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La civilisation des ports entrepôts du Sud Kedah (V-XIVsiècles)

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lA CIViliSATION DE PORTS-ENTREPÔTS DU SUD KEDAH (MALAYSIA) ve-XIVe siècle A Alastair Lamb, avec toute mon admiration. @L'HARMAITAN, 1992 ISBN: 2-7384-1388-9 Michel JACQ-HERGOUALC'H lA CIViliSATION DE PORTS-ENTREPÔTS DU SUD KEDAH (MALAYSIA) Ve-XIVe siècle Ouvrage publié avec le concours du Ministère des Affaires Etrangères Editions L'HARMATTAN 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris PARIS 1992 Ce travail a été préparé dans le cadre du programme: «Histoire des Peuples et des Etats.., élaboré par l'URA 1075 : «La Péninsule Indochinoise d'Hier et d'Aujourd'hui», du CNRS. et le «Centre d'Histoire et Civilisation de la Péninsule Indochinoise». AVANT-PROPOS Nous allons, dans ce qui va suivre, étudier un type original de civilisation en Asie du Sud-est qui, jusqu'à ce jour, n'a jamais été caractérisé par la recherche française. Nos archéologues et nos historiens de l'art sur cette région, très occupés - et à juste titre - par l'étude des grandes civilisations de l'ancienne Indochine française, ne s'y sont jamais intéressés. D'ailleurs, comment auraient-ils pu ? Ce type de civilisation, là où il a été localisé jusqu'à présent, n'a laissé à la surface du sol aucune trace visible; il faut fouiller pour en trouver et fouiller dans des régions qui n'ont jamais fait partie de la zone d'influence française.

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Publié par
Date de parution 01 janvier 1992
Nombre de lectures 31
EAN13 9782296268746
Langue Français
Poids de l'ouvrage 30 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

lA CIViliSATION DE PORTS-ENTREPÔTS
DU SUD KEDAH (MALAYSIA)
ve-XIVe siècleA Alastair Lamb,
avec toute mon admiration.@L'HARMAITAN, 1992
ISBN: 2-7384-1388-9Michel JACQ-HERGOUALC'H
lA CIViliSATION DE PORTS-ENTREPÔTS
DU SUD KEDAH (MALAYSIA)
Ve-XIVe siècle
Ouvrage publié avec le concours du Ministère des Affaires Etrangères
Editions L'HARMATTAN
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 Paris
PARIS 1992Ce travail a été préparé dans le cadre du programme: «Histoire des Peuples et des
Etats.., élaboré par l'URA 1075 : «La Péninsule Indochinoise d'Hier et d'Aujourd'hui»,
du CNRS. et le «Centre d'Histoire et Civilisation de la Péninsule Indochinoise».AVANT-PROPOS
Nous allons, dans ce qui va suivre, étudier un type original de civilisation en Asie du
Sud-est qui, jusqu'à ce jour, n'a jamais été caractérisé par la recherche française. Nos
archéologues et nos historiens de l'art sur cette région, très occupés - et à juste titre - par
l'étude des grandes civilisations de l'ancienne Indochine française, ne s'y sont jamais
intéressés. D'ailleurs, comment auraient-ils pu ? Ce type de civilisation, là où il a été
localisé jusqu'à présent, n'a laissé à la surface du sol aucune trace visible; il faut fouiller
pour en trouver et fouiller dans des régions qui n'ont jamais fait partie de la zone
d'influence française.
La contrée qui vit se développer celle qui nous occupe, le Sud Kedah, était jusqu'à
il y a peu sous contrôle britannique et ce sont les Anglais qui y furent à l'origine des
recherches archéologiques. Ces recherches ont révélé, mais tardivement seulement,
que l'élément moteur de la civilisation qui s'était développée là, des premiers siècles de
l'ère jusqu'aux alentours du XIve siècle, était constitué par les ports-entrepôts qui y
avaient été actifs. Ce terme de port-entrepôt ne désigne rien de plus que des endroits de
mouillage où se retrouvaient des commerçants venus de toutes les régions de l'Asie du
Sud-Est mais également de contrées aussi lointaines que la Chine, l'Inde ou le
MoyenOrient. Le régime des moussons imposait à ces marins-commerçants d'y relâcher
plusieurs mois. Ils y déchargeaient leurs marchandises, les échangeaient entre eux et se
procuraient les produits locaux.
La civilisation du Sud Kedah n'est pas autre chose et si, jusqu'à ce jour, elle a
suscité plus d'études qu'aucune autre de même type en Asie du Sud-Est maritime c'est
parce que les ports-entrepôts de cette région furent associés à de nombreux vestiges de
temples, dévolus au bouddhisme ou à l'hindouisme, dont l'examen a donné lieu à
beaucoup d'hypothèses.
Nous avons choisi d'appeler cette région le Sud Kedah bien qu'il ne s'agisse pas,
sur un plan strictement géographique, du sud de cet état. Les auteurs de langue anglaise
la caractérisent mieux par l'expression "South Central Kedah", mais comment traduire cela
en français sans jargonner? Aussi, considérant que le Seberang Perai (ancienne
Province Wellesley) faisait partie du sultanat de Kedah jusqu'en 1800 et qu'il renferme
une partie des vestiges archéologiques qui vont nous occuper, nous avons choisi de
nous satisfaire de l'appellation Sud Kedah car il n'était pas question d'adopter le nom de
"Bujang Valley", même traduit, que l'on a trop souvent utilisé à tort par référence à l'une
des localisations principales de vestiges archéologiques.
On a beaucoup écrit sur cette civilisation ;Ia bibliographie en témoigne. Cependant,
il s'agit pour l'essentiel d'articles consacrés à d~points particuliers et non d'ouvrages de
synthèse. Il faut dire que la connaissance de cette civilisation n'a cessé et ne cessera
jamais d'évoluer au gré des découvertes fortuites ou liées à de futures fouilles qui
obligeront à de nouveaux réajustements des théories élaborées; ainsi, il n'y a que dix
ans, on ignorait l'existence d'une des zones d'activité majeure de cette région.
Conscient de cela, nous avons donc choisi, dans ce qui suit, de séparer nettement
les matériaux de l'étude, qui seront examinés aussi objectivement que possible, de
l'examen des hypothèses qu'ils ont suscitées et de celles qu'ils nous inspirent. Nous
7espérons par là conserver au livre au moins une certaine valeur documentaire pour
l'avenir.
Nous avions envisagé, dans un premier temps, de procéder à des comparaisons
entre cette civilisation et celles, similaires, de contrées voisines. Indépendamment du fait
qu'il aurait fallu prévoir pour ce faire un second tome à cette étude, nous dirons à
l'extrême fin de la Ille partie pourquoi nous avons choisi d'y renoncer.
8INTRODUCTIONTHAILANDE
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Doc. 1. Kedah et Sud Kedah: aspects géographiquesKEDAH ET SUD KEDAH: ASPECTS GEOGRAPHIQUES
L'état du Kedah est, avec celui du Perlis, localisé à l'extrême nord-ouest de la partie
péninsulaire de Malaysia et il possède une longue frontière commune avec la Thaïlande.
Sa latitude la plus septentrionale est de 60 35' N, la plus méridionale de 50 N. Sa superficie
est de 9411 km2 (Doc. 1).
Des huit chaines de montagnes qui constituent l'épine dorsale de la Péninsule en
Malaysia, avec un point culminant à 2187 m au Gunong Tahan dans l'état de Pahang,
deux intéressent le Kedah. Ce sont d'est en ouest, la chaine des Bintang et celle de
Kedah-Singgora.
- La chaine des Bintang s'étend de la côte est de la Péninsule, en Thaïlande
du Sud, jusqu'au détroit de Dinding au Perak. Sa ligne de crêtes constitue la frontière est
du Kedah avec la Thaïlande et avec le Perak.
- La chaine de Kedah-Singgora s'allonge aussi de la côte est, en Thaïlande du
sud, jusque dans l'extrême pointe sud du Kedah. A cette chaine, très fractionnée sur la
majeure partie de son tracé en Malaysia, sont rattachés deux petits massifs montagneux:
l'un constitue l'tle de Penang, l'autre le Gunong Jerai (1217 m) qui nous intéresse au
premier chef puisqu'il domine la région qui va nous occuper.
En dépit de ces montagnes, l'essentiel de la superficie du Kedah est constitué de
plaines et plus de la moitié de la surface de l'état n'a qu'une altitude inférieure à 76 m; la
plaine côtière atteint par endroit 19 km de large.
De nombreuses rivières sillonnent le Kedah avant de se jeter dans le détroit de
Malacca. Dans le cadre du sujet, nous retiendrons seulement la Sungai Muda et la Sungai
Merbok.
- La Sung ai Muda est le quatrième fleuve de Malaysia bien qu'elle n'ait que
113 km de long. Son réseau hydrographique est cependant considérable. La rivière naft
au nord-est de l'état, dans la chaine des Bintang, près de la frontière avec la Thaïlande.
L'essentiel de son cours se déroule du nord au sud au pied de cette chaine de
montagne qui lui dispense un certain nombre d'affluents dont la Sung ai Chepir et la
Sungai Ketil. Elle reçoit aussi des rivières de la chaine de Kedah-Singgora qui la borde
sur sa rive droite.
Ce parcours nord-sud est interrompu au sud du Gunong Jerai. A cette latitude, la
rivière adopte un tracé est-ouest qui la conduit à se jeter rapidement dans le Détroit de
Malacca non sans de nombreux méandres justifiés par la faiblesse de l'altitude. Elle sert
de frontière, dans la dernière partie de son cours, au Kedah et au Seberang Perai
(ancienne Province Wellesley).
- La Sungai Merbok n'a que 29 km de long. Elle nait dans les médiocres
hauteurs de la chaine de Kedah-Singgora à la latitude du Gunong Jerai et son cours est
parallèle à celui de laSungai Muda sur toute sa longueur: d'abord nord-sud, il devient très
vite est-ouest dans la même plaine. La rivière, sur sa rive droite, reçoit de nombreux
affluents du massif du Gunong Jerai, parmi lesquels la Sungai Bujang qui a parfois donné
11son nom à la civilisation que nous allons étudier. Dans la dernière partie de son cours, et
sur sa rive gauche, les affluents sont aussi nombreux mais ils sont parfois communs aux
deux rivières qui ne sont séparées que par quelques kilomètres.
L'estuaire de la rivière est disproportionné par rapport à sa taille. Cette anomalie est
diversement expliquée. L'hypothèse la plus couramment formulée jusqu'à une date
relativement récente, fait de la Sungai Muda un affluent de la Sungai Merbok, mais l'idée
que cet "estuaire" n'était qu'une baie, à haute époque, a aussi été avancée.
Géologiquement parlant, l'histoire de cette région remonte aux premiers âges 1.
En effet, les matériaux qui constituent les deux chaînes de montagnes
précédentes, comme la plupart des autres dans la Péninsule, furent à l'origine constitués
par des dépôts successifs de sédiments au fond des mers qui commencèrent à se
constituer dès le Cambrien (ère Primaire). Ils furent ensuite plissés. L'essentiel du massif
du Gunong Jerai a cette origine. Ces roches anciennes se partagent:
- en schistes composés principalement de biotite et de muscovite associées à
d'autres minéraux secondaires,
- et en quartzites principalement constitués d'orthoquartzite à grains fins ou
moyens, en général micacés.
La distribution précise de ces matériaux n'est pas aisée à apprécier car ils se
recouvrent souvent. Ils constituent aujourd'hui les parties les plus accidentées du massif -
le pic du Gunong Jerai y est localisé - mais descendent jusqu'à une altitude de 30 m et
même de 15 m dans un périmètre de 5 à 10 km autour du pic.
Le dépôt de ces formations sédimentaires de l'ère Primaire fut soulevé en un dôme
elliptique par l'intrusion du noyau granitique qui constitue le cœur du massif du Gunong
Jerai. Cela se produisit à la fin de l'ère Secondaire (Jurassique-Grétacé) avec de possibles
prolongements au début de l'ère Tertiaire. Le granit a été surtout mis au jour sur les
pentes méridionales et occidentales par l'érosion de la couverture sédimentaire.
Postérieurement au Cambrien, mais toujours à l'époque de l'ère Primaire ancienne
(Silurien), la région localisée immédiatement à l'est et au sud-sud-est du massif du
Gunong Jerai fut l'objet d'une sédimentation entremêlant des strates de schiste argileux,
fréquemment ferrugineux et sujet à latérisation, de grès et de calcaire. C'est ce qu'on
appelle localement la "formation de Sungai Patani". Cet ensemble est aujourd'hui
constitué de molles collines, d'altitudes comprises entre 15 et 75 m, mais parfois plus
hautes, pouvant exceptionnellement atteindre 230 m dans la zone principale de
formation; on en trouve d'autres, isolées au nord et au sud du massif du Gunong Jerai,
qui, à l'ouest, deviennent des îles.
Enfin, la région est concernée par de très importants dépôts alluviaux quaternaires.
Ils appartiennent à deux types :
- Le premier correspond à des dépôts localisés immédiatement à l'est de Yan,
sur une surface réduite d'environ 6.5 km2. Ils forment une surface pauvre de gros galets
provenant des diverses formations géologiques qui constituent le massif du Gunong
Jerai. '
- Le second est plus étendu en superficie puisqu'il s'agit des alluvions
constituant la plaine côtière dont l'altitude n'excède pas 6 m; la formation de cette plaine
est récente - comme nous le signalerons encore - et fausse l'image qu'il faut se faire du
paysage du Sud Kedah à haute époque. Les alluvions qui la constituent ont pu être
subdivisées en cinq types:
* Les dépôts d'origine marine alignés plus ou moins parallèlement au tracé de la côte
actuelle.
* Les dépôts en provenance des eaux d'estuaire.
Les d'eau douce ou d'eau légèrement saumâtre.*
* Les dépôts de dépressions anciennement occupées par des lacs, des canaux de
drainage, des zones de marécages.
Les dépôts colluviaux localisés au pied des collines bordant la plaine côtière.*
L'épaisseur de ces dépôts est variable; elle est de 6 m près de Bedong, à environ 14.5
1 L'essentiel de notre propos est emprunté à Bradford E.F., Geology and mineraI resources of
the Gunong Jerai area, Kedah (District Memoir 13). Kuala Lumpur, 1972.242 p., maps. L'ouvrage
est assorti d'une carte géologique et d'une autre comportant des coupes géologiques au travers du
Gunong Jerai.
12km à l'intérieur, de 18 à 29 m près de l'estuaire de la Sungai Merbok.
Le niveau de la mer à l'ère Quaternaire a considérablement varié d'une époque à
l'autre passant de 120 m au-dessous de son niveau actuel, à au moins 6 mau-dessus.
Cela implique qu'à une époque l'ensemble de la plaine côtière fut recouvert par la mer.
Ces variations seraient en grande partie à l'origine des plages résiduelles qui
marquent le relief de la plaine cOtière. Appelées permatang en Malaysia, ces lignes de
terres hautes ont été le refuge des villages et des arbres fruitiers depuis des siècles dans
une plaine facilement inondée. De nombreuses théories sur la formation des plages
résiduelles ont vu le jour dans la littérature ayant trait à la géologie. Il est en général admis
que le sable qui les constitue a été modelé soit à terre, soit sur le plateau continental
submergé, mais le processus réel de formation demeure imparfaitement compris. Dans le
cas de la région qui nous occupe, les variations du niveau de la mer auraient peu
influencé le processus de formation qui refléterait une continuelle perte de sédiments à
l'intérieur des terres et leurs redéposition et remodelage ultérieurs sur la cOte. Les plus
anciennes de ces plages résiduelles sont tout de même liées aux variations du niveau de
la mer de l'Holocène (ère Quaternaire) mais la majorité d'entre elles s'est cependant
formée après. Au Sud Kedah on en trouve jusqu'à 13.7 km à l'intérieur des terres et de
nombreux sites archéologiques, au nord de la Sung ai Merbok, occupent des permatang
localisés à 8 ou 9 km de la cOte.
On verra que les constructeurs des monuments du Sud Kedah ont utilisé
diversement, mais toujours de manière opportuniste, les matériaux rendus disponibles
par cette longue histoire géologique.
Le climat de la région - qui a évidemment joué un rOle dans son évolution
géomorphologique, comme nous aurons l'occasion de le souligner dans la Ille partie - est
caractérisé par:
- de très hautes températures tout au long de l'année: 26 à 27°,
- un taux d'humidité élevé constant: 80 à 87%,
- des pluies abondantes qui subissent des variations liées au rythme des
moussons. Il y a une saison sèche marquée de décembre à février et un maximum de
pluie en octobre.
La mousson souffle du nord-est d'octobre à février et du sud-ouest de mai à
septembre. D'avril à novembre, d'occasionnels coups de vent peuvent apporter des
pluies de courte durée mais violentes.
La végétation naturelle qui correspond à ce climat est la forêt primaire. Elle a été fort
abîmée au cours des siècles et ne subsiste au Sud Kedah que sur certaines pentes du
Gunong Jerai transformées en réserves naturelles. La forêt secondaire s'y est substituée
sur les terres non cultivées. On dira combien ces forêts furent importantes dans
l'économie du Sud Kedah à haute époque par les ressources qu'elles offraient. Leurs
essences y étaient et y sont encore les plus nombreuses et les plus variées du monde et
on y trouvait en particulier une grande quantité de bois de charpente qui furent largement
utilisés dans la construction locale. A l'opposé, les rives des estuaires remontés par la
marée et les lignes de côtes toujours basses sont soulignées d'un ruban de mangrove.
Entre ces situations extrêmes, l'essentiel des terres cultivées est à présent consacré à la
culture du riz et aux plantations parmi lesquelles celles d'hévéas ont toujours la
prééminence; mais nous dirons aussi qu'il en fut tout autrement autrefois où les forêts,
primaire ou secondaire, occupaient des étendues bien plus considérables
qu'aujourd'hui.
13HISTORIQUE DES RECHERCHES AU SUD KEDAH
Les recherches archéologiques au Sud Kedah ont commencé au tournant des
années 1840 à l'instigation d'un officier britannique, le lieutenant-colonel James Low,
alors en charge dans l'fie de Penang; celle-ci était passée sous contrôle anglais depuis
1786, tout comme le territoire lui faisant face, la Province Wellesley (l'actuel Seberang
Perai), enlevé en 1800 au sultanat de Kedah pour garantir l'autonomie de l'fie. Intéressé
par les langues anciennes et modernes de l'Asie, l'histoire et l'archéologie, il publia, entre
1autres choses, une traduction annotée des Annales du Kedah et plusieurs courts
articles relatifs à des inscriptions anciennes qu'il découvrit dans la Province Wellesley et
au Kedah2.
Certains passages d'une note de sa traduction des Annales ont été cités à de
nombreuses reprises par divers auteurs qui écrivaient sur l'ancienne civilisation du Sud
Kedah. Il est vrai que ces passages donnent à penser, et cela d'autant plus que, fidèle à
une tradition qui était celle de son époque, le colonel est toujours beaucoup plus allusif
qu'explicatif. Ainsi, ayant fait une remarque sur ce qu'avaient été les problèmes de la
conversion des populations du Kedah à l'islam, il précise aussitôt après: «Les vestiges de
nombreux temples que j'ai découverts - étant amené à leur recherche d'abord
accidentellement par le fait d'avoir vu quelques briques perdues éparpillées en un endroit
de la forêt, et ensuite par le fait d'avoir lu les passages notés plus haut - lorsque
rapprochés des ruines de presque tous les forts et sites décrits dans cette histoire du
Kedda, aussi bien que trouvés par moi, sont si satisfaisants qu'ils vérifient les points
principaux de cette histoire...3
Ou encore: «J'ai découvert plusieurs inscriptions que je crois écrites en caractères
Palis ou Balis, gravées dans la pierre, mais j'ai peur qu'elles ne fournissent pas de dates.
Néanmoins, comme elles sont apparemment de graphies très anciennes quelques
lumières pourraient être jetées sur la période au cours de laquelle elles furent utilisées au
Kedda...4 Nous aurons l'occasion de revenir sur ces inscriptions.
On trouve encore dans ses notes ce passage plein de promesses: ccDurant mes
nombreuses expéditions dans la jungle, ici, j'ai découvert des reliques indéniables d'une
colonie hindoue avec des ruines de temples. Cette zone s'étend le long du talus du
1 Low J., «A translation of the Keddah Annals», JIAEA, III, 1, p. 1-23; 1I1,2, p. 90-101; III, 3, p.
162-181; III, 4, p. 253- 270; 111,6,p. 314-336; III, 7, p. 467-488, Singapore, 1849. Réimprimé en
1908 avec un grand souci du détail qui a conduit à reproduire jusqu'aux erreurs de numérotation
des derniers chapitres (il y a XV chapitres, mais deux chapitres XIV): Marong Mahawangsa, The
Keddah Annals, translated from the malay by lieutenant-colonel James Low, C.M.R.A.S. &
M.A.S.B. Reprinted under the auspices of the Committee of the VajiraflafJaNational Library from
the Journal of the Indian Archipelago and Eastern Asia. Vol. 1/1.Bangkok, 1908. 195p.
2 Dans le Journal of the Asiatic Society of Bengale (Calcutta) en 1848 et 1849. Des précisions
sur ces articles seront données ultérieurement.
3 Low J., The Keddah Annals..., (1908), op. cit., note 18, p. 180-184, cf. p. 181 et JIAEA, 111,7,
1à49, op. cit., note 18, p. 480-483.
4 Ibidem,p. 182.
15Jerrei, la montagne du Kedda. En plus de l'emblème Sivaïte, j'ai découvert plusieurs
pièces de monnaie de cuivre. Mes recherches ont été inévitablement lentes en raison de
l'état presque impénétrable des forêts, en raison aussi des contraintes imposées à moi
par la propension des naturels au mensonge et à l'exagération ainsi que de la jalousie
absurde et fâcheuse de leurs maîtres au-delà de notre frontière. Comme je ne peux pas
ici entrer dans une discussion sur l'ancienne religion de cette partie du continent,
j'observerai seulement que mes recherches ont clairement prouvé que le peuple adorait
Buddha et en même temps Siva, et peut-être, quelques autres déités hindoues mais que
ces dernières classes de dieux paraissent avoir prédominé à la fin, leur progrès allant
peut-être de pair avec le graduel succès des hindouistes en Inde, dans leur rivalité avec
les bouddhistes...5
Enfin, une dernière notation donne des regrets aux archéologues un peu frustrés
que nous sommes aujourd'hui, confrontés à la rareté des témoignages sculpturaux du
Sud Kedah: «Bien que le Sheikh Abdulla ait persuadé le Raja de détruire ses idoles, dont
j'ai eu la preuve dans les images mutilées que j'ai découvertes, elles n'étaient pas toutes
détruites cent quarante-huit ans après cet événement [allusion à la période de temps qui
s'écoula, selon ses informations, entre l'arrivée du Sheikh, en 1501, et celle d'un second
évangélisateur nommé Johan Pulawan, en 1649, selon ses appréciations]. L'or et l'argent
des idoles furent sans doute convertis en pièces et en lingots. ..6
Il faut ensuite attendre l'extrême fin du siècle pour que l'intérêt porté aux vestiges
archéologiques du Sud Kedah soit quelque peu réveillé par une découverte fortuite au
sommet du Gunong Jerai. Elle fut le fait de deux ingénieurs du service du Perak
Trigonometrical Survey que leur travail conduisit au sommet de ce point culminant de la
région en février 1894. Nous aurons "occasion de discuter abondamment les remarques
qu'ils firent en étudiant le site archéologique qu'ils découvrirent (NB1 (9w»; en effet, ils
rédigèrent chacun deux brefs rapports qui furent publiés onze ans plus tard7.
Par la suite, en 1921, un ethnologue des Federated Malay State Museums, I.H.N.
Evans, entreprit de nouvelles recherches archéologiques au Sud Kedah. Se souvenant
des rapports des deux ingénieurs Irby et Lefroy, il tenta de retrouver les vestiges
découverts presque trente ans plus tôt au sommet du Gunong Jerai et nous a laissé de
son expédition un rapport publié qui est le dernier dont on pUisse faire état pour ce site
aujourd'hui totalement disparu8; nous y reviendrons.
A cette même date, revenant du Gunong Jerai, il fut informé que des vestiges
archéologiques avaient été découverts dans une grande plantation d'hévéas, la Sungai
Batu Estate, localisée immédiatement au pied du massif montagneux, au nord de la
Sungai Merbok; il s'y rendit et fit brièvement état de cette visite dans l'article cité à la note
précédente9. Cependant, il fut amené à revenir dans cette plantation au cours des
années suivantes et, en 1925, il Y fouilla un site et repéra quelques autres vestiges aux
alentours 10. Par la suite, il poursuivit ses investigations archéologiques non seulement
au Kedah mais aussi au Perlis, au Perak, au Pahang et au Seberang Perai (ancienne
Province Wellesley jusqu'au début des années 1930). Il en a publié quelques rapports
dont notre bibliographie fait état.
Le grand tournant pour les recherches archéologiques au Sud Kedah fut le fait de a.
Wales et de sa femme D. Wales en 1936-37. A cette époque, et pendant quatorze mois, il
repérèrent 30 sites archéologiques potentiels au Sud Kedah et en fouillèrent un bon
5 Low J., The Keddah Annals..., (1908), op. cit.. p. 182, 183.
6 Ibidem. p. 184.
7 Lefroy G.A., «A short account of some "ancient remains" found on Gunong Jerai, Kedah (with
one plan)>>, JFMSM. 1,3.1905, p. 76-79.
Irby FW., «The ruins on Gunong Jerai, Kedah», JFMSM, 1,3,1905, p. 79-81
8 Evans I.H.N.. «On the ancient structures on Kedah Peak», JFMSM, IX, 4, 1922, p. 251-256,
PI. XXI, XXII 1. XXIII. Reprinted in: Papers on the ethnology and archeology of the Malay
Peninsula. Cambridge, University Press, 1927. Chap. XIX, p. 105-111, PI. XVII-XIX.
9 Ibidem, p. 255-256. PI. XXII 2.
10 Evans I.H.N.. «Results of an expedition to Kedah». JFMSJ, XII, 3,1926, p. 73-82, PI. XIII-XX,
plan. Republié dans Papers on the ethnology (1927), op. cit.. chap. XX, p. 113-121. PI.
XXXXVII.
16nombre. Le résultat de cette activité fut un rapport qui est toujours, en dépit de ses
nombreuses imperfections, le plus important et le plus complet qui ait été publié sur
l'ensemble de cette question 11. Nous y ferons de nombreuses références au cours de
cette étude car nombre des sites dont il y est question ont irrémédiablement disparu
depuis. Le vif intérêt de ce chercheur pour cette région était en grande partie lié à
quelques-unes des idées mattresses qui guidèrent ses recherches et ses travaux tout au
long de sa vie. L'une d'elles impliquait que la Péninsule Malaise avait fait l'objet d'une
colonisation venue de l'Inde dans certaines de ses parties, colonisation qui avait
déterminé la création de petits royaumes indiens qui servirent de relais à l'expansion de la
civilisation indienne vers l'est. Dès 1934, il s'était appliqué à démontrer le bien fondé de
sa théorie par des recherches qui le conduisirent à cette date dans la région de Takuapa
puis, au travers de la Péninsule, à la recherche d'une des routes transpéninsulaires dont il
jugeait essentiel pour sa théorie de retrouver le tracé 12. Sans doute intéressé par les
rapports de I. H. N. Evans sur le Sud Kedah, il fit donc de cette région un de ses domaines
de recherche privilégiés à partir de 1936.
D.Wales reprit des fouilles dans cette région en 1941 dont a. Wales précise qu'il put
les visiter en dépit de son engagement militaire à cette date; l'article qui en fait état et qui
est conçu comme une suite à celui de 1940 dans le JMBRAS, est donc signé de leurs
deux noms 13. Ces fouilles ou ces recherches sur le terrain concernèrent pour l'essentiel
un certain nombre de nouveaux sites. notamment au sud de la Sungai Muda, au
Seberang Perai, dans l'ancienne Province Wellesley.
Ce n'est que quinze ans plus tard que l'exploration archéologique reprit au Sud
Kedah à l'initiative de certains membres de l'University of Malaya Archaeological Society.
C'est ainsi qu'en décembre et janvier 1955-56 M. Sullivan revisita préliminairement les
sites de la vallée de la Sungai Sujang et ceux localisés au sud de J'estuaire de la Sungai
Merbok 14. Au terme de cette première campagne de repérage, une autre fut décidée
pour le mois de juillet 1956: neuf membres de l'Archaeo/ogical Society sous la direction
de K.C. Tregonning et de P. F. de Jong réexaminèrent la région au sud de la Sungai
Merbok avec pour mission de suivre les indications fournies par le précédent repérage et
de glaner de nouvelles informations; il en résulta des recommandations particulières pour
huit sites dont deux firent l'objet de fouilles l'année suivante15.
Ces fouilles furent réalisées sous la direction de M. Sullivan en juin 1957; A. Lamb
dirigeait l'une des deux équipes qui fut constituée à des fins de nouveaux repérages de
sites et sillonna la région jusqu'au Gunong Jerai, mais il prit aussi part aux fouilles qui
intéressèrent quatre sites localisés entre la Sungai Merbok et la Sungai Muda: Matang
Pasir,Tikam Satu, Sukit Satu Lintang et Kota Aur16.
A. Lamb revint au Sud Kedah à plusieurs reprises au cours des mois suivants, seul ou
accompagné par des membres de l'University of Malaya Archaeological Society. Il
s'intéressa surtout au site a de a. Wales (SMK 1 (aw)), qui fut dégagé, et dont
l'importance put être appréciée 17.
11 Wales a., «Archaeological researches on ancient indian colonization in Malaya», JMBRAS,
XVIII, 1, 1940,85 p., 15 Fig., 89 PI.
12 Wales a., «A newly-explored route of ancient indian cultural expansion», IAL, IX, 1, 1935, p.
1-31, PI. Ces recherches furent reprises dans un ouvrage d'ensemble deux ans plus tard: Towards
Angkor. In the footsteps of the indian invaders. London, Harrap, 1937.248 p. Cf. Chap. III: «Takola
mart», p. 38-50.
13 Wales D. & Wales a., «Further work on indian sites in Malaya», JMBRAS, XX, 1,1947, p. 1-11,
4 Fig., 2 PI.
14 Sullivan M., «Excavation in Kedah and Province Wellesley, 1957», JMBRAS, XXXI, 1, 1958, p.
188-219. Cf. p. 191.
15 Ibidem, p. 191, 192 et
Foong See Tonn, «The University of Malaya Archaeological Society's survey of the Kuala
Muda area (South Kedah), in July 1958», JMBRAS, XXXII, 1, 1959, p. 209-213.
16 Sullivan M., «Excavation in Kedah...», 1958, op. cit, p. 188-219.
17 Lamb A., «Recent archaeological work in Kedah, 1958», JMBRAS, XXXII, 1, 1959, p. 214-232.
17Un autre repérage de sites eut lieu en mai 1958, encore à l'instigation de l'University
of Malaya Archaeological Society, il s'intéressa surtout, cette fois, à la vallée de la Sungai
Bujang et aux villages situés immédiatement au sud et à l'ouest du village de Merbok 18.
A. Lamb revint à nouveau sur les sites du Sud Kedah au cours de cette année 1958
et en 1959, accompagné, en avril de cette dernière année, par B.P. Groslier, puis en août
et en novembre par des étudiants de l'University of MaJaya19.
C'est lors de la visite de B.P. Groslier que fut prise la décision, sous les auspices du
Federation of Malaya Museums Department et la direction de A. Lamb, de procéder à la
reconstruction du site SMK 1 (8w), autrement dit du Candi Bukit Batu Pahat. Cette
première anastylose jamais tentée en Malaysia débuta en juillet 1959 et bénéficia de l'aide
et surtout des conseils apportés par un représentant de la Conservation d'Angkor,
L. Contant20. L'opération était pratiquement terminée à la fin de l'année. Cette première
reconstruction d'un édifice ancien ruiné est restée célèbre dans les annales de
l'archéologie en Malaysia parce qu'il s'agissait d'une première mais aussi parce qu'elle
donna lieu, de la part d'A. Lamb, à un rapport circonstancié qui fut immédiatement
publié21 et dont la valeur scientifique n'a jamais été égalée.
A. Lamb n'en resta pas là et, passionné par son sujet, donna dans les mois qui
suivirent toute une série d'articles dans lesquels il précisait son point de vue sur la
structure qu'il avait fouillée et élargissait également les problèmes posés par ses
nouvelles recherches à une zone d'influence incluant le Sud de la Thaïlande et Sumatra.
Il procéda en effet, durant le premier semestre de l'année 1961 à de nouvelles fouilles,
notamment à Kampong Pengkalan Bujang dont il fut le premier à comprendre qu'il
correspondait à un type de localisation archéologique - celui d'un ancien port-entrepôt -
différent de celui des temples qui avaient jusque-là mobilisé l'attention22. Dans les
années qui suivirent, il donna quelques articles importants, auxquels nous nous
référerons, qui confirment l'appréciation que l'on doit avoir de la civilisation du Sud
Kedah; les orientations de travail qu'il y proposait ont servi de base à presque toutes les
recherches de ces dernières années sur cette question.
Après cette période d'intense activité archéologique dans la région, une accalmie
survint jusqu'en 1968. A cette date, l'Archaeological Research Unit of the University of
Malaya, en collaboration avec le Muzium Negara de Kuala Lumpur détermina de nouvelles
fouilles archéologiques au Sud Kedah. Elles furent menées sous la direction de B.A.V.
Peacock, alors professeur à l'University of Malaya, aidé de M. Kua. De nouveaux
repérages des sites eurent lieu et, en novembre et décembre 1968, il fut procédé à une
reprise de la fouille du site 16 de Q. Wales (SB 4 (16w))23 qui devait être reconstruit, en
1973, à proximité du Candi Bukit Batu Pahat; c'était la seconde opération d'anastylose à
laquelle on procédait en Malaysia.
Au cours des années qui SUivirent d'autres opérations du même genre furent
conduites avec des bonheurs divers: le site SB 10 (11/3w) fut rétabli in situ en 1973, les
sites SB 8 (5w) et PB 2 (19w) en 1974, in situ également24; les sites PB 4 et 5 (21 et
22w) subirent le même sort en 1976: le premier fut rétabli à proximité du Candi Bukit Batu
18 Wang Gungwu, «The University of Malaya Archaeological Society's survey of Central Kedah,
in May 1958», JMBRAS, XXXI, 1,1958, p. 220-223.
19 Lamb A., «Some notes on the distribution of indianised sites in Kedah», JSSS, XV, 2, 1959, p.
99-111, 16 PI., 2 Fig., 1 map.
20 Ibidem, p. 99.
21 Lamb A., «Report on the excavation and reconstruction of Chandi Bukit Satu Pahat, Central
Kedah», FMJ, V, 1960, X + 108 p., 40 Fig., 179 PI. Le texte fut aussi publié la même année à
Singapour: Chandi Bukit Batu Pahat, Monographs on Southeast Asian Subjects, 1, Singapore,N°
Eastem Universties Press, 1960. Il a été réimprimé depuis: Reprint N° 1 du Museums Department,
Kuala Lumpur, 1982.
22 Lamb A., «Miscellaneous papers on early hindu and buddhist settlement in Northern Malaya
and Southern Thailand», FM J, VI, 1961, IV- 90 p., 23 Fig., 117 PI.
23 Peacock B.A.V., «New light on the ancient settlement of Kedah and Province Wellesley», MIH,
XIII, 2, Dec. 1970, p. 20-27. Cf. p. 23. Reprinted in: Lembah Bujang. The Bujang Valley. Kuala
Lumpur, Persatuan Se jar ah Malaysia, 1980. p. 82-88.
24 Les dates fournies par les Malais pour ces opérations qui ne firent pas l'objet de rapports sont
variables, bien qu'appartenant toutes au début des années 1970.
18Pahat, le second in sitU;le site SB 1 (17w) fut fouillé en 1977 mais hélas non reconstruit
en dépit de son originalité; enfin, le site SB 7 (SOm), découvert au début des années
1970 commença à être fouillé dès 1974 mais la fouille fut interrompue et ne reprit qu'en
1976 pour ne s'achever qu'en 1981, date à partir de laquelle il fut reconstruit à proximité
du Candi Bukit Batu Pahat. Toutes ces opérations furent essentiellement le fait du
Muzium Negara de Kuala Lumpur. On est obligé de déplorer qu'aucune de ces
opérations n'ait fait l'objet du moindre rapport. Le seul dont on puisse parler au cours de
ces années n'est pas lié à une structure de temple mais au site de l'ancien port-entrepôt
de Kampong Pengkalan Bujang repéré et partiellement fouillé par A. Lamb en 1961; en
1971, en effet, Leong Sau Heng s'intéressa à nouveau à ce site archéologique important
et y effectua des fouilles dont elle tira la substance d'un travail important sur les
céramiques locales et d'importation25.
C'est en 1980 que fut inauguré le Muzium Arkeologi de Merbok sur un site voisin du
Candi Bukit Batu Pahat et des autres temples reconstruits, désormais intégrés dans un
parc archéologique. Le musée abrite maintenant presque toutes les pièces
archéologiques qui ont été découvertes en relation avec la civilisation du Sud Kedah, à
l'exception de celles qui furent envoyées avant la guerre à Singapour par Q. Wales et qui
sont maintenant conservées au Musée de cette ville.
Le tout début des années 1980 est aussi marqué au Sud Kedah par la découverte
fortuite, entre la Sungai Merbok et la Sungai Muda, d'une nouvelle zone archéologique
déterminante dans la compréhension de la civilisation de cette région, celle de Kampong
Sungai Mas. Cette zone se révéla à plus d'un égard similaire à celle de
Pengkalan Bujang, mais antérieure à elle. Très vite de nouveaux sites purent être
localisés dans ses environs et Nik Hassan Shuhaimi y procéda à une fouille en 1981.
C'est aussi dans les premiers mois de 1980 que J. Allen, de l'University of Hawaii,
réalisa au Sud Kedah un repérage archéologique important qui constitua la matière de sa
thèse de doctorat26.
En 1985, l'ASEAN organisa une session au Sud Kedah qui donna lieu à une fouille
sur un site de Kampong Sungai Mas. Cette fouille n'a pas, hélas, été aussi productive
qu'on avait pu l'espérer mais elle a contribué à mettre l'accent sur l'importance qu'il
convenait de donner à cette nouvelle zone de recherche27.
A partir de 1985 et jusqu'en 1988, le Muzium Arkeologi, grâce à l'assistance technique
et manuelle de l'Universiti Kebangsaan concrétisée en la personne d'un de ses
professeurs, Nik Hassan Shuhaimi, accompagné de ses étudiants, procéda à l'ouverture
d'un nouveau chantier correspondant à la possible localisation du site 23 de Q. Wales (PB
6). La fouille était loin d'être achevée lorsqu'elle fut reprise en 1991 grâce à une
collaboration française, représentée par nous-même, aidé de Nik Hassan Shuhaimi qui
est aujourd'hui en Malaysia le chercheur de rang universitaire le plus concerné par les
recherches sur la civilisation du Sud Kedah. Depuis une quinzaine d'années il multiplie
les interventions sur le terrain (nous les préciserons lors de notre examen ponctuel des
sites) et les articles sur le sujet. Sa thèse28 traite, en partie, de cette question; il en a
extrait la substance d'un ouvrage de grand intérêt sur la civilisation du Sud Kedah
proprement dite29.
25 Leong Sau Heng, A study of ceramic deposits from PengkaJan Bujang, Kuala Lumpur,
University of Malaya, MA thesis, 1973.261 p. dactylographiées, XXVI Pl., 24 Fig.
26 Allen J., Trade, transportation and tributaries: exchange, agriculture and settlement
distribution in early historic-period Kedah, Malaysia. University of Hawaii, Ph. D, 1988. 820 p.,
maps.
27 Archaeological excavation and conservation, Bujang Valley, Kedah, Malaysia, 1985. Compte
rendu dactylographié d'une session de l'ASEAN au Sud Kedah du 4 au 27 octobre 1985. 247 p., 33
Fig., 29 PI.
28 Nik Hassan Shuhaimi, Art, archaeology and the early kingdoms in the Malay Peninsula and
Sumatra: c. 400-1400 A.D., University of London, School of Oriental and African Studies, Ph. D.,
May 1984. 613 p. dactylographiées (PI. comprises).
29 Nik Hassan Shuhaimi & Othman Mohd. Yatim, Antiquities of Bujang Valley. Kuala Lumpur,
Museum Association of Malaysia, 1990. 115 p., 41 Pl., 13 Fig., 1 map.
19NB 1 (9w)
l Gunong Jerai NB 2 (1W)
(1217 m)
5° 45'
Détroit
de
Malacca
SMM 2 (26w).
5° 35'
UM 1 (24w).
SMM 11. .
SMM 12 (40m). SMM 10 (38m).
SMM 9 (39m)
o 2km
I I
PB : Zone de Pengkalan Bujang NB : Zone au Nord de la BujangI\::~.::.::::.::~::~Zones de ports-entrepôts
SB : Zone de la Sungai Bujang SMM : Zone entre Merbok et Mudaw: Numéro de Q. Wales (1940)
m : du Muzium Arkeologi SMK : Zone de la Sungai Merbok Kechil UM : Zone en amont de la Muda
Doc. 2. Les sites archéologiques du Sud Kedah.lA SITUATION ARCHEOLOGIQUE ACTUEllE
AU SUD KEDAH
Nous avons vu précédemment ce qu'avaient été les recherches au Sud Kedah
depuis le XIXe siècle. On retire de ce constat l'impression que beaucoup de choses y ont
été faites. On peut même dire que de toutes les régions de l'Asie du Sud-Est maritime
concernées par le type de civilisation que nous allons décrire, la région du Sud Kedah est
certainement celle que l'on connaît le mieux aujourd'hui grâce à ces recherches. De
nombreuses fouilles y ont été réalisées depuis un demi-siècle, des études élaborées,
des classements tentés. Néanmoins, de l'aveu même des archéologues malais que nous
avons rencontrés en arrivant en Malaysia, il restait et reste encore beaucoup à faire sur
tous les plans. En effet, les études archéologiques sur cette région ayant été conduites
par à coups et sans plan d'ensemble, il manquait toujours un inventaire complet des
objets archéologiques découverts - base nécessaire à une réflexion sur cette civilisation -
une carte raisonnée des sites et une étude prenant en compte l'ensemble des témoins
découverts 1.
Le travail d'inventaire ne nous paraissait pas relever de notre emploi, d'autant qu'il est
annoncé comme en voie de réalisation, mais le second, visant à établir une carte des
sites, nous semblait indispensable pour nous permettre de raisonner sur un réseau
archéologique sûrement établi. C'est donc bien volontiers que nous avons agréé le
principe d'une nouvelle relocalisation suivie d'une nouvelle numérotation des sites, que
nous proposèrent nos collègues malais, comme préalable à l'étude de synthèse que
nous projetions (Doc. 2).
Ce travail a débuté par l'établissement d'un certain nombre de définitions. En effet, la
situation que nous avons trouvée, et que nous connaissions, multipliait les numéros qui
recouvraient aussi bien une structure architecturale que le lieu d'une trouvaille
archéologique particulière.
La carte du Muzium Arkeologi de Merbok (Kedah) inventoriait 52 "sites" qui
comprenaient:
les 31 numérotés par a. Wales dans ses rapports de mission publiés en 1940 et
1947 dans le JMBRAS. auxquels s'en ajoutaient 21, correspondant à:
- d'autres fouilles des Wales en 1941 au sud de la Sungai Muda (JMBRAS 1947),
à des fouilles plus tardives de M. Sullivan en 1957 (JMBRAS, 1958),
à d'autres plus récentes effectuées par le Muzium Nagara.
à des lieux de trouvailles particulières et à des sites supposés.
De son côté le travail extrêmement intéressant et riche d'enseignements de J. Allen2
inventoriait 87 "sites" qui comprenaient:
les 31 premiers numéros établis par a. Wales,
1 Le livre récent de Nik Hassan Shuhaimi & Othman Mohd. Yatim (Antiquities of..., (1990), op.
cit.), si intéressant soit-il, ne fait pas référence à l'ensemble de la documentation disponible.
2 Allen J., Trade, transportation... (1988), op. cit.
21les n° 49 et 50 du Muzium.
A ces 33 sites s'en ajoutaient 54 autres parmi lesquels on trouvait des numéros
correspondant aux fouilles de M. Sullivan et une quantité d'autres désignant:
- des lieux de structures possibles attestées par des matériaux de construction
éparpillés, aussi bien que:
- des endroits où une fouille stratigraphique avait eu lieu, ou encore:
- des concentrations de tessons de céramique ou de verre,
- des pierres significatives isolées etc.
Cependant, tous les sites localisés au sud de la Sung ai Muda étaient ignorés.
Il nous a donc paru nécessaire de mettre de l'ordre dans tout cela. Préalablement,
nous avons défini ce que nous entendions par site, pour faire la distinction avec les
lieux d'anciens ports-entrepôts, et ceux de trouvailles archéologiques
isolées.
* Un site a été défini comme un lieu marqué par les vestiges d'une structure bien
avérée bâtie en matériaux durs - briques, galets de rivière, pierres façonnées de latérite,
de granit ou de schiste - appartenant à une époque antérieure au Xlve-XVe siècle, date
extrême au-delà de laquelle le type de civilisation de port-entrepôt que nous allons
caractériser disparaît du Sud Kedah.
Nous verrons que pour la plupart des numéros, site et structure se confondent mais
il est cependant un certain nombre d'exemples pour lesquels la structure n'est que
l'élément principal du site.
* Un lieu d'ancien Dort-entreDôt correspond à de fortes concentrations, en
surface et en profondeur, de tessons de céramiques (originaires de la Chine, du
MoyenOrient, des pays de l'Asie du Sud-Est, ou de fabrication locale), de tessons de verre
moyen-oriental et, parfois, à des zones comportant des matériaux durs éparpillés ou
concentrés en certains points précis, ayant sans doute appartenu à des structures
disparues; il arrive, cependant, que ce type de lieu comprenne aussi des
reconnues, donc des sites.
* Un lieu de trouvaille archéologiaue isolée correspond à la découverte en
général fortuite d'un objet particulier qui peut être une statue ou une statuette, une
céramique, une inscription, une tablette votive etc.
Il fut également établi que le repérage des sites sur le terrain se ferait avec le souci de
les regrouper par zones distinctes qui seraient affectées d'un sigle auquel s'ajouterait un
numéro suivi de l'indication, entre parenthèses, de l'ancien numéro porté par le site.
Un tel travail de renumérotation, parallèle donc à la relocalisation envisagée,
permettrait, lors de nouveaux repérages, d'attribuer à un nouveau site un numéro proche
de ceux déjà donnés à ses voisins. Jusqu'à présent, en effet, lorsqu'un site était
découvert on lui attribuait un numéro qui se trouvait parfois assez difficilement localisable
sur la carte parce que sans relation avec ses voisins. Par exemple le n° 8 voisinait avec le
n° 49, le 50 avec le 5 etc. Le repérage s'est donc effectué avec l'idée qu'il faudrait définir
des zones de concentration précises des sites. Nous avions, bien sûr, quelques idées
préconçues sur la question qui ont été affinées au cours du travail de relocalisation. Il va
sans dire que la définition de ces zones ne préjuge en rien de la nature précise et de la
contemporaneité des sites qu'elles renferment.
Enfin il fut aussi décidé que nous ne numéroterions que des sites patents, attestés
par conséquent par des ruines de murs et la présence de matériaux de construction durs
en quantité suffisante. Cela nous a conduit à négliger comme insuffisamment probantes
des concentrations de briques ou d'autres matériaux attestées par d'autres chercheurs
avant nous, notamment par J. Allen, aujourd'hui difficilement repérables ou pas
repérables du tout, qui n'auraient pu se voir éventuellement attribuer le nom de "site"
qu'après une série de dégagements et de sondages positifs qu'il n'était pas possible
d'effectuer dans le cadre du projet. Cela laisse néanmoins ouverte la possiblilité d'ajouter
des numéros à ceux que nous avons établis, à l'intérieur des zones que nous avons
définies.
Nous n'avons retenu que 40 sites et donc créé 40 numéros nouveaux, auxquels
s'ajoutent 4 lieux d'anciens ports-entrepôts qui ne sont affectés que du nom du village
22(kampong) dans lequel ils se trouvent. Les lieux de trouvailles archéologiques isolées,
quant à eux, n'ont jamais été associés à un numéro. Les sites ont été regroupés en 6
zones: 4 sont importantes et significatives, les 2 dernières ayant été seulement définies
pour regrouper entre eux des sites quelque peu isolés des autres.
Il est apparu, au long de ce travail, que nombre des sites repérés ou fouillés avant
nous avaient irrémédiablement disparu ou n'étaient plus attestés par des matériaux durs
éparpillés sur le sol. Néanmoins, lorsque le site fut l'objet d'un rapport publié, même
succinct, nous n'avons pas cru devoir l'ignorer et lui avons conservé un numéro. C'est le
cas, hélas trop fréquent, de quantité de sites repérés et fouillés plus ou moins
exhaustivement par les Wales avant et pendant la seconde guerre mondiale. C'est aussi
le cas de localisations proposées voici quelque onze ans par J. Allen et que nous n'avons
plus retrouvées parce qu'elles avaient été détruites par l'accélération de la mécanisation
au Sud Kedah.
Précisons que les sites ont été relocalisés sur les feuilles du cadastre. On trouvera
en annexe toutes les indications concernant les numéros des feuilles et les numéros des
lots sur lesquels ils se trouvent.
I. Notre zone favorite de concentration de sites, sans doute parce qu'elle est très
homogène et facilement appréhendée sur le terrain, est celle qui correspond au
Kampong Pengkalan Bujang. Nous l'avons dotée de l'abréviation P.B. Q. Wales y avait
repéré et parfois fouillé six structures architecturales en 1936-37 (18 à 23). En 1961, A.
Lamb y fouilla ce qui lui apparut très vite comme un ancien lieu de port-entrepôt qui fut
réexaminé au début des années 1970 par Leong Sau heng. Durant ces mêmes années
1970, le Muzium Negara y fouilla et y reconstruisit deux structures repérées par Wales (19
et 22); une troisième, également fouillée (21), fut rétablie dans le parc archéologique du
Muzium Arkeologi. En 1979-80, J. Allen revint sur les lieux et ajouta aux numéros de Q.
Wales un certain nombre d'autres correspondant aussi bien à des structures supposées
qu'à d'anciens lieux de fouilles ou à des concentrations de tessons ou de briques
autrefois localisées par A. Lamb. De 1985 à 1988, quatre campagnes de fouilles
d'environ deux semaines chacune conduisirent à commencer le dégagement de la
structure numérotée 23 par Q. Wales. Cette fouille a été reprise en 1991 et constitue la
seconde partie du travail que nous avons entrepris en Malaysia en collaboration avec nos
collègues archéologues du Muzium Negara, du Muzium Arkeologi et de l'Universiti
Kebangsaan.
Nous avons choisi de renuméroter les sites dans le même ordre que Q. Wales.
* PB 1 (18w)3 : c'est le site 18 de Wales. qu'il fouilla assez extensivement. Il a
aujourd'hui totalement disparu et on ne repère plus sur ce qui fut son lieu d'implantation
que quelques briques brisées, manifestement anciennes, mais totalement et
irrévocablement perturbées dans leur ordonnance par un nivellement de toute la zone.
Cependant, étant donné le bref rapport de Q. Wales, assorti de photographies et d'un
plan, nous avons conservé un numéro à ce site.
* PB 2 (19w) : c'est le site 19 de Q. Wales relativement bien fouillé par lui; il en a
donné, comme pour le précédent, un bref compte rendu, des photographies et un plan.
Bien qu'il eût souffert de déprédations de la part des villageois depuis le temps de Wales,
le Muzium Negara décida de reprendre sa fouille en 1974 et la fit suivre d'une anastylose
de l'édifice tel qu'il fut mis au jour, cela in situ
* PB 3 (20w) : C'est le site 20 de Q. Wales qu'il ne fouilla pas vraiment; il se
contenta d'y faire quelques sondages et il n'a donné de ce qui en résulta qu'un très bref
compte rendu. Néanmoins, il ne fait pas de doute qu'une structure existait bien là,
localisée sur une légère hauteur qui depuis lors a été nivelée par les villageois toujours
désireux d'agrandir leurs champs au détriment de ce qui ne présente à leurs yeux aucun
intérêt; les nouveaux instruments de la mécanisation agricole rendent ce travail
extrêmement facile. Le site n'est donc plus attesté que par un éparpillement de briques
anciennes brisées dont aucune n'est plus in situ.
Il n'y a pas de confusion possible à propos de ces trois sites anciens de Q. Wales. Il
n'en est pas de même pour les trois derniers auxquels il ne consacra que quelques lignes
3 Comme il a été déjà indiqué, l'ancienne numérotation a été conservée entre parenthèses. La
lettre signifie a. Wales (numéro donné par a. Wales); la lettre "m" se substitue parfois au et"w" "w"
signifie Muzium (numéro donné par le Muzium Arkeologl).
23dans son rapport de 1940. En effet, les sites qui depuis lors ont été reconnus sous les
numéros 21, 22, 23 ne correspondent sans doute pas à ses localisations initiales..
PB 4 (21w) : Un site 21 a été fouillé après relocalisation en 1976 et a fait l'objet
d'une anastylose après transport dans le parc du Muzium Arkeologi..
PB 5 (22w) : Le numéro 22, que Q. Wales décrit encore moins que le
précédent, a été associé lors de la relocalisationdu Muzium Negara à une structure liée
de très près au site 21; elle fut fouillée conjointement avec elle et fit l'objet d'une
anastylose, in situ cette fois. La logique de l'opération qui consista à dissocier deux
structures très évidemment complémentaires nous échappe tout à fait.. PB 6 (23w) : Le numéro 23de Q. Wales, dont il ne dit pratiquement rien, faisait
l'objet d'une fouille depuis 1985 qui fut reprise en 1991. Sur l'une de ses cartes4, en
1980, J. Allenle localise à quelques mètres au nord du site 21/22. Cette localisationest
de fait celle d'un autre site possible qui se signalait récemment encore par quelques
briques éparpillées et par une légère hauteur qui subsiste. Ilfaillitêtre fouilléà l'occasion
de la fouillede l'ASEANen 1985 qui luipréféra finalement un site de Kampong Sungai
Mas (SMM 3 (33m)).
J. Allen, lors de son travail en 1979-80, repéra aussi dans ce même kampong un
autre site possible, dans le sens que nous donnons à ce terme, auquel elle donna le
numéro 79; elle le décrit en ces termes: «concentration de briques d'argile partiellement
enterrées (ayant plus de 17 cm de long, 6 cm d'épaisseur et dont la largeur n'était pas
visible) localisée près de la bordure est du permatang sous un vaste tamarin (asam;
Tamarindus indica) et la belukar [forêt secondaire]. La fonction du site, ajoute-t-elle, ses
dimensions et son état de conservation, sont impossibles à établir sans l'établissement
de sondages sous la surface du sol...5 Nous avons tenté de relocaliser ce site plus de
onze ans après le passage de J. Allen et y sommes parvenu grâce à l'aide d'une
villageoise qui se souvenait y avoir vu des briques; il n'yen avait plus trace et nous
n'aurions jamais pu le repérer, en dépit de la petite carte que J. Allen lui associe dans son
travail, parce que le seul repère de cette carte était un arbre dont ilne restait plus qu'une
souche en voie de disparition complète. Quoi qu'il en soit, ce lieu reste une possible
localisation mais nous ne voulons pas l'inclure dans notre nouvelle numérotation qui ne
prend en compte, comme nous l'avons déjà souligné, que les sites patents ne
nécessitant pas, pour être attestés, toute une série de sondages dont la mise en place
ne pouvait se concevoir dans l'optique du projet et dans le temps qui lui était imparti. Si,
dans la suite des recherches dans la région, une structure y est effectivement
découverteilsera toujours possible de lui adjoindreun numéro (PB 7 par exemple) qui
restera en corrélation étroite avec les numéros précédents.
6 sites au total existent dans la zone de Pengkalan Bujang :
- 2 ont disparu (PB 1 et 3 (18 et 2Ow)),
- 3 ont été fouillés et reconstruits (in situ (PB 2 et 5 (19 et 22w)) ou dans le parc du
Muzium Arkeo/ogi(PB 4 (21w)),
1 a été fouillé et n'a pas fait l'objet, pour l'instant, d'une anastylose (PB 6 (23w)).
Il. La zone la plus densément occupée sur le plan des vestiges archéologiques,
cellequipossède aussi le plusgrand nombrede sites, est cellequia parfoisdonné son
nom à cette civilisation du Sud Kedah, à savoir la vallée de la Bujang dans son cours
moyen, immédiatement au nord du KampongPengkalan Bujang.C'est au longdes rives
de cette vallée que Q. Wales localisa ses sites les plus importants en 1936-37. Nous
avons convenu de l'appeler seulement du nom de la rivière: Sungai Bujang, SB en
abréviation. Les sites y ont été renumérotés en allant du sud vers le nord, cela pour une
raison très simple: si dans l'avenir d'autres sites sont localisés au long de cette vallée ce
ne pourra être à notre avis que dans sa partie nord, peu perturbée par les progrès de la
mécanisation, car peu cultivée, et occupée en grande partie par une zone d'occupation
militaire; les futurs éventuels numéros se trouveront de ce fait en parfaite corrélation avec
ceux que nous avons établis. Tous les numéros créés par Q. Wales ont été conservés; il
s'y ajoute un site découvert il y a une vingtaine d'années.
. SB 1 (17w) : C'est le premier site inventorié dans cette nouvelle zone; il n'est
pas exactement dans la vallée mais la domine: le site 17 de Q. Wales correspond en effet
4 Allen J.. Trade, transportation. (1988), op. cit, site map 18, p. 748.
5 Allen J.. Trade. transportation..., op. cit., p. 349.
24au sommet du Bukit Pendiat. Ce chercheur s'y intéressa peu mais, en 1977, le Muzium
Negara refouilla le site complètement et y découvrit une structure originale. Il est fort
regrettable que cette fouille n'ait pas été suivie d'une anastylose de l'édifice car depuis la
fouille le site a subi de nombreuses déprédations et la structure a pour ainsi dire
totalement disparu: vols de ses briques, recherche en son centre d'un hypothétique
trésor par des vandales et envahissement inéluctable par la végétation..
SB 2 (2w) correspond au site 2 de Q. Wales sur la rive droite de la Sungai
Bujang; celui-ci y mit au jour une structure carrée de latérite qui avait constitué le
soubassement d'un probable stüpa à côté duquel il découvrit une tablette comportant
une inscription en sanscrit. Bien qu'il ne reste rien de ce site, excepté quelques blocs de
latérite épars au milieu d'une épaisse végétation secondaire, nous l'avons conservé en
raison du rapport de Q. Wales qui y associe quelques photographies.. SB 3 (16Aw) correspond au site 16A de Q. Wales, au voisinage immédiat du
précédent mais sur la rive gauche de la rivière. Fouillé en fait par D. Wales en 1941, il
consistait en un soubassement presque identique au précédent en dimensions, mais
constitué de briques. En novembre 1959 A. Lamb put encore le retrouver. Aujourd'hui il
n'en reste rien de vraiment notable, sinon quelques briques brisées sur un terrain
désormais consacré à la culture..
SB 4 (16) correspond au site 16 de Q. Wales. Il fut fouillé, antérieurement au
précédent, en 1936-37, et n'en est éloigné que d'une quinzaine de mètres à l'est; sa
fouille fut très incomplète et passablement incomprise mais, en 1970, le Muzium Negara
décida de le réexaminer et une structure classique du type vimiina-mar:/(:japa fut mise au
jour, construite en latérite. La fouille fut suivie d'une anastylose de l'édifice non pas in situ
cependant mais dans le parc archéologique du Muzium Arkeologi. Le site correspondait
en 1991 à un champ de canne à sucre..
SB 5 (14w), toujours sur la rive gauche de la Sungai Bujang, correspond au site
14 de Q. Wales qui le fouilla très incomplètement en se méprenant totalement sur sa
nature; la connaissance plus complète que nous avons aujourd'hui de ce type de
structure permet d'avancer que Wales ne fouilla que ce qui devait être le mafJqapa d'un
vimiina qu'il ne mit pas au jour. Il ne reste strictement rien de ce site et il ne doit de garder
un numéro qu'au fait d'avoir fait l'objet d'un rapport de Q. Wales et d'avoir été le lieu de
découverte de pièces archéologiques intéressantes. Nous avons difficilement subodoré
ce qu'avait pu être son emplacement dans le contexte d'un village actif qui était en train
d'élargir le canal d'irrigation dont le creusement avait révélé le site en 1936-37..
SB 6 (15w) correspond au site 15 de Q. Wales initialement localisé en vis-à-vis
du précédent, sur la rive droite de la rivière, à quelque 60 m de celle-ci. Q. Wales dégagea
bien le vimiina mais ne se préoccupa pas de découvrir le mafJçfapa qui lui était
certainement associé à l'est, attitude exactement inverse de celle qu'il avait eue à l'égard
du site 14 par incompréhension de ce type de structure. Après la fouille, le site fut
progressivement démantelé par les villageois et il n'en reste aujourd'hui plus rien. Il doit
donc d'avoir conservé un numéro au fait qu'il fut assez largement fouillé par Q. Wales qui
en a donné un rapport associé à des photographies et à un plan instructifs.. SB 7 (50m), également localisé sur la rive droite de la Sung ai Bujang, est le seul
des sites de cette zone qui n'ait pas été découvert par Q. Wales. Sa découverte ne date
que de la fin des années 1960; il fut fouillé à partir de 1974 et jusqu'en 1981 et finalement
reconstruit dans le parc archéologique du Muzium Arkeologi sous le numéro 50. On y a
découvert une structure de type vimiina-mafJqapa classique mais qui s'ouvre bizarrement
à l'ouest et non à l'est comme d'ordinaire; autre particularité, un temple annexe lui est
associé ainsi que deux petits autels. Le site initial est aujourd'hui marqué par une
dépression envahie par l'eau et la végétation. Nik Hassan Shuhaimi, qui supervisa cette
fouille, et J. Allen, qui visita le site avant qu'il ne soit déplacé, signalent l'existence de
deux possibles structures à proximité; J. Allen les numérote 77 et 78. Localisées très en
bordure du permatang, presque dans les rizières, elles ont aujourd'hui totalement
disparu; nous avons vainement essayé d'en retrouver quelques traces..
SB 8 (5w), toujours sur la rive droite de la Sungai Bujang, correspond au site 5
de Q. Wales qui le fouilla extensivement. Cette fouille fut reprise en 1974 et le temple fit
l'objet d'une anastylose in situ que nous considérons comme sérieuse; il est aujourd'hui à
l'intérieur d'une plantation d'arbres fruitiers (durions et bananes). C'est un temple du type
vimiina-maQqapa.
25SB 9 (6w), toujours sur la rive droite de la rivière, correspond au site 6 de Q.*
Wales qui en donna un plan sommaire mais aucune photographie. Ce fut
vraisemblablement un temple de type vimana-ma1JçJapa. En 1936-37 le site avait déjà
beaucoup souffert de l'érosion naturelle de la rivière qui le bordait autrefois; il n'en reste
plus rien aujourd'hui sinon des concentrations de galets de rivières qui constituèrent
sans doute les enclos dont Wales donne le tracé; le vimana que décrit Wales aurait été
détruit lors de l'édification des maisons du kampong voisin.
SB 10 (11/3w), encore sur la rive droite de la Sungai Bujang mais un peu plus*
éloigné de celle-ci que les précédents, correspond aux sites 11 et 3 de Q. Wales; celui-ci
séparait en effet deux structures (un vimana-maQc!apa et un autel annexe) qui devaient
en fait être associées. Il en a fourni fort heureusement un rapport, ainsi que des
photographies et un plan, car la reprise de la fouille de ce site en 1974 a donné lieu à une
anastylose in situ des plus contestables du vimana-ma1Jgapa. On peut même dire qu'il
s'agit là d'un chef d'œuvre d'anastylose totalement incomprise.
SB 11 (12w), encore sur la rive droite de la Sungai Bujang mais plus près de la*
rivière que le précédent, correspond au site 12 de Q. Wales qui se persuada, étant
donné surtout la nature des trouvailles archéologiques qu'il y fit, qu'il se trouvait en
présence d'une structure civile. Il n'en reste rien de discernable, à l'exception de
matériaux de constructions éparpillés, cela à l'intérieur d'une actuelle plantation de
palmiers à huile.
* SB 12 (13w) est immédiatement voisin du précédent et lui était certainement
associé à l'origine; il correspond au site 13 de Q. Wales qui y fouilla ce qu'il considéra
comme un vimana-mandapa entouré de trois autels. Il est aujourd'hui impossible de faire
la distinction, dans les matériaux de construction épars, entre ceux qui appartenaient à ce
site et à son voisin.
SB 13 (4w), correspond, sur la même rive, au site 4 de Q. Wales qui le fouilla*
extensive ment après LH.N. Evans qui l'avait assez mal compris. Nous en avons donc des
photographies et un plan qui décrivent sans équivoque un vimana-maQqapa associé à
deux petites structures adjacentes. Quelques sculptures en proviennent et c'est à
proximité, dans la rivière, que fut découvert un petit couvercle de reliquaire en bronze
dont la description inspira à Q. Wales des rapprochements stylistiques hardis avec
l'architecture de l'Inde du Sud. Le site a aujourd'hui totalement disparu, nivelé pendant la
guerre par les Japonais à des fins de constructions; il se trouve dans une plantation de
jeunes hévéas et n'est donc plus marqué, comme toujours dans ce cas de figure, que par
des matériaux de construction épars (briques, galets de rivière, blocs de latérite). J. Allen,
en 1980, ne fut pas très sOre de l'avoir bien repéré et émit l'hypothèse qu'une
concentration de matériaux voisine, à quelque 250 m au sud, qu'elle numérota 68,
pouvait lui correspondre; nous n'en avons pas retrouvé la trace et nous ne pouvons donc
pas juger du bien-fondé de son hypothèse.
* SB 14 (10w), le dernier des sites de cette zone que nous ayons catalogué, le
plus en amont donc, localisé sur la rive gauche de la rivière mais très voisin des
précédents cependant, correspond au site 10 de Q. Wales; celui-ci le décrit comme une
structure carrée de.3.5 m de côté, en briques, qui pourrait avoir été le soubassement d'un
stiipa, au centre de laquelle il découvrit un dépôt de fondation constitué par 7 disques (1
d'or et 6 d'argent) comportant chacun une inscription en sanscrit. Il ne reste rien de cette
structure sinon des matériaux éparpillés au sein d'une épaisse végétation.
Au total, dans cette zone:
- 9 sites ont disparu complètement et n'ont da d'avoir conservé un numéro qu'au
travail que Q. Wales nous a laissé sur eux (SB 2 (2w), SB 3(16Aw), SB 5 (14w), SB 6
(15w), SB 9 (6w), SB 11 (12w), SB 12 (13w), SB 13 (4w), SB 14 (1OW)).
- 5 ont été fouillés ou refouillés: 4 ont été reconstruits, tantôt in situ (SB 8 (5w) et
10 (11/3w)), tantôt dans le parc du Muzium (SB 4 (16w), SB 7 (50m)); un 3e n'a pas fait
l'objet d'une anastylose (SB 1 (17w)).
III. La troisième zone que nous avons définie correspond au réseau fluvial supérieur
de la Sungai Merbok Kechil, autre affluent de la Sung ai Merbok. Son sigle est SMK. Peu
de sites avérés s'y trouvent en dehors du plus célèbre et aussi du plus grand des temples
jamais découverts au Sud Kedah, le Candi Bukit Batu Pahat. Les numéros sont les
suivants:
26* SMK 1 (8w) correspond à ce site célèbre, numéroté 8 par a. Wales qui le fouilla
incomplètement en 1936-37 mais qui en publia cependant quelques photographies
dans son rapport. La fouille fut reprise par A. Lamb en 1958-59 et fut suivie de la première
anastylose de structure ancienne jamais tentée en Malaysia. Ce fut un succès et le
rapport de A. Lamb qui lui est associé un modèle du genre, jamais égalé depuis.
* SMK 2 (48m) correspond à la structure numérotée 48 par le Muzium et dont
A. Lamb parle brièvement dans son rapport. Il s'agissait certainement à l'origine d'une
construction associée au temple précédent dont subsistait le soubassement. Ce n'est
plus aujourd'hui qu'un amoncellement assez confus de divers matériaux durs.
J. Allen a numéroté 66 et 67 des lieux liés au site SMK 1 (8W) correspondant, pour le
premier, au cours de la Sungai Batu Pahat où fut extrait le granit qui servit à la construction
de ce dernier temple (il en subsiste des témoignages d'extraction) et, pour le second, à
un gros bloc de granit extrait mais abandonné dans le cours de la rivière.
* SMK 3 (49m) correspond au site numéroté 49 par le Muzium. C'est un
amoncellement de blocs de granit façonnés dans lequel il est bien difficile de retrouver un
quelconque tracé: le temple, construit sur la roche en place, s'est effondré sur lui-même.
* SMK 4 (7w), enfin, correspond à l'ancien site 7 de a. Wales qui ne le fouilla pas
plus que son prédécesseur Evans qui avait été le premier à en parler en 1925. Une
structure devait se trouver au sommet du Bukit Gajah Mati mais on ne possède aucun
renseignement qui permette de dire en quoi elle consistait et une tentative de
relocalisation en 1980 ne révéla rien de plus que quelques briques éparpillées et un galet
de rivière. De grands dégagements permettraient peut-être de trouver quelque chose.
De tous les sites que nous avons sélectionnés c'est assurément celui que nous
sacrifierions le plus volontiers.
L'intérêt de cette zone est tout entier dans la présence du site SMK 1 (8w) et de son
pendant SMK 3 (49m) qu'il ne pouvait être question de regrouper avec les sites de la
zone de la Sungai Bujang (SM); elle est nettement distincte de cette dernière sur le plan
géographique si l'on raisonne en fonction des réseaux hydrographiques qui
constituaient autrefois les seules voies de pénétration du Sud Kedah.
Au total cette zone comprend donc:
1 seul site fouillé et reconstruit in situ (SMK 1 (8w)),
- 2 sites non fouillés mais bien attestés (SMK 2 et 3 (48m et 49m)),
1 site qui ne fut jamais fouillé et dont il ne reste rien aujourd'hui (SMK 4 (7w)).
IV. La zone dite du Nord de la Bujang (NB) n'a été définie que pour permettre de
donner un numéro à deux sites localisés très au nord des précédents et donc
particulièrement isolés.
* NB1 (9w) correspond au site 9 de a. Wales. Il s'agit de cet ensemble complexe
qui se trouvait exactement au sommet du Gunong Jerai et que I.H.N. Evans fouilla si mal.
De nombreuses suppositions ont été formulées sur ce qu'il représentait; aucune n'est
vraiment satisfaisante et comme il ne reste rien du site on ne saura jamais vraiment ce qu'il
était.
* NB 2 (1w) correspond au site 1 de a. Wales qu'il fouilla effectivement. Localisé
au sommet du Bukit Choras, très au nord de tous les autres, c'était à l'évidence la base
d'un stOpa dont il serait encore possible de reprendre la fouille en dépit des déprédations
provoquées au centre du soubassement par des chercheurs de trésor. a. Wales y
découvrit une inscription.
Au total, dans cette zone, on trouve donc:
1 site attesté qu'il serait encore possible de fouiller (NB 2 (1w)),
1 site qui a irrémédiablement disparu (NB 1 (9w)).
V. La zone de localisation que nous avons appelée Sud Merbok-Muda (SMM)
renferme toute une série de localisations importantes pour la compréhension de la
civilisation du Sud Kedah. Elle correspond comme son nom l'indique à la région comprise
entre les deux rivières et à la rive gauche de la Sung ai Muda: Son importance n'a vraiment
été révélée qu'au cours des années 1980 par des découvertes de hasard dans le
Kampong Sungai Mas. Néanmoins, de nombreux sites anciennement localisés s'y
trouvent.
* SMM 1 (25w) correspond au site 25 de a. Wales qui le fouilla très peu et n'en
dit presque rien; il se trouve au sommet du Bukit Penjara. Il n'en reste plus de trace
27aujourd'hui, sinon un puits circulaire que nous n'avons pu repérer étant donné
l'épaisseur de la végétation qui recouvre aujourd'hui cette hauteur; à son pied des
grottes ont été révélées par des travaux d'intérêt public en 1979; elles ont fait l'objet de
fouilles à l'initiative de Nik Hassan Shuhaimi.
* SMM 2 (26w) correspond au site 26 de Q. Wales. Il s'agit du Bukit Meriam à son
sommet où, déjà à l'époque de ce chercheur, il ne restait que quelques traces de
constructions en briques. Il associa ce site à la trouvaille faite par J. Low au milieu du XIXe
siècle d'une tablette inscrite aujourd'hui perdue, mais étudiée à l'époque, une des rares
inscriptions jamais trouvées au Sud Kedah. Nous n'avons pas visité ce site pour les
mêmes raisons que celles évoquées pour le site précédent.
* SMM 3 (35/36m) correspond aux sites 35 et 36 du Muzium. Il s'agit du Bukit
Batu Lintang. M. Sullivan explora cette région en 1957 durant une très brève période. Il
repéra des vestiges sur le sommet de la colline (n° 36), qu'il négligea, et qui ont
aujourd'hui disparu, pour s'intéresser à une localisation au pied du bukit (n° 35), qu'il
fouilla, et qui révéla un certain nombre de trouvailles archéologiques. Nous avons
conservé un numéro à cette localisation en raison de cette fouille.
* SMM 4 (33m) correspond au site 33 du Muzium, au Kampong Sungai Mas. Une
fouille, correspondant au voisinage d'une maison du village, fut conduite en 1985, durant
9 jours, par les archéologues qui participaient, dans le cadre de l'ASEAN, à une étude
concernant la conservation des sites de la "Vallée de la Bujang". La fouille ne fut pas
assez longue pour que l'on ait pu décider de quelle nature était la structure qui y fut
fouillée et, à notre avis, il aurait été impossible d'en décider même si celle-ci s'était
poursuivie: les structures du Kampong Sung ai Mas (on en connaît potentiellement un
certain nombre) sont trop perturbées par des siècles d'occupation humaine continue
pour qu'il soit possible d'en espérer grand chose, sinon des trouvailles archéologiques
de hasard.
* SMM 5 (32m) correspond à la seule structure qui, dans ce Kampong de Sungai
Mas, pourrait peut-être apporter quelque chose à la compréhension des sites de cette
région. C'est encore aujourd'hui, à la limite de deux propriétés du village, une petite butte
de briques et de pierres schisteuses façonnées, disposées sans ordre particulier. Elle a
révélé cependant plusieurs blocs de granit brisés qui montrent clairement qu'il furent
taillés à un usage de construction (rainures, mortaises). Le Muzium lui avait donné le n°
32.
Lorsque J. Allen visita la région en 1980, elle localisa un grand nombre de sites
possibles dans le Kampong Sung ai Mas auquel elle associa celui, voisin, de Seberang
Terus. Ses numéros vont de 46 à 48 puis de 51 à 62 pour préserver deux numéros du
Muzium (les n° 49 et 50) et enfin de 75 à 76. Nous avons essayé de les relocaliser et les
anciens numéros 32 et 33 dont nous venons de parler en font sans doute partie mais,
pour les raisons évoquées précédemment, nous n'avons pas cru utile d'y donner suite; il
ne s'agit le plus souvent que de traces trop peu importantes pour être créditées d'un
numéro; l'exemple, fâcheux, de la fouille de l'ASEAN en 1985 devrait inciter les futurs
chercheurs à la prudence dans cette zone, riches en vestiges potentiels et en trouvailles
de hasard, mais dont on ne saurait espérer grand chose en fait de structures point trop
perturbées.
* SMM 6 correspond à une localisation qui porte le numéro 43 dans la thèse de
J. Allen; ce site était connu du Muzium qui ne lui avait cependant donné aucun numéro. Il
se trouve en bordure de la Sungai Simpor et à proximité du Kampong Simpor Tambang.
Lorsque J. Allen le visita en 1980 il consistait en trois petites zones révélant des briques,
des blocs de latérite et des tessons divers largement éparpillés. Lors de notre visite, nous
avons trouvé la surface nivelée pour laisser la place à une plantation de palmiers à huile;
cette opération avait révélé la trace au niveau du sol d'un mur de latérite de quelques 50
cm de large, repérable sur quelque 9 m. Le sol de toute la plantation était par ailleurs
jonché de tessons de céramiques chinoises et de verre moyen-oriental; cela nous a incité
à considérer cet endroit comme une autre localisation d'ancien port-entrepôt; nous en
reparlerons.
* SMM 7 (31w) correspond au site 31 de Q. Wales, fouillé par sa femme en 1941,
et fautivement interprété par elle; il fut refouillé par M. Sullivan en 1957 et tout aussi mal
défini; en 1961, A. Lamb reprit la fOl,lille et découvrit enfin qu'il s'agissait d'un
vimanamandapa assez perturbé mais non équivoque; il aurait été possible de reconstruire le
tem"pie dans ce qui en subsistait puisque son plan avait été retrouvé, mais, comme pour le
28site SB 1 (17 w), on le laissa en état et, s'il a moins subi de déprédations que ce dernier,
l'usure du temps le rend cependant quelque peu informe. C'est un exemple de plus à
apporter au dossier des reconstructions nécessaires de structures après fouille si l'on ne
veut pas les voir se détériorer très vite.
SMM 8 (37m) correspond au site 37 du Muzium, catalogué Province Wellesley*
1 par les Wales en 1941 ; il est en effet localisé au sud de la Sungai Muda et correspondait
encore, au temps des Wales, à de fortes concentrations de coquillages que P. van Stein
Callenfels avaient identifiées comme des sites préhistoriques en 1934. Les Wales y
découvrirent ce qui paraît avoir été le soubassement d'un stupa. Rien n'en subsiste
aujourd'hui et les concentrations de coquillages ont été fortement perturbées par
l'occupation humaine. Le numéro a été conservé en raison de la fouille relativement
complète des Wales qui, en plus de la structure, mirent au jour des trouvailles
archéologiques non dépourvues d'intérêt.
SMM 9 (39m) correspond au site 39 du Muzium, catalogué Province Wellesley*
Il par les Wales en 1941 avec quelques confusions dans ce qu'ils y trouvèrent vraiment.
On y découvre encore aujourd'hui un soubassement de latérite qu'il serait certainement
possible de fouiller.
SMM 10 (38m) correspond au site 38 du Muzium. En bordure de la route qui*
se dirige vers Kota Aur, en provenance de Guar Kepah, des alignements de blocs de
latérite affleurent à proximité d'une maison. Selon le témoignage du Muzium, ils étaient
plus apparents qu'ils ne le sont devenus depuis 1988. Le site ne pourrait être fouillé que
si la maison était déplacée mais la route toute proche demeurerait un obstacle sérieux.
SMM 11 correspond au site fouillé par M. Sullivan en 1957 sous le nom de Kota*
Aur. Il n'a jamais fait l'objet d'une quelconque numérotation par le Muzium; on ne sait trop
pourquoi, car sa localisation est encore connue même s'il n'en reste aujourd'hui plus rien
et qu'une route (la même que précédemment) traverse ce qui fut ce site. Le numéro a été
conservé en raison du rapport publié par Sullivan.
* SMM 12 (40m) correspond au numéro 40 du Muzium. Rien n'en laisse
supposer l'existence aujourd'hui mais la présence d'une structure en latérite est attestée
par le personnel du Muzium. Elle s'étendrait en grande partie sous une maison voisine
rendant une fouille improbable.
Au total, dans cette zone:
- 5 sites n'ont pas été fouillés et pourraient l'être mais très souvent dans des
conditions peu idéales (SMM 5(32m), SMM 6 , SMM 9 (39m), SMM 10 (38m), SMM 12
(4Om)),
- 4 sites ont sans doute disparu sans grand recours mais il serait peut-être
nécessaire de s'en assurer vraiment, au moins pour les trois premiers, par des
dégagements qui seraient cependant importants (SMM 1 (25w), SMM 2 (26w), SMM 3
(35/36m), SMM 8 (37m)),
- 3 sites ont été fouillés avec plus ou moins de bonheur, aucun n'ayant fait l'objet
d'une reconstruction (SMM 4 (33m), SMM 7 (31 w), SMM 11).
v. Nous avons regroupé sous l'appelation "Upriver Muda.. (UM), autrement dit
«Amont de la Muda», deux sites isolés des précédents; nous avons bien le sentiment
que cela est quelque peu artificiel, comme la définition des sites au Nord de la Bujang
(NB), mais comment faire autrement?
* UM1 (24w) correspond au site 24 de Q. Wales qu'il ne fouilla pas de fait. C'est
M. Sullivan qui en 1957 fut à l'origine d'une exploration assez rapide de ce qui subsistait
du site à cette date; en effet, la colline sur laquelle il était situé avait été exploitée pour
fournir en remblai la construction voisine du pont sur la Sung ai Muda. Depuis lors, cette
colline a été totalement nivelée.
* UM 2 (28w) correspond à ce que Q. Wales numérota 28 et qui, dans son
rapport, est en relation avec un ancien fort du XIXe siècle que nous pouvons donc
oublier; mais, en fait, il s'intéressa surtout à un site voisin qu'il estimait être de quelque
intérêt et que J. Allen numérote 41 dans sa thèse. C'est encore aujourd'hui une butte
basse qui pourrait receler une structure; elle est entourée d'un cimetière mahométan et, à
proximité, on trouve une pierre taillée dans le granit qui fit très évidemment partie d'un
édifice et dont parle Q. Wales.
J. Allen numérota ce qu'elle estimait être deux autres sites à proximité (ses numéros
39 et 40); le premier a disparu, le second n'a pu être relocalisé.
29Au total:
1 site a irrémédiablement disparu (UM 1 (24w)),
1 site pourrait encore être fouillé (UM 2 (28w)).
Dans cet effort de relocalisation et de reclassement raisonné des sites, nous avons
été conduit à supprimer des numéros:
Le n° 27 de a. Wales ne correspond à aucun structure mais à la localisation
imprécise d'une ceinture d'or découverte dans la Sungai T erus au début du siècle.
Le n° 29, encore de a. Wales, correspond à un fort du XIXe siècle qui n'appartient
pas à la période qui nous occupe.
Le n° 30, toujours de a. Wales, ne parait avoir existé que dans son imagination
bien qu'il en ait donné une localisation que J. Allen retrouva, semble-t-il, en précisant
l'existence, à proximité, de trois autres sites possibles que nous n'avons pu relocaliser,
comme ce n° 30 lui-même.
Le n° 34 du Muzium ne correspond qu'à une localisation de trouvaille
archéologique, en l'occurrence celle de la tablette inscrite de Kampong Sung ai Mas.
Le n° 41 du Muzium correspond à une trouvaille archéologique isolée, celle
d'une statue de Ganesa, qui aurait été à l'origine associée à quelques éléments de
construction dont il ne reste rien aujourd'hui.
Le n° 42 du Muzium correspond à une localisation de la zone de la Sungai
Merbok Kechil que nous n'avons pas jugée très probante: éparpillement de briques à
l'intérieur du Kampong Pasir sur la rive droite d'un affluent de la Sungai Merbok Kechil, la
Sungai Jerneh.
Le n° 43 du Muzium ne correspondait à rien et était né de certaines confusions
liées à la localisation du site 6 (SB 9) de a. Wales.
Les n° 44, 45, 46 n'ont jamais figuré sur aucune carte du Muzium bien qu'il y ait un
numéro 43, un numéro 47 et d'autres numéros à la suite; c'était un oubli...
Le n° 47 du Muzium a été supprimé parce qu'il ne correspondait qu'à la
localisation de la carrière de pierre située dans le cours de la Sungai Batu Pahat à
proximité du site SMK 1 (8 w).
Le n° 51 du Muzium a été supprimé parce qu'il ne correspondait qu'à une
médiocre concentration de matériaux, voisine du site SMK1, dont il ne reste plus rien
aujourd'hui sans qu'aucune étude en ait été faite.
Le n° 52 du Muzium, correspond à l'île inhabitée de Pulau Bunting, très proche
des côtes du Sud Kedah; on a estimé un moment qu'elle pouvait abriter quelque
structure et le Muzium y est allé d'un numéro 52 pour la caractériser. Notre visite de l'île
nous a donné à penser que les tessons découverts sur certaines parties du rivage étaient
tardifs et que s'il y avait eu quelque structure en bordure de la mer il n'en restait plus rien,
sinon quelques briques éparses impossibles à dater. Il est possible cependant que le
sommet de l'île recèle encore quelques vestiges mais nous n'avons pu l'explorer étant
donné l'épaisseur de la couverture végétale.
Au 40 sites sélectionnés s'ajoutent 4 lieux d'anciens ports-entrepôts; ce sont:
* Kampong Sungai Mas: Nik Hassan Shuhaimi put mettre en valeur son
importance par une fouille stratigraphique qui suivit de peu sa découverte fortuite en
1980 lors du creusement d'un canal d'irrigation dans le village. A cette date, il y localisa 6
sites possibles. A la même époque, J. Allen en catalogua 17, comme nous l'avons déjà
signalé. Nous n'en avons retenu que 2 pour des raisons déjà évoquées. Cette
localisation est capitale pour la compréhension de la civilisation du Sud Kedah. Comme à
Kampong Pengkalan Bujang, on y trouve de fortes concentrations de tessons de
céramiques chinoises, notamment, et des tessons de verre moyen-oriental. Il serait utile
d'y procéder à de nouvelles fouilles stratigraphiques.
* Kampong Pengkalan Bujang : Découvert par A. Lamb en 1961 et fouillé par
lui, puis par Leong Sau Heng. Le lieu fut cartographié par Lamb6 qui y repéra toute une
série de localisations de tessons de céramique ou de briques (A à P sur sa carte). J. Allen
cartographia à nouveau le lieu en 1980 et y plaça des numéros qui vont de 80 à 84 inclus
6 Lamb A., «Research at Pengkalan Bujang; a preliminary report», FMJ, VI, 1961, p. 21-37, fig.
4, p. 22, (Doc. 237).
30et ses numéros 86 et 877. A l'exception de son numéro 86, qui correspond selon elle à
une ancienne fouille d'extension limitée (1 x 0.5 x 0.55 m de profondeur) localisée à 36 m
au nord du site PB 2 (19w), etque nous n'avons pas retrouvé, les autres numéros sont à
associer à d'anciennes localisations de tessons et de briques faites par A. Lamb en 1961.
Il ne nous a été possible que de relocaliser ses numéros 83 et 87, correspondant aux
lettres B et E de Lamb. Le dernier, en particulier,est toujours assez impressionnant par la
quantité de tessons de céramiques de provenances variées et de fragments de verre
que l'on peut encore récolter en surface lorsque la rizière qui occupe le site n'est pas en
eau; on y repère aussi au moins une concentration de briques brisées qui a sans doute
été autrefois une structure mais dont il serait vain aujourd'hui,.à notre avis, d'espérer
retrouver le moindre tracé.
* Kampong Simpor Tambang : Cette localisation d'ancien port-entrepôt est
voisine du site SMM 6. Si ce dernier site était fouillé - il en fut question un moment lors de
notre séjour en Malaysia - le lieu révèlerait toute son importance comme zone d'échange
à haute époque.
* Kampong Sireh : cette localisation, en bordure de la Sungai Muda,
correspond aussi à de fortes concentrations de tessons de céramiques en provenance
de la Chine et de diverses régions de l'Asie du Sud-Est. O. Wales en avait fait son site 29
en se référant moins aux dépôts de céramiques, qui l'intéressèrent peu, qu'à une
structure correspondant à un ancien fort du XIXe siècle que nous avons choisi d'ignorer
comme ses semblables. C'est A. Lamb, en 1961, qui donna au site toute son importance
en mettant l'accent sur les concentrations de tessons auxquelles il trouva des similitudes
avec celles de Kampong Pengkalan Bujang. La zone est aujourd'hui extrêmement
herbeuse mais les rives de la Sung ai Muda, à son niveau, révèlent de nombreux tessons
et des briques que les flots de la rivière emportent à chaque crue pour en révéler de
nouveaux.
Nous allons étudier en détail ces 40 sites et ces 4 zones d'anciens ports-entrepôts
en synthétisant tout ce qui a été écrit ou dit sur chacun d'eux et en illustrant ce propos
d'un maximum de documents. Ce sera notre 1ère partie. Nous avons choisi d'y regrouper
les sites en trois catégories. Les deux premières rassemblent les temples dévolus de
manière à peu près sûre au bouddhisme ou à l'hindouisme. la troisième regroupant les
structures que l'on n'a pu classer dans l'une ou l'autre des deux catégories d'édifices
religieux ou qui n'ont pas été fouillées; un dernier chapitre regroupera les zones
d'anciens ports-entrepôts. L'ordre dans lequel nous étudierons les sites dans chaque
chapitre est totalement empirique et ne préjuge en rien de leur plus ou moins grande
importance. Il sera celui que nous avons adopté précédemment.
Notre lie partie sera constituée par l'examen des trouvailles archéologiques les plus
significatives, associées ou non aux sites, autrement dit découvertes lors de fouilles ou
fortuitement. Elles y seront regroupées en chapitres: 1. Inscriptions. 2. Sculpture, 3.
Céramique d'importation, 4. Poteries, 5. Vaisselle de verre, 6. Perles.
Ce n'est que dans une Ille et dernière partie que nous dirons ce que sont nos
propres déductions sur cette civilisation du Sud Kedah, non sans avoir préalablement
exposé ce que furent les grandes théories formulées sur elle avant notre étude.
7 Allen J.. Trade, transportation..., (1988), op. cit., p. 349-354.
311ère PARTIE
LES SITES ARCHEOLOGIQUESNotre propos, dans ce qui va suivre, sera de fournir pour chaque site un maximum
d'informations strictement archéologiques, informations qui seront toujours présentées
sous les mêmes titres. Elles s'efforceront d'être aussi objectives que possible et les
observations que nous ferons à la fin de l'exposé sur un site n'auront d'autre but que de
clarifier quelque peu les données disponibles en vue d'une discussion finale. Nous nous
garderons, pour le moment, d'avancer trop d'hypothèses et cela nous conduira à ne
classer dans l'une ou l'autre des deux grandes catégories de sites définies - les sites
bouddhistes et les sites hindouistes - que les structures les plus avérées. Il en résulte
que la catégorie que nous avons appelée "Sites non identifiés ou non fouillés" est la plus
importante en nombre, mais elle est grossie de numéros dont nous pourrons dire
ultérieurement, après l'étude d'autres données extérieures aux structures, qu'ils
appartiennent vraisemblablement à l'une ou à l'autre des deux précédentes. Les zones
d'anciens ports-entrepôts seront étudiées selon la même méthode et dans le même
esprit.
Trop de suppositions hasardeuses ont été formulées par le passé à propos des
vestiges archéologiques du Sud Kedah pour que nous ne nous gardions pas de tomber
à notre tour dans ce travers. Nous voulons donc nous en tenir aux faits et en déduire un
certain nombre d'observations prudentes que nous réexaminerons en fin de Ille partie à la
lumière de ce que d'autres constatations auront pu apporter à l'appréciation de la
civilisation de ports-entrepôts du Sud Kedah.CHAPITRE I
LES SITES BOUDDHISTES
Les sites bouddhistes que l'on peut cataloguer comme tels, grâce aux données
qu'ils fournissent par eux-mêmes, ne sont pas nombreux. Nous n'en avons catalogué
que neuf.
Ce sont, classés par zones, les sites suivants:
1. PB4(21w)
2. PB 5 (22w)
3. SB 1 (17w)
4. SB 2 (2w)
5. SB 3 (16Aw)
6. SB 14 (10w)
7. NB 2 (1w)
8. SMM 8 (37m)
9. SMM 9 (39m)
Six de ces sites ont livré au moins un objet archéologique indéniablement
bouddhiste dont on peut inférer que le site tout entier l'était. Les trois autres (SB 1 (17w),
SMM 8 (37m), SMM 9 (39m)) ont été mis dans cette catégorie à cause de similitudes de
conception dans leur structure.
SITE PB 4 (21w) : fouillé et reconstruit
DECOUVERTE ET LOCALISATION:
Il est localisé immédiatement au nord du site PB 2 (19w), comme le site PB 5 (22w)
auquel il est lié et le site PB 6 (23w) qui constituait peut-être avec eux un seul et même
complexe religieux étant donné leur proximité. Wales qui les localisa le premier lors de sa
campagne de 1936-37 ne parle que très brièvement de ces trois sites dans son rapport 1.
FOUILLE:
La structure de ce site est décrite par Wales, d'une seule phrase, comme «un édifice
rectangulaire plutôt simple mesurant environ 6.4 m sur 3 m dont subsistaient les assises
de briques les plus basses et quelques socles de pierre d'une charpente sur piliers qui
avait supporté un toit de tuiles.» Ces quelques mots suffisent à jeter un doute sur sa
nature car on s'apercevra dans ce qui va suivre que la structure étudiée et classée depuis
lors sous ce numéro n'a rien a voir avec ce qu'en dit Wales2.
1 Wales Q., «Archaeological researches...», (1940), op. cil., p. 40
2 Allen J. (Trade, transportation..., (1988), op. cil., p. 347-348) a suggéré une nouvelle
identification de ces sites lors de son étude sur le terrain en 1980. Elle propose de reconnaître
dans les n° 21 et 22 du Muzium Arkeologiles n° 23 et 21 de Q. Wales, respectivement. Néanmoins,
35En 1976, en effet, le Muzium Negara décida de fouiller conjointement deux sites en
cet endroit, très proches l'un de l'autre, que l'on convint de numéroter 21 et 22 (PB 4, 5)
et dont les vestiges furent par la suite rétablis par anastylose (Doc. 3); ceux qui nous
occupent ici ne le furent pas in situ, contrairement à ceux du 22, mais furent transportés
en un endroit proche du Candi Bukit Batu Pahat (SMK 1 (8w)) où ils sont aujourd'hui
abrités sous un hangar. Lalogique de cette opération de dissociation de deux temples
sans doute complémentaires, comme nous le verrons, nous échappe tout à fait.. ~
PB 5 (22w)
N
~
~
o 2.80m
I I
PB 4 (21w)
Doc. 3. Plan au sol des structures des sites PB 4.15(21122w)
DESCRIPTION ARCHITECTURALE:
Le temple était orienté selon un axe nord-est - sud-ouest assez inhabituel. Son
dégagement révéla très vite une structure cruciforme originale, bien conservée
dans ses parties basses, mais totalement effondrée sur elle-même. Elle était entièrement
construite de briques, fondations comprises. Nous n'examinerons dans un premier
temps que le temple lui-même, indépendamment de la plate-forme basse épousant sa
forme qui lui a été restituée et qui aurait constitué sa fondation.
* Les branches de la croix que le temple dessine au sol ne sont pas exactement de
mêmes dimensions (Doc. 4); la branche que nous qualifierons ouest-est, pour plus de
commodité, a 5.95 m de long tandis que l'autre, nord-sud, n'en a que 4.72 m. Elles sont
cependant de même largeur (1.68 m). Chacun des angles de la croix est pourvu d'une
même saillie triangulaire à angle droit, de 0.76 m de côté; on pourrait considérer, sur le
plan au sol, qu'elles constituent à elles quatre un carré de 3.2 m de côté, inscrit au centre
de la croix.
en 1985, le Muzium Arkeologi a commencé la fouille, sous le numéro 23 (PB 6), d'un autre site du
kampong, situé légèrement à l'est des 21/22, fouille qui a été reprise en 1991 avec notre
participation. Ce que J. Allen numérote finalement 23, et qui dans son esprit devait être le n° 22 de
a. Wales, correspond à un site connu du Muzium mais non répertorié par lui, situé immédiatement
au nord des structures 21/22. Une grande confusion est donc liée à ces sites du Kampong
Pengkalan Bujang et la faute en est uniquement imputable à a. Wales qui aurait dû s'abstenir de
numéroter des sites qu'il n'avait pas fouillés et qu'il ne fut pas capable de localiser précisément à
l'usage des archéologues qui lui succèderaient, cela dans une zone extrêmement riche en
structures.
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