatoire euro-méditerranéen). À la demande de Vincent Meyer qu’il faut
saluer pour ces années de travail et de défrichement dans ces terres qui nous
sont chères, il va maintenant se proposer d’accueillir des programmes et
collaborations qui se poursuivent sur les bases du programme LOTH et
d’autres initiatives. Merci encore à nos collègues de Béjaïa et des autres
universités ou centres de recherche au Maghreb de nous accueillir et de
poursuivre avec nous une réflexion partagée où nous aurons à chaque fois à
rendre compte des tendances et mouvements qui nous font progresser dans
notre réflexion. Merci de nous permettre ainsi de témoigner sur l’évolution
et les dynamiques de ces régions du monde, contredisant tous les raccourcis
et mésestimations véhiculés par le manque de connaissance ou la
désinformation dans nos différents pays, et d’aller au-delà des apparences.
9

Valoriser des territoires par la communication :
un réel défi pour les acteurs
1 2Aïssa Merah et Vincent Meyer
Partenaire du programme franco-maghrébin « Langages, objets, territoires et
hospitalités » (LOTH), la Faculté des sciences humaines et sociales de
l’université de Béjaïa a souhaité contribuer, par ces travaux, à la réflexion
sur les liens entre communication et développement territorial. Cet intérêt
quant à ce champ en pleine professionnalisation s’inscrit en prolongement de
différentes formes de partenariats aboutis en mobilités enseignantes, en
manifestations scientifiques, en cotutelle et codirection de thèses et en
publications. En effet, le programme LOTH a pu fédérer et su concrétiser
plusieurs projets dans lesquels une dizaine d’établissements universitaires
franco-maghrébins se sont engagés. On pense tout particulièrement aux
rencontres scientifiques (Tunis 2008, Delzod-Djerba 2009, Toulon 2010,
3Constantine 2011 et Djerba 2012 ) dédiées aux apports des sciences de
l’information et de la communication dans des thématiques et des recherches
appliquées aux territoires en tant qu’espaces dynamiques de cohésion sociale
et de développement local qui ne peuvent plus ne pas communiquer via leurs
institutions, associations, investisseurs, visiteurs et citoyens. Ces rencontres
ont été soutenues par plusieurs partenaires : la Société française des sciences
de l’information et de la communication, le Réseau des professionnels de la
communication publique et territoriale Cap’Com pour la France, l’Institut
des régions arides en Tunisie, l’École des sciences de l’information au
royaume du Maroc et enfin l’Agence universitaire de la Francophonie.

1 Maitre de conférences HDR en sciences de l’information et de la communication, université
de Béjaïa, chercheur au laboratoire Réception et usage des produits culturels et médiatiques,
université d’Alger 3, merah_aissa@yahoo.fr.
2 Professeur des universités en sciences de l’information et de la communication, chercheur au
laboratoire Information, milieux, médias, médiations (I3M), université Nice Sophia Antipolis,
vincent.meyer@unice.fr.
3 http://loth.hypotheses.org.
11 Par les recherches initiées dans le cadre du programme LOTH, (Sghaïer,
Morelli, 2012 ; Meyer, Smati, 2014), il s’agit d’interroger la conception et la
réalisation d’actions de communication couplées à des dispositifs de
conservation, de réhabilitation et de mise en valeur de différents patrimoines
(naturel, matériel et immatériel) en priorité dans des zones arides, fragiles et
menacées et en partant du point de vue des acteurs du terrain et des
différents publics concernés. Malgré le nombre et la qualité scientifique des
expertises dans ces zones, l’acte de communiquer est encore incertain, voire
parfois risqué : les résultats et projets peinent à se diffuser, et communiquer
sur un territoire ne se réduit pas à en faire la publicité. Informer et éclairer le
citoyen étant à la base de la communication publique, les actions et
dispositifs de communication doivent privilégier la concertation et l’échange
entre les acteurs d’un territoire quelles que soient la forme, les qualifications
ou la complexité de ces derniers : intelligence territoriale, dynamique
socioéconomique, participation citoyenne, développement écotouristique,
patrimonialisation...
Défis pour acteurs ? Oui, à plus d’un titre : ils sont d’autant plus importants
que les territoires concernés ne développent que faiblement encore une offre
de territoire et construisent progressivement des dispositifs de participation
fondés sur la concertation et l’échange, ceci dans de nouveaux
« regroupements » comme dans le cas des régionalisations. Dès lors, la
question de la valorisation prend toute son importance et apparaît à la fois
comme un enjeu et un défi. L’intérêt sera donc accordé à trois aspects liés à
la communication publique et territoriale in fine présents dans les douze
textes retenus. Un premier aspect consiste à améliorer les services
informationnels aux citoyens non seulement via les médias locaux, mais en
privilégiant la proximité et la participation. Le second vise à interroger les
manières de qualifier les identités comme les menaces ou risques sur ces
territoires. Quant au troisième aspect, il détaille les actions déjà engagées sur
différents territoires pour accroitre leur visibilité ou leur attractivité dans une
concurrence maintenant mondiale. Ces trois aspects constituent le fil rouge
du présent ouvrage. De facto aussi, les auteurs, issus de disciplines
différentes (SIC, géographie, économie, sociologie), interrogent l’apport
actuel des sciences de l’information et de la communication dans les
analyses de ces enjeux et défis dans l’espace maghrébin.
En ce sens, l’objectif était aussi de réunir des chercheurs de cet espace de la
rive Sud de la Méditerranée et d’exposer les résultats de leurs réflexions
comme de leurs études empiriques en communication publique et
territoriale. Les textes mettent au jour l’intérêt d’étudier les interactions
effectives – dans des contextes politiques variés et parfois instables – entre
différents publics et acteurs territoriaux, mais aussi d’étudier celles mises en
œuvre entre deux métiers, à savoir : les communicants publics des
institutions territoriales et les journalistes traitant l’actualité de ces
institutions et territoires. Le premier métier étant encore faiblement investi, les
contributeurs interrogent les développements potentiels en communication
12 publique dans les pays du Maghreb où la profession de communicant public
souffre toujours d’un double manque de reconnaissance et de dispositifs de
4professionnalisation . Dans cette région du monde en pleine mutation
socioéconomique, la révision du statut de ces métiers s’impose et, avec elle, celle
des politiques publiques de développement territorial (quand elle se colore
d’attributs comme le rural, le local et/ou le durable) incluant les projets de
valorisation des patrimoines naturel, matériel et immatériel. L’intérêt est
donc aussi porté sur des thématiques de recherche en géographie, écologie,
aménagement du territoire, qualification de produits culturels et artisanaux,
préservation et restauration des sites patrimoniaux et touristiques.
Pour ouvrir la réflexion, trois contributions dont les dénominateurs communs
sont le projet de territoire, son acceptation et ses représentations. Ainsi
Karima Boudedja, géographe, privilégie-t-elle la communication de
proximité qu’elle considère comme élémentaire pour la mise en œuvre de
projets de développement rural au Maghreb. L’apport principal de son travail
se situe dans la place accordée à la communication pour l’implication des
acteurs locaux dans des projets territoriaux. Pour soutenir ce constat, elle
interroge la question des représentations des territoires chez les porteurs des
projets. Et ceci pour des projets qui n’ont pas abouti, ce qui a encore appuyé
l’importance de la communication (concertation et vulgarisation) dans la
construction de « représentations territoriales ». S’agissant ici du cas de deux
territoires en Algérie et en Tunisie, l’auteure a montré que les différences des
représentations territoriales des intervenants sur un projet de développement
rural constituent bien un frein à sa réalisation. À la suite, Asma Chaker s’est
intéressée à une thématique d’actualité marquant les politiques publiques de
développement territorial en Algérie : l’acceptation des projets par les
populations. Ceci dans un contexte où les médias ont surtout rapporté sur les
actions de mobilisation pour contester l’implantation de certains projets.
Souvent ces mobilisations collectives sont encadrées par des acteurs
associatifs et experts engagés pour la « cause ». Les préoccupations à la base
de ces contestations sont liées aux risques pour les populations et aux
menaces sur l’écosystème. Les expériences ont montré que fréquemment ces
oppositions ne sont ni fondées, ni justifiées. Elles ont montré aussi que ces
projets sont précédés par des évaluations expertes, mais ne sont pas
accompagnés d’un travail de communication. C’est dans cette vision que
l’économiste convoque la communication territoriale comme une stratégie
préalable pour l’acceptation des projets, passant là encore par l’adhésion des
acteurs comme ici ceux impliqués dans le projet des Aires Marines Protégées
de Taza dans la région de Jijel. Toujours dans cette thématique de l’apport
de la communication pour l’acceptation des projets de développement
territorial, Ouafae Bouchaf traite de l’aménagement urbain dans un site
abritant des habitations précaires dans la vallée de Bouregreg près de

4 L’Algérie, sur ce point, a été pionnière avec le double diplôme initié entre l’université de
Constantine et l’ex-université Paul Verlaine-Metz entre 2010 et 2012.
13 Rabat au royaume du Maroc. Dans cette vallée, entre lotissements
régularisés et bidonvilles, la gestion s’est avérée difficile surtout avec les
tensions et conflits rencontrés lors des travaux d’aménagement : restauration
du bâti existant et installation de nouvelles infrastructures. Si de tradition et
jusqu’à un passé récent, les politiques publiques d’aménagement ont été
conçues et décidées selon une approche élitiste et technique, de plus en plus
les populations à travers leurs acteurs associatifs exigent une participation au
processus décisionnel. Après un nécessaire retour sur des éléments
théoriques sur la communication publique dans ses modes projets et
concernant les textes juridiques organisant et régissant cette démarche
désormais institutionnalisée au Maroc, l’auteure nous rapporte l’expérience
d’une agence pour l’aménagement de cette vallée, en analysant les stratégies
d’anticipation et d’accompagnement adoptées et suivies en matière de
communication avec les populations.
La dimension médiatique, depuis le traitement journalistique aux usages des
Technologies de l’information et de la communication (TIC), n’est pas en
reste et constitue la seconde série de questions posées dans cet ouvrage.
Traitant de l’environnement dans la communication publique, Hamida El
Bour interroge les pratiques journalistiques. Pour elle, l’importance du
traitement renseigne sur l’intérêt accordé à cette thématique surtout en
termes de mobilisation collective sur des périodes distinctes en Tunisie.
Considéré comme un sujet dépourvu d’enjeux et relégué en pages
intérieures, l’environnement dans la presse tunisienne d’avant la révolution
de 2011 peinait à trouver une place dans l’agenda médiatique. Son traitement
ne dépassait pas les activités protocolaires coïncidant avec des journées
dédiées à la protection de l’environnement. Consciente de l’importance de la
qualité du cadre de vie pour le développement d’un pays qui ne peut se
passer du tourisme, l’auteure examine l’évolution du discours médiatique sur
l’environnement à travers la presse écrite. Son objectif est de vérifier si l’ère
post-révolutionnaire permet des « ruptures » ou des « continuités » dans la
nature de ce traitement. Cette thématique de l’environnement est encore
présente dans un texte dédié à la concertation des acteurs locaux en charge
des questions environnementales. Pour Farouk Bahloul et Aïssa Merah, la
communication environnementale pratiquée par les différents acteurs locaux
ne peut pas se réaliser séparément. Nous sommes bien dans une construction
collective d’un problème d’environnement et de sa prise de conscience. Les
contributeurs sérient d’abord les préoccupations citoyennes et
institutionnelles liées à l’environnement au niveau local. La nouveauté apportée par
cette contribution se situe au niveau de la proximité territoriale en matière de
sites problématiques, de populations et d’acteurs en interaction. Ici, la
communication sur l’environnement est envisagée comme processus
d’échange et de partage d’expériences et de connaissances entre les acteurs
mobilisés pour la cause écologique. Pour illustrer cette vision dynamique
d’une problématisation de l’environnement, les auteurs analysent un corpus
d’émissions de débat portant sur les problèmes d’environnement dans la ville
de Béjaïa, diffusées animées par les acteurs publics sur les ondes de la radio
14 locale. Toujours à Béjaïa, Warda Daim Allah et Leila Hammoud traitent la
question de la promotion du patrimoine culturel local de cette ville par les
associations en mobilisant les TIC. Cet équipement de la communication
publique vise la valorisation des sites patrimoniaux locaux à des fins
touristiques pour soutenir un héritage collectif, mais offre aussi de nouvelles
pistes de mobilisation pour les acteurs associatifs. En effet, devant les
difficultés auxquelles est confronté le mouvement associatif culturel, les TIC
constituent une perspective alternative pour mener à bien des actions surtout
auprès des jeunes. Ces dernières visent la promotion du patrimoine local en
passant par des objectifs de visibilité, de prise de conscience, de
sensibilisation et de pouvoir d’agir avec la population, les acteurs
institutionnels et les opérateurs touristiques. Focalisé sur l’émergence de nouveaux
acteurs comme de nouvelles formes de communication, cette étude met au
jour des pratiques et des expériences méconnues qui renseignent sur les
potentialités d’un mouvement associatif de jeunesse en matière de promotion
de patrimoine.

La communication publique et territoriale est bien plurielle dans ces
applications et thématiques. C’est ce que montrent trois contributions depuis
la question de communiquer une authenticité, à celle de prévenir certains
risques ou encore d’accompagner des mobilisations visant à favoriser les
mobilités internationales. Enseignant-chercheur dans une école de
commerce, Abdellatif Ait Heda annonce la couleur d’entrée de jeu : « le Maroc
s’est engagé dans des politiques de valorisation du patrimoine de terroir ». Il
inscrit d’abord son propos dans un cadre théorique pour montrer l’apport
d’une communication sur « l’authenticité » d’un territoire et d’un marketing
territorial touristique pour sa promotion. Il insiste ensuite sur la nécessaire
combinaison d’une communication promotionnelle et d’une valorisation
d’un patrimoine sur un territoire : les produits de terroir de l’entreprise Zitna
dans le sud du Maroc sont, à ce titre, exemplaires. Enfin, dans son
traitement, il met en exergue la dimension de l’identité en interrogeant son
apport pour cette communication et la plus-value pour une entreprise de
terroir de se présenter comme acteur et porteur de valeurs identitaires.
Mounir Jarraya s’intéresse, lui, à la communication « sanitaire » dans et pour
un territoire : le gouvernorat de Sfax en Tunisie. L’auteur interroge les
actions de communication destinées aux usagers du secteur sanitaire pour
lutter contre la tuberculose. Après avoir présenté les risques de cette maladie
infectieuse qui reste un problème de santé publique et le contexte
épidémiologique tunisien, l’auteur explicite la stratégie nationale de lutte et
de prévention dans ses différentes composantes sur le terrain. La logique
médicale fondée sur la santé, les soins, s’avère insuffisante, c’est pourquoi
en partageant cette vision, l’auteur privilégie la logique de prévention basée
sur une communication par la vulgarisation et la médiatisation. L’étude
proposée par Linda Saadaoui et Walid Zoghbi innove en matière de vision
de l’apport de la communication médiatique pour le développement
15 territorial. Conscients de l’importance du secteur des transports, les auteurs
reviennent sur son évolution considérée comme un indicateur de la puissance
économique d’un pays. Le texte porte sur les récents investissements publics
dans les transports en Algérie : un pays « à territoires de continent », reliefs
disparates, rythme d’urbanisation accéléré, trafic croissant et grande diaspora
éparpillée. Ce dernier élément est particulièrement pertinent pour traiter la
question de mobilité « croissante en déplacements des voyageurs et des
marchandises ». Pour les auteurs, malgré les efforts visant le renforcement et
l’amélioration des conditions de transport aérien, la communauté algérienne
établie à l’étranger se plaint de la qualité des prestations et des prix. Plus
active, la diaspora pénalisée se mobilise fournissant de la sorte un autre
exemple de « communication publique », i.e. celle pensée par les membres
de cette communauté désormais exigeante qui discutent du problème et
interpellent la compagnie Air Algérie à travers les réseaux sociaux et des
interventions dans les médias.
Les dispositifs sociotechniques d’information et de communication prennent
de plus en plus de place dans la boite à outils du communicant public. C’est
par cette place croissante que se clôt le vaste questionnement initié dans cet
ouvrage. Dans une approche économique, Ali Khardouche et Abdelouhab
Makhloufi décrivent l’apport de la 3G au développement territorial en
Algérie. Cette technologie s’inscrit dans une perspective opérationnelle des
usages des TIC, notamment ceux liés au développement socio-économique.
Bien qu’ils soient optimistes en matière de potentialités offertes par la 3G en
fonctionnalités et en qualité, les auteurs prennent en considération les
facteurs contextuels caractérisant le processus de son introduction, de son
application et de sa généralisation. Ils se démarquent toutefois de la position
prônant la primauté des projets de réseaux de transport et d’aménagement
structurel traditionnels au détriment des projets de la télématique. C’est
pourquoi, ils réfutent une vision de la 3G, dans son aspect promotionnel,
limité à la téléphonie mobile. Tout en illustrant par des expériences puisées
dans les économies et les administrations numériques développées, ils
décrivent les retombées de la télécommunication sur le développement d’un
territoire et sur la qualité des prestations de services publics. En interrogeant
la thématique dynamique du territoire et de son développement axée sur la
valorisation et la promotion de ses composantes, Khaled Zouari propose
d’élargir le front de la recherche en communication publique et territoriale
en y incluant l’économie solidaire et la communication en ligne. Il justifie
l’idée selon laquelle le développement territorial ne se réalise pas dans un
vide social. Dans cette vision, il inscrit sa contribution dans le cadre des
études valorisant les pratiques sociales traditionnelles renforcées ou
reconfigurée grâce aux TIC. Après une revue ciblée des expériences de
modèles aboutis et reconnus en la matière, il opte pour l’économie solidaire
en proposant des pistes pour un projet approprié et adapté au contexte
maghrébin. Pour ce faire, il observe les acteurs de l’économie solidaire en
situation d’usage des outils de communication numérique et leurs actions
pour valoriser leur territoire. Enfin, Mustapha Guenaou propose une
16 approche basée sur une enquête de terrain comparative entre deux
collectivités locales se trouvant de part et d’autre de la Méditerranée : la
mairie et l’assemblée populaire communale. Cette contribution reprend en
outre une proposition portant sur la mise en place d’une convention appelée
« la charte 3C ». Ses objectifs portent sur les principes de la communication
publique, vecteurs principaux du développement territorial en Algérie. Ces
principes rappellent la communication, la civilité et la citoyenneté pour les
inscrire dans une perspective opérationnelle où s’impose l’utilisation des
moyens de la téléphonie mobile, de la bureautique et de l’Internet. L’usage
des TIC se présente ainsi comme une démarche qui rapproche
l’administration des collectivités locales des administrés et vice-versa. Par cette
charte, une confiance s’installerait pour proposer un environnement qui
réponde aussi à une « lutte contre la bureaucratie ».

Cet ouvrage est donc une nouvelle pierre ajoutée à l’édifice pour publiciser
et discuter les résultats des travaux de recherche engagés dans le cadre d’une
communication publique et territoriale en construction au grand Maghreb ; il
nous aidera à en préciser encore davantage les contours et les définitions
opératoires (Meyer, 2012). En effet, si ses notions et ses pratiques
communicationnelles sont désormais théorisées et stabilisées en France,
l’espace du grand Maghreb nous montre que la perspective pluridisciplinaire
reste indispensable pour interroger leur développement dans les trois pays :
Algérie, Tunisie et Maroc dont les enjeux diffèrent aussi en termes de
professionnalisation des communicants. Le Pr Michel Durampart de
l’université de Toulon et directeur-adjoint du laboratoire Information,
milieux, médias, médiations (I3M) depuis longtemps associé à nos travaux
les reprend dans la préface ; Dominique Mégard complète ce positionnement
dans les perspectives d’internationalisation d’un des plus importants réseaux
professionnels de communicants publics Cap’Com. Sa contribution à nos
travaux au Maghreb a été déterminante. Qu’ils soient tous les deux remerciés
de leurs contributions et de leur amitié.
RÉFÉRENCES
Meyer V., 2012, « Communication territoriale, communication d’actions et d’utilité
publiques : quelles définitions », pp. 63-78 in Morelli P., Sghaïer M., dirs,
Communication et développement territorial en zones fragiles au Maghreb,
Paris, Éd. L’Harmattan.
Meyer V., Smati N., dirs, 2014, Maghreb et territoires en communication, Revue
tunisienne de communication, numéro spécial 62.
Morelli P., Sghaïer M., coord., 2012, Communication et développement territorial
en zones fragiles au Maghreb, Paris, Éd. L’Harmattan.

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Représentations territoriales et projets de
développement rural au Maghreb : les territoires de
Yakourene en Algérie et de Tataouine en Tunisie
1Karima Boudedja
Résumé
L’approche territoriale est aujourd’hui privilégiée dans les zones rurales pour
la mise en œuvre de projets de développement dans les pays du Maghreb
(Algérie, Maroc et Tunisie). Toutefois, ces projets n’ont pas atteint les
résultats escomptés. Nous présentons dans le cadre de cet article le cas de
deux territoires, l’un en Algérie et l’autre en Tunisie. Nous avons montré que
des représentations territoriales différentes entre les acteurs et les
populations, notamment les jeunes des territoires ruraux, sont un frein à la
réalisation d’un projet collectif de construction de territoire et à l’émergence
d’acteurs civils de développement. Ces représentations divergentes ont un
impact négatif sur la coordination, la proximité et la communication entre les
acteurs, ce qui ne permet pas d’exploiter les ressources territoriales dans les
deux territoires étudiés.
Mots clés
Représentations territoriales, projets de développement, territoires ruraux,
Maghreb, communication territoriale.

1 Docteur en Géographie et aménagement de l’espace, Institut National de Vulgarisation
Agricole, Algérie. kariboukar@yahoo.fr.
19 Depuis le début des années 1990 et sous l’influence d’organisations
internationales, les trois pays du Maghreb central (Algérie, Maroc, Tunisie)
se sont engagés dans de nouvelles formes d’intervention dans les zones
rurales. La lutte contre la pauvreté est devenue prioritaire en raison de la
crise économique vécue, à ce moment-là, par les trois pays. Celle-ci s’est
avérée plus prononcée en milieu rural. En effet, les diagnostics réalisés ont
2mis au jour des inégalités entre le milieu rural et le milieu urbain . Les
stratégies de développement des territoires ruraux sont ainsi axées sur trois
aspects : la valorisation des ressources territoriales, la diversification de
l’activité économique et le changement institutionnel avec l’encouragement
de l’émergence de nouveaux acteurs civils et privés. Les territoires ruraux
3les plus en difficulté et marginalisés comme le Haut Atlas et l’Oriental au
Maroc, le Nord-Ouest et le Sud tunisien, les zones montagneuses et
steppiques en Algérie ont fait l’objet de projets de développement par le
biais de programmes nationaux de développement rural et/ou en coopération
avec les organisations internationales : le Fonds International du
Développement Agricole (FIDA), l’organisation des Nations Unies pour
l’alimentation et l’agriculture (FAO), le programme des Nations Unies pour
4le développement (PNUD) et des ONG spécialisées dans le développement
rural.
5La question qui nous intéresse, ici est de savoir quelles sont les
conséquences des représentations sur les mécanismes de coordination et la
communication publique instaurés dans le cadre de projets de
développement rural. Nous avons choisi de nous intéresser à deux projets réalisés
dans des territoires ruraux en Algérie et en Tunisie : le massif forestier de
Yakourene en Algérie et le gouvernorat de Tataouine en Tunisie. Les points
communs entre ces projets sont qu’ils ont une composante « création de
micro-entreprises ou d’activités pour les jeunes » pour la diversification de
l’économie locale et que les acteurs de développement sont appelés, à travers
un travail de proximité qui mobilise des outils de communication

2 C’est ainsi que les chiffres de l’indice numérique de pauvreté dans le milieu rural en 2000
sont de 8,3 %, 14,2 %, et 22 %, respectivement en Tunisie, en Algérie et au Maroc, alors
qu’ils sont de 1,6 %, 10,3 % et 7,9 %, par pays et dans le même ordre, dans le milieu urbain.
Source www.worldbank.org, Fiche-région sur la pauvreté au Moyen-Orient et en Afrique du
Nord, septembre 2008.
3 Les difficultés sont économiques et sociales, mais elles sont également naturelles :
sécheresse, aridité, érosion, désertification, etc.
4 Par exemple : le programme de développement agropastoral et de promotion des initiatives
locales pour le Sud-Est (PRODESUD) avec le Fonds international du développement agricole
(FIDA), en Tunisie, le Projet d’intégration de la femme rurale dans le développement avec
l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en Algérie et le
Projet de développement rural des zones montagneuses avec le Fonds international du
développement agricole (FIDA) au Maroc.
5 Le contenu de cet article est tiré du travail de thèse de l’auteur qui a porté sur Les acteurs et
le développement local : outils et représentations. Cas des territoires ruraux au Maghreb
(2013).
20 rapprochée, à encourager l’autonomie et la participation des populations
locales aux projets de développement.
Nous avons organisé l’article en deux parties. Dans une première partie,
nous présenterons le cadre théorique et méthodologique qui nous a permis de
puiser les outils qui ont servi dans la phase d’investigation dans les
territoires étudiés et dans la phase d’analyse des résultats. Dans la seconde
partie, nous nous sommes attelés à déceler les représentations sociales et
territoriales des différents acteurs et leurs impacts sur les pratiques des
jeunes et des acteurs de développement, d’abord en matière de construction
collective de territoire et deuxièmement en matière de communication pour
la réalisation de cet objectif.
Cadre théorique et méthodologie adoptée
6Les dimensions de territoire, d’acteurs et de développement territorial ont
été introduites dans les stratégies de développement rural des pays du
Maghreb à partir du début des années 2000 et sont intégrées dans les projets
publics et les projets de coopération avec des organisations internationales.
Nous avons jugé utile de nous intéresser à ces dimensions aussi bien sur le
plan théorique que sur le plan empirique, c'est-à-dire leur adaptation aux
contextes maghrébins. Nous avons également introduit dans notre cadre
théorique le concept de représentations en le reliant aux concepts
précédemment mentionnés. La représentation, selon Denise Jodelet qui s’est
intéressée à la représentation sociale, se décrit comme étant une forme de
connaissance, socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et
concourant à la construction d’une réalité commune à un ensemble social.
Elle précise que : « La représentation sociale est avec son objet dans un
rapport de "symbolisation", elle en tient lieu, et "d’interprétation", elle lui
confère des significations. Ces significations résultent d’une activité qui fait
de la représentation une "construction" et une "expression" du sujet. »
(Jodelet, 1997 : 61). Les représentations territoriales sont des représentations
sociales qui ont pour objet le territoire et qui peuvent être cernées par le biais
de plusieurs éléments : caractéristiques socio-économiques, caractéristiques
identitaires et histoire du territoire qui a contribué à l’émergence de valeurs
et de structurations sociales spécifiques. Dans des zones rurales difficiles
telles que celles auxquelles nous nous sommes intéressée, le territoire est
représenté à travers son rôle dans la vie, voire la survie, de la population. Il
est représenté aussi selon ses acteurs et leurs modalités d’action : « Celles-ci
dépendent de leur hiérarchisation qui détermine leur rôle : porteurs de projet,
simples relais politiques locaux, obstacles à l’initiative locale, etc. »
(Boudedja, 2013).

6 Collectivités locales, administrations locales, organisations civiles, agences d’insertion
économique.
21 Le territoire : résultat des représentations
et de l’action collective des acteurs
Le territoire est un concept qui est adopté par les politico-administrateurs,
dans les trois pays du Maghreb et souvent clairement défini dans des
documents des stratégies de développement rural : Algérie (MADR, 2004),
Maroc (MAPM, 2009). Pourtant, c’est un concept défini et adopté ailleurs
qui a été importé par les pays maghrébins. « Le territoire s’impose comme
un construit social permanent, en constante appropriation. Il se construit
ainsi grâce aux relations durables de proximité géographique développée
entre une pluralité d’acteurs. » (Leloup et al., 2005). Le territoire est donc
défini par rapport à son appropriation pour sa reproduction par les acteurs.
Le territoire est ainsi étroitement associé aux acteurs. Guy Di Méo
l’explique : « La territorialité (comme le territoire) n’existe que par référence
aux acteurs sociaux et à leur action » (1998 : 108). Après avoir fait une
apparition tardive en géographie, la notion d’acteur a évolué, tout
naturellement, vers la notion d’acteur territorialisé. Celui-ci est défini par
Hervé Gumuchian et al., comme étant : « Tout homme ou toute femme qui
participe de façon intentionnelle à un processus ayant des implications
territoriales » (2003 : 144). Progressivement, le développement local qui
était perçu sous l’angle de la dimension économique a intégré les dimensions
sociale, culturelle et environnementale. Le concept de territoire a alors
commencé à prendre plus d’ampleur par la mise en avant des spécificités
territoriales, à travers des opérations de communication axées sur des
avantages comparatifs ancrés aux territoires. Dans les zones rurales, il s’agit
en général de produits de terroir et d’une offre touristique distinctive.
Les représentations issues de croyances et sources de pratiques
des acteurs de développement
Une représentation sociale possède un noyau central au sens de la théorie du
noyau central de Serge Moscovici (1961) et des schèmes périphériques ou
système périphérique (Abric, Flament, 1994 ; Flament, 1989 cités par
Mannoni, 2010). Selon Pascal Moliner (2005), le noyau central est le résultat
d’éléments qui sont les opinions, les croyances, les informations, etc. Ce
noyau central a deux fonctions. Une fonction génératrice : il détermine les
représentations périphériques comme par exemple le rôle important attribué
aux ressources du territoire par sa population, et une fonction organisatrice :
il détermine la nature des liens qui unissent entre eux les éléments de la
représentation, par exemple le fait pour la population de penser que les
ressources sont sous-exploitées, les investissements non encouragés alors
que les opportunités de leur exploitation sont réelles.
La définition de la représentation admise au sein de la discipline
géographique a été formulée par Jean-Paul Guerin en 1989 et rapportée par
Hervé Gumuchian en 1991 : « Une représentation est une création sociale
et/ou individuelle d’un schéma pertinent du réel spatial. » Cet auteur
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