160 pages
Français

Devenir maire en Afrique

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Description

Cet ouvrage, mettant en lumière les paradoxes de l'esprit des chantres de la réforme décentralisatrice et les pratiques en cours, interroge les logiques de construction de la notabilité politique, en l'occurrence celle du maire. Il restitue les mécanismes par lesquels certains agents sont sertis de crédibilité aux yeux des électeurs, alors que d'autres en sont appauvris. L'auteur révèle, en outre, l'art local des stratégies électorales gagnantes. Ce livre renouvelle l'éclairage du pouvoir local en Afrique, principalement au Bénin.

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Date de parution 01 février 2008
Nombre de lectures 118
EAN13 9782296191198
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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À ma mère Juliette Houéssivi, de vénérée mémoire.
Préface
Au tournant des années 1980-90, après la péninsule ibérique et l’Amérique latine, l’Afrique semblait s’engager à son tour dans le grand mouvement planétaire de transition vers la « démocratie de marché ». Dix-sept ans après les premières conférences nationales et élections libres, c’est peu dire que l’espoir démocratique est retombé sur le continent. La multiplication des conflits et des violences politiques ; le trucage des élections et la reconduction des régimes autoritaires sous les nouveaux atours d’une « gouvernance » gestionnaire internationalement certifiée ; le maintien au pouvoir d’une élite corrompue et le faible renouvellement du personnel politique ; la reproduction des pratiques de clientélisme, de népotisme et de prévarication dans un nouveau cadre pluraliste : tout cela et bien d’autres constats négatifs peuvent laisser penser que la démocratisation en Afrique se résume à une simple décompression autoritaire masquant la continuité d’une gouvernementalité postcoloniale, celle de la « politique du ventre » (Bayart). L’ouvrage d’Alain Kisito Métodjo prouve pourtant que la compréhension des processus démocratiques en Afrique ne peut se satisfaire d’une lecture aussi brutale et partiale des phénomènes. Sous l’impression de stabilité des structures et des hommes, sous l’inertie des processus bureaucratiques de l’État postcolonial, l’œil curieux et avisé peut en vérité constater que les choses ont profondément changé, que les rapports entre les gouvernants et les gouvernés ont connu ces quinze dernières années des mutations décisives. Des mutations qui s’observent, par exemple, dans la façon dont les citoyens interpellent désormais leurs mandants et dans la manière dont ces derniers doivent, dans la concurrence de l’offre politique, construire leur légitimité et attester de leur crédibilité pour conquérir des fonctions de pouvoir. Des changements qui s’expriment surtout dans l’ordre des imaginaires politiques avec une affirmation croissante du principe de « redevabilité », d’« imputabilité » ou
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de « responsabilité » (au sens anglo-saxon d’« accountability ») dans les représentations populaires du gouvernement légitime et qui attestent que la culture citoyenne se renforce un peu partout sur le continent. D’aucuns objecteront toutefois que les progrès inégaux de cette culture civique en Afrique sont contrecarrés par la rémanence ou la réactivation de certains schèmes tels que l’idéologie des fils du terroir, l’autochtonie, le régionalisme ou le « tribalisme ». Reconnaissant volontiers la force de ces liens du terroir, Alain Kisito Métodjo nous invite néanmoins à dépasser cette contradiction pour démontrer avec finesse que c’est, paradoxalement, dans le creuset de cette « économie morale du terroir » que se négocient les règles d’une nouvelle citoyenneté démocratique et que s’opère la consolidation du pluralisme. Attentif à ces ambivalences, l’auteur nous invite à pénétrer dans les arcanes du pouvoir local béninois pour saisir ces petits riens qui font toute l’épaisseur sociale de la relation de confiance politique. L’interrogation de départ, pourtant, était relativement classique et anodine : comment se fait-il que, dans le contexte de décentralisation et de démocratisation que connaît le Bénin, des citadins revenus promptement au village parviennent à se faire élire au nez et à la barbe des élites locales ? Comment ces akowééduqués ») (les « urbanisés se construisent-ils une stature de notable local et une réputation de « fils du terroir » et, surtout, quelles sont les règles qui régissent cette construction sociale de la notabilité etin finede la conquête du pouvoir local ? Ces questions que lance l’auteur se posent dans bien d’autres situations que son Bénin natal. Il y répond ici avec une finesse que lui permet sa connaissance intime du terrain, mais aussi avec le recul et le souci analytique de la démarche comparatiste. Comparatiste dites-vous ? L’expression pourra surprendre à propos d’une monographie, celle d’un pays, le Bénin, considéré à juste titre comme un pionnier de l’aventure démocratique en Afrique. Mais elle se justifie pleinement dans le cas d’espèce car, d’une part, l’auteur veille constamment à inscrire sa réflexion
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