Rendre la commune aux citoyens
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Description

Cet ouvrage a pour but de rendre la commune, plus petite entité démocratique, aux citoyens de base et la mettre à l'honneur. Ces réflexions nous guident vers la politique américaine et flamande en Belgique, l'économie sociale, la culture, la justice, le logement, ainsi que différents aspects prospectifs. Les rapports des chantiers du droit social complètent le propos, par des expériences et des considérations citoyennes au sujet de la famille, de la mobilité, des loisirs...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 103
EAN13 9782296935808
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Rendre la commune aux citoyens

Citoyenneté et démocratie locale
à l’ère de la mondialisation
Au carrefour du social

Collection dirigée par Marc Garcet et Serge Dalla Piazza


L’Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) est née en 1964 de la volonté de quelques hommes de promouvoir la santé et la qualité de vie pour tous. Des dizaines de services de proximité et extrahospitaliers ont vu le jour pour accompagner, insérer, aider, soigner, intégrer, revalider, former des milliers d’usagers en mal d’adaptation personnelle ou sociale. En collaboration avec les éditions L’Harmattan de Paris, la collection « Au Carrefour du Social » veut promouvoir ce modèle et offrir une réflexion ou des rapports de ses pratiques et de ses innovations.


Déjà parus

Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.), Jeunes, inactifs, immigrés : une question d’identité. Vivre dans un désert industriel, 2010.
Marc GARCET, Construire l’Europe sociale, 2010.
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET, L’avenir de l’homme en question. Pour que nos enfants vivent , 2009
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET, En marche vers un idéal social, 2005.
Sous la direction de

Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA


Rendre la commune aux citoyens

Citoyenneté et démocratie locale
à l’ère de la mondialisation


Actes de l’université d’été 2009
de l’ AIGS , Association Interrégionale de Guidance et de Santé,
et de l’ IEM , Institut d’Études Mondialistes


AIGS
Illustration de couverture : Jamal Lgana.


© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12491-2
EAN : 9782296124912

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
UNIVERSITÉ D’ÉTÉ 2009


Liste des participants :

AMORANITIS Spyros , Directeur de l’Institut de Recherche, de Formation et d’Action sur les Migrations
BAUDUIN Sarah , Psychologue AIGS
BECKERS Pascal , Assistant Social, AIGS
BOLAT Sébahat , Psychologue, AIGS
BURTON Jean-Paul , Fonctionnaire au Ministère de la Région Wallonne
CARLENS Marie , Psychiatre AIGS
CREPIN Albert , Chargé de Communication, Techspace Aero
DALLA PIAZZA Serge , Docteur en Psychologie, AIGS
DETHIER Rose-Marie , Psychologue AIGS
DONNAY Jean-Marie , Psychologue chef de service AIGS
GARCET Rachel , Directrice des Personnels, AIGS
GARCET Marc , Secrétaire Général, Fondateur de l’AIGS
HERMANS Michel , Politologue, Université de Liège
JACOB Bernard , Administrateur Stratégique du Réseau AIGS
KIENE Robert , Premier Secrétaire de l’Ambassade des États-Unis
KRAMER Michèle , Assistante Sociale, Thérapeute de Famille, AIGS
KREUSCH Jean-Marie , Assistant Social, Chef de service AIGS
LACROSSE Valérie , Psychologue AIGS
LIBIN Daniel , Fonctionnaire au Ministère de la Région Wallonne
MAHY Christine, Présidente du Forum wallon de lutte contre la pauvreté
MARTENS Luc , Député, Parlement Flamand
MARTIN Michel , Psychiatre, Directeur Médical de l’AIGS
MARTIN Roger , Assistant Social La Noria
MOULIN Didier , Psychologue AIGS
NOLET Jacqueline , Assistante Sociale, Thérapeute de Famille, AIGS
RAZAFINIMANANA Lola Virginie , Psychiatre AIGS
RENIER Janine , Assistante Sociale, Thérapeute de Famille, AIGS
SQUELARD Gilles , Psychologue AIGS
VANDORMAEL Luc , Assistant Social, Adjoint à la Direction de l’AIGS
VAN DUYSE Dominique , Ingénieur en Chef, Ministère de la Région Wallonne
WINTERHALTER Roger , Président de la Maison de la Citoyenneté Mondiale de Mulhouse


Sous la direction de Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA
INTENTIONS
AOÛT 2009 – Nous clôturons la trilogie « citoyenneté et démocratie locale à l’ère de la mondialisation ».

« Rendre la commune aux citoyens » sous-entend qu’ils ne l’ont plus. Par une étrange dynamique, le citoyen semble se désintéresser de la politique en général, l’image des hommes politiques inspire peu confiance. Ils se distancient des citoyens. Le tout rejaillit sur la citoyenneté communale.

La mondialisation apporte des complexités auxquelles s’ajoutent les crises technologiques, financières et économiques. Pourtant, c’est avec le sentiment de cohésion sociale globale que le citoyen peut vivre en paix et en pleine santé sociale.

Cette session veut montrer les organisations et les structures sociales à l’œuvre pour construire la cohésion sociale à la base. Les instances internationales, nationales et régionales ont bien conscience de l’importance de la cohésion sociale dans la dimension objective et subjective. Les travailleurs du secteur psychosocial en général doivent aussi intérioriser le changement des rapports entre l’action individuelle et les actions collectives. Chaque professionnel est, par sa fonction, agent de la cohésion sociale et doit favoriser l’insertion des plus défavorisés comme acteurs de leur propre existence et acteur social.

Le thème de cette session se veut pragmatique et créatif de nouveaux modèles de conduites professionnelles visant à l’exercice de l’autonomie et de la citoyenneté. Les recommandations clôtureront la trilogie par des engagements institutionnels pratiques.

Une Organisation de

l’AIGS, Association Interrégionale de Guidance et de Santé et
l’IEM, Institut d’Études Mondialistes
Siège : 84, rue Saint-Lambert – 4040 Herstal ( www.aigs.be ).

Avec le soutien du programme européen DAPHNÉ.
NIVEAU MONDIAL
A L’ERE DE LA MONDIALISATION, RENDRE LA COMMUNE AUX CITOYENS Marc GARCET
Président de l’Institut d’Études Mondialistes et Secrétaire Général de
l’Association Interrégionale de Guidance et de Santé, ASBL


PRÉAMBULE

L’Université d’Été a toujours proposé une succession d’hypothèses et de suggestions à la réflexion des participants. C’est la fonction essentielle d’une « Université » qui est la synthèse syncrétique de l’universel. Pour la troisième année, nous débattons de la mondialisation sous les trois angles suivants :
- 2007 : La cohésion sociale à l’ère de la mondialisation
- 2008 : La commune au XXIe siècle, citoyenneté et démocratie locale
- 2009 : Rendre la Commune aux Citoyens

La « mondialisation » est, comme nous le constatons, dominante. Nous la considérons dans ses diverses dimensions : psychologique, économique, sociologique, financière, scientifique. La mondialisation a envahi totalement notre pensée et notre existence depuis plus de vingt années. Nous en vivons aussi toutes les conséquences dont nous avons disserté antérieurement. La dernière était la crise financière. Elle a hypothéqué la confiance individuelle aux différents systèmes bancaires. Elle a remis en question la mondialisation comme système de développement durable. Elle induit des conduites collectives, de repli et de méfiance. Elle a ruiné les États et les entreprises. Cependant, elle s’affirme comme le modèle incontournable, voire irréversible. Elle est le contexte de notre réflexion en 2009.

1. LA COMMUNE, UNE REPRÉSENTATION

La commune est une réalité juridique dont nous avons traité largement en 2008. Elle pourrait être analysée comme une abstraction sociologique, socioculturelle, psychosociale territoriale comme l’aboutissement d’un lien social et sociétal collectif ?

Je vous engage à considérer la commune comme une « représentation mentale », temporo-spatiale dont chaque habitant possède l’image avec laquelle il vit. Cette représentation mentale vit en nous dans toute sa complexité individuelle et collective, au passé, au présent et au futur. C’est de cela que nous voulons parler. Au sein de la représentation de l’intégration au territoire, nous trouvons toutes les nuances de l’appartenance et de la possession.

Nous pourrions qualifier ce lien social et affectif de « sentiment d’être et de vivre l’inclusion collective ». L’idéal à atteindre étant l’harmonie réciproquement vécue du bien-être collectif et individuel.

Je vous propose de distinguer trois niveaux à cette « représentation mentale » :

1) L’appartenance comme une inclusion passive : sentiments diffus d’être du même groupe, sans plus.
2) L’appartenance comme un engagement volontaire résultant d’une adhésion individuelle à un projet collectif : un challenge à réaliser ensemble. Les sujets sont alors acteurs et partenaires.
3) L’appartenance comme une « possession » de la sphère collective. Il s’agit là de l’intériorisation individuelle d’une réalité collective en mouvement avec la volonté de réussir un programme. Le projet collectif est mon affaire comme elle est celle de chaque habitant. Dans ce cas, le sujet est acteur « actif » agissant dans le projet collectivement admis. Il en est un des artisans. Ce distinguo est essentiel pour la décomposition de la réflexion qui suit.

2. RENDRE LA COMMUNE AUX CITOYENS

Cette proposition est une hypothèse. Pour l’aborder, nous posons trois thèses :

1) La commune a été ravie aux citoyens alors qu’elle leur appartenait.
2) Rendre la commune aux citoyens aurait pour conséquence de recréer du bien-être individuel et collectif à l’ère de la mondialisation.
3) La participation civique rendrait la cohésion et la santé sociale au territoire réinvesti

2.1. La commune ravie

Sous l’angle du vécu du lien social, nous pouvons imaginer qu’au XIXe siècle, les habitants de la commune pouvaient avoir un sentiment d’inclusion plus vivant qu’au XXIe siècle. En effet, l’économie agricole constituant l’essentiel des échanges, les fonctions économiques réalisées généralement sur le territoire de vie, voire à proximité, avaient pour conséquence de rapprocher et de rendre plus dépendants les rapports entre le territoire de la commune et les habitants. Cette période est passée.

Progressivement, à la fonction dominante de l’économie rurale, s’est substituée l’industrialisation, d’abord artisanale, ensuite collective et délocalisée par rapport à la résidence du travailleur. Le rapport entre le lieu de vie et le lieu de travail s’est progressivement dissocié. Nous en arrivons maintenant à qualifier les territoires de « communes dortoirs » et de « zones industrielles ». En conséquence, la « commune » a changé de vocation sociologique, changeant par là la nature des liens qui s’établissent entre ses habitants et l’organisation de la cité. Le citoyen du territoire est moins lié donc moins responsable.

En 1976, une loi de fusion des petites communes en de grandes entités communales est venue renforcer ce décollement entre identité territoriale et particularités socioculturelles locales.

La conséquence de cette mutation sociologique progressive peut se mesurer par la perte du sentiment d’appartenance du citoyen au territoire et à l’organisation de la « commune ». Ce constat a pour effet de désolidariser les liens d’appropriation du territoire et de son organisation. Elle restreint le sens de la responsabilité citoyenne et atténue les liens de causalité entre le cadre de vie et la qualité de vie. L’habitant-citoyen dégage sa responsabilité du déterminisme personnel, pourtant indispensable, pour se réfugier dans une forme de déterminisme collectif, dont il se sent étranger. Dans ce contexte, son territoire d’habitation devient un « fort » dont il défend les contours. Il se sent agressé de partout par le collectif auquel il ne s’identifie pas. Les rapports de violence donnés et reçus se substituent aux rapports collectifs de solidarité et d’échange de cordialité.

2.2. La commune restituée

Pourquoi restituer la commune aux citoyens ?

Cette restitution aurait-elle pour conséquence de recréer plus de bien-être individuel et collectif à l’ère de la mondialisation ? Dans les programmes des partis politiques, il y a des termes qui y font penser. Toutefois, ce n’est pas une priorité stratégique. Les termes « où il fait bon vivre » sont souvent répétés, mais il n’y a plus de création d’espace collectif, de places, de parcs pour s’y promener, y jouer. Pour cela, il faut quitter le territoire. La « Commune-dortoir » à habitations multiples est le modèle de la « désocialisation ». Elle ne met pas en place les éléments essentiels du lien social, collectif, les espaces de verdure sont oubliés des quartiers nouveaux. Point de promenades, de sorties sans risque pour tous les âges. Ces espaces construisant l’inclusion affective et culturelle dans les rapports de vie quotidienne sont remplacés par plus d’immobilier fonctionnel et lucratif.

2.3. La commune ou le territoire réinvesti

Un renforcement de la politique axée sur les relations existentielles sociales et culturelles, la participation civique produirait naturellement la cohésion et la santé sociale. Comme habitants du « territoire, nous sommes des acteurs potentiels ou réels. Nous devons l’être. Habitant d’une « cité-dortoir », nous pouvons mobiliser les énergies du voisinage pour recréer l’existence collective à des cités endormies où le territoire privé constitue une « prison familiale volontaire ». En tant que service, nous devons mobiliser autant d’énergie à construire du collectif qu’à aider l’individu dans sa solitude sociale et territoriale

3. À L’ÈRE DE LA MONDIALISATION, TOUT EST GLOBAL

L’Air du temps souffle des vents contradictoires. Pourtant, il est nécessaire de recréer l’intimité locale au passé, présent et futur. La « mondialisation » a dissous la non-responsabilité locale et le lien social territorial à la manière d’une réaction chimique. Elle a été plus rapide que la reconstruction de nouveaux liens ou la préservation des anciens. Prenons quelques repères des mutations phénoménologiques

3.1. Les mutations

Les générations de 1950 à 2010 ont été soumises à des mutations très importantes dans le rapport à l’environnement temporo-spatial et sociopolitique entraînant une nouvelle sculpture de la représentation mentale, du temps, de l’espace, du rapport à la terre, à l’environnement terrestre et sidéral. En cinquante années, la technologie et les sciences ont plus changé les rapports au monde que les 5.000 ans d’histoire qui précèdent. Si le feu a libéré « l’homme primitif » des autres animaux, la technologie du XXe siècle l’a libéré de la Terre. Elle tend maintenant de le rapprocher. Voyons plus en détail la nouvelle sculpture des représentations.

3.2. Rapport à l’espace et au temps

1961, Gagarine ouvre l’ère spatiale. Ce nouvel espace conceptuel fait entrer l’environnement planétaire dans notre représentation quotidienne. Les voyages sur la Lune, l’exploration de Mars font partie des références nouvelles du temps et de l’espace. La notion d’espace-temps devient familière. La mesure du temps en « année-lumière » est sortie des livres savants pour gagner les livres d’enfant. L’exploration de cette nouvelle dimension précipite toutes les techniques aéronautiques. Elle relativise les rapports continentaux et intercontinentaux, modifie le sens subjectif des distances. Elle popularise les échanges économiques, culturels, humains. Elle précipite les migrations naturelles. Les continents riches exercent une attractivité sur les populations pauvres et suscitent des migrations économiques dont les familles occupent nos territoires et nos communes. L’éducation, la famille, l’école, les loisirs, le commerce et l’industrie assimilent rapidement ce nouveau concept de l’espace et du temps qui, imperceptiblement, vont changer nos manières d’être et particulièrement la relation entre l’espace le plus petit et l’espace le plus grand.

3.3. Rapport à la communication

En 1963-1965, nous assistons à la mise au point des bases de la nouvelle communication numérique en réseau. Sans nous en rendre compte, Internet était déjà en orbite. En 1990, nous assistons à la naissance d’Internet et en 1991 la mise en place du www. En 1998, nous avons la fondation de Google par la Silicon Valley, par Larry PAGE et Sergey BRIN. Cette fondation se donne pour mission « d’organiser l’information à l’échelle mondiale et de la rendre universellement accessible et utile ». Notons dans cette présentation de mission, le nouveau mode d’expression « à l’échelle mondiale, universellement accessible et utile ».

3.4. L’incidence des changements sur la transmission des repères par la famille, l’école et les groupes sociaux

Les valeurs transmises par une famille normalisée en âge d’avoir des enfants durant les années 60 ont subi des altérations essentielles par rapport aux valeurs en cours dans les années 1980. C’est dans cet écart conséquent que nous percevons l’impact de ce nouveau phénomène d’acculturation d’une génération par rapport à une autre sur un territoire qui cependant n’a pas changé pour des personnes qui n’ont pas migré. La « migration » s’est opérée par le changement rapide extérieur, de repères fondamentaux plutôt que par le déplacement physique des personnes dans l’espace. Ce sont donc les représentations mentales qui se sont modifiées.

3.5. Rapport au territoire

Dès 1948, le concept de la souveraineté nationale se réduit progressivement au profit d’organisations internationales exerçant leurs compétences sur des ensembles territoriaux. La patrie associant famille, protection, armée, territoire est juridiquement battue en brèche par un autre rapport au monde et à un espace garanti. La pression psychologique internationale liée à des modifications sociopolitiques importantes laissées par la dernière guerre mondiale a amené la création de l’Organisation des Nations Unies, l’OTAN, l’Union européenne, etc.… Le rapport au sol dans son sens symbolique, sécuritaire, identitaire a été altéré. Il faut savoir que les grands parents, les arrières grands parents ont été en guerre pour des territoires dont l’Allemagne et la Belgique se disputaient la souveraineté. Il en est de même en Allemagne, il en est de même en France et dans bien d’autres pays européens. Maintenant, pour la génération présente, ces valeurs du passé se sont effritées. Une nouvelle culture a pris place, et progressivement les rapports de conflits territoriaux sont remplacés par des procédures de recherche de paix juridiquement encadrées par des Organisations internationales. Sur le plan communal, le principe de « compétence territoriale » s’est délité. L’autonomie communale, historiquement, a garanti les libertés et les règles sur le territoire de la commune. L’égalité des droits et des services à garantir à chaque habitant a largement réduit l’autonomie de l’administration. Des intercommunales, des communautés de services régionaux assurent les services essentiels.

3.6. Rapport à la sociologie familiale

Dès 1970, dans la plupart des pays du G8, la sociologie familiale a éclaté. De la famille nucléaire, unie par le mariage consacré par la religion, nous passons à la famille dissociée, monoparentale, reconstituée. Un nombre de plus en plus faible de familles, de couples stables se maintient. Le statut de l’enfant tel que véhiculé par les Nations Unies dans la Charte des droits de l’enfant de novembre 1959 s’est fortement fragilisé voire mis en brèche et notamment en son principe 6 : « L’enfant, pour l’épanouissement harmonieux de sa personnalité, a besoin d’amour et de compréhension. Il doit autant que possible, grandir sous la sauvegarde et sous la responsabilité de ses parents et, en tout état de cause, dans une atmosphère d’affection et de sécurité morale et matérielle ; l’enfant en bas âge ne doit pas, sauf circonstances exceptionnelles, être séparé de sa mère. La société et les pouvoirs publics ont le devoir de prendre un soin particulier des enfants sans famille ou de ceux qui n’ont pas de moyens d’existence suffisants. Il est souhaitable que soient accordées aux familles nombreuses des allocations de l’État ou autres pour l’entretien des enfants ». Devenu objet des errements du couple, l’enfant est partagé entre les parents dissociés. Les tribunaux corroborent ce partage. L’intégrité sacrée de l’enfant reprise dans la Charte des droits de l’enfant est abandonnée dans les faits et dans le droit. L’éducation familiale est ainsi disloquée, discontinue, partagée souvent entre des conceptions éducatives et affectives contradictoires.

3.7. Rapport à la procréation et à la liberté sexuelle

La pilule contraceptive, lancée sur le marché en 1956 et généralisée en 1960, a modifié les rapports moraux, religieux liés aux relations sexuelles. La procréation peut être volontaire. La femme est libérée du risque de maternité non désirée. Les mouvements de libération des femmes (Charte des droits de la femme) traduisirent l’événement en révolution sociale et sexuelle. La famille perd de sa stabilité.

3.8. Rapport à la naissance, à l’enfance et à l’adolescence

Dans la Déclaration des droits de l’enfant en date du 20 novembre 1959 il est dit que « l’enfant doit jouir de tous les droits énoncés dans la Déclaration. Ces droits doivent être reconnus à tous les enfants sans exception aucune, et sans distinction ou discrimination fondées sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance, ou sur toute autre situation, que celle-ci s’applique à l’enfant lui-même ou à sa famille ». Chaque enfant et adolescent est sujet de droit en terme de protection de son intégrité personnelle, physique, morale. Toutefois, il n’y a aucune obligation portée à l’égard des parents ou de l’entourage pour garantir les mesures qui contraignent l’existence des conditions essentielles pour une éducation satisfaisante et suffisante. Il en résulte que l’éducation sociale est maintenant laissée à la crèche, à l’école maternelle, que les apprentissages indispensables de la lecture et de l’écriture sont exclusivement réservés à l’école primaire.
En 2007, plus de 40 % des enfants échouent dans l’enseignement scolaire de base. Nous constatons par là que l’enfant est la victime des mutations sociologiques dont les conséquences portées à l’environnement socio-éducatif lui sont très dommageables. Pour les générations qui se succèdent, il faut voir dans ces transformations des rapports essentiels au monde et aux valeurs, l’origine des problèmes sociétaux, des enfants, des adolescents et des adultes restés accrochés aux accidents de l’existence.

3.9. Acculturation

Au vu de ces changements aussi fondamentaux, nous pourrions considérer que les générations successives nées depuis les années 70 sont étrangères aux valeurs socioculturelles constituant le cadre historique. Nous pourrions ainsi parler d’acculturation d’une génération par rapport à l’autre. Ce terme sociologique est surtout utilisé pour qualifier les phénomènes d’assimilation des migrants éduqués dans le bien d’une autre culture. Le mémorandum du Social Science Research Council considère l’acculturation comme l’ensemble des phénomènes résultants du contact direct et continu entre des groupes d’individus de culture différente avec des changements subséquents dans les types de culture originaux de l’un et de l’autre groupe.

3.9.1. Manque ou absence de compréhension rationnelle

L’incompréhension des rapports rationnels ou de causalité est à l’origine de conduites sociales inadaptées sur le plan individuel et collectif. Cet état de non-compréhension appelle l’irrationnel. Par opportunité, le champ de l’abus et de la corruption s’est ouvert.

3.9.2. L’abus comme « nouveau rapport »

La réduction du lien social local fait partie de l’état des lieux des dernières générations. Elle imprègne les mandataires publics de tous bords. Le vide de responsabilité et de contrôle facilite l’utilisation privée de l’espace public à des fins mercantiles et de profit personnel. La presse s’instaure comme justicier des détournements d’intérêt et de la corruption. Un climat de discrédit moral que le quidam juge à l’auge du plus corrompu. Qu’est-ce que la corruption du « petit mandataire » au regard de la corruption des banques et de leur organisation occulte ? La corruption, dénoncée dans les pays descendant du communisme et dans l’assistance aux pays africains, s’est insidieusement installée jusque dans nos villes et communes.

3.9.3. Choc de cultures et de valeurs

On ne peut mesurer encore l’impact porté aux générations futures par le choc des cultures et des valeurs civiques, morales dont la crise financière de 2008/2009 est l’expression. Cette mentalité est totalement différente des valeurs portées par mai 1968 où la revendication d’un nouvel ordre moral, public, dans la hiérarchie des responsabilités constituait l’air du temps. Les écarts entre générations sont tels que les « ascendants » ne reconnaissent plus les « descendants » sur le plan de la responsabilité collective et sociale. Le transfert des valeurs entre générations est conflictuel sur le plan de l’implication sociale, politique au niveau collectif. Les altérations de références s’observent aussi chez les professionnels de tous les niveaux, des universitaires aux qualifiés de base. Nous vivons une position d’attente et de scepticisme, une perte de confiance comme en témoigne la presse depuis plus de cinq années en Belgique où le phénomène est renforcé par d’autres problèmes culturels linguistiques. Cependant, nous ne sommes pas les plus marqués. La révolte des banlieues en France se traduit chaque jour par des incendies de voitures, de bâtiments publics et de services sociaux.

3.9.4. Rencontre entre générations

La culture entre générations est fragilisée par des doutes, des méfiances. Elle conforte aussi la déresponsabilisation. La perte de confiance aux institutions financières publiques et privées minera encore l’avenir longtemps. La collusion entre le monde politique et le monde financier emporte tous les pouvoirs vers le rejet collectif. Le rejet collectif provoque en ce moment l’autoprotection du système corrompu. Cette confrontation mondiale au détriment des citoyens de chaque pays hypothèque la confiance à l’égard de tous les pouvoirs. Ces circonstances donnent à notre exposé un cadre plus complexe encore, mais il fortifie la nécessité d’une appropriation plus grande de la chose publique et de la vie collective locale où la démocratie peut être vécue et comprise.

En synthèse, nous voulons indiquer que les cinq générations qui nous séparent de 1950 ont été affectées par des changements très importants de la « représentation mentale » liée à la communication, à l’espace, au temps, au territoire. Nous sommes maintenant dans la position de formuler une suggestion : rendre la commune aux citoyens.

4. PLAIDOYER POUR ADAPTER LE TERRITOIRE LOCAL AUX NOUVELLES DIMENSIONS DE LA SOCIÉTÉ MONDIALE

Reconstruire des schémas d’inclusion sociale et culturelle, incluant survie écologique, développement personnel et référence morale, garantissant la santé physique, mentale et sociale. C’est un objectif essentiel. Pour l’atteindre, nous n’avons d’autres remèdes que d’utiliser les cadres existants. Cette intention générale et ambitieuse mérite des précisions quant à sa matérialisation

4.1. Qu’entendons-nous par schéma d’inclusion sociale ou structurelle ?

Nous savons que les comportements collectifs sont toujours interactifs et mettent en œuvre, dès la naissance et tout au long de la vie, la personne isolément dans des procédures collectives. Pour reconstruire, il y a donc lieu d’éclairer, d’éduquer, de motiver à faire place, de découvrir la dynamique du schéma social auquel la personne va naturellement s’attacher et qui lui donnera sa propre identité sociale. Il conviendra ensuite d’expérimenter … L’expérience se fait naturellement, spontanément, dans la dimension du groupe familial ou de l’environnement. Dans un processus de reconstruction ou de construction et de responsabilisation, il y a lieu de susciter les initiatives, d’encourager et de soutenir la participation à des réalisations…. Pour assurer « une survie sociale ».

4.2. Qu’entendons-nous par « survie sociale » ?

En parlant de la « survie sociale », j’accentue le trait en utilisant le mot survie car il m’apparaît que le parcours de vie de l’enfance à la vieillesse est jalonné de « risques » de plus en plus élevés en regard de l’apprentissage dont les générations actuelles disposent à leur égard.

La survie sociale et physique de la personne dépend de l’usage qu’elle fait de son environnement. L’environnement, dans le contexte urbain à forte densité démographique, présente de hauts risques sur un plan individuel et sur le plan collectif. Gérer nos comportements alimentaires, d’hygiène de base et de détente sociale, présente de nouvelles priorités de santé publique sur le plan individuel ou social. Seuls ou en famille, nous produisons des conditions souvent toxiques, à court et à long terme, pour nous-mêmes et pour la collectivité.

La survie mentale réfère aux hauts risques du stress soulignés par l’OMS par le taux de dépression et de consommation de médication activant ce sujet.

La survie physique réfère aux hauts risques liés aux modifications de l’environnement, et fait du maintien de la santé physique un poste important des budgets privés et publics tout au long de la vie

4.3. Développement personnel

Le développement personnel rappelle l’individualité dans sa singularité, tout en considérant la grégarité de l’être dès sa naissance. L’harmonie entre l’être intérieur et l’être social est la base de la santé physique, mentale. L’adaptation névrotique à la réalité entraîne la répétition de l’insatisfaction du mal-être et de la déraison et de la déviance. Nous avons développé ailleurs en quoi le territoire social doit participer à l’adaptation du cadre de vie et des comportements sociaux que la grégarité naturelle exige.

4.4. La « référence morale » garantissant notre santé physique, mentale et sociale

« Une âme saine dans un corps sain », est adage universel pour toutes les espèces. Trop souvent rejetée, écartée, banalisée pour faire valoir les « intérêts », la morale est cependant la règle. Cette règle individuelle et collective est universelle. Nous renvoyons aux « fondamentaux » du droit naturel. Elle rend possible l’exercice de la liberté personnelle et collective. Les comportements en sont tous empreints. Nous savons qu’il n’y a pas de vie sociale équitable, durable et responsable sans l’intériorisation, l’assimilation des règles, leur contrôle individuel et social. La complexité du droit régissant les comportements sociaux est maintenant hors de portée de la connaissance moyenne, au travail, sur la route, à la maison, dans les quartiers, en termes de gestion de la pollution, des conduites personnelles et publiques… Or, il n’y a pas de paix collective sans le respect de règles aux différents niveaux : local, régional et international.

Ce texte en forme de plaidoyer peut néanmoins se traduire en programme simple et en réajustement de l’angle d’action et d’organisation. Nous devons donc ajouter aux priorités antérieures d’autres priorités, dérivant des nouvelles conditions de l’environnement collectif et individuel.

5. RESPONSABILITÉ DES TRAVAILLEURS DU SECTEUR SOCIAL

Par travailleur du lien social, nous entendons tous les travailleurs inclus dans le « secteur tertiaire social » qui représentent plus ou moins 10 % de la masse active des pays du G8. Ce sont les enseignants, les travailleurs sociaux, de la santé, de la culture et des loisirs, de toutes les disciplines.

Cette fonction de travailleur est généralement rémunérée ou rétribuée par des subsides de l’État et des pouvoirs publics. Chaque citoyen contribue par l’impôt à la gestion du bien-être et la paix sociale. Il ne faut donc pas assimiler travailleurs du secteur tertiaire social et travailleurs du secteur marchand. Les missions à vocation sociale exercées par les organisations privées ou publiques ont des responsabilités sociétales essentielles et fondamentales. C’est d’ailleurs leur vocation essentielle. Le citoyen en est payeur et en attend des résultats objectifs et subjectifs. Dans la perspective de la santé globale, la responsabilisation professionnelle des travailleurs par rapport à la formation et au maintien des liens sociaux, le maintien des conditions de « survie » font naturellement partie intégrante de l’exercice de leur profession. Ils ont tous pour mission sociale de développer chez le bénéficiaire individuel ou collectif, la responsabilisation des attitudes civiques, individuelles et collectives.

Nous avons indiqué plus haut ce que nous considérions comme étant l’essentiel de l’exercice de la responsabilisation des citoyens. Nous avons indiqué ce que nous entendions par schéma d’inclusion sociale et culturelle. Nous avons indiqué ce que nous attendons de la mise en perspective de cette action pour une survie sociale et physique. Nous avons souligné le développement personnel dans la globalité collective de la société. Nous avons indiqué l’indispensable référence morale et éthique pour assurer une vie sociale équitable et durable.

5.1. Revoir les références théoriques héritées du XIXe siècle qui donnent le cadre philosophique aux traitements psychologiques

5.1.1. L’individualisme

Les fondements théoriques des pratiques thérapeutiques d’origine psychologique trouvent leur origine dans la philosophie du 19e siècle et du début du XXe siècle.
C’est entre les deux guerres que les pratiques thérapeutiques se sont développées. Nous savons le rôle déterminant de l’école freudienne dans ce courant qui a permis de jeter un autre regard sur la souffrance mentale. À l’époque, les bénéficiaires de ces apports thérapeutiques étaient limités à la société bourgeoise. C’est donc dans ce contexte que les références théoriques, la pratique et la technique ont pris forme. Elle s’inspire de la philosophie des « lumières » axée sur l’affirmation de l’individu et de la personnalité. Les courants philosophiques ont progressivement intégré les mutations démographiques, sociales et économiques. Le « droit » moderne et postmoderne a largement étendu les « droits et devoirs » des citoyens. Nous soulignons souvent l’écart entre la mentalité des travailleurs psychosociaux et leurs consultants. Des planètes différentes.

Toutefois, nous voudrions rappeler trois éléments démographiques :

En 1900, la population mondiale était de 1,15 milliard
En 2010, la population mondiale est de 6,85 milliards
En 2050, nous postulons que la population mondiale sera de 9,75 milliards, etc.

La valeur singulière de l’individu et de la personnalité a par conséquent fortement changé. La position individuelle dans la démographie mondiale nous amène aussi à des spéculations théoriques concernant l’avenir de l’homme, de sa position dans l’interaction individu-collectif. Le précepte consistant « à découvrir » et réaliser ce qui nous semble bien pour nous est à mettre en discussion à la lumière des modifications du contexte sociologique. Maintenant, la notion de « bien pour soi » participe davantage au sentiment de « bien-être général dans une société » où le bien-être est organisé. L’éducation individuelle où la place essentielle est fondée sur un idéal du Moi narcissique bâti autour du narcissisme est en décalage avec la réalité imprégnée de collectif. Dans cette modification des contextes, le précepte dérivant de la situation est le « vivre ensemble ». Vivre ensemble est donc une nouvelle valeur de référence théorique.

5.1.2. Vivre ensemble

Depuis 1945, le monde a changé. C’est en 1968, sur notre hémisphère, que nous en mesurons les changements en rapport à un « Surmoi » collectif où dominent les concepts d’égalité, de liberté et de solidarité. De la société patriotique nationaliste locale discriminante, raciale, nous avons progressivement migré vers des sociétés ouvertes. En 1945 fut créée l’Organisation internationale des Nations Unies. Elle ouvre l’ère internationale.

L’O.N.U. régule les rapports individuels et collectifs sur un modèle du droit international individuel et public. Avons-nous intégré cette dimension-là dans notre réflexion quotidienne ou avons-nous simplement placé ce nom connu dans notre vocabulaire sans en connaître le sens ? C’est vers les années 2000 que le terme mondialisation s’inscrit dans notre vocabulaire. Savons-nous ce que cela représente ? L’avons-nous intégré dans nos références théoriques et l’avons-nous transposé dans nos pratiques ?

À l’individualisme « forteresse du moi »se sont substituées des définitions collectives de rôles sociaux, citoyens, travailleurs. Pour nous en Belgique, c’est en décembre 1944 que le principe de sécurité sociale est devenu protection sociale. Ce concept de régulation sociale des risques inhérents à la vie et à l’existence en matière de santé, de perte de travail, de bien-être familial et de survie est un bienêtre minimal.

Les valeurs individuelles se sont ainsi élargies aux valeurs collectives. Le Moi collectif s’est construit des règles sociales du comportement collectif donnant corps au concept de « conscience collective ». Tout notre système de vie, tout notre travail comme agent du secteur tertiaire social, notre salaire, notre rôle social font de nos acteurs « du Vivre ensemble ». « Vivre ensemble » repose sur des concepts internationaux de solidarité, de non-discrimination, d’intégration, de cohésion sociale qui incluent dans les faits une place pour chacun dans une dynamique économique globale pour une société de bien-être, de travail, de science et de culture.

Y-a-t-il contradiction entre des valeurs individualistes et des valeurs du « Vivre Ensemble » ?

Certes, nous ne pouvons opposer ces deux éléments de notre philosophie et de notre culture. La nouvelle génération a sans doute plus facile d’oublier l’une pour ne prendre que l’autre. L’individualisme donne à la responsabilité un sens individuel. Vivre ensemble place l’individu dans la responsabilité collective. C’est toute la différence. La discussion donne le sens au plaidoyer que je développe. Il faut revoir nos références théoriques.

CONCLUSION

Rendre la commune aux citoyens passe par la confiance regagnée des citoyens et la réorientation du contrat de la Sociale-Démocratie.
LE POUVOIR INTELLIGENT ROBERT KIENE
Premier Secrétaire
Ambassade des États-Unis de Belgique


Je vous remercie de m’avoir invité à m’adresser à votre groupe. Je dois reconnaître que beaucoup d’entre vous sont heureux que je sois le représentant d’une nouvelle administration à Washington. En effet, le Président Obama a lancé une nouvelle ère d’engagement international fondée sur des intérêts communs, des valeurs partagées et le respect mutuel. Je suis honoré que les changements dans la politique étrangère américaine soient d’un tel intérêt à l’Université d’été que vous ayez spécialement invité notre ambassade à envoyer un représentant. Comme la Secrétaire d’État Clinton l’a dit, l’Amérique sera toujours un chef de file mondial, tant que nous restons fidèles à nos idéaux et adoptons des stratégies qui correspondent à notre époque.

La Secrétaire a essayé d’exprimer et de mettre en œuvre le concept de pouvoir intelligent, c’est-à-dire, l’utilisation de toute la gamme d’outils à notre disposition : diplomatique, économique, militaire, politique, juridique et culturel, et de choisir le bon outil, ou une combinaison d’outils, qui convient à chaque situation. Pouvoir intelligent implique de tendre la main à nos amis dont la Belgique et je dois dire que je suis heureux de la nouvelle atmosphère de coopération que j’ai rencontrée à Bruxelles au cours de la dernière année. Nous voulons renforcer les alliances anciennes et en créer de nouvelles, en tendent la main aux adversaires de même qu’aux amis. Le gouvernement de la Belgique est un partenaire pour nous dans cet effort. Aucune nation ne peut répondre aux défis du monde seul. Les questions sont trop complexes.

Le Président Obama a énoncé les priorités de notre pays dans plusieurs discours de Prague au Caire à Accra. Nous voulons renverser la prolifération des armes nucléaires et empêcher leur utilisation. Nous voulons isoler et vaincre le terrorisme et freiner les extrémistes violents, en tendent la main aux musulmans du monde entier. Nous voulons encourager et faciliter une paix globale au Moyen-Orient. Nous voulons la reprise économique et la croissance mondiale moyennant le renforcement de notre propre économie, la promotion d’un solide programme de développement, l’expansion du commerce qui soit libre et équitable, et l’investissement qui crée des emplois décents. Nous voulons lutter contre le changement climatique, accroître la sécurité énergétique et jeter les bases d’une prospérité de l’énergie propre pour l’avenir. Nous voulons soutenir et encourager les gouvernements démocratiques qui protègent les droits et obtiennent des résultats pour leurs peuples. Et nous avons l’intention de soutenir les droits de l’homme partout dans le monde.

J’aimerais parler d’abord de deux régions que je crois, sont d’un intérêt particulier pour les Belges : l’Afghanistan / le Pakistan et l’Afrique.

L’Afghanistan et le Pakistan, en raison de la très importante contribution de l’armée belge en Afghanistan, et les besoins qui doivent être satisfaits en termes de développement. La Belgique a plus de 500 troupes en Afghanistan, épaulant les milliers d’Américains et d’autres troupes alliées qui y servent. Nous reconnaissons qu’une très grande partie des ressources militaires de la Belgique est déployée en Afghanistan. Notre stratégie commence par un but clair, concis, et accessible : perturber, démanteler et, finalement, vaincre Al-Qaïda et ses alliés extrémistes, et empêcher leur retour, soit en Afghanistan soit au Pakistan.

Cet objectif est important, car Al-Qaïda et autres extrémistes ne sont pas seulement prêts à tuer chez eux, mais ils ont prouvé leur capacité à attaquer New York, Londres et Madrid. Bruxelles est au centre de l’Europe et n’est pas à l’abri ou invulnérable. Ce n’est pas une tâche facile. Cela va être un projet et un engagement à long terme, qui va certainement durer au-delà de 2010. Nous apprécierons que la Belgique soit avec nous pour réaliser notre objectif commun. Notre approche ne concerne pas seulement les forces armées, mais également le développement et l’aide humanitaire.

La Belgique peut jouer un rôle important dans la sphère civile, tant en Afghanistan qu’au Pakistan. Nous apprécions que la Belgique ait doublé son aide financière à l’Afghanistan. Cette aide s’élève maintenant à presque 1 % de l’aide publique au développement globale de la Belgique. La condition des réfugiés au Pakistan et la formation des policiers afghans ne sont que quelques exemples de domaines où le besoin est urgent.

Outre les troupes, les États-Unis ont envoyé des centaines de civils américains à mener un nouvel effort pour renforcer le gouvernement afghan, reconstruire le secteur agricole, créer des emplois, encourager la primauté du droit, élargir les possibilités pour les femmes et former la police afghane. Les États-Unis dépensent plus d’un milliard de dollars par an en Afghanistan pour des projets civils, et de 700-800 millions au Pakistan. Une plus grande assistance de la Belgique serait appréciée.

Les États-Unis sont à la recherche d’une nouvelle relation avec le monde musulman, comme en témoigne le discours du Président Obama au Caire en juin. Le Président a dit que l’on doit faire un effort soutenu pour être à l’écoute les uns des autres, à apprendre de chacun, de se respecter les uns les autres et à rechercher un terrain commun. Ceci s’applique non seulement aux États-Unis, mais aussi en Belgique. À l’ambassade, nous augmentons consciemment nos contacts avec la communauté musulmane belge. Ces deux dernières années, notre ambassadeur a accueilli des membres éminents de la communauté belge musulmane à sa résidence pour le repas Iftar. Nous avons l’intention d’inviter plus de musulmans belges aux États-Unis pour observer la manière dont nous accommodons les différences ethnique et religieuse. La communication est un élément clé de la compréhension et nous voulons garder les lignes de communication ouvertes.

Nous savons que la Belgique a une histoire particulière avec le Congo, le Rwanda et le Burundi. La Secrétaire Clinton vient de terminer une tournée de onze jours dans sept pays, dont la République Démocratique du Congo. Ce voyage suit le voyage du Président Obama sur le continent et les grands discours qu’il a prononcés au Parlement du Ghana à Accra. Dans ce discours, il a mis l’accent sur quatre domaines qui sont essentiels pour l’avenir non seulement de l’Afrique, mais aussi l’ensemble du monde en voie de développement : la démocratie, l’opportunité, la santé et la résolution pacifique des conflits.

À Washington, le gouvernement se tourne vers la Belgique comme un partenaire clé pour aborder les problèmes au Congo et dans la région des Grands Lacs. En février, la Secrétaire Clinton et votre ex-ministre des Affaires étrangères De Gucht, ont discuté l’idée d’un échange de vues entre experts belges et américains sur l’Afrique. Nous avons déjà eu des réunions entre notre nouveau commandement militaire, AFRICOM, et des fonctionnaires belges pour partager les leçons apprises en Afrique. Nous avons invité la participation belge à notre Africa Partnership Station, basée sur un bateau qui navigue la côte de l’Afrique de l’Ouest, pour apporter un entraînement aux militaires africains et réaliser des projets de développement.

La Belgique et les États-Unis peuvent continuer et intensifier leur encouragement de la bonne gouvernance et la primauté du droit en Afrique. Et comme le Président Obama a dit à Accra, l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, il a besoin d’institutions fortes. Nous pouvons travailler pour aider à la RDC, la réforme de son secteur de la sécurité et à mieux réglementer l’extraction de minéraux. Surtout, nous pouvons travailler à décourager la violence sexuelle et sexiste, ce qui a été regrettable au conflit dans l’est du Congo. À Goma, la Secrétaire Clinton a annoncé plus de 17 millions de dollars de nouveaux fonds américains afin de prévenir et de répondre à une telle violence. Mais nous devons nous rappeler que l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains. L’aide est utile, mais le vrai signe de réussite n’est pas de savoir si nous sommes une source perpétuelle d’aide qui aide les gens à s’en tirer, il est de savoir si nous sommes des partenaires dans la construction de la capacité de changement transformationnel.

Nous avons travaillé en étroite collaboration avec la Belgique qui a été membre du Conseil de sécurité des Nations unies en 2007-2008. Nous nous réjouissons d’une coopération analogue, lorsque la Belgique prendra la présidence de l’Union européenne en 2010. Une question d’importance, ce qui nécessite une approche multilatérale et la coopération de tous les États membres de l’UE, est la non-prolifération nucléaire. Le Président a engagé l’Amérique à rechercher la paix et la sécurité d’un monde sans armes nucléaires. Nous nous sommes engagés dans la négociation d’un nouveau traité de réduction des armes stratégiques avec la Russie. Nous poursuivons la ratification du Traité d’interdiction complète des essais.

Nous cherchons un nouveau traité qui met une fin vérifiable à la production de matières fissiles destinées à être utilisées dans des armes nucléaires. Nous voulons renforcer le Traité de non-prolifération par le renforcement des inspections internationales, en imposant des conséquences pour les pays qui enfreignent les règles ou essayent de se retirer purement et simplement, et de créer un nouveau cadre de coopération nucléaire civile, y compris une banque de combustibles. Enfin, nous devons nous assurer que les terroristes ne parviennent jamais à acquérir une arme nucléaire. Les États-Unis seront l’hôte d’un sommet mondial sur la sécurité nucléaire dans les prochaines années, avec la pleine participation de la Belgique, nous l’espérons.

Un domaine où il y a eu quelques différences avec la Belgique dans le passé est le changement climatique. L’administration Obama s’est engagée à des réductions des émissions de gaz à effet de serre, avec un plan qui va radicalement changer la façon dont les États-Unis produisent, consomment et conservent l’énergie. Dans le processus, nous voulons susciter une explosion de nouveaux investissements et des millions d’emplois. Nous demandons instamment à la Belgique et toutes les autres nations de faire face à leurs obligations et de saisir les opportunités qu’un avenir à énergie propre représente.

Pour conclure, nos alliances et nos amitiés gardent un sens solide, et celles avec la Belgique comptent parmi les plus anciennes et les plus importantes pour les États-Unis. L’administration Obama a l’intention de les revigorer après plusieurs années de tension. En Europe, cela signifie l’amélioration des relations bilatérales, un partenariat plus productif avec l’Union européenne, et une revitalisation de l’OTAN. La nouvelle OTAN est une communauté démocratique de près d’un milliard de personnes allant des pays baltes à l’est, à l’Alaska à l’ouest. Nous nous efforçons de mettre à jour son concept stratégique de sorte qu’il soit aussi efficace ce siècle-ci, qu’il ne l’était le siècle dernier. Nous attendons avec intérêt de nombreuses années de partenariat avec la Belgique et avec nos autres alliés de l’OTAN.
NIVEAU LOCAL
TOUS CITOYENS ? Luc VANDORMAEL
Adjoint à la Direction de
l’Association Interrégionale de Guidance et de Santé


1. CITOYENNETÉ, DÉMOCRATIE ET COHÉSION SOCIALE

La notion de citoyenneté est sans doute considérée par certains comme une nouvelle tarte à la crème. D’autres diront qu’elle est comme la confiture : moins on en trouve, plus on l’étale ! En fait, il est difficile de penser citoyenneté sans penser démocratie et, également, sans en référer aux concepts de lien et de cohésion sociale. C’est pourquoi il est peut-être utile de suggérer d’abord quelques réflexions à ce propos en les mettant en perspective avec l’actualité.

1.1. Citoyenneté et démocratie

On pourrait dire de façon simpliste que la démocratie est le rapport de la société aux hommes et que la citoyenneté est le rapport des hommes à la société. Faut-il rappeler qu’être citoyen signifie qu’on appartient à la cité. On est soumis à son autorité ; on jouit de droits, par exemple être protégé, mais on doit s’acquitter de devoirs envers elle, participer à son essor, à sa gestion. Et on se rend vite compte qu’il faut que soit mise en place une organisation pour régir ces rapports, en particulier sur les plans politique et judiciaire, mais également dans des domaines de plus en plus nombreux qui touchent à presque tous nos comportements… au point qu’il devient parfois difficile de tracer une frontière claire entre sphère publique et sphère privée. La démocratie est une de ces formes d’organisation et nous savons que la célèbre ecclésia de la Grèce antique était une assemblée du peuple, qui pouvait réunir jusqu’à 6000 personnes quelque 40 fois par an. Cependant, le modèle a évolué vers un système de démocratie représentative qui pose dès lors la question des rapports entre les élus et les citoyens qui les ont désignés.

C’est pourquoi évoquer la citoyenneté implique de s’interroger sur le degré de confiance et d’espoir, ou au contraire de désenchantement, qui caractérise aujourd’hui la démocratie.

Pierre ROSANVALLON {1} rappelle que « le fameux Accord du Peuple, publié à Londres le 1 er mai 1649, qui constitue le premier manifeste démocratique moderne, témoigne déjà de façon exemplaire de cette dualité. Garantie de libertés civiles ou religieuses, institution du jury, suffrage universel, limitation des mandats électifs, stricte subordination du pouvoir militaire aux pouvoirs civils, accès de tous aux fonctions publiques : tous les principes qui alimenteront les révolutions des XVIIe et XVIIIe siècles se trouvent déjà formulés dans ce texte précurseur. Mais il est significatif qu’il fasse en même temps référence à la « douloureuse expérience » de la corruption du pouvoir, au risque de voir les intérêts particuliers s’imposer, malgré toutes les précautions prises, et la représentation se retourner en domination. La détermination des conditions de formation d’un pouvoir légitime et la formulation d’une « réserve de défiance » sont ainsi dès l’origine exprimées de concert. »

Cette défiance peut alors se traduire par différentes attitudes : désintérêt, repli sur la sphère privée, ou montée de contre-pouvoirs plus ou moins formels ayant pour leitmotiv le scepticisme, le rejet, la critique ou encore la surveillance et la dénonciation {2} .

Nous savons qu’aux yeux de certains, qu’on qualifie de populistes et qui cultivent un anti-politisme radical, toute autorité gouvernante doit être stigmatisée, comme si elle constituait un corps étranger à la société qu’il faut éradiquer. Heureusement, les dernières élections régionales belges ont montré que le corps électoral, en particulier en Wallonie et à Bruxelles, n’était pas prêt à s’abandonner à de telles dérives. Comme le fait encore remarquer ROSANVALLON, cette défiance envers le politique s’articule cependant sur un effritement de la confiance que les individus ont les uns envers les autres et les mouvements négatifs sont souvent plus faciles à organiser que les associations positives. Pourtant, on peut constater aujourd’hui une multiplication des formes de participation non conventionnelle et, s’il est courant d’évoquer une dépolitisation croissante de la population, il est plus rare d’entendre traiter d’une modification du rapport au politique. Celle-ci est pourtant bien réelle.

D’aucuns prétendront que le citoyen est surtout devenu un consommateur politique exigeant, mais que cette évolution ne signifie nullement une volonté de participer à la vie de la collectivité. En fait, selon ROSANVALLON, les citoyens semblent de moins en moins intéressés à conquérir le pouvoir pour l’exercer eux-mêmes. Leur souci premier serait plutôt de contrôler ceux qui l’exercent, voire d’amoindrir leurs prérogatives. Cette volonté de contrôle nécessite dès lors la plus grande transparence des faits et gestes de l’élu et la montée en puissance de l’exigence d’éthique.