La Minorité allemande de Haute-Silésie

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Zone de tensions territoriales et humaines, la Haute-Silésie a été de 1919 à 1939 - au gré des relations mouvementées entre Berlin et Varsovie - le lieu de violents et douloureux conflits entre la minorité allemande et les autorités polonaises. Cette étude nous fait revivre les préoccupations de ces allemands qui se retrouvèrent subitement coupés du Reich, la totale incapacité de la Société Des Nations à apporter une solution satisfaisante qui ne pouvait que dégénérer et enfin le terrible engrenage auquel allait aboutir la venue d'Hitler au pouvoir.

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Date de parution 01 mars 2003
Nombre de lectures 200
EAN13 9782296311374
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

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Christian GREILING
LA MINORITÉ ALLEMANDE DE
HAUTE-SILÉSIE 1919-1939
Préface de Bernard MICHEL
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIE@L'Hannattan,2003
ISBN: 2-7475-3796-XA ceux que j'aimePréface
Dans l'Europe d'après le communisme, des relations
nouvelles s'établissent. Elles ne se nouent pas seulement entre les
Etats, mais aussi, de plus en plus souvent, directement entre les
régions. Dans la nouvelle carte de l'Europe le centralisme des
Etats, avec la domination exclusive des capitales, laisse place à une
vision décentralisée qui redoIl1J.e valeur à des ensembles régionaux,
héritiers d'une longue histoire. Ce qu'on appelait en Europe
Centrale le Landespa tri0tismus, le patriotisme régional, reprend
une nouvelle vigueur.
Le nom de la Silésie, Sl~k (prononcer SchIonsk), a une
très grande force émotionnelle car il évoque une identité vécue,
une solidarité sociale qui unit une communauté fière de ses racines.
Chaque région de la Pologne a son propre destin, riche de
toutes les épreuves historiques qu'elle a traversées. La Silésie
participe à la fois du monde slave et du monde gennanique, avec
un double 'peuplement. On y parle le polonais, mais aussi un
dialecte original que l'on appelle le Slonzaque. Elle a les caractères
des régions frontalières, lieux de rencontre et parfois
d'affrontement.
A partir du XIyème siècle, le duché de Silésie a suivi le sort
favorable du Royaume de Bohême, un des Etats les plus avancés
d'Europe Centrale. Avec lui, il est entré en 1526 dans l'Empire des
Habsbourg et en a fait partie jusqu'à la conquête du roi Frédéric II
en 1742. La Silésie est alors devenue tenitoire prussien à
l'exception de la Silésie dite autrichienne (Sleszko) autour
d'Opav~ qui est restée dans les frontières historiques du Royaume
de Bohême. De son passé autrichien, elle a gardé l'architecture
ancîenne de ses villes, notamment dans la capitale de Basse-Silésie, Wroclaw (Vratislav en tchèque, Breslau en allemand).
Surtout, elle a été un îlot catholique dans une Prusse protestante.
~meAu siècle, l'industrialisation a bouleversé
l'économie et les statuts sociaux. La Silésie a eu une agriculture
intensive sur les grands domaines de la noblesse où les Polonais
fonnaient la main-d'œuvre des ouvriers agricoles. Elle est devenue
une grande région minière, surtout en Haute-Silésie, autour de
Katowice: mines de charbon, de plomb et de zinc, métallurgie
lourde et industrie chimique. La croissance des villes a accéléré la
gennanisation d'une partie de la population slave. Une sociabilité
propre aux régions minières a marqué la société ouvrière, comme
dans la Ruhr ou le Nord de la France.
Le nationalisme polonais était à l'œuvre depuis le XI~me
siècle, mais dans un environnement difficile. L'administration
locale, la police étaient entièrement entre les mains des Allemands.
Les mines appartenaient à des patrons allemands, souvent des
nobles, qui exerçaient un strict contrôle sur la population ouvrière.
Il manquait les classes moyennes et l'intelligentsia qui, dans les
autres régions polonaises, jouaient un rôle décisif dans le
mouvement national. D'où le retard pris par la Silésie.
Entre l'Autriche, la Prusse puis l'Allemagne, elle n'avait
jamais fait partie de la Pologne historique. Elle ne rejoignit le
nouvel Etat polonais qu'en 1921, après plusieurs années de lutte et
les trois Insurrections silésiennes, menées par les ouvriers autour
de leur leader, Korfanty. Les Traités de paix avaient prévu un
plébiscite, sous contrôle international, en Haute-Silésie. Il eut lieu
le 20 mars 1921, sous la pression des autorités allemandes et avec
la participation irrégulière d'électeurs allemands venus d'autres
régions. II donna la majorité aux Allemands mais, sous la pression
de la France, la Société Des Nations décida le partage du territoire.
Une partie de la Haute-Silésie, avec Katowice, fut rattachée à la
Pologne en octobre 1921.
La population silésienne, population de l'entre-deux, a eu
~meune place inconfortable dans les grandes crises du siècle,
notamment lors de la Seconde Guerre Mondiale où elle fut une
nouvelle fois annexée au Reich. Après 1945, le tracé de la ligne
Oder-Neisse a fait entrer la totalité de la Silésie dans l'Etat
polonais. Avec l'expulsion des Allemands, ce fut une nouvelle
rupture. Dans beaucoup de familles allemandes, souvent des Slaves
10gennanisés, il Y avait des grand-mères polonaises. Et dans les
familles polonaises, il y avait aussi des grand-mères allemandes.
Monsieur Greiling a consacré son mémoire de maîtrise à
l'étude de l' entre-deux-guerres. La Silésie faisait alors son entrée
dans la Pologne; elle voulait être polonaise sans perdre son
identité propre. Elle refusait d'être administrée uniquement depuis
Varsovie et voulait des institutions politiques et économiques au
niveau local. L'intérêt de ce travail est de montrer ce double
aspect, à partir d'une documentation française mais aussi
polonaise. Après ce très bon mémoire, M. Greiling continue ses
recherches dans le cadre d'un DEA. Il poursuit son travail dans les
archives polonaises avec pour objectif de définir, avec encore plus
de précision, la singularité de l'identité silésienne.
Bernard Michel, Professeur à l'Université Paris I
Panthéon-Sorbonne
IlAvaut-propos
Lorsque, à YaIta, la délégation soviétique a affinné que la
Pologne avait des droits jusqu'à la ligne Oder-Neisse, le Président
Roosevelt aurait répondu que, dans ce cas, la Grande-Bretagne en
avait aussi sur les Etats-Unisl. Pour anecdotique qu'elle soit, cette
réponse met en lumière la difficulté à défmir la nationalité d'un
tetritoire, surtout quand il se trouve au calTefour d'un ou plusieurs
Etats et qu'il leur a successivement appartenu.
Sans entrer dans les détails de son histoire, il faut préciser
que le Duché de Silésie ad' abord été sous domination de la
monarchie polonaise des Piast, avant de se retrouver partie
intégrante du Royaume de Bohême, puis du Saint Empire Romain
Gennanique à partir de 1335, sous l'obédience duquel il reste
jusqu'à la Première Guerre Mondiale. La frontière entre la Silésie
et la Pologne était réputée pour être l'une des plus stables
d'Europe2. Du point de vue territorial, la Haute-Silésie semble
donc historiquement allemande. Mais qu'en est-il de sa
population? Selon Marc Korowicz, ancien directeur de l'Office
polonais des minorités, la Inajorité de sa population était
polonaise3. Il reprend les chiffres du dernier recensement allemand
d'avant la Première Guerre Mondiale, effectué en 1910, et qui
comptabilise 1 121 000 Polonais et 638 000 Allemands4. Sur les 21
districts de Haute-Silésie, 13 étaient majoritairement polonais.
Globalement, on trouvait les Allemands dans les villes et les
Polonais dans les campagnes. En annexe 1 nous donnons le
tableau détaillé de ce recensement, district par district. Korowicz
1
Thomas Urban: Niemcy w Polsce: historia mniejszosci w XX wieku, Katowice,
1994, p. 30-31.
2
Ibidem, p. 30.
3 Marc Korowicz: Une expérience de droit international: la protection des
minorités en Haute-Silésie, Paris, 1946.
4 Ibidem, pp. 45..46. Sa source est le Gemeindelexikon (Regierungsbeznirk
Oppeln, Heft 6, Ber~ 1912).ajoute même que ces résultats sont critiquables en raison des
pressions exercées sur les Polonais lors des sondages et en veut
pour preuve des travaux effectués par un certain nombre de savants
allemands avant 19145.
La Première Guerre Mondiale bouleverse totalement
l'ordre européen avec la chute des empires allemand,
austrohongrois, russe et ottoman, et la renaissance ou la création d'Etats
dits "nationaux" en Europe Centrale et Orientale. A l'intérieur de
leurs frontières se retrouve un certain nombre de minorités
nationales, auparavant mêlées dans les grands empires. La
reconstitution de l'Etat polonais se fit notamment aux dépends de
l'Allemagne qui perdait ainsi des dizaines de milliers de kilomètres
calTés de ses anciens tenitoires orientaux, soit par état de fait, soit
par coups de force, soit encore par référendums. Ainsi, le
redécoupage des frontières orientales du Reich a laissé sur le
territoire polonais entre 1 et 2 millions d'Allemands, regroupés
principalement dans les régions de Posnanie (Wielkopolska), de
Poméranie (Pomorski) et de Silésie (SI'lSk).
A la Conférence de la Paix, la délégation polonaise
conduite par Roman Dmowski demanda que l'on attribue à la
Pologne la partie de la Silésie "dont le caractère polonais était
incontestable", et dont faisait partie selon elle la Haute-Silésie6.
Dans un premier temps cela fut accepté à l'unanimité, mais bientôt
la Conférence revint sur cette décision sur la pression de
l'Allemagne et du Premier ministre britannique Lloyd George,
profondément hostile à la Pologne7.
« L'Allemagne ayant déclaré que, privée de cet
important bassin houiller et industriel, elle ne
serait pas en mesure de payer les réparations,
l'AngleteITe, peu favorable à la Pologne, la
soutint et obtint qu'on décidât de recourir à un
plébiscite. »8
5
Ibidem, pp. 45-48.
6
Voir à ce sujet Alexandre Bregman: La politique de la Pologne dans la Société
LJeslVahons,Paris,1932,p.39.
7
Pour une vision détaillée de cette question, voir Korowicz, op. cit., pp. 9-11.
8
Ibidem. Voir aussi Urban, op. eit., p. 33 et Bregman, op. eit., p. 39.
14En plus de la Haute-Silésie, des référendums étaient également
prévus dans le sud de la Prusse Orientale et dans certaines parties
de la Prusse Occidentale, ces dernières étant [malement
abandonnées par l'Allemagne.
Ce climat d'incertitude ainsi que le contexte guerrier de
l'époque ne pouvaient que favoriser des mouvements annés et des
combats en Haute-Silésie; c'est ce que l'on appelle les trois
InsUtTections silésiennes. La première a lieu deux mois après la
signature du Traité de Versailles fin juin 1919. Il s'agissait, pour
les instigateurs de ce coup de force, de placer l'Allemagne devant
le fait accompli, comme cela avait été le cas en Posnanie entre
décembre 1918 et février 1919. Néanmoins, mal préparée,
l'opération échoue au bout de deux jours, les troupes de la
Reichswehr stationnant encore en Silésie se montrant supérieures
aux 10 000 Insurgés; l'on dénombre à cette occasion une centaine
de morts9. Le référendum de Haute-Silésie est prévu pour le mois
de mars 1921, mais celui du Sud de la Prusse Orientale, qui a lieu
en juillet 1920, est une véritable déroute pour le camp de la
polonité: 97,8 % des votants ont opté pour l'Allemagne en Wanni
et Mazur, et 92,4% en Marienwerder! Ce résultat, ainsi que la
rumeur selon laquelle Varsovie serait prête à lâcher la
HauteSilésie en contrepartie d'une aide allemande face à l'Année Rouge
qui approche, provoquent une nouvelle insurrection1o. Il est
intéressant de constater que, même en pleine Guen-e
Russopolonaise et alors que l'indépendance fraîchement acquise est en
grand danger, la région silésienne se différencie déjà du reste du
pays en traversant ses propres crises et en faisant passer ses intérêts
avant ceux de la Pologne. L'insurrection éclate en août 1920 sous
la direction de Michal GraZynski, futur voïévode de Silésie. Après
deux semaines de combats et d'assassinats qui font plusieurs
dizaines de morts, les Insurgés polonais connaissent un nouvel
échec11.De cette période remonte un trait caractéristique de l'
entredeux-guerres en Silésie polonaise: l'opposition farouche entre
GraZyilski et Wojciech Korfanty, alors commissaire polonais au
plébiscite et futur chef des Démocrates-Chrétiens. Le premier
reprocha en effet au second son manque d'aide pendant
9Urban, op. cit., p. 34.
10
Ibidem, p. 36.
11
Ibidem.
15l'insUITection, ce qui, d'après Thomas Urban, semble en partie
justifié12.
C'est dans un climat de fébrilité que se prépare le
plébiscite. Il est organisé par la Commission Interalliée de
Gouvernement et de Plébiscite de Haute-Silésie, sous la direction
du général français Henri Le Rond, qui a sous ses ordres des
soldats anglais, italiens et français, ces derniers sympathisant
généralement avec les Polonais13.
« Les partisans de Korfanty laissaient entendre
que si les gens choisissaient l'Allemagne ils
supporteraient le lourd fardeau des réparations
et promettaient, s'ils votaient pour la Pologne,
des terres et du bétail ("la vache de
Kor»14fanty").
Plus importantes encore sont les promesses d'autonomie faites par
les deux Etats:
« Les deux parties rivalisèrent de promesses:
l'Allemagne promulguait le 14 octobre 1919 un
statut faisant du district d' Oppeln une province
de Haute-Silésie avec une autonomie très large.
A quoi la Pologne répondit le 15 juillet 1920
par une loi concernant le statut organique du
voïévodat qui assurait des droits autonomes au
territoire de Teschen et à la portion
austrosilésienne qu'elle escomptait du plébiscite. Le
père de cette idée était le commissaire électoral
polonais Korfanty.»15
Comme nous le verrons plus loin, le résultat est décevant pour les
Polonais et le partage semble inévitable. Korfanty prépare alors la
Troisième Insurrection, de loin la plus importante. Le 3 mai 1921,
12Ibidem.
13
Ibidem, p. 35.
14 p. 36.
15AMAE, fonds Pologne 1918..1940, volume 368, p 191 ; dépêche n037 du 8
mars 1935 du consul français à Dresde, Boissier, à Pierre Laval, Ministre des
Affaires Etrangères.
16jour de la fête nationale polonaise, 40 000 Insurgés, aidés par
l'armée régulière, commencent leur offensive et arrivent non loin
d'OppeIn en Silésie allemande. Les premières victimes sont 30
soldats italiens sous le commandement de Le Rond; quant aux français, ils n'offrent généralement que peu de résistance
aux Insurgés16. Après l'intervention de corps francs venus de
Bavière, de Saxe et du Tyrol, les Allemands reprennent fmalement
le dessus et occupent le 21 mai la Montagne Sainte-Anne, point
stratégique au Sud-Est d'Opole. Une nouvelle fois, l'insurrection
se solde par un échec polonais. Il est à noter que, durant
l'entredeux-guerres, on a largement exploité cette bataille de la Montagne
Sainte-Anne, tant en Pologne qu'en Allemagne. Pour anecdote,
lors des élections municipales de 1990 dans cette localité, 17 des
20 sièges sont allés à des membres issus de la minorité allemande
et la Montagne Sainte-Anne est en quelque sorte retombée aux
mains allemandes!
Revenons maintenant sur la tentative de conciliation, pour
le moins originale, de la part de la "communauté internationale"
sur le problème silésien. Avec la Convention de Genève, que nous
étudierons longuement en première partie, le référendum et le
partage entraient dans le cadre d'une vision internationale somme
toute empreinte de logique, même si nous en voyons aujourd'hui
les limites. Puisque l'Allemagne et la Pologne ne pouvaient se
mettre d'accord sur la Haute-Silésie, l'idée était de les départager
par un référendum, d'en suivre le plus fidèlement possible les
résultats afm de partager le territoire et enfm d'assurer une
protection et une transition aux deux parties par le biais d'une
convention valable 15 ans. On l'a vu, c'est sous la pression
conjointe de l'Allemagne et de Lloyd George que le Conseil
Suprême décide, le 4 juin 1919, que la question de l'attribution de
la Haute-Silésie serait réglée par un référendum. Les dispositions
concernant celui-ci constituent l'Article 88 du Traité de Versailles.
Nous reproduisons partiellement en annexe 2 le règlement du
plébiscite. Disons simplement que le vote était ouvert aux femmes
et hommes ayant plus de 20 ans, nés ou domiciliés sur le territoire
erdepuis le 1 janvier 1904. Cette dernière disposition a prêté à
confusion car, selon plusieurs sources, des centaines de trains
spéciaux ont été affrétés par les Allemands, amenant de différentes
16Urban, p. 37.
17parties de l'Allemagne des "émigrés" nés en Haute-Silésie et qui,
après avoir voté, sont repartis chez eux. Bregman avance même le
chiffre de 195 000, tandis que Korowicz, se basant sur des sources
tant allemandes que polonaises, parle de 182 288 émigrés ayant
voté pour l'Allemagne et de 10 120 pour la Pologne17. C'est le 20
mars 1921 qu'a lieu le vote devant décider du sort de la
HauteSilésie. Les chiffres diffèrent de quelques milliers selon les
sources, mais c'est globalement une défaite pour la Pologne. Entre
480 000 et 490 000 personnes se sont prononcées pour elle contre
environ 707 000 pour l'Allemagne, soit un rapport de 40% à
60%18. Korowicz nuance toutefois ces chiffres; sans le vote des
émigrés on arrive effectivement à une balance plus équilibrée19.
Une annexe de l' Article 88 stipulait que « le résultat du vote sera
déterminé commune par commune, d'après la majorité des votes
dans chaque commune»; 664 communes ont voté pour l'
Allemagne (53%) et 597 pour la Pologne (47%)20.La différence entre
le pourcentage de voix et celui du vote par commune s'explique
par le fait que les communes rurales étaient principalement
habitées par des Polonais tandis que les villes, plus importantes,
étaient majoritairement allemandes, ce que prouve le recensement
allemand de 191021. Par exemple 82% des habitants de
l'agglomération de Katowice ont opté pour l'Allemagne, ce qui
n'empêchera d'ailleurs pas la ville de devenir le centre
administratif de la voïévodie de Silésie polonaise.
Après le plébiscite se présente la difficile question du
partage. La Commission de Plébiscite, qui devait proposer la
frontière, n'arrivant à aucune conclusion importante et unanime,
l'affaire échoit au Conseil Suprême, qui s'en remet lui-même au
Conseil de la Société Des Nations par sa décision du 12 août 1921.
Il faut exactement deux mois au Conseil pour élaborer le texte de
sa Recommandation qui porte sur deux axes: le tracé de la ligne de
partage et l'instauration d'un régime spécial de transition. Après
des débats assez vifs entre la France et la Grande-Bretagne, la
Conférence des Ambassadeurs publie le 20 octobre sa Décision,
17Voir Bregman, p. 40 et Korowicz, p. 12.
18" Les chiffres sont respectivement de 707 605 et 489 359 selon Bregman, 707
554 et 478 820 pour Urban, 706 820 et 479414 d'après Korowicz.
19
Korowicz, p. 12.
20
Bregman, p. 40.
21 Vair 1'annexe 1.
18reprenant les grandes lignes de la Recommandation. Concernant le
tracé, l'un des principes retenus était le suivant:
«Il faut attribuer à chaque Etat un nombre de
votants qui ne s'écarte pas sensiblement du total
des suffrages émis en sa faveur et en même
temps égalise et réduise les minorités dans toute
la mesure du possible. »22
La question des minorités paraît en effet insoluble:
« En raison de la distribution géographique des
populations et du mélange des éléments
ethniques, toute division de cette région devait
avoir pour conséquence l'obligation de laisser
des deux côtés de la ligne des minorités assez
considérables et de disjoindre des intérêts
»23importants.
En effet, la difficulté du partage tient en ce que:
« (...) l'Ouest de la Haute..Silésie, surtout les
campagnes, était habité par les Polonais, alors
que les villes de l'Est de la Haute-Silésie étaient
»24habitées par les Allemands.
C'est cette géographie à rebours - l'Ouest étant plus proche de
l'Allemagne et l'Est de la Pologne - qui est à l'origine du
problème des minorités. Comtne pour les résultats du plébiscite, les
chiffres du partage diffèrent selon les sources. Ainsi pour
Bregman :
« 707 488 personnes avaient voté pour
l'Allemagne, elle en a obtenu 685 656; 479 359
avaient voté pour la Pologne, elle en a obtenu
501 102. D'autre part, l'Allemagne a
22Bregman, p. 41 ; il se base sur le procès-verbal de la session extraordinaire du
Conseil consacrée à la question de Haute-Silésie (p. 17).
23 Korowicz, p. 14.
24
Urban, p. 39.
19200 000 personnes ayant voté pour la Pologne
et la Pologne 220 000 ayant voté pour
l'Allemagne. [...] La ligne frontière coupait le
Triangle industriel. La Pologne ne recevait que
30% du territoire plébiscitaire. De même, le
nombre de communes attribué à la Pologne était
inférieur à celui ayant voté pour elle. »25
D'après Korowicz, la Pologne a reçu un territoire de 3 213 km2
(32%) avec une population de 892 547 personnes (46%) dont
263 950 de langue allemande; quant à l'Allemagne, elle gardait 7
522 km2 de teITÎtoirepeuplés de 1 046 019 habitants dont 572 337
de langue polonaise26.Enfm, selon Dariusz Matelski :
« Sur Il 008 km2 la Pologne a reçu 3 214 km2
(29%) habités par 996 000 personnes
(sur 2 112 700, soit 46%) dont 260 000
Alle»27mands.
Le nombre d'Allemands ou de gens se déclarant allemands
s'élevait donc vraisemblablement à 260 000 dans la partie
polonaise de la Haute-Silésie au lendemain du partage. On veITa ce
qu'ils deviennent durant la décennie qui s'ouvre. Quant au triangle
industriel, il est divisé sans vraiment que soient pris en compte les
impératifs économiques de la région.
«La partie la plus petite mais aussi la plus
industrialisée est allée à la Pologne: Katowice,
Chorzow, Swiçtochlowice et Ruda Sl~ska. A
l'Allemagne allaient Bytom et Zabrze. »28
La partie polonaise de la Haute-Silésie, placée sous juridiction
internationale par la Convention de Genève, a été incorporée à la
voïévodie de Silésie qui comprenait également la Silésie de
25 234, repris par Bregman,Bülow, Der Versa/Uer Volkerbund, Stuttgart, 1923, P
op. cit., p. 42-43.
26
Statistisches Jahrbuch für das Deutsche Reich, cité par Korowicz, p. 18.
27
Dariusz Matelski: Niemcy w polsce w XXwieku, Poznan, 1999, p. 52.
28
Jan Przewlocki: Sprawy gôrnoslqskie na Forum Ligi Narodow w latach
19221933, Zaranie Sl~skie, Katowice, 1975, p. 186.
20Teschen29. On voit là toute la complexité de la situation, où deux
parties d'une même entité administrative ont un régime de lois
différent.
Une fois passée la période charnière de l'immédiat
aprèsguerre, il n'y a pas de rupture fondamentale entre les années Vingt
et les années Trente, les premières servant en quelque sorte de
préambule aux secondes. Elles sont avant tout marquées par les
conséquences du partage, tant du point de vue de la minorité
ellemême que du point de vue plus général de l'Etat allemand, où un
révisionnisme certain se fait jour. Après la Première Guerre
Mondiale, 6 500 000 Allemands se retrouvent en dehors des
frontières du Reich, constituant un enjeu extrêmement important de
la politique étrangère de l'Etat allemand durant tout
l'entre-deuxguerres.
« Après la guerre, la Pologne a reçu 60% des
terres perdues par l'Allemagne, habitées par
plus d'un million d'Allemands; la Pologne a
donc une place centrale dans la question très
sensible, pour l'Allemagne, de la protection de
)}30ses minorités.
Ce fait peut paraître évident, mais il faut bien l'avoir à l'esprit pour
comprendre le contentieux germano-polonais de ces années.
«Les auteurs du Traité de Versailles, non
seulement ne virent pas le danger qu'il Y avait à
laisser dans les pays du Centre et du Sud-Est de
l'Europe des millions d'Allemands, mais
encore ils créèrent des conditions qui aggravaient ce
danger en éveillant parmi la population
29
Pour bien comprendrela situation,il convientde s'attarder ici sur la géographie
de la Silésie. Il y a en effet plusieurs Silésie et il n'est pas toujours aisé de s'y
retrouver. Géographiquement l'on distingue une Basse-Silésie, une Haute-Silésie
et une Silésie de Teschen beaucoup plus restreinte. Le territoire de la première
reste entièrement allemand jusqu'en 1945 et il n'en est pas question ici. La Silésie
de Teschen ~ elle, été sous domination polonaise dès la fm de la guerre. Quant à
la Haute-Silésie qui nous intéresse plus particulièrement, c'est elle qui fut l'objet
du plébiscite de 1921 ; une partie échut à l'Allemagne et une autre à la Pologne.
30
Matelski, p. 153.
21allemande (...) des sentiments séparatistes et la
)}31conscience de privilèges spéciaux.
De fait, ces minorités, protégées par des traités minoritaires
internationaux, sont souvent la pierre angulaire de la politique
étrangère allemande durant l'entre-deux-guerres. En effet, il
convient de se râppeler que, si Berlin a reconnu ses frontières
occidentales à Locarno en 1925, cela lui a en quelque sorte donné
un blanc-seing pour ne pas en faire de même avec ses frontières
orientales. Leur révision est un objectif constant des dirigeants
allemands, quelle que soit leur tendance:
« Le fait de devoir céder des terres à la Pologne
était ressenti comme injuste par la République
de Weimar et tous les grands partis politiques
)}32étaient d'accord sur ce point.
Dans cette politique révisionniste, les minorités allemandes
tiennent évidemment une place prépondérante, car elles peuvent
servir de prétexte à une offensive diplomatique; c'est
effectivement ce qui s'est passé quand Gustav Stresemann était aux
Affaires Etrangères de 1923 à 1929, et plus encore après sa mort.
«Déjà Stresemann voyait les grands profits
politiques à tirer de la "protection des
Allemands à l'étranger" qu'il plaçait en deuxième
lieu - après la question des réparations - dans la
politique étrangère de l'Allemagne de
)}33Weimar.
Korowicz ajoute:
«Pour atteindre le but principal de la grande
politique allemande après 1920, qu'était la
révision des frontières, il [Stresemann] estimait
31 yèmeNote de la rédaction de la revue Etudes et monographies consacrée à La
colonne allemande en Pologne, p. 7-8.
32
Urban, p. 39
33 ~meLettre au Kronprinz du 27 septembre 1925, citée dans La colonne
allemande..., op. cit., p. 8.
22qu'il fallait profiter au maximum des traités de
minorités [...]. La possibilité d'une constante
intervention en faveur des minorités allemandes
était pour Stresemann une des principales
raisons pour lesquelles il demandait que
l'Allemagne devînt au plus vite membre de la
Société Des Nations et de son Consei1.»34
Dans le cadre des traités minoritaires, et, en ce qui concerne la
Haute-Silésie, de la Convention de Genève, les minorités
allemandes de Pologne avaient la possibilité d'émettre des plaintes
et des pétitions contre les autorités si elles jugeaient que leurs
intérêts étaient menacés. Les fondements juridiques et le
déroulement du processus de plainte seront expliqués en détail
dans le chapitre consacré à la Convention de Genève. Ce qu'il faut
dire ici, c'est que les pétitions de la minorité suivaient en général le
cours de la politique extérieure de Berlin. Ainsi, après l'entrée de
l'Allemagne à la S.D.N en 1926, le nombre de plaintes a augmenté
considérablement. Les problèmes des minorités allemandes en
Pologne représentaient l'écrasante majorité de toutes les affaires
minoritaires traitées alors sur le forum intemational35.
« L'Allemagne est entrée à la S.D.N ne cachant
pas sa volonté de s'occuper activement de la
question des minorités. Le Volksbund qui
centralisa toute cette action [de plaintes] savait
que, quelque insignifiante que soit la question,
elle trouverait dans le représentant de
l'Allemagne un avocat dévoué. Il ne se gêna
donc pas pour inonder de ses pétitions la
»36S.D.N
De fait, le soutien de l'Allemagne à ses minorités a toujours été
perçu par les Polonais non comme un soutien de bonne foi, mais
comme une volonté de réviser les frontières imposées par le
34
Korowicz, pp. 100-101.
35
Bregman, pp. 131-132.
36Ibidem, p. 132. Le Volksbund est en quelque sorte l'association générale des
Allemands en Haute-Silésie; nous aurons l'occasion de le présenter
ultérieurement. Idem pour le détail des plaintes.
23"Diktat" de Versailles. Enfm, il convient de noter que cette
politique révisionniste était soutenue par une large partie de
l'opinion publique allemande. De nombreux discours sont
prononcés, qui réclament le rattachement de la partie polonaise à la
Silésie allemande. Les intervenants sont bien souvent des
personnalités de premier plan et des dirigeants importants37.
«Le Président Hindenburg en personne crut
nécessaire de proclamer, lors de sa réception
solennelle par le Président supérieur de la
Haute-Silésie allemande à Opole le 17
septembre 1928, la nécessité du retour de la
»38partie polonaise du territoire à l'Allemagne.
Par ailleurs, un certain nombre d'associations réclament la révision
des frontières. C'est notamment le cas de la Vereinigte Verbande
heimattreuer Oberschlesier (Fédération des Hauts-Silésiens
fidèles à leur patrie), du Stahlheln ou encore du Deutsche Stiftung,
organisation d'aide économique et culturelle dirigée par Erich
Krahmer-Mollenberg39.
Du strict point de vue de la minorité, les années Vingt sont
marquées par une forte émigration allemande. Comme il a été dit,
et même si les chiffres sont sujets à caution, il y avait, côté
polonais, après le partage, environ 260 000 personnes disant
appartenir à la minorité allemande. Le recensement général de
1931, comme nous le verrons, indique 90 000 Allemands en
voïévodie de Silésie dont près de 70 000 en Haute-Silésie, soit un
différentiel de 190 000 à 200 000 personnes40.Ces chiffres sont là
aussi à prendre avec précaution. Toujours est-il qu'il y a eu une
émigration bien réelle de l'élément allemand vers sa mère patrie et
que seule sa quantification peut poser problème. Tout le monde est
à peu près d'accord sur le fait que:
«Plus de 100 000 Allemands ont quitté la
Haute-Silésie polonaise pour l'Allemagne avant
la fm de 1924 et ont été enregistrés comme
37
Voir à ce sujet Korowicz, p. 140.
38
Ibidem.
39 Voir aussi Matelski, p. 154.
40
Korowicz, pp. 50-51.
24émigrés par l'Office du Reich pour
»41l'Emigration.
Par ailleurs:
«La Convention [de Genève] prévoyait pour
les Hauts-Silésiens, qui jusque-là avaient
possédé la citoyenneté allemande, la possibilité
d'opter pour la citoyenneté polonaise ou de
demeurer Allemands. La période d'option était
de deux ans, avec ceci que tous les intéressés
avaient le droit de continuer à résider là où ils habité jusqu'alors pendant la durée de
validité de la convention, c'est-à-dire jusqu'en
1937. Dans ce processus, 28 574 personnes
optèrent pour l'Allemagne et 25 000 d'entre
elles quittèrent la Haute-Silésie avant 1931. »42
Il est donc reconnu qu'environ 125 000 Allemands ont quitté la
partie polonaise du territoire plébiscité pour passer du côté
allemand. Qu'en est-il des autres? Selon Korowicz, ce sont les
conditions de vie moins avantageuses pour les couches sociales
supérieures - c'est-à-dire pOUf les Allemands - qui ont poussé
celles-ci à émigr~3. La polonisation de certains secteurs y a été
pour beaucoup~ notamment dans la fonction publique44.Le meilleur
exemple est la vive lutte que se sont livrée enseignants allemands
et polonais au lendemain de l'indépendance45. Les autorités
polonaises n'ont évidemment rien fait pour empêcher ce mouvement
41Ibidem, p. 51. Il reprend Die nationalitaten in den Staaten Europas, publié par
le Congrès des Minorités en 1931. Voir aussi A. BroZek: L'influence des
migrations sur la structure des nationalités en Silésie (1870 -1945), La Pologne
et les Affaires occidentales, 1967, pp. 422-449. II reprend en partie Korowicz
mais aussi des auteurs allemands comme N. Niemeyer: Die Siedlung im
Oberschlesischen Industriebgebiet, dans Schlesien, p. 61.
42Brozek, op. cit., p. 436, où il semble reprendre les chiffres de Korowicz (p. 51).
43
Korowicz, p. 51.
44Ibidem.
45Voir à ce sujet l'article d'Andrzej Szefer: Rola niemieckich nauczycieli szk61
mniejszosciowych na polskim G6rnym 5lqsku w pierszym okresie trwania
Konwencji Genewskij, Chowana, pp. 249-257, Katowice, 1963.
25d'émigration qu'elles voyaient d'un très bon œil; c'est pourquoi la
dégennanisation de l'économie, qui poussait les Allemands de
l'autre côté de la frontière, a parfois été érigée au rang de véritable
politique planifiée, surtout après 1926 et l'entrée en fonction du
voïévode GraZyIlski. Au contraire, les autorités allemandes
faisaient tout pour maintenir la présence allemande en
HauteSilésie. Pour ce faire, de nombreuses associations ont été créées,
qui aidaient fmancièrement et moralement les Allemands
n'émigrant pas. D'autre part, le consulat allemand de Katowice
limitait le nombre de visas pour les candidats à l'émigration.
Dans cette lutte, les autorités polonaises et allemandes
devaient toutefois compter avec le cadre juridique nouveau et, pour
tout dire, original qui régissait l'évolution de la région, en
l'occurrence la Convention de Genève. Mais celle-ci n'était
ellemême qu'une des nombreuses particularités de la Haute-Silésie
polonaise de l'entre-deux-guerres.
26PARTIE I
La Haute-Silésie après la
Première Guerre MondialeChapitre I : La Convention de Genève de Haute-Silésie
Il convient de préciser tout de suite que la Convention de
Genève est un texte qui concerne uniquement le teITitoire plébiscité
et qu'il ne faut pas la confondre avec certains grands textes
internationaux homonymes. Cette Convention n'est pas seulement
un traité de protection des minorités, mais un texte beaucoup plus
général portant sur un grand nombre de domaines. La partie
consacrée à la protection des minorités a globalement repris les
dispositions des traités minoritaires signés parallèlement aux traités
de paix; il n'est par conséquent pas inutile de rappeler l'esprit qui
animait la communauté internationale quant à ces questions. Au
lendemain de la Première Guerre Mondiale, l'une des idées
majeures des puissances alliées a été la protection des minorités
nationales:
« Au début des travaux pour la conférence de la
Paix on pensait faire un traité généralisé de
protection des minorités, mais on abandonna
cette idée équitable et on se décida à établir des
obligations à l'égard des minorités seulement
pour les pays nouvellement créés [...] ou bien
pour les pays vaincus, l'Allemagne exceptée.
On imposa ces devoirs à quatorze pays. »1
La Pologne faisait partie de ces pays soumis aux obligations
minoritaires. Le 28 juin 1919, en même temps que le Traité de
Paix, la délégation polonaise signe à Versailles un traité spécial
garantissant la protection des minorités sur son territoire. Ce "petit
Traité de Versailles" est très mal accueilli par l'opinion
polonaise car :
1 Collectif: Pologne 1919-1939, tome 1, Neufchâtel, 1946, p. 394 (Les minorités
nationales, généralités par Tadeusz Stark, pp. 393-400).« (...) le principe d'intervention extérieure dans
les questions de minorité rappelait de si
tragiques souvenirs historiques (...). En effet,
les droits à la protection des minorités
allemandes-luthériennes et ruthéno-orthodoxes
que les trois Etats voisins de la Pologne se sont
arrogés au XVIIrme siècle ont été une des
causes de la dislocation, de la chute et du
partage de l'Etat polonais. »2
Il est donc important de comprendre qu'après la renaissance de leur
pays, les Polonais vont parfois avoir une idée exacerbée de leur
souveraineté et voir d'un mauvais œil ce qui leur est imposé de
l~extérieur. De plus, le fait que le voisin allemand se présente
comme le champion de la défense des minorités, alors que
luimême n'est pas soumis à ce genre d'obligation, est ressenti comme
profondément injuste. Enfin, il est à noter que, dans ses lois
constitutionnelles, l'Etat polonais allait souvent plus loin en faveur
des minorités que les dispositions des traités ne le préconisaienf.
Une fois mis en place ce cadre général, étudions maintenant de
plus près la Convention de Genève.
A .Le contexte et les obiectifs
1 . Les conditions de la signature
Comme il a déjà été dit, la Décision de la Conférence des
Ambassadeurs en date du 20 octobre 1921 statuait sur les suites à
donner au plébiscite. D'une part elle réglait la question du partage
et, d'autre part, elle obligeait les gouvernements allemand et
polonais à conclure au plus vite une convention qui assurerait la
transition de la Haute-Silésie4. Les dispositions transitoires
devaient principalement porter sur des questions économiques et
2 Bregman, op. cit., pp. 95-96. Voir aussi les réticences polonaises à signer ce
traité dans Matelski, op. cit., p. 49.
3 Collectif: Pologne... ,op. cit., pp. 401-402. Voir aussi Matelski p. 49 et
suivantes et Bregman p. 129.
4Korowicz , op. cit., pp. 15-16.
30d'infrastructures. L'obligation faite aux deux Etats de conclure
cette Convention est selon Korowicz « un cas absolument inconnu
jusque-là du droit des gens »:
«Deux Etats indépendants sont conduits à la
table des négociations, non de leur propre
initiative (...), mais sous une pression
autoritaire de la communauté internationale. [...] Une
convention "conclue" sous de tels auspices et
sous une telle tutelle, voire même pression
dictatoriale, par les deux Etats est bilatérale
uniquement quant à sa fonne. En réalité, nous
croyons avoir ici affaire à l'arbitrage politique
des principales puissances (. ..). »5
Les négociations débutent le 23 novembre 1921 sous la direction
de l'ancien Président de la Confédération Helvétique, Félix
Calonder ; la délégation allemande est conduite par Schiffer et son
homologue polonaise par Olszewski6. Elles aboutissent à la
signature de la Convention de Genève le 15 mai 1922 et à sa mise
en vigueur le 15 juin, en même temps que les deux Etats prennent
possession des territoires qui leur sont attribués.
2 . Les buts de la Convention
Mettre en place la Convention s'inscrivait, pour les
puissances alliées, dans une logique de continuité. Puisque la
Haute-Silésie avait été plébiscitée puis partagée, il fallait
maintenant lui assurer une certaine période de transition, et ce afm
de partfr à tout type de problèmes d'ordre économique, social ou
minoritaire. Il s'agissait de réorienter les deux parties vers leur Etat
respectif sans toutefois couper brusquement les liens, notamment
économiques, entre elles et d'y protéger les minorités7. Résoudre
cette "quadrature du cercle", c'est-à-dire concilier ces éléments
contradictoires, n'a pas été chose aisée, principalement à cause de
5
Ibidem, p. 17.
6
Les noms des deux plénipotentiaires sont mentionnés dans le Préambule, les
Dispositions fmales du texte et le Protocole final. Voir Korowicz, pp. 19-24, ainsi
que Bregman, p. 45.
7Korowicz, pp. 15 et 33. Bregman, pp. 45-46.
31la pieITe d'achoppement que constituait la question minoritaire.
Celle-ci, ainsi que la place qu'elle tenait dans la politique des deux
Etats, venaient en effet compliquer sérieusement les choses. De
fait, et un peu à la surprise générale, le seul domaine qui ait posé
problème a été celui de la protection des minorités. Lors de son
allocution au moment de l'expiration de la Convention le 15 juillet
1937, Félix Calonder déclare:
«Contrairement à toutes les prévisions qui
prévalaient lors de la conclusion de la
Convention de Genève, c'est la protection des
minorités qui a causé le plus grand, le principal
travail. »8
Comme ill' a constaté dans ce même discours, un seul litige
économique a été traité par la Commission Mixte -l'importation de
coke d'Allemagne en Haute-Silésie polonaise - «et même dans
cette affaire les parties, après avoir entendu l'opinion de la
Commission Mixte, se sont atTangées à l'amiable »9. Ainsi,
l'organisme de conciliation et de recours qu'était la Commission Mixte a
principalement eu à s'occuper de questions minoritaires. Voyons
maintenant le corpus de la Convention.
B .Le texte
La Convention fait figure de nouveauté:
« Il s'agit ici d'un des plus volmnineux textes
de conventions internationales connus du droit
des gens. Il comprend 606 Articles de texte
»10principal et 26 Articles de Protocole fmal.
Bregman ajoute que « cette Convention est une des plus détaillées
et complètes qui aient jamais été conclues »11.Il y a en effet dans
8
Procès-verbal de la Séance solennelle de clôture de la Commission Mixte,
Archives de la S.D.N., cité par Korowicz, p. 33.
9
Ibidem.
10
Korowicz, p. 24.
Il
Bregman, p. 45.
32