478 pages
Français

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L'Europe médiévale en 50 dates

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Description

Cinquante "tranches d'histoire" nous font parcourir le continent de l'Atlantique à l'Oural et de la Scandinavie à la Méditerranée, pour revivre quelques uns des grands événements qui ont infléchi le cours de l'histoire de l'Europe entre 476 et 1492 : naissance et déclin des empires et des royaumes, montée en puissance de la chrétienté et ses diffcultés, succès et insuccès de l'Islam conquérant, grandes querelles politiques, Croisades, la Grande peste, la guerre de Cent ans...

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Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9782296504677
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Jacques BLOEME

L’Europe médiévale
50
en dates

Les couronnes, la tiare et le turban

RUE
DES ÉCOLES



L’Europe médiévale en 50 dates

Rue des Écoles

Cette collection accueille des essais, d’un intérêt éditorial
certain mais ne pouvant supporter de gros tirages et une diffusion
large.
La collection Rue des Écoles a pour principe l’édition de
tous travaux personnels, venus de tous horizons: historique,
philosophique, politique, etc.


Déjà parus


Simon JACQUES-YAHIEL,Ma raison d’être, 2011.
Nicole MORIN,Entre-deux, 2011.
Nathalie PEYNEAU,La tactique du bonheur, 2011.
Jean-Louis CHARTRAIN,Sur le pré vert, 3 lignes pour le
15, Les haïkus du rugby, 2011.
René-Jean ANDERSON,Le Stylibroscope, 2010.
Jacques LESPARAT,Aubépine Brugelade,2010.
Denise KAWUN,Journal de la vie absente, 2010.
Sakina GAMAZ HACHEMI,Chemins croisés. De Sétif à
Sétif en passant par Lyon, 2010.
Daniel Verstraatt,Carnets de jeunesse d’un dinosaure.
1941-1943, 2010.
Ange Miguel do SACRAMENTO,Ni noir, ni blanc. Une
vie atypique, 2010.
Véran CAMBON DE LAVALETTE,De la Petite-Bastide
à la Résistance et au camp de Dachau, 2010.
Patrick GERARD,Je n’ai jamais été vieille, 2010.
Sonia KORN-GRIMANI,Un chant d’espoir. Souvenirs
autobiographiques d’une survivante de la Shoah, 2010.
Marie-Gabrielle Copin-Barrier,Robert-Espagne, une
tragédie oubliée. Une femme de gendarme raconte, 2009.
Nazly SADEGHI, Salut le Paradis.Une jeune Iranienne
dans les labyrinthes de l’Occident, 2009.
Gérard GATINEAU,30 ans de bitume ou les tribulations
d’un flic du XXe siècle dans un univers hostile, 2009.



Jacques Bloeme





L’Europe médiévale en 50 dates


Les couronnes, la tiare et le turban

























L’HARMATTAN

Du même auteur


Aux éditions l’Harmattan :

L’Europe avant l’an Mil(de la préhistoire à Charlemagne) :
– tome 1 (366 p.) : de l’éveil de l’Europe à l’apogée de l’empire romain
– tome 2 (430 p.) : du déclin de l’empire romain au démembrement de l’empire
carolingien
Préface de Jean Tulard, de l’Institut.


Aux éditions Corlet, à Condé sur Noireau :

Sentinelles de la Seine en Normandie médiévale(238 pages en quadrichromie)
L’évocation de quatre châteaux forts et de quatre abbayes de Haute Normandie dans
leurs contextes respectifs (historique, juridique, religieux et architectural).




Des aperçus de ces deux ouvrages sont accessibles sur le site de l’auteur :
http://www.jacquesbloeme.fr

















© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96284-2
EAN : 9782296962842

De quoi sagit-il ?

Linterrogation introductive que lançait le Maréchal Foch en commençant chacun
(1)
de ses exposés est toujors pertinente. La méthode quintiliennedu QQOPC
permet dy apporter une réponse complète et circonstanciée, quel que soit lordre des
facteurs : Qui ? Quand ? Où ? Pourquoi ? Comment ?

Où ?

En Europe mais parfois un peu au delà.

LEurope, comme chacun sait, sarrête aux rives de la Méditerranée, aux détroits des
Dardanelles et du Bosphore, et, vers lest, aux Monts Oural. Les limites de ce cadre
géographique, déjà bien vaste, sont pourtant outrepassées en trois occasions :

SiConstantinople, lancienne capitale de lempire byzantin, est
géographiquement placée dans lEurope telle que ci-dessus définie, le territoire de lempire
débordait largement vers le Proche-Orient et le continent africain. Cest donc
dans ces deux directions quont lieu certaines sorties des
frontières européennes ;

e
AuVII siècle,un événement de portée considérable se passa en Arabie : la
naissance du Prophète, entraînant léclosion de lIslam et sa fulgurante
expansion. Bien que non européen, ce fait de première importance, dont les
répercussions furent immenses, ne pouvait pas ne pas être évoqué ;

Audébut du second millénaire, à loccasion des croisades, et durant deux
siècles, des chevaliers européens « exportèrent » un peu dEurope chrétienne
en terre dIslam. Là aussi, il était impossible de ne pas mentionner, ne fût-ce
que brièvement, dans ces pages consacrées à lEurope, la présence de ces
« royaumes latins » en Syrie et en Palestine.

1.- L «hexamètre mnémotechnique de Quintilien:» (35-95 ap. J.C.) comportait sept termes
Quis, Quid, Ubi, Quibus, Cur, Quomodo, Quando (qui, quoi, où, avec quoi, pourquoi, comment,
quand ?).

7

Quand ?

Au Moyen Âge. Mais que recouvre précisément cette notion ?

Les historiens, dans leur majorité, en situent le début à cette année 476 qui vit la
disparition juridique de lempire romain dOccident. Cest sur cette date quesouvre
la présente étude. Il faut noter cependant que certains médiévistes proposent des
dates quelque peu différentes. Cest ainsi que Jacques Le Goff, lun des grands
spécialistes de la période, place plutôt lorée du Moyen-Âge un siècle plus tard,
lorsque la mort de Justinien, en 565, marque la fin du rêve de reconquête des
territoires romains perdus, tandis que la naissance de Mahomet, en 570, va profondément
modifier le devenir de lEurope et du monde.

La détermination de la fin de la période médiévale est un peu plus controversée.
Certains chronologistes sont des tenants de lan 1453, sonnant la fin de lempire
byzantin après la prise de Constantinople par les Turcs. Peut-être y voient-ils
lévènement symétrique, pour lempire romain dOrient, de celui qui marqua, en 476,
le coup denvoi du Moyen âge. Mais dautreshistoriens préfèrent retenir lannée
1492 durant laquelle les « rois catholiques » entrèrent en propriétaires dans la cité
de Grenade, consacrant ainsi la fin du dernier royaume musulman dEspagne.

Pour faire bonne mesure,cette seconde date a été choisie comme terme de cette
excursion dans le passé. Elle a lavantage denglober la totalité du cycle «
conquête - reconquête » de lEspagne. Lannée 1492 est également celle où lEurope se
prit à regarder avec attention au delà de ses propres frontières : les Allemands
Glockenthon et Martin Behaïm de Nuremberg fabriquaient le premier globe
terrestre « moderne », tandis quele Gênois Cristoforo Colombo appareillait de Palos
vers des horizons lointains.

Qui ?

Ceux qui font lhistoire: ils portent« les couronnes, la tiare ou le turban ».

8

«Les couronnes »renvoient aux empereurs et aux rois qui ont participé à la
naissance, au développement ou à la disparition des domaines quils ont
gouvernés : lempire romain dOccident, qui nexiste plus dès les premières
pages de cet ouvrage ; le fugitif empire carolingien, disparu moins dun
demisiècle après sa création ; le Saint empire, qui portera plus tard le qualificatif de
« romain germanique » ; lempire grec ex romain dOrient , disparaissant
au milieu du quinzième siècle, après mille ans dune existence agitée. Ce sont
aussi lesroyaumes, qui cherchent leur survie dans des conflits quasi
permanents : ils sont anciens (France, Angleterre, Espagne, Italie ), ou nouveaux
venus (la Hongrie, la Pologne, le Portugal ou encore la Russie, qui fut un
royaume avant dêtre un empire ).

« La tiare »fait référence à la communauté des occupants du trône de saint
Pierre, réunissant sous une même appellation de « pape » les personnages les
plus éminents (Grégoire III, Grégoire VII) et les moins recommandables
(Jean XII). Cette puissance spirituelle fut plongée, elle aussi, dans des
cone
flits plus ou moins aigus avec les puissances temporelles : au VIIIsiècle, ce
e
fut la Querelle des images avec lempire byzantin ; au XIsiècle, la Querelle
e
des investitures,et, au XIIsiècle, la lutte du Sacerdoce et de lEmpire,
opposèrent violemment pontifes et empereursMais la sainte institution fut aussi
e
en conflit avec elle-même : le Grand schisme dOccident vit, au XIVsiècle, des
papes et des antipapes assis simultanément sur un même trône pontifical, où
il était parfois ardu de distinguer le vrai chef de lEglise du faux.

«Le turban» enfin, suggère lexistence des sultanats et des khalifats, ces
régimes théocratiques dont lIslam, né en Arabie, fut le fondement, et qui
devinrent rapidement des acteurs majeurs de lhistoire européenne. Lun deux
sinstalla durablement en Espagne. Un autre fut ladversaire récurrent des
e e
Européens durant le cycle des croisades des XIet XIIsiècles. Un autre
e
encore devint, au XVsiècle, le fossoyeur de lempire byzantin.

Cest en la compagnie de ces multiples acteurs de lhistoire européenne médiévale
que seffectue ce voyage au fil du temps.Il respecte lordre chronologique,
indispensable à une perception dynamique de la situation, mais ignore les frontières
politiques, au demeurant instables, de ces temps troublés. Des coups de projecteur
sont ainsi dirigés sur une cinquantaine dévénements, connus ou moins connus,
qui ont ponctué notre passé médiéval commun, et qui sont évoqués dans ces
pages comme autant de tranches dhistoire.

Pourquoi ?

Pourquoi «cinquante tranches dhistoire» ?

A léchelle dun continent, et durant un millénaire, il se passe chaque année
quelque chose dimportantquelque part. Alors se pose un problème de choix. Ne
pouvant être exhaustif dans un ouvrage de quatre cents pages, il fallait
naturellement faire un tri. Un reproche peut, dès lors, être formulé, car tout choix a
nécessairement un caractère subjectif. Si la formule de Marcel Proust (« dès quil y a choix, il
(2)
ne peut être que mauvais») est quelque peu outrée, celle dun autre auteur, dont
le nom méchappe aujourdhui, est incontestablement vraie : « Là où il y a choix, il y
a sacrifice ». Cest ainsi que certaines dates qui ont été retenues dans cet ouvrage
pourront apparaître, à tel et tel lecteurs éclairés, moins pertinentes que dautres qui
nont pas été choisies. Que ces lecteurs-là veuillent bien faire preuve de quelque
indulgence.

2.- La citation exacte est celle-ci : «On a tort de parler, en amour, de mauvais choix, puisque dès
quil y a choix, il ne peut être que mauvais» - Marcel Proust - «A la recherche du temps
perdu - Albertine disparue».

9

Toutes les dates ne présentent dailleurs pas le même niveau dimportance.
Certaines ne sont que de simples repères, utiles à lhistorien qui les utilise pour
subdiviser une tranche de temps complexe. Lannée 476 est de cette nature. Rien de
primordial ne sy est passé, si ce nest, depuis Ravenne, le renvoi symbolique dun
manteau de pourpre à lempereur de Constantinople. Ce geste spectaculaire, qui ne
modifiait aucunement le cours des choses, entérinait simplement un état de fait
remontant à plusieurs décennies : des empereurs insignifiants nétaient en Italie
que pour la forme. Leur passage à la trappe ne bouleversa pas soudainement la
physionomie géopolitique de lEurope. Cette année 476 nest donc quun simple
repère chronologique : celui du passage de la période dite« Antiquité » à celle dite
« Moyen-Âge ». Cette absence dévènement important explique le report du début
de la période médiévale pratiqué par certains auteurs.

Dautres dates sont, au contraire, majeures, les événements dont elles furent le
cadre temporel imprimant une inflexion brutale du cours de lHistoire. En 1066, la
bataille dHastings fit, du jour au lendemain, basculer lAngleterre de lancienne
dynastie saxonne à la nouvelle dynastie normande, avec tout ce que cela impliqua
de bouleversements immédiats pour le royaume insulaire, et, à très court terme, pour
(3)
lEurope occidentale. Lannée 1066 marque donc une charnièrede lhistoire.

Mais les évènements importants ne sont pas tous à effet immédiat. Un acte
pouvant paraître, sur linstant, insignifiant (à léchelle européenne) peut entraîner, à
(4)
plus long terme, des conséquences imprévisibles. Cest «leffet papillon» .
En 1152, le roi de Francie Louis VII répudiaAlienor de Guyenne. En cette lointaine
époque, encore proche du haut Moyen-âge, rien nétait plus banal, pour un
souverain, que de renvoyer son épouse. Les exemples de tels incidents matrimoniaux
sont multiples. Sils bouleversaient la vie des reines répudiées, ils ne causaient
généralement pas de séisme géopolitique. Lévénement purement « domestique »
que constitua la décision royale de 1152 aurait donc pu nêtre quun détail de
lhistoire. Il nen fut rien : il changea pour trois siècles le sort de deux nations
majeures de lEurope occidentale. En effet, le roi de Francie vit lAquitaine, acquise
par apport dotal de son épouse quelques années plus tôt, passer immédiatement
de son patrimoine à celui du nouveau mari de la reine répudiée, lequel devint, peu
après, roi dAngleterre. La situation complexe, quasi inextricable, ainsi engendrée
fut lun des éléments déclenchants de la guerre de Cent ans. Celle-ci commença
militairement en 1328, mais les dés en avaient été jetés en 1152, cette année
fatidi(5)
que quiscella pour partie le destin des deux nations.

3.- Grand Robert : « charnière : (fig.) Point délicat et primordial qui conditionne tout le reste».
4.- «Le battement dailes dun papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas?» fut
le sujet dune conférence faite en 1972 par le physicien et météorologue Edward Lorenz à
lAmerican Association for the Advancement of Science.
5.- Fatidique : du latinfatum =le destin edicere =fixer - qui détermine le destin.

1 0

Cette évocation de certains faits marquants de lhistoire de lEurope médiévale
permet de rappeler quelques évidences
lAllemagne et la France sont deux surs jumelles, issues du fractionnement,
en trois morceaux, du puissant et brillant empire carolingien. Ce découpage
malencontreux a transformé, durant mille ans, ces deux nations surs,
théoriquement faites pour sentendre, en rivales se disputant férocement le
troisième morceau issu de ce partage.
lislamisation de lEspagne, durant sept siècles, permit à la péninsule davoir
un rayonnement intellectuel intense : le khalifat ommeyyade de Cordoue fut,
en effet, un remarquable facteur de diffusion, en Europe, de la culture grecque
traduite par les envahisseurs arabes.
la ville dIstambul, aujourdhui turque et donc moyen-orientale,fut, durant
mille ans, sous le nom de Constantinople, un acteur clé de lhistoire
européenne.
les papes médiévaux nont pas tous eu, tant sen faut, la dimension spirituelle
ni le sens politique de limmense Jean Paul II récemment disparu : si certains
pontifes se sont montrés largement à la hauteur de leur tâche, dautres
vécurent et agirent dune façon totalement indigne de leur fonction.
LaPeste Noire annula, en moins de dix ans, deux siècles de progrès
démographiques et économiques.

ou de mettre en valeur quelques enchaînements de circonstances pas toujours
transparents :
le royaume de Portugal dut sa création au petit-fils dun duc de Bourgogne.
la naissance de la Russie fut un corollaire de lexcellence multidisciplinaire des
e
navigateurs scandinaves du Xsiècle

Comment ?
Chaque chapitre sarticule autour dune date et dun événement et présente une
« tranche dhistoire ». Il prend la forme dun triptyque sur le thème récurrent « hier
aujourdhui demain ».

Ces trois parties correspondent respectivement à :
un historique plus ou moins circonstancié replaçant lévénement étudié
dans son contexte géopolitique,
lévocation de cet événement,
un bref regard vers le proche avenir.

Cette articulation permet de répondre avec précision, au sein même de chaque
chapitre, aux cinq interrogations essentielles de lanalyse historique :

1 1

Lintitulé des chapitres apporte, à lui seul, la réponse aux trois premières
questions : Quand ? (en 476) ; Où ? (en Italie) ; Qui ? » (Odoacre ) ;
Le premier volet du tryptique (« Hier ») aborde le « Pourquoi ? »;
Le second volet (« Aujourdhui ») aborde le « Comment ? » ;
Enfin, le volet « demain » jette une passerelle vers laval de lhistoire, en
posant les jalons dun chapitre ultérieur.

Les chapitres, relativement courts, ne peuvent naturellement pas faire le tour du
sujet abordé. Chacun deux est une porte entrouverte, devant permettre au lecteur
qui se montrerait soucieux den savoir davantage dexercer sa curiosité en
dirigeant ses propres investigations de façon plus précise.

Il reste à préciser deux points de détail.

Les signaux de navigation

Ils fonctionnent un peu à la manière des liens dans un document informatique et
permettent la navigation dans louvrage. Unsignal comportant un nombre
encadré de repères pointés à gauche(<11<)propose un retour en amont vers la page dont
le numéro est mentionné. Il permet de retrouver aisément une évocation
précédente de lévénement. Le signal inverse, composé dun nombre encadré de repères
pointés à droite(>51>)invite à aller en aval à la page indiquée, et permet de se
porter directement vers un événement futur en relation plus ou moins étroite avec
le sujet traité.

Les notes déportées

Quelques termes sont encadrés dastérisques (ex : les *Barbares*). Ce signal
invite à consulter, en fin decorpus, quelques explications complémentaires dont la
longueur était incompatible avec la notion de note de bas de page.

1 2

J. B.

Première partie

de lan 476à lan mil :

le haut Moyen-Âge

1 3

L
E
S

E
T
A
P
E
S

Chap. 1- Avant 476
lEuropeà la fin de lAntiquité : état des lieux.

Chap. 2- 476, en Italie
Le chef héruleOdoacrerenvoie les insignes impériaux :
la fin de lempire romain dOccident.
Chap. 3- 481, en Gaule
Lavènement deClovis:
lémergence de la supériorité franque.
Chap. 4- 493, en Italie
Théodoricsinstalle à Ravenne :
lItalie devient ostrogote.
Chap. 5- 527, à Constantinople
Lavènement deJustinien :
lempire sur la voie de la reconquête.
Chap. 6- 568, en Italie
Le général byzantinNarsès, insulté, trahit lempereur :
lItalie devient longobarde.
Chap. 7- 570, en Arabie
La naissance deMahomet:
léclosion et lexpansion de lIslam.
Chap. 8- 590, à Rome
Grégoire le Grandaccède au trône de Pierre :
la papauté saffirme.
Chap. 9- 610, à Constantinople
Lavènement dHeraclius
lempire romain dOrient devient lempire grec.
Chap. 10- 623, en Bretagne
Le roi de NorthumbrieEdwinépouse Ethelburge de Kent :
le premier pas vers lunion des royaumes .
Chap. 11- 639, au royaume franc
Le roiDagobertdécède prématurément :
les rois fainéants préparent lascension des Pippinides.
Chap. 12- 674, à Constantinople
Le khalifeMuawiyaentame un siège infructueux :
la porte orientale de lEurope se ferme à lIslam.
Chap. 13- 711, en Espagne
Le BerbèreTariqfranchit les Colonnes dHercule :
la fin de lEspagne wisigotique.
Chap. 14- 730, à Constantinople
LempereurLéon IIIsaligne sur la khalifeYazid II :
le début de la querelle des images.

1 4

17

2

9

3

5

4

1

4

5

5

1

5

7

6

5

7

3

7

7

8

1

8

7

9

9

1

7

Chap. 15- 732, au royaume franc
Le maire du palaisCharles Martelà Poitiers :
lexpansion arabe est stoppée en Europe.
Chap. 16- 755, en Andalus
er
Abd er-Rahman Ia échappé au massacre des Omeyyades :
Al-Andalus devient un émirat indépendant.
Chap. 17- 756, à Rome
Le papeEtienne II, en difficulté, en appelle aux Francs :
la papauté devient un état temporel.
Chap. 18- 771-800, au royaume franc
Charlemagneroi puis empereur :
lancien empire romain dOccident (presque) ressuscité.
Chap. 19- 825, en Bretagne
Le roi deWessexEgbertgagne la bataille dEllendun :
la dynastie saxonne sinstalle pour deux cents ans.
Chap. 20- 843, dans lempire franc
LempereurLothaireVerdun :signe le traité de
lexplosion de lempire carolingien.
Chap. 21- 882, en Europe orientale
après un appel des Slaves auxVarègues :
Olegcrée le premier état russe.
Chap. 22- 911, en Frankie occidentale
Le chef vikingRollonsigne le traité de Saint-Clair-sur-Epte :
la Normandie entre dans lhistoire de lEurope.
Chap. 23- 913, en Europe centrale
le khanSiméonprend le titre de tsar :
la Bulgarie à lapogée de sa puissance
Chap. 24- 929,en Andalus
Abd er-Rahman IIIest khalife à Cordoue :
apogée et déclin dAl-Andalus
Chap. 25- 955, en Germanie
er
Otton Iremporte la bataille du Lechfeld :
naissance du royaume de Hongrie.
Chap. 26- 987, en Francie
Hugues Capetest élu roi :
les Carolingiens seffacent définitivement.
Chap. 27- 992, en Europe centrale
Boleslasaccède au trône ducal polonais :
la Pologne sur la voie de lindépendance.

Chap. 28- an Mil

lEuropeau milieu du Moyen Âge : état des lieux.

(suite de la table des chapitres page 202)

103

109

115

121

133

139

149

155

161

167

173

181

187

191

1 5

L
E
S

E
T
A
P
E
S

3481
Clovis
4
493
Théodoric

568
6
Narsès

11639
Dagobert

C
H
E
M
I
N
E
M
E
N
T

850

26987
Hugues

771-800
Charlemagne

911
22
Rollon

Europe en l'an Mil : Etat des lieux

16
756
Emirat

825
19
Egbert

950

Extérieur

10623
Edwin

450

Italie

600

1 6

929
24
Khalifat

2476
Odoacre

1

Slavonie

Europe à la fin de l'Antiquité : Etat des lieux

8
590
Grégoire

17756
St Pierre

7570
Mahomet

527
5
Justinien

9
610
Heraclius

12
674
Muawiya

711
13
Tariq

730
Léon III

14

992
27
Boleslas

500

15732
Ch. Martel

L
E

882
21
Oleg
913
23
Siméon

28

1000

Germanie AngleterreEspagne

Byzance

18

20

800

750

843
Lothaire

650

700

900

550

Gaule

Papauté

25955
Otton

de lAntiquité

500

600

17-b_crt.wmf

3

700

5

Chapitre 1
Avant 476

LEurope à la fin de lAntiquité :

800

4

état des lieux

900

1000

?

1

1100

1200

1300

2

1400

1500

Le continent européen est coupé en deux, douest en est, par une sorte de ligne de
démarcation que forment le Rhin et le Danube. Jusquau cinquième siècle, tout ce
qui se trouve au nord de cette séparation est peu connu : cest le territoire des
*Barbares*. Rome avait bien tenté, quatre siècles plus tôt, de sy implanter.
Laffaire ayant tourné au désastre, lempereur Tibère avait décidé, en lan 16 de notre
ère, que ces deux fleuves marqueraient définitivement la frontière impériale.

Cet état des lieux concerne donc essentiellement la moitié méridionale du continent,
où cinq sous-ensembles peuvent être distingués :
lItalie (1),
lempire romain dOrient (2),
lHispanie (3),
la Gaule (4)
larchipel brittonique (5).

1 7

LEurope à la fin

Si Rome na pas réussi à simplanter en terres germaniques, de nombreux Germains,
par contre, se sont installés en territoire impérial dans la première moitié du
cinquième siècle. Il y a donc, dans ces cinq sous-ensembles, deux strates de
populations : la première est constituée des autochtones : les Latins en Italie, les Grecs en
pays hellénique, les Ibères (devenus des Hispano-Romains) en péninsule ibérique,
les Gaulois (devenus des Gallo-Romains) en Gaule, les Celtes (qui nont pas eu le
temps de devenir des Britto-Romains) dans larchipel brittonique. La seconde strate
est celle de tous les *Barbares* récemment arrivés dun peu partout.

1 - LItalie

Rome avait été longtemps la capitale unique de lancien empire romain, lorsque
celui-ci constituait un bloc politique monolithique. Après que Théodose, en 395,
eût partagé lempire en deux fractions(> 30 >), cest de Ravenne que régnèrent,
dans le nouvel «empire romain dOccident» résultant de cette scission, deux
empereurs dépourvus denvergure : Honorius (395-423) et Valentinien (423-455).

Valentinien assassiné, six empereurs(>>31>>)tout aussi inconsistants, et de
surcroît éphémères, occupèrent le trône entre 455 et 472. La réalité du pouvoir était
assumée par un « chef des milices » barbare dorigine suève, Ricimer. Enfin, Glycère
(473-474) et Julius Nepos (474-475) complétèrent cette liste de personnages falots
entre les mains desquels lempire romain dOccident cheminait vers son déclin.

LItalie navait pas que ce souci interne de gouvernance : était venu sy ajouter, au
e
début de Vsiècle, celui de lapparition des Wisigots, fraction du peuple des Gots,
dont les bases de départ étaient lîle de Gotland (la Terre des Gots) et la rive
méridionale de la mer Baltique.

A la fin du second
siècle, les Gots, quit-Me r Baltique
Huns
tant leurs régions
Mer
Gotland
Caspienne
glacées, sétaientDniepr
(1)
dirigés vers lest et
Gots
DniestrOstrogots
sétaient installés,
(2)
pour partie dentre
Danube
Mer Noire
eux, entre les fleuves
Dacie
Wisigots
Dniepr et Dniestr
Mésie
Thrace
(position 1), pour les
autres en Dacie,
dans la boucle du
cours inférieur du
18_cart.wmf
Danube (position 2).
Peut-être (sous réserve, cette acception nétant pas admise par tous les historiens)
cette répartition géographique les a-t-elle fait appeler respectivement Ostrogots,

1 8

de lAntiquité

les Gots de lest, et Wisigots, les Gots de louest (en allemand : Ostgoten et
(1)
Westgoten) .

Les Wisigots furent terrorisés par lapproche dune peuplade asiatique, les Huns,
qui, aprèsavoir franchi le Dniepr, sétaient répandus en territoire ostrogot. En 376,
ils demandèrentà lEmpereur Valens lautorisation de se réfugier sur la rive sud du
Danube. Permission leur fut donnée de sétablir en Mésie et en Thrace, moyennant
une participation militaire à la défense de lempire.

Mais les déprédations quils y commettaient les rendirent vite indésirables, et, peu
après le partage de lempire, en 395, lempereur dOrient Arcadius les persuada
daller déployer leurs talents destructeurs chez son frère Honorius, lempereur
dOccident Ilsremontèrent alors toute lIllyrie, puis redescendirent jusquen
Calabre (la pointe de « la botte »). En 410, ne pouvant franchir le détroit de
Messine, ils remontèrent jusquaux Alpes, puis traversèrent la Gaule pour se fixer dans
la région aquitaine. Cet aller et retour dans la péninsule ne seffectua pas sans
dommage pour le pays et ses habitants

ordeaux
B
vers

n
i
h
R

Pollentia

19_cart.wmf

Ravenne

Rome

410

Illyrie

395

Dacie

Danube

Thrace
Wisigots

Depuis 395,Ravenne assume donc le rôle de capitale impériale, mais Rome
demeure importante à un autre titre : elle est le siège de la papauté. Du temps du
christianisme naissant, les structures administratives de léglise avaient été
copiées sur celles de lempire. Maintenant que ces dernières sont presque totalement

1.- En français, lorthographe «Wisigoth» et «Ostrogoth» est plus courante, mais
incorrecte :ce sont des Gots. La lettre finale «h» est volontairement omise.

1 9

LEurope à la fin

désorganisées, puisquil ny a plus de pouvoir fort dans lEmpire dOccident, les
structures chrétiennes assurent, tant bien que mal, la survie administrative dans
les composantes occidentales de lancien empire. Aussi le pape, au sommet de cet
édifice administratif, voit-il sa fonction de chef spirituel se doubler de celle dechef
temporel. Mais en dépit de ce nouveau pouvoir,il dépend toujours, juridiquement,
de lempereur dOccident, aussi falot soit-il. Cette sujétion se poursuivra après
lannée 476 qui marquera la disparition de lautorité impériale en Italie(> 33 >). Le
pape deviendra alors, théoriquement, sujet de lempereur « romain » de
Constantinople. Cette dépendance quasi hiérarchique sera la cause de graves frictions et de
luttes dinfluence qui prendront, au fil des années, une ampleur démesurée.

2 - Lempire romain dOrient

Cest la moitié orientale de lancien empire depuis la scission organisée par
Théodose en 395. Constantinople, la capitale, se situe en territoire européen. Mais
lempire dOrient sort largement des limites géographiques de lEurope, puisquil
englobe une vaste région du Moyen Orient (lAnatolie et la Syrie), ainsi que le nord
de lEgypte (région non portée sur la carte ci-dessous).

Depuis le début du siècle, quatre empereurs(> 31 >)ont occupé le trône : Arcadius
er
(395-408), Théodose II (408-450), Marcien (450-457) et Léon I(457-474).

2 0

20_cart.wmf

implantation
des Ostrogots

Dan
ube

le
p
o
n
i
t
n
a
t
s
n
o
C

Anatolie

Syrie

de lAntiquité

Dans ce pays de langue grecque, une colonie germanique est implantée au sud du
Danube : ce sont les Ostrogots. Bousculés par les Huns, lorsque ceux-ci
franchirent le Dniepr, ils furent incorporés dans les armées dAttila jusquàleur déroute
de 451 (défaite des champs catalauniques) et la disparition des Huns en453 (mort
dAttila). Ayant alors repris leur liberté, les Ostrogots obtinrent de lempereur
Marcien, en 455, lautorisation de sinstaller en Macédoine,à titre dalliés fédérés.
Ils occupèrent ainsi partiellement lespace abandonné par les Wisigots cinquante
ans plus tôt.

er
Léon I, successeur de Marcien, ne sémut guère de la présence de ce «corps
étranger »sur ses terres. Par contre, Zénon, accédant au trône en 474, se sent
davantage concerné par la gêne que les Ostrogots occasionnent à son peuple, et
cherche un bon moyen de sen débarrasser. Dans douze ans, il trouvera la
solution : les envoyer, eux aussi, guerroyer et sinstaller en Italie !(> 42 >).

3 - La péninsule ibérique

Ibères et Hispano-romains se remettent doucement du traumatisme causé, entre
410 et 430,par lirruption des Vandales qui firentdans leur pays un bref mais
remarqué séjour.

Initialement voisins des Gots (leur
berceau était situé dans la partie
méridionale du Jütland), et après
Vistule
V
un long périple à travers lEuropeanda
les
centrale, les Vandales sétaient
installés, vers 375, sur la rive droite
Rhin
du cours moyen du Rhin. En 406,Danube
en même temps que les Alamans
(> 24 >) etaccompagnés du petit
peuple des Suèves (originaires de
cette partie de la Germanie qui sera
Suèves
plus tard la Souabe), ils franchi-Douro
rent le Rhin, traversèrent la Gaule
Andalousie
21_cart.wmf
de part en part, contournèrent les
Carthage
Pyrénées et sinstallèrent dans la
s
péninsule vers 410. Les Suèvesale
d
n
a
V
restèrent dans la partie nord,
entre la côte septentrionale et le
Douro (actuelle Galice), les Vandales descendant dans la partie méridionale, la
Bétique, à laquelle ils donnèrent leur nom : Vandalizia, ou Vandalousie, origine du
nom actuel, lAndalousie.

2 1

Main

Vers 450, donc, hormis des soldats impériaux, lEspagne na plus sur son sol,
comme éléments étrangers, que le petit peuple des Suèves, cantonné dans la partie
septentrionale, et les supplétifs Wisigots qui, démobilisés par Bélisaire à lissue de
sa campagne, se sont installés au pied de la chaîne pyrénéenne.

Francs
saliens
Somme

e
ir
o
L

Rhin

G
a
r
o
n
n
e

4 - La Gaule

Rhône

Francs
rhénans

e
b
u
n
a
D

Royaume romain
S
e
in
e

Saône

Hérules

LEurope à la fin

Burgondions

2.- Ce sont leurs exactions qui ont permis à leur nom de passer à la postérité dans le langage
commun, lui léguant les termes péjoratifs de «vandales » et « vandalisme».

22_cart.wmf

2 2

Wisigots

Alamans

Mais en 429, les troupes romaines, secondées par certains des Wisigots
fraîchement installés en Aquitaine après leur périple italien(< 19 <), chassèrent les
Vandales de la péninsule. Le chef vandale Genséric emmena alors ses hommes en Afrique
du nord, doù ils menèrent, depuis Carthage, des expéditions ravageuses sur
tou(2)
tes les côtes européennes de la Méditerranée. Le royaume vandale dAfrique ne
perdurera quun siècle : il sera détruit en 533 par Bélisaire, général byzantin venant
reconquérir, au profit de lempereur Justinien, les anciennes possessions romaines
dAfrique(> 47 >).

de lAntiquité

La Gaule est une mosaïque de peuples divers. Elle compte, bien sûr, les gaulois
autochtones, dorigine celte, conquis par Jules César un demi-siècle avant notre
ère, et qui ont si bien assimilé les règles de vie et les traditions latines quils sont
devenus « gallo-romains ». Ils sont, de loin, quantitativement majoritaires. Mais
depuis quelques décennies, et bien que minoritaires, des étrangers sont devenus
les maîtres du pays. La caractéristique de cette strate est quelle est multiethnique :
quatre peuples germaniques ont créé quatre royaumes et se partagent la
domination du territoire gaulois :
les Wisigots et les Burgondions, issus de la migration dite « ostique »
les Alamans et les Francs, issus de la migration dite « westique ».
Cette distinction un peu superficielle est basée sur des implantations initiales plus
à lest pour les uns, les ostiques, que pour les autres, les westiques.
Enclavé entre les quatre royaumes barbares se trouve le «royaume romain» de
Soissons, dernier vestige de la présence dune autorité romaine en Gaule.

a) Les Wisigots

Après avoir parcouru lItalie dans les deux sens(< 19 <), et avoir engagé nombre de
combats contreles légions romaines,les Wisigots finirent, en 429, par aider le
nouvel empereur doccident,Avitus, à purger la péninsule ibérique de la présence
des Vandales. Reconnaissant, Avitus les autorisa à rester en Gaule en qualité de
fédérés. Les voici donc définitivement installés dans les régions aquitaine et
toulousaine.

Outre le territoire délimité parles
Pyrénées, lAtlantique, la Loire
et le Rhône, ils possèdent
également, à lest du delta du
Rhône, la partie de lancienne
Provincia Romana(actuelle
Provence) située ausud du
royaume burgondion,jusquà
Nîmes, et une bande de terre
ibérique située entre les
Pyrénées et lEbre, à lest du
territoire suève. La capitale a été fixée
à Toulouse, doù lappellation
de «Royaume de Toulouse »,
sur lequel, en cette période,
règnent les rois Théodoric
(453466), puis Euric (466-486).

Toulouse

Rhin

23_cart.wmf

Danube
W
is
ig
o
ts

2 3

(3)
b) Les Burgondions

LEurope à la fin

Initialement installés près des sources du Main et de la Weser, les Burgondions
(Burgondes) connaissaient les Romains, dont ils étaient géographiquement
proches, et se montraient peu hostiles à
leur égard. Il leur arrivait même de
com24-a_crt.wmf
mercer avec eux par dessus lelimes,
cette ligne fortifiée qui isolait lempireW
e
E
slb
des terres germaniques. Ils profitèrente
e
R
r
h
i
toutefois de lélan de 406 pour
frann
Burgondions
chir la frontière avec les Alamans. Ils
M
e
sinstallèrent en Gaule dans la régionuMain
s
eDa
nube
comprise entre le Rhin et la Meuse.

Quelques difficultés de voisinage les
ayant obligé à déplacer leur royaume

vers le sud, ils se retrouvent, vers 475,
groupés en un royaume oblong
compris entre le Rhône et les Alpes, sous
la houlette du roi Chilpéric (472-474),
lequel, assassiné deux ans après son accession au trône, sera remplacé par son
frère Gondebaud (474-516).

c) Les Alamans

Les historiens latins les situaient, vers lan 200, dans le triangle compris entre la
Danube, le Main et le Rhin. Ils neurent quà traverser ce dernier fleuve pour
sinstaller en territoire impérial. Contrairement aux paisibles Burgondions, ils avaient
été, durant deux siècles, de dangereux voisins : entre les années 200 et400, ils
avaient tenté, à sept reprises (212, 230, 250,
268, 324, 352 et 364), de pénétrer en Gaule.
450_9
020_b
24-b_crt.wmf
En 406, ils franchirent en masse le Rhin gelé
et réussirent enfin à simplanter, entre le Rhin
R
h
et la Moselle, dans la région correspondant
i
n
grossièrement aujourdhui à lAlsace et la
Alamans
Lorraine, tout en gardant une attache dans
e
b
u
n
leur berceau territorial originel (actuel Pala-a
D
e
tinat). Au milieu du Vsiècle, ils occupent
toujours ce même territoire à cheval sur le
Rhin.

3.- Ce nom peut aussi être orthographié «Burgundions ».

2 4

de lAntiquité

d)Les Francs

Les Francs étaient divisés en deux « tribus », cousines de race mais séparées en
deux royaumes : les Francs « saliens», sur le cours inférieur du Rhin, et les Francs
« rhénans » (ou « ripuaires »), à cheval sur le cours moyen du Rhin. Les Francs
saliens avaient obtenu en 355, de Julien dit lApostat, lequel nétait pas encore
empereur, mais légat impérial pour les Gaules, le droit de sétablir en Gaule
Belgique, à louest de la Meuse. En cent ans, leur territoire sétait peu à peu agrandi pour
atteindre la Somme.

En 458, les Saliens avaient élevé sur le pavois lun des leurs, Childéric, ainsi devenu
« roi de Tournai ».

25_cart.wmf

Rhin

Francs
saliens

Somme

Royaume romain
Seine

e
ir
o
L
Wisigots

Francs
rhénans

Burgondions

e)Le « Royaume romain » de Soissons

Alamans

Main

Enclavé entre les royaumes wisigot et burgondion au sud, le royaume alaman à
lest, et les deux royaumes francs au nord, se trouve un vaste territoire, compris
entre la Somme et la Loire, qui est toujours sous obédience romaine, bien que
complètement isolé de son administration centrale italienne.

Cette appellation « royaume romain », due à lhistorien médiéval Grégoire de Tours
(544-595), est dailleurs erronée : il ne sagit nullement dun royaume, mais dune
ancienne légature romaine. En 457, le légat Aegidius avait fait de Soissons le centre
de décision.

Un nouvel empereur, Vibius Sévère, arrivé au pouvoir en 461, avait destitué Aegidius.
Le nouveau légat, soucieux de plaire au roi wisigot Théodoric,son voisin du sud,

2 5

LEurope à la fin

lui avait immédiatement cédé une partie du territoire dont il avait reçu la charge.
Mais Aegidius refusa sa destitution. Après avoir battu son éphémère successeur,
il décida de reconquérir par la force les territoires cédés au roi wisigot.

Afin de pouvoir se consacrer à cette tâche, il demanda à son voisin du nord, par
ailleurs son allié et ami, Childéric, le roi des Francs saliens, dassurer lintérim de sa
légature. Mais Aegidius mourut au combat en 464. Childéric assuma alors seul la
gestion du territoire romain, et fut reconnu comme haut fonctionnaire romain
jusquen 471, date à laquelle lempereur Anthémius(467-472) nomma Syagrius, le fils
dAegidius, à la tête de la légature.

Mais bientôt, avec larrivée dOdoacre(> 32 >), il ny aura plus dempereur en Italie,
donc plus dempire, et ce dernier vestige de la domination romaine en Gaule sera
livré à lui-même. Aussi ceterritoire fera-t-il lobjet des convoitises franques, et
nat-il plus désormais que quelques années à vivre

f) La presquîle armoricaine

Pour être très complet, il ne faut pas quitter la Gaule sans citercette presquîle du
bout du monde, située à lextrême ouest : lArmorique, que les troupes romaines
avaient peu colonisée, que les Barbares, qui ne sont pas des gens de mer, ignorent
totalement, et qui est comme isolée dans sa culture demeurée celtique. Elle sera
bientôt un refuge pour les Celtes des Iles brittoniques qui lappeleront «
Bretagne »(> 79 >), en hommage à leur patrie dorigine.

5 - Les îles brittoniques

La puissance romaine sétait très tôt intéressée à la Bretagne (Brittania) : si Jules
César ny débarqua que pour peu de temps en 54 avant J.C., loccupation romaine
était devenue définitive sous lempereur Claude, en lan 43 de notre ère. Mais seule
la moitié méridionale de la grande île avait retenu lattention de Rome, la
colonisation sétant arrêtée aux Monts Cheviot.

Les Romains avaient donné aux habitants celtes de cette région le nom deBrittoni,
doù le nom deBrittaniapour désigner leur pays.

Au nord de la Bretagne, la Calédonie (actuelle Ecosse) était peuplée de Pictes, les
« Hommes peints », voisins turbulents qui avaient obligé les Romains à construire,
entre Bretagne et Calédonie, deux murailles juxtaposées (le mur dHadrien, puis le
mur dAntonin) pour tenter darrêter leurs incursions. A louest, lîle dHibernie
(lIrlande) était peuplée de Scots, autres voisins guère plus faciles.

2 6

de lAntiquité

e
Au IIIsiècle, des
navigateurs saxons,
venant du Jutland,
avaient obligé les
Romains à édifier le «
littoral saxon » (litus
saxonicum) : il
sagissait de fortifications
de bord de mer
destinées à freiner les
agressions de ces
nouveaux venus. Ce
barrage, tenu par les
troupes romaines, se
montra
temporairement efficace.

Calédonie
Pictes
27_cart.wmf
Monts Cheviot

Hibernie
Scots

Bretagne
Brittons

Litus
saxonicum

Jutes

Angles

Saxons
Frisons

e
Mais au début du Vsiècle, la situation de lempire sétait fortement dégradée sur le
continent, où les légions étaient trop peu nombreuses pour sopposer avec succès
aux migrations germaniques. Aussi lempereur dOccident Honorius (395-423)
jugea-t-il que les troupes romaines stationnées en Bretagne seraient plus utiles en
Gaule : en 409, il décida de les rapatrier.

Les Pictes, profitant du vide laissé par le départ des Romains, firent alors irruption
chez les Bretons. Le chef breton, Vortigern, incapable de lutter seul, demanda laide
dun écumeur des mers venu du Jutland, Henquist, lequel, à loccasion dun raid de
piraterie, avait pris pied avec ses marins dans le sud-est de lîle. Cette coopération
fut si efficace que, les Pictes une fois battus, Vortigern offrit aux Jutes, à titre de
remerciement, le droit de sinstaller définitivement dans le territoire duCantium(le
Kent). Henquist fut élu roi de Kent en 455. Il invita alors dautres Jutes à venir
sétablir dans lîle.Ils vinrent nombreux, accompagnés dAngles et de Saxons

e
Ainsi, depuis le début dela seconde moitié du Vsiècle, une majeure partie de la
Bretagne est-elle en train de perdre à la fois son identité celtique et les éléments de
la culture latine que lui avaient apportée quatre siècles de présence des légions
romaines, pour devenir une terre de peuplement germanique.

.

2 7

2 8

LEurope à la fin

Odoacre

500

600

Chapitre 2
476, en Italie
Le chef hérule Odoacre renvoie les insignes impériaux :
fin de lempire romain doccident

700

800

Hier, danslempire romain

900

1000

1100

1200

1300

1400

1500

Fondée par Romulus en 753 avant J.C., Rome, cette ancienne petite bourgade
édifiée sur les sept collines du Latium, navait pas tardé à devenir une grande cité
urbaine, puis la capitale dun empire sétendant sur le pourtour de la Méditerranée.

Rome

0

2

5

_

b

29-b_crt.wmf

(1)
De lannée 31 avant J.C., marquant lavènement du premier empereur, Auguste, à
lan 395 de notre ère, date de la mort de Théodose le Grand, cet immense territoire
était gouverné par un seul homme. Il y eut, toutefois, une exception : durant une
vingtaine dannées(292 - 313), Dioclétien partagea non pas lempire, mais le
pouvoir impérial entre lui-même et trois autres « coempereurs » : ce futla « tétrarchie ».

1.- Contrairement à une idée répandue, Julius Cæsar, dont le nom patronymique deviendra un
titre prestigieux (Cesar), ne fut jamais empereur(> 412 >)

2 9

476, en Italie:

(2)
Mais lempire était décidément trop vaste pour être dirigé par un « monarque »,
alors que des dangers multiples saccumulaient sur des frontières de longueurs
démesurées. Du côté de lAnatolie, les Perses menaçaient fortement la façade
orientale de lempire. Au nord, de nombreuses tribus germaniques (les Gots et les
Alamans, notamment), venues des plaines septentrionales et des rivages adriatiques,
exerçaient une forte pression sur la frontière constituée par le Rhin et le Danube.

Aussi, avant de mourir, en 395, Théodose crut-il bon de reprendre partiellement
lidée de Dioclétien : il créa un gouvernement dyarchique (à deux têtes). A son fils
aîné, Arcadius (18 ans), échut la partie orientale, là où le danger perse semblait le
plus grand. Le centre de décision était Constantinople, lancienne petite cité de
Byzance à laquelle lempereur Constantin avait donné son nom en y établissant, en
313, la capitale impériale. Il voulait, ce faisant, se rapprocher de la région quil
jugeait le plus vulnérable.

Au cadet, Honorius (11 ans), échut la moitié occidentale dont le centre de décision
nétait plus à Rome, mais à Milan.

Occident

Germains

Milan

Rome

30_cart.wmf

Constantinople

Orient

es
s
Per

Dans lesprit de Théodose, cette « cogérance » représentait une solution
provisoire pour un empire dont il ne remettait pas lunicité en question. Rapidement,
cependant, les faits en décidèrent autrement : ce partage de responsabilités se
traduisit par lémergence de deux états séparés, un « empire romain dOrient » et un
« empire romain dOccident ».

2 - au sens étymologique du terme :monos archein= le seul à commander

3 0

Odoacre

Durant plus dun demi-
siècle, les deux entités se
montrèrent institutionnellement
stables : de 395 à 457, trois
empereurs (Arcadius,
Théodose II et Marcien)
régnèrent sur lempire dOrient.

395

Theodose

occident

Honorius

orient

Arcadius

395

408

Dans le même temps (395à
455) deux empereurs
(Hono423
rius et Valentinien) se
succédèrent sur le trône de lem-Theodose II
pire dOccident.
31_schma.wmf
Si Honorius, à louest,
parValentinien
vint à remplir assez
correctement sa tâche, son
successeur ValentinienIII,
450
monté sur le trône en 423,à
Marcien
455
lâge de 4ans, fut dès le
Maxime
457
départ, et resta ensuite, le
Avitus
Majorien
jouet de son entourage. Fai-Vibius Sévère
er
AnthemiusLéon I
ble et incompétent, il fut
asOlybrius
sassiné en 455 après 32 ansGlycere
Julius Nepos
dun règne peu glorieux474
Romulus
476 Zénon
Laccession de Maxime à la
pourpre impériale marqua
491
alors, pour lempire
dOccident, le début dune période
plus néfaste encore que la
précédente. En vingt ans (de 455 à 475), de Maxime à Julius Nepos, le trône fut
occupé par huit empereurs falots, éphémères et sans pouvoir. Cinq dentre eux
(Avitus, Majorien, Vibius Sévère, Anthémius et Olybrius) étaient des pantins aux
mains dun officier dorigine germanique : le Suève Ricimer.

Lempire romain doccident se mourait donc lorsque, en 475, un autre général
romain ambitieux, Oreste, fit élire empereur son fils Romulus Augustus. Oreste était
autrefois au service dAttila. Il avait été envoyé en mission diplomatique à
Constantinople. A la mort dAttila, en 453, il rejoignit lItalie où il séleva rapidement
dans la hiérarchie militaire. Son fils était un adolescent de 14 ans que lon appelait
par dérision Augustulus, le petit Auguste, en raison de son âge. Trop jeune, il était
sous la tutelle de son père quisarrogea les fonctions de « régent » et détint ainsi
la réalité du pouvoir.

3 1

Hier, chez les Hérules

476, en Italie:

Le berceau des Hérules avait été, vers lan 250, la Scandinavie méridionale. Comme
tous les Germains de cette région, et
presque à la même période, ils
entamès
Hérule orientauxDniepr
rent un mouvement migratoire.
QuelHérules occ.
ques uns, peu nombreux, (dits «
HéruDniestr
les occidentaux ») se dirigèrent vers leFrancsRhin
D
anube
sud-ouest, et furent rapidement
absorbés par les Francs. Les autres (dits
« Hérulesorientaux »)firent routeà
Thrace
lest et sinstallèrent sur le cours
inférieur du Dniepr. Ils devinrent donc
voisins des Ostrogots, qui étaient sur
.
lautre rive du fleuve (carte < 18 <)32_cart.wmf

e
À la fin du IVsiècle, les Huns, dorigine asiatique, mais réinstallés ensuite entre la
Volga et le Don, franchirent le Don et semparèrent du territoire des Hérules
orientaux. Ceux-ci furent, bon gré mal gré, et tout comme les Ostrogots quelques mois
plus tard, entraînés à la suite des Huns dans leurs incursions dévastatrices. Edecon,
e
chef hérule,était, à la fin du IVsiècle, au service des rois huns.

La défaite des Huns, en 451, lors de la bataille des Champs Catalauniques (en
Gaule, dans la région de Troyes) et la mort dAttila, en 453,rendirent aux Hérules
comme aux Ostrogots leur entière liberté. Sous la houlette du fils dEdecon,
Odoacre, leur nouveau roi, ils sinstallèrent en Thrace, sous la boucle du Danube,
à lendroit laissé libre par le départ des Wisigots en 395(< 19 <)

476 : Odoacre à la conquête de lItalie

Les Hérules, comme bien dautres peuplades germaniques toujours à la recherche
dun habitat stable, souhaitent bénéficier du statut privilégié de « peuple fédéré »,
allié àlEtat romain, ce qui leur donnerait à la fois un territoire fixe et des moyens
dexistence définitifs. Odoacre en fait la demande à Oreste, le régent de lempire
dOccident. Ce dernier refuse avec hauteur. Odoacre décide alors de prendre par la
force ce quil nepeut obtenir par la prière. Soulevant les Hérules, il traverse
lIllyrie, pénètre en Italie et marche contre le jeune empereur Romulus et son père Oreste.

La bataille se déroule à Pavie. Oreste y est vaincu et tué. Odoacre accorde la vie
sauve à Romulus Augustulus, et lenferme à Milan, tandis que lui-même sinstalle
à Ravenne.

3 2

Odoacre

Mais il ne veut pas être considéré
comme un « voleur de trône », avec
tous les désagréments politiques que
lui vaudrait ce qualificatif
dusurpateur : les jalousies, les luttes
permanentes pour se maintenir au pouvoir,
linstabilité institutionnelle Il décide
alors de se mettre sous lautorité de
Zénon, qui, à Constantinople, en 474,
er
vient de succéder à Léon Icomme
empereur dOrient (< 31 <).

Pavie

Danube

Illyrie

Ravenne

Rome

Thrace
Constantinople

33_cart.wmf

Il renvoie donc à Zénon les insignes impériaux du pouvoir dans lempire
doccident (dont le célèbre manteaude pourpre), et se fait reconnaître le simple titre de
« * Patrice * dItalie ».

Ce renvoi symbolique des insignes supprime le distinguo entre « empire romain
dOccident » et « empire romain dOrient » en vigueur depuis le partage de
Théodose. Il ny a plus, à nouveau, quun seul « empire romain », dont la capitale unique
est Constantinople et dont lempereur est, aujourdhui, Zénon

Demain, dans lempire

Après cette déclaration dallégeance du patrice de Ravenne à lempereur de
Constantinople, lempire romain, ainsi « réunifié » devrait sinscrire comme héritier de
er e
lempire dAuguste, au Isiècle, de celui de Constantin, au IVsiècle et de celui de
Théodose, tout récemment. Il nest quune mauvaise copie tronquéedu grand
empire romain dautrefois :
sur le plan purement géographique, il nen représente que la moitié, puisque,
hormis lItalie, ses autres composantes occidentales (Iles Brittoniques, Gaule,
Hispanie) nen font plus partie. Quant à lItalie, elle ny restera quun temps
désormais très limité : dans moins de vingt ans, elle deviendra un royaume
ostrogot41 >) (>.
sur le plan politique, le transfert définitif vers lest du centre de gravité de
lempire change la nature sociologique de celui-ci. Avec la perte des parties
occidentales, lempirenest plus « romain », mais grec : grec est son chef,
grecs sont ses sujets, grecques sont sa langue et sa culture.

Durant un peu plus dun siècle, la fiction dun empire romain unique ressuscité
sera néanmoins maintenue.Puis, en 610, dès son avènement, lempereur Héraclius
tirera toutes les conséquences de cette situation : il ny aura plus dempire romain,
ni même dempire romain dOrient, mais un empire grec(> 76 >).

3 3

476, en Italie:

Néanmoins, la disparitionde jurede lempire romain dOccident, en 476,
nentraînera pas sa disparition de la mémoire collective européenne : plus quun souvenir,
il demeurera une référence, et sa résurgence deviendra une ambition. Cest cette
ambition que, en lan 800, Charlemagne concrétisera en devenant le nouvel «
empereur dOccident »(> 129 >).

Enfin, la petite histoire offre cette particularité curieuse : le dernier et falot empereur
romain doccident portait le double nom de Romulus, le légendaire fondateur de
Rome, et dAuguste, le premier et lun des plus grands Césars romains.

3 4

486 : Clovis attaque le « royaume romain » de Soissons

Wisigots

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Burgondions

Francs
rhénans

En 471, sept ans après la mort dAegidius, son fils Syagrius avait été mis par
lempereur dOccident Anthémius à la tête de la légature de Soissons. Le roi franc
Childéric, qui, durant ces sept années, assuma les fonctions intérimaires de
légat(< 26 <), accorda au fils la même amitié tutélaire quil avait accordée au père. Ce
soutien était dautant plus nécessaire à Syagrius quEuric, fils et successeur(< 23 <)
de Théodoric, assassiné en 466, navait pas renoncé au rêve de son père détendre
le royaume wisigot au nord de la Loire.

Hérules

Le roi franc salien Childéric(< 25 <)
décède en 481. Son fils Clovis lui
succède sur le trône du royaume de
Tournai. Il na que quinze ans. Le jeune roi
caresse très vite le projet dagrandir
son domaine. Trois étapes marqueront
lascension fulgurante decelui qui,
en deux décennies, décuplera son
héritage et régnera sur les trois quarts
de lancienne Gaule romaine :
486 : la bataille de Soissons
496 : la bataille de Tolbiac
507 : la bataille de Vouillé

Alamans

Royaume romain

Francs
saliens
Tournai

3 5

481, en Gaule

600

500

Avènement de Clovis :

lémergence de la supériorité franque

800

900

1400

1500

Clovis

1100

700

1000

1300

Chapitre 3

1200

Clovis espérait étendre son royaume jusquà la Seine. Cest la Loire qui devient sa
nouvelle frontière. Grâce à ce premier succès, le jeune roi franc (il a maintenant
vingt ans) a déjà quadruplé son héritage. Aussi lancien « petit roi de Tournai »
est

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ir
o
L

Francs
rhénans

Rhin

Lorsque, en 481, Clovis succède à son père à la tête du royaume de Tournai, il ne
tarde pas à considérer le dernier déchet de lempire romain allant de la Somme à la
Loire comme un vestige anachronique quil voudrait bien sapproprier pour
augmenter létendue de son propre royaume.

Mais il y a les Wisigots, et leur rêve dexpansion vers le nord Clovis craint
quune intervention de sa part au sud de la Somme ne déclenche une réaction
brutale dEuric, qui trouverait là une excellente occasion de franchir la Loire pour
semparer lui-même du royaume de Soissons. Aussi juge-t-il urgent dattendre une
opportunité.

Celle-ci se présente en 486, avec le décès dEuric. Aussitôt, Clovis franchit la
Somme. Cestprès de là, à Soissons, que se déroule la bataille. La victoire du Franc
est totale. Syagrius senfuit vers le sud, et se met sous la protection dAlaric, le
tout nouveau roi wisigot qui na pas eu le temps dintervenir.

Francs
saliens

Alamans

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Rhône

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Burgondions

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Soissons
Paris

Seine

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le royaume de Clovis
après Soissons

Wisigots

481, en Gaule:

3 6

Clovis

il jugé digne, en 493, dépouser Clotilde,la nièce de Gondebaud(< 24 <)le ,
puissant roi des Burgondions (ce qui nempêchera pas Clovis dentrer en conflit
armé, en 500, avec son oncle par alliance et de le battre dans les environs de
Dijon, mais sans aucune conséquence territoriale).

496 : Clovis attaque le royaume alaman : la bataille de Tolbiac

En rayures fines :
le royaume de Clovis
après Soissons

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Wisigots

Rhin

Francs
saliens

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Francs
rhénans

Tolbiac

Alamans

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Burgondions

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Les Alamans ont toujours été un peuple remuant et offensif. Depuis trois cents
ans, ils sen étaient pris à maintes reprises à lempire romain(< 24 <). Le fait davoir
enfin réussi à traverser le Rhin ne les a pas calmés, et cest maintenant le royaume
des Francs rhénans, leur voisin septentrional, qui est lobjet de leurs visées
expansionnistes. Sigebert, le roi franc rhénan, demande laide de son « cousin » Clovis.
Comme ce dernier craint également quun jour les Alamans ne se retournent aussi
contre lui, il se hâte de voler au secours de Sigebert.

La rencontre a lieu à Zülpich (en latin:
Tulpiacum en français : Tolbiac). La bataille
est acharnée, et Clovis est sur le point dêtre
battu. Se souvenant alors que son épouse
catholique le conjure, depuis 3 ans, dembrasser
sa religion, il sécrie, si lon en croit la
tradition : « Dieu de Clotilde, donne-moi la victoire,
et je me fais chrétien ». Le miracle se produit :
le chef alaman est tué, et ses troupes se
débandent.

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Cologne
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Aix la Chapelle2
4
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30 km
Bonn
Zulpich

3 7

La victoire des deux rois francs est totale.
Sigebert sempare de la moitié nord de
lAlamanie, le sud étant placé sous la
tutelle des Ostrogots qui, entre temps, ont
pris pied en Italie après y avoir vaincu et
en avoir expulsé les Hérules dOdoacre
(> 42 >). Quant à Clovis, «il se fait
immédiatement baptiser, en compagnie dun
grand nombre de ses guerriers», nous dit
Grégoire de Tours.

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Francs
saliens

481, en Gaule:

R
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Francs
rhénans

Alamans

Cette carte montre de façon approximative
le nouveau royaume des Francs rhénans
englobant la moitié septentrionale du royaumealaman.

Lhistoire est belle, mais ce nest sans doute quune légende. La réalité est
peutêtre dordre moins spirituel et nettement plus politique. Clovis sest très vite rendu
compte, en occupant le territoire conquis sur Syagrius, que les populations
galloromaines, catholiques, nétaient pas prêtes à se soumettre à un chef païen. Plus
important encore, les rouages administratifs, désormais tenus par lEglise depuis la
chute de lempire, ne lui sont pas favorables. Il lui semble alors de bonne politique
de faire un geste vers ses nouveaux sujets et envers la hiérarchie chrétienne. Le
baptême (qui, de ce fait, est sans aucun rapport avec la victoire de Tolbiac) a lieu,
(1)
en 498 ou 499, dans la cathédrale de Reims, dont (Saint) Rémiest lévêque.

507 : Clovis attaque le royaume wisigot la bataille de Vouillé

Dans lancien « royaume romain » de Syagrius, Clovis, désormais catholique, nest
plus un intrus, caril est soutenu par le clergé. Il est en effet le seul chef germanique
catholique, les autres étant ariens, donc hérétiques (tels le roi wisigot Alaric et le
roi burgondion Gondebaud) ou païen (le roi franc rhénan Sigebert).

Fort de cette nouvelle légitimité, il peut désormais envisager de poursuivre
lextension de son domaine vers le sud de la Gaule en semparant du royaume de
Toulouse. Dans celui-ci, les sujets gallo-romains catholiques dAlaric souffrent de la
domination que leur imposent les Wisigots ariens, et préféreraient, tant quà subir
un roi barbare, que celui-ci soit catholique. Ce souhait est rapporté à Clovis qui
attend, à nouveau, le moment opportun de poursuivre ses conquêtes.

Il sy emploie dès lannée 507, avec, naturellement, lappui total du clergé du nord
de la Loire, mais aussi avec lassentiment de celui du sud et de toute la population.
Le roi franc rhénan Sigebert, qui a une dette envers Clovis depuis leur victoire
commune sur les Alamans, apporte son soutien au Salien. La rencontre a lieu à

1 - Rémi est lévêque a qui le roi franc a restitué, deux ou trois ans plus tôt, le fameux vase dit
« deSoissons »,qui avait été dérobé dans la cathédrale de Reims, et emporté à Soissons en
vue dun partage de butin. Ce vase était un grand cratère métallique, qui navait donc pas été
« cassé »dun coup de hache par un guerrier récalcitrant, mais simplement cabossé.

3 8

Clovis

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Francs
saliens

Paris

Loire

Vouillé

Garonne

Seine

Rhin

Francs
rhénans

Saône

Alamans

Burgondions

Rhône

Main

Danube

Hérules /
Ostrogots

Wisigots
Barcelone
Vouillé, près de Poitiers. Alaric est tué au cours du combat. Clovis, vainqueur,
sempare du royaume de Toulouse, et atteint les Pyrénées.

Demain

Peu après cette troisième victoire, Clovis interdira le culte arien sur la totalité du
territoire conquis. Les Wisigots traverseront alors les Pyrénées et sétabliront
définitivement en Espagne, tout en gardant un pied à terre en Gaule, le long de la côte
méditerranéenne : Provence et Septimanie resteront wisigotiques. Afin que le
pouvoir central ne soit pas trop éloigné de ce territoire transpyrénéen, le roi wisigot
fera de Barcelone sa nouvelle capitale.

Clovis, alors au faîte de sa gloire, sera nommé consul romain par Anastase,
lempereur de Constantinople. Il sera ainsi confirmé, par la plus haute autorité du moment,
comme le roi barbare le plus puissant dOccident. Lessentiel, pour lui, sera de le
rester. Pour ce faire, lidéal sera déliminer tous ceux qui, naguère, étaient les égaux
du roi de Tournai, et qui, bien que désormais plus faibles que lui, pourraient
néanmoins lui faire de lombre. Clovis fera donc le vide autour de sa personne. Il
capturera Chararic, roi de Thérouanne, et lenfermera dans un couvent. Il tuera Ragnachaire,

3 9

481, en Gaule:

le roi de Cambrai qui avait été son allié à la bataille de Soissons. Il supprimera
Rigomer, roi du Mans. Il fera disparaître Sigebert, le roi rhénan qui la aidé à battre
Alaric. Enfin, pour faire bonne mesure, il tuera Chloderic, fils de Sigebert et héritier
du royaume rhénan ! Sigebert et Chloderic morts, les Francs rhénans nauront plus
de roi. Or, il leur en faudra un : ils ne se montreront pas rancuniers, et élèveront
Clovis sur le pavois ! Le roi salien deviendra ainsi le maître absolu de la majeure
partie de lancienne Gaule : son domaine sétendra de la vallée du Rhin aux
Pyrénées, à lexception du petit territoire alaman, placé sous la tutelle des Ostrogots, et
du royaume burgondion, dont il na pas réussi à semparer, en 500, en dépit de son
succès sur Gondebaud.

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Wisigots

Paris

Loire

Francs
saliens

Garonne

Seine

Rhin

Francs
rhénans

Saône

Burgondions

Rhône

Alamans

Main

Danube

Ostrogots

Clovis ne jouira pas longtemps de sa puissance : il séteindra en 511, après avoir
laissé à la postérité un important document juridique, promulgué en lan 509 : la
première édition, en latin, de la * loi salique *, cette loi que, huit siècles plus tard,
lon sortira dun oubli total, à propos dune querelle successorale franco-anglaise

4 0

Theodoric

500

600

700

Hier, en Macédoine

Chapitre 4

493, en Italie

Théodoric sinstalle à Ravenne :

800

lItalie devient ostrogote

900

1000

1100

1200

1300

1400

1500

En 455, lempereur byzantin Marcien avait accordé au peuple des Ostrogots la
permission de sinstaller en Macédoine(< 21 <). Il avait exigé que leur roi Théodemir
envoyât son jeune fils Théodoric à la cour de Constantinople à titre dotage et de
garant de la loyauté de son père et de ses sujets. Le jeune homme, intelligent et
ouvert, était fils de roi. Il reçut léducation soignée due à son rang.

er
Léon I, succédant à Marcien en 457, appréciait le jeune Germain qui, parvenant à
lâge adulte, devenait un homme fréquentable, puisque pétri de culture grecque.

Lorsque Théodemir décéda, en 473, Théodoric retourna parmi les siens et y fut élu
roi. Après avoir connu les fastes de Constantinople, le nouveau roi trouva la
Macédoine bien terne, et surtout pauvre en ressources. Il caressa le projet de sétablir
dans une région plus accueillante.

Lannée suivante, en 474, Zénon succéda à Léon. A titre de cadeau de bienvenue,
il conféra au roi ostrogot le titre prestigieux de Maître des milices, le plus haut
poste de la hiérarchie militaire byzantine. Mais lempereur constata rapidement que
la présence dun peuple barbare au milieu de lempire nétait que modérément
appréciée de ses sujets grecs. Ne voulant pas revenir brutalement sur
lautorisation accordée par Marcien, il chercha le moyen élégant de mettre un terme à la
présence ostrogote.

4 1

Hier, en Italie

493, en Italie:

En même temps, Zénon portait un regard préoccupé sur lItalie : certes, depuis
Ravenne, Odoacre gérait sainement son domaine, mais il voyait grand. Il
commença par récupérer, en lachetant aux Vandales africains qui lavaient annexé, ce
grenier à blé quétait la Sicile.Puis, en 480,il sempara de la Dalmatie, en
déshé(1)
rence après le décès de Julius Nepos. Odoacre jetait maintenant un regard de
convoitise sur le Norique.Lempereur, qui avait conscience de la fragilité de son
autorité sur le patrice dItalie, sinquiéta dune telle soif dagrandissement
pouvant, à terme, faire dOdoacre un rival potentiel.

Zénon, qui nignorait rien non plus des souhaits de changement qui emplissaient
les pensées de Théodoric, proposa à son maître des milices de mettre un terme à la
puissance dOdoacre. Aux yeux de lempereur, cette expédition posséderait un
double avantage :
elle mettrait fin, en Italie, au régime du chefhérule, quil considèrait toujours
comme un usurpateur, même si celui-ci sétait mis spontanément sous son
autorité ;
elle débarrasserait lempire dOrient du peuple ostrogot dont le roi était, certes,
« civilisé » mais dont les sujets, au comportement encore très frustre, étaient
fort encombrants et peu prisés des Macédoniens las dêtre rançonnés.

493 : Théodoric en Italie

En 486, Théodoric se met en route vers lItalie. Après avoir remonté toute la
Dalmatie, commelavaient déjà fait les Wisigots en 396(< 19 <)et Odoacre en 476(< 33 <),
il remporte trois victoires, lune sur la Piave en 488, la seconde sur lAdige en 489,
la troisième sur lAdda en 490. Elles le rendent maître de la vallée du Pô. Puis il
arrive devant Ravenne quil assiège durant trois ans. Finalement, en 493, venu à
bout de la résistance dOdoacre, et après lavoir assassiné par traîtrise, le roi
ostrogot sinstalle, à son tour, dans Ravenne, et assume le pouvoir en Italie « au nom de
lempereur de Constantinople ».

er
Pour bien montrer quilest un fidèle lieutenant de lempereur byzantin Anastase I,
qui a succédé à Zénon en 491, il multiplie les gestes dallégeance :
il garde les pièces de monnaie à leffigie de Zénon,
il se montre révérencieux à légard des sénateurs romains,
il maintient les structures administratives de lancien empire romain
dOccident, auxquelles Odoacre navait pas osé toucher.

1.- Julius Nepos, après sa destitution du trône de Constantinople par Oreste en 475, avait reçu
le titre et la fonction de roi de Dalmatie.

4 2

Theodoric

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490
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Ravenne
493

Rome

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Dalmatie

vers 485

Macédoine

Cette attitude dallégeance cesse le jour où Théodoric, sortant du cadre de la
mission officielle que lui avait confiée Zénon,soctroie le titre de « roi dItalie », et
installe dans la péninsule une dynastie germanique ! Le nouveau royaume
ostrogot dItalie sétend sur une vaste superficie comprenant toute la péninsule italique,
la Sicile, et la Dalmatie dont Théodoric sétait emparé lorsquil remontait de la
Macédoine vers les Alpes.

Souverain éclairé, et secondé par des ministres romains remarquables, Théodoric
tente dinstaller une cohabitation paisible entre les deux communautés, latine et
ostrogotique. Au delà des Alpes, il joue un rôle darbitre: il se déclare garant de la
(2)
souveraineté de la partie méridionale du royaume alaman. Bien que devenu le
beau-frère de Clovis, après avoir épousé sa sur Audoflède, il nhésite pas à
interdire au roi salien, devenu aussi, entretemps, le roi des Francs rhénans(< 40 <),
de sapproprier ce territoire.

2.- La moitié sud du royaume dAlamanie était restée indépendante, après lannexion de la
moitié nord par le roi franc rhénan à lissue de la bataille de Tolbiac(< 38 <).

4 3

Demain, dans lItalie ostrogote

493, en Italie:

Théodoric naura pas toutes les satisfactions quil aurait pu attendre des
différentes dispositions prises pour être aimé dans son nouveau royaume. Resté arien,
alors que ses sujets latins sont catholiques, il sentira, chez la plupart dentre eux,
des relents dhostilité. A linverse, voulant, sur le tard, donner aux catholiques
latins des gages de sa bonne volonté, il sera suspecté par ses coreligionnaires
ariens de trahir les croyances de son peuple.

Son épouse Audoflède ne lui ayant donné quune fille, Amalasonthe, Théodoric
mourra en 526, après un demi-siècle de règne, en laissant le trône à son petit-fils de
dix ans, Athalaric.Celui-ci décédant prématurément huit ans plus tard, une sordide
intrigue de palais(> 47 >)provoquera la colère de lempereur de Constantinople,
qui décidera denvahir lItalie.

Les quatre premiers successeurs dAthalaric ces éphémères souverains que
seront Théodat (534-536), Vitigès (536-540), Ildebad (540-541) et Eraric (541) ne
pourront sopposer aux armées byzantines dinvasion. Seul, Totila (541-552)
connaîtra quelques succès militaires, mais Teïa (552-553) sera vaincu par Narsès qui,
en 555, replacera toute la péninsule sous lautorité de lempereur(> 49 >).

Demain, chez les Hérules

Les Hérules croyaient avoir trouvé, dans la péninsule italienne, un lieu
dimplantation définitive. Leur rêve naura duré que quinze ans. Chassés dItalie par les
Ostrogots, après la mort dOdoacre, la plupart sen retourneront nomadiser dans
les plaines orientales doù les Huns les avaient tirés. Certains dentre eux,
toutefois, sengageront comme mercenaires au profit de lempereur de Constantinople.
Mais le peuple hérule, en tant que tel, disparaîtra définitivement de lHistoire dès le
e
début du VIsiècle.

4 4

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Mausolée
de Théodoric le Grand
à Ravenne

Justinien

500

600

700

Hier, à Constantinople

Chapitre 5

527, à Constantinople

Avènement de Justinien :

les voies de la reconquête byzantine

800

900

1000

1100

1200

1300

En 486, Zénon avait envoyé son encombrant voisin, le roi ostrogot
Théodoric, débarrasser lItalie des Hérules dOdoacre(< 42 <). Le
berceau de lancien empire romain était ainsi passé dune main barbare à
une autre main barbare, mais cet état de fait navait semblé troubler ni
er
Anastase, empereur en 491, ni Justin Iqui lui succéda en 518.

(1)
Justin était dorigine plus que modeste : pâtre en Dardanie, il était
analphabète. Toutefois, de solides qualités physiques, jointes à des
circonstances favorables, avaient fait de lui un soldat, puis un
général, puis un consul, enfin un empereur. Il fit alors venir à
Constantinople son neveu Justinien pour lui assurer une excellente éducation.
Celle-ci menée à bien, Justin adopta Justinien, le désigna comme son
successeur, et commença à lui donner dimportantes responsabilités
de gouvernement. Devenu maître des milices (magister militum,
cestà-dire général en chef), intelligent et cultivé, cest sans entrave
daucune sorte quil accéda au trône après le décès de son oncle.

1400

474

1500

Zenon
491

Anastase 1°
518
Justin
527

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Justinien

565

1.- La Dardanie: région du nord-ouest de lAsie Mineure, qui donnera son nom à lactuel
détroit des Dardanelles.

4 5

527 : laccession de Justinien

527, à Constantinople:

Contrairement à ses trois prédécesseurs, Zénon, Anastase et Justin, Justinien a
une âme de conquérant. Accédant aux responsabilités, il ne pense quà une chose :
remettre sous son autorité les territoires occidentaux perdus et reconstituer, dans
la mesure du possible, lancien empire de Constantin.

La Gaule, désormais franque, est un trop gros morceau : déjà, Clovis, le roi franc, a
montré sa puissance en éliminant, coup sur coup, Syagrius, les Alamans et les
Wisigots, et mieux vaut donc ne pas se faire des ennemis de ses quatre fils et
successeurs : cela peut toujours servir (et cela servira effectivement !). Quant aux
Iles brittoniques, elles sont géographiquement hors de portée. Mais lAfrique du
nord occidentale (lancienneIfrikiaromaine), lItalie et lEspagne, ainsi que le
« corridor provençal » (lexProvincia romana) menant de lune à lautre, semblent
être des objectifs envisageables. La politique extérieure de Justinien est donc,
durant les quatre décennies de son règne (527565), axée sur cette reconquête.

empire de Justinien
projets de reconquête

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Il lui faut dabord, cependant, faire face à deux grands périls :
à lextérieur, il doit conjurer le danger perse. Pour avoir la paix sur cette
frontière, il signe un traité léonin obligeant Constantinople à payer aux
Perses un tribut extravagant.
àlintérieur, il doit mater la*sédition Nika*, cette courte guerre civile
(janvier 532) qui met Justinien au bord de la destitution.

Ayant enfin les mains libres, il peut mettre à exécution le projet qui lui est cher.
Lempereur dispose pour cela de deux généraux de valeur : Bélisaire et Narsès . Le
premier, brillant officier de la Garde,est venu à bout de la répression Nika. Quant au
second, qui est eunuque (ce détail est très important pour la suite), il est parvenu,
malgré cette mutilation, à monter dans lestime de la cour impériale, et y jouir dune
notoriété enviable dexcellent soldat et de fin diplomate.

4 6