La correspondance du cardinal de Richelieu

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Français
552 pages
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Description

La correspondance du cardinal de Richelieu est passionnante en ce qu'elle présente à la fois les grands événements du temps et tous leurs protagonistes. Elle dépasse largement le royaume de Louis XIII pour s'inscrire en une dimension européenne. Ces lettres, mémoires, notes, plans nous plongent dans une oeuvre politique et gouvernementale de tout premier plan. Intrigues de Marie de Médicis, répression de toute opposition politique, ce sont surtout ses relations avec Monsieur, duc d'Orléans, et l'attitude de l'héritier présomptif du royaume qui dominent cette année 1632.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2007
Nombre de lectures 199
EAN13 9782296181298
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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La correspondance ducardinal de Richelieu
Aufaîte dupouvoir : l’année 1632

Dumême auteur

Anne d’Autriche,lajeunessed’une souveraine, Paris, Flammarion,2006.

Richelieu et la Lorraine, Paris, L’Harmattan,2004.

LesPapiersdeRichelieu,section politiqueintérieure, correspondance et
papiersd’État,indexdes tomesIV, V, VI corrections etadditions(1629-1631),
en collaboration avec Éric de Labriolle, Paris, éditions A. Pédone,1997.

© L'HARMATTA,2007
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04026-7
EAN: 9782296040267

Textes établis, présentés et annotés par
Marie-Catherine Vignal Souleyreau

La correspondance ducardinal de Richelieu
Aufaîte dupouvoir : l’année 1632

L'Harmattan

Logiques historiques
Collection dirigée par DominiquePoulot

Lacollection s’attacheàlaconscience historique descultures contemporaines.
Elleaccueille destravauxconsacrésaupoids de ladurée,aulegs d’événements-clés,au
façonnementde modèles oude sources historiques,à l’invention de latradition ouà la
construction de généalogies.Lesanalyses de lamémoire etde lacommémoration, de
l’historiographie etde lapatrimonialisation sontprivilégiées,qui montrentcommentdes
représentations dupassé peuventfaire figures de logiques historiques.

Déjàparus

HuguesCOCARD,L’ordrede la Merci enFrance,2007
ClaudeHARTMANN,Charles-Hélion,2007.
RobertCHANTIN,Parcours singuliersdecommunistesrésistantsde
Saône-et-Loire,2007.
Christophe-Luc ROBIN,Leshommes politiquesduLibournaisde
Decazesà Luquot,2007.
Hugues MOUCKAGA,Vivre et mourirà Rome etdans leMonde
Romain,2007.
Janine OLMI,Oser laparité syndicale,2007.
Jean-Claude DELORME, Marie-Claude
GENET-DELACROIXetJeanMichelLENIAUD,Reconstruction,restauration,mise envaleur.
e e
Historicisme et modernitédu patrimoine européenaux XIXetXX
siècle,2007.
GavinBOWD,LeDernierCommunard. AdrienLejeune,2007.
DavidMATAIX,L’Europedesrévolutions nationales 1940-42,2006.
PaulTIRAND,ÉmileDIGEO(1822–1894).L’itinérairesingulier
d’uncommunard,2006.
erer
HuguesMOUCKAGA,La Romeancienne,Isiècleav.J.-C.– Is.ap.
J.-C.,2006.
Jean-PierreGRATIEN,MariusMoutet,un socialisteàl’outre-mer,2006.
Jean-RémyBEZIAS,GeorgesBidault et lapolitique étrangèrede la
France,2006.
CécileBERLY,Marie-Antoinette et sesbiographes,2006.
AntoninGUYADER,La revueIdées,1941-1944.Des non-conformistes
enRévolution nationale,2006.
JacquesLELONG,LeBocagebourbonnais sous l’AncienRégime,2006.
RobertPROT,JeanTardieu et lanouvelle radio,2006.

PourJade etPierrick

ITRODUCTIO

La dernière édition française de lacorrespondance ducardinal deRichelieuest
cellequi futmise enœuvre par la Commission Internationale pour l’Édition des Sources
de l’HistoireEuropéenne (MonumentaEuropae historica)entre1975 et1985 etréalisée
1
parP.ierre GrillonL’entreprise s’estattachée àune édition detextes érudite. Il
s’agissaitde proposer àun lectorataverti la correspondance passive etla
correspondance active ducardinal, de donner l’aperçule plus significatif possible de ses
« papiersd’État». Cependant, seuls les manuscrits relatifs auxpremières années du
2
ministère de Richelieu(1624-1631) ontététranscrits etpubliés .
La correspondance de Richelieuestpassionnante en cequ’elle présente non
seulement tous les grands évènements du temps, mais également tous leurs
protagonistes en situation. Elle dépasse de surcroîtlargementles limites duroyaume de
LouisXIIIpouratteindreune dimension européenne déjàfondatrice par la volonté
même ducardinal, dans le cadre de l’ambitieuxprojetde protectorat auquel il s’est
attaché.Si lamasse dedocuments, les difficultés de lecture de certains manuscrits, des
orthographes peucodifiées, oul’absence de ponctuation ontété des obstaclesàleur
diffusion etont, jusqu’ici, contraints les éditeursscientifiquesàen réserver ladiffusion
auxspécialistes, historiens, étudiants ouchercheurs, il paraît aujourd’hui indispensable
de présenter cestextesà toutlecteur curieux, car ils expliquenten grande partie la
civilisation dans laquellenous évoluons. C’estpourquoi s’estimposée lanécessité de
proposerun ensemble de documents choisis, dontlasyntaxe etl’orthographe ontété
rigoureusementrespectées, mais dontlaponctuation etl’accentuation ontété
modernisées,afin d’en rendre lalecture fluide et aisée.Chaquetexte faitl’objetd’une
présentation oud’un résumé particulier, les personnalités citées, dans lamesure oùleur
destin estconnugrâceàd’autres sources,ainsique laplupartdesréférences
3
géographiques, sontidentifiées .L’intégralité des dossiers detravail deRichelieune

1
P. Grillon (éd.),LesPapiersdeRichelieu,section politiqueintérieure, correspondance et papiersd’État,
tomeI(1624-1626),Paris, A.Pédone, 1975.TomeII(1627) paruen 1977,tomeIII(1628) paruen 1979,
tomeIV(1629) paruen 1980,tomeV(1630) paruen 1982,tomeVI(1631) paruen 1985.Troisautres
volumesconsacrésauxpapiers d’ÉtatdeRichelieu, section politique extérieure,ontégalementété publiés
sous l’égide desMonumenta Europae historica:A.Wild (éd.),LesPapiersdeRichelieu.Section politique
extérieure, correspondance et papiersd’État.Empireallemand.TomeI(1616-1629),Paris,A.Pédone, 1982 ;
A.-V.Hartmann (éd.),LesPapiersdeRichelieu.Section politique extérieure, correspondance et papiers
d’État.Empireallemand.TomeII(1630-1635) ;TomeIII(1636-1642),Paris,A.Pédone, 1997-1999.Les
normes detranscription desMonumenta EuropaeHistoricasonténoncées en introduction du tomeI.
2
Afin de poursuivre cetteœuvre, des recherches ontété menées sous ladirection deM. Georges Dethan,
conservateur en chef des Archives duministère des Affaires étrangères[MAE], parMM. Arnaud de
Maurepas, ingénieur d’étudesàla Sorbonne,HenriZuber,Pierre Fournié etBenoît Jordan,conservateurs.La
présente édition leur doitbeaucoup etje les en remercie.De même, l’apparat-critique proposé icin’auraitpu
êtreconstitué sans lestravauxdeM.PierreGrillon, en particulier en cequiconcerne les carrières etles
lignages des officiers contemporains deRichelieu.Enfin, jetiensàremercier leRecteurYvesDurand,troptôt
disparu,quiabienvoulum’accorder saconfiance, etsanslequel le présentouvrage n’auraitjamais pu voir le
jour.
3
Quelquesconventions sont àpréciser.Les mots figurantentre < > sontceuxdontlalecture estincertaine.Le
symbole <…> peutmême évoquer destermes restés illisibles pour letranscripteur, soiten raison d’une
graphie difficile, soitd’unetâche sur le supportoriginel, soitd’un cachetde l’organisme de conservation
malencontreusementplacé, soitd’unterme dissimulé par lareliure durecueil manuscrit.Les mentions
figurant [] ontétéajoutées par l’éditeurscientifique pour faciliter lacompréhension du texte ousignifier
quelqueanomalie oucuriosité.

7

pouvaitêtre reproduitlee :lecteurtrouveraici les lettres etmémoires restés inédits,
chaque pièce présentant un intérêtparticulier, par lasituation évoquée, lespersonnalités
impliquées, oul’originalité de sonton. Touteune époque se dévoileainsi, autour de
thèmes majeurs,qui ontfaitde l’année 1632 un momentphare duministère de
Richelieu.

Les dossiers de travail de Richelieu

À lamortdeRichelieu, le 4 décembre1642, les papiers deceluiqui futle
principal ministre deLouisXIIIfurent versés, selon l’usage du temps etcomme
luimême enavaitfaitlevœupartestament,àl’actif de sasuccession privée, etléguésàsa
me me
nièce,Mde Combalet, duchesse d’Aiguillon.Il faut attendre le décès deMde
Vigean, seconde duchesse d’Aiguillon (nièce ethéritière de laprécédente), le18octobre
1704,ainsique l’organisation desarchives dusecrétariatd’Étatdes Affaires étrangères,
e4
au toutdébutdu XVIIIsiècle, pourqueColbertdeTorcy,àla tête dudépartement,
obtienne du Roi l’autorisation de retirer les papiers deRichelieude lasuccession de la
défunte.Le devenir de cetimmense corpus estindissociable dusouci d’organiser - de la
manière laplus rationnelle etefficacequi se puisse concevoir - cetorgane stratégique
d’administrationcentrale, etde son corollaire, lacréation desarchives diplomatiques,à
e5
partir de laseconde moitié du XVIIsiècle .Le2mars1705, le sieurAdam, premier
commis des Affaires étrangères,reçoitl’ordre de saisir lespièces, contre « les décharges
6
nécessairesquiserontréputées bonnes et valables » .Mais il faut attendre 1711 pour
qu’un érudit, l’abbéJoachimLegrand, sevoie confier lamission de classer les liasses et
paquets laissés parRichelieu.
JoachimLegrand estnéà Saint-Lô en 1653. Entréàl’Oratoire en 1671, prieur
deNeuville-les-Dames, il estd’abordchargé de l’éducation dujeune duc d’Estrées,
puis,àpartir de1704, desaffaires des ducs etpairs.Très liéà Pierre deClairambault,
l’abbéLegrand collabore jusqu’en 1720 àlapublication duRecueildeshistoriensde la
7
France.En1728, il publieàsontouruneHistoired’Abyssinie, etmeurten 1733en

4
Jean-Baptiste ColbertdeTorcy(1665-1746) : fils de Charles Colbertde Croissyetneveudugrand Colbert, il
succèdeàson père comme secrétaire d’Étatdes Affaires étrangères en1696.Il estnommé ministre d’Étaten
1699.Jusqu’en 1715, il dirige ladiplomatie française etjoueun rôle essentiel lors de laguerre de succession
d’Espagne.VoirR.Mousnier (dir.),LeConseilduRoideLouisXII àla Révolution,Paris,1970, p. 175-203 ;
M. Antoine,Le Gouvernement et l’administrationdeLouisXV.Dictionnairebiographique,Paris, 1978.
5
M.-C.VignaDes pl, «apiers d’Étatd’un ministreaux archives duministère des Affaires étrangères :la
e
destinée des dossiers politiques deRichelieu»,XVIIsiècle,n°208,2000, p.371-386.
6
L’ordre deLouisXIVestconservéaux archives duministère des Affaires étrangères, coll.Mémoires et
Documents France[MD France],vol.1138, f° 59. En 1755,une note remiseaumaréchal duc deRichelieupar
M.LeDran, premier commis desAffaires étrangèresaudépôtdu Louvre signale :«Le2mai1705, il fut
expédié parM. le marquis deTorcy un ordre duroi pourautoriser le sieur Adam, l’un de ses premiers
me
commis,àretirer des effets de lasuccession deMd’Aiguillon les papiers duministère deRichelieu.Le
testamentde ce cardinal futremisavectous ses papiersausieurAdam etle marquis deTorcyl’afaitdéposer
avec cesmêmes papiersaudépôtdes Affaires étrangères, lorsqu’en 1710il formace dépôt,avec lapermission
deLouisXIV, dans le donjonau-dessus de lachapelle du Vieux Louvre, en le confiant ausieur
deSaintPrest. »
7
Une notice biographique concernantl’abbéLegrand figureau tomeIIIde laBibliothèque historiquede la
FrancedupèreLelong.

8

léguantses propres archivesaugénéalogiste duRoi, parmi lesquelles des pièces
8
provenantdes dossiers de Richelieuqu’iln’a pas euletemps declasser .
Letravail d’inventaire de l’abbéLegrandaprobablementétéachevéavantla
mortdeLouisXIV.Une partie de celui-ci est aujourd’hui conservéeaudépartementdes
manuscrits de laBibliothèquenationale de France,uneautre, laplus importante,aux
9
archives duministère desAffaires étrangères .L’abbéLegrand donne d’abordaux
manuscritsqu’ilamanipulésun ordrechronologique, ilymêle ensuiteun ordre
thématique etgéographique.Pour certaines dates, les liasses de documents ontété
numérotées.Sontégalementfournis l’intitulé des pièces recenséesainsique des
analyses plus oumoinscomplètes de leur contenu.L’inventaire de l’abbéLegrand
présente non seulementl’immense intérêtd’énumérer lesactivités deRichelieuetde
son entourage, maisaussi de donner l’étatde conservation des papiers deRichelieu au
e
débutdu XVIIIsiècle etd’en évaluer les pertes.
Il restequ’une partie non négligeable despièces d’Étatduministère de
Richelieuestrestéeauxmains ducomte de Chavignyen1642.C’esten 1733encore,
10
que l’héritier de lafamilleBouthillier-Chavigny,M. du PontdeChavigny,cède les
11
manuscrits de sesaïeux àChauvelin ,àla tête dudépartementdesAffaires étrangères
depuis 1727, pour le dépôtd’archives du Louvre,qui reçoit aussi,en 1731,229
12
manuscrits duprésidentdeMesmes.
Pendantla Monarchie deJuillet, les papiers deRichelieuetcequ’il reste des
papiers deChavignysontreliés envolumes. En 1843,Villemain, ministre de
l’Instruction publique etsecrétaire perpétuel de l’Académie française, prend l’initiative

8
Clairambaultdécède,quant àlui, en 1740etlègue sabibliothèqueau Roi.Sesarchivessont àl’origine de la
collection de laBibliothèquenationale de Francequi porteson nom.
9
P. Grillon, introduction du tomeIdesPapiersdeRichelieu, ouv. cit. p.29-30.On retrouve des fragments de
cetinventaireàlaBnF, coll.Clairambault, dans levol. 521, intitulé «MélangesLegrand »;lesvolumes 518,
519 et520qui réunissentd’autresdocuments de l’abbéLegrand concernentplus généralementlapolitique du
e
débutdu XVIIIsiècle.Quant au volume 551,quementionnePierre Grillon, ilcontienten faitdes mémoires
autographes de l’abbé concernantlabulleUnigenitusetles rapports entre lacour deFrance etcelle deRome.
L’inventaire conservé dans lacollectionClairambaultde laBibliothèquenationale de France est très
incomplet.Il esten faitconstitué de deuxéléments distincts :une minuteautographe de l’abbéLegrand
luimême, conservéeauxfol.211-231 du volume 521, faite de notes prisesaufur et àmesure des dépouillements
des papiers deRichelieu(d’une petite écriture cursive etserrée, d’une encretrès noire); une copie, de lamain
d’un secrétaire desAffaires étrangères.Ces deuxformes d’inventaire se retrouventégalementdans les
collections duministère desAffaires étrangères.Les copiesquiysontconservées sontbeaucoup plus
importantes etfontpartie intégrante des papiers deRichelieu.Il s’agitde22cahiers, coll.MD France,
vol.246,248,249,250,252,253,254,255,256,257,258,286,287,288,778,780,781782,790,791 et 796 ;
d’autres éléments setrouventdans lacoll.Correspondance politiqueItalie [CP Italie],vol. 13, etdans lacoll.
Correspondance politiqueHollande[CP Hollande],vol. 14.VoiraussiL.Lecestre, «LesInventaires des
papiers deRichelieu», dansRapports et notices surl’éditiondesMémoiresdeRichelieu, dir.J.Lair,
fasciculeI,1905, p.309-372.
10
Concernant LéonBouthillier deChavignyetson père,ClaudeBouthillier,O.Ranum,LesCréaturesde
Richelieu,Paris,1966 ; P. Grillon, «Lettre de Claude Bouthillieraucardinal deRichelieu», dansY.Durand
(dir.),Hommageà Roland Mousnier: clientèle etfidélité en Europeàl’époque moderne,Paris,1981,
p.7190. Claude Bouthillier dirige le départementdes Affaires étrangères entre le2mai 1629 etle 18 mars 1632.
Son fils,Léon Bouthillier,comte deChavigny, occupe les mêmes fonctions entre le18 mars 1632etle23juin
1643.
11
Germain-Louis Chauvelin (1685-1762) :secrétaire d’Étatdes Affaires étrangères en1727, il engage la
France dans laguerre de succession dePologne.Il estexilé par le cardinal de Fleuryen1737.
12
Henri deMesmes, seigneur deRoissy(1585-1650).ConseillerauparlementdeParis en 1608, lieutenant
civil en1613, prévôtdes marchands de1618à1620, président àmortier en 1627.Lesdocuments sontcédés
par ses nièces, filles deJean-Antoine deMesmes(1598-1673), lui-même président àmortier en 1651.

9

de la publication d’une partie des documents ducardinal deRichelieu.L’entreprise
aboutitàlaremarquable édition de Louis-Martial Avenel,qui fait toujoursréférence
13e
aujourd’hui.Puis,audébutdu XXsiècle, lestravauxpréparatoiresàlapublication
desMémoiresdeRichelieupar la Société de l’Histoire deFrance, sous ladirection de
14
JulesLair, donnentlieu auxpremières réflexions sur laconservation des papiers de
Richelieu.Leur inventaire estenvisagé commeun instrumentde recherche, forgé, soit à
l’époquemême ducardinal, par ses historiographes, pour lapréparation desMémoires,
e
soit audébutdu XVIIIsiècle, sur l’ordre deColbertdeTorcy.
15
PourFrançois-Louis Bruel d’abord, « les inventaires, bienque postérieursau
décès ducardinal, etsans doute dressés en 1710lors du transfertde ses papiersau
Dépôtdes Affaires étrangères, nous montrentbienquelle étaitl’ancienne disposition
desarchives ducardinal :les pièces étaient toujours classées en registres ouliasses
16
intitulés livres, cahiers oujournaux». F.-L. Bruel envisage lanotion de dossier de
travail sans laformuler.Mais laperspective dans laquelle se situe saréflexion
l’empêche de développer ce postulat.De même, le comteGabriel deMun lie
l’élaboration de l’outil de rechercheàlaconstitution des liasses etpaquets réunissantles
papiers deRichelieu, laquestion étant alors de les dater soitde l’époque deRichelieu
e 17
soitdudébutdu XVIIIsiècle .LéonLecestre parle luiaussi d’inventaires,aupluriel,
18
réalisés par l’abbéLegrand, dontil donneune courte biographie.Selon lui, les
nombreuses fautes etdéformationsquiémaillentl’orthographe durédacteur sontdues
e
aucopiste du XVIIIsiècle etnonàl’auteur desanalyses.Il est vraique l’écriture de
l’abbéLegrand estparfoisdifficilementlisible...Richelieuetson entourage ontréuni
des dossiers detravail pour le suivi desaffaires, sans numérotation ni pagination.C’est
l’abbéLegrandqui s’est atteléàcettetâche et acertainementformaliséun étatde
conservation existant.
Lestravauxde publication dontles documents légués parRichelieuontfait
l’objetontbeaucoup faitprogresser les connaissances relativesàlanature des pièces de
19
travail réunies par le principal ministre deLouisXIII.PierreGrillon,àlasuite
deL.M. Avenel,adistingué les manuscrits originaux, des minutes oubrouillons, des copies
etdes misesaunet, dernière mise en formeavantlarédaction de l’original.
Contrairement à L.-M.Avenel,P.Grillon ne s’estpas limitéauxlettres rédigées par le
cardinal lui-même ousous sadictée directe, ila transcritetpublié non seulementla
correspondanceactive deRichelieu, maisaussi sacorrespondance passive, et,avec elle,
les mémoires, rapports, notes, etc.utilisés par lui etpar son entourage dans leurtravail
quotidien.Lapublication de lacorrespondance ducardinal datantde l’année1632

13
L.-M. Avenel,Lettres,instructionsdiplomatiques et papiersd’ÉtatducardinaldeRichelieu,Paris,
18531877.Collectiondedocumentsinéditssur l’histoiredeFrance, 8vol.
14
NotammentRapports et noticessur l’éditiondesMémoiresducardinaldeRichelieu, préparéepour la
Sociétéde l’histoiredeFrance,t.I, fascicule1,Paris, 1905; t.I, fascicule2 [dir.J.Lair, baron de Courcel,
L.Delavaud],Paris,19t06 ;.II, fascicule 4[dir.J Lair, baron de Courcel,L.Delavaud],Paris,1907 ;t.II,
fascicule 5[dir.J.Lair, baron de Courcel,L.Delavaud],Paris,1914.
15
F.-L. Bruel, «LeTitre originel desMémoiresdeRichelieu», dansRapports et noticessur l’éditiondes
MémoiresducardinaldeRichelieu, sous ladirection deJulesLair, fasciculeI,1905, p.249-276.
16
Ibid.
17
Rapports et notices sur l’édition des Mémoires ducardinaldeRichelieu, dir.JulesLair, fasciculeI,1905,
p.281-282.
18
L.Lecestre, «LesInventaires des papiers deRichelieu»,article cité p.315-316.
19
P. Grillon (éd.),LesPapiersd’ÉtatdeRichelieu…, ouvragecité.

10

permet,quantà elle, d’appréhender les rapports établis entre lesdocuments eux-mêmes,
en cequ’ils se répartissenten ensemblesthématiques structurés, élaborés parRichelieu
etpar ses collaborateurs de leurvivantmême.
La plus grande partie des papiers de Richelieuestconservéeauxarchives du
20
ministère desAffaires étrangères .Les collectionsMémoires etdocumentsFrance[MD
France] etCorrespondance politique [CP] reflètentles méthodes detravail ducardinal
de Richelieu.Constitués aufur età mesure dudéroulementdes affaires de l’époque, ses
dossiers résultentdurapprochementde diverstypes de documents, de la note la plus
lapidaire aumémoire le plus élaboré. Ils sontsouventannotés de la main d’un
secrétaire, de manière à faire apparaître aupremier coup d’œil le sujetconcerné.
Évoquer les dossiers detravail deRichelieune peuts’envisager sans souligner la
complexité etlevolume considérable de cetensemble. Leur mise en lumière permetde
reconstituer latrame des affaires de l’époque, de suivre les péripéties de leur
déroulement, leur évolutionchronologique,ainsique l’impactde chaque objet traitéà
une date donnée, dansuncontexte particulier.En filigrane,transparaissentles
préoccupations de Richelieu, les affaires jugées prioritaires ousecondaires,
l’implication personnelle ducardinal ouaucontraire la délégation àuntiers, entre
autres, en cas de maladie (Bouthillier,Chavignyetle secrétaire de Richelieu,Denys
Charpentier, prennentle relais, notammenten novembre-décembre1632).L’analyse des
dossiers detravail deRichelieupermetaussi de connaître les collaborateurs les plus
proches, les « créatures les plus fidèles » selon leterme dontse prévalentles intéressés
eux-mêmes.Elle permetde mettre en corrélation le recours àtel ou tel correspondant
avec l’importance de laquestiontraitée ouduproblème posé.
Une des originalités des papiers deRichelieuréside dans la diversité des lettres
conservées :les correspondances active etpassive de Richelieuontété évoquées.
S’ajoute lacorrespondance de la familleBouthillier-Chavignyetdes plus proches
collaborateurs de Richelieuauconseil duRoi.De nombreuses lettres originales ont
aussi ététransmises directementaucardinal par ses créatures, dans le cadre de
l’immense réseaude correspondantsqu’ilasumettre en place à l’intérieur duroyaume,
voire au-delà (notammentauxPays-Bas espagnols).Cesvéritables agents de
renseignements peuventrecevoir des lettrestraitantd’affaires dontl’issue ne dépend
que de l’autorité etde ladécision deRichelieu. Ils sontaussi habilités à intercepter les
courriersqui leur paraissentrévélateurs. D’oùlaprésence dans les papiers de Richelieu
dequelques lettres, quine sont, sans doute, jamais parvenuesàleur destinataire, et, plus
souvent, decopies de correspondances ouvertes etespionnées. Le principal ministre de
LouisXIIIest alorsaufaîte de sapuissance.

Dans ladroite ligne de lajournée desDupes, l’année1632s’ouvre surune
obsession :lasurveillance etlarépression systématique detoute opposition politique.
Unevéritablecensure des formes littéraires imprimées (libelles, pamphlets,traités, etc.)
hostilesà Richelieuet àsapolitique s’estmise en place.Uneattention particulière
semble portéeauxécritsattaquant aussi bien lapersonne ducardinalque laconduite de

20
A. Baschet,Histoire dudépôtdesAffaires étrangères àParis, auLouvre en 1710;à Versailles en 1763 et
de nouveauà Paris endivers endroitsdepuis 1796,Paris,1875. Collectif, préfaceM. deLaFournière,Les
Archives du ministèredesRelations extérieuresdepuis lesorigines: histoire etguide,suivisd’uneétudedes
sourcesde l’histoire desAffaires étrangèresdans lesdépôts parisiens etdépartementaux,Paris,1984.

11

son ministère,quelles que soientl’origine etlacritique, libellesanonymes dontles
auteurs n’ontpasun rôle politique depremier plan oulibelles dontl’origine estavérée
etparticulièrementdangereuse pour le ministre deLouisXIII,textes rédigésà
l’initiative directe ouindirecte deMarie deMédicis, deGaston d’Orléans etde leur
2122
entourage, notammentle pèreChanteloubeet Puylaurens .C’est ainsique s’ouvre dès
lespremières semaines de 1632le procès des sieursDoron,Quesnel etBarbier,auteurs
de libelles diffamatoiresvisant Richelieuetson frère, l’archevêque deLyon.La
procédure judiciaire estmenée par le comte d’Argenson, procureur généralauprès de la
chambre de l’Arsenal, récemmentcréée, etpeutêtre rapprochée de l’instruction d’un
23
autre procès, celui dumaréchal deMarillac, procès politique par excellence .Les livres
venantdeBruxelles etles pamphlets défavorables oufortementopposésauministère de
Richelieufontl’objetd’une surveillancevigilante :une rigoureuse censure liéeau
contrôle des ordinaires etdes postes s’exerce même.Unvéritable bras de fer s’est
engagé entreMarie deMédicis,Gaston d’Orléans et Richelieu.Les rapports du
chevalier duguet,Laurent Testu, en sontrévélateurs,toutcomme laprésence dans les
papiers deRichelieud’un ensemble de lettres duduc d’Elbeuf, conviantses lieutenants
24
àsetenir prêtsàlaprise d’armes .Lethème de larépression politique estdirectement
me
abordéavec les pièces relativesaupèreChanteloube,à MduFargis,auduc de
Bellegarde ou auchevalier deValençay. Dansce contexte, lacirculation de
l’information prendune dimension stratégique depremière importance.Or des dépêches
sontmalencontreusementégarées par le bureaudes postes dePont-à-Mousson en mai
25
1632.Les précautions prises ne sontpas superflues puisqu’elle dévoileun projet
d’assassinatdeRichelieuetdeLouisXIII,ainsiqu’unetentative d’enlèvement visantla
me
nièce deRichelieu,MdeCombalet.Déjouer les projets d’attentat apparaîtcommeune
nécessité constanteaumomentoùle frère du Roi entre en rébellion ouverte,avec le
soutien d’une partie de lanoblesse, dontcelui duduc d’Elbeuf etduduc de
Montmorency.
Corollaire obligé pour se protéger etconserver l’autoritéacquiseauprès de
LouisXIIIetdans le royaume : larépression exemplaire des rebelles.Même les Grands
duroyaume - etsurtouteux-,coupables de collusionavecMarie deMédicis, ou
coupables de s’être laissés entraîner parGaston d’Orléans dans sachevauchée, sont
impitoyablementpunis.Le procès dumaréchalLouis deMarillac se dérouleaumois de
mai etse situe dans le prolongementdirectde lajournée desDupes.Il estle premier
d’une série d’instructions judiciairesquivisentle duc deMontmorency aumois
d’octobre1632,ainsique deux autres fidèles deMonsieur,Louis Deshayes de
Cormenin etCharles-Maximilien d’Hallewin, seigneur deWailly.

21
Le pèreJacques d’Apchon deChanteloube : prêtre de l’Oratoire en1621. D’aprèsP. Grillon (Les papiers de
Richelieu...index des tomesI, IIetIII...Paris, 1980, p.31), « ladéclaration du 31 mars 1631 mentionne son
nom parmiceuxdontles mauvais conseils ontconduitGaston d’Orléansàlarévolte.Il projette par lasuite
me
d’enleverMdeCombaletavec son neveu,JacquesArtaud d’Apchon.En mai1634, son domestique,nommé
La Roche,ayantfomentéunattentatcontreRichelieu, il estarrêté etson maître estdéclaré de prise de corps
par le parlementdeMetzpour conspiration.Il meurtàBruxelles en février1641 ».Latentative d’enlèvement
de lanièce deRichelieuest un desthèmes évoqués ci-dessous.Ilapparaîtégalementicique le père
Chanteloube estcondamné par contumace dès1632.
22
Antoine deLaage dePuylaurens (v. 1605-1635) :P. Grillon, ouvragecité p.100.
23°
MAE,MD France,vol. 802, f7, 8,260.
24 °
MAE,MD France,vol. 804, f127-144.
25°
MAE,MD France,vol. 802, f168-172et199-200.

12

La justicetient une place particulière en1631 et1632, aumomentoùRichelieu
imposeune importante réforme judiciaireàun Parlement trop rétif, par la création d’une
Chambre spéciale, dontil fait unvéritabletribunal d’exception, l’Arsenal. Les
références auxinstances aveclesquellestravaille oucompose le Conseil deLouisXIII
sontparticulièrementnombreuses : entémoignentles extraits des registres duparlement
deParis, oude lachambre de l’Arsenal, etles lettres des parlementaires.
Mais l’ensemblethématique le plusimportantdans les dossiers detravail de
Richelieu, par le nombre de piècesqu’il réunit, par l’attentionvisiblequi lui estportée,
par le déploiementd’activitéauquel il donne lieu, estceluiqui concerne le frère du Roi.
Il éclaire les relations entretenues par le cardinalavecGaston d’Orléans etl’attitude de
LouisXIII vis-à-vis de celuiqui estencore l’héritier présomptif duroyaume.Or
Monsieur entre en guerre ouverte contre l’autorité souveraine du Roi en1632.Une
surveillance constante s’exerce sur lui depuis1631, dateàlaquelle il s’estréfugiéaux
Pays-Bas,auprès deMarie deMédicis, puisenLorraine. Dès le débutde l’année 1632,
il semble presque suivi pasàpas,notammentpar le doyen de Cambrai,M. Carondelet.
Les levées detroupesqu’il opèretant àl’intérieurqu’àl’extérieur duroyaume sont
minutieusementobservées.Laprogression de sachevauchéeaucours duprintemps
1632estconsignée jouraprès jour.Sesalliances etleurs conséquences sont analysées.
Elles revêtent une importance considérable non seulementpar lamise en cause de
l’autorité personnelle deLouisXIII, par lamise en cause de l’autorité royale qu’elles
impliquent, maisaussi par le danger que représente l’appelauxforces ennemies
(espagnoles et autrichiennes), et, dansune moindre mesure, le recoursauxforces
lorraines, que ne manque pas de solliciter le duc d’Orléans.Lamultiplication des
champs de bataille enEurope, dans le contexte de laguerre deTrenteans, etla
diversion créée par le roi deSuède, limitentles renfortsauxquels peutprétendre le frère
du Roi.Mais sonarrivée dans le royaume metles provinces qu’iltraverseàfeuet à
sang.Aucours des mois de juilletet août1632, laguerre civileatteintson point
culminantet affectetoutle sud duroyaume,avantlabataille deCastelnaudary, qui met
unterme brutalàl’équipée dès le mois de septembre.
Aucours duderniertrimestre 1632cependant, lesaffaires du Languedoc
tiennentencore laplace essentielle.Après sadéfaite faceaumaréchal deSchomberg, le
duc deMontmorencyest traduiten justice etcondamnéàmort.Laréforme fiscale de la
province estpoursuivie etpriorité estdonnéeaux affaires intérieures duroyaume, qu’il
estnécessaire de pacifier.Lapoursuite des conflits entraîneraitd’ailleursune
quasifaillite des finances royales, ce dont témoignentClaude deBullion etClaudeBouthillier
avantmême leur nominationàlacharge conjointe de surintendantdes finances,àlafin
dumois de juillet1632,àlasuite dudécès dumaréchal d’Effiatqui détenaitlacharge.
Après lachevauchée deLanguedoc, labataille deCastelnaudaryetl’exécution
duduc deMontmorency, le comportementdeGaston d’Orléans n’évolue pas.Il signe
unaccord de paix avec leRoi mais s’enfuit ànouveauduroyaume etse réfugie encoreà
Nancy.Lasurveillanceattentive reprend.Les pièces s’yrapportantse multiplient à
nouveau àlafin de l’année.Les incartades deMonsieur obligentle cardinal de
Richelieu àrenforcer le dispositif de défense des frontières.
Les dossiers detravail deRichelieuprésentent unautrethème isolé, qui ne
semble pas constituerun ensemble composé de manière délibérée, cependant, sa
_
récurrence, etlaconservation des manuscrits quiyont traiten fontinvolontairement
_
ou volontairement une question importante de lafin de l’année 1632.Richelieu tombe

13

gravementmaladeaumois de novembre.Les nombreuses lettres de courtoisie qui lui
sontadresséesàce sujetentémoignent.L’occasion esten mêmetemps donnéeauRoi
de réitérer plus que saconfiance en son ministre,uneaffection réelleàson égard.
L’année 1632 voitaussi ladisparition de deuxfidèles serviteurs deLouisXIIIetde
Richelieu, hommes de guerreàl’indéniablevaleur, le maréchal d’Effiat, déjàévoqué, et
le maréchal deSchomberg.Tous deuxontcontribué de manière déterminanteàimposer
l’autorité royaleauxmarges orientales duroyaume.Or l’attitude duduc deLorraine, lié
par le mariage de sasœur,Marguerite,aufrère du Roi,apparentéauduc deBavière, en
contact avec l’empereurFerdinandIIetle roi d’Espagne,PhilippeIV, est un sujetde
préoccupation constante pourRichelieu.Ses papiers conserventde nombreuses pièces
26
ayant trait auxrelations entretenuesavec le duché deLorraine .Ces préoccupations et
leurs répercussions sur lasanté ducardinal sont très révélatrices de lasuccession
d’événements qui fontde l’année 1632 untournantduministère deRichelieu.Le
ministre deLouisXIIIsembleàsonapogée, bien que l’autoritéacquiseauprès du
souverain, dans le royaume, et auplan international, soit toujours pour luiun sujet
d’inquiétude, et, entoutétatde cause,une position sans cesseàreconquérir.

Le tournantdes années 1630

Aucours de l’automne 1630, le mal qui immobiliseLouisXIIIlors de la
campagne d’Italie faitsurgir laquestion de sasuccession.Plus que jamais, lapersonne
deGaston d’Orléans estessentielle sur l’échiquier politique.Monsieur est trèsattachéà
samère.C’est une des raisons pour lesquelles ilarompu avecRichelieupuis quitté la
cour etle royaumeaprès lajournée desDupes.Courant avril 1631, il est arrivéà
Besançon, oùle duc deBellegarde etlesComtois, prudents, ontpréféré ne pas prendre
27
parti .Gaston d’Orléans sollicitealorsunasile qu’il juge plus sûr etdépêche en
Lorraineun officier de ses chevau-légers, le seigneur deFrétoy, pour demanderà
CharlesIVde luiaccorderune retraite.Le duc deLorraine, luiaussi, hésite sur la
conduiteà tenir.MaisGaston d’Orléans évoque déjà un possible mariageavec la
princesseMarguerite, rencontrée lors d’un premier exilà Nancyen 1629.CharlesIV,
conscientque l’accueil deMonsieur pour laseconde fois dans sesÉtats pourraitdéplaire
à LouisXIII, refuse de donner immédiate satisfactionàl’héritier présomptif duroyaume
et avertitle roi deFrance que son frère souhaite séjourner dans sacapitale, pouraussitôt
28
changer d’avis et accueillir le fugitif…
Marie deMédicis, en exilaux Pays-Bas espagnols, estconsciente des enjeux
impliqués par l’union éventuelle duduc d’Orléansavec lasœur cadette duduc de
Lorraine : laquestion estcelle de lasuccessionau trône deFrance.Lareine mère choisit
detrahirLouisXIII: elle prend non seulementle parti de s’opposerauxintérêts de son
filsaîné pour mieuxdéfendre ceuxde son fils cadet, mais,apparentéeàladuchesse
douairière deLorraine,Marguerite deGonzague, elle choisitde raviver les prétentions

26
Bien qu’une sous-série de lacollectionCorrespondance politique duministère desAffaires étrangères soit
consacréeàla Lorraine,un ensemblethématique complémentaire se retrouve dans lacollectionMémoires et
documentsFrance.Ces documents inédits ontfaitl’objetd’une étudeapprofondie :M.-C.VignalSouleyreau,
Richelieu et la Lorraine,Paris,L’Harmattan,2004.
27
P.Grillon (éd.),LesPapiersdeRichelieu…,1631,t.VI, ouvrage cité, p.208.
28
Le duc deChevreuseà LordMontaigu, slsd,MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol. 57-58.

14

29
de lamaison deLorraineàlacouronne de France .Parailleurs, il estcertain que le
projetde mariage de Gaston d’Orléansavec laprincesseMarguerite se bâtiten même
temps que lapréparation d’une interventionarmée des rebelles exilés,àl’intérieur
même duroyaume.Le roi de France n’estplus le fils oule frère, il estdevenule
protecteur de l’ennemià abattre etàcetitre le devoir de révolte paraîtlégitime.Or l’exil
de lareine mèreauxPays-Bas espagnols élargitleterrain d’affrontementavecRichelieu
àl’Europe entière.

Lesquestions espagnole, lorraine etimpériale : l’artde ladiplomatie selon
Richelieu

En cesannées 1630,PhilippeIVn’accorde pasasileàsabelle-mère sans
réticence, car lestensions entre laFrance etl’Espagne se sontdangereusement
accentuées depuis l’affaire deMantoue.Le gouvernementdeBruxelles désigne le
peintrePierre-PaulRubens, quiaréalisé quelquesannéesauparavant une série de
portraits deMarie deMédicis, pour représenter l’infanteIsabelle-Claire-Eugénieauprès
de lareine mère installéeàAvesnes.Au vrai, le comte-ducOlivarès doute dusérieuxde
l’engagementdeMarie deMédicis etdeGaston d’Orléans contreRichelieu.Rubens
doitnéanmoinstransmettreà Madrid et àBruxelles l’assurance que les ducs deGuise,
d’Épernon etdeBouillon prennentfaitetcause pourMonsieur, laplace deSedan
devantouvrir ses portesauxséditieux.
Rapidement, lacapitale desPays-Bas espagnols setransforme en foyer de
complots.Gaston d’Orléansyrejointsamère etobtientde
l’infanteIsabelle-ClaireEugénieuneaide financière de centmille écus.Monsieur peutprocéderaurecrutement
de soldats dans larégion deMontbéliard etdeBesançon.Dès le mois de septembre
1631, environ huitcents cavaliers, placés sous les ordres dumarquis deBressieux,un
proche deMarie deMédicis, se regroupent à Luxeuil.Viennents’y ajouterun
contingentde dix-huitmille fantassins etplus de deuxmille cavaliers envoyés par le
duc deLorraine.Wallenstein, le meilleur homme de guerre de l’empereurFerdinandII,
propose même le prêtd’unearmée pourtroisans,àcondition que les places dontil
s’empareraitenFrance lui soientdéfinitivement acquises.
Depuis lachute deLa Rochelle, le roi peutdavantage s’occuper de politique
internationale ets’intéresseràl’Allemagne et àla Lorraine.Il offre d’ailleursà
CharlesIVlaliquidationamiable de leurs litigesterritoriauxetféodaux: peine perdue,
si le duc réalise en cette occasion que ses principales prétentions, lareconnaissance de
laloi salique enLorraine etlarévocation des jugements prononcés par lacommission
LeBret, sontirrecevables, il n’en conserve pas moins lamême ligne de conduite et
refuse de rendre hommage ligeà LouisXIIIpour lapartie duBarrois mouvantduroi de
France.
L’un des principauxsoucis dusouverainBourbon etde son gouvernementest
la vulnérabilité de lafrontière duroyaume deFrancevers le nord-est.Elle correspondà
lalimite orientale de laChampagne, province ouverteà toutes lesagressions.Encerclé
par les possessions espagnoles,LouisXIIIconserveun intérêtmajeuràne pas risquer
une offensive de lamaison d’Autriche.De plus, depuis l’expiration de la trêve deDouze
ans, le roi deFrance doit tenir compte des passages destroupes espagnoles par la

29
M.-C.VignalSouleyreau,Richelieu et la Lorraine, ouvrage cité,passim.

15

Lorraine et par l’Alsace.Richelieuestime plus que jamais indispensable de couper la
route duRhin pour pouvoir s’opposer efficacementauxdesseins deMadrid etde
30
Vienne .Àpartir de 1628, ilales moyens de poursuivre lapolitique de progression
vers leRhin initiée par le roiHenriII aumomentde l’occupation desTroisÉvêchés.
Qu’on ne s’y trompe pas :LouisXIIIet Richelieun’en ontpas pourautantla volonté
d’entrer en guerre directe contre lesHabsbourg, ils mettent aucontrairetoutenœuvre
pour retarder l’échéance.Tous deuxpréfèrentpoursuivre ce quiaété commencé en
1552:utiliser le système de protection, se rendre maître des issues qui permettent aux
secours espagnols de rejoindre lesAutrichiens etlesPays-Bas espagnols en contournant
laFrance, puis éventuellementenvahir le royaume etmenacerParis.Lesaffaires de
31
Lorraine etd’Alsace sontétroitementliéesàcesaspects stratégiques .Les deuxrégions
constituentdes carrefours dontles nœuds sont Nancyet Strasbourg.Àl’Est, sur larive
droite du Rhin, en face deStrasbourg, s’étend la trouée dePforzheim, qui ouvre l’accès
auDanube supérieur et àl’Allemagne centrale.Àl’Ouest, sur larive gauche, la trouée
deSavernetraverse lesVosges etdébouche parSarrebourg sur laroute deNancy, et
plusàl’Ouestencore, parMoyenvic,Vic,Stenayet Jametz, sur laroute desPays-Bas
espagnols.
Àl’aube desannées 1630,LouisXIIIet Richelieune peuventdévelopper
qu’une stratégieunique : présenter laFrance comme lagarante des libertés des princes
etdes peuples contre lesaspirations deFerdinandIIetdePhilippeIV.Le roi deFrance
ne dispose d’ailleurs pas d’autres moyens pouracquérir l’estime duplus grand nombre,
ainsi que lagloire, corollaire obligé des objectifs formulés parRichelieu.LouisXIII
justifie sapolitique par l’accusation portée contre lesHabsbourg de prétendreàla
monarchieuniverselle : l’argumentestprésentdanstoutes les négociations entreprisesà
l’époqueavec lesProvinces-Unies, commeavec lesÉtatsallemands etitaliens.Iltrouve
un indéniable écho puisque le roi deSuèdeGustave-Adolphe, dansun manifeste rédigé
aumois de juin 1630, rappelle l’oppression exercée par l’empereuràl’encontre des
libertés germaniques etdéclare quetous les peuples et tous lesÉtats de lachrétienté
sontparfaitementconscients desvisées expansionnistes de l’Espagne etde l’Autriche.
Vecteur de propagande fidèleà Richelieu,Le Mercurefrançaispublie letexte qui relaie
de manière si opportune laposition deLouisXIII.
L’instrumentprivilégié duroi etde son ministre, etleur justification, estle
système de laprotection,tel qu’il s’estdéveloppé dans lesTroisÉvêchés.Tutelle
immédiate, laprotection se manifeste par laprésence d’une garnison permanente,
imposantses nécessités militairesàl’entité qui l’aréclamée ou àqui elle s’estimposée.
Laprotection doitgarantiràses bénéficiaires leurs institutions etle rétablissementde
leur situation politiqueantérieureàl’apparition dudanger.Àun stade plusavancé, la

30
Dès 1625, le cardinal-ministre envisage dansunavis destinéau Roi desacquisitions dans lesterritoires de
Metz,Toul et Verdun et ajoute « […] sans ce qui se pourrafaire dans l’Alsace etle long du Rhin sur lequel il
30
importeàlaFrance d’avoirun passage […] ».Unavis du13janvier 1629 reprend lamême idée.Richelieu
veutse ménager lapossibilité d’intervenirau-delàdu Rhin de manière permanente, selon lesaléas, «tantpour
laprotection de sesalliés que pour empêcher que ces pais netombent absolumentsoubzl’entière domination
de lamaison d’Autriche ».VoirS.E.Gardiner, «Un mémoire inéditdeRichelieu»,Revuehistorique, 1876,
citations respectivementp.235 et 229.
31
Concernantl’Alsace,voirL’Europe, l’Alsace et la France.Problèmesintérieurs et relations internationales
e
àl’époque moderne.Études réunies en l’honneurdudoyenGeorgesLivet pour son 70anniversaire,Colmar,
les éditions d’Alsace, 1986 ;G.Livet,L’Intendancedel’Alsace sousLouisXIV,Strasbourg et Paris,
Publications de l’InstitutdesHautesÉtudesAlsaciennes, 1956.

16

protection souveraine se double de lanotion d’obéissance.Le protégé doitsermentde
fidélitéauprotecteur, quasolifié de «uverain seigneuDr ».ans le cas de laprotection
souveraine, lasoumissionauprotecteur estplus complète encore, mais ce dernier
garantit toujoursauprotégé ses « franchises, privilèges etlibertés ».Le protecteur peut,
de là,aisémentrattacher de manière définitiveàsonterritoire celui duprotégé, lui
imposer ses lois, sajustice etsonadministration.Cependant, le rattachementdiffère de
l’annexion en ce que le protecteur continueàs’affirmer commetel etàrespecter
certaines des « franchises, libertés etprivilèges ».
LouisXIIIet Richelieu aimeraientpouvoir étendre le système de laprotection
àla Lorrainetoute entière etconvaincreCharlesIVd’enaccepter les principes.Au
cours de ladécennie 1620, le roi deFrance etson ministre,accaparés par les difficultés
causées par les huguenots etlesGrands duroyaume, se sontbornésàmaintenir la
situation héritée dusiècle passé etdurègne d’HenriIV.Ils ontcependantcommencéà
mettre enavantlanotion de protection pour se ménager plusaisément unaccèsàla
zone stratégique qui s’étend de la Lorraineau Rhin.Le fleuve constitueunverroupar
rapport auxÉtats germaniques et au SaintEmpire.Richelieu, dès cette époque,a
impérativementbesoin de passages sûrs pour pouvoir intervenir contre l’expansion des
Habsbourg et aider les petites principautés rhénanes.Lanécessité de contrôle de la
région répondautant àdes préoccupations défensives, en cas d’attaque de laFrance par
lesImpériaux, qu’àdes préoccupations offensives, en cas d’intervention
françaiseaudelàdu Rhin.Lanotion de protection qui s’appliqueaux zones frontalières de l’estdu
royaume, lieuxde passage par excellence, constitue l’uniquealternative politique
pacifiqueà une interventionarmée pour le contrôle des régions concernées.
Oraudébutde l’année 1630, lesImpériaux, en passantpar l’Alsace, se sont
emparés deMoyenvic, quiappartenait au temporel de l’évêque deMetz.Ils ont
entrepris d’yédifierune forteresse,aubord de la Moselle,àfaible distance deNancy,
pour barrer laroute du Rhin etservir de sentinelleàla Lorrainetoute entière.Le coup
de main desImpériaux aprisaudépourvule maréchal deMarillac, gouverneur de
Verdun maisaussi commandantde l’armée duroi enChampagne, chargé de protéger la
32
frontière orientale duroyaume .Lamajorité des forces françaises étaitengagée en
Italie.Le maréchal deMarillac lui-mêmeaprisàson compte laméthode préconisée par
Richelieupour garantir lasécurité de larégion etconseilléau Roi d’inviter les princes
voisinsàsolliciter laprotection française.LaFranceauraitlapossibilité d’occuper des
places répondant àses besoins défensifs etpréventifs.Marillacauraitpus’installer entre
la Meuse etleRhin, sans danger de conflitouvert avecFerdinandII, sur letemporel de
l’évêque deMetz, ousur lesterritoires de l’électeur deTrèves,à Trèves même ou à
Coblence.Il reste qu’unetelle entente estinenvisageableavecCharlesIVdeLorraine et
le système de protection évêchois, protection souveraine ouprotection simple, l’est
encore moins.C’estpourquoi,àl’heure oùle duc d’Orléans et Marie deMédicis, partis
en exil, se fontde plus en plus menaçants,àl’heure de l’arrestation deLouis de
Marillac, envoyé enItalieàlademande deRichelieu,une fortearmée française se
concentre près de lafrontière.Lasuccessionauduché deMantoue occupe encoreun
temps l’espritdeRichelieu: la Savoie etlePiémontsonten partie occupés par les
Français.Le conflitsetermine grâceà Mazarinaucours duprintemps 1631 par letraité

32
P.Grillon,LesPapiersdeRichelieu…,1630,t.V,Paris,A.Pédone, 1982, p. 108.

17

deCherasco,aux termes duquelLouisXIIIconserve les places dePignerol et Perosa, et
doncune portevers l’Italie pour s’opposerauxEspagnols.
Parallèlement, lajournée desDupes dégageRichelieudetoute crainte pour
l’intérieur duroyaume.Il peutdésormais concentrer ses efforts sur le nord etl’estde
l’Europe, etdépêcheàceteffetle baron deCharnacé,un brillantdiplomate,auprès du
duc deBavière, duroi deDanemark etduroiGustave-Adolphe deSuèdeafin de leur
proposer lamédiation française.Le souverainWasa, inquietdes prétentions de
FerdinandIIetdeWallenstein,adébarqué enPoméranie, dontle duc s’estplacé sous sa
protection.Le roi deSuède s’estemparé de la ville deStettin,àl’embouchure de
l’Oder, et aengagé des pourparlersavec les deuxprinces protestants d’Allemagne les
33
plus puissants, les électeurs deSaxe etdeBrandebourg .Ces dernierstiennent àse
ménagerunappui solideavantde s’engager dansune guerre contreFerdinandIIqui
pourraitleur être fatale.Laprésence deGustave-Adolpheaunord de l’Empire présente
unautre intérêtpour la Saxe etleBrandebourg,un moyen de pression sur les
Habsbourg.Àlafin de l’année 1630, les deuxélecteurs se sententsuffisammentforts
pour réclamer l’abolition de l’éditdeRestitution, sous peine d’un engagementmilitaire
duroi deSuède.
Puis le23janvier 1631, laFrance etla Suède concluent uneallianceàlaquelle
sont associés les électeurs deSaxe etdeBrandebourg.Par letraité deBärwald, le baron
deCharnacé s’engage,aunom de laFrance,àtoutmettre enœuvre pour que les princes
spoliés par l’empereur retrouventleursÉtats etprérogatives etpour que laliberté de
commerce soitrétablie.LaFrance prometdeverser chaqueannéeàla Suède lasomme
d’un million de livres pour équipertrente mille fantassins etsixmille cavaliers chargés
d’accomplir le projetcommun.En contrepartie,Gustave-Adolphe prometde respecter
le culte catholique dans les principautés oùl’intervention française estnécessaire.Ce
n’estpastout, puisqueMaximilien deBavièreaccepte de signer desaccords de
34
neutralitéavec laFrance .Richelieusembleainsi occupertous les fronts et yimposer
l’autorité française, donnantenfinà LouisXIIIles moyens de sesambitions
européennes.

Le traité de Vic

Aucours duprintemps 1631, les représentants des principautés protestantes du
SaintEmpire, luthériennes etcalvinistes, réunisà Leipzig, profitentdurelatif
affaiblissementdeFerdinandIIdepuis la tenue de ladiète deRatisbonne etlui
proposentleuralliance contretouteagression extérieure, en échange duretraitde l’édit
deRestitution.Le danger estbien réel pour l’empereur puisqueGustave-Adolphe
s’empare deFrancfort-sur-l’Oder le 13 avril.En réponse,les derniers éléments de
l’armée impériale, confiésaugénéralTillydepuis le renvoi deWallenstein, mettent à
sac la ville deMagdeburg.Les protestants n’ontplus le choixetsetournent
définitivement versGustave-Adolphe, d’autantque laligue catholique,assemblée quant
àelleàDunkelsbuhl, réclameaucontraire le maintien de l’éditdeRestitution !
L’électeur deBrandebourg metrapidement àladisposition duroi deSuèdetoutes les
forces dontil dispose, etle ducBernard deSaxe-Weimar suitson exemple en

33
H.Bogdan,LaGuerredeTrenteans (1618-1648),Paris,Perrin, 1997, p. 133.
34
Ibid., p. 134.

18

s’engageant directement sous les ordres duSuédois.Le22août, le landgrave
deHesseCassel,àsontour,autoriseGustave-Adolpheàgarder ses places fortes.Enfin le 5
septembre, l’électeur deSaxeappelle le roi deSuède contre lamenace deTillyetjoint
sonarméeàcelle dusouverainWasa: laprogression deGustave-Adolphe dans leSaint
Empire estfulgurante.FerdinandII, prisaudépourvu, délivreauduc deLorraineune
commission pour lever dixmille hommes de pied etdeuxmille chevauxafin de
s’opposeràl’avancée ennemie.Saverne etHaguenaului sontconcédées comme places
de sûreté.CharlesIVdécide de mener lui-même ses hommesàl’empereuraumois de
septembre 1631 etfranchitleRhinà Worms.
Or le 17, coup dethéâtre, le roi deSuède infligeune cuisante défaiteaux
troupes impériales, lors de labataille deBreitenfeld.Malgré le soutien duduc de
Lorraine,FerdinandIIesthumilié, lestroupes dugénéralTillysontécrasées.Les
Impériaux, inquiets de laréputation duroi deSuède,abandonnentCharlesIVsur le
terrain,tandis queFerdinandIIn’aplus qu’àrappelerWallenstein.Lestroupes lorraines
sontobligées de se repliervers leRhin.EtGustave-Adolphe prend le même chemin,
pourvivreauxdépens des populations catholiques.Laguerre estsaseule source de
profit.Il saitparfaitementque, prisàrevers par l’empereur, il peutsevoirà toutinstant
abandonné par les princes protestants.Àlami-octobre, ilatteint Würzburg, siège de
l’un des évêchés les plus riches d’Allemagne.CharlesIVdécideaussitôtde se rendre en
Bavière pourassister son oncle.
Le duc deLorraine estinquietdes succès duroi deSuède etdes conséquences
du traité deBärwald.Laclause protégeantlaneutralité duduché deBavière n’apas été
respectée.CharlesIVréussitàconvaincreMaximilien de
leverunearmée.GustaveAdolphe se plaintaussitôtde cetteattitude hostile etconsidère que ses
engagementsvisà-vis de laBavière sontdevenus caducs.Durantles dernières semaines de 1631, les
Suédois forcentencore les bourgeois deFrancfort-sur-le-Mainàs’allieravec eux,
traitentavec le landgrave deHesse-Darmstadt, fontcapituler lagarnison espagnole que
l’électeur deMayencea appelée dans sacapitale ets’emparentdeSpire,Worms et
Mannheim.Ils sontles maîtres non seulementde l’archevêché deMayence, maisaussi
de la Thuringe etde laFranconie.Le généralTillyn’ayantplus d’armée, l’électeur de
Saxe pénètre sans difficulté enBohême.Devantl’impuissance de l’empereur, les petites
principautés rhénanes,aupremier rang desquels se place l’archevêché deTrèves,
commencentàsetournerversLouisXIII.Richelieudécideàlafois de répondreau
mécontentementexprimé par le roi deSuèdeàpropos de la Lorraine etde laBavière, de
réagiràses progrès,trop rapides pour ne pas être inquiétants, etde prendreacte
dunonrespectdu traité deBärwaldtoutentirantparti des difficultés deCharlesIV!
Le cardinal commence par diriger les forces dontil disposeversSedan oùle
duc deBouillonaccueille les soldats deGaston d’Orléans.Le 17novembre, lestroupes
dumaréchal deLaForcearriventenvue de laplace rebelle.Le maître des lieuxest
absent: samère, laduchesse douairière, prend peur etse soumetimmédiatement ;la
garnison duduc deBouillon doitprêter sermentde fidélitéauroi deFrancetandis que
les soldats deMonsieur, prisaupiège, sontemprisonnés.Le maréchal deLaForce
s’achemine ensuitevers lafrontièreallemande.L’objectif deRichelieuestd’une part
d’intimider le roi deSuède, de rassurer les princes catholiques rhénans, d’autre partde

19

reprendre MoyenvicauxImpériaux, de restituer laplaceàl’évêque deMetz, de prendre
35
pied enLorraineavecarmes etbagages, etde faire pression surCharlesIV.
Depuis ladiète deRatisbonne, le pèreJoseph n’estpas resté inactif ets’est
justementpenché sur le problème desTroisÉvêchés, laissé en suspens.Le capucina
chargéun diplomate lorrain de bonnevolonté, le comte deMarcheville, de
recommanderauxélecteurs catholiques lacause de l’évêque deMetz,Henri de
Bourbon-Verneuil, dontle diocèseaété envahi par lestroupes deFerdinandII.Il s’agit
de faire entendre les griefs légitimes duprélatetde souligner les désordres engendrés,
pour les populations civiles comme pour l’administration locale, par laprésence
impériale enterre évêchoise.CommeRichelieu, le pèreJoseph souhaite que
FerdinandIIévacue l’évêché deMetzetdémantèleMoyenvic.LaFrance serait alors en
mesure d’agir plus librementenAllemagne en faveur des princes qui le souhaiteraient.
Àlafin dumois de novembre 1631, le pèreJoseph est auxcôtés duroi deFrance qui
s’estdéplacé jusqu’àChâteau-Thierry.Il surveille les préparatifs de l’opération militaire
décidée parRichelieusurMoyenvic,touten continuant à œuvrerà untraité de neutralité
36
quiuniraitlaligue catholique etla Suède .Mais l’entente finale s’avère impossible, le
duc deBavière préfère se rapprocher deFerdinandIIetse borneàconfirmer la
neutralitéavec laFrance.
Le 9 décembre,LouisXIII,aprèsavoiraffûté sesarmes, ordonne laprise de
Moyenvic,alors que sonarmée deChampagne marcheversMetz, etdécide son propre
37
départ, en compagnie de lacour, sur leterrain d’affrontement.Ce n’estquevingtjours
plustard queMoyenvic, défendue par le baron deMercy, se rendaux assaillants
français commandés par le maréchal deLaForce.L’armée ducale, retenue en
Allemagne, estdans la totale incapacité d’intervenir.LouisXIIIdépêche spécialement à
l’empereur le beau-frère dupèreJoseph,Jean deBeaumont, seigneur deSaint-Étienne.
Les instructions dontcelui-ci estporteur condamnentle coup de main perpétré contre
Moyenvic etrefusentcatégoriquementde reconnaître les droits, jugés plus
qu’hypothétiques, deFerdinandIIsur letemporel de l’évêque deMetzcomme sur les
38
États duduc deMantoue .Elles rappellentquetoutprince d’Empire esten droitde
recouriràlaprotection de sesvoisins etqueMoyenvic doitretrouver son statut
antérieurà1630.LouisXIIIrecourtdélibérément àl’argumentde laprotection pour
39
évincer la tutelle impériale desTroisÉvêchés etconfirmer les entreprises d’HenriIV.

35
Simultanément, le comte deBrassac,ambassadeur duroi deFranceà Rome, estchargé de proposeraupape
une ligueàlaquelleadhéreraientlesVénitiens pour s’opposeràlafoisaux Suédois et aux Impériaux.Mais
UrbainVIIIrefuse d’yprendre partetde renonceràson rôle de médiateurausein de lachrétienté.
36
Le pèreJoseph doitégalementremplirune missionautrementplus délicate : « ilavaitété chargé d’apaiser
le dépitque le bruitd’un projetd’union deGastonavecMarguerite deLorraine inspirait à Marie-Louise de
Gonzague etqui risquaitde faire manquerun mariage pour lequel, depuis l’éloignementde la Reine mère, le
Roi etle cardinal ne cachaientplus leu»,r préférenceG.Fagniez,LePèreJoseph et Richelieu,Paris,
Hachette, 1894,t. 1, p. 580.
37
LouisXIII aumaréchal deLaForce,Château-Thierry, 9 décembre 1631, dansP.Grillon (éd.),LesPapiers
deRichelieu…,t.VI, ouvrage cité, p.712.
38
L’héritier duducCharles deGonzague, le duc deRethélois, décède fin 1631, le roi deFrance prendàla
même époque ladéfense des droits deMarguerite deGonzague,veuve duducHenriIIdeLorraine, etde
Marie deGonzague sur le duché deMantoue.Toutes deuxremercient Richelieude l’aide qu’elles reçoivent
audébutde l’année 1632.Voir lalettre inédite de laduchesse douairière deLorraineaucardinal-ministre,
MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol. 84;etcelle de laduchesse deRethélois,ibid. fol. 87-88.Jusqu’àson
décès,Marguerite deGonzague exprime sesambitions concernantleMontferrat.
39
Instructions duroià M. deSaint-Étienne, slsd,MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol.62-63.

20

CharlesIV,apprenantpar son frère, le cardinalNicolas-François deLorraine,
que le roi deFrance s’estemparé deMoyenvic, n’aplus qu’à volerausecours de ses
possessions.Dès son retour, le2janvier 1632, le duc deLorraine etdeBar, entantque
vassal duroitrès chrétien, estsommé de fournir des explications concernantses
40
campagnes d’Allemagne.LouisXIII, en position de force, faitétatdetou.s ses griefs
CharlesIVse déclare prêt àrenonceraux alliances qu’il reconnaît avoir contractées
avec les ennemis de laFrance ets’engageverbalement àremettreMarsal entre les mains
41
duroi .Le6, le conseil duroi se réunitenuneassemblée houleuse.Lamajorité de ceux
quiyprennentpartsontconvaincus de lanécessité d’entrer enAllemagne etde se saisir
de l’Alsace.Lestendances belliqueuses prévalent, seul, le pèreJoseph combatl’avis
dominant.Pour lui, rompreavec lamaison d’Autriche,abandonner le parti catholique
auprofitexclusif d’uneallianceavec lesSuédois etles protestants signifieraientlaruine
de laréputation deLouisXIIIde désintéressement.Le roi n’auraitplusaucuneautorité
morale enAllemagnealors quetantd’efforts ontété consentis pour gagner laconfiance
des principautés catholiques.Le pèreJoseph juge indispensable lareconnaissance de la
France par les princes des diverses confessions entre leRhin etla Lorraine, en les
affranchissantde lacrainte deGustave-Adolphe.Son butestde les placer, de leur plein
gré, sous la tutelle duroitrès chrétien, qui deviendrait un médiateur incontournable.La
France créeraitdumême coupune ceinture défensive de principautésalliées, qui la
mettrait àl’abri destentations de lafamille deHabsbourg.Le système présenteraitde
surcroîtdeux autresavantages essentiels :LouisXIIIdisposeraiten pays rhénans
d’avant-postes contre lamaison d’Autriche etde moyens d’action contre la Lorraine.La
cohérence dupèreJoseph remporte l’adhésion deRichelieu.Le cardinal-ministre décide
42
de rester fidèleausystème d’équilibre recommandé par le capucin .
Par souci de pacification,CharlesIVdoitdonc se soumettreàl’autorité duroi
deFrance, le contrôle de la Lorraine estindispensable.SiRichelieus’ingénieàplacer
les entreprises royales derrière le bouclier de laprotection, il ne s’agitque de ménagerà
LouisXIIIlapossibilité de réclamer en bon droit àCharlesIVdes garanties de
soumission.Si le duc deLorraine obtempérait, le roi deFrance ne pourraitqu’ygagner
en influence.SiCharlesIVs’yrefusait, le souverain pourraitfaireusage desarmes en
reprenantlamêmeargumentation, sasupérioritétactique lui garantissantle même effet,
lamainmise,aumoins partielle, sur la Lorraine.Richelieu al’habileté de brandir la
menace de la Suède.Alors que laprotection devraitêtre librementconsentie par les
43
parties contractantes, elle estimposéeàCharlesIV.

40
Ces griefs sonténumérés dansunMémoire concernant lesAffairesdeLorraine, slsd,MAE, coll.
CP Lorraine,vol. 9, fol.66-69.
41
Richelieu àladuchesse deChevreuse,3janvier 1632,MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol. 193, publiée par
L.-M.Avenel,Lettres etinstructions…, ouvrage cité,t.IV, p.237.
42
G.Fagniez,LePèreJoseph et Richelieu…, ouvrage cité,t. 1, p. 587.
43
Malgré l’importance diplomatique deMoyenvic,Richelieu, dans sesMémoires,aquelques difficultésà
justifier le coup de force perpétréauxdépens de la Lorraine : «Laprise de cette place [Moyenvic] fortifiée en
tantdetemps, etconquise en si peude jours, donna une grande réputationà Sa Majesté.Il restoit àsavoir
commeSa Majesté se devoitgouverneravec le duc deLorraine.Il étoitcertain qu’en l’étatoùle duc de
Lorraine s’étoitmis, il n’y avoitque leRoi, qui,aprèsDieu, pûtle protéger etempêcher qu’il ne fûtdépouillé
de sesEstats.L’étatprésentdesaffaires dumonde faisoit trop connaître cettevérité pour qu’il fûtbesoin de la
prouver.Lamisère de l’Empereur, lafoiblesse de l’Espagne, laruine des électeurs etde laligue catholique, la
perte que leditducavoitfaite detoutes ses forces en faisoient une démonstration évidente […].Ily avoit
beaucoupàdire pour savoir si leRoi devoitentreprendre laprotection duduc deLorraine.Plusieurs raisons
l’en pouvoientdétourner :samauvaise conduite en son endroit, le juste sujetqu’il luiavoitdonné

21

Àl’issue duConseil, LouisXIIIconclutletraité deVicavec le duc de
Lorraine.CharlesIVs’engageàsubordonner ses futuresalliancesauconsentement
préalable duroi deFrance.Unarticle secretstipule l’interdiction formelle faiteàla
Lorraine detoute ententeavecFerdinandII,PhilippeIVd’Espagne ou un prince
autrichien.CharlesIVs’oblige également àrefuser l’asileàGaston d’Orléans et à Marie
deMédicis.Le duc deLorraine doitsubordonner sesalliancesauxintérêts de laFrance.
Il estd’ailleurs précisé qu’aucune levée detroupes ne se ferait« contre le service deSa
Majesté ».CharlesIVdoitencore laisser libre passageaux troupes françaises etleur
fournir lesvivres.Il doit aussi livrerà LouisXIII un contingentde quatre mille
fantassins etde deuxmille cavaliers.En dernier lieu, laplace deMarsal estremise pour
troisansauroi deFrance, qui peut yinstallerune garnison.Par lasuite,uneautre
44
garnison permanente estmaintenueà Moyenvic .
L’ensemble desterres de l’évêché deMetzestdésormaistraité comme l’étaient
jusque-làla ville deMetzetle pays messin.L’occupation militaireyestorganisée etla
population estcontrainte de participerauxfrais d’entretien des soldats et àlaremise en
étatdes places fortes.Letraité deVic confirme les craintes exprimées parCharlesIV
lors de lapublication des ordonnances de lacommissionLeBreten 1625.Le système
féodal etjudiciaire envigueur dans lesTroisÉvêchés estdésormais dominé par la
France etl’Empire estévincé.En février,LouisXIII,au terme de son séjour lorrain,
parachève sonœuvre en décidantlacréationà Metzd’une cour souveraine,un
45
parlementcalqué sur le modèle français .Etce n’estpastoutpuisque leConseil décide
d’exploiter les conditions favorables créées par letraité deVic etpropose que le régime
de protection soit accordéà toutprinceallemand qui le solliciteraitet accepteraitdes
garnisons françaises dans ses places fortes.Richelieuetle roi caressentl’espoir de
convaincre lesarchevêques deTrèves, deCologne etdeMayence, lorsque le duc
d’Orléans se rappelleàleur bon souvenir.

Le mariage secret de Monsieur

Depuis deux ans déjà, lapassion deGaston d’Orléans pour laprincesse
Marguerite inquiète leRoi.ClaudeBouthillier, lors d’un séjourà Nancy àlafin de
l’année 1629 pour convaincreMonsieur de se réconcilieravec leRoi,adéjàfaitétatde
laposition deFrançois deVaudémont àce sujet: le père duduc deLorraine etde
Marguerite estfavorableauprojetd’union de safille cadetteavec l’héritier présomptif
46
du trône deFrance .Sesvues ne peuventêtre que partagées par laprincesse de

d’entreprendre contre lui, etl’occasion qu’ilavoitd’augmenter l’étendue de son royaume sans rien commettre
àlafortune, laconsidération qu’il devoitfaire duroi deSuède […] »,dansM.Petitot(éd.),Mémoires de
Richelieu, coll. desMémoires relatifsàl’histoiredeFrance,Paris,Foucault, 1823.L’extraitest tiré du
tomeVII, p. 1.
44
Les clauses du traité deVic ontété publiées parM.-C.VignalSouleyreau,Richelieu et la Lorraine, ouvrage
cité, p.373-375.
45
Richelieuexplique, dans sesMémoires, qu’il s’agissait alors d’«arrêter les entreprises continuelles duduc
deLorraine,veillerauxdroits du Roy, établir entièrementsonautorité en ce pays […],yétablirune bonne
justice, laquelle, paranciennes concessions des empereurs etrois deFrance,ayantété laisséeauxparticuliers
sansappel en beaucoup de chefs, s’étaitexercée par passion etinjusticeàlafoule des peuples », cité parG.
Zeller,La RéuniondeMetz àla France,Paris,LesBellesLettres, 1926,vol.2, p.275, note 1.
46
Bibliothèque nationale deFrance, coll.Cinq cents deColbert,vol. 83, fol.255 r°.Le père duduc de
Lorraine etdeMarguerite déclare même : « si mafille n’estpropreàdevenirun jour reine deFrance, elle sera

22

Phalsbourg, maîtresse dufavori deMonsieur,Puylaurens, et tous deuxconjuguent
effectivementleurs efforts pour parveniràlacélébration dumariage.L’amour de
Gaston d’Orléans pourMarguerite estsans doute sincère.Il n’empêche que ses projets
matrimoniauxsontinséparables d’arrière pensées belliqueuses.Malgré le revers subià
Sedan, le frère duroiaplus que jamais lavolonté de susciterun soulèvement, c’est
pourquoi il recherche de manière siassidue l’aide militaire de l’Espagne, de l’empereur
etduduc deLorraine.
Le3janvier 1632,trois joursavantlasignature du traité deVic, le mariage de
MonsieuravecMarguerite deLorraine estcélébré clandestinementen l’église de
47
l’abbayeNotreDame de laConsolationà Nancy.CharlesIVn’estpas encore rentré
dans sacapitale, mais ilafranchi les frontières de sesÉtats.Il ne parvientsur place
qu’après lacérémonie.Le consentement àl’union estdonné parFrançois
deLorraineVaudémont, les dispenses provisoires, enattendantcelles dupape, sont accordées par le
cardinal deLorraine, évêque deToul.Labénédiction nuptiale estprononcée parun
cistercienattachéauservice religieuxde l’abbaye deRemiremont,AlbinTellier.La
cérémoniealieu vers septheures dusoir, en présence deCatherine deLorraine,abbesse
deRemiremont, de lagouvernante de laprincesseMarguerite, duduc d’Elbeuf etde
Puylaurens.Gaston d’Orléans prendaussitôtlaprécaution d’informer le pape etde faire
48
confirmer les dispenses etla validité des sacrements .
Dans les jours qui suiventle6janvier, le duc deLorraine rejointle roi de
FranceàEsme.Le duc d’Orléans provoqueun nouvel incident.Aussitôt après son
mariage secret,MonsieuraquittéNancypour se rendreàConflans, « petiteville duduc
49
deLorra.ine »Là, il croiseunevoituretransportantdes fonds pour lamontre de la
50
cavalerie légère de l’armée du Roi.Le duc d’Orléansarrête l’équipage ets’en empare .
Aussitôt,CharlesIVinformeLouisXIIIde l’incidentetse plaintdu« déplaisir qu’il
51
avoitde cetteaction faite dans sesEstats, etdudésir qu’ilavoitd’ymettre ordre ».Le
duc deLorraine souhaite sans doute prévenirtoutsoupçon de complicité,affirmer son
autorité souveraine sur sesterres, maisaussi profiter de l’incident.Il part àConflans
pour régler le problèmeavecMonsieur.ÀpeineCharlesIVparti,LouisXIII apprend
que son frère renonceàgarder l’argent, pour ne pasajouterune pomme de discorde
supplémentaireavec le duc deLorraine.LeRoi entrealors directementen contact avec
son cadetpourune réconciliation.Le jour même du traité deVic,LouisXIIIet
Richelieu, ignorants de lacérémonie nuptiale, définissentlestermes d’un
52
accommodement.Monsieur pourraitrester enLorraine pendant unan.Une pension lui

dumoins bonneàêtreabbesse deRemiremont», cité parDomCalmet,Histoire de la Lorraine…ouvelle
édition,revue, corrigée et augmentée par l’auteur...,Nancy,A.Leseure, 1745-1757,7 volumes,t.VI, p.69.
47
Cetteunionafaitl’objetd’une étude détaillée, maisancienne, celle de l’abbéA.Degert, «LeMariage de
Gaston d’Orléans etdeMarguerite deLorraine »,Revue historique, 1923, n° 143, p. 161-180 ;1923, n° 144,
p. 1-57.
48
Le détail des événements estconnugrâceàl’attestation que le prêtre rédige pourauthentifier la validité de
l’union qu’il consacre.Bibliothèque de l’Institut, coll.Godefroy,vol.338, fol.313.Parailleurs,unagent
françaisà Rome,Gueffier, signale laprésence d’un émissaire duduc d’Orléans, l’abbé d’Obazine, « pour les
ère
affaires deMonsieuler »29 janvier 1632.A.Degert, «Le mariage deGaston d’Orléans…»,art. cit., 1
partie, p. 170-171.
49
MémoiresdeRichelieu, pub. parM.Petitot, ouv. cit., p. 9.
50°
GuillaumeBautru à Richelieu, slsd, original,MAE, coll.MD France,vol. 804, f32-33.
51
Ibid., p. 10.
52
Projetpréparé parRichelieu,auquelLouisXIII ajoute ses desiderata, dansL.-M.Avenel,Lettres,
instructions…, ouv. cit.,t.IV, p.239.

23

seraitaccordée.En contrepartie, leRoi exigeraitde son frère qu’il se sépare de la
faction menée par leur mère etdetoutes les cabales dirigées contre lui.En conclusion
duprojet,Richelieuénumère les conséquences bénéfiques d’untelalccord :apaixà
l’intérieur duroyaume, l’impossibilité pour l’Espagne d’utiliser le duc d’Orléans
comme perturbateur, lagarantie pour lesalliés duRoi (la Suède, et toutautantle duc de
Bavière etlaligue catholique) que ce dernier ne disperseraitpas ses forcesarmées pour
materune révolte.Le cardinal-ministre pense peut-êtreutiliser l’incidentdeConflans
53
pouramorcerunevéritable réconciliation .LouisXIIIdépêcheJaninauduc d’Orléans
qui s’estdéjàrepliéà Longwy.LeRoi n’ajamais étéaussi conciliant, maisàl’issue
d’unConseiltenuavec le duc d’Elbeuf etPuylaurens,Monsieur refuse. « [Il] passale
lendemain dans lesÉtats d’Espagne;ce qui montrabien que son dessein étoitformé
auparavant, etque lorsqu’ilavoit témoignéauduc désirer rentrer en lagrâce deSa
Majesté, ce n’avoitété que pour se décharger dublâme de samauvaise conduite, faisant
croire qu’il netenoitpasàlui qu’il ne fûtbienauprès duRoi, mais que les portes de ses
54
grâces lui étoientfermées, etqu’il lui étoitimpossible d’yentrer ».
Le duc d’Orléansannihileainsitoutespoir d’entente etde rapprochement.
LouisXIIIestconscientde l’influence exercée sur son frère, etsoupçonneune
connivence entre la Reine mère etlesEspapognols «ur entreprendre quelque chose
55
contre sonÉtat» .Ses craintes sontrapidementconfirmées par lesavis des
ambassadeurs etpar levoyage enFlandres dumarquis deMirabel, «ambassadeur
d’Espagne, qui étoitdemeuréà Paris, oùilagissoitperpétuellementpourtroubler le
56
repos de laFrance ».Marie deMédicisadresse mêmeun paquet auparlementde
Paris, contenantdeuxlettres, l’une destinéeau Roi, l’autreàl’assemblée, pour défendre
les intérêts de l’Espagne etles siens propres contre ceuxde laFrance.Les deux
missives « étaientpleines de larépétition des impostures plusieurs fois rebattues contre
57
le cardinal ».
Les conséquences dumariage secretsontincalculables pour le roi deFrance et
lacouronne.L’héritier présomptif du trône peutdésormaisassurer sadescendance
masculine.Le danger d’un glissementde l’héritage capétien sur la tête deMonsieur
prendune signification bien réelle.De plus, l’unionavec lamaison deLorraine pourrait
réanimer le mythe de l’ascendance carolingienne etréveiller les prétentions dynastiques
duduc deLorraine.Le souvenir de la Ligue etdes prétentions deCharlesIII àla
couronne deFrance restevivace.Le danger estd’autantplus grand queCharlesIVpeut
se prévaloir du traditionnel espritde croisade perpétué par salignée.Il s’estengagéaux
côtés deFerdinandIIdans le combatcontre lesSuédois etcontre les princes protestants
d’Allemagne.CharlesIV assume parfaitementla tradition héritée duducAntoine le
Bon etlarevendique.Le duc deLorraine estdésormais en mesure d’influeràlafois sur
lapolitique intérieure, sur lapolitique extérieure etsur ladiplomatie deRichelieu.La
cérémonieapparaîtcommeunealliance de circonstances, celle de deuxcapacités
belligérantes dontl’une n’ad’autres intérêts que d’en découdre pour substituer son
influenceàcelle deRichelieuets’imposer non seulementcomme l’héritier présomptif
de lacouronne, mais comme le successeur désignéau trône deFrance.

53
Mémoires de Richelieu, pub.M.Petitot, ouv. cit., p. 10-11.
54
Ibid., p. 11-12.
55
Ibid.
56
Ibid.
57
Ibid., p. 13.

24

Le 18 mai, le frère duroi prend laroute deTrèves, oùl’armée miseàsa
disposition parMadrid se rassemble,augrand dam de l’archevêque dontlesterres sont
58
envahies .Parmi ses proches, latrahison duduc d’Orléans ne faitpas l’unanimité.
Deuxd’entre eux,LeCoigneuxetMonsigot,abandonnentle parti rebelle et trouvent un
accordavecRichelieu.Quantauduc deBellegarde, il ne peutadhéreràune révolte
59
contre le roi etpréfère solliciter des lettres de rémission.
Parailleurs, le mariage du 3janvier suscite les rumeurs les plus diverses,
ressenties par le roi deFranceàlafois commeune provocation duduc deLorraine et
commeune humiliation imposée par son propre frère.Le ressentimentestd’autantplus
vif contreCharlesIVque celui-ci renoue dès les semaines qui suiventletraité deVic
avec les ennemis de laFrance, enaccueillant à Nancy un envoyé de l’empereur,
60
RaimondoMontecuculli, et un envoyé duroi d’Espagne, le baron deLeyde .Le duc de
Lorraine choisitde privilégier ses intérêts immédiats en rapprochantsestroupes de
celles deFerdinandII,touten feignantd’obtempérerauxexigences deLouisXIII.

Le système de protection etses limites

Retranchéà Vienne, l’empereur esten difficulté faceaux Suédois.Sonarméea
été mise en échec etil ne contrôle plus lasituation.Débutjanvier, faitsymptomatique,
deux ambassadeurs, celui duduc deBavière etcelui de l’archevêque deCologne,
arriventenLorraine etse rendent auprès deLouisXIIIpour solliciterune protection
contreGustave-Adolphe.Unaccueil chaleureuxleur estréservé etl’accord estenvisagé.
Table rase estfaite des évènements qui ontmarqué lafin de l’année 1631, seul le danger
suédois estévoqué.Une démarche similaire estbientôtentreprise par l’archevêque de
Trèves etpar l’évêque deWürzburg,ambassadeur de laligue catholique.L’archevêque
deMayence dépêche luiaussiun représentant auprès duroi deFrance pour se faire
rétablir dans saprincipauté.Dans l’immédiat,LouisXIIIet Richelieusubordonnentla
protectionà unaccord préalable de neutralité,auquel souscriraientles princes de la
ligue catholique etle roi deSuède.Lui seul permettraitde déboucher surun
accommodementgénéral que lamaison d’Autriche, placée devantle fait accompli,
n’auraitplus qu’à accepter.Le marquis deBrézé, beau-frère deRichelieu, estchargé de
ladélicate mission de proposer l’accord de neutralitéàGustave-Adolphe.LouisXIII
61
pourrait ainsi pacifier l’Allemagne .Dans les instructions remisesaumarquis deBrézé,
le cardinal-ministre formule égalementle principe de larestitution desterritoires
annexés par les princes réformés etpar la Suèdeauxprinces catholiques spoliés.Il
évoqueuntraité d’alliance formelle qui rapprocheraitles membres de laligue
catholique duroi deFrance.Richelieu tient àrappelerausouverainWasaque
LouisXIIIesten position de force etque lesvictoires remportées surFerdinandIIsont
fragiles, en raison notammentde l’inconstance des princes protestants d’Allemagne.La
Francetente de s’imposer comme médiatrice etde convaincre le roi deSuède qu’il ne
peutdéfinitivement vaincre l’empereur qu’en se ménageantlaligue catholique.

58
M.Petitot(éd.),Mémoires de Richelieu, ouv. cit.,t.VII, p. 11-12.
59
Claude deBullionà Richelieu,Rueil,25 mars 1632,MAE,MD France,vol. 802, fol.69-71.
60
DomCalmet,Histoirede la Lorraine…, ouv. cit.,t.VI, p.72.
61
Richelieu auroi deSuède,7janvier 1632, lettre publiée parL.-M.Avenel,Lettres,instructions…, ouv. cit.,
t.IV, p.244.

25

C’estalors qu’unambassadeur suédois, le baronGustaveHorn,arriveà Metz
etannonce simplementque son maître refuse de rendreWürzburg,Bamberg et
Mayence.Quantà FerdinandII, il fait toutson possible pour rassembler les princes
italiensautour dePhilippeIVetles convaincre devoleràson secours.Une seconde
ligue catholiquevoitle jour etles contactsavecCharlesIVse multiplient.
Laposition duduc deLorraine etcelle deMonsieur se compliquent alors
singulièrement.Tous deuxjouent un double jeuententantd’obtenir l’appuiàlafois des
Suédois etdesHabsbourg contre l’ennemi commun, laFrance.LouisDeshayes de
Cormenin, jadisambassadeur duroi deFranceauprès deChristianIVdeDanemark, est
envoyé parMarie deMédicis etparGaston d’Orléansauprès deGustave-Adolphe de
Suède pour le gagneràleur cause.Le baron deCharnacé découvre ces menées et arrête
l’émissaire des factieux.Comme le maréchal deMarillac, celui-ci netarde pasàêtre
62
jugé .Dans le mêmetemps,CharlesIV viole les engagements contractés lors du traité
deVic.Sur les sollicitations deMontecuculli etdubaron deLeyde, il lève de nouvelles
troupes, contre lapromesse de renfortsarmés !Le duc deLorraine prend pour prétexte
lamenace de soldats suédois envoyés enavant-garde sur ses frontières etenfreint
l’interdiction faite par le roi deFrance.Dans ces circonstances,Gustave-Adolphe
s’adresse directement àCharlesIV afin d’éclaircir lasituation etlui demander de
63
préciser ses intentions .Le roi deSuède récuse lanotion de guerre de religion pour le
conflitdans lequel il s’estengagé, proteste simplementde sa volonté de rétablir la
paix…par lesarmes, etsomme le duc deLorraine de prendre nettementposition.Ce
dernier répondagir en prévention des conséquences prévisibles de ladéfaite deTilly.
Detoutcela,LouisXIIIet Richelieusont absents.Le roi deFrance sollicite envain
CharlesIVde lui donner les garanties de safidélitéauroyaume deFrance.Comme
Bruxelles,Nancydevient un foyer d’intrigues etle décès de laduchesse douairière de
Lorraine,aumois de février,ajoute encoreàlaconfusion.Les réunions suspectes se
multiplient,Gaston d’Orléans resteaucentre detoutes les discussions etle duc de
64
Lorraine n’hésite pasàse plaindre dulogementdestroupes françaises dans sesÉtats .
L’entourage deMonsieur ne cache plus son projetd’interventionarmée dans le
65
royaume .Avec l’aide des contingents impériaux, espagnols etlorrains, le duc
d’Orléans projette de soulever laChampagne, la Picardie etleLanguedoc.Àlafin du
mois d’avril,CharlesIVfaitmarcher sestroupesvers leLuxembourg pour opérer leur
jonctionavec celles duduc d’Orléans.Ilattend cependantpour prendre leurtête que son
beau-frère en fasseaupréalableautant avec ses propres soldats.L’attitude duduc de
Lorraine estparadoxale.Il faitpreuve de laplus grande circonspection etde laplus
grande prudencevis-à-vis deMonsieur,attendantpour s’engager que celui-ci fasse le
premier pas, etde laplustotaletémérité etirresponsabilitévis-à-vis deLouisXIII àqui
66
il n’a toujours pas rendufoi ethommage lige pour laBarrois mouvant.

62
Le procès se dérouleaumois de septembre 1632.Les procès-verbauxen sontconservésau MAE, coll.MD
France,vol. 803-805.
63
Lettre publiée parDomCalmet,Histoire de la Lorraine…, ouv. cit.,t.VI, p.72-73.
64
Le baron deChamblay, envoyé deLouisXIIIenLorraine,à Richelieu,Nancy,28 février 1632,MAE,CP
Lorraine,vol. 9, fol.203-204.
65
Ibid.
66
Une lettre deMatthieu Moléà Richelieu, fin mai 1632, souligne les manquements duduc deLorraine,
bibliothèqueVictorCousin, coll.Richelieu,vol. 15, fol. 115.

26

L’Espagne etl’Empire onten réalité d’autres priorités que la Lorraine etla
rébellion deGaston d’Orléans.SiDonGonzalès deCordoue stationne enFlandres, si le
comte deMérode procèdeaurecrutementde soldatsaunom deWallenstein dans la
principauté deLiège, laligue catholique estde plus en plus menacée par le roi deSuède
etFerdinandIIne peut yrester insensible.Le 15avril,Gustave-Adolphe force le
67
passage de la Lech, défenduparTilly, pénètre enBavière etravage le duché .Le chef
de l’armée catholique,ainsi que son principal lieutenant,Aldringen, sontblessés.Le
résidentfrançaisà Munich,M. deSaint-Étienne, prend l’initiative de rencontrer le roi
68
deSuède dans son camp d’Ingolstadtpour lui demander d’épargnerMaximilien .Le
duc deLorraine s’entrouve beaucoup plus isolé qu’il ne le souhaiterait.LouisXIIIet
Richelieule saventparfaitementetsontplus résolus que jamaisàlui imposer leur

volonté.
L’armée deCharlesIVs’estremise en marche, officiellementpouraller contre
Strasbourg.La ville libre s’esten effetrebellée contreFerdinandIIetcontre l’autorité
de son évêque.Abritée derrière de hautes murailles récemmentrestaurées, lacitéacru
trouver enGustave-Adolpheun protecteur efficace duprotestantisme contre la Réforme
catholiquevoulue par lesHabsbourg et a abandonnéaudébutde l’année laneutralité
qu’elle observaitjusqu’alors.Les soldats lorrains onten réalité l’ordre de rejoindre le
Luxembourg.Il ne peutêtre excluqu’ils se rendent àlarencontre de deux armées
espagnoles, celle deDonGonzalès deCordoue etcelle ducomte d’Emden,àla
rencontre de l’armée deMonsieur ou àlarencontre des hommes deWallenstein.Ce
faisant, le duc deLorraine couperaitd’ailleurs le chemin de retraite de l’armée française
d’Allemagne.
Les négociations en coursavec le chancelier suédoisOxenstern,àpropos de la
neutralité, sontsuspendues, mais l’archevêque deTrèves estdisposéàremettreàla
69
France les places fortes prévues dans le système de protection proposé par laFrance .
Le 10mai 1632,LouisXIIIet Richelieupartent vers le nord duroyaume pour inspecter
les places de lafrontière picarde etprévenirtoute incursion ennemie.Le22,tous deux
arrivent àCalais.Le roi rachètealors lacharge de gouverneur de la ville, privant ainsi
les rebelles etlesEspagnols d’un pointd’appui quiauraitpuêtre déterminantpour
l’invasion duroyaume.Dans le mêmetemps, le souverainannonceauduc deLorraine
qu’il confie le commandementde sonarmée d’Allemagneauxmaréchauxd’Effiatetde
LaForce.Tous deuxontpour mission d’en renforcer les effectifs etl’organisation, en
vue d’une intervention dans l’Empire etenLorraine.Lapromotion dumarquis d’Effiat,
devenumaréchal deFrance, est toute récente.LouisXIIIle charge de soutenir
l’archevêque deTrèves,Philippe-ChristophevonSoetern, dans son combatcontre les
envahisseurs espagnols.
Les chanoines de la ville se sont, eux aussi, révoltés contre le prélat.Ils ont
ouvertleurs portesauxEspagnols qui se sontégalementemparés dePhilippsbourg.
Cette dernièreappartient àl’archevêque deTrèves, en qualité d’évêque deSpire.
Philippe-ChristophevonSoetern estdésemparé :audanger espagnol s’ajoute le danger
suédois, puisqueGustaveHornachassé lesEspagnols deCoblence.Le seul secours sur

67
Billet anonymeadresséà Richelieu,23 avril 1632,MAE, coll.MD France,vol. 804, fol. 107.
68
Par mesure de sécurité, laduchesse deBavièreamême dû abandonnerMunich :Jean deRechignevoisin,
sieur deGuron,à Richelieu,Nancy, 15avril 1632,MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol.234-235.
69
Le maréchal d’Effiat à Richelieu,Saint-Avold,26mai 1632,MAE, coll.CP Lorraine,vol. 10, fol.306-307.

27

lequel puisse compter l’archevêque estcelui que lui envoie le roi de France envertudes
accords de protection conclus enavril.Le maréchal d’Effiatrétablitlasituation du
prélatspolié etlaisse des hommesàPhilippsbourg etàEhrenbreitstein.Lasignification
de l’occupation de ces forteresses dépassevite lasimple opération
protectrice.PhilippeChristophevonSoetern estcontraintd’offrirà Richelieulacoadjutorerie de l’évêché de
Spire etladignité de grand prévôtduchapitre deTrèves pour sauvegarder ses droits.Le
cardinal-ministre pousse le marchandage jusqu’àexiger que ladignité de grand prévôt
lui garantisse lasuccessionàl’archevêché.Laprotection prend l’allure d’annexion…
L’évolution, sommetoute similaireàcelle qui s’estopérée dans lesTroisÉvêchés,
quoique plus brutale, n’échoue que par le raptdePhilippe-ChristophevonSoetern par
lesEspagnolsaumois de mars 1635.
L’application dusystème de protection permetàlaFrance d’occuper des
positionstrèsavancées dans les pays rhénans.Lasécurité de l’espace lorrain, derrière
lestroupes françaises des maréchauxdeLaForce etd’Effiat,acquiert une importance
accrue, car les garnisons stationnantenAllemagne dépendententièrementdes bonnes
communicationsavec le royaume.Etquel créditaccordéàCharlesIV?Le maréchal
d’Effiatlui-même exhorte le roià venir enLorraine puisqueaucun danger ne semble
70
peser sur la Picardie .Fin mai, lestroupes lorraines ontrejointlesarmées espagnoles.
Monsieur estparti pourTrèves et apris la tête des contingents misàsadisposition par
FerdinandII.

Le traité de Liverdun

Malgré lacomplexité de lasituation,Richelieuconserve l’espoir de sauver la
paix.Iltente encore de négocieravec le duc deLorraine, en lui demandantde céderàla
France comme garantie de ses bonnes intentions les places
deStenayetdeClermont-enArgonne.Lasollicitation reste sans réponse.Le 9 juin,Richelieulanceunavertissement
71
solennelàCharlesIV: deuxjours plustard,LouisXIIIquitte la Picardie pour la
72
Champagne, puis lesTroisÉvêchés .Les maréchauxd’EffiatetdeLaForce,appelés
d’Allemagne, convergentdéjà vers la Lorraine pour s’interposer entre le roi deFrance et
lesarmées espagnoles.Ils ontordre de ne plus négocieravec le duc deLorraine.
Richelieuet LouisXIIIsontpersuadés queDonGonzalès deCordoue, qui n’apas suivi
73
Monsieur, n’apas davantage l’intention d’aiderCharlesIV.
Le 13, le duc d’Orléans publieune suppliqucone «treJeanArmand, cardinal
deRichelieu, perturbateur durepos public, ennemydu Royetde lamaison royalle,
dissipateur de l’Estat,usurpateur detoutes les meilleures places duroyaume,tyran d’un
74
grand nombre de personnes de qualité…» .Le signataire informe solennellementles
sujets duroi deFrance que leur souverain s’est trompé etqu’il fautcombattre la
tyrannie deRichelieuetde ses complices : laguerre civile estdéclarée.
Le même jour, les maréchauxdeLaForce etd’Effiatinstallentleurs quartiers
dans l’évêché deMetz.Ils prennent aussitôtlaroute dePont-à-Mousson.Selon eux,

70
Effiat à Richelieu,Courcelles,25 mai 1632,MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol.299-300.
71
MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol.270,L.-M.Avenel (éd.),Lettres, instructions…,ouv. cit.,t.IV, p.303.
72
LouisXIII à Richelieu, 10juin 1632,MAE, coll.MD France,vol. 1505, fol.11-12.
73
LouisXIII auxmaréchauxdeLaForce etd’Effiat,Laon, 12juin 1632,MAE, coll.CP Lorraine,vol. 10,
fol.386-387.
74
MAE, coll.MD France,vol. 802, fol.225.

28

faceàl’armée deLouisXIII,Monsieur ne peutque prendre laroute de
laFrancheComté puis duGévaudan.Leuranalyse se révèle d’une rare justesse.Comme prévu,
DonGonzalès deCordoue préfère d’ailleurs se replierà Trèves.Gaston d’Orléans,
quant àlui, ne s’y trouve plus, ilagagnéBesançon.
Le 18 juin,LouisXIIIfranchitla Meuse : lesarmes paraissentle seul moyen de
75
contraindreCharlesIV àsatisfaireàses obligations .Le duc deLorraine n’apas les
moyens de s’opposerauxforces françaises.Par l’intermédiaire de l’Infante, ila averti
DonGonzalès deCordoue dudanger encouru, mais le général espagnol ne cesse de se
dérober.Ila tropàfaire etne peutqu’inciterCharlesIV àse soumettre.Wallenstein est
pareillementsollicité, sans plus de succès.NiWallenstein, niMérode, niMontecuculli
ne disposentde contingents suffisants.
LouisXIII tientdéjàles passages de la Meuse etde la Moselle,Nancyest
directementmenacée.Le marquis deBourbonneattire d’ailleurs l’attention deRichelieu
sur la vulnérabilité de lacapitale ducale oùne reste que laprincesse dePhalsbourg.Le
roi deFrance poursuitson périple en occupant Saint-Mihiel, capitale duBarrois non
mouvant, puisPont-à-Mousson, siège de l’université lorraine.Lacampagne-éclair de
LouisXIIIdévoile lafragilité desÉtats lorrains.CharlesIVn’aplus qu’ànégocierun
nouveau traité de paix.
76
L’accord estsignéà Liverdun le26juin .Il fixe sans équivoque l’attitude que
le duc deLorraine doitobserver.CharlesIVconsent une participation financière et
militaireauxcombats engagés par le roi deFrance, lui laissantlibre passage en
Lorraine.L’aideàfournirà LouisXIIIestprévue pourtoustypes de conflit.En
contrepartie, le roi deFrance s’engageàévacuer les pays occupés et àremettreBar,
Saint-Mihiel et Pont-à-Mousson, si symboliques de l’identité lorraine,àleur légitime
souverain.CharlesIVlaisse parailleursau vainqueurStenayet Jametzpourune durée
de quatreannées.Unarticle secretoblige le cardinalNicolas-François deLorraine, frère
deCharlesIV,àse constituer otage si les places n’étaientpas livréesàlaFrance.
Surtoutle duc cède entoute propriété le bailliage deClermont-en-Argonne, moyennant
un dédommagementfinancier.En matière féodale, leterritoire deClermontrelève de la
suzeraineté impériale etfaitpartie des réclamations formulées par lacommissionLe
Bret.Enfin, dansun délai d’unan,CharlesIVest tenude rendre hommageà LouisXIII,
selon le cérémonial réclamé par les juristes français.
Letraité deLiverdun faitbien plus que confirmer celui deVic, ses clauses
permettentl’implantation duroyaume deFranceàl’angle nord-ouestdes duchés de
Lorraine etdeBar.Il offreà LouisXIIIle contrôle des routes etdes étapesvers
l’Empire, l’acquis stratégique sur lesvoies de communication s’avère encore plus
importantque les gainsterritoriaux.Làrésidentla victoire etl’habileté deRichelieu
77
dans ladirection des opérations .

75
MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol.278 et 279.Lalettre deRichelieu aété publiée parL.-M.Avenel,
Lettres, instructions…,ouv. cit.,t.IV, p.311.
76
Les clauses du traité deLiverdun ontété publiées parM.-C.VignalSouleyreau,Richelieu et la Lorraine,
ouv. cit., p.375-376.
77
Le jugementque porteRichelieu, dans sesMémoires,sur letraité deLiverdun constitueunevéritable
curiositéaprès ses propos sur le principe de protectionà appliquer enLorraine.Le cardinalyprésente de
manière sincère laposition deCharlesIV: « laplus grande partdumonde, jugeantde ce qui se passe, sans en
considérer les raisons, blâmèrentle duc deLorraine d’avoir faitcetraité, mais pour moi, je dirai franchement
que, supposé les fautes précédentes oùil s’étoitlaisséaller, c’estlaseuleaction de sagesse que j’ai remarquée
en saconduite.Il sera aisé de le concevoir, si l’on considère que ce pauvre princeavoitsi mal pris sontemps

29

La
Marillac

toute

puissance

du

cardinal-ministre :

le

procès

du

maréchal

de

Aucours desannées 1631 et1632,Richelieuprofite de l’assuranceacquise
depuis lajournée des Dupes etconsolide sapositionausommetdupouvoir en éliminant
ceuxqu’il considèreautantcomme ses ennemis personnels que comme les ennemis de
l’État.Il profite naturellementdurèglementde lasuccession deMantoue etde
l’implication de laFrance dans lesaffaires d’Allemagne, il chercheaussi prudemmentà
évitertoute nouvelle révolte etàse ménager lasympathie deJean-Louis d’Épernon,
gouverneur etreprésentantde l’autorité militaire duroi deFrance dans lesTrois
Évêchés.Richelieune peutse permettre de disperser ses forces sur plusieurs fronts.Et
Monsieur,àlui seul, requiert unevigilance detous les instants.Le maréchal deMarillac
estlaprincipalevictime politique deRichelieuaprès l’éviction deMarie deMédicis.Le
sortréservéaugouverneur deVerdun estexemplaire etseveutcommetel.Richelieune
pardonne pas mais il sait aussi que lesGrands duroyaume pourraienten prendre
78
ombrage .
Le 10novembre 1630, conformément àladécision prise par le conseil du Roi,
le frère dugarde des sceaux areçu une lettre deLouisXIIIlui confiantle
commandementde l’armée d’Italie :sous couvertd’un gage donnéauparti dévot,
Richelieu aécartéaumeilleur momentle maréchal deMarillac etpris le pas sur lareine
mère.Dès le 12, leRoiaécrit aumaréchal deSchomberg pour lui enjoindre d’arrêter
son collègue etde s’assurer de sapersonne physique.Un seul griefanime le cardinal :
Louis deMarillac estle frère deMichel, disgracié etemprisonné.Il setrouveàla tête
d’unearmée de six àseptmille hommes etpourraitentrer en dissidence.Le courrier
royalarriveaucamp deFolizzo le21 novembre.Lasurprise est totale d’autantque
LouisXIIIn’avanceaucun motif etne professeaucuneaccusation.
Arrêté, puistransféréà Sainte-Menehould,Louis deMarillac faitpreuve d’une
complète soumission etrefuse mêmeun projetd’évasion fomenté parun de ses
lieutenants,LeMesnil.Il semble faire preuve d’une résignation qui ne s’explique que
par lacertitude de l’innocence etreste convaincuque sabonne conduite sera
79
récompensée .Paradoxalement,Louis deMarillac se refuseà admettre définitivement

de se porter contre laFrance qu’ilvoyoit tous ceuxqui le pouvoientsecourir contre elle en étatde ne pouvoir
faireautre chose que le plaindre.L’impuissance deMonsieur, dontlesarmes n’avoientforce que pour brûler
des maisons etdesvillages entiers enFrance, faisoientque sesvœuxlui étoientfortinutiles.Le roi deSuède
avois misune si grande barrière entre l’Empereur etlui, qu’àpeine les souhaits de l’Empire pouvoient-ils
venir jusqu’àsesEstats;lesHollandois occupoient tellementlesEspagnols qu’outre qu’ils jouoientde
malheurs depuis quelquestemps, il ne leur estoitpas detemps pour penseraux affaires d’autrui. », dansM.
Petitot(éd.),Mémoires de Richelieu, ouv. cit., p. 119.
78
Deuxofficiers ontfaitle récitdes événements dans leurs mémoires : levicomte dePuységur,Mémoires,
Paris,Morel, 1690 ;et Louis du Pontis,Mémoiresdu sieurduPontis,Paris, 1837, coll.ouvellecollection
e
des mémoires pour servir l’histoiredeFrance, sous ladir.Michaud et Poujoulat,2série,t.VI.Voir
également P. deVaissière,Un grandprocès sousRichelieu:l’affairedu maréchaldeMarillac(1630-1632),
Paris, 1924.
79
Il déclareaumaréchal deLaForce : «Monsieur, il n’estpas permisausujetde murmurer contre son maître,
ni lui dire que les choses qu’ilallègue sontfausses.Je puis direavecvérité n’avoir rien faitcontre son service.
La vérité estque mon frère, le garde des sceaux, etmoiavonstoujours été serviteurs de la Reine mère, qu’il
fautqu’elle estdudessous etqueM. le cardinal deRichelieul’aitemporté contre elle etcontre ses serviteurs.
Mais il n’y aremède, il fautsouffrir.Je ne suis pas malaiséà arrêter sans qu’il soitbesoin qu’on me garde;je

30

d’où vientle coup qui lui estporté etgarde encore l’espoir qu’une intervention de sa
80
femme dissipe le malentendu.Mais pourRichelieu, maintenirMarillac en détention
est une nécessité.Le prisonnier est un excellentotage et un moyen de pression efficace
surMarie deMédicis.Richelieucompteutiliser le prisonnier pour empêcher lareine
mère d’enveniràdes décisions extrêmes, ou,aucontraire, pour lui donner satisfaction
si elle se résolvaitàlacomposition. Dans l’un oul’autre cas, le cardinalabesoin de
réunir les charges les plus lourdes possible pour dissimuler le procès politique sous
l’apparence d’un procès criminel.
Richelieurecourtauxservices d’un homme de confiance, experten lamatière,
Isaac deLaffemas. Ancien comédien etpoète,une réputation bien établie luivautdéjà
81
le surnom de « bourreauducardinal deRichelieu» .D’une intransigeance exemplaire,
Laffemas estle spécialiste des mises en scène spectaculaires.Il reçoitcommission pour
dresser l’inventaire des papiers saisis chezle maréchal deMarillac,tandis que lesagents
deRichelieurecueillent tous les ragots concernantlesactivités de l’ancien gouverneur
deVerdun, en particulier ses relationsavec Gaston d’Orléans et avec le duc deLorraine.
L’interception de lalettre dumaréchal deMarillacàson lieutenantBiscarras, lui en
joignantde remettre lacitadelle deVerdunau Roi, est àelle seule le symbole de la
sévérité etde laruse dontpeutfaire preuveRichelieu. Biscarras n’ajamais connaissance
de l’ordre deMarillac : ce dernier est alorsaccusé devouloir garder laplace etBiscarras
de fomenterune révolte.L’arrestation opportune de quelques officiersayantservi
Marillac conforte larumeur d’une sédition imminente.Le maréchal deMarillac n’a
bientôtplus qu’un espoir, servir de monnaie d’échange dans laréconciliation de
RichelieuetdeMarie deMédicis.Làencore, il est vite déçu.Il réussitpourtant àfaire
parvenirune seconde missiveàBiscarras qui restitueVerdun.Il ne peutdonc plus être
question de poursuivreMarillac sous l’accusation de lèse-majesté, mais il s’agitde lui
faire payer l’obstination de lareine mère etlafuite de Gaston d’Orléans hors du
royaume.C’est ainsi que les recherches sur l’action dugouverneur deVerdun dans
l’exercice de ses fonctions sontpoursuivies etque s’ouvre le procès criminel du
maréchal deMarillac.
L’instruction, confiéeà Laffemas et à uneautre créature deRichelieu,Isaac de
Moricq, débute fin janvier 1631.Le29, le maréchal deMarillacal’habileté de faire
saisir lagrande chambre duparlementdeParis d’une requête en incompétence des
commissaires spéciauxdésignés pour instruire son procès.LeParlements’opposeaux
commissions extraordinaires qui le dépouillentde ses prérogatives etdécide d’évoquer
lui-même l’affaire.Le6février,unarrêtduconseil du Roi casse ladécision de
l’assemblée.Des remontrances sont adresséesausouverain.Le maréchal deMarillac
déposeune nouvelle requête etleParlementrendun deuxièmearrêten safaveur.
Richelieun’entient aucun compte etconfirmeà Laffemas et à Moricq qu’ils doivent
poursuivre la tâche qui leuraété confiée.
Puis laprocédure se radicalise : ordre estdonnéàlamaréchale deMarillac et à
lle
sanièce,Md’Attichy, de s’éloigner deParis, et à un neveuduprisonnier, chanoine de
lacathédrale deVerdun, de quitter la ville.Le 13mai,untribunal d’exception est

me rendrai entelle place etentelle prison qu’il plaira au Roi m’ordonner »,cité parG.Mongrédien,
10novembre 1630: lajournéedesDupes,Paris,Gallimard, 1961, p. 108.
80
Lettre dumaréchal deMarillacàson épouse, néeCatherine deMédicis,Embrun, 17décembre 1631, dans
G.Mongrédien,La JournéedesDupes, ouvrage cité, p. 11.
81
VoirG.Mongrédien,LeBourreauducardinaldeRichelieu, Isaac deLaffemas,Paris,Bossard, 1929.

31

institué. Il se compose des deuxrapporteurs déjàévoqués, detrois maîtres des requêtes
de l’hôtel supplémentaires, dont un personnage important,PaulHayduChâtelet, de
deuxprésidents etde douze conseillers duparlementdeDijon, oùle prisonnier est
transféré.Le choixdu tribunal bourguignon est unevéritable offense faiteàcelui de
Paris.Maisune épidémie de peste oblige lacommissionàse replieràVerdun.Laffemas
et Moricq n’hésitentpasàsusciter dépositions etdénonciations concernantle
détournementsupposé, parMarillac, de sommes réservéesàlasolde et àl’entretien de
sonarmée, concernantdes malversations qu’ilauraitcommises lors destravauxde
82
fortification de lacitadelle etdesabus d’autorité .
Les interrogatoires débutent aumois de juillet1631.Àcette époque, pourune
raison inconnue,Laffemas demandeàêtre relevé de ses fonctions, il estprovisoirement
remplacé parunautre magistrat auparlementdeDijon,Antoine deBretagne.Le
tribunal d’exception doitse réunir le28 maisAntoine deBretagne et Isaac deMoricq
répondentque l’instruction n’estpasterminée.Tandis que lacour faitpression pour
accélérer laprocédure,un nouvelarrêtduparlementdeParis interdit àlachambre
criminelle de poursuivre ses investigations et adresse de nouvelles remontrancesau Roi.
Le 12septembre,LouisXIIIordonneauxjuges établisà Verdun de poursuivre leur
tâche.PourMarillac, il ne faitguère plus de doute queRichelieuestsonvéritable
adversaire.Etles hommes de loi chargés de l’instruction doutenteux-mêmes
dubienfondé etde lalégalité de laprocédure.Ilsautorisentle maréchal deMarillacàchoisirun
avocat,un procureur etdeuxde ses parents comme solliciteurs.Le choixduprisonnier
lle
se porte sur desavocats parisiens,ainsi que surMd’AttichyetsurJacquesJacob,un
de ses familiers.Le gouvernementréplique en exilantlanièce deMarillac eten
interdisant aux avocats de quitterParis.
Lafuite de lareine mèreàBruxelles etl’arrivée deGaston d’Orléansà Nancy
confortent Richelieudans sadéterminationàexerceruneautorité sans limite.La
chambre criminelle deVerdun se montre de plus en plus rétive.Laprocédure judiciaire
s’enlisetandis que le maréchal deMarillac multiplie les requêtes en récusation de ses
juges.La volonté ducardinal-ministre n’estplus respectée, il décide d’intervenir
brutalement.
UnarrêtduConseil, en date du11 novembre 1631, fait« défenseàlachambre
souveraine établieà Verdun de plus s’assembler jusqu’àce qu’ilaitété pourvu auxdites
83me
récusat.ions »Les juges sontdessaisis etles commissaires renvoyés chezeux.Mde
Marillacvientde décéder.Lanouvelle frappe le prisonnier de plein fouetet aupire
moment.Conservantnéanmoins quelques illusions, le maréchal deMarillac interprète le
désaveudu tribunal deVerdun commeun effetde laclémence deRichelieu!Aumois
de décembre,LouisXIIIetsacour séjournantenLorraine,Marillactente de sonder le
gouvernementen lui envoyantson procureur, qui n’estreçuni par leRoi, ni par
Richelieu.Qui plus est,tous les prisonniers détenusà Sainte-Menehould sontlibérés,
sauf les gens dumaréchal.Ce dernier persiste etdépêcheà Metzsonavocat,Rouyer,
Les réponsesarrachéesà Richelieusontglaciales.Le prisonnier se raccrocheau
moindre espoir.Dans l’éventualité d’un deuxième entretienavec le cardinal,un
mémoire justificatif estpréparé.Laréponse estdécevante :il fautlaisser le procès se
dérouler.Àcette fin,Marillac est transféréà Pontoise.

82
Compte-renduduprocès deLouis deMarillacau MAE, coll.MD France,vol. 802, fol. 155-167.
83
DansG.Mongrédien,La JournéedesDupes, ouv. cit., p. 119.

32

Des locauxontété préparésauchâteaudeMont-Bélien, quiappartientà
Richelieu.Maisune des filles duprisonnier setrouveaucouventdes carmélites de la
ville. Des intrigues obligentàun nouveau transport, cette foisà Rueil, dans larésidence
favorite ducardinal.L’ordre de s’yrendre porte ladate du8 mars 1632.
Lanouvelle chambre criminelle chargée d’instruire le procès estcomposée de
treize conseillersauparlementde Dijon, quiaeule bon goûtde condamner les
complices deMarie deMédicis etde Gaston d’Orléans, de deuxconseillers d’Étatetde
huitmaîtres des requêtes.Elle estrésidée par le marquis deChâteauneuf, promugarde
des sceauxàlaplace deMichel deMarillac.Lestravauxdébutentdès le 10mars : les
requêtes de l’accusé sontd’emblée écartées.Les charges qui lui sontimputées sontle
péculatcommis sur lasubsistance etlasolde de l’armée deChampagne, les
malversations commises dans l’adjudication destravauxde construction de lacitadelle
deVerdun, les corvées etprestations en nature ouenargent abusivementimposéesaux
communautés dupays.L’accusation de lèse-majesté n’estpas explicitementformulée
mais elle reste sous-jacente.
Que le maréchal deMarillacait, ounon, commis des irrégularités,Richelieu
entend surtoutfrapper de manière exemplaire l’ancien capitaine des gardes deMarie de
Médicis, le frère dugarde des sceauxdisgracié, l’ami ducardinal deBérulle, l’un des
chefs de file duparti dévot.Le cardinal-ministreabien l’intention de lancerun
avertissementsans fraisà tous ceuxquiauraientl’outrecuidance de s’opposer oude
critiquer lapolitique dugouvernement.Isaac deLaffemas, de retour dans l’affaire, est
84
chargé de mener le procèsàsonterme .Richelieu y tientd’autantplus queMarie de
Médicis déclencheuneviolente campagne de presse etde libelles dans le royaume pour
dénoncer les méthodes etles objectifs de sonadversaire.Les pamphletsattaquantle
85
gouvernementetles juges deMarillac se multiplientetse fontde plus en plusacerbes .
Audébutduprintemps, le prisonnier déposeune énième requête en récusation
des membres de lacommission chargée d’instruire son procès ets’élève en particulier
86
contre laprésence dePaulHayduChâtelet.Marie deMédicis etGaston d’Orléans
87
vontjusqu’àmenacer les juges parvoie épistolaire pour les intimider !
Le28avril, le maréchal deMarillac comparaîtenfin devantletribunal
d’exception réuni pour le juger.Il n’apas présenté moins detrois requêtesàlachambre
de justice duparlementdeParis.Le procès entrantdans saphase finale, les parents du
maréchal deMarillac réitèrenten son nom larécusation dePaulHayduChâtelet.L’acte
faitétatde paroles outrancières prononcées par l’intéressé etd’un pamphlethaineux
dontil seraitl’auteur.Mais laprocédure doitêtreabandonnée : le maréchal deMarillac,
enfermé etétroitementsurveillé, ne peutsigner larequête.
Les proches de l’ancien gouverneur deVerdun s’avisent alors de présenterune
seconde requête en leur nom propre cette fois.Ils demandentque lapremière soit
présentéeauprisonnier pour qu’il lasigne ouque laseconde soitreçue en saforme.Ces
deuxrequêtes,attachées ensemble, sontprésentéesàlachambre de justice le 4 mai et
remises entre les mains deJean deLauzon, maître des requêtes, pour en faire le rapport.
Après délibération, il estdécidé que les deuxrecours soientenvoyésau Roi pour être

84
Argensonà Richelieu,Paris, 9 mars 1932,MAE, coll.MD France,vol. 802, fol. 56.
85
MatthieudeMorgues, notamment, faitparaîtreuneTrèshumble,trèsvéritable et très importante
remontranceauRoy.
86
Le marquis deChâteauneufà Richelieu,20et 21 mars 1632,MAE, coll.MD France,vol. 802, fol.66-68.
87
Claude deBullionà Richelieu,Rueil,2 avril 1632,MAE, coll.MD France,vol. 802, fol. 86.

33

examinés par sonConseil.Simultanément, le maréchal deMarillac, sevoyantisolé de
son entourage etprivé detoutcontact, remetàl’officier chargé de sasurveillanceune
troisième requête, rédigée de samain, par laquelle il demandeàêtreànouveauentendu
par lachambre de justice duparlementdeParis.Ce même 4 mai,LouisXIIIréunitson
Conseil etconvoque le garde des sceaux ainsi que quelques juges, dont PaulHaydu
Châtelet.Jean deLauzon présente les deuxpremières requêtesattachées en saprésence.
Ilapparaîtnettementque le jugeaporté desaccusationstropvives contre le prisonnier :
il estdisgracié et àsontour incarcéré, il recouvre cependantlaliberté dans les mois qui
suivent.Les désaccords sur les chargesàretenir contre le maréchal deMarillac
prolongentles discussions.Les délibérations n’arrivent àleurterme que le7mai :treize
juges se prononcentpour lamort, dixpour le bannissementoul’exil.Trois jours plus
tard,Louis deMarillac estexécuté en place de grève.Aveu terrible de mauvaise
conscience :LouisXIIIdonne ordre, dès lafin duprocès, de brûler les procès-verbaux
de laprocédure originale.Labrutalité de laméthode montre la volonté deRichelieu,
appuyé par leRoi, d’affirmer sonautorité etcelle duprincipe monarchique.Pourtant,
l’examen ducas deLouis deMarillac révèleaussi les freins opposésàcettetendance
pré-absolutiste par les instances judiciaires françaises.
Depuis l’automne 1631, des édits deLouisXIIIportantcréation de
commissions extraordinaires soulèventen effet uneviveagitation dans le milieu
parlementaire.RichelieuetleRoi entendent attribuer le jugementdes causestouchant
l’ordre publicàdes magistrats spécialementdésignés.Une commission de justiceaété
instauréeàl’Arsenal deParisafin de poursuivre des fauxmonnayeurs.Mais le
Parlement y voit uneatteinteàses prérogatives.Àlasuite de laconvocation de ses
représentantsàChâteau-Thierry,LouisXIIIetses conseillers constatentque lachambre
des enquêtes outrepasse ses droits etses compétences.Les parlementaires font toutpour
s’opposeràl’enregistrementdes édits de création des commissions extraordinaires.Le
30janvier 1632, leRoi, par la voixdumarquis deChâteauneuf, faitpartde son
mécontentement auxreprésentants duparlementdeParis réunisà Metz.Le souverain
déclare refuser les remontrances de l’assemblée etdéchoitses membres de leurtitre de
conseiller.Il rappelle le caractère « monarchique » de l’Étatetdonne lapreuve qu’il est
parfaitementcapable de faire respecter sonautorité.Àlasuite dudiscours dugarde des
sceaux, le premier président au Parlement,NicolasLeJay, sollicite lagrâce du Roi etle
maintien des parlementaires dans leurs charges.Surtout, il justifie longuementl’attitude
de l’assemblée,àlagrande colère deLouisXIII, et au vif mécontentementdeRichelieu
etdeChâteauneuf.Sous le coup de l’émotion, le monarque prend lui-même laparole et
affirme sansambages laprééminence de l’autorité royale sur l’autorité parlementaire.
Puis le cardinal s’adresseàsontourauxreprésentants du Parlementpour leur enjoindre
d’obéirauxordres qui leur ontété donnés.Le cardinal-ministre se montre plus
conciliantque le souverain etse déclare favorableaumaintien des parlementaires de
leurs charges, sous réserve que ceux-ci obéissentenfinau Roi etenregistrentles édits
nécessairesàlaréforme judiciaire.
Laquerelle estd’autantplus importante pourRichelieuque larésistance
opposée par les parlementaires metnon seulementen cause le système de justice d’État
vouluparRichelieu, mais retarde égalementl’instruction duprocès dumaréchal de
Marillac, que le cardinal-ministre souhaitevoiraboutiraucontraire le plus rapidement
possible.Le2mars 1632, les parlementaires sevoientconfirmer leur retour en charges.

34

Mais l’affaire n’est que reportée : de nouvelles difficultés surgissentdès le mois d’août
àpropos de Gaston d’Orléans etde l’attitudeà adopteràson égard.

La chevauchée duLanguedoc

Débutjuin,Monsieur réunitles forces dontil dispose etentre enarmes dans le
royaume.Le 13, il publieàAndelot un manifeste oùil expose ses objectifs etjustifie le
déclenchementde laguerre civile : le duc d’Orléans se présente comme le libérateur de
latyrannie qu’exerceRichelieusur leRoi etsur lapopulation duroyaume.Il compte sur
le ralliementduduc deMontmorency, gouverneur duLanguedoc, pour compenser la
88
défection duduc de Bellegarde .Le 15, le marquis de Bourbonneannonce l’arrivée des
89
factieuxdevantDijon .Lapopulation bourguignonne estprofondémenthostileà
l’entreprise car lestroupes rebellesviventàses dépens comme en pays conquis et
ravagentles provinces qu’ellestraversent.Monsieur estsans pitié pour ceuxqui lui
résistentetdemeurentfidèlesà Richelieu.Il n’obtientpourtantpas lareddition de Dijon
etdoitprendre le chemin de laBresse.Àlafin dumois de juin, le maréchal deCréqui
prend les mesures défensives nécessaires pour empêcher les rebelles d’entrer dans le
Dauphiné.Leur destination laplus probable estleLanguedoc, malgré les réticences du
duc deMontmorencyqui reprocheaufrère duRoi saprécipitation.
Depuis 1630, destroublesagitenten effetle sud duroyaume.Les
révoltesantifiscales se multiplient, il estlogique que le duc d’Orléansveuille exploiter lasituation.
Le royaume estsoumisàdeuxrégimes distincts de fiscalité : les pays d’états d’une part,
les pays d’élection de l’autre (environ les deux tiers du territoire).Cinq provinces
bénéficientdustatutde pays d’étatls :aBourgogne, laBretagne, leDauphiné, le
Languedoc etlaProvence.Leurs habitants payentlataille réelle, impôtfoncier qui ne
grève que laterre.Celui qui n’enapas estexempté.De plus, seules lesterres de
roturiers sont taxées.Celles des nobles sontexemptées et uneterre réputée noble reste
telle, quel que soitsonacquéreur.Àl’inverse,uneterre roturière le demeure également,
mêmeachetée parun noble, qui doitalorsacquitter l’impôt.Chaqueannée, lasommeà
payerau trésor royal par les pays d’états estcommuniquéeauxétats provinciaux,avant
d’être répartie entre les contribuables par les députés destrois ordres.
Dans les pays d’élection,aucontraire, lataille estpersonnelle.L’impôtest
direct, ilaffecte les revenus des contribuables etestfixé chaqueannéearbitrairement
par le gouvernement.Infailliblement, les dépenses imprévuesaffluenten cours
d’exercice budgétaire, surtoutentemps de guerre.Des levées supplémentaires sontalors
organisées et ucrne «ufréqe »uemmentajoutéeàlasomme primitivementfixée.Les
levées supplémentaires deviennent tellementrégulières que lacrue finitpar être
considérée commeun élémentnormal de lataille.Un procédé similaire estemployé
pour lesanticipations.Àlasuite de prélèvementsavancés, lataille de l’annéeàvenir
peutêtre épuiséeavantmême son échéance.Elle estalors miseàjour entenantles
anticipations pour nulles etlataille estànouveaulevée comme si rien n’avaitété perçu
auparavant.D’où un doublementpur etsimple de l’impôt!On comprend l’intérêtdu
gouvernementàpréférer lataille personnelleàlataille réelle, d’autantqu’auxcrues

88
Monsieur, par lasuite, nie être l’auteur duManifeste : le duc d’Orléansà Richelieu,Béziers,29 septembre
1632,Bibl.VictorCousin, coll.Richelieu,vol. 15, fol 136 ; MAE, coll.MD France,vol. 805, fol. 90et92.
89
MAE, coll.MD France,vol. 804, fol.197-198

35

ordinaires et extraordinaires peuventmême s’ajouter des crues superextraordinaires et
que lavente des charges d’élus etd’officiers chargés de lalevée de l’impôtest une
source de profitconséquente.
Les pays d’élection formentseize recettes générales qui correspondentaux
circonscriptionsadministratives, les généralités.Àlatête de chaque recette générale est
placéun général des finances.Larecette elle-même se divise en plusieurs entités, les
élections, qui sontlesunités fiscales de base.Le général des finances estinformé du
montantde lasommeassignéeàsacirconscription etprocèdeàlarépartition entre les
élections de son ressort.Àl’intérieur de chaque élection, laventilation de l’impôtest
effectuée par les élus.Leur recrutements’opère surtoutpahommes de loi enrmi les
possession d’un niveaude fortune suffisantpour leur permettre de s’acquitter duprixde
leur charge.Les élus sontassistés dans l’exercice de leurs fonctions par des lieutenants,
primitivementde simples commis choisis etrétribués par les élus eux-mêmes.Audébut
e
du XVIsiècle, cette hiérarchie étaitdéjà une source de revenus considérables.Mais il
s’estrapidement avéré que les officiers dufisc n’étaientpasasseznombreux.Les
charges de contrôleur destailles etde receveur destailles ontété créées.Puis le nombre
de receveursaété doublé par lamise en place dans chaque emploi de deux titulaires
alternatifs, l’un pour lesannées paires, l’autre pour lesannées impaires.Untroisième
officier leuraétéadjointdansune dernière étape, le receveurtriennal qui n’opère que
tous lestroisans.Àchaque office correspondentdonctroistitulaires qui ontpayé leur
charge, mais que le gouvernementdoitrémunérertous lesansalors qu’ils netravaillent
qu’uneannée surtrois.Le clergé etlanoblesse sontparailleurs exemptés de la taille
ainsi quetous les officiersayant acheté leur charge.Etle gouvernementencourage les
inégalités par la venteauxenchères de privilèges individuelsaccordantdispense pour
tous les impôts directs !
Richelieusouhaite étendre le système envigueur dans les pays d’électionaux
pays d’états.Les rentrées fiscales immédiates dans les caisses duroyaume seraient
considérables.Mais le projetsuscite les résistances locales les plus farouches.En
Provence, laperception de l’impôtn’en estpas moins confiéeàdesagents duroi, en
remplacementdesagents de laprovince.Lapopulation s’agite etpar prudence, sachant
saposition particulièrementfragile, le gouverneur de laprovince, le duc deGuise,
conserve le silence depuis le mois de novembre 1630.En février 1631,Richelieuluia
envoyéunearmée, menée parCondé.Guise, invitéàrendre des comptesàlacour,a
choisi l’exil définitif.Démis de ses fonctions, il estremplacé dans sacharge par le
maréchal deVitry,tandis queRichelieuse réserve personnellementl’intégralité des
90
affaires maritimes .EnLanguedoc, le projetd’établir des élus provoque également
l’opposition des états etcelle duparlementdeToulouse.Mais le gouverneur,Henri de
Montmorency, semble surtoutsoucieuxde se ménager les meilleures relations possible
avec leRoi.
er
Né en 1595,HenriIIdeMontmorencyestle fils duconnétableHenriI,
maréchal deFrance.Orphelin de père dès 1614, il jouit très jeune d’un pouvoir
quasiabsoluenLanguedoc, d’une grande popularité etd’unevie particulièrementluxueuse.À

90
Concernantces quelques semaines particulièrement troublées,voiraussiR.Abad, «Une premièreFronde
e
au temps deRichelieu?L’émeute parisienne des3-4 février 1631 etses suites »,XVIIsiècle, janvier-mars
2003, n°218, p.39-v70 ;oir également L.-A.Boiteux,Ricgrhelieu «andmaîtrede lanavigation etdu
commerce »,Paris,Ozanne, 1955 et P.Castagnos,Richelieu faceàlamer,Rennes,OuestFrance, 1989.

36

dix-huitans, de surcroît, il contracteun mariage particulièrementprestigieuxetépouse
Marie-Félice desUrsins, parente deMarie deMédicis, nièce dupapeSixteQuint.
Maître des états duLanguedoc, le duc deMontmorencyest un gouverneurtoutpuissant
dansune province éloignée dupouvoir central etlimitrophe de l’Espagne.Iltâche
cependantd’entretenir de bons rapportsavecParisafin de préserver son indépendance
etde garantir les particularismes locaux.Il éviteainsi soigneusementde prendre parti
dans les querelles de cour.En 1620,Marie deMédicis, en exilàAngoulême,atenté, en
vain, de l’attirer dans safaction.LouisXIII arécompensé le gouverneur du Languedoc
en lui conférantle collier de ses ordres.Lamêmeannée, il s’estrangéauxcôtés de son
souverain pour combattre les protestants etdirigé le siège deMontpellier faceauduc de
Rohan.
Mais laloyauté dontle duc deMontmorency aeul’intelligence de faire preuve
n’apas empêché son implication involontaire dans les cabales orchestrées parMarie de
me
Rohan-Montbazon, devenueMdeLuynes.En 1618, lafuture duchesse deChevreuse
aété nommé surintendante de lamaison de la Reine.Or labelle-mère duduc de
Montmorency,veuve duconnétable,venaitd’accepter lacharge de dame d’honneurà
condition qu’il n’y aitpas de surintendante.Henriapris le parti deLaurence de
Clermont-Montoison etprotestéauprès du Roi, sans rien obtenir.
Quelquestemps plustard, estsurvenueuneaffaire beaucoup plus grave.Le duc
deMontmorency arencontréAnne d’Autriche enLanguedoc en 1621.Le26février
1623,àlastupeur générale, lors d’une fête donnéeàlacour, le poèteThéophile deViau
adonné lecture devers composés par le gouverneur du Languedoc, déclaration d’amour
_ _
àlajeune reine, qules codes espi selonagnols de l’hommage dû à une reineareçula
démonstrationavec faveur.LouisXIIIne pouvait accepteruntelaffront.Deuxcamps se
sontconstituésàlacour :MontmorencyetBourbonautour d’Anne d’Autriche, la
duchesse deChevreuse etlesGuiseautour du Roi.Marie deMédicisachoisi de
défendre son fils etobtenuqu’aucun homme ne puisse plus entrer dans le cabinetde sa
belle-fille.L’incidenten estresté là.
Le duc deMontmorency apoursuivi sacarrière, non sans difficultés et
humiliations.Le 16septembre 1625, ilaremporté, entantqu’amiral, la victoire navale
de l’île deRé.Mais laplaceaété confiéeà Toiras, inférieur en gradeaugouverneur du
er
Languedoc.Richelieu apprécie peule duc deMontmorency.Lnoe 1vembre suivant,
bien qu’ilaitmisàladisposition du Roiune flotte etdestroupes entretenuesàses frais,
bien qu’il se soitdéclaré prêt àprendreLa Rochelleavec quelques contingents
supplémentaires, il n’apas été écouté.Richelieu, de surcroît, l’aobligéàse défaire de sa
charge d’amiral, moyennantcependantplus d’un million de livres de dédommagement.
Mécontentdusortqui luiaété réservé, le duc deMontmorencys’estpeu àpeu
rapproché deGaston d’Orléans.En 1627, l’exécution deFrançois
deMontmorencyBouteville, cousin duduc,aencoreajoutéàsonamertume et àson ressentiment.
L’année suivante, ilapourtantrepris laguerre contre le duc deRohan, participéau
siège dePrivas et,àl’issue de lapaixd’Alès, reçu Richelieuen son châteaudeLa
Grange-des-Prés, près dePézenas.
Surtout,aucours de l’été 1628,LouisXIII a augmenté de deuxcentmille
livres lacharge fiscale pesantsur leLanguedoc pour financer le siège deLa Rochelle.
Les états ontbeauprotesté, revendiqué hautetfortleur droit àconsentir l’impôt, les
trésoriers deFrance installés dans les diocèses de laprovince ontétabli les rôles etsont
parvenusàfaire l’unanimité contre eux: les receveurs diocésains, les consuls, les

37

syndics de communautés etle parlementdeToulouse ontcondamné l’arbitraire royal.
L’attachementde laprovinceàses franchises régionales estapparude manière plus
éclatante encore le3mai 1629 lorsque les états duLanguedoc ont,àleurtour, exprimé
leur désapprobation. Audébutdumois de juillet,un conseiller d’État,Viguier, etdeux
trésoriers deFrance sont arrivés sur place entantque commissaires du Roi, chargés de
lever cinq centmille écus pour l’armée.Le 18,Richelieului-même setrouvait à
Montpellier pouryétablir les élus.
Désormais, leLanguedoc engage lalutte contre le pouvoir central, le conflit
dure deux ans :les états résistent àlaréforme fiscale, le parlementdeToulouse casse
l’arrêtinstituantles élus.Ladissolution des états du Languedoc estmême prononcée
par leRoi.ÀParis, le duc deMontmorency tente de négocier.Il obtientle
rétablissementde l’assemblée, qui reçoitle droitde consentir les impôts établis.Le
projetd’installation des élus estremis, des commissaires royauxchargés de l’assiette et
de larépartition de l’impôtdoiventleur être substitués,tandis que les états perdentle
contentieuxfinancier.
Malgrétoutes ces difficultés, etses rancœurs personnelles,Henri de
Montmorencyreste fidèleauroi ets’engageauprès de lui lors de lacampagne d’Italie,
enSavoie etenPiémont.Laduchesse retrouve elle-même lacourà Lyon.Le
gouverneur du Languedoc s’illustretoutparticulièrementlors de labataille deVeillane
etpendantlamaladie deLouisXIII, il offreune retraite sûreà RichelieuenLanguedoc.
Après lajournée desDupes, le duc deMontmorencyestenfin récompensé : il
estnommé maréchal deFrance;on prometle rétablissementen safaveur destitres de
connétable etde grand chambellan.Le23décembre 1630,Richelieuet Marie-Félice des
Ursins sontparrain etmarraine duprince deConti, second fils deCondé.Mais en 1631,
deuxnouveauxcommissaires royaux arriventenLanguedoc pour superviser les
opérations de recouvrementde l’impôt, il s’agitdeRobert Miron etdeMichelParticelli
91
d’Hémery.Des officiers subalternes sontinstallés danstoute laprovince pour rétablir
lestailles.Ànouveau, les états exprimentleur hostilité.
L’évêque d’Albi,Alphonse d’Elbène, exerceune influence locale importante.
Il possède des parents dans l’entourage deGaston d’Orléans etcommeMarie-Félice des
Ursins, il pousse le duc deMontmorency à agir contreRichelieu, qui n’apastenuses
promesses etn’apas rétabli les charges promises.Quoiqu’ilarrive, le gouverneur du
Languedoc, qui se garde de rompre ouvertement avec lacour, saitqu’il peutcompter
sur le soutien d’une clientèle considérable :devieilles familles féodales, comme les
Crussol, lesLévis oulesPolignac;le hautclergé;quelques évêques d’origine italienne,
commeAlphonse d’Elbène ouClémentBonzi, évêque deBéziers.
Le23janvier 1632,unautre prélat, celui-làfavorableà Richelieuet à
LouisXIII, l’archevêque deNarbonne,Claude deRebé, écrit aucardinal-ministre son
inquiétude etles difficultés que les commissaires royauxrencontrent auprès de
l’assemblée des états réunieà Pézenas pour s’yfaireadmettre.LesLanguedociens
92
expriment toujours leurvolonté d’être maintenus dans leurs privilèges .Aumois de
février pourtant, les étatsacceptentl’intervention des officiers deLouisXIIIpour la
perception etl’administration de la taille.Le conflitévolue en faveur de lafiscalité

91
VoirC.Bouyer,Michel Particelli d’Hémery,Paris,Hachette, 1975.
92
Claude deRebéà Richelieu,Pézenas,23janvier 1632,MAE, coll.MD France,vol. 1628, fol. 98-99.

38

93
royale mais rien n’estencore résolu.C’estàcette époque que s’exprimentles premiers
doutes concernantlaréelle loyauté duduc deMontmorencyàl’égard de son souverain.
L’information,àdéfautde pouvoir être infirmée ouconfirmée, estsoigneusement
conservée.Officiellementpour pareràl’éventualité d’une révolte des protestants du
94
Languedoc, le marquis deLa Force estenvoyé sur place .
Aucours duprintemps 1632, lestrésoriers deFrance distribuentles rôles
d’impôt.Les évêques etles barons languedociens exercent une pression de plus en plus
vive surHenri deMontmorency.Alphonse d’Elbène, en relation directeavec le duc
d’Orléans, etMarie-Félice desUrsins, qui correspondavecMarie deMédicis, l’incitent
àladissidence.L’évêque d’Albi conçoit un planvisantàsoutenir en sous-main
er
l’établissementdes élus pour pousser les états etle gouverneuràlarévolte.Le 1mai,
le duc deMontmorencydemande encoreà Richelieude remettre l’administration de
95
l’impôtauxétats deLanguedoc, etnonauxélus, etde respecter lestraditions .Un mois
plustard,Hémeryse réjouitd’annoncer qu’après de longues négociations, le
96
gouverneuraccepte l’installation de sixélus .Montmorencyne faitque gagner du
temps.En cas de révolte effective, il ne dispose pas detroupes suffisantes, d’oùles
reproches de précipitation formulés contreMonsieur.

Le frère duRoi,aprèsavoirvainement tenté de soulever la Bourgogne,apassé
la Loire etse dirigevers l’Auvergne.Audébutdumois de juillet, laville deMoulins est
menacée.Faute d’effectifs militaires suffisants, le lieutenantgénéralaugouvernement
d’Auvergne,François deNoailles, n’apas les moyens de s’opposerauduc d’Orléans.
Monsieur gagne sans difficulté les portes deVichy, s’emparetrès provisoirementde la
place deCussetetrestetrois joursauxenvirons deSaint-Flour.Lacité reste close.Les
rebelles prennent alors laroute duGévaudan etle châteaudeVodable.
Le duc deMontmorency, quant àlui,assure lamunicipalité deNarbonne de sa
loyautéàl’égard du Roi etpropose d’organiser ladéfense de la ville.Mais les habitants,
àlasuite de leurarchevêque, jugentl’attitude dugouverneur suspecte.Leurs
représentants déclarentl’autorité municipale préférableàcelle d’une seule et unique
personne.Montmorencyordonne le repli de sestroupes de lacité, oùsévitlapeste,vers
lacitadelle.PourParticelli d’Hémery, laduplicité dugouverneur ne faitplusaucun
doute.Le maréchal deSchomberg,venudeLorraine, se dirigevers leLanguedoc pour
97
en renforcer ladéfense etle maréchal deLaForce setientprêt à affronterMonsieur .
Le22juillet,Henri deMontmorency,aucours d’une réunion des états,
annonce qu’il s’estralliéauduc d’Orléans.Malgré l’opposition de l’archevêque de
98
Narbonne, les états décidentde le suivre dans larévolte .Le prélatest arrêté,ainsi que
Particelli d’Hémery.Quelques jours plustard, le maréchal deLaForce, dontl’armée est
considérablement affaiblie,appelleLouisXIII àson secoule drs :uc d’Orléans est

93er
Particelli d’Hémery à Richelieu,Montfépellier, 1vrier 1632,MAE, coll.MD France,vol. 1628, fol.104.
94
Mémoire des protestants deNîmes, 8 juillet1632,MAE, coll.MD France,vol. 1628, fol. 150-153.Le
document assure cependant LouisXIIIde laloyauté duconsistoire réformé de laprovince.
95
MAE, coll.MD France,vol. 804, fol. 120-121.
96
MAE, coll.MD France,vol. 802, fol.212-213.
97
Mémoire dumaréchal deSchomberg, fin juillet1632,MAE, coll.MD France,vol. 802, fol.286-287, publié
dansDomC.Devic,Histoire générale duLanguedoc,Toulouse, 1872-1892,t.XII, preuve n° 538, col. 1800.
98
Particelli d’Hémery à Richelieu,Avignon,3 août1632,MAE, coll.MD France,vol. 1628, fol. 191-197 ;
lettre publiée parDomC.Devic,Histoire généraleduLanguedoc, ouv. cit.,t.XII, preuve n° 539, col. 1803.

39

99
arrivéà Lodèveaprès s’être emparé deLagrasse etdeMontlaur .Montmorencyjoue la
carte de lamauvaise foi : il s’évertueàs’insurger contre les soupçons detrahison qui
pèsentcontre lui, il jureaucomte d’Alès,Louis-Emmanuel deValois, qu’il n’a aucun
contact avecMonsieur.Il considère comme injurieuse la venue dumaréchal deLaForce
enLanguedoc,ainsi que le commandementqui luiaété confiéàl’intérieur du
gouvernement, dontlui, duc deMontmorency, esten charge.Il certifie même qu’aucun
100
soldatn’étaitsur le pied de guerreavantl’arrivée de l’armée royale .Ce qui ne
l’empêche pas d’opérer sajonctionavec le frère dumonarque,à Lunel, le30juillet.
Tous lesLanguedociens ne sontpas partisans d’unetelleattitude.Le parlement
deToulouse, en particulier, quia appuyé larésistance légaleàl’installation des élus,
refuse de prendre part àlasédition.Tandis queMazarin,aumois d’août, interdit à
101
Monsieur l’entréeàAvignon etdans leComtat Venaissin ,LouisXIIIquitte
Fontainebleaupour en finir.Le maréchal deVitrydoitluiaussivenir prêter main forte
aumaréchal deLaForce.Le duc deMontmorencyetGaston d’Orléans, faute de
moyens suffisants, entreprennent une marche désespéréeversCastelnaudary.La
confrontationavec l’armée dusouverain, menée par le maréchal deSchomberg,alieule
er
1 septles rebelles sonembre :técrasés, le comte deMoret trouve lamort, le duc de
102
Montmorency, blessé, estcapturé .Les places fortestombées sous le joug duparti
adverse se rendentlesunesaprès lesautresauxsoldats deLouisXIII,tandis que les
habitants d’Albi chassentleur évêque.
Le gouverneur du Languedoc estconduit à Lectoure puisà Toulouse, où
s’ouvre son procès.Marie-Félice desUrsins se place sous laprotection deMonsieur
puis reçoitrapidementl’ordre de se retirerauchâteaudeLaGrange-aux-Prés.Gaston
d’Orléans est, quant àlui, contraintde se réfugieràBéziers, il doitdésormais composer
etdiscuter.Une semaineaprès labataille, iltransmetses desiderata à Richelieu.
Monsieur réclame lalibération duduc deMontmorency, le rétablissementdes ducs
d’Elbeuf etdeBellegarde dans leurs droits etprérogatives,ainsi qu’une place de sûreté.
Il exigeaussi le rétablissementde lareine mère dans ses biens etpensions etla
103
restitutionauduc deLorraine des places occupées par lestroupes françaises .
LouisXIII, quant àlui, envisage par mansuétude d’accueillir l’entourage de son frèreà
lacour,àconditiontoutefois que celui-ci reconnaisse ses fautes.Ilaccepte que son frère
104
s’établisse dansuneville sûre etrétablitle duc d’Elbeuf da.ns ses biens
LeRoiarrive en personne enLanguedoc le 15 septembre, non sansavoir fait
saisir cinq centcinquante mille livresàl’hôtel deMontmorency à Paris, etdéclaré les
105
propositions deMonsieur inacceptables .Deuxjours plustard, les négociations

99
Le maréchal deLaForceà Richelieu,vers le 5août1632,MAE, coll.MD France,vol. 802, fol. 423-424.
100
Le duc deMontmorency à Louis-Emmanuel deValois, comte d’Alais,Pézenas,26juillet1632,MAE,MD
France,vol. 1628, fol. 182-184.
101
Particelli d’Hémery à Richelieu, 9août1632,MAE, coll.MD France,vol. 802, fol.334-338.
102
Le déroulementde labataille estnarré par laRelation envoyée auRoyparM. le mareschaldeSchomberg
ducombatfait entre lesarmesqu’ilcommande et l’arméedeMonsieur,prezdeCastalnau-d’Ary,le premier
jourde septembre 1632,impriméà Lyon,imprimeriedeSimonRigaud,1632,«avecprivilègeduRoy»,
MAE, coll.MD France,vol. 803, fol. 1-6.
103
MAE, coll.MD France,vol. 803, fol. 53-54.
104
Mémoire deRichelieu à M. d’Aiguebonne,Lyon, 9 septembre 1632,MAE, coll.MD France,vol. 803,
fol.33, publié parM.Petitot,MémoiresdeRichelieu, ouv. cit.,t.VII, p. 197.
105
LouisXIII auduc d’Orléans,Pont-Saint-Esprit, 15 septembre 1632, dansL.-M.Avenel,Lettres,
instructions…, ouv. cit.,t.IV, p.368.

40

s’engagentvéritablemententre le souverain etson cadet, grâceàlamédiation deClaude
deBullion.Le23, lestermes d’unaccommodementsontétablis.Gaston doitpromettre
d’abandonnertoute faction hostileauroi deFrance.Aucune grâce ne doitêtreaccordée
auxétrangers enrôlés sous labannière deMonsieur, qui s’engageaussiàécarter de son
entourage les personnages les plus perturbateurs.Des préventions particulières sont
106
formulées contrePuylaurens .Si leRoi rétablitson frère dans sesanciens privilèges,
c’estRichelieuqui rédige lui-même lestermes durepentir queMonsieur doitsigner.
LouisXIIIpardonneàson cadetet àses « domestiques », mais pasà Montmorencyni
auxpartisans duduc d’Orléans restésàBruxelles.
En octobre, le comte d’Argenson procèdeàl’arrestation des gentilshommes qui
se sontralliésà Monsieur pendantsachevauchée.Certainstententde se faire
107
reconnaître laqualité de « domestique » pour bénéficier de l’amnistie royale .Le duc
deBellegarde, en raison de sonattitude équivoque, estdémis de ses biens etde son
gouvernementdeBourgogne par le parlementdeDijon.Il estreconnucoupable d’avoir
accueilli le duc d’Orléans dans saprovince etde l’avoir suivi enLorraine.Le
malheureuxn’apourtantpas pris part àlarévoltearmée, ilamême sollicité laclémence
de son souverain etlui estresté fidèle.Larépression,une fois encore, seveut
exemplaire.Le gouvernementdeBourgogne estconfiéauprince deCondé.Pourtant, le
duc deBellegardeayantreconnuses fautes, il estpeu après rétabli dans ses biens et
108
dignités .
Le parlementdeToulouse estparallèlementdésigné pour juger le duc de
109
Montmorency.Le marquis deChâteauneuf préside l’instruction.Les interrogatoires
débutentle28 octobre,Montmorencyne cherche pasànier etne se défend pas.Il
assume parfaitementsaconduite.Lanoblesse multiplie les interventions pour le sauver,
110
rien n’yfait.Au terme d’une procédure expéditive, il estcondamnéàmortetexécuté
deuxjours plustard.PourRichelieu, l’instruction etle jugementdoivent avoirvaleur
d’avertissement, ils se situentdans ladroite ligne des procès politiques dontsont
victimes ses ennemis,àl’instar deLouis deMarillac oudeLouisDeshayes de
111
Cormenin .LouisXIIIsoutientpleinementson ministre etpublieune lettre circulaire
par laquelle il déclarevouloir faire duprocès duduc deMontmorencyl’exemple même
112
duchâtimentqu’encourentles rebellesàl’autorité du Roi .Le cardinal-ministre fait
savoirauxGrands qu’il bénéficie désormais d’un pouvoir suffisantpour pouvoir les
réduireausilence, etque nul n’est àl’abri.Marillac étaitde naissance relativement

106
MAE, coll.MD France,vol. 803, fol. 80-81, publié parL. -M.Avenel,Lettres,instructions…, ouv. cit.,
t.IV, p.372.
107
Le maréchal deSchombergà Richelieu,Narbonne, 5 octobre 1632,MAE, coll.MD France,vol. 803,
fol. 176-177.
108
Lettres d’abolition en faveur duduc deBellegarde, octobre 1632,MAE, coll.MD France,vol. 803,
fol.242.
109
Par commission etlettres de cachet, datées du 25 octobre 1632,MAE, coll.MD France,vol. 803,
fol.203204.
110
Le duc d’Angoulême,Charles deValois (quiaépouséCharlotte deMontmorency) écrit à Richelieuen ce
sens le 15 septembre [MAE, coll.MD France,vol. 805, fol.68-69].Le prince etlaprincesse deCondé, née
Charlotte-Marguerite deMontmorency, fontde même.LouisXIIIrefusetoute clémence le 16septembre
[LouisXIII auprince deCondé et àsafemme, lettres publiées parL.-M.Avenel,Lettres,instructions…, ouv.
cit.,t.IV, p.370et 371].
111
Les documents relatifsàl’instruction duprocès duduc deMontmorencysontconservésau MAE, coll.MD
France,vol. 803, fol.211-225.
112
L.-M.Avenel (éd.),Lettres,instructions…, ouv. cit.,t.IV, p.395.

41

modeste, maisMontmorencyappartientàl’une des plus grandes familles duroyaume,
dontsontissus nombre de connétables, maréchauxouamiraux.Le procès duduc de
Montmorencydonne lamesure des progrèsaccomplis parRichelieudans laconfiance
duroi etdans l’affermissementde son pouvoir personnel.
Le 11 octobre 1632, l’éditde Béziers supprime lesanciennes franchises
accordéesauxétats duLanguedoc.Le27, le maréchal deSchomberg estreçupar le
parlementdeToulouse comme nouveaugouverneur de laprovince, juste récompense
décernéeau vainqueur deCastelnaudary.Àlamême époque, le maréchal deLaForce
estpromugrand-maître de lagarde-robe duRoi etle marquis deBrézé maréchal de
France.Richelieuprend égalementsoin detransmettre lesarticles de lasoumission de
Monsieurauroi deSuède etde les fairetraduire enallemand puis imprimer pour les
113
diffuser dans l’Empire etrassurertous lesalliés de la France .
Maisaudébutdumois de novembre, le duc d’Orléans quitte laville deTours
oùLouisXIIIl’a autoriséàrésider.Il gagneànouveauBruxelles.Une fois encore, la
décision estprise par son entourage, en particulierPuylaurens, qui craintde subirun
114
sort analogueàcelui duduc deMontmorency.Gaston estpeut-être lui-même
convaincuque ses jours sontcomptés.Son mariageavec laprincesseMarguerite de
Lorraineaété officiellementrévélé par le duc deMontmorencylors de l’instruction de
son procès.L’ententeavec leRoi resteuneutopie.Monsieur justifie safuite en
déclarantne pouvoir se soumettreàl’assujettissementexigé de lui, niaccepter le sort
réservéaugouverneur du Languedoc,alors que lui-même s’estsoumisàla volonté du
115
souverain pour sauver la vie de son complice.
Aucours de l’hiver,LouisXIIIregagne lentement Paris par leLimousin.Son
ministre suit unautre itinéraire, en passantparBrouage et La Rochelle, pour montrer le
châteaudeRichelieu àla Reine.En chemin, laduchesse deChevreuse lui révèle qu’elle
adepuis longtemps connaissance de l’union contractée parMonsieur, etse déclare
116
renseignée par sonamant, le marquis deChâteauneuf .Malade,Richelieusouffre de
rhumatismes etde fortes crises de rétention d’urine qui le fontbeaucoup souffrir.La
densité des événements qui ontmarqué lesannées 1631 et1632le marque dans sa
chaire même.
Quant à Monsieur, son séjour enFlandres s’avère plus difficile que les
précédents.L’infanteIsabelle-Claire-Eugénie, quia toujoursaccueilli favorablement
er
Marie deMédicis etson fils cadet, décède le 1décembre 1633.LesGrands etle peuple
flamand craignentde retomber sous lacoupe directe duroi d’Espagne.Larévolte
gronde etles exilés français doiventenvisager l’éventualité de se replierà Madrid.La
reine mère est, de surcroît,toujoursaussiautoritaire et vindicative et Puylaurens etle
117
pèreChanteloube sontdésormais ennemis déclarés .

113
Lesalliés duroi deFrance doiventêtreassurés parun envoyé exprès,M. deLaGrange-aux-Ormes, que
LouisXIIIn’estpasaffaibli par laconduite de son frère:LaGrange-aux-Ormesà Richelieu,Hanau,21
novembre 1632,MAE, coll.MD France,vol. 805, fol. 132.
114
LouisXIII à Richelieu,Saint-Marcel, 12novembre 1632,MuséeCondé deChantilly, sérieI,t.III, fol.29.
115
Le duc d’Orléansà LouisXIII,Montereau-faut-Yonne, 12novembre 1632,MAE, coll.MD France,vol.
803, fol.253-255.
116
Le25 février 1633,Châteauneuf estdestitué puis emprisonné, comme l’aété son prédécesseur.Il
estpeutêtre ladernièrevictime, indirecte cette fois, de lajournée desDupes, mais luiaumoinsala vie sauve puisqu’il
estlibéréaprès lamortducardinal-ministre.
117
Une lettre restéeanonyme,adresséeauduc deLorraine, deGand, le24 décembre 1632, figurantdans les
papiers deRichelieu[MAE, coll.MD France,vol. 805, fol. 181-182] estparticulièrementrévélatrice : l’auteur

42

L’année 1632estessentielle pour le pouvoir royal etpour son serviteur le plus
dévoué.Elle estmarquée par lavolonté inébranlable deRichelieud’imposer l’autorité
de son souverain, sansaucun conteste, maisaussi d’affirmer son propre pouvoir.Le 12
août,LouisXIIIréunit un litde justice pour faire enregistrerune déclaration contre son
frère etses complices.Alors que larévolte du Languedoc n’estpas encore matée, le roi
entend imposerau Parlement unacte de pure glorification monarchique, par
l’intermédiaire de son garde des sceaux.Le marquis deChâteauneuf réclame les
honneurs dusà un chancelier.Le roi saisitl’occasion pour fairevaloir ses prérogatives
souveraines etordonneauxprésidents des parlements de se leveràl’entrée dugarde des
sceauxetde le saluer.L’usageveut aucontraire qu’un présidentdeParlementne suive
untel protocole qu’àl’arrivée duchancelier ou àcelle d’unautre président.Faceaux
prétentions renouvelées de l’autorité judiciaire, il s’agiten faitde souligner la
restauration des prérogatives royales depuis larégence deMarie deMédicis.LouisXIII
n’hésite pasàdemanderauxprésidents de faire droit àlademande formulée par le garde
des sceaux.NicolasLeJayrefuse catégoriquement.Le parlementdeParis s’estime libre
d’appliquer le cérémonial que lesusages ontimposé.Pour lui, l’honneur rendupar les
présidents n’estpasune simpleaffaire de civilité.Le geste estprécisémentinstitué de
longue date par lettres patentes enregistréesau Parlement.Il reviendraitexclusivement à
ce dernieràdécider ducas dugarde des sceaux.
Le jeudi 12 août1632, le roi se rendau Parlementetimpose lapublication
d’une déclaration contreMonsieur etses complices.Les magistrats se rendent audésir
duroi, qui introduit alorsune importante innovation de procédure.Le conflitné des
prétentions dugarde des sceauxetde celles deLouisXIIIprendune nouvelle
dimension.
Ladéclaration du Roiàpropos duduc d’Orléansayantété lue etl’avocat
généralBignon s’étantexprimé sur le sujet, le marquis deChâteauneuf sollicite l’avis
dusouverain.Ce dernierappellealorsàses côtés les princes de sang,Condé et
Soissons,ainsi que deuxprélats, les cardinauxdeRichelieuetdeLa Valette.Oràce
stade de déroulementprotocolaire, le monarque devraitêtre seul.De surcroît, il met à
égalité eten concurrence les princes d’Église etles princes de sang.Les présidents du
Parlementne peuvent, quant àeux, s’exprimer qu’entroisième position.LeParlement y
voit aussitôt une grave mise en cause des fondements de sonautorité.Désormais, en
effet, lacoutume estsubordonnéeàla volonté duprince.Lamanifestation
d’autoritarisme dusouverainBourbona uneautre conséquence.Larésistance du
parlementdeParisàsuivre les décisions oula volonté duroi estl’une des causes
directes de ladisgrâce dugarde des sceaux aumois de février 1633.LouisXIIIne
pardonne pas l’échec, oulamauvaisevolonté, deChâteauneufàimposer l’autorité
royaleàl’autorité parlementaire;et Richelieune pardonne pas le moindre lienavec
Marie deMédicis.
C’estégalement aucours de l’année 1632que des érudits renommés publient
des ouvragestraitantdes droits duroi oudesattributs de lasouveraineté :CardinLe

signale que lacorrespondance duduc deLorraineavecMonsieur, la Reine mère etlui-même semble
régulièrementinterceptée - laprésence de cette pièce dans les papiers deRichelieuconfirme ses soupçons
Marie deMédicis, partieàGand, n’étantpasavertie de l’arrivée de son filsàBruxelles, ils n’ontdonc pus’y
rencontrer.L’auteur déplore surtoutlamésentente qui règne entreMarie deMédicis et Monsieur, nuisibleà
leur parti.

43

Bret reprend l’argumentaireapparuen 1625 dansuntraité intituléDe la Souveraineté
du roi, de sondomaine etde la couronne;CharlesHersent, chancelier de l’église
cathédrale deMetz, forméàParis, évoque lasouveraineté légitime deLouisXIIIsur la
ville deMetzetle pays messin.Ce dernier ouvrage survient àpointnommé pour
préparer l’opinionàl’établissementd’un parlementfrançais enLorraine.L’institution
judiciairevoiteffectivementle jouraumois de janvier 1633.
Le cas de la Lorraine etdesTroisÉvêchés détermineaussiune étude des
historiographesPierreDupuyet ThéodoreGodefroy,Traité touchant lesdroitsdu roi
trèschrétiensur plusieursÉtats etseigneuries possédés pardivers princesvoisins....Si
l’ensemble n’estpublié qu’en 1655 parJacquesDupuy, son élaboration date bien de
1632etjustifie les prétentionsterritoriales duroi deFrance.Richelieuse dote
égalementd’un organe de presse destinéàincliner les esprits en safaveur.En 1631, ila
convaincu ThéophrasteRenaudotde publierune feuille hebdomadaire de nouvelles,La
Gazette, complétée en fin d’année parun cahier séparé,Les nouvelles ordinaires, puis
118
par desExtraordinaires.Toutes lesaffirmations de lasouveraineté française sont
l’expression de lanécessité ressentie parRichelieud’assurer les prises deLouisXIII.
Leur butestde pallier les limites dusystème de protectionalors que même dans les
TroisÉvêchés, les évêques deToul etdeVerdun s’obstinent àrésisteràla tutelle
française.
En cette mêmeannée 1632,un mémoire rédigé dans l’entourage deRichelieu
révèle que depuis plusieursannées, l’évêque deToul, qui n’est autre que le frère de
CharlesIV, le cardinalNicolas-François, empêche les levées des décimes dans son
diocèse.Ilaconcédé l’impôt àsonaîné pourune durée de cinqans, en échange de la
somme de cinquante mille francs etce dernier chercheàobtenir laperpétuité de la
119
concession .Le roi deFrance n’a, bien sûr, pas été informé destransactions.Richelieu
ne peut accepter ce qu’il considère commeun camoufletcarLouisXIIIrevendique,
comme ses prédécesseurs,un droitde regard sur les bénéfices ecclésiastiques etles
temporels des évêques duroyaume etdeLorraine.
Quant àl’évêque deVerdun,François deLorraine-Chaligny, luiaussi
apparentéàCharlesIV, il estdepuis longtemps hostileàlaFrance ets’est vivement
opposéàlaconstruction de lacitadelle imposéeàlacité parHenriIVetmise enœuvre
par le maréchal deMarillac.UnMémoire pourM. l’évêque etcomtedeVerdun, que
François deLorraine-Chalignyfaitrédiger pour défendre ses intérêts etprérogatives,
120
ajoute encoreun peud’huile sur le feu.L’évêque bénéficietraditionnellementdu
droitde régale sur les bénéfices ecclésiastiques de son diocèse (il peutpourvoiraux
bénéficesvacants eten percevoir les bénéfices jusqu’àl’entrée en fonctions dunouveau
titulaire choisi par lui) etdes droits de basse, moyenne ethaute justices.Lors de la
dernière épidémie de peste quitouche la ville deVerdun, les officiers duroi contestent
cependantles droits de police détenus parFrançois deLorraine-Chaligny.L’évêque, en
effet, par peur de lacontagion, interdit une foire, mais les hommes deLouisXIII
interprètentladécision commeunattentat àl’autorité royale.Le mémoire que le prélat
diffuse dénonceune «défense »,prononcée parIsaac deMoricq, de diffuser l’acte de

118
C.Bailly,Théophraste Renaudot:unhomme d’influenceau tempsdeLouisXIIIetde laFronde,Paris,Le
PréauxClercs, 1987.
119
MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol.333.
120
MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol.338-341.

44

« défense »de l’évêque !Les incidents se multiplientetl’évêque deVerdun porte
l’affaire devantle parlementdeParis en 1632, espérantque l’assemblée révoque les
officiers duroi.
On comprend l’agacementdeRichelieuetdeLouisXIIIfaceauxprocédés mis
enœuvreautantpar le duc deLorraine lui-même que par son entourage, carCharlesIV
ne respecte pas plus les clauses du traité deLiverdun que celles du traité deVic.Il cède
bien les places promises mais élude sesautres engagements.Aucours de l’été 1632, il
ne cesse de se plaindre dusermentde fidélité que doiventprêterauroi les habitants de
Clermont,Stenayet Jametzetplus grave, se dérobeàl’engagementde joindre ses
troupesàcelles dumaréchal d’Effiatrepartià Trèves.Le7septembre, injonction lui est
faite de fournir les contingents promis.Le duc deLorraine se résoutenfinàsacrifierun
effectif de761 hommes, répartis en quatre régiments !Il saitqu’il n’aplus rienà
attendre de lachevauchée du Languedoc etqueLouisXIIIne peutque luitenir rigueur
de l’engagementmatrimonial deMarguerite.Dès lors,CharlesIVse désolidarise de la
cause deMonsieur.Son pragmatisme le détourne devaines espérancesalors que les
Suédois fontleurapparition enAlsace etque son beau-frère courtise publiquementla
121
fille d’un seigneur desFlandres,BiancaColonna.
Jusqu’àlanaissance dudauphin en 1638, le danger représenté par l’instabilité
deMonsieur etpar laduplicité duduc deLorraine conserveune réalité.LouisXIIIet
son gouvernement associentles deuxpersonnagesà une seule et unique menace : celle
devoir letrône deFrance passerauduc d’Orléans ousous lacoupe de lafamille de
Lorraine.Le roi deFrance et Richelieu accordent une importance considérableàla
réfutation des prétentions dynastiques de lafamille ducale.Le mythe de l’ascendance
carolingienne estbattuen brèche parThéodoreGodefroyetlalégitimité deCharlesIV
122
faitl’objetde longues investigations .Mais le duc deLorraine persisteàse déroberà
l’hommage lige qu’il doit auroi deFrance pour leBarrois mouvantetn’hésite pasà
donner l’ordre de se disperserauxhommes envoyésaumaréchal d’Effiat.Lestroupes
queCharlesIVs’ingénieàlever dans les duchés, malgré l’interdiction qui luiaété faite,
rejoignentl’armée de l’empereur oucelle duroi d’Espagne.Pendant trois mois,
Montecuculli,auservice deFerdinandIIenHaute-Alsace, etle généralBentivoglio,à
lasolde dePhilippeIV, recrutentmême directementsur lesterres lorraines !Alors que
François deLorraine-Vaudémonts’éteint àlafin de l’année 1632,CharlesIVde
Lorraineapparaîtplus que jamais comme l’élémentperturbateur etdéstabilisateur de la
région rhénane.PourRichelieu, il estplus quetemps de mettreuntermeaux
agissements duduc.Ses choixdiplomatiques etmilitaires constituentdevéritables

121
Guronà Richelieu,Nancy,24 mai 1632,MAE, coll.CP Lorraine,vol. 9, fol.237-238. «Monsieur estoit
désespéré dusecours d’hommes etd’argent, qu’il estoitmal satisfaitdetoutle monde etqu’il ne songeoitqu’à
l’amour de lafille deCarloColonna[…] ».
122
Matthieu Moléà PierreDupuy, septembre 1632, «Monsieur, j’ai été bienaise d’apprendre le particulier
des entrevues deMonsieur.Je souhaite que ce soitladernière pourtelle cause.Sivous en sçavezquelque
autre chose,vous m’en ferezpart.J’ai reçudeM.Godefroi lacopie du titre scellé devingt-quatre sceaux: il
sertnon seulementpour justifier nos inductions p :ssées, maisaussi pour combattre leur loi salique, laquelle
néanmoins nousavons priseànostreavantage.S’iltrouve cetestamentdeRené, il importe d’en observer la
forme, puisqu’ila tousjours esté suspect[…d] »,ansA.Champollion-Figeac (éd.),Mémoires de Matthieu
Molé,Paris,Société de l’histoire deFrance, 1855-1857,vol.2, p. 160.

45

provocations.Le piège se referme sur le duc deLorraine dans les mois qui suivent.
123
Richelieuestmaître de lasituation .

Marie-Catherine Vignal Souleyreau

123
Richelieuà LouisXIII, 15 décembre 1632, dansL.-M. Avenel,Lettres,instructions…, ouv. cit.,t.IV,
p. 415.

46

CORRESPODACE

1.Le maréchal deVitry à Richelieu.Aix-en-Provence,2janvier 1632.
MAE, MD France,vol. 1702, f° 4-5.Original de lamain d’un secrétaire, sauf lasignature etla
formule finaleautographe.

Nicolas deL’Hôpital, duc deVitry(1582-1645) : capitaine des gardes ducorps
deLouisXIII, il estchargé de l’arrestation etde l’exécution deConcini en
1617.En récompense, leRoi le faitmaréchal deFrance, chevalier de ses ordres
en 1619, etlieutenantgénéral enBrie.En 1632, il estpourvudugouvernement
deProvence, dont aété démis le ducCharles deGuise (1571-1640),
compromis dans ladisgrâce deMarie deMédicis, etexilé enItalie.
Àl’époque de lajournée desDupes (novembre 1630), l’ancien gouverneur de
laprovince n’hésite pasàcritiquer lapolitiqueanti-espagnole deRichelieu.De
surcroît, laperception de l’impôtpar desagents du Roi, etnon plus par des
agents locaux, donne lieu,àlamême époque,àde nombreuxincidents,auquel
le duc deGuise ne se mêle pas, d’où une grande popularité parmi lapopulation
locale.Sommé de s’expliqueraudébutde l’année 1631, etmenacé parune
armée dontle prince deCondé prend la tête, le duc deGuise préfère franchir
lesAlpes et trouve refuge enItalie, il décède d’ailleursà Sienne en 1640.
Lalettre que le maréchal deVitry adresseà Richelieuse situe dans le contexte
préparatoireàsaprise de fonction,alors que le cardinal lui-même s’estréservé,
d’une part, etdès 1626, lacharge d’amiral du Levantque détenaitégalementle
duc deGuise, d’autre partcelle de grandamiral deProvence, disputéeau
même duc deGuise, enfin l’intégralité desaffaires maritimes duroyaume, dans
le cadre d’unetroisième charge, celle deGrandMaître de la Navigation etdu
Commerce, dont Richelieuestpourvuen cetteannée 1632.
Le signataire déploretoutd’abord le licenciementde quatre régiments, qu’ila
pourtantmenéàbien, conformément auxordres qu’ilareçus.Il dénonce
l’impopularité deCharlesLeRoydeLa Potherie, envoyé sur placeaumême
momentque lui, etles manœuvres hostiles de ce dernieràson encontre.Selon
son habitude,Richelieu, en effet, confie les missions les plus importantesà
deuxhommesàlafois, eten dédouble les chargesafin de limiter les
conséquences d’une éventuelletrahison.Les mésententes ne sontpar rares…
Le maréchal deVitryrend compte ici de lareprise en main de l’organisation
militaire etfiscale de la Provence,àlasuite, non seulement, de lafuite duduc
deGuise, pour le contexte particulier, maisaussi, pour le contexte général, de
124
la véritable «révolution militaqire »ui s’opèrealors danstoute l’Europe
occidentale etducontrôle parRichelieude lamarine française.

124
J.Bérenger, «Existe-t-ilune révolution militaireàl’époque moderne? »,dansJ.Bérenger (dir.),La
révolution militaire enEurope,Paris,Economica, 1998, p.7-22.

47

Monseigneur,
Je ne voy pointicyd’affaires particulièresdepuis mesdernièresdépesches quisoientdignes
devous mander,sinon, comme je l’escrisauRoy,qu’iln’est pasbesoindes’yaffoiblir si
fort, et quesi j’eussesuivy mon sensetl’opinion que jepuis prandresurleslieux pourle
maintiendeson service comme il apartient, jen’eussepasesté d’advisde licentierlamoitié
descompagniesdes quatrerégimens quiydemeurent,pourcequ’avec la conduite etla
dextérité, lapuissance est une deschoses quiporte autantde considérationauxespritsde
ces peuples,quine font quetropde fréquentesesmotions, commevous voyez querien que
la crainteneréprime.Néantmoins,meportant tousjoursà l’obéissance descomandemens
duRoyetdes vostres,parconséquentcroyantbien qu’ils nese font qu’avecvostre advis,
j’ayaporté, encetteocasioncomme en toute autre, lerespect quiyestdeub, et soudainfait
partirles régimensde Phalsbourg etSoycourthorsde laprovincepourallerauxlieux oùle
Roylesdestine, et réduitaussylescompagniesà cinquante hommesdes quatre autres
régimens quimerestent,sans y perdrenyheurenyjour. J’ay pourveuaussyà leur
subsistance avec lepays, etafin que jene demeure enarrièresurlaresponce du
comandement quevous m’avezfait, Monseigneur, jevousdiray que lesieurde La
125
Poterie esten mauvaiseodeurencetteprovince, etfortinutileparconséquent, car rien
n’yconserve l’authorité danslescharges que l’estime etlaprobité. Ilvoulutbien
véritablement tenterlamiennepourlepassage de certainesbargesde Languedoc chargées
de blezdepuisla deffence, disant qu’elles n’estoientde Provence.Maisjen’entendpas
raillerie en tellematièrepour quoy que cesoit.
Lesieurde Villy,présent porteur, bieninformé deschosesde cetteprovince comme en
estant, etaffectionné au service duRoydemesme,vous poura diretout plainde
particularitez qui laregardent,sivousluyfaitesl’honneurde luycommanderet moy
126
encoresencetendroit que le consul Beaumont qui est revenudepuis peude la cour,
127
m’ayantdit vousavoir satisfait surl’importance duchasteaudesBauxconformémentà
mesdépesches,qui, je croy,vousaurontfait voircomme cet’affaire estde considération
pourcetteprovince. Jevous suplietrèshumblementencores yfaire cellequi est nécessaire
pourle conserverdanslamainduRoy, carl’intérest particulierdu mesme homme
cydessusa beaucoup porté contretouteraisonencet’affaire jusquesicy par unepromesse de
trois mil escus que l’on tient,ne faisant rien pour rien que leshabitansluydonnentdes
quatre, dontl’onaugmentoitla finance de leurengagement pourla démolition, la faisans
pour rien,pourl’envie d’estremaistresd’unlieuauxdespensdu pays, dontle Royl’est
maintenant,que jenepuisadjousterà celle-cy que la confirmationdemon servicetrès
humble àvosintérests, etlapuissancequevousaurez toutemaviesur moy, estantavec
toutesorte de justes sujets, Monseigneur,vostretrèshumble et très obéissant serviteur,
Vitry.
e
ÀAix, ce2janvier 1632.

Par lasuite, le maréchal deVitryentre en conflit avec l’archevêque de Bordeaux,Henri
d’EscoubleaudeSourdis, ce qui cause sadisgrâce.Il est arrêté le27octobre 1637etemprisonnéà
laBastille, dontil ne sortqu’après lamortducardinal deRichelieu, le 19 janvier 1644.Il estfait
duc etpair deVitryen 1644.

125
CharlesLeRoydeLa Potherie : conseillerauparlementdeParis (1605), maître des requêtes (1613-1631),
conseiller d’Étatsemestre (24 septembre 1632), conseiller ordinaire du Roi en ses conseils d’Étatprivé et
er
finadécembre 1nces (1641).
126
Consul etprocureuràAix-en-Provence.
127
LesBaux-en-Provence,auj. dép.Bouches-du-Rhône,arr.Arles, cant.Saint-Rémy-de-Provence.

48

2. Claude de Bullion à Richelieu.[Paris],3janvier 1632.
°
MAE, MD Francevol. 802, f5.Miseaunetautographe.

Claude deBullion (1568-1640) : l’une des plus fidèles créatures deRichelieu.
Fils cadetdeJean deBullion, conseillerauparlementdeParis, etdeCharlotte
deLamoignon, il obtientlasurvivance de lacharge de son père en 1595.Il est
maître des requêtesàpartir de 1605, puis conseiller d’Étatl’année suivante.Au
mois d’octobre 1609, il estchargé de négocieravec le duc deSavoie letraité de
Brussol.Il représenteLouisXIIIen 1611àl’assembléetenueà Saumur par les
députés des calvinistes, et, en 1614,auxconférences deSoissons.Chancelier
de lareine mère l’année suivante, il est autorisé, en 1624,àsiégerà tous les
conseils.En 1632, il estplus particulièrement associéaux affaires fiscales et au
financementdesarmées.
Le signataire rend compte destractations en cours entre le cardinal deLa
Rochefoucauld etle cardinalAlphonse du Plessis deRichelieu,archevêque de
Lyon, pour lacession de lacharge de grandaumônier du Roi.

Monseigneur,
128
Jeviens présentementdevoirM.le cardinal de La Rochefoucaud ,lequelm’a confirmé la
129
paroleque lesieurdesBois m’avoitditte desapart, et m’apriéque, comme j’avois
comansé, j’achevasse cette affaire.
130
Etau mesme instant, j’ayestétrouverM.le cardinal de Lyon, auquel j’ayfaictentendre
l’intentiondudit sieurcardinal de La Rochefoucaut, lequelm’a dit que M.de
131
Champdenierl’avoitdesjàveu, etluyavoitfaictcognoistre lavolonté de M. son oncle.
Il est questiond’effectuer maintenant sequi est porté danslemémoire, dont onestd’acord
departetd’autre.

Promusurintendantdes financesaumois d’août1632, conjointement avecClaudeBouthillier,àla
suite dudécès dumaréchal d’Effiat,Claude deBullion estchargé de laréconciliation entre leRoi
et Monsieur, son frère.Par lasuite, il devientgarde des sceauxpuis président àmortierau
parlementdeParis (1636).Ilavaitépousé, en 1612,AngéliqueFaure, nièce duchancelierSillery.

128
Le cardinalFrançois deLa Rochefoucauld (1558-1645) :abbé deTournus (1575), évêque deClermont
(1585), cardinal (1607), évêque deSenlis de 1613 à1622, grandaumônier deFrance (1618),abbé
deSainteGeneviève (1619).Il entreauConseil, comme ministre d’État, en 1622.En 1631, il renonceàsacharge de
grandaumônier deFrance etentre entractations pour lacéderaucardinalAlphonse du Plessis deRichelieu.Il
emploie ses dernièresannéesàla« réformation » de sonabbaye et àdesœuvres pieuses.
129
Secrétaire ducardinalFrançois deLa Rochefoucauld.
130
Alphonse du Plessis deRichelieu(v. 1580-1653) : second fils deFrançoisIVdu Plessis etdeSuzanne de
La Porte, frèreaîné ducardinal ducArmand-Jean du Plessis deRichelieu.Archevêque d’Aixle6décembre
1626, puisarchevêque deLyon.
131
Louis deRochechouart, seigneur deChandenier, est apparentéàAlphonse etArmandJean du Plessis de
Richelieu, dontlagrand-mère paternelle, décédée en 1595, étaitnéeFrançoise deRochechouart.

49

3. MichelParticelli d’Hémery à Richelieu.[îmes],3janvier 1632.
°
MAE, MD Francevol. 1628, f90-91.Originalautographe.

MichelParticelli d’Hémery(1596-1650secré) :taire duRoi etintendantdes
financesàl’armée d’Italie, il estchargé en 1630et1631 de diverses missions
diplomatiquesauprès duducCharles-Emmanuel deSavoie, puis de son
successeur le ducVictor-Amédée.De 1631 jusqu’aumois de mars 1633,
Particelli d’Hémeryestcommissaire déléguéauprès desÉtats du Languedoc,
chargé,àcetitre, de laréforme fiscale de laprovince.
Le signataireannonce l’envoiàlacour d’un député de lachambre de l’éditde
Castres.Il évoque les dysfonctionnements dusystème duconsulat, collège de
magistrats élus dans lesvilles méridionales duroyaume qui bénéficientd’un
statutmunicipal oude franchises.Le signataire faitréférenceauxdifficultés
survenues lors des élections des différents membres ducorps deville.Il se
plaintégalementde l’attitude des protestants,àlasuite de lapromulgation de
132
l’éditdeGrâce d’Alès (1629) .

Monseigneur,
M.leprocureurgénéral de la chambre de Castres,s’en va à la court pour quelquesdificultés
survenuesenl’exécutionde la déclarationduRoy pourlepartage desconsulats.Ilvous
dira, Monseigneur, l’estatdescanonsde Nismes, dont vousaurés satisfaction, etceste
considération nevousdoibt plusempescher.
Toutsleseffortsde ceulxde la Religion nevontet nepeuventaller que dansdes plaintes
seulement.Le Roy neportepointl’envie,nises ministres, de ladite déclaration que ceulxde
la Religioncroientavoirestéprovoqués parles officiersde la chambre de Castres, lesquels
peut-estre enautretemps yaporteront plusde dificulté.
Sivousen ordonnésl’exécution, jepense, Monseigneur,qu’il estàpropos que
133
commandiés que l’onescripve à Monseigneurde Montmorency que Sa Majesté le dézire,
avec celatout se fera, c’est, Monseigneur,vostretrèshumble,très obéissantet très obligé
serviteur,
d’Hémery.
Le3janvier.

De marsàmai 1633,MichelParticelli d’Hémerypoursuitses missions enItalie, puisà Paris
jusqu’en septembre 1635.Àcette date, il estnomméambassadeurà Turin, oùil exerce sacharge
jusqu’en octobre 1638, puisànouveauentreavril etjuin 1639.De 1638à1643,LouisXIIIlui
confie encore l’intendance des financesà Paris.Aumois de novembre 1643, grâceausoutien de
Mazarin, il peut acquérir lacharge de contrôleur général crééeaumois de mai.En juillet1647, la
faveur dumêmeMazarin lui permetd’accéderàlasurintendance des finances.Pour financer la
guerre contre l’Espagne, il instaure, dès 1644,un nouvel impôt, letoisé, puis la taxe desaisés, et
augmente les droits d’octroi par le système du tarif en 1646.L’ensemble de cestaxes l’ayantrendu
très impopulaire, etdans le contexte de laFronde, il estremplacé en juillet1648 par le maréchal de
La Meilleraye,avantd’être rappeléaux affaires l’année suivante.

132
L’exercice duculte réforméaétéautorisé comme le prévoyaitl’éditdeNantes.Les écoles protestantes ont
été rétablies etl’expression «ReligionPrétendueRéformée »aété proscrite.En revanche,toutes les clauses
politiques du texte promulgué parHenriIVontétéabrogées etles huguenots contraints de renoncerà toute
assembléeautre que religieuse,ainsi qu’à toutes leurs places fortes.
133
HenriII, duc deMontmorency(1595-1632), déjàévoqué : il entre en dissidence ouverte contreLouisXIII
en 1632.Capturéàlabataille deCastelnaudary, il estdécapitéà Toulouse le29 octobre 1632.

50

4. Lecomte d’Argensonà Richelieu.Paris, 4 janvier 1632.
°
MAE, MD Francevol. 802, f7.Originalautographe.

René deVoyer, comte d’Argenson (1596-16conseiller d51) :’État(1625),
maître des requêtes (1628), commissaire du Roi pour ladémolition de la
citadelle etdes fortifications deBergerac (1629).
Intendantde justice etfinances enDauphiné, il estchargé duravitaillementdes
troupes dePiémontet Montferraten 1630.Le 10septembre 1631, il estnommé
procureur généralauprès de lachambre de l’Arsenal.
Avis dusignataire concernantlagravité des crimes reprochésà trois individus,
Doron,Barbier et Quesnel, colporteurs de libelles, oucopistes d’un libelle
diffamatoire dirigé contreRichelieu.Arrêtés parLaurent Testuen 1631, leur
procès se dérouleaudébutde l’année 1632,àlachambre de l’Arsenal,
juridiction extraordinaire créée, non sans remous, quelques moisauparavant.
Le comte d’Argenson estl’instructeur de l’affaire.

Monseigneur,
Vouscongnoistrez parl’escrit que jevousenvoyequel est mon sentimentde l’affaire de
Doron,Quesniel etBarbier,que j’ay pensépourlemieuxde joindre ensemble,puisqu’ilz
ontfaillyen mesmesubject, bien que leursfaultes soientdifférentesendegrez, comme
vous trouverezaussy que je demende contre euxdiversgenresdepunition.Et quelque
passion que j’ayepourleschoses quivous touchent, jene croy pasconclure àrienencela
que leurcrimeneméritepourlemoins,par toutesles règlesde la justice etde laraison.
Vousen sçavezassezle détailparle compteque jevousay rendu quelquefoisde cequi
s’estfaictdanslaprocédure,pourjuger si j’aybien rencontré.C’estl’advisdema
consciencesurlequel lesjugesferontcequ’ilz n’estimeront raisonable enla leur,soiten
condemnantcesgens-là àplusgrandeouàmoindrepeine.
Et moyjeseray satisfaict, Monseigneur,sivous me faictl’honneurde croireque jesuis,
avec aultantd’affection que je doibs, Monseigneur,vostretrèshumble,très obéissantet
trèsfidèleserviteur,
Argenson.
Paris, 4 janvier 1632.

5.Claude deBullionà Richelieu.Paris, 4 janvier 1632.
°
MAE,MD Francevol. 802, f6.Originalautographe.

Le comte deSoissons, gouverneur deChampagne,aété informé d’uneattaque
imminente contre laplace deMontreuil-sur-Mer, dontil renforce le dispositif
de défense.Soupçonné d’espionnage, le marquis deMirabel, jusque-là
ambassadeur d’Espagneà Paris, faitl’objetd’une surveillanceattentive.Il
s’avère, dans les mois qui suivent, que sonvoyageàBruxellesavaitpour but
d’accompagnerMme duFargis,une des comploteuses les plusactives de
l’époque, dans safuite duroyaume,alors qu’ellevenaitd’être condamnée par
contumace.

51

Monseigneur,
134135
Surl’advis qui a esté donné à M.le Comte del’entreprisequisemenoit surMontreuil ,
il a faict toutcequi dépendoitde luy pourdonner ordre à laseureté de laplace, et pour
faire en sorte,s’ilyamoyen,qu’on puissesurprendre ceulx qui conduisentl’entreprise.Il
nemanquera devousendonneradvisaussitost qu’il enaura des nouvelles.
136
Lemarquisde Mirabel est partydepuisdeux ou troisjours pour s’enalleràBruxelles.Il
estaudésespoirde laprospérité desaffairesduRoy.Il atenu plusieurslanguagesdont
j’aurayl’honeurdevousentretenir, faisantestatdepartirlundy prochain,Dieuaydant, etde
menerMM.Bretagne etXaintonge.Je désire demeurer, Monseigneur,vostretrèshumble,
très obéissantet très obligéserviteur,
Bullion.

6. Sallé à Richelieu.Londres, 5 janvier 1632.
°
MAE, MD Francevol. 804.4, fOriginalautographe.

Le signataire prend prétexte de larécente prise deMoyenvic par le maréchal de
La Force (27décembre 1631) pour souligner laconnaissancetechnique qu’ila
acquise des places frontières, etrappeler les mémoires etplansadressésauRoi
pour enaméliorer ladéfense.Dès 1627, l’empereurFerdinandII, qui s’est
débarrassé dudanger que représentaitle roiChristianIVdeDanemark,a
décidé de soutenir les intérêts deCharlesIVcontre laFrance.Il estrésolu à
s’emparer desTroisÉvêchés, qu’il considère comme sapropriété.Àcette date,
l’Empereur envoie doncun corps expéditionnaire, placé sous les ordres du
colonelCratz, pour occuper lapetiteville deMoyenvic,appartenant au
temporel de l’évêque deMetz.Lamenace qui pèse sur les intérêts françaisà
Metz,Toul et Verdun estdirecte.EtCharlesIVn’estpas étrangerà
137
l’affagrire :âceàsonaide, lesImpériauxs’emparentde laplace de
Moyenvic.Audébutde l’année 1630, lestroupes impériales semblentmenacer,
non plus lesterres évêchoises, mais les places clefs des duchés lorrains.C’est
138
dumoins ce dontse plaintCharlesIV.Il s’agiten réalité d’une manœuvre
préparée conjointementparFerdinandIIetle duc deLorraine.L’approche de

134
Louis deBourbon, dit«Monsieur leComte », comte deSoissons (1604-1641) : fils deCharles deBourbon
etd’Anne deMontafié, il estle cousin deLouisXIII.Gouverneur duDauphinéàlamortde son père en 1612,
il estimpliqué dans l’affaire de l’Aversionaumariage.Le roi lui confie cependantle gouvernement
stratégique deChampagne en 1631.En 1636, le comte deSoissons est ànouveauimpliqué dansune nouvelle
conjuration, menée conjointement avec le duc d’Orléans etle comte deMontrésor,afin d’éliminerRichelieu.
Le complotéchoueàladernière minute.Le prince rebelle s’enfuit alorsà Sedan, chezle duc deBouillon, où
renaîtle projetd’attenteràla vie ducardinal, en mêmetemps que se prépareune incursion militaire contre la
France,avec le soutien logistique de l’Espagne.LouisXIIIdépêchealors sur placeunearmée placée sous les
ordres dumaréchal deChâtillon.Lestroupes françaises subissent une cuisante défaiteà La Marfée, le6juillet
1641.Le comte deSoissonsy trouve cependantlamort.
135
Auj. dép.Pas-de-Calais, chef-lieud’arr.
136
Antonio deMirabel etAvila: maître d’hôtel duroiPhilippeIVd’Espagne, il exerce les fonctions
d’ambassadeur d’Espagneà Paris de 1621 jusqu’aumois de juillet1632.
137
Le duc deLorraine fournit aux troupes de l’Empereur les moyens de subsister.Voir lalettre deLouis de
Marillacà Richelieu,Verdun, 10mai 1630, publiée parP.Grillon,LesPapiersdeRichelieu…année 1630,
t.V, p.266-272.
138
P.Grillon,Les papiersdeRichelieu…, ouv. cit.,t.V,passim.

52

l’armée d’Hannibal deSchaumbourg, général de l’artillerie de FerdinandII,
permetà CharlesIVde justifier d’importantes levées detroupes dans sesÉtats.
Pour sécuriser la zone, il paraissaitdonc indispensableà Richelieud’intervenir
etde reprendreMoyenvic.Lapolitique de destruction de fortifications que le
cardinalaobservée durant toutson ministère relève de lamême
139
préoccupation .

Monseigneur,
Lanouvelleparveneue jusquesicyde la deffaitte des trouppesestrangères parM.le
140
mareschal de LaForce faitcroire àplusieurs que l’onen pourroitbien veniràune
rupture.C’estcequy me fait redoublerlaprésente à VostreGrandeur parlavoie du
141
segrétaire de M.l’enbassadeurdeFrancerésidant ycy pourluy représenter qu’aprèsavoir
auhasard demaviereconneu très particulièrementles plusimportantes place de la
frontière estrangères,remarqué leursdéfaults, et trouvé des moyensaisésetfacilesdes’en
saisir, jem’estoisadressé au marquisde <Saveuse>, fortconnoissantencestfrontière,quy,
pourlors, espéroitde l’employ, etluyavoisdéclaréunepartie des moyens que j’avois
estimez proprepouren venirà l’excescutionet misentremainsles plans que j’enavois
dressez, avecqbiende lapeine, afinde lesfairevoirauRoyetà VostreGrandeur.Ilme dit
les vousavoir présentés, età Sa Majesté, et qu’ellesluyavoitcommandé les remestre entre
142
les mainsde M.deBeauclerc,segrétaire d’Estat .
Enfinlepeud’apparenceque jevoy qu’il fustemployéme fitadresserensuitte à M.le
mareschal de La Force, général encetanps-là de l’armée de Picardie,quy setenoità Calais,
enl’attente d’un siège.Je luyfis ouverture des mesmes moiens, etl’espéranceque j’avoisde
servir me fitarresterauprèsde luy, jusquesaulicenciementde l’armé.Et, aprèsavoir veu
passer tantd’ocasion sans yavoir obtegneuenplois, jemesuis retirezencepai-cis, d’où ma
profession me convieroitdesortir,syj’estois syheureux que depouvoirespérerde Vostre
Grandeur quelque employ,syladiterupturesurvient.
Jem’asseure bien que l’on nesauroitfaire eslectiond’unhommeplusfidelle etaffectionné
quemoy quy, estantFrançoisd’effetautant que je lesuisdenation,nesouhaiterien tanten
cemonde comme de emploierjusque à la dernière goutte demon sancset toutcequ’il a

139
Les châteauxdes duchés sontdevenus les otages de lapolitique royale.Le système féodal les considère
comme les lieuxd’hospitalité oude refuge pour celui que le demande.L’émiettementde laféodalité permet à
LouisXIIId’imposer sasouveraineté partout, etde détruire ce qu’ilveut, si le propriétaire oule gouverneur
e
de laplace ne lui obéitpas.VoirS.Dorbais,La DestructiondeschâteauxenFranceauXVIIsiècle, mémoire
de maîtrise,université deParis-Sorbonne (ParisIV), sous ladirection du Pr.Y.Durand, soutenuen 1996,
p. 144.
140
Jacques-Nompar deCaumont, maréchal deLaForce (1558-1652).Homme de guerreàlacarrière
exceptionnellementlongue, il estfaitmaréchal deFrance le27mai 1622.Rentré d’Italie en mars 1631, il
reçoitle commandementde l’armée deChampagne le 4 mai,avec mission devisiter les places fortes de la
frontière.Il inspecte successivement Reims,Sainte-Menehould,Verdun,Villefranche,Mouzon,Mézières,
Rocroi,Maubert-Fontaine et Rethel.Le30octobre 1631, le maréchal deLaForceattaque deuxrégiments de
Monsieur,àFlorinville, enterritoire luxembourgeois.Ilanéantitl’un etdisperse l’autre.Grand-maître de la
garde-robe du Roi en 1632.Il devientduc etpair par lettres de juillet1637.Ilalaissé desMémoires.
141
François du Val, marquis deFontenay-Mareuil (1595-1665).Élevé enfantd’honneur dudauphin, il reçoit
lacapitainerie du Louvre, qu’il cède, en 1616,aumaréchal d’Ancre.Mestre de camp durégimentdePiémont
(1616), conseiller d’État.Il sertdevant La Rochelle etdans les campagnes dePiémontetdeLanguedoc
(16271629), puis dans celles deLorraine etdu Roussillon.Ambassadeurà Londres de 1630 à1635.Ambassadeurà
Rome de 1641à1646, et ànouveauen 1647.Auteur deMémoires.
142
Michel deBeauclerc : marquis d’Estebian etdeMirebeau.Fils deCharles deBeauclerc, secrétaire d’État
en remplacementdePuisieulxen 1624, etdeGabrielleRobin.Secrétaire ducabinet, iltravailleavec son père.

53

pleuà Dieu me départird’expérience etindustrie en maprofecsion pourleservice demon
Royetdemapatrie.C’est, Monseigneur,vostretrèshumbleserviteur,
Sallé.
Londre, ce 5 janvier 1632.
[PS] Monseigneur, l’asseuranceque j’ay que celle-cy parviendra jusque ès mainsde Vostre
Grandeur me donnera du reposd’esprità l’adevenire d’avoir recharcez toutles moiens que
j’ay peu m’imaginer pour mondevoirau service duRoy, et n’enacuseray que le dessinde
mamauvaise fortune, et prierayDieu qu’il donne à VostreGrandeur tout sorte de
prospéritezetdesantez.

7. Louis de Marillacà Richelieu. [Rueil],6janvier 1632.
°
MAE, MD Francevol. 802, f9-10.Miseaunetautographe.

Louis deMarillac (1572-1632) : fils deGuillaume deMarillac etde saseconde
épouse,Geneviève deBoislévesque, demi-frère dugarde des sceauxMichel de
Marillac.Maréchal de camp en 1620, gouverneur deVerdun etpaysverdunois
en 1625, maréchal deFrance en 1629.Victime de saproximitéavecMarie de
Médicis etde saparentéavec le garde des sceaux,Michel deMarillac, chef de
file duparti dévot, il est arrêté le21 novembre 1630.Détenu à
SainteMenehould, il est transféréàl’abbayeSaint-Vannes deVerdun puisà Pontoise,
non loin deRueil, résidente favorite deRichelieu, oùse déroule ladernière
phase de son procès.Condamnéàmortpour malversations le 8 mai 1632, il est
décapité le 10.Avaitépousé, en 1607,Catherine deMédicis, lointaine cousine
de lareine mère.
Lalettre proposée ici estle plaidoyer et ultime recourstenté par le maréchal de
Marillacavantson jugementpour hautetrahison.Il proteste de saloyauté et
s’étonne de lacabale qui se déchaîne contre lui, comme de lapartialité de ses
juges, qu’iltente de récuseràplusieurs reprises devantle parlementdeParis.
Le 13mai 1631,untribunal d’exceptionaété mis en place, composé de deux
rapporteurs, detroisautres maîtres des requêtes de l’Hôtel (dont PaulHaydu
Châtelet), de deuxprésidents etde douze conseillers duparlementdeDijon, où
le prisonnieraététransféré pour son jugement.Maisune épidémie de peste
oblige finalementlacommissionàse réunir enunautre lieu, plus symbolique,
Verdun.Isaac deLaffemas et Isaac deMoricq suscitent alors les dépositions et
les dénonciations contreun gouverneur qui n’auraitpas hésitéàdétourner les
sommes réservéesàlasolde et àl’entretien de sonarmée,àcommettre non
seulementde scandaleuses malversations lors destravauxde fortification de la
citadelle, maisaussi de nombreux abus d’autorité.Puisvientletemps des
interrogatoires,aumois de juillet1631.Malgré les contestations duparlement
deParis concernantlacompétence du tribunal institué parRichelieu,
l’instruction se poursuit.Or,aufil des mois, lachambre criminelle deVerdun
se montre de plus en plus rétive, refusantd’apparaître commeun instrument
docileauxordres ducardinal.Elleautorise bientôtle prisonnieràchoisirun
avocat,un procureur, etdeuxde ses parents comme solliciteurs.Le maréchal
lle
désigne quatreavocats parisiens,ainsi que sanièceMd’Attichy, et Jacques
Jacob,un de ses familiers.Mais le gouvernementprendaussitôtlaprécaution

54

d’exiler lanièce deMarillac dans ses terres et interdireauxavocats de quitter
Paris ! Dans le mêmetemps, lacommission examine les pièces duprocès, en
dehors de laprésence de l’accusé, etPaulHayduChâtelet, pourtant tout
dévouéà Richelieu, metce dernier en garde contre les faiblesses dudossier
d’accusation.Lafuite de lareine mèreàBruxelles etl’arrivée duduc d’Orléans
àNancyconfortentdésormaisRichelieudans sadéterminationàexercerune
autorité sans limite.Aumois d’août1631,une déclaration royale déclare
coupables de lèse-majesté ceuxqui ontsuiviMarie deMédicis etson fils cadet.
Dans les mois qui suivent, malgré les efforts ducardinal-ministre, laprocédure
judiciaire s’enlise, le maréchal deMarillac multipliantles requêtes en
récusation de ses juges.Richelieudécidealors d’intervenir brutalement.Un
arrêtduconseil en date du11 novembre 1631 dessaisitles juges etles
commissaires sontrenvoyés chezeux.Lanouvelle chambre criminelle chargée
d’instruire le procès sous laprésidence dumarquis deChâteauneuf débute ses
travauxle 10mars 1632, en écartantd’emblée les récusations etles requêtes de
l’accusé.

Monseigneur,
Je loue Dieudetoutesles puissancesdemonâme,qu’au moinsavant que depérir sousles
viollentes poursuittesdemesennemys, il aye estépossible àunevoixhumaine d’aprocher
devousen mon nom.C’estoit une douce consolation que jeréclamois sanscesse de Dieu
etdeshommesdepuis que jesuisdanslesfers.L’espéranceseullement m’estoitdéfendue,
maisjen’ay pointestétrompé encellaque,malgré ces rigueursextraordinaires, je
nourrissoisconstammentdans monesprit quevostre bontén’en refuseroit point saporte à
celuy que j’y oseroit présenter, et surprendre les surveillant qu’ilz ontautourdevous pour
enempescher toutlemonde àvostre insceu.
Je loueDieuencoresdavantage de ceque,malgré les noirset mauvais offices quim’ont
estérendusauprèsdevous, cestemesme bonté aye daigné conserverdesaureilles pour
moy, desquelles, comme jene dois pointabuseret que leméritte detellesgrâces présupose
assésdesensibles remerciements, j’enemployeray s’ilvous plaistla continuationen très
humbles supplications que jevous ose faire de croire et voulloir prendre lapeine de
143
considérerceslignes suivantesavec ceque leditRoyer vousdira,sivous me faittes
l’honneurde l’escoutter, commeprocédantd’unceur tousjours plainderespectenvers
vous,que,pour quoy que cesoitau monde, ilnevous oseroit riendireque devéritable.
Maisjevous supplie aussy trèshumblementden’attribuer riendemes parolles nydemes
sentimentsà lamisère etbassesse de la condition oùjesuis,(à laquelle jenevoudrois
144
soullagement quepar vousetavecvostre bonne grâce)ains puramour,révérence, et
obligationde fidellittéque j’ayàvos vertus, àvosbienfaits, à l’honneurdevostre amitié, à
moninclinationetàmes veuxanciens.
Puisqu’il estdoncvray, Monseigneur,que jesuis si heureuxdans mon malheur quevous ne
vous plaignés pointdemoyen vostre intérest particulier (ceque j’estime bien précieux), les
juges,quemesennemys ontatiltrépour meperdre,nemescaurointdoresnavant
empescherdesortircontentdemon procès quand ceseroit parlaporte du suplice, carje
n’avois que cescrupulle làsurle ceur, lequel,si jemetsen paralelle avec celuy que je dois

143
Intermédiaire entre le maréchal deMarillac, en détention enLorraine puisà Rueil, etle cardinal de
Richelieu.
144
Mais plutôt.

55