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L'Indonésie

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Description

La population indonésienne a été pillée, affamée, humiliée et soumise à un semi-esclavage par plus de trois siècles de colonisation. Mais c'est aussi un peuple qui se libère lui-même contre les grandes puissances occidentales et qui instaure une véritable République démocratique qui sera détruite par les partisans d'un "Ordre nouveau". Après 33 années de dictature, la jeunesse indonésienne se dresse pour rétablir la démocratie. Elle y parvient en partie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 septembre 2016
Nombre de lectures 24
EAN13 9782140018466
Langue Français
Poids de l'ouvrage 9 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Alain Riquier
L’Indonésie
De la préhistoire
à la présidence de Jokowi L’Indonésie
L’Indonésie cultive les superlatifs. C’est le plus grand archipel De la préhistoire
(13 667 îles) ; c’est aussi le plus peuplé avec 250 millions d’habitants,
dont 90% de religion musulmanne, ce qui en fait le premier pays à la présidence de Jokowi
musulman. C’est surtout le pays des paradoxes . Il bénéfi cie d’une
nature généreuse, de paysages de cartes postales, d’une faune et
d’une fl ore d’une richesse incomparable, d’un climat plutôt clément
malgré sa situation à cheval sur l’équateur. Mais ce sont aussi des
catastrophes naturelles fréquentes faites de séismes, de tsunamis,
d’éruptions volcaniques et une histoire chargée en drames humains.
La population a été pillée, affamée, humiliée et soumise à un
semiesclavage par plus de trois siècles de colonisation. Mais c’est aussi
un peuple qui se libère lui-même contre les grandes puissances
occidentales et qui instaure une véritable République démocratique
que les partisans d’un « Ordre nouveau » n’hésiteront pas à détruire
en massacrant des centaines de milliers d’hommes et de femmes.
Après 33 années de dictature, la jeunesse indonésienne se dresse
pour rétablir la démocratie. Elle y parvient en partie. Aujourd’hui
libéré de la peur, ce peuple veut comprendre et se forger, par
luimême, un avenir en s’interrogeant sur son passé.
Alain Riquier, professeur d’histoire, conférencier et voyageur
passionné, invite à revisiter l’histoire de l’Indonésie. Loin des
images d’Épinal, trop souvent entretenues par les guides, et des lieux
communs sur le « choc des civilisations », Alain Riquier propose de
faire partager son intérêt pour l’histoire de l’Indonésie et de ses
peuples, si fascinants et attachants.
Illustration de couverture : © Pixabay
ISBN : 978-2-343-09269-0
27 €
L’Indonésie
Alain Riquier
De la préhistoire à la présidence de Jokowi








L’Indonésie
De la préhistoire à la présidence de Jokowi




Recherches Asiatiques
Collection dirigée par Philippe Delalande
Dernières parutions
Gregor MULLER, Les « mauvais français » du Cambodge
colonial, Les débuts du protectorat français et la vie de Thomas
Camaran, 1840-87, 2015
Avòunado Ngwâma, La cour d’amour. La galanterie dans les
contreforts orientaux de l’Himalaya, 2014.
Jean-José SEGERIC, La Chine et le traité de Versailles (1919),
une trahison occidentale, 2014.
Nguyên Ba Thiên, La Cochinchine. Histoire d’une colonie
française en Asie extrême, 2014.
Claude HELPER, La politique des USA en Corée du Nord : un
fiasco, 2014.
Olivier LOUIS, Histoire du Pakistan jusqu’à nos jours, 2014.
Jacques MAÎTRE, Vi ệt Nam central : renaissance de la vallée
d’A L ưới après les bombes américaines et l’agent orange
(1961-2011), 2013.
Jean-José SÉGÉRIC, Le Japon militaire, 2013.
Barbara VAILLANT, Boat people vietnamiens, Entre mémoire et
diaspora, 2013.
Jean-Claude PIVIN, Les semailles des Kurus. Extraits choisis du
Mah ābh ārata, 2012.
LI Hong, La renaissance des campagnes en Corée du Sud 1960-2012,
2012.
Marion FROMENTIN-LIBOUTHET, L’image du Laos au temps de la
colonisation française (1861-1914), 2012.
Philippe GENDREAU, Pierre-Marie Gendreau, un missionnaire
vendéen au Tonkin, 2012.
Gérard Gilles EPAIN, Indo-Chine, Découverte, évangelisation,
colonisation ; Une histoire coloniale oubliée, Tome I, 2012.
Gérard Gilles EPAIN, Indo-Chine, La guerre ; Une histoire coloniale
oubliée, Tome II, 2012.
Thach TOAN, Les Khmers à l’ère de l’hindouisme
(20-1336 apr. J.-C.), 2012.
Linda AÏNOUCHE, Le don chez les Jaïns en Inde, 2012.
Quang DANG VU, Histoire de la Chine antique, tomes 1 et 2,
2011. Alain Riquier
L’Indonésie
De la préhistoire à la présidence de Jokowi
© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-09269-0
EAN : 9782343092690« Pour bien faire, il fallait que j’achète au plus vite une villa au
Puntjak. J’aurais un nouvel intendant et serais à l’abri de toute
surveillance ; il faudrait aussi ouvrir une entreprise à Djakarta;
descendre du Puntjak en voiture ne serait rien. Comme cela, on
perdrait définitivement nos traces. Une autre solution serait
d’acheter des plantations et beaucoup de rizières ; je prendrais
des paysans du lieu comme métayers ; nous partagerions la
récolte en deux et tout serait dit.(…) Naguère, au temps de ma
grandeur, j’interpellais presque les gens dans la rue pour qu’ils
se retournent et admirent ma nouvelle automobile. Mais
maintenant j’étais terrorisé à l’idée qu’on pourrait me
demander comment j’avais fait pour m’en procurer une (…)
Mais à présent j’avais peur de les voir à mes trousses et
j’aurais souhaité avoir un peloton à mes ordres pour les
1supprimer. »
1 Tiré du roman de Pramoedya Ananta Toer, Corruption, Edition
Philippe Picquier, paru sous le titre Korupsi en 1954. Les provinces d ʼIndonésie. GNU Document free Licence Mes remerciements à tous ceux qui m’ont soutenu et aidé dans
cette entreprise. Merci à ma femme, à ma fille, à mon fils, à
mon gendre ainsi qu’à mon petit-fils. Merci à mes amis,
Claudie, Joce, Nicole et Lucien. Tous ont patiemment corrigé le
manuscrit et apporté leurs remarques toujours pertinentes.
9Avertissement
S’engager dans la rédaction d’une histoire de l'Indonésie,
lorsque l’on n’est pas spécialiste, exige préalablement de
surmonter les difficultés d’accès à des sources fiables et aux
travaux des chercheurs.
Les sources indonésiennes concernant l’histoire
contemporaine restent limitées ou peu accessibles malgré la
récente suppression officielle de la censure. Cette décision,
saluée en 1998, n’a pas encore permis d’ouvrir toutes
grandes les voies de la recherche, totalement libérées de la
période Suharto (1965-1998). L'autocensure fréquente sous
toutes les dictatures pèse encore sur la société indonésienne.
Les historiens néerlandais ont assuré naturellement leurs
contributions; elles sont nombreuses et riches, mais souvent
centrées sur la période coloniale. Les historiens américains
et australiens, très présents dans ce domaine, ne traitent
souvent que des points précis de l’histoire de l’archipel
sans se risquer à une analyse globale des grandes
problématiques historiques et géopolitiques de la région.
Les historiens français semblent bouder, ou presque, les
2recherches se rapportant à l'Indonésie. Jean Bruhat est l’un
de ceux qui s'y sont consacrés dans les années 60. Il a
beaucoup influencé mon approche et je reconnais avoir
adopté certaines de ses réflexions. Notons néanmoins un
ouvrage riche pour ses analyses linguistiques et pour ses
transcriptions, de Denys Lombard, Le carrefour javanais (3
vol. Éditions de l'EHESS, 1990). D’autres auteurs se sont
engagés dans leur domaine respectif, des sociologues, des
anthropologues comme Franck Michel, des économistes et
des journalistes français à l’instar de Solenn Honorine qui a
publié en 2012, Indonésie histoire-société-culture.
2 Jean Bruhat, Histoire de l’Indonésie PUF 1958
11Notons aussi les travaux de François Raillon, directeur
de recherche au CNRS, auteur d’essais de géopolitique sur
le Sud-Est asiatique. Il vient de rééditer à La découverte un
livre intitulé Indonésie, les voies de la survie, paru en 2007.
J’ai aussi recherché en littérature et dans les productions
cinématographiques les œuvres ayant pour objet l’Indonésie.
J’ai pris du plaisir à lire le reportage du journaliste italien
Corrado Ruggeri paru sous le titre À table avec les
cannibales (paru chez Payot en 2003 sous le titre original Il
canto delle lucciole (le chant des lucioles). Corrado Ruggeri
nous décrit avec beaucoup de sensibilité et d’humour le
fonctionnement de la société papoue en 1995. Il convient de
citer aussi le roman subtil de Leila S. Chudori, Le Retour.
Cette Indonésienne vivant en France nous conte la vie d’une
famille de communistes réfugiés à Paris pour échapper aux
massacres de 1965.
Un ouvrage collectif vient de paraître sous la direction de
l’historien Rémi Madinier et intitulé Indonésie
contemporaine. Il comporte les contributions de 27
spécialistes, dont celle du linguiste Jérôme Samuel, directeur
du département Indonésie de l’INALCO, un ouvrage riche
et dense qui nous dresse un tableau de l’Indonésie
d’aujourd’hui, enthousiaste et prometteur, très confiant dans
3la capacité des institutions issues de la Reformasi à régler
les défis du XXIe siècle.
Force et de constater que la démocratie peine à se frayer
un chemin en Indonésie. En témoignent les récentes
opérations de police dans les universités de Jakarta pour
interdire la diffusion d’une revue qui traite du massacre des
communistes en 1965, 50 ans après. Cette question qui n’est
toujours pas réglée a été le point de départ de ma réflexion.
3 Nom donné à la période post-Suharto (après 1998).
12En effet, mon engagement pour l’histoire de l’Indonésie
s’est affirmé lors de la rédaction d’un article sur le massacre
des communistes indonésiens en 1965 commandé par une
revue d’histoire sociale. À l'occasion d’un premier voyage
dans ce pays en 2009, j'avais, en bon touriste, consulté les
guides qui proposaient une petite histoire en introduction. Je
cherchais vainement une description ou, simplement, une
évocation un peu détaillée du massacre de 1965. C'est
pourtant l'évènement majeur de l’histoire de l’Indonésie
indépendante avec près d’un million de morts, des
communistes, des gens de gauche et des Chinois, assassinés
en quelques mois. C'était difficile à ignorer pour des guides
qui présentaient un pays à des touristes un peu exigeants.
Le guide le moins complaisant était, me semblait-il, le
Lonely Planet, qui dans le chapitre « histoire » écrit : « 30
septembre 1965…..Massacre des communistes indonésiens
(500 000 morts environ, 250 000 internés) suite à une
tentative de coup d'État »… un peu court.
eDepuis, un autre guide, plus loquace, Le Petit Futé, 7
édition 2013-2014, propose : « Le coup d’État de 1965 : Il a
eu lieu de 30 septembre. On a cru d’abord que c’était un
coup d’État fomenté par les communistes. C’est pourtant le
dauphin de Sukarno, le général Suharto, aidé par les
militaires qui en fut apparemment l’instigateur. À cette
victoire de l’armée et des milieux conservateurs musulmans
succèdent d’importants pogroms anti-chinois ainsi que le
massacre massif d’opposants et en premier lieu des
membres du PKI. De l’aveu même de la CIA, ce serait l’un
des pires meurtres de masse du XXe siècle. »
Hormis la formule « dauphin de Sukarno », pour
qualifier Suharto, fort discutable, le reste s’approche
timidement de la réalité.
Plus je progressais dans la rédaction de cet article, plus
je prenais conscience du silence qui pèse sur cet évènement
13
encore aujourd'hui, un demi-siècle après. Comment est-ce
possible dans un monde où l’information, la communication
et le savoir circulent à la vitesse d’internet? Avec ce travail,
j'ai acquis la conviction que la compréhension de ces
évènements ne pouvait se satisfaire d’une stricte analyse du
cadre indonésien, mais qu'il fallait chercher dans les
problématiques de la décolonisation, dans le contexte de
« guerre froide », l'éclairage nécessaire.
J’ai ainsi entrepris d’élargir mes connaissances en
regroupant les études déjà réalisées en amont et en aval de
cet évènement. Il ne s’agit donc pas d’un travail de
recherche, mais plus d’une synthèse des matériaux épars
disponibles dans les bonnes bibliothèques parisiennes et sur
internet, sans se cantonner aux publications strictement
historiques. Aussi, aidé par des chercheurs, dans leurs
domaines respectifs, mais aussi par des littérateurs et des
artistes, j’ai voulu offrir un plan plus large à ma réflexion,
enrichie de leur approche croisée.
Je n’ai pas la prétention de considérer que ce petit
ouvrage suffira à éclairer toutes les zones d’ombre.
Néanmoins, si ce travail pouvait contribuer, avec d’autres, à
lever un coin du voile qui masque, encore aujourd’hui,
l’histoire de cette région, j’aurais atteint mon objectif.
14Introduction



Le nom d’Indonésie évoque fréquemment chez nos
concitoyens des réactions équivoques. Peu sont en mesure
de situer précisément l’archipel sur une carte ou de donner
le nom d’un personnage politique important. L’image
qu’ils se font de ce pays renvoie trop souvent au
radicalisme religieux, voire aux attentats islamistes.
L’Indonésie est victime en France d’un ressenti plutôt
inquiétant. Ce pays peut aussi évoquer, à l’opposé,
l’exotisme, les plages et les paysages de rêve.
Les médias ont alimenté ces derniers temps des
réactions négatives en mettant en évidence les séismes,
les éruptions volcaniques, les questions de pollution et
d’environnement, ainsi que le recours trop fréquent à la
peine de mort dans les décisions judiciaires. Toutes ces
questions incitent peu au voyage.
Quant à l’histoire de l’Indonésie, la faiblesse des
connexions avec l’histoire de France la rend complexe,
parfois impénétrable à nombre d’entre nous. Cette histoire
colle plus volontiers à celle des autres pays européens,
comme l’Angleterre, le Portugal, l’Espagne et la Hollande
et laisse dubitatif dans l’Hexagone. Seuls les projets d’un
voyage à Bali, de la pratique du surf, de la plongée
sousmarine, la découverte de la faune et de la flore peuvent
forcer l’intérêt. C’est bien dommage, car l’essentiel de cet
archipel constitue l’une des dernières terres à découvrir,
une véritable aventure humaine et une expérience
inoubliable à 15 heures de vol de Paris. Ce pays et les
peuples qui l’habitent devraient susciter, à l’inverse, notre
curiosité, voire notre fascination.
Cet ouvrage, qui n’est pas un guide, veut néanmoins
aider à la découverte des richesses matérielles et
15
immatérielles de ce gigantesque archipel, le plus grand et
le plus peuplé de la planète, il veut surtout proposer, à un
large public, une introduction à son histoire.
L’Indonésie compte des paysages parmi les plus
fascinants, associant harmonieusement les mers, les
plaines et les montagnes, les îles de carte postale, les
volcans et les lacs. Facilement accessibles, ils sont à la
disposition des voyageurs les plus exigeants. Les hommes
et les femmes qui le peuplent sont à l’image du pays, tout
aussi fabuleux.
Le voyageur peut tranquillement se confronter aux
traditions les plus originales et entrer sans crainte en
contact avec des peuples curieux, bienveillants, tolérants,
souriants et si attachants. Leur histoire est certes
complexe, mais elle est aussi passionnante, car elle ouvre
sur des civilisations riches et très différentes les unes des
autres qui ont laissé des traces monumentales et des
traditions.
Cette histoire est marquée par des faits parfois très
durs, mais aussi par d’autres, très enthousiasmants. C’est
aussi une histoire en pointillé avec des zones d’ombre et
des silences. Il appartient aux chercheurs contemporains
de fournir aux jeunes générations les outils qui leur
permettront de s’approprier pleinement cette histoire.
16Premier chapitre
LE PAYS ET LES PREMIERS
« INDONÉSIENS »
Un territoire vieux de 200 millions d’années
Le nom « Indonésie » est un néologisme tiré des mots
grecs Indos, signifiant « Indien », et nêsos, signifiant
« île ». Cette dénomination « Inde des îles » date
edu milieu du XIX siècle et sera utilisée à partir de 1923
par les nationalistes qui ne pouvaient plus supporter le
nom d’« Indes néerlandaises ». En géographie, le terme
« Insulinde » est fréquemment utilisé. L’Insulinde décrit
un ensemble plus vaste, incluant l’archipel des
Philippines. Les géographes utilisent aussi le terme d’
« Iles de la Sonde » pour nommer une partie des îles de
l’archipel, mot tiré de Sunda, royaume hindouiste situé
dans l’Ouest de Java.
Les grands explorateurs du XVIIIe siècle, notamment
de James Cook, nous ont légué l’idée erronée que
l'Indonésie serait un archipel formé par l'activité
volcanique. Certes, avec ses 13 667 îles, ce pays
chevauche quatre plaques tectoniques à l’origine de
l’instabilité du socle sur lequel il repose. Les géographes
nomment cette zone qui s’étire jusqu’au Japon la
« Ceinture de feu du Pacifique » (ou anneau de feu, « Ring
of fire » en anglais). En 1771 James Cook, embarqué pour
17atteindre le mythique continent austral, restera sur sa faim,
mais il découvrira avec bonheur la péninsule malaise et
l’île de Java.
Nous savons aujourd’hui que l’essentiel des 1,905
million km2 que compte la future Indonésie sont portés
par un socle hérité du Carbonifère donc vieux de 400
millions d’années. Les grandes îles de l’archipel
contiennent dans leur sous-sol les mêmes richesses
minérales que les sous-sols des grands continents. Si l’on
ajoute ce que contient le sous-sol de la plate-forme
continentale qui borde ces îles, l’espace utile de l’Archipel
peut atteindre 9 millions de km2, soit l'équivalent du
territoire des États-Unis. C’est un monde vaste, mais aussi
fortement cloisonné.
Le plus grand archipel du monde s’étire sur 4500 km
de longueur et 1200 km de largeur. Les quatre principales
îles, Java, Bornéo (Kalimantan pour la partie
« indonésienne »), Sumatra et la Nouvelle-Guinée (dont la
moitié occidentale est « indonésienne ») disposent des
mêmes schistes anciens qui nous viennent de l’Éocène, il y
a 200 millions d’années. À cette époque, ces îles étaient
4collées à la Pangée (sauf la Nouvelle-Guinée soudée à
l'Australie, voir schéma). Seul l’archipel des Moluques est
exclusivement d’origine volcanique ainsi que des petites
îles éparpillées entre les grandes îles comme l’île
Krakatau.
4 La Pangée, continent unique rassemblant toutes les terres émergées,
nous vient du météorologue et astronome allemand de l’université de
Marburg, Alfred Wegener. Le concept de Pangée apparaît, pour la
première fois, dans une publication de 1912. Dans son ouvrage intitulé
La Genèse des continents et des océans, publié en 1915, il décrit la
Pangée comme rassemblant la quasi-totalité des terres émergées, qui a
existé de la fin du Carbonifère au début du Permien, il y a 290 millions
d'années.
18Les volcans d’Indonésie (domaine public)
La ceinture de feu du Pacifique ( Wikimedia commons)
19La dérive des continents
Au Carbonifère, il y a 350/280 millions d’années, le continent
Sud-américain se sépare franchement de l’Afrique. Le
souscontinent indien dérive en direction de l’Aie. L’Insulinde
(future Indonésie) est encore proche du Japon mais il
commence à se déployer vers le sud. Seule la Nouvelle-Guinée,
accolée à l’Australie s’en distingue.
Au Jurassique, il y a 200/140 millions d’années, l’Europe
s’accroche à l’Asie et l’Amérique du Nord rejoint l’Amérique
du Sud. Le déploiement de l’Insulinde se confirme, ses
principales îles sont positionnées. L’Australie et la
NouvelleGuinée dérivent vers la future Indonésie. L’Inde poursuit sa
course vers l’Asie.
A l’Eocène, il y a 65/60 millions d’années, tous les continents
sont en place, ou presque. L’océan Atlantique est formé.
L’Australie se détache de l’Antarctique et l’Inde atteint l’Asie.
20L’instabilité du socle est la principale cause des
modifications de la physionomie en surface de l’archipel.
La quasi-totalité des îles subit régulièrement des
catastrophes naturelles des plus violentes : tremblements
de terre, éruptions volcaniques et tsunamis.
L’Archipel compte 129 volcans en activité dont
beaucoup culminent à plus de 3000 m. Les vulcanologues
ont repéré les traces de plus de 1100 éruptions. La dernière
en date fut celle du 15 novembre 2015 du mont Rinjani sur
l’île de Lombok. Quelques semaines avant c’était le mont
Raung, dans l’Est de Java qui s’était manifesté. Ces
éruptions avaient contraint les autorités à fermer les
aéroports sur Java et Bali durant plusieurs jours.
Parmi les grandes manifestations tectoniques, présentes
dans toutes les mémoires, on peut citer le terrible tsunami
du 26 décembre 2004 qui a ravagé la zone de Banda Aceh
au nord de Sumatra, des régions du Sud de Java, avant
d’atteindre les côtes de Thaïlande, de Birmanie et du Sri
Lanka. Ce tsunami gigantesque était provoqué par un
séisme sous-marin de niveau 9 sur l’échelle de Richter au
large de Banda Aceh. Il a ravagé les côtes de l’océan
Indien en formant une vague de 10 m de haut qui a atteint
la côte de Sumatra et provoque la mort de près de 200 000
personnes. Quelques heures plus tard, les côtes de
Thaïlande, de Malaisie et du Sri Lanka étaient à leur tour
submergées.
Cent vingt ans plus tôt, c’était l’éruption du Krakatau
(Krakatoa en néerlandais), le 27 août 1883, qui avait
profondément marqué les esprits. Située entre Sumatra et
Java, l’île Krakatau est formée uniquement par le volcan.
Son éruption l’a rendue tristement célèbre dans le monde.
L’onde de choc a été ressentie sur plus de 5000 km,
jusqu’ en Afrique du Sud. Le nuage de cendres a mis dix
mois à se dissiper. L’éruption provoqua un tsunami qui a
21
englouti les côtes de l’Ouest de Java et du Sud de Sumatra.
Plus de 36 000 personnes ont disparu. Avec celle de
Santorin en Grèce (vers 1400 avant notre ère), c'était l'une
des plus catastrophiques éruptions volcaniques de l'histoire
connue des hommes.
Si le volcanisme a fortement modelé en surface le relief
des principales îles, son soubassement ancien permet de
disposer de la plupart des ressources en minerais et
sources d’énergie fossiles. L’Indonésie est aujourd’hui
un pays qui dispose de 4,2 milliards de barils de pétrole
5de réserves prouvées . Elle compte parmi les principaux
producteurs d’hydrocarbures bien qu’elle importe du
pétrole depuis 10 ans, pour ses besoins propres.
L’Indonésie est toujours le premier exportateur mondial
de gaz naturel liquéfié. La plupart des minerais
métalliques, y compris l’or, font la richesse de son
soussol et des compagnies qui l’exploitent. Sumatra et la
Papouasie offrent de très larges opportunités.
Au tertiaire (il y a 60 millions d’années), l’océan
recouvrait l'Archipel. Des dépôts sédimentaires,
5 L’Indonésie est un pays riche en ressources minières et en
hydrocarbures. La production pétrolière a considérablement baissé ces
15 dernières années après avoir atteint un pic de 1,5 million de
barils/jour en 1996, elle est désormais passée à 0,79 million de
barils/jour en 2014, selon le régulateur SKK MIGAS. En 2008
l’Indonésie ne faisait plus partie de l’OPEP (organisation des pays
exportateurs de pétrole).En revanche, le secteur minier a connu une
croissance rapide au cours de la dernière décennie. D’après la Banque
mondiale, la valeur des exportations totales de minerais a plus que triplé
entre 2001 et 2013, passant respectivement de 3 milliards à
11,2 milliards de dollars US. Cette augmentation est due aux prix
traditionnellement élevés des matières premières ainsi qu’à la hausse de
la production. En 2013, les exportations de minerais représentaient
6,2 % des exportations totales, les principaux produits exportés étant le
cuivre, le nickel, l’étain, le fer et la bauxite (Banque mondiale,
mars 2014).
226essentiellement le lœss , se sont associés au volcanisme
récent pour former des sols de qualité, très favorables à la
colonisation des mammifères et à la fixation précoce de
l’Homme.
Le volcanisme est une malédiction pour les hommes,
mais c’est aussi une bénédiction. Les éruptions du
Krakatau, du Slamat ou du Mérapi ont donné à l'île de
Java le substratum qui fait de ses sols les plus riches
d'Asie, de nature à attirer les hommes en grand nombre. La
toponymie le confirme. Java, nom tiré du sanscrit
Javadvipa, signifie « l'île du millet ». Elle est aujourd’hui
l’île la plus peuplée au monde. Elle accueille 143 millions
d’habitants pour 138 794 km2, soit une densité de 1031
7h/km2 , neuf fois celle de la France.
Le relief dégagé au quaternaire (il y a 5 millions
d’années) avait façonné les axes de circulation et les cours
d'eau aujourd'hui empruntés par les routes et le chemin de
fer.
Le climat équatorial qui sévit sur la totalité de
l’Archipel aurait pu constituer un handicap du fait de
l’excès de précipitations qui lessive et appauvrit les sols.
À l’inverse, IL A largement contribué à la fixation des
hommes dans cette région où tous les phénomènes des
zones tropicales se côtoient. On peut passer de la
sécheresse brûlante aux pluies torrentielles en quelques
heures grâce aux changements rapides d'orientation des
vents. Vents de terre et vents de mer alternent, assurant
harmonieusement le triptyque humidité, nébulosité et
chaleur, nécessaire à la vie. Si le régime des moussons

6 Le loess est un dépôt sédimentaire détritique meuble, un limon
carbonaté, d'origine éolienne. Déposé lors de phases climatiques froides,
il recouvre de vastes surfaces en Europe, en Chine, aux États-Unis et en
Indonésie. Il donne des terres très fertiles.
7 Statistiques ONU.
23
domine ces régions, il se trouve parasité par les vents
secondaires qui adoucissent les excès climatiques tant
pour les températures que pour les précipitations. La
mousson qui apporte des précipitations massives en hiver
(de novembre à février) est contrariée par les vents
secondaires qui en réduisent l’ampleur. À la saison sèche,
ce sont les vents secondaires maritimes qui adoucissent les
températures élevées.
Le relief joue aussi cette fonction en adoucissant la
température dans les régions d’altitude. Le volcanisme
récent a modelé les hautes terres et ses pentes abruptes.
Ces espaces permettent un champ illimité à la végétation
en lui ouvrant l’accès aux végétaux de la zone tempérée.
Les premiers cultivateurs ont été comblés de trouver, à
l’état naturel, des graminées, végétation exceptionnelle en
zone équatoriale. C’est probablement à cette occasion que
Java, l’île du millet, a gagné son nom.
Les pentes abruptes et le substrat volcanique favorisent
le ruissellement au détriment de l'infiltration. Des zones
basses forment des bassins très accueillants pour la
riziculture, mais aussi pour les moustiques et leur lot de
maladies. Ce sont de fait des espaces régulièrement
inondés tous les ans. L'urbanisation récente a largement
accentué ce phénomène jusqu'à en faire le problème
majeur pour les villes comme Jakarta ou Semarang,
situées au cœur d'une plaine alluviale. Les pentes plus
élevées hébergent toutes les cultures de la zone
intertropicale (café, fruits et légumes tropicaux,
plantations d’hévéa, de palmiers). Elles offrent en prime
au voyageur lacs, cascades et torrents.
24La flore et la faune :
deuxième pays au monde pour sa biodiversité


L’Indonésie dispose d’une exceptionnelle biodiversité
(plus de 28 000 espèces végétales répertoriées), la seconde
au monde après le Brésil pour le nombre de ses espèces
animales (plus de 600 répertoriées).
Le territoire de l’actuelle Indonésie compte parmi les
régions qui disposent des plus grandes réserves de forêts de
la planète (10% de la réserve forestière tropicale humide),
mais celles-ci disparaissent au rythme d'un million
d'hectares par an, provoquant une érosion considérable.
L'espace forestier demeure très riche en variétés d'essences
bien qu’il soit aujourd'hui menacé par la surexploitation, la
spéculation foncière et l’introduction massive du palmier à
huile.
Toutes les variétés végétales de la zone intertropicale s’y
retrouvent. La fleur la plus spectaculaire et la plus
indonésienne est la rafflesia (ou Rafflesia arnoldii). C’est la
plus grande fleur du monde. Endémique sur Sumatra et
Java, elle peut atteindre un mètre de diamètre.
L’homme a développé très tôt dans l’Insulinde tous les
types de cultures ; caféiers, théiers, tabac, palmier à huile,
ces plantations se retrouvent un peu partout alors que
l’agriculture n’occupe que 20 % de la superficie insulaire.
Les Indonésiens ont su développer des curiosités culinaires
comme le kopi luwak. C’est un café récolté dans les
excréments d'une civette asiatique, le luwak (Paradoxurus
hermaphroditus), de la famille des viverridés (variété qui ne
digère pas ses aliments). La civette consomme en effet les
cerises du caféier, ingérant la pulpe, mais pas le noyau, que
l’on retrouve dans ses excréments. Les sucs gastriques font
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subir une transformation bénéfique aux arômes des grains
de café. Produit de luxe aux États-Unis, le kilogramme de
kopi luwak peut valoir plus de cent dollars.
Java exporte le teck et le méranti (nom indonésien
Méranti Bunga, en malais, dark red meranti), bois tropical
dur, imputrescible et aux reflets délicatement rosés ; c’est le
bois le plus cher, donc le plus recherché, dans le monde.
Java, Sumatra et Bornéo fournissent aussi le bois de santal
et les bambous géants.
Les îles de la Sonde, comme toute l’Asie orientale, sont
partie intégrante de la civilisation du riz. Les conditions
climatiques et la qualité des sols associés à un bon système
d’irrigation permettent d’effectuer trois récoltes par an en
plaine, deux récoltes en région de montagne. L’Indonésie se
classe aujourd’hui parmi les trois premiers pays producteurs
de riz. Grose consommatrice, elle ne l’exporte plus afin de
réduire ses importations.
C’est le pays des épices et des plantes médicinales, en
particulier du poivre et du camphre. Avec ses poinsettias,
hibiscus et bananiers, la végétation fait preuve d’une
vitalité prodigieuse. La hauteur de certains volcans (plus de
3000 m) autorise la croissance d’espèces alpines comme
l’edelweiss de Java (Anaphalis javanica).
Cette flore héberge et nourrit une faune non moins
exceptionnelle. La partie occidentale de l’archipel
comprenant Sumatra, Java, Kalimantan (partie
indonésienne de l’île de Bornéo) et Bali abrite de grands
animaux. Le rhinocéros, le léopard, l’orang-outan («homme
de la forêt» en indonésien) et l'éléphant font la richesse de
ses parcs naturels aujourd’hui très surveillés.
La Papouasie compte des kangourous arboricoles, des
opossums à queue cannelée et le fabuleux oiseau de
Nouvelle- Guinée, le paradisier dont les plumes aux
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