La démocratie locale à Lambersart
190 pages
Français

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Description

Malgré une documentation parfois lacunaire ou absente, ce livre fait ressurgir du passé les images tutélaires des anciens maires ou élus. Les lecteurs trouveront parfois la trace de leurs ancêtres et les images de leurs actions au service des citoyens de notre cité. Tous ces élus célèbres ou obscurs ont contribué à construire l'image d'une ville à taille humaine où la plupart des habitants goûtent le bien vivre ensemble, qu'ils soient ici tous honorés.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2011
Nombre de lectures 37
EAN13 9782296470590
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LA DEMOCRATIE LOCALE

A LAMBERSART
Jean-Pierre DEREGNAUCOURT

Claude REYNAERT


LA DEMOCRATIE LOCALE

A LAMBERSART


Des origines à nos jours


L’Harmattan
© L’HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55376-7
EAN : 9782296553767

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Introduction
La notion de démocratie est un terme inutilisé par les habitants de Lambersart au Moyen Age. Les rapports entre la communauté rurale ou/et avec le seigneur et le lien ou le conflit entre le seigneur et la communauté encadrent l’essentiel de la vie politique du paysan. Dans ce contexte, la monarchie, les pouvoirs supérieurs lui paraissent extrêmement lointains. La proximité est donc la règle et l’horizon ne dépasse guère les limites du terroir. Il convient encore d’ajouter qu’à l’intérieur même de la seigneurie, tous les habitants ne jouent pas à égalité dans l’exercice des responsabilités politiques. Cette inégalité ne peut favoriser l’émergence de la démocratie. Il faut attendre le XVIII ème siècle pour voir les prémisses de la notion de citoyen ou de souveraineté de la nation.

La démocratie se résume souvent à la souveraineté du peuple, donc au suffrage universel et direct. Des évidences aujourd’hui, qui, pourtant se sont heurtées à diverses catégories de résistance.

La première résistance réside dans la lente conquête de la liberté et de l’égalité. Les auteurs de cet ouvrage ont tenté de dresser à travers l’exemple lambersartois la lente émergence de la citoyenneté.

Au XIX ème siècle, les dominants ont refusé longtemps la loi du nombre. Les détracteurs du suffrage universel ont longtemps méconnu le fait qu’un simple carré de papier, le bulletin de vote glissé dans l’urne, puisse changer la vie quotidienne des individus. Enfin celle des nombreux électeurs qui, en votant, ont en quelque sorte renoncer à descendre dans la rue. Dans le secret de l’isoloir, chaque citoyen, détenteur d’une partie de la souveraineté nationale, vote désormais pour élire ses représentants.

Victor Hugo exprimait ainsi en 1850 le sens de la conquête démocratique :

Il y a dans l’année un jour où le manœuvre,
Le journalier, l’homme qui porte des fardeaux,
L’homme qui gagne son pain à la sueur de son front,
Juge le sénat, prend dans sa main durcie
Et ennoblie par le travail
Tous les pouvoirs,
Les ministres, les représentants,
Le Président de la République,
Et dit : la puissance, c’est moi !
Il y a dans l’année un jour
Où le plus imperceptible citoyen
Participe à la vie immense du pays tout entier,
Où la plus étroite poitrine
Se dilate à l’air des grandes affaires publiques.
Il y a, dis-je, dans l’année un jour où le plus faible
Sent en lui la grandeur de la souveraineté nationale,
Où le plus humble sent en lui l’âme de la patrie !
Regardez l’ouvrier qui va au scrutin ;
Il y entre avec le front triste du prolétaire accablé,
Il en sort avec le regard d’un souverain.

Cette élégie au suffrage universel paraît décalée et pourtant elle incarne une véritable révolution culturelle et le vote des femmes en 1945 va achever le processus de démocratisation. La loi sur la parité et l’inscription de ce principe dans la constitution modifie les équilibres entre les hommes et les femmes dans un domaine longtemps réservé au sexe masculin.

Se préoccuper des élections locales à travers le temps est assez rare dans les publications, le véritable tour de force repose dans la plus ou moins grande richesse des archives iconographiques. Lambersart n’a pas été épargnée par les guerres et les destructions mais ce travail pionnier méritera sans doute des publications complémentaires. Avis aux historiens.
Chapitre 1 Le temps des sujets
A. De la servitude à l’affranchissement.
La fin du Moyen Age, à partir du 13 ème siècle pour l’essentiel, est marquée par une transformation de la société rurale liée aux changements des comportements économiques des seigneurs. Ceux-ci sont de plus en plus tentés de gagner l’argent nécessaire à leur besoin de luxe.
Aussi, l’économie domaniale de type ancien, qui visait à récolter sur la réserve travaillée par les tenanciers l’essentiel des produits nécessaires à la subsistance du seigneur, est dépassée. Les seigneurs souhaitent désormais plus d’argent que de travail ou de denrées agricoles.
Par conséquent, sans renoncer tout à fait au servage, les seigneurs fonciers s’efforcent-ils de convertir services et corvées en rentes. Ce fut le moteur de l’affranchissement des rustres et cette évolution eut, sur la structuration de la société rurale, d’importantes répercussions.
Des paysans plus entreprenants sont séduits à l’idée de dégager des surplus tandis que les seigneurs se réjouissaient de recevoir de espèces sonnantes.
Mais le système trouva vite ses limites. Comme les prix ne cessent de monter, la rente qui reste stable représente en fin de compte un loyer en baisse. Pour compenser, les seigneurs accepté-rent-ils d’autres mutations : fractionnement des tenures pour multiplier les taxes de mutation (mainmorte), augmentation des profits de la seigneurie banale liée au pouvoir exercé sur les hommes et développement du mouvement d’affranchissement : le seigneur vendait à la communauté paysanne une charte de libertés, sans pour autant lever toutes les exactions qu’ils rendirent régulières en les « abonnant ». La paysannerie, désireuse de connaître ce qu’elle a à payer le souhaitait, d’autant plus que ce sont les paysans eux-mêmes qui répartissent les tailles entre les foyers.
Ainsi, les rapports évoluèrent-ils entre communautés rurales et seigneurs et c’est dans ce contexte nouveau que se développa des situations paysannes différenciées ; le rôle de l’argent devenant déterminant dans la stratification sociale du monde paysan. Alors qu’une partie d’entre eux s’appauvrissait, d’autres profitèrent des mesures d’affranchissement. Cela ne veut pas dire que le niveau moyen de la vie du rustre se soit sensiblement amélioré ; mais parmi eux, un groupe de paysans s’enrichirent en agrandissant leur tenure, en s’adonnant à des spéculations avantageuses, en devenant fermier des domaines ou agent du seigneur pour diverses fonctions.
Il en résulta une différenciation des catégories sociale au sein de la paysannerie et, par voie de conséquences, une évolution des responsabilités des uns et des autres, embryon d’une structuration politique, les plus riches tendant à dominer les plus pauvres dans les exercices de décision collective.
Les 14 ème et 15 ème siècles, qui ébranlèrent encore davantage le système domanial dans un ensemble de crises politique, économique et démographique, finirent de compléter les mutations paysannes. Certains rustres vont profiter de la rareté de la main d’œuvre, bénéficier d’une redistribution des terres consécutives aux mortalités, obtenir des seigneurs l’acensement accru des tenures, une baisse des rentes et droits seigneuriaux. Mais ces conditions ne profitèrent qu’à ceux qui disposaient déjà de ressources personnelles suffisantes, accentuant ainsi la différenciation des fortunes paysannes autant que leurs responsabilités respectives au sein de la communauté villageoise.
C’est donc sur une base essentiellement économique et sociale que s’organise politiquement, au sens étymologique, la société rurale mais la condition du village dominé par un seigneur reste générale.

Cette courte introduction n’épuise pas la problématique du sujet : c’est une tâche ardue que de parler du paysan et de la communauté villageoise dans les limites de ce bref essai. Et c’est sans compter sur les différences multiples d’un endroit à l’autre, différences liées aux conditions même des milieux naturels, de la diversité des activités et du développement agraire, du niveau des techniques d’exploitation du sol, etc.. On ne peut entrer ici dans la nuance ; inversement, il ne faut pas généraliser notre propos mais le laisser cantonné dans les frontières d’une histoire locale spatialement peu étendue.
B. Les fondements de la communauté rurale
La population agricole vit rassemblée en villages, structurée en familles (dans la majorité des cas famille nucléaire, ou nucléaire élargie) C’est l’ensemble de ces familles -de ces feux- qui constitue la communauté villageoise dont le cadre de vie est triple :
● politique d’une part : la seigneurie banale
● économique encore : la seigneurie foncière, laïque ou ecclésiastique
● culturel enfin : la paroisse au centre de laquelle figurent le clocher de l’église et le cimetière.
Seigneurie banale et seigneurie foncière pouvant se confondre comme se disjoindre.
La vie y est encadrée par le système cultural qui dicte naturellement les rythmes et les temps du travail agricole, eux-mêmes encadrés par les exigences seigneuriales et « le temps de l’église » à travers le fameux calendrier agro liturgique.
Autant dire que les désirs d’autonomie des communautés rurales sont limités, ce qui n’étouffe pas pour autant une organisation politique interne même si la suprématie des seigneurs fut toujours prioritaire.

On peut donc définir le paysan comme membre d’une famille qui constitue pour lui la première et naturelle cellule sociale ; il est membre d’une paroisse qui l’inscrit dès sa naissance dans la chrétienté ; enfin il est une composante de la communauté rurale locale soumise au pouvoir d’un seigneur laïc ou ecclésiastique, maître de vastes territoires ou petit chef local, détenteur de pouvoirs étendus ou percepteur de quelques sous ou de quelques services.

Les rapports entre la communauté rurale ou/et avec le seigneur et le lien ou le conflit entre le seigneur et la communauté encadraient l’essentiel de la vie politique du paysan. Dans ce contexte, la monarchie, les pouvoirs supérieurs lui paraissent extrêmement lointains (même s’ils ne manquent pas de force coercitive ni de présence !) La proximité est donc la règle et l’horizon ne dépasse guère les limites du terroir. Il convient encore d’ajouter qu’à l’intérieur même de la seigneurie, tous les habitants ne se trouvaient pas par rapport au seigneur dans la même position ; surtout en ce qui concerne les rapports à la terre : métayer, fermiers, journaliers ne jouent pas à égalité au sein du groupe sur un plan économique ; ils ne jouent pas non plus à égalité dans l’exercice des responsabilités politiques.

Dans le village, les terres sont schématiquement divisées en trois parts : le faire-valoir direct du domaine (ou « réserve »), le faire-valoir indirect sur les concessions familiales (ou tenures) formellement ou de fait héréditaires des paysans, enfin les terres à usage collectif : bois, marais, vaine pâture (les communaux). Dans tous les cas les intérêts agraires, les pratiques de l’assolement, la gestion des communaux nécessitent à la fois un entretien collectif comme une nécessaire entente entre les participants. La gestion des usages collectifs est la source de la cohésion paysanne et l’un des fondements de la communauté rurale par l’organisation des relations étroites qu’elle implique entre ses membres comme entre elle et le seigneur.
Le seigneur détenait en outre de plus ou moins larges pouvoirs militaire, territorial, juridictionnel. C’est donc avec -ou contre- ces pouvoirs que se concrétise et s’élabore aussi la cohésion paysanne à l’intérieur de la communauté villageoise. L’exercice de ces pouvoirs rendait la collaboration entre la communauté villageoise et le seigneur indispensable. On peut même penser que c’est ce qui a le plus stimulé la vie de la communauté. Les conflits d’intérêts étaient inévitables, en particulier dans le domaine fiscal ou dans l’application stricte des droits banaux, ou encore dans le respect des clauses des chartes de franchise. Bref, sans cette cohésion, la communauté villageoise n’est rien face à son seigneur mais la relation qu’elle entretient avec lui passe par une organisation représentative.
Enfin, dernier fondement de la communauté villageoise, la paroisse qui est de fait le premier lien et lieu de rassemblement. L’attachement du paysan à son église est profond. Ce n’est pas seulement un lieu de prière ; c’est à l’intérieur de ses murs, ou sur le parvis, ou dans le cimetière que se tiennent les assemblées de la communauté villageoise, les marchés, les plaids, les fêtes. Elle est la maison du peuple. Ce sont les cloches qui rythment le temps, signalent les dangers. C’est dans le cimetière que s’enracinent les lignées familiales…C’est la paroisse qui est le cadre culturel et éducatif essentiel ; de la même manière que la participation à la vie civique de la communauté, la participation à la vie paroissiale assure une éducation, que l’on peut dire politique, du paysan. C’est elle encore qui à travers des institutions spécialisées (Fabrique, Table des pauvres, Confréries…) détermine sa propre existence comme la nécessaire solidarité entre ses membres. Mais plus encore, c’est le cadre paroissial qui régule les conceptions de la famille, de l’amour, des relations entre les sexes et, d’une façon plus générale, la conception du monde.
C’est donc bien la paroisse qui donne forme aux idéaux et aux revendications politiques et sociales des paysans.
C. Les caractéristiques de la communauté villageoise.
La résidence est nécessaire à l’appartenance à la communauté villageoise ; c’est même en principe une obligation pour y obtenir une terre. Mais les entorses à la règle sont nombreuses, essentiellement pour des raisons fiscales (cf. JP.D et C.R. Histoire de Lambersart, Gisserot, Paris, 2006, p.35-37). Le résident se définit donc par rapport à ses semblables mais encore par opposition aux « forains » ou « aubains », c’est-à-dire « l’étranger », celui d’une autre communauté, conception qui fut à l’origine de biens des rixes, de violences, de déracinement aussi et des délinquances qui y sont liées ; conception encore génératrice de comportements endogames, claniques, et des abus qui en découlent. Même dans les régions les plus ouvertes, de 75 à 80% des jeunes gens choisissent leur conjoint dans le voisinage immédiat et jamais ou presque à plus de 2 ou 3 lieux. Ceux qui échappent à cette règle sont ceux qui quittent le village, pour la ville le plus souvent. Le village est donc bien le lieu de vie normal, naturel du paysan, où chacun connaît l’autre et lui est apparenté.
Cette dimension territoriale implique une organisation de même nature des pouvoirs locaux ; le principe de résidence fait que les paysans sont convaincus d’appartenir à un même groupe au sein duquel les caractéristiques communes sont plus fortes que les différences. Mais l’idée d’une unité paysanne globale, en tant que classe, est une vue de l’esprit, plus exactement un anachronisme de pensée de nos derniers siècles.
C’est cette territorialité qui explique les permanences des comportements, du moyen âge au 18 ème siècle et la grande stabilité de l’organisation des communautés rurales qui s’inscrivent ainsi dans ce que Jacques Le Goff définissait comme « l’histoire des lenteurs de l’histoire ».
La détermination des catégories sociales des campagnes est symptomatique de cette permanence : laboureurs/fermiers pour les « gros » paysans disposant d’un train de labour, ménagers/censiers pour les paysans disposant d’une exploitation juste suffisante, brassiers/manouvriers pour les micro exploitants obligés de se louer chez les gros sont des réalités du moyen âge au 19 ème siècle. « Cultivateur », « agriculteur » sont des vocables récents, postérieurs à la suppression de la propriété foncière féodale, c’est-à-dire postérieurs à la révolution.

A cette permanence de la sociologie rurale correspond la permanence de son organisation quant à l’exercice des pouvoirs de gestion locale qui se caractérise par :
une relative autonomie des communautés villageoises par rapport au reste de la société, urbaine en particulier
l’importance du groupe familial avec un système à forte tendance autarcique
une collectivité marquée par des rapports d’interdépendance régie par l’organisation des responsabilités.

Oui détient le/les pouvoirs ? Quels rapports entre ces pouvoirs et le rôle déterminant ou non de la propriété, de la richesse ?
Les paysans ne furent pas des « rustres inexorablement passifs en politique » (Jean-Pierre Jessenne).
Dans « l’histoire de Lambersart », nous avons mis en évidence l’hétérogénéité de la société villageoise locale, mais aussi sa stabilité. On relève environ 15% de laboureurs aux 15 ème et 16 ème siècles jusque 25% au 18 ème siècle. S’y ajoutent de 30 à 40% de manouvriers, de 10 à 15% de domestiques divers, une poignée d’artisans, de bergers…. De 20 à 40% de cette population émargent à la table des pauvres selon les périodes.
La répartition de la propriété foncière est tout aussi déséquilibrée. Encore au 18 ème siècle, seules 7,5% des surfaces sont des terres paysannes microparcellisées ; le reste est entre les mains des seigneurs, laïcs ou ecclésiastiques, ou des bourgeois de Lille, bref entre des mains « privilégiées ».
Au total, une structure d’exploitations contrastée ou une minorité de gros fermiers monopolisent des exploitations largement supérieures à la moyenne. Ils sont les seuls véritablement indépendants d’un point de vue économique. C’est dans ce milieu que se recrutent les fonctions particulières de l’exercice des pouvoirs.
D. L’organisation de la communauté villageoise
La cellule fondamentale de l’administration locale est donc le village et l’Assemblée des villageois, c’est-à-dire un territoire et un ensemble de résidents constituant une communauté rurale, terminologie contestable – et contestée – à laquelle il est peut-être préférable de parler de collectivité locale.
L’administration de cette collectivité se confond bien entendu avec la seigneurie ; le seigneur demeure le premier administrateur et c’est dans le cadre de la loi coutumière que sont désignés – nommés ou élus – des hommes qui vont être exécuteurs.

Le seigneur exerce sa juridiction par l’intermédiaire d’un bailli , ou dans les petits villages comme à Lambersart, d’un lieutenant de bailliage , lui-même aidé d’un nombre variable d’officiers seigneuriaux.
La plupart du temps, ces officiers sont nommés par le seigneur mais dans les villages touchés par le mouvement communal, les nécessités de la vie collective sont régies par des conseils de communauté dont les membres sont désignés diversement, soit nommés eux aussi par le seigneur, soit plus souvent élus par l’ Assemblée des « chefs de feu », d’où une appellation « d’ échevinage » un peu abusive (c’est davantage le cas dans les villes régies par une charte communale). Ce conseil comporte 7 membres qui cooptent alors le premier d’entre eux : le « mayeur » qu’on traduira, là encore abusivement, par « maire ». Les officiers seigneuriaux intègrent ce conseil dont les membres sont renouvelés tous les ans mais dont le nombre de mandats n’est pas limité et où la réélection reste possible.
Seuls les chefs de feux participent à l’élection – les femmes en étant bien évidemment exclues – des échevins lesquels invariablement viennent du petit groupe des paysans aisés car ceux-ci exercent sur l’ensemble de la population un réel pouvoir économique. Patrons des exploitations les plus importantes, ce sont des pourvoyeurs de travail, des détenteurs de matériel (train d’attelage, charrue, charroi…) des producteurs dégageant des excédents et surtout, ils sont encore les principaux contributeurs à l’impôt dont la répartition est du ressort du conseil du village.
Il y a donc là plus une dimension oligarchique (ploutocratique même) que démocratique du pouvoir local. Les rares archives encore existantes nous livrent quelques noms de ces « notables » locaux (mais ici encore, la notion de notabilité doit être évoquée avec prudence, le terme renvoyant à un concept social ultérieur précis)
C’est le cas notamment à la charnière des 15 ème et 16 ème siècles des enquêtes fiscales menées par la chambre des comptes des ducs de Bourgogne. Les commissaires se présentent une première fois à Lambersart le 3 novembre 1449 (A. Derville, Enquêtes fiscales de la Flandre wallonne, T.1, p.149)
Sept hommes les reçoivent, représentants de la communauté lambersartoise. Outre le curé Baude Parent, Pierre de le Forterie, Jehan du Puch, Jehan du Bois, Jehan Cauvel, Jehan Denis et Jehan d’Illies parlent au nom de tous. Lequel était le mayeur ? On ne sait ; peut-être le premier cité Pierre de le Forterie. Leurs connaissances des questions collectives sont précises : montant total de l’impôt, nombre de foyers imposés (51), nombre de foyers pauvres (10), montant des travaux engagés par le village, liste des principaux contributeurs et part fiscale de chacun d’eux (Jehan des Pretz – décédé – Jehan du Bois, Jehan d’Illies – on remarquera que ces deux-là font partie de la délégation échevinale), liste des habitants ayant quitté le village pour échapper au prélèvement (Jehan Blosme, Jacquemart Barbry, Thomas Dutoit, Jehan Beutin).
Suivent encore les noms des gros exploitants : Jehan du Puch, Jehan Cauvel -eux aussi membres de la délégation – Mahieu Fissel, Lotard le Grain, et la valeur de terres, tant en vente qu’en cense.
Au total une parfaite connaissance de l’état local des richesses est ainsi exposée.
L’administration renouvelle l’opération, d’abord par un dénombrement de population en 1469 (il y a alors 36 feux à Lambersart), puis par de nouveaux récolements d’assiette de taille en 1485, 1491, 1498, 1505 et 1549.
En 1485, 3 hommes représentent Lambersart : le curé Jacques De Gocq, le lieutenant de bailliage Pierrard d’Illies, et Bauduin le Batteur. Le questionnaire était bien moins détaillé qu’en 1449 ; aussi la délégation fut -elle réduite. On apprend alors qu’il y a 44 foyers à Lambersart, 10 paires de chevaux et 4 maisons qui ont brûlées pendant la guerre contre les Français (cf. « Histoire de Lambersart » ).
Six ans plus tard, le même Bauduin le Batteur conduit la délégation que composent avec lui Jacquemart Beccart, Jehan du Puch, Sandre Six, Jehan Six, Jehan du Thoit. Il reste 43 feux à Lambersart dont 15 sont déclarés pauvres. Suit le détail des charges.
Les enquêtes ultérieures révèlent des informations de même nature. Elles ne sont plus hélas disponibles ; les registres sont désormais interdits de consultation pour garantir leur conservation. Peut-être ont-ils depuis été microfilmés.
Les « échevins » , curé et lieutenant de bailliage ont donc bien une fonction représentative et médiatrice avec l’autorité seigneuriale ; le sujet est ici principalement fiscal : c’est le nœud de toutes les relations des communauté villageoises avec le seigneur. On a remarqué que les principaux contributeurs et gros fermiers sont largement présents dans le conseil des échevins. On ne peut confondre les uns et les autres : tous les riches ne sont pas exploitants agricoles ; ainsi les d’Illies sont-ils taverniers, mais on ne dispose pas assez d’éléments pour examiner la permanence chronologique de lignées familiales à la tête des responsabilités. Quelques noms reviennent : Duthoit, d’Illies, du Puch (Dupuit)… Insuffisant pour parler de dynasties échevinales ; ce fut sans doute la règle.

Les attributions dévolues à ce conseil de communauté sont nombreuses, mais secondaires. L’essentiel du pouvoir juridictionnel reste, on l’a dit, dans des mains seigneuriales.
Il gère cependant l’ensemble des activités quotidiennes, telles celles relevant des travaux publics (entretien des chemins, des voies d’eau, des cheminées, des fontaines, lavoirs…), de l’organisation des cultures (assolement, rotation, délimitation des terres livrées aux usages communaux…) ; la répartition de l’impôt est de sa responsabilité, la taille étant perçue globalement. Il intervient aussi dans les problèmes de succession des parcelles, de la stabilité des terres (dans ce cas, souvent contre le seigneur), dans la nomination des gardes des bois et marais, dans celle du berger commun sur la vaine pâture. Aidé par un nombre variable de jurés, il a encore pour mission de tenir des plaids ayant pour fonction de régler les litiges entre les villageois, lesquels sont nombreux ; la première des causes étant la répartition de la charge fiscale, ou encore la jouissance des droits collectifs. Ce sont enfin les « échevins » qui sont interlocuteurs de la communauté avec les autres autorités, seigneuriales en particulier. Ils ont donc une fonction représentative indéniable.

Avec ce conseil de communauté cohabitent d’ autres institutions locales . On n’oubliera pas que la communauté villageoise agit toujours dans le cadre de la paroisse.
La gestion des biens de l’église paroissiale, les problèmes de solidarité envers les plus démunis ont fait émarger dès le moyen âge des institutions spécialisées : Fabrique dans le premier cas, Table des pauvres dans le second.
La Fabrique, que gèrent les « marguilliers » ou « gliseurs » est élue le plus souvent pour un an par l’Assemblée des paroissiens, sur une base sociale plus large sans doute que le conseil de village. Mais leur rôle est forcément restreint aux affaires paroissiales : église, presbytère, mobilier ecclésiastique, fêtes, sonneries diverses… Elle est présidée par le curé, assisté du lieutenant de bailliage.
Le rôle de ces institutions est loin d’être négligeable comme le précise l’« Histoire de Lambersart », p.46 sq.

Quelque soit le niveau où l’on se situe, Conseil de village, Fabrique, Table des pauvres, la base est l’Assemblée des habitants. Communauté et paroisse, Assemblée des villageois et Assemblée des paroissiens se confondent, ce qui donne à ce « corps villageois » un certain poids comme principal responsable de sa propre administration et ce qui dégage une dynamique consistant le plus souvent à s’opposer aux institutions seigneuriales. Selon les périodes, ces dernières furent dominantes, ou devinrent secondaires. Une chose est certaine, c’est que le contexte fut plus souvent conflictuel.


Conclusion

Indéniablement, le système favorisait les riches ; les brassiers ou manouvriers, les domestiques sont tenus à l’écart et parmi les tenanciers, un groupe dominant monopolisait les responsabilités. Cet exercice des responsabilités, cumulé à une domination économique, fut à l’origine de l’existence de ce que l’historiographie s’est plue à décrire comme des « coqs de village », sorte d’aristocratie au sens étymologique, qui ne manquait pas de truster les fonctions d’officiers seigneuriaux et les droits de sanctionner qu’ils impliquent. Or, pouvait-on être à la fois homme du seigneur et homme de la communauté ?
Il y a là une ambivalence qui comporte des risques mais qui fut aussi motrice des mouvements internes à la société rurale. C’est dans l’exercice de ces fonctions intermédiaires que se concrétise la réussite, que se définit une élite locale, appelée à s’éloigner de la communauté rurale dans le mouvement d’uniformisation sous l’égide centralisée des pouvoirs qui marque l’Ancien Régime. Mais c’est une minorité qui commande au village.

Bailli ou lieutenant, maïeur et échevins concentrent les pouvoirs ; non seulement c’est une concentration numérique, mais c’est encore une concentration économique. C’est dans cette concentration que se développe et s’enracine un certain type d’attitude face aux pouvoirs extérieurs qui sera décisif au 18 e siècle, dans les problèmes relationnels par rapport aux seigneurs, entraînant ainsi l’adhésion à la révolution à travers la suppression des ordres sociaux et des privilèges.
« Quand Adam bêchait et qu’Ève filait, où donc étaient les gentilshommes ? » Cet état d’esprit, cultivé dans les tavernes et cabarets, politise progressivement l’opinion publique, contribuant à une maturation contestataire du système féodal. Tout cela fuse dans la seconde moitié du 18 ème siècle où des forts en gueule locaux forgent une nouvelle attitude, fustigeant des soumissions multiséculaires.
Signe de modernité ? Mais la politisation exacerbe les clivages internes de la communauté villageoise, entre fermiers et manouvriers, entre riches et pauvres. Dans le dernier tiers du 18ème, l’ambiance s’électrise : les cahiers de doléances en sont l’expression.
E. L’éveil citoyen
La convocation des États Généraux le 27 décembre 1788 se fait dans un climat de tension palpable et le Roi, conscient de l’évolution de l’opinion, consent au principe du doublement du Tiers État (équivalent ainsi à l’ordre de la noblesse et du clergé) et détermine la circonscription électorale, le bailliage. Le 24 janvier 1789 la lettre de convocation et le règlement électoral pour les États généraux sont envoyés. Le 19 février la lettre pour la Flandre est diffusée.
Tous les nobles âgés de plus de 25 ans et domiciliés dans le bailliage sont électeurs. Dans le clergé, sont électeurs directs les évêques et les curés. Dans le Tiers État, tous les habitants âgés de 25 ans et compris au rôle des impositions sont électeurs. Cependant les communautés rurales rédigent leurs doléances et élisent des députés qui se rendent à l’assemblée de bailliage où ils retrouvent les députés des villes. Ils rédigent alors un cahier commun et choisissent leurs représentants pour le porter à Versailles.
Le mode de désignation des députés du Tiers État reste sélectif sur la base de la richesse, les non imposés ne votent pas. Ce système pyramidal favorise incontestablement une sélection par le talent et la richesse.
Le lieutenant général François Joseph Marie Dusart, écuyer, seigneur du Sart, Popuelle, Lannoy …, conseiller du roi est désigné pour présider l’assemblée bailliagère de Lille. Pour la gouvernance de Lille, 4 députés du Tiers Etat pour 2 députés de la noblesse et 2 députés du clergé dont la désignation doit se faire en l’église Saint Étienne du 25 mars au 3 avril.
384 députés sont présents à Lille et le Tiers État constitue le bataillon le plus important. Après la nomination d’un secrétaire de séance, les représentants du Tiers État élisent une commission chargée de rédiger le cahier bailliager. A Lille, les 19 commissaires ne comprennent que deux paysans très aisés. Le monde du négoce, de la manufacture et les hommes de loi l’emportent.
La place des revendications paysannes est donc limitée. Le cahier du bailliage de Lille frappe par sa modération. Il évoque cependant la possibilité du rachat des droits seigneuriaux, la nécessité d’établir un règlement pour la perception de la dîme et la suppression des banalités sur les moulins et le droit de plantis.
Nous connaissons l’identité des élus de la gouvernance de Lille. Pour le Tiers État, les 4 délégués sont Pierre Joseph Marie Chombart propriétaire et maire à Herlies, Lepoutre Pierre François fermier à Linselles, Scheppers Louis Joseph négociant à Lille et Jean Baptiste Wartel avocat à Lille. Le clergé désigne l’évêque de Tournai et le curé de Tourcoing. La noblesse désigne Charles François comte de Lannoy et Louis Séraphin du Chambge, baron de Noyelles.
Des constantes existent dans les cahiers de doléances, la volonté de reconstruire le royaume, l’amour du roi, l’attachement aux coutumes, l’hostilité aux droits seigneuriaux et la défense des communaux. Nous n’avons malheureusement pas trace des cahiers de la paroisse de Lambersart ; Lomme ou Frelinghien ont eu plus de chance…

Ces cahiers sont un départ, la rédaction et l’élection des députés consacrent l’entrée des Français dans la citoyenneté. D’autres échéances s’annoncent avec la naissance de la démocratie.
Chapitre 2 Le temps des Citoyens
A. La recherche d’une mairie
1) L’estaminet ou le café, de 1789 à 1875 : première et deuxième mairie
Les premières élections municipales ont lieu à Lambersart le premier février 1790. La population de notre village n’excède pas 800 âmes et le conseil municipal devait comporter six membres dont le maire. Les élections ont lieu à la chambre échevinale en fait le cabaret « saint Calixte » devenu par la suite l’estaminet du « sapeur pompier » jusqu’en 1938. Ce cabaret existe toujours mais est devenu maison d’habitation particulière. Elle a longtemps empiété sur le trottoir au 55, rue du bourg et le plan d’alignement de 1900 n’a été réalisé qu’en 1987 !
Se succédèrent dans ce lieu 12 maires et agents municipaux de 1790 à 1833, de Paul Joseph Duribreux à Jean-Baptiste Masurel….



Première mairie de Lambersart Au Saint-Calixte

Lorsqu’en 1833, le maire Charles Meurisse est élu, sa profession de cabaretier l’incite à transférer la mairie dans son café qu’il appela « A la maison commune », cette maison est située à l’angle de la rue du Bourg et de la ruelle Meurisse. C’est en 1948 que le conseil municipal décida d’apposer une plaque pour symboliser ce second lieu de la vie municipale. Ce bâtiment existe toujours mais ce n’est plus un estaminet appelé aussi autrefois « Au grand jet d’eau » ni un garage, c’est désormais un laboratoire.



Deuxième mairie de Lambersart À la Maison Commune



Se succèdent dans ce lieu les maires Dulac de Fugères, Louis Sélosse, Charles Cousin, Louis Lelong, Auguste Delcourt et Casimir Becquart.


Cette seconde mairie dure 42 ans, quand le maire Richard Bailly pour se conformer aux consignes préfectorales interdisant de réunir les assemblées municipales dans un estaminet, décide de la transférer dans un local de la ville dit « maison d’école ».
En 1874, ce maire a beaucoup de difficultés pour faire voter ce projet de transfert dans un bâtiment peu propice à recevoir des édiles. Les conseillers, pour manifester leur réprobation, ne venaient pas aux assemblées municipales afin de ne pas atteindre le quorum nécessaire aux décisions. A cela s’ajoute le mouvement séparatiste de Canteleu. Ce n’est qu’en 1875 que la mairie est transférée.
2) l’école ou le « château » 1875 à 1936 : les 3° et 4° mairies
De 1875 à 1893, la mairie occupe la première école dite communale sur la place de l’église Saint Calixte. Richard Bailly et Alfred Becquart occupent les lieux jugés peu accueillants par de nombreux usagers. La photo (donation famille Bonté) date de Félix Clouët des Pesruches (arrêté de 1893 affiché). Cette école communale servira de bureau pour les élections jusqu’en 1920, date de sa destruction avec une partie des maisons du contour de l’église.


La quatrième mairie est une splendide villa à l’angle de l’avenue de l’hippodrome et de l’avenue du bois (devenue avenue



Troisième mairie : ancienne école



Photo sans doute de 1893 (affiches apposées) fonds photographique A. Bonte.
Henri Delécaux) bâtie en 1893 sur un terrain offert par Edmond



Quatriè

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