Le Cameroun et la Grande Guerre (1914-1916)

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Le déclenchement rapide des hostilités, au-delà des causes immédiates connues de la guerre, pourrait faire penser que le Cameroun était l'un des enjeux majeurs de la Grande Guerre hors des frontières européennes. Il est donc indiqué que ce pays, qui porte à jamais les marques indélébiles de cette guerre en Afrique, ne reste pas historiquement passif au moment où les débats à travers le monde sur son histoire ont lieu à l'occasion de la célébration du centenaire de cet évènement.

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Date de parution 15 juin 2017
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EAN13 9782140040689
Langue Français

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Le Cameroun et la Grande Guerre (1914 – 1916)
Commission camerounaise d’histoire militaire
Cameroon and the Great War (1914 – 1916) Cameroon Commission of Military History
La genèse de ce travail tire sa source non seulement de la nécessité de
rattraper un devoir historique, celui de l’ouverture des débats sur l’identité
camerounaise à travers les travaux en groupe relatifs aux faits historiques
majeurs du passé dans le domaine de la défense, mais aussi du dépassement
des formules abyssales pour créer des conditions de travail proches de
l’environnement d’un congrès international d’histoire militaire. Le Cameroun et la Grande Guerre
Le sujet abordé est d’actualité, au moment où le monde entier célèbre le
centenaire de la première grande confrontation armée et mondiale de notre (1914 – 1916)ère. Le fait que la Grande Guerre, en Afrique centrale, se soit déroulée avec
une certaine intensité lui donne toute son importance. Car le déclenchement
rapide des hostilités, au-delà des causes immédiates connues de la guerre,
pourrait faire penser, à partir d’une série de conjonctures, que le Cameroun Cameroon and the Great War
était l’un des enjeux majeurs de la Grande Guerre hors des frontières
européennes. Il est donc indiqué que ce pays, qui porte à jamais les marques (1914 – 1916)
indélébiles de cette guerre en Afrique, ne reste pas historiquement passif
au moment où les débats à travers le monde sur son histoire ont lieu à
l’occasion de la célébration du centenaire de cet évènement.
Par ailleurs, l’engouement avec lequel les universitaires camerounais ont
accueilli l’idée de ce premier colloque montre à suf sance qu’ils brûlent
d’envie de connaître et de faire connaître les grands moments qui ont
marqué la longue marche vers l’évolution du Cameroun moderne.
Cet ouvrage est issu d’un premier colloque national d’histoire militaire sur le
thème « Le Cameroun et la Grande Guerre (1914-1916) », avec le soutien total
de la hiérarchie militaire, préparant ainsi l’organisation à Douala, en septembre
e 2017, du 43 Congrès de la Commission internationale d’histoire militaire.
La Commission camerounaise d’histoire militaire est une structure nationale
de recherche dans le domaine de l’histoire militaire, affi liée depuis 2005 à la
Commission internationale d’histoire militaire, membre du Conseil international
des sciences historiques qui est une branche de l’UNESCO. Animée par un
Secrétariat général exécutif, elle a pour objectif de promouvoir la recherche, la
publication et la formation dans le domaine de l’histoire militaire au niveau
national. Elle se veut, en collaboration avec les autres commissions nationales, une
plateforme dédiée à l’échange des idées formulées par les historiens militaires ainsi
que les autres chercheurs, dans le domaine des sciences sociales voisines et un soutien
important à la mission du Service historique des armées.
Préface de Joseph Beti Assomo
Photographie de couverture : parade des troupes
près d’Ambam, journal Le Matin du lundi 8 février


Cameroun.
ISBN : 978-2-343-11769-0
42 €
Le Cameroun et la Grande Guerre (1914 – 1916) Commission camerounaise d’histoire militaire
Cameroon Commission of Military History
Cameroon and the Great War (1914 – 1916)









Le Cameroun et la Grande Guerre
(1914-1916)
Cameroon and the Great War
(1914-1916)


















COMITÉ D’HONNEUR / ADVISORY BOARD
Beti Assomo Joseph, Ministre Délégué à la Presidence Chargé de la Défense ;
Bokam Jean-Baptiste, Sécrétaire d’Etat auprès du Ministre de la Défense Chargé de
la Gendarmerie ;
Koumpa Issa, Sécrétaire d’État auprès du Ministre de la Défense Chargé des
Anciens Combatants et Victimes de Guerre ;
Général de corps d’Armée Meka Réné Claude, Chef d’État-major des Armées
Kamsouloum Saïd, Secretaire Général du Ministère de la Défense ;
eGénéral de Division Sali Mouhamadou, Commandant la 2 Région Militaire
Interarmées ;
Dr Ntone Fritz, Délégué du Gouvernement auprès de la communauté Urbaine de
Douala ;
Capitaine de frégate Tchouatat Joseph, Chef Sécrétariat Militaire ;
Lieutenant-Colonel Ngolo Ngomba Tobbie Gabriel, Chef Sécrétariat Militaire Adjoint.
COMITÉ DIRECTEUR / MANAGEMENT COMMITTEE
Directeur de Publication/Director of Publication
Beti Assomo Joseph, Ministre Délégué à la Presidence Chargé de la Défense
Rédacteur en Chef/Editor in Chief
Capitaine de Frégate Mbué Ngappé Blaise, Secrétaire Général de la Commission
Camerounaise d’Histoire Militaire
Rédacteur en Chef Adjoint /Assistant Editors
Professeure Wanyaka Bonguen O. Virginie (M.C.) Enseignante à l’Université de
Yaoundé I
COMITÉ SCIENTIFIQUE / EDITORIAL BOARD
Pr Abwa Daniel, Président, Université de Yaoundé I ;
Pr Ngoh Victor Julius, Vice-Président, Université de Bamenda ;
Pr Elango Lovett ; Buea ;
Pr Saïbou Issa, École Normale Supérieure de Maroua/Université de Maroua ;
Pr Ntuda Ebode Joseph, Université de Yaoundé II Soa ;
Pr Essomba Philippe Blaise, Université de Yaoundé I ;
Pr Temgoua Albert Pascal, Université de Yaoundé I ;
Pr Efoua Mbozo’o Samuel, Université de Douala ;
Mme Wanyaka Bonguen Virginie (Maître des Conférences), Université de Yaoundé I ;
Capitaine de Vaisseau Ndutumu Sylvin, Sous-chef Plans, État-major des Armées ;
Frégate Mbué Ngappé Blaise, Chef Service Historique des Armées.
Commission camerounaise d’histoire militaire
Cameroon Commission of Military History








Le Cameroun et la Grande Guerre
(1914-1916)
Cameroon and the Great War
(1914-1916)




ACTES / ACTA
er1 Colloque national d’histoire militaire
st1 National Colloquim of Military History

Hôtel Sawa, Douala (05-08/08/2014)


Préface de Joseph Beti Assomo



















































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-11769-0
EAN : 9782343117690

SOMMAIRE

PRÉFACE ............................................................................................................ 9
Allocution du Dr Fritz Ntone Ntone, Délégué du gouvernement,
Président de la plate-forme de collaboration entre la Communauté Urbaine
et les communes d’arrondissements de Douala, à l’occasion de la cérémonie
d’ouverture du premier Colloque national d’histoire militaire de Douala,
sous la présidence de Monsieur Koumpa Issa, Secrétaire d’État à la Défense,
Chargé des Anciens Combattants et Victimes de Guerre .................................. 11
Discours de Monsieur le Secrétaire d’État à la Défense Chargé des Anciens
Combattants et Victimes de Guerre, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture
du premier Colloque national d’histoire militaire ............................................. 13
Note de la rédaction ........................................................................................... 17
Leçon inaugurale du colloque sur le Cameroun et la Grande Guerre
(19141916).
Daniel Abwa ...................................................................................................... 19
La recherche en histoire militaire dans le contexte camerounais
Blaise Mbué Ngappé ...................................................................................... 31
Mercenariat et exploitation des Kamerunais par les forces de pénétration
allemandes, de 1884 à la formation de la Schutztruppe (1894)
Ferdinand Paul Enoka ................................................................................... 51
Nigerianisaion of the British war effort in the allied campaign in Cameroon,
1914-1916
Joseph Lon Nfi ............................................................................................... 67
La géographie du Cameroun et les contraintes tactiques pendant la campagne
du Kamerun
Aimé Raoul Sumo Tayo ................................................................................. 81
Mora dans la Première Guerre mondiale : stratégie de défense des forces
allemandes face à l’offensive des alliés
Nicodème Glo .............................................................................................. 107
Les résistances allemandes à la conquête franco-britannique du Cameroun,
1914-1916 Albert Pascal Temgoua ............................................................. 121
Nsanakang, champ de bataille et lieu de mémoire : esquisse d’une histoire
méconnue de la Première Guerre mondiale au Kamerun (1914-1916)
Virginie Wanyaka Bonguen et Willy Didié Foga Konefon ....................... 137
La bataille de Banyo (1915) : étude stratégique et tactique aka Bonguen O. .................................................................... 155
Les opérations militaires françaises au Kamerun durant la Grande Guerre.
Arthur Banga ................................................................................................ 173
The Ejagham of Cameroon in the First World War
E. S. D. Fomin and Raphael Achou Etta .................................................... 187
L’armement dans la campagne du Kamerun
Ndikum Azieh et Aimé Raoul Sumo Tayo ................................................ 207
L’Est-Cameroun : une pièce centrale dans les dispositifs des belligérants en
Afrique centrale pendant la Première Guerre mondiale
Hanse Gilbert Mbeng Dang et Edmond François Ngagoum ..................... 227
The First World War in Cameroon: An Historical Analysis of its Implications
on the Territory’s Christian Religious Landscape
Michael Kpughe Lang ................................................................................. 241
La Retraite des troupes allemandes avec certains chefs traditionnels du
Kamerun vers la Guinée Espagnole pendant la Première Guerre mondiale :
Repli stratégique ou capitulation ?
Samuel Efoua Mbozo’o et Hanse Gilbert Mbeng Dang ............................ 259
Le renseignement militaire et humain à l’assaut du Cameroun pendant la
Première Guerre mondiale
André Dia ..................................................................................................... 285
Première Guerre mondiale et effritement du prestige de l’homme blanc au
Cameroun
C. Christian Tsala Tsala et Jean Germain Otabela ..................................... 303
La Première Guerre mondiale et les mutations des frontières internationales
du Cameroun
Faustin Kenné .............................................................................................. 323
La Commission Permanente des Mandats et le respect de l’article 22 du Pacte
de la Société des Nations au Cameroun sous mandat français ou la gestion
des conséquences de la Grande Guerre
Alvine Henriette Assembe Ndi .................................................................... 339
L’art et la mémoire de la Grande Guerre au Cameroun dans
l’entre-deuxguerres: le rôle du monument aux morts (de Douala) et de la célébration du
11 novembre dans le souvenir de 1914-1918
Isidore Pascal Ndjock Nyobe ...................................................................... 363
6 WW1 in Cameroon: German Military Atrocities and Civilian Resistance in
the Bamenda Grassfields
Gwanfogbe Mathew Basung ....................................................................... 385
La Grande Guerre dans le passage du Cameroun du fait colonial à
l’affirmation d’une identité nationale : esquisse de reconstruction d’un
processus de mutation sociale de type déterministe
Édouard Betobo Bokagné ............................................................................ 401
Recommandations du premier Colloque d’Histoire Militaire
tenu du 5 au 8 août 2014 a Douala ............................................................... 421
Mot de remerciements du comité scientifique ............................................. 423
Toast du Général de Division commandant la RMIA 2 à l’occasion
du repas de clôture du premier Colloque national d’histoire militaire
organisé en sa résidence ................................................................................. 425
Discours de Monsieur le Secrétaire d’État à la Défense Chargé des Anciens
Combattants et Victimes de Guerre, à l’occasion de la cérémonie
de clôture du premier Colloque national d’histoire militaire ................... 427
Les auteurs ...................................................................................................... 431

7
PRÉFACE
Le civil et le militaire au Cameroun : une vie commune ancrée dans l’histoire.

Le colloque « Le Cameroun et la Grande Guerre (1914-1916) », objet de
cette publication, est le fruit d’une solide collaboration entre le civil et le
militaire au Cameroun. Il est le résultat d’une conjugaison d’efforts entre la
Commission Camerounaise d’Histoire Militaire, structure de recherche en
histoire militaire du Ministère de la Défense, affiliée à la Commission
Internationale d’Histoire Militaire d’une part et les universitaires camerounais,
membres de la Société Camerounaise d’Histoire d’autre part.
Cette collaboration a toujours été constante et soutenue dans l’histoire du
Cameroun. Avant l’arrivée des Européens dans notre pays, la sécurité et -/ou la
conquête de tous les territoires camerounais étaient assurées par des guerriers
intrépides sous le commandement des chefs charismatiques, autorités civiles.
Sous le protectorat allemand (1884-1916), la Schutztruppe, avec sa hiérarchie
militaire, était placée sous l’autorité civile des Gouverneurs, représentants du
Chancelier du Reich, de l’Empire allemand. Outre la courte période de la
Grande Guerre au Cameroun (1914-1916) au cours de laquelle les militaires ont
eu le leadership politique et militaire, toute la période coloniale (mandat et
tutelle anglais et français 1916-1961) était placée sous l’autorité des
administrateurs civils avec la collaboration de la hiérarchie militaire qui lui était
soumise.
Au Cameroun indépendant (1960), réunifié (1961-1972), unifié (1972-1984)
et République du Cameroun (depuis 1984), l’autorité politique a toujours été
l’apanage des civils qui s’assurent en tout temps la collaboration de l’autorité
militaire. C’est cette collaboration autorité civile- autorité militaire qui permet
au Cameroun de préserver la sécurité de ses frontières et d’être un havre de paix
tant pour ses citoyens que pour ceux qui viennent y chercher refuge. C’est la
permanence et l’efficacité de cette collaboration qui ont permis à Son
Excellence Paul BIYA, Chef de l’État et Chef des Armées, de dire avec
assurance que « nous avons vaincu le maquis… et ce n’est pas le Boko Haram
qui va nous dépasser… ».
Cette collaboration entre civils et militaires, qui se matérialise ainsi dans les
hautes sphères de l’État camerounais, est également manifeste au quotidien dans
les relations entre le Camerounais civil et le Camerounais militaire. Dans les
écoles primaires créées au sein des camps militaires du territoire national,
enfants de militaires et de civils se côtoient tous les jours sans aucune
discrimination. De même, les hôpitaux militaires et leurs morgues sont ouverts à
la fois aux civils et aux militaires. Les mess des officiers et foyers du soldat
dans les villes et campagnes du Cameroun, sont des lieux de rencontre entre
civils et militaires qui y partagent pain et vin en devisant en toute quiétude sur
les diverses questions. Le Génie Militaire s’attire par ailleurs la sympathie des
populations civiles dans les travaux d’intérêt commun qu’il réalise à travers le
pays. Pour le maintien de la paix dans le contexte globalement complexe de
l’Afrique Centrale, notre sous-région, les Camerounais civils apportent une
contribution remarquable et fort appréciée au Camerounais militaires, garante
du succès de leurs missions. Et on peut multiplier à l’infini ces exemples.
Que cette collaboration entre civils et militaires, établie depuis les temps les
plus reculés, soit préservée par toutes les générations de Camerounais pour le
bonheur de ce pays.

BETI ASSOMO Joseph
Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense.


10
Allocution du Dr Fritz Ntone Ntone, Délégué du gouvernement,
Président de la plate-forme de collaboration entre la Communauté
Urbaine et les communes d’arrondissements de Douala, à l’occasion
de la cérémonie d’ouverture du premier Colloque national d’histoire
militaire de Douala, sous la présidence de Monsieur Koumpa Issa,
Secrétaire d’État à la Défense, Chargé des Anciens Combattants et
Victimes de Guerre

Douala, le 05 août 2014
Permettez-moi tout d’ abord de m’acquitter d’un agréable devoir, celui de
vous souhaiter, Monsieur le Secrétaire d'État ainsi qu’à l’importante délégation
qui vous accompagne, au nom de l’ensemble des populations de la ville de
Douala, des magistrats municipaux et, en mon nom propre, une chaleureuse
bienvenue, ainsi qu’un agréable séjour à Douala, à l’occasion de la cérémonie
solennelle d’ouverture du premier Colloque national d’Histoire Militaire.
Comme vous le savez, Monsieur le Secrétaire d'État, c’est toujours pour les
populations locales, un très grand plaisir de recevoir à Douala le Haut
Commandement militaire, eu égard à la place de choix qu’elles savent que vous
réservez à notre cité Capitale économique malgré vos multiples occupations.

Monsieur le Secrétaire d'État,
Les populations de Douala ne peuvent qu’être honorées du choix porté à leur
ville par le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, pour abriter
ce premier Colloque national d’histoire militaire de notre pays. Ceci, au
moment où le monde entier célèbre le Centenaire de la Première Guerre
mondiale ou « Grande Guerre ». Le thème de ce colloque : le « Cameroun et la
Grande Guerre » le démontrent, au demeurant.
« Centenaire pour Centenaire »
Comment ne pas aussi évoquer ici la célébration concomitante à Douala, des
festivités marquant le Centenaire de la fin tragique des Grandes Figures
nationales et leurs Compagnons, chers à notre ville et à notre pays, j’ai nommé ;
Rudolph Duala Manga Bell, Adolf Ngosso Din, Martin Paul Samba, Chief
Madola’’

Monsieur le Secrétaire d’État,
Comme l’Histoire nous l’apprend, en raison de sa position géographique et
de son rôle dans la colonisation de notre pays par l’Allemagne, Douala a été une
place militaire forte et un des foyers majeurs de la « Grande Guerre » dans notre
pays. Ainsi, à travers l’opération d’adressage en cours, des artères de la ville
nous rappellent les grands moments, les stigmates et certains Grands Hommes
qui ont marqué cette Guerre. Il en est ainsi de ;
- la rue Foch A Akwa, en mémoire du Maréchal Foch,
- la rue Clemenceau à Bonanjo, en mémoire du Général Clemenceau,
- la rue de Verdun à Bonanjo, rappelant la mémorable bataille de Verdun.
Les exposés des éminents historiens qu’il nous sera donné de suivre au cours
de ce Colloque, nous édifierons davantage encore sur les réalités, parfois
méconnues de ces grands moments de l’histoire de notre pays, voire du monde
entier.
Mais le plus important, à mon sens, est de tirer de ces moments douloureux,
une grande leçon à savoir : l’importance de la paix entre les peuples, au sein des
nations et dans le monde. Sous toutes les latitudes, l’actualité nous interpelle à
cet égard.
Puissent les travaux de ce Colloque national d’histoire militaire, auxquels je
souhaite plein succès, nous édifier davantage pour explorer les voies et moyens
d’asseoir une paix durable dans nos villes, dans nos pays, et dans le monde.

Je vous remercie pour votre bienveillante attention.


12
Discours de Monsieur le Secrétaire d’État à la Défense Chargé
des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, à l’occasion
de la cérémonie d’ouverture du premier Colloque national
d’histoire militaire

Douala, esplanade du PC de la RMIA 2,
Le 05 août 2014

Je suis très heureux de me retrouver parmi vous ce matin du 05 août 2016 en
ce lieu symbolique du plateau JOSS de Douala, pour présider au nom du
Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense empêché, la présente
cérémonie d’ouverture du tout premier Colloque national d’histoire militaire
qu’organise le Ministère de la Défense, sur hautes instructions du Président de
la République, son Excellence Paul Biya, Chef des Armées, sous le thème « le
Cameroun et la Grande Guerre »
Aussi, me dois-je d’entrée de jeu, de remercier Monsieur le Gouverneur de
la Région du Littoral et ses collaborateurs pour l’accueil chaleureux qui nous a
été réservé depuis notre arrivée dans la ville de Douala.
Je remercie le Comité d’Organisation du Colloque « chapeauté » ici à
Douala par le Général de Division, commandant la Deuxième Région Militaire
Interarmées pour toutes les dispositions prises pour la tenue effective de ce
Colloque dont la réussite conditionnera sans doute la tenue prochaine d’un
Congrès mondial d’histoire militaire ici à Douala.
Je ne peux ne pas saluer la présence de chacun de vous et de vous tous,
hautes autorités militaires et civiles, présence qui dénote l’intérêt que vous
portez à l’histoire de notre cher et beau pays le Cameroun !
En 1914, alors que par le cours d’un destin particulier en Afrique centrale, le
Cameroun sous Protectorat Allemand venait d’achever la construction
territoriale de ses 750 000 km² avec le traité germano-britannique du 11 mars
1913, relatifs à la frontière avec le Nigeria, les tensions sociales en Europe et les
rivalités coloniales, du fait de l’expansion européenne, conduisaient le monde
entier dans la première grande confrontation armée.
Il y a donc de cela 100 ans, malgré les tentatives de la mise en œuvre de la
Convention du bassin du Congo qui protégeait le Cameroun contre tout conflit
entre Européens, la Grande Guerre à peine commencée en Europe s’est
13 immédiatement transportée en terre camerounaise, avec les premières
escarmouches qui eurent lieu au sud-est du gross-kamerun, précisément dans les
localités de Bonga au confluent du Congo et de la Sangha, puis de zinga sur
l’Oubangui, où les postes allemands ont été attaqués respectivement le 06 août
et le 10 août 1914 par les troupes françaises au Congo.
Cette rapidité de l’extension de la guerre au Cameroun démontre à n’en
point douter, l’importance stratégique de notre territoire aux yeux du monde.
Notre riche histoire rappelait ainsi, trente ans auparavant, la course effrénée
entre grandes puissances, ayant abouti à l’instauration du Protectorat Allemand
au Kamerun, à partir d’un contrat connu sous le nom du traité germano-douala
du 12 juillet 1884.
Ce nouvel épisode, celui de la Guerre européenne en terre camerounaise,
coïncide avec la prise de conscience progressive du label Cameroun et la
naissance du nationalisme camerounais.
En effet, dans l’ambiance de l’extension de la guerre, les premiers
nationalistes camerounais, épris par la détermination de protéger leur identité
culturelle et de défendre le mieux-être de leurs concitoyens, vont être arrêtés,
jugés lors des procès expéditifs et froidement exécutés dans l’espoir que le
climat de terreur fidélisera les populations camerounaises vis-à-vis de la force
occupante.
C’est ainsi que le 08 août 1914 à 17h, malgré les interventions des hommes
d’Église, des autorités traditionnelles et de la famille, le Chef supérieur des
Douala, Rudolf Douala Manga Bell, un des rares Africains parmi les plus
éclairés et les plus engagés de cette époque, est exécuté par pendaison dans la
cour du commissariat de police ici même à Bonanjo, avec son fidèle compagnon
et secrétaire particulier Ngosso Din.
Beaucoup plus au Sud le même jour, l’Adjudant Martin Paul Samba connait
le même sort par fusillade. Sans être exhaustifs, nous citons aussi les Chefs
Madola et Edande Mbita, exécutés par pendaison à Bidou, non loin de Kribi,
ainsi que le catéchiste d’Ajap, Assako Nna, exécuté près d’Ebolawa
Au cours de cette longue guerre de dix-huit mois sur notre territoire,
plusieurs autres camerounais ont perdu la vie dans l’anonymat, en se battant soit
avec des forces coalisées franco-britanniques, soit avec l’Armée allemande,
dans le seul objectif de contribuer à libérer le Cameroun de l’occupation. Pour
tous ces compatriotes morts dans la douleur de l’enfantement d’un Cameroun
moderne, la nation tout entière, sous la conduite de son Excellence Paul Biya,
Chef de l’État et Chef des Armées, reste reconnaissante.
Cette reconnaissance est symbolisée par l’immortalisation des deux grandes
figures qui représentent tous les martyrs de cette époque. Il s’agit entre autres
de Rudolf Douala Manga Bell, dont le nom de baptême a été attribué à la 18e
14 promotion 1984-1986 de l’École Militaire Interarmes de Yaoundé, qui comptait
un effectif de 42 officiers ; de Martin Paul Samba, dont le nom de baptême a été
attribué à la 19e promotion 1985-1987 de l’École Militaire Interarmes de
Yaoundé, qui totalisait un effectif de 43 officiers.
Mesdames et Messieurs,
Distingués invités,
Je vous prie de vous lever pour observer une minute de silence en l’honneur
de tous nos morts de la Grande Guerre.
Alors que la mémoire se souvient encore aujourd’hui, 100 ans plus tard, de
la détermination de ces Camerounais à changer leur destin au prix du sacrifice
suprême, il se dégage une leçon, celle de la fierté nationale camerounaise qui
demeure irremplaçable.
Il est ainsi aisé de constater que la construction du Cameroun depuis ses
origines n’a jamais été un long fleuve tranquille. À chaque étape, plusieurs défis
se sont dressés sur notre chemin. Mais unis dans le même esprit du lien
indissoluble entre l’Armée et la Nation, ces défis ont été à chaque fois relevés et
cette détermination à veiller sans faille sur l’héritage de nos aïeux, nous a
inexorablement conduit vers la construction d’une Nation unie, paisible et
prospère qui aujourd’hui, avec son Excellence Paul Biya, Chef de l’État et Chef
des Armées, est résolument engagée sur le chemin de l’émergence à l’horizon
2035.
Mesdames et Messieurs,
Distingués invités,
La connaissance des faits passés étant nécessaire pour la construction
rassurante de l’avenir, le Premier Colloque national d’histoire militaire qui
regroupe les experts dans le domaine ce jour à Douala, nous donne l’occasion
non seulement de redécouvrir ce qui s’est passé sur notre territoire il y a 100
ans, mais aussi, de faire le bilan de la Première Guerre mondiale au Cameroun.
La sérénité affichée par le Comité scientifique de ce colloque durant la phase
préparatoire nous rassure sur la qualité des travaux attendus dans les différents
panels.
Tout en félicitant le bureau de la Commission Camerounaise d’Histoire
Militaire pour cette heureuse initiative, je salue la présence à Douala,
d’éminents enseignants des Universités du Cameroun, chercheurs civils et
militaires des institutions savantes qui ont répondu avec promptitude à l’appel à
contribution lancé par le MINDEF il y a quelques mois, les invitant à
l’exploitation du thème de ce colloque intitulé :
« Le Cameroun et la Grande Guerre ».
15 Sur ce, et au nom du Ministre Délégué à la Présidence Chargé de la Défense,
je déclare officiellement ouverts, les travaux du Premier Colloque national
d’histoire militaire.
Vivent les Forces de Défense camerounaise,
Vive son Excellence Paul Biya, Président de la République, Chef de l’État et
Chef des Armées

Vive le Cameroun.

Je vous remercie.

16
Note de la rédaction

En procédant en 2005 à l’affiliation de la Commission Camerounaise
d’Histoire Militaire auprès de la Commission internationale éponyme, le
Ministère de la Défense a bien voulu donner le ton à sa volonté de promouvoir
la recherche en histoire militaire dans notre contexte, qui devrait bénéficier de
l’expérience des Commissions nationales des autres pays, pour tracer son propre
chemin. Après une série de participations fructueuses aux congrès
internationaux d’histoire militaire, l’idée de solliciter l’organisation d’un
congrès au Cameroun est née et a fait son chemin. C’est ainsi qu’après les
formalités d’usage, le Général de Corps d’Armée René Claude Meka, Chef
d’État-major des Armées et Président de la Commission Camerounaise
d’Histoire Militaire à cette époque, a personnellement exprimé en août 2012 à
Sofia en Bulgarie, la volonté du Cameroun d’entrer dans le calendrier de la
programmation des congrès sur la période allant de 2015 à 2020.
La genèse de ce travail tire ainsi sa source, non seulement dans la nécessité
de rattraper un travail historique, celui de l’ouverture des débats sur l’identité
camerounaise à travers les travaux en groupe, relatifs aux faits historiques
majeurs de notre passé dans le domaine de la défense, mais aussi, dans le
dépassement des formules abyssales, pour créer les conditions de travail
proches de l’environnement d’un congrès international d’histoire militaire, à
travers l’organisation d’un premier Colloque national d’histoire militaire.
Le thème choisi : « Le Cameroun et la Grande Guerre (1914-1916) », est
d’actualité au moment où le monde entier célèbre le centenaire de la première
grande confrontation armée et mondiale de notre ère. Il tire son importance par
le fait que la Grande Guerre en Afrique Centrale s’est déroulée avec une
certaine intensité. Par un déclenchement rapide et au-delà des causes
immédiates connues de la guerre, l’on pourrait croire à partir d’une série de
conjonctures que le Cameroun était l’un des enjeux majeurs de la Grande
Guerre hors des frontières européennes. Il est donc indiqué que ce pays qui
porte à jamais les marques indélébiles de cette guerre en Afrique ne reste pas
historiquement passif, au moment où les débats à travers le monde sur son
histoire ont lieu à l’occasion de la célébration du centenaire de cet évènement.
Il est certes étonnant de constater l’hiatus entre le passé du Cameroun dans le
domaine de la défense et la faible littérature historique qui y est consacrée. Ce
couac du rendez-vous avec la connaissance historique n’est pas certainement lié
à une absence de volonté chez les historiens de ce pays, mais à un cocktail de
17 facteurs limitants. Le présent travail, premier du genre, ouvre donc une nouvelle
étape dans la dynamique scientifique : celle de la prise de conscience de
l’intérêt qu’il y a à encourager la recherche au Cameroun dans le domaine de
l’histoire militaire. C’est d’ailleurs par cette voie que la vogue sans cesse
croissante de la géopolitique qui fait son chemin dans les Grandes Écoles depuis
un certain temps, trouvera son contenu national et aiguisera auprès des
Camerounais, le désir de connaitre leur histoire militaire.
L’engouement avec lequel les universitaires camerounais ont accueilli l’idée
de ce premier colloque, montre à suffisance qu’ils brûlent d’envie de connaitre
et de faire connaitre les grands moments qui ont marqué la longue marche vers
l’évolution du Cameroun moderne. Ce premier essai de la Commission
Camerounaise d’Histoire Militaire ne s’est tout de même pas fait sans de réelles
lacunes, ayant parfois conduit à l’élimination de certains articles dont la qualité
a été jugée en dessous de la moyenne, tant sur le plan de la forme que du fond.
Comme vous le constatez en parcourant les prochaines pages, cette rigueur est
le résultat de la disponibilité permanente du Comité scientifique mis en place
dès l’entame de ce projet par le Ministre Délégué à la Présidence chargé de la
Défense. Celui-ci rassure sur les lendemains d’une recherche bien encadrée
dans le domaine de l’histoire militaire, au sein duquel plusieurs sciences
sociales consacrées à la défense accordent leurs violons.
Au-delà du succès académique, l’organisation de ce colloque avec le soutien
total de la hiérarchie militaire, pose les jalons de la réussite et stimule le défi
majeur à relever : celui de l’organisation à Douala en septembre 2017, du 43e
Congrès de la Commission Internationale d’Histoire Militaire.


CF Mbué Ngappé Blaise
SG/CCHM.

18
Leçon inaugurale du colloque
sur le Cameroun et la Grande Guerre (1914-1916).

Daniel Abwa

Nous nous proposons, en cette leçon inaugurale, de vous parler du Cameroun
dans la Grande Guerre. Notre propos va répondre à trois questions essentielles :
pourquoi la Grande Guerre au Cameroun ? Comment la Grande Guerre au
Cameroun et que devient le Cameroun après la Grande Guerre ?
A/ Pourquoi la Grande Guerre au Cameroun ?
On peut effectivement se poser la question de savoir comment une guerre
dont les causes sont essentiellement européennes se retrouve en Afrique au sud
du Sahara, si loin de la zone de conflit ? On peut même se demander s’il s’agit
véritablement du même conflit puisque rien dans ses causes ne prédispose les
populations à une telle aventure. Pourtant, l’Afrique est bien présente dans cette
guerre. Pas toute l’Afrique certes, mais une partie de ce continent qui a partie
liée avec les Européens belligérants. Certains Africains y participent sur le sol
européen comme soldats appelés au secours par leurs colonisateurs ; d’autres
par le financement de l’effort de guerre à travers les ressources puisées dans
leur territoire par le colonisateur sans leur consentement d’ailleurs. Au
Cameroun, la situation est toute particulière, car la Grande Guerre se déroule au
Cameroun, sur le sol camerounais et du sang camerounais est versé au
Cameroun dans cette « guerre des blancs ». Cette affirmation n’explique
toujours pas pourquoi cette guerre au Cameroun.
La réponse la plus évidente c’est de dire qu’il y a la Grande Guerre au
Cameroun parce que les Allemands s’y trouvent et que, dans les territoires
voisins du Cameroun, se trouvent également les ennemis des Allemands,
notamment les Français à l’Est et au Sud, les Anglais à l’Ouest. Pour autant que
cette réponse est vraie, elle n’est cependant pas suffisante, car le Cameroun jouit
d’une situation particulière qui n’autorise pas qu’une guerre d’essence
européenne se déroule sur son sol. Deux raisons essentielles expliquent cette
situation.
D’abord, le Cameroun n’est pas, sur le plan formel, une colonie allemande,
même si les Allemands ont pris possession de son territoire malgré les vaillantes
résistances de ses populations conduites par de brillants stratèges que sont les
Bouba-Ndjida, lamido de Rey , Mohaman Lamou, lamido de Tibati, les Bassa
de Ndog Béa, les Bakoko des chefs Toko, Ngango et Jane, les Ngilla Gomtse,
19 Neyoong, Lima et Nguté chez les Vouté , les Banen Somo Mambocket
Manimben Tombi, Simekoa chez les Yezoum, Mbartoua chez les Baya, Nkal
Mentsouga encore appelé Nguélémendouga, chef des Maka, pour ne citer que
ceux-là. Le Cameroun n’est donc pas une colonie allemande, mais un
protectorat allemand, car, le 12 juillet 1884, les chefs douala et les commerçants
allemands signent un traité de protectorat aux clauses et réserves bien précises.
Dans ces clauses et réserves, il n’est nulle part question de rendre le protectorat
du Cameroun comptable des actes posés par les Allemands en Europe.
Ensuite, le Cameroun appartient au bassin conventionnel du Congo qui est
un territoire neutre, d’après la convention signée le 26 février 1885 à la
conférence de Berlin qui règlemente le partage de l’Afrique. La neutralité du
bassin ainsi conventionné est envisagée aux articles 10 et 11 de cet acte de
Berlin. L’article 10 stipule en effet que pour garantir la liberté de commerce
dans ce bassin conventionnel, les hautes parties contractantes s’engagent à
respecter la neutralité de ce bassin « aussi longtemps que les puissances qui y
exerceront les droits de souveraineté ou de protectorat sur ces territoires, usant
de la faculté de se proclamer neutres, rempliront les devoirs que la neutralité
comporte ». L’article 11 de ce traité est encore plus explicite en cas de guerre. Il
1stipule en effet que :
Dans le cas où une puissance exerçant des droits de souveraineté ou de protectorat
erdans les contrées mentionnées à l’article 1 et placées sous le régime de la liberté
commerciale serait impliqué dans une guerre, les hautes parties signataires du
présent Acte, et celles qui adhèreront par la suite, s’engagent à prêter leurs bons
offices pour que les territoires appartenant à cette puissance et compris dans la
zone conventionnelle de la liberté commerciale soient […]
Avec l’accord des parties prenantes,
Placées pour la durée de la guerre sous le régime de la neutralité et considérées
comme appartenant à un État belligérant, les parties belligérantes renonceraient à
étendre leurs hostilités aux territoires ainsi neutralisés aussi bien qu’à les faire
servir de base à des opérations de guerre.
Fort de cette convention, l’Allemagne s’emploie à empêcher que cette guerre
ait lieu au Cameroun, consciente qu’elle est de ce que son protectorat est pris en
tenaille entre les colonies françaises de l’AEF et la colonie anglaise du Nigéria.
Pour ce faire, par une correspondance adressée aux États européens va-t’en
guerre, elle les invite au respect de la neutralité du bassin du Congo et seule la
Belgique répond favorablement à cette exigence par une correspondance
adressée le 7 août 1914 aux ministres des rois à Paris et à Londres dans laquelle
son ministre des affaires étrangères se prononce contre l’extension de la guerre
2en Afrique centrale. Il y déclare en effet ce qui suit :

1 Cité par Weithas, R. Charbonneau (lieutenants - colonels), (1931), La conquête du Cameroun et
du Togo, Paris, p. 19.
2 Anonyme, (1916), « La neutralité du bassin conventionnel du Congo (les documents africains
des ‘‘deux livres’’) in Renseignements coloniaux, N° 3, p. 69.
20 Vu la mission civilisatrice commune aux nations colonisatrices, le gouvernement
belge désire en effet, par souci d’humanité, ne pas étendre le champ des hostilités
à l’Afrique centrale. Il ne prendra donc pas l’initiative d’infliger une pareille
épreuve à la civilisation dans cette région, et les forces militaires qu’il y possède
n’entreront en acte que dans le cas où elles devraient repousser une attaque directe
contre ses possessions africaines.
Et il poursuit :
J’attacherai du prix à savoir si le gouvernement de la République partage cette
manière de voir et, le cas échéant, s’il entre dans ses intentions, à l’occasion du
conflit actuel, de se prévaloir de l’article 11 de l’Acte général de Berlin pour
placer sous le régime de la neutralité celles des colonies qui sont comprises dans
le bassin conventionnel du Congo.
Le gouvernement belge se rend très vite compte qu’il est le seul à se
préoccuper de la neutralité du bassin conventionnel du Congo et il se rallie aux
thèses de ses alliés qui veulent aller en guerre. Si les Anglais ne donnent aucune
raison pour justifier leur décision de faire la guerre aux Allemands au
Cameroun dans leur lettre du 17 août 1914 adressée à leurs alliés belges et
espagnols, les Français sont quant à eux très explicites : La France veut en
découdre avec l’Allemagne partout où elle se trouve pour « reprendre la partie
3du Congo qu’elle a dû céder à la suite des incidents d’Agadir… » . En effet,
pour devenir la seule puissance coloniale devant prendre possession du territoire
du Maroc convoité par de nombreuses puissances européennes, la France
entreprend de donner des compensations aux autres puissances y ayant des
intérêts ; elle refuse d’en accorder cependant à l’Allemagne qui, pense-t-elle, lui
a déjà pris l’Alsace et la Lorraine lors de la guerre franco-prussienne de
18701871. L’Allemagne, quant à elle, insiste lourdement pour avoir elle aussi à
bénéficier d’une compensation et elle contraint la France à la lui accorder en
1911. La France cède en effet à l’Allemagne une partie de son territoire de
l’AEF, d’une superficie de 275360 km2, que cette dernière intègre dans son
protectorat du Cameroun. Pour la France, c’est comme une seconde perte de
l’Alsace et la Lorraine et comme la Grande Guerre lui donne l’occasion d’en
découdre avec l’Allemagne, elle doit en profiter pour reprendre ce territoire de
l’AEF cédé contre son gré.
Si la France et ses alliés veulent absolument aller en guerre au Cameroun,
l’Allemagne, quant à elle, n’en veut pas. Elle entreprend alors une dernière
démarche pour empêcher la Grande Guerre au Cameroun en faisant appel aux
Américains par une correspondance qu’elle leur adresse le 23 août 1914. Le
sous-secrétaire d’État allemand aux affaires étrangères, Dr Zimmermann,
demande le concours américain pour obtenir la neutralisation réciproque des
colonies situées dans le bassin du Congo malgré les hostilités engagées de part
et d’autre. Le 15 septembre 1914, il récidive dans une autre correspondance où

3 Idem
21 il précise que l’intention allemande est de « prévenir une aggravation purement
gratuite de l’état de guerre qui serait préjudiciable à la communauté de culture
de la race blanche ». Ce plaidoyer ne convainc pas les Américains qui, par des
lettres du 7 octobre et du 28 novembre 1914, notifient l’Allemagne du refus
définitif des alliés d’accepter ses propositions. Contre le gré des Allemands et
certainement des populations camerounaises, la Grande Guerre se fait donc au
Cameroun.
B/ Comment se fait la Grande Guerre au Cameroun 1914-1916 ?
B-1/ Les forces en présence
Les forces en présence dans la Grande Guerre au Cameroun opposent les
troupes alliées à la Shutztruppe allemande. Les troupes alliées comprennent :
- Les troupes de l’AEF composées des cadres officiers et sous-officiers
européens et des soldats indigènes dont les tirailleurs à 150 au moins par
compagnie. On y trouve le Régiment du Gabon qui compte 6 compagnies de
marche de 1000 hommes concentrées à Mitzic avec pour mission de reprendre
Oyem et Bitam. Ce Régiment prend le nom de Colonne du Sud et il est
commandé par le Lieutenant-colonel Le Meillour. On trouve également dans
ces troupes de l’AEF le bataillon du Moyen-Congo encore appelé colonne de la
Sangha composé de 6 compagnies de 1190 hommes dont l’objectif est de
reprendre Bonga. Il y a aussi le bataillon de l’Oubangui Chari ou colonne de la
Lobaye comprenant 6 compagnies de 1160 hommes dont le principal objectif
est l’occupation de Zinga. Au nord, il y a la colonne Brisset et Ferrandi venant
du Tchad ; celle-ci comprend 10 compagnies concentrées à Fort-Lamy, dont la
prise de Kousseri. Toutes les troupes de l’AEF fortes de près de 4850 hommes
sont placées sous le commandement du général Aymérich.
- Les forces anglaises du nord du Nigéria conduites par le général Cunliffe.
- Le contingent de la Force publique du Congo belge comprenant 761
hommes.
- Le corps expéditionnaire franco-britannique constitué à Dakar par ordre
général du 16 août 1914 ; il comprend un détachement français de 55 officiers,
354 hommes de troupe, 1859 tirailleurs et un convoi de porteurs embarqués à
Lagos ; le détachement britannique est composé de 3000 soldats originaires des
colonies anglaises du Nigéria, Gold Coast, Sierra Leone. Tout le corps
expéditionnaire est placé sous le commandement du général anglais C. M.
Dobell et il a pour objectif de débarquer à Douala et d’occuper les deux lignes
de chemin de fer.
Du côté allemand, Bismarck qui croit que la victoire n’est pas outre-mer,
mais en métropole n’a pas spécialement préparé la guerre au Cameroun, comme
il l’a fait en Europe. Contraint cependant de défendre son protectorat, il utilise
22 le dispositif militaire qu’il a déjà mis en place et équipé pour la conquête du
Cameroun. Ce faisant, bien avant la déclaration de la guerre, l’Allemagne
dispose au Cameroun de 3200 hommes armés dont 1650 de la Schutztruppe et
1550 de la Polizeitruppe encadrée par 200 Européens. Au moment de la
déclaration de la guerre, cet effectif est porté à 4000 hommes environ encadrés
par 250 Européens répartis dans 12 compagnies. L’ensemble des troupes
allemandes est placé sous le commandement suprême du Lieutenant-colonel
Zimmermann.
Comme on peut le constater, le rapport de forces est largement en faveur des
troupes alliées dont les effectifs sont pratiquement le double de ceux des troupes
allemandes. Par ailleurs, du fait de la proximité de leurs colonies voisines les
troupes alliées peuvent être renforcées en hommes et en ravitaillement à tout
moment alors que les Allemands ne peuvent compter que sur leurs réserves en
cas de rupture d’approvisionnement avec la métropole. Malgré cet avantage que
leur donne le rapport de forces, les troupes alliées attendent 1916 pour venir à
bout des Allemands.
B-2/ Le déroulement de la Grande Guerre au Cameroun
La Grande Guerre, telle qu’elle est conduite au Cameroun est à la fois
offensive et défensive. Offensive de la part des troupes alliées qui veulent
conquérir le Cameroun et y chasser les Allemands. Défensive de la part des
Allemands qui sont déjà en place au Cameroun et qui résistent pour ne pas se
laisser bouter hors de ce protectorat qu’ils ont entrepris de mettre en valeur
depuis 1884 et qu’ils savent leur appartenir.
Pour une meilleure appréciation du déroulement de la Grande Guerre au
Cameroun, nous allons, dans un premier temps examiner la guerre au Sud
Cameroun et dans un deuxième temps, au Nord Cameroun
B-2a/ La Grande Guerre au Sud-Cameroun (1914-1916).
Au Sud Cameroun, la guerre se déroule en trois grandes phases : d’abord la
reprise des territoires cédés par la France en 1911 par la conquête du Nord
Gabon et l’Oubangui ; puis la conquête de la zone côtière avec Douala pour
cible principal et enfin la conquête de l’intérieur avec Yaoundé pour objectif
principal.
Pour libérer le territoire cédé sous la contrainte aux Allemands, les troupes
erfrançaises s’emploient dès le 1 août 1914, à sécuriser Bonga et Zinga afin de
libérer le passage des communications entre les différentes régions de l’AEF.
Cet objectif est atteint dès le 6 août 1914 par la colonne de la Lobaye.Par la
suite cependant, les troupes de l’AEF ne réussissent pas à traverser le fleuve
Ntem, car elles rencontrent une forte résistance des Allemands qui refusent de
quitter leurs terres. C’est le cas de la colonne Sud Cameroun commandée par le
colonel Le Meillour qui subit une première défaite à Mimbang où sont tués le
23 commandant Saligny, le lieutenant Legrand, les sergents Adam et Le Phillibert.
Cette colonne rencontre également une vive résistance dans sa tentative dirigée
contre le poste allemand d’Akoafim.
Du côté de la Sangha où la colonne Lobaye s’est déjà emparée de Bonga et
Zinga, elle connaît par la suite des revers et des victoires. Le premier revers
subit a lieu le 22 août 1914 lorsque les troupes françaises d’Ouesso et ceux de
Nola incendient le poste allemand de Mbirou. La riposte des Allemands est
sanglante, car non seulement le poste est repris, mais 16 civils et 11 miliciens
français sont tués. Le 29 août, les Allemands sont de nouveau contraints à
évacuer le poste à l’arrivée du colonel Hutin. La colonne dirigée par cet officier
supérieur renforcée par un détachement belge s’empare de Djembé, de Ndidou
et de Nola. Dans la même région, les troupes de l’AEF dirigées par le colonel
Morisson s’emparent de Carnot, Bania et Bouar. Lorsque le lieutenant-colonel
Hutin est rejoint par le colonel Morisson, ils s’emparent ensemble de Batouri (9
décembre 1914), Moloundou (19 décembre 1914) et Bertoua (29 janvier 1915).
La conquête de la zone côtière commence à la fin de septembre 1915, sous
un commandement unique franco-anglais placé sous l’autorité du général
anglais Dobell. Ce sont les attaques lancées sur plusieurs fronts dont la première
est celle de la petite canonnière ‘‘Surprise’’ contre le poste allemand de
Cocobeach situé près de l’embouchure du Rio Muni. Pendant ce temps, sous le
commandement direct de Dobell, Kribi et Victoria sont bombardés sans
débarquement, l’objectif principal étant Douala.
Les Allemands qui le savent, empêchent le passage vers Douala en
encombrant d’épaves le chenal qui y mène. Les Anglais sont alors obligés
d’user de la dynamite pour ouvrir le passage au croiseur ‘‘Challenger’’ et à la
canonnière ‘‘Dwarf’’ qui s’empare du port de Douala le 26 septembre et, le
lendemain, le quartier général s’établit au palais du gouvernement rapidement
abandonné par ses anciens occupants. Boutés hors de Douala, les Allemands se
replient sur yabassi, Edéa et le long du chemin de fer du Nord. Ils sont
poursuivis par les troupes alliées qui prennent tour à tour Victoria et Buéa les 13
et 14 octobre 1915, Eséka le 30 octobre et enfin Edéa après une farouche
résistance allemande qui dure du 26 octobre 1915 au 5 janvier 1916.
La prise d’Eséka est un prélude à la prise de Yaoundé, conformément au
plan de campagne adopté par les alliés au cours de la conférence des différents
chefs d’États majors tenue à Douala les 25 et 26 août 1915. En effet, la colonne
anglaise dirigée par le colonel George part de Woumbianga, près d’Eséka, le 24
novembre 1915 et, après une marche forcée qui l’amène à Ngoung (28 bre), Kélé (15 décembre), Manguas (17 décembre), elle entre la première
erà Yaoundé, le 1 janvier 1916, devançant de 6 jours les troupes de l’AEF
commandées par le général Aymérich qui n’y arrivent que le 7 janvier 1916.
24 La prise de Yaoundé marque la fin de la guerre au Sud Cameroun, mais la
Grande Guerre n’est pas encore terminée au Cameroun, car les Allemands
résistent encore au Nord Cameroun.
B-2b/ La Grande Guerre au Nord-Cameroun
La conquête du Nord Cameroun est plus longue et plus meurtrière. Elle
commence pratiquement le 3 août 1914 pour se terminer le 18 février 1916.
Trois grandes batailles ponctuent cette période de guerre entre Allemands et
alliés. Ce sont : la bataille de Kousseri, le siège de Garoua et la bataille de la
forteresse de Mora. Ces différentes batailles opposent du côté allié les troupes
françaises de la colonne du Tchad placées sous l’autorité du général Largeau
avec pour chef d’État major le Lieutenant-colonel Brisset assisté du capitaine
Ferrandi ; cette colonne est appuyée par les troupes anglaises du régiment du
Nigéria dont quatre principales compagnies sont stationnées à Maïduguri,
Geidam, Katagoum et Nafada au nord Nigéria. Ce régiment est placé sous le
commandement du général Cunliffe assisté du Lieutenant-colonel Webb Bowen
et du capitaine Fox.
Du côté allemand, il y a la 7e compagnie militaire dirigée par le capitaine
Von Krailscheim assisté du capitaine Von Wanka, la 12e compagnie montée à
cheval sous le commandement du capitaine Von Dühring et la 3e compagnie
placée sous l’autorité du capitaine Von Raben assisté du lieutenant Kalimeyer
evenu de Kousseri et Weise venu de Maroua et enfin la 8 compagnie.
La bataille de Kousseri se déroule autour du poste frontalier de Kousseri.
Elle commence le 24 août 1914 par une attaque des troupes françaises et se
termine le 19 septembre 1914 par leur victoire. Il faut cependant dire que les
troupes du lieutenant Kalimeyer vaincues à Kousseri ne capitulent pas, mais
procèdent plutôt à une retraite stratégique pour aller renforcer les troupes
allemandes de Mora. Toutefois, par cette retraite, c’est toute la région au nord
de Mora qui est aux mains des Français qui peuvent désormais s’attaquer à la
forteresse de Mora. D’ailleurs, deux tentatives infructueuses ont lieu en
novembre 1914, tentatives qui obligent le Lieutenant-colonel Brisset à y laisser
une compagnie de siège et de continuer sa route en direction de Garoua en vue
de prendre cette ville, siège de la 7ècompagnie allemande.
Le siège de Garoua commence le 15 janvier 1915 et se termine par la
capitulation des troupes allemandes le 10 juin 1915. Les troupes alliées
conjointement dirigées par Brisset et Webb Bowen, font leur jonction à
Massarao, à l’entrée de la ville de Garoua le 14 janvier 1915. Après
concertation, les deux officiers supérieurs adoptent la stratégie en deux phases
pour venir à bout des Allemands retranchés dans cette circonscription militaire.
La première phase commandée par Brisset a pour missions de faire la
reconnaissance préliminaire du terrain, de l’investir et de l’occuper. La colonne
Brisset, dans la réalisation de ses missions, se heurte dès son arrivée, à une
25 violente attaque allemande à Gobtigéré, près de Garoua. Au cours de cet
accrochage, le détachement de la 12ècompgnie montée commandée par le
capitaine Von Dühring en personne, inflige une cuisante défaite aux troupes
françaises ; le capitaine Godart y trouve la mort. C’est une victoire somme toute
partielle puisque Von Dühring n’a réussi à briser le siège des Français qui
l’obligent à rester replié dans sa forteresse. Une seconde attaque engagée par les
Français à Yambou Petel le 13 février 1915 pour déloger les Allemands connaît
une deuxième défaite cuisante.
Cette deuxième défaite devant Garoua oblige les Français à mettre un terme
provisoire à leurs initiatives unilatérales pour se concerter avec leurs alliés
anglais. Grâce à cette concertation, un nouveau déploiement franco-anglais se
fait autour du fort allemand sous la direction du général Cunliffe en personne.
Ainsi commence la deuxième phase du siège de Garoua qui se termine par la
victoire des Alliés le 10 juin 1915.
La citadelle de Garoua tombée, les forces alliées se scindent en deux groupes
dont le premier descend vers le sud et enlève successivement Ngaoundéré (29
erjuin), Banyo (28 octobre), Tibati (3 novembre) et Yoko (1 décembre) avant
d’atteindre Yaoundé déjà évacué par les Allemands. Le second groupe remonte
vers le nord à l’assaut de la forteresse de Mora qui nargue depuis février 1914
les troupes alliées et qui demeure la dernière poche de résistance allemande
encore fonctionnelle au Cameroun.
Retranché en effet dans cette forteresse, au sommet de la montagne de Mora,
le capitaine Von Raben repousse toutes les tentatives de conquêtes des forces
alliées depuis le 27 août 1914 jusqu’au 18 février 1916, date à laquelle il
accepte de se rendre sans avoir été vaincu. Coupé de toute communication avec
les autres régiments militaires allemands et totalement isolé sur son piton
rocheux Von Raben riposte en effet victorieusement à toutes les attaques des
troupes alliées. Le 15 février 1916 cependant, le général Cunliffe lui fait
parvenir une correspondance l’informant que les Allemands ont déjà évacué le
Cameroun et, à titre de preuve de la véracité de son information, il y joint une
copie du télégramme que le dernier gouverneur allemand du Cameroun,
Ebermaier a envoyé à Berlin à cet effet. Convaincu, Von Raben demande
néanmoins un armistice de 72 heures et après s’être concerté avec ses hommes,
décide de capituler tout en exigeant des honneurs militaires qui lui sont
accordés. Avecla capitulation de Von Raben prend fin la Grande Guerre au
Cameroun.Cepenant, quelles attitudes adoptent cependant les Camerounais
pendant le déroulement de cette guerre ?
B-2c/ Attitude des Camerounais pendant la Grande Guerre
N’ayant pas initié cette guerre qui se déroule sur leur territoire, les
Camerounais adoptent trois attitudes dont la première est une complète
neutralité, voire de l’indifférence, la deuxième, un soutien aux Allemands avec
26 qui ils sont en relation depuis près d’une trentaine d’années et la troisième, par
opportunisme, servir les deux camps en conflit.
La neutralité est l’attitude qu’adopte la grande majorité des Camerounais,
surtout ceux qui n’ont pas eu à vivre la guerre sur leur portion de territoire. On
ne connaît pas en effet de Camerounais enrôlé volontaire dans un camp comme
dans un autre. D’ailleurs, même dans certaines parties du territoire camerounais
où ces Européens ont eu à s’affronter, des Camerounais ont observé une stricte
neutralité. C’est le cas des Bassa et des Bakoko qui, bien qu’hostiles à l’endroit
des Allemands, ne s’engagent pas aux côtés des alliés lorsque les deux
protagonistes s’affrontent devant eux à Edéa et Eséka.
Les Camerounais qui ne peuvent se payer le luxe d’être neutres sont
contraints de choisir l’un des deux camps. Il y en a qui optent pour le soutien et
la collaboration avec les alliés encore inconnus d’eux du fait de la haine qu’ils
éprouvent à l’endroit des Allemands, l’ancien maître qu’ils ne connaissent que
trop bien. C’est le cas des populations Douala qui, au lendemain de la pendaison
de Rudolf Douala Manga Bell et ses compagnons de lutte, désertent la ville
encore sous domination allemande, remontent le Moungo ou émigrent dans
l’arrière-pays. Les populations qui restent dans la ville et particulièrement à
Deido s’adonnent à des réunions secrètes au cours desquelles elles réfléchissent
sur le moyen d’aider les Alliés à chasser les Allemands de leur territoire. La
formule adoptée est d’appeler tous les Douala à apporter leur soutien aux
Anglais qui viennent en libérateurs du peuple opprimé.
Cette résolution est vite parvenue aux oreilles des autorités allemandes et
Wienecke, le Chef de district affirme avoir reçu de plusieurs sources le message
des Douala qui exprime le désir d’évincer la puissance allemande et céder la
place aux Anglais qu’ils considèrent désormais comme des libérateurs.
Les Douala ne se contentent pas seulement de faire circuler cet appel, car
certains d’entre eux entreprennent de contacter directement les Anglais pour
leur proposer leur concours. C’est le cas de William Bell, l’oncle de Rudolf
Douala Manga qui se rend à Lagos pour offrir à l’État major de la marine
anglaise son aide et sa disponibilité à servir de guide à l’expulsion des
Allemands au Cameroun. Cette offre est acceptée par les Anglais qui lui
demandent par ailleurs d’être leur intermédiaire pour gagner d’autres
Camerounais à leur cause. William Bell le fit tant et si bien que lorsque les
Anglais arrivent à l’entrée de la ville de Douala, ils trouvent nombre de Douala
disposé à leur servir de guides pour chasser les Allemands. C’est pourquoi
l’entrée des Anglais à Douala le 28 septembre 1915 est saluée par une foule en
liesse. Wienecker en fait le témoignage suivant :
Lorsque le commandant en chef anglais débarqua, il fut salué en libérateur par les
Douala (et Haoussa) qui, parés de leurs habits de fête, étaient venus en masse.
Lors de la prise de la prison des indigènes par les autorités anglaises, le frère de
Douala Manga, Richard Bell, enfermé comme otage tint un discours aux
27 fonctionnaires anglais dans lequel il souhaitait la bienvenue aux Anglais comme
étant à la fois les libérateurs et sauveurs du peuple Douala et les vengeurs de son
4frère.
Cette attitude de collaboration avec les troupes alliées n’est pas spécifique
aux seuls Douala. Elle est également celle de ces Camerounais qui ont vu leurs
leaders exécutés au début de la guerre, à l’instar de martin Paul Samba et Mba
Enam à Ebolowa, Madola et Edante Mbita à Grand Batanga, les lamibe de
Kalfu et de Mindif ainsi que cinq notables du lamidat de Maroua.
Autant il y a eu des Camerounais qui ont choisi le camp des alliés, autant il y
a eu qui ont choisi le camp des Allemands. Ce sont principalement les
Camerounais enrôlés dans la Schutztruppe mais aussi ceux qui ont reçu de
nombreux avantages des Allemands et qui espèrent en recevoir davantage en
leur restant fidèles dans l’adversité. L’un des meilleurs exemples dans cette
catégorie est celui de Charles Atangana, devenu le 25 mars 1914, par la seule
volonté de ses maîtres, Oberhaüptling, chef supérieur des Ewondo et Bane. Il
reste si fidèle aux Allemands qu’il les accompagne dans leur retraite dans l’île
de Fernando Poo, espérant une situation meilleure à leur retour au Cameroun à
5l’issue de la guerre dont la victoire ne peut être qu’allemande .
La troisième attitude des Camerounais pendant cette guerre, c’est d’avoir
choisi de servir les deux camps selon les circonstances favorables à l’un ou à
l’autre. Certains expliquent cette attitude double par le fait qu’ils veulent d’une
part plaire aux alliés susceptibles de devenir à plus ou moins longue échéance,
les nouveaux maîtres de leur territoire et d’autre part, parce qu’ils veulent se
défaire du joug allemand devenu plus lourd par leurs nouvelles exigences
devenues exorbitantes du fait de la guerre. C’est le cas de la plupart des lamibe
fourbes du Nord Cameroun qui répondent favorablement, et sous la contrainte,
aux exigences de plus en plus importantes que les Allemands ne cessent de leur
imposer ; ces mêmes lamibe estiment que l’occasion de la guerre est propice
pour se débarrasser de ces Allemands qui leur imposent ces lourds tributs. Cette
attitude ambiguë est rapportée par Von Raben lorsqu’il décrit ses relations
pendant la guerre avec Boukar Afadi, le sultan de Mora :
Le sultan du Mandara avait envoyé aux Anglais quand ils sont arrivés, du bétail et
des vivres ; mais, par ailleurs, il nous avait jusqu’ici soutenus, fourni des
nouvelles de l’adversaire et livré des vivres (…) ; le 31 août 1914, il semble
cependant décidé de se ranger du côté de l’adversaire. Depuis la fin août, il se
tient au camp anglais et nous a beaucoup nui pendant le reste de la campagne en
faisant saisir nos messagers et en les livrant à l’adversaire auquel il fournissait en
6outre des vivres, des courriers et des porteurs

4 Ibid.
5 D. Abwa, Cameroun, histoire d’un nationalisme, pp. 127-128
6 ANY, 2AC 3652, (1916), Mora (Cameroun), Guerre de 1914-1916, rapports du capitaine Von
Raben sur les événements de la guerre dans la résistance de Mora et sur l’action de la 3e
28 Cette attitude double est la même que celle qu’adopte le sultan Njoya. Au
début de la guerre, il est pro allemand en donnant bon gré mal gré tout ce qui lui
est demandé pendant que les Allemands occupent son territoire.Mais dès qu’il
apprend que les Anglais ont atteint la rivière Maapé, il change totalement de
camp et envoie ses serviteurs les accueillir avec en prime les 600 porteurs qui
lui sont exigés. C’est donc rassuré de sa collaboration et de sa soumission que
les troupes britanniques entrent triomphalement à Foumban. Ne leur dit-il pas
que « Moi, le roi Njoya, je suis comme une femme, et vous, les Blancs, vous
7êtes comme des hommes, que puis-je faire sinon obéir ? »
Ces différentes attitudes des Camerounais contribuent, chacune à sa manière
à la fin de la Grande Guerre au Cameroun. L’Allemagne est la principale
perdante, car d’autres Européens se partagent son ancien protectorat.
C/ Que devient le Cameroun après la Grande Guerre ?
À l’issue de la Grande Guerre au Cameroun en février 1916, la principale
conséquence subie par ce territoire c’est son partage entre Anglais et Français
vainqueurs des Allemands. Ce partage se fait aux seuls intérêts des Européens
sans aucune prise en compte ni des sentiments, ni des intérêts des Camerounais.
Après la chute de Mora qui consacre la fin de la Grande Guerre au
Cameroun, Anglais et Français se retrouvent à Douala le 4 mars 1916 et
procèdent au partage du territoire ainsi arraché aux Allemands. La France
obtient, non seulement l’entièreté de la portion du territoire de l’AEF que les
Allemands leur avaient soutirée et intégrée au Kamerun en 1911, mais aussi les
4/5è du territoire à partager alors que les Anglais se contentent du 1/5è de ce
territoire. Ainsi commence la séparation des Camerounais que les Allemands
avaient réussi à unir, car, désormais, une frontière internationale les sépare,
faisant d’eux des Camerounais sous administration française et des
Camerounais sous administration britannique. Ce partage est entériné en 1919 à
la conférence de Paris Versailles qui consacre la fin de la Grande Guerre et la
victoire des Alliés sur l’Allemagne. Le 1er janvier 1920, date de l’entrée en
vigueur du traité de Versailles et également date de la naissance de la Société
des Nations (SDN), première organisation internationale des temps modernes, le
Cameroun ainsi divisé devient un territoire sous mandat B de la SDN
respectivement confié à la France et à l’Angleterre qui doivent les préparer à
jouir de leur indépendance. À la différence, l’Angleterre qui intègre purement et
simplement son territoire sous mandat dans sa colonie du Nigéria voisin, la
France n’intègre pas sa portion du Cameroun dans la fédération de l’AEF qui
partage pourtant une frontière commune avec ce territoire sous mandat. Les

compagnie des troupes impériales renforcées par la 7e compagnie (document traduit en français
par le capitaine Jean Lemoine de l’infanterie coloniale).
7 Sultan Njoya, (1952), Histoire et coutumes des Bamum, traduction du pasteur Henri Martin,
mémoire de L’IFAN, p. 215
29 Camerounais sont ainsi placés sous deux systèmes coloniaux différents, l’une de
l’administration indirecte permettant aux traditions indigènes de prospérer,
l’autre de l’administration directe dont la volonté assimilatrice est poussée à un
niveau très élevé.
La Deuxième Guerre mondiale, qui met un terme à l’existence de la SDN et
qui aurait dû de ce fait libérer le Cameroun du système mandataire, en fait
plutôt un territoire sous tutelle de la nouvelle organisation internationale :
l’Organisation des Nations Unies (ONU). Cette organisation confirme le
partage du Cameroun de mars 1916 et confie à nouveau le territoire divisé à
l’Angleterre et à la France. Même si la charte des Nations Unies, en son article
76 (b) indique que les fins essentielles du régime de tutelle est de favoriser
l’« évolution progressive (des peuples) vers la capacité à s’administrer
euxmêmes ou l’indépendance… » Il a fallu aux Camerounais de déployer tout leur
génie pour se défaire de cette tutelle et arracher, et leur indépendance et leur
réunification.

Conclusion
Le Cameroun, en Afrique, est parmi les rares territoires ayant vécu la Grande
Guerre sur son sol et avoir le sang de ses enfants versé pour une guerre qu’ils
n’ont pas cherchée et qui n’avait aucun intérêt pour eux. Pourtant, cette guerre a
eu des mutations profondes dans le devenir du Cameroun et, n’eût été le génie
des Camerounais, ce territoire ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui, c’est-à-dire
un Cameroun un et indivisible, un Cameroun bilingue et fier de son
bilinguisme, un Cameroun membre à la fois du Commonwealth et de la
Francophonie.

30
La recherche en histoire militaire dans le contexte camerounais

Blaise Mbué Ngappé

Introduction
Tant au niveau institutionnel qu’en termes d’orientations scientifiques, la
situation de l’histoire militaire au Cameroun évolue à la vitesse de l’escargot.
Une mise au point de l’état de la recherche s’avère donc nécessaire, au moment
où se tient le premier Colloque national éponyme. L’étude se donne pour
ambition de présenter le contexte général de l’environnement de la recherche en
histoire et expliquer à travers celui-ci, les difficultés éventuelles qui freinent
l’engouement pour l’intérêt à porter sur l’histoire militaire, considérée pourtant
comme le point névralgique de la mémoire nationale. Tout en restant collée à
l’esprit du colloque, la portée de ce travail repose sur le fait que l’histoire
militaire est perçue comme « la connaissance collective de la profession d’Arme
et il est nécessaire de fournir une compréhension approfondie de l’utilisation du
1pouvoir militaire dans toute son étendue aux chefs militaires » et décideurs
politiques de demain. Les professionnels militaires étant souvent appelés à gérer
la réalité d’un conflit qui n’est pas leur faute, ils devraient étendre leur
expérience limitée. La meilleure façon de le faire c’est d’étudier l’histoire
militaire et contribuer à promouvoir la recherche dans ce domaine. Or il n’a pas
toujours été facile de discerner au sein de l’histoire générale, ce qu’il convient
de ranger sur les tablettes de l’histoire militaire, dans une société où les faits
sociaux s’enchainent continuellement et empruntent tous à la fin, le même
chemin qui conduit aux archives historiques pour le bien de la mémoire
collective.
Après un essai d’explication sur la compréhension de l’histoire militaire,
nous allons questionner le contexte de la recherche en histoire dans notre pays
et présenter les dispositions prises dans l’encadrement de la recherche sur le
terrain, sans prétendre à la présentation d’un tableau exhaustif. À la fin de ce
travail, nous entendons proposer les mesures à mettre en place pour fédérer les
efforts des différents acteurs dans le domaine de l’histoire militaire, en vue de
booster la contribution des chercheurs pour sa promotion dans notre pays, dans
la sous-région de l’Afrique centrale et le continent tout entier.

1 Discours d’ouverture du 33e Congrès de la Commission internationale d’histoire militaire,
prononcé par le Secrétaire d'État à la Défense, représentant Monsieur Mosioua Lekota, Ministre
Sud-Africain de la Défense, Cap-Town, 13 août 2007, cité dans le rapport
n° 000005/RP/EMA/170 du 04/09/2007.
31 I. De la compréhension de l’histoire militaire
L’histoire générale peut se comprendre sous plusieurs angles, le mot histoire
en lui-même désignant autant ce qui est arrivé que le récit de ce qui est arrivé.
L’histoire militaire, une branche de ce vaste ensemble, doit être comprise dans
sa définition par rapport aux concepts voisins, pour rester conforme à son
identité dans le vaste champ de l’aventure humaine.
1. Définition et objectif
L’histoire militaire est considérée comme étant la composante de l’histoire
qui étudie toutes les activités militaires. Dans un cadre politique, ces activités
concernent les groupes d’hommes armés et les décisions qui engagent la
sécurité des personnes ainsi que leurs biens. Elle ne se limite pas à l’étude des
batailles et des guerres, mais s’intéresse également à l’évolution des matériels,
de l’armement, de la tactique, de la stratégie, de la vie et de la mort des acteurs
2militaires. Le plus souvent, elle se prête facilement aux belles légendes et aux
chauvinismes nationaux, mais reste une science au même titre que l’histoire
générale, qui se doit de révéler la vérité et de soumettre ses sources à la critique.
Son but est d’abord l’étude des causes et conséquences de la guerre, fait
social majeur depuis les origines de l’humanité. Étude conçue comme étant la
science de la Défense, celle qui concerne la sécurité et en terme plus large, la
protection au plan local, national ou au-delà, d’un groupe d’hommes, d’une
ville, d’un État ou d’une Nation. Il arrive souvent que l’on ait de la peine à
établir une limite entre elle et l’histoire générale. Cela nous impose de nous
appesantir sur le sens de l’histoire militaire, avant de rentrer dans le contexte de
la recherche y afférente.
2. Le sens de l’histoire militaire
De nos jours, c’est l’enchainement de tous les phénomènes entre eux qui,
seul permet de saisir en profondeur et d’éclairer le processus puissant de
l’histoire.Ainsi, il n’est pas possible de considérer la guerre en soi comme une
réalité fermée sur elle-même. Il faut au contraire pour l’étudier, la relier aux
autres activités humaines en l’organisant dans la masse entière d’actions et
réactions en chaine. Pour elle, tout sera mis en cause : politique, économie,
culture, société, évolution de la civilisation, progrès technologique, esprit des
hommes, etc. La valeur du concept de l’histoire militaire et sa compréhension
restent à ce prix. Il apparait dès lors évident qu’il lui faut déborder largement
sur les autres domaines de l’histoire pour s’imposer comme identité
remarquable, avec ses limites raisonnables et sa vraie dimension.

2 A. C. Asher, Histoire militaire, 1998 (PDF), http://fr.wikipedia.org/w/index.php?oldid, [consulté
le 10 mars 2013].
32 En effet, la guerre qui semble être son point émergent implique
généralement la mise en œuvre de souffrances, de dévouements, d’énergies
spirituelles et de forces morales. Mais elle n’est jamais moins que le relai d’une
vision politique qu’elle prolongerait en lui substituant brusquement l’action
rude des armes. La guerre implique toutes les tensions sociales imaginables.
Certains la soutiennent, d’autres la freinent et finalement dans l’ensemble de la
3société, elle jaillit de ce qu’il y a toujours en elle de plus vif. Au total, réalités
économiques, politiques, évolution des techniques, société en mouvement et
bien d’autres faits se ramènent aux manifestations simultanées d’un seul et
puissant processus. L’on se rend alors compte que la guerre n’est pas un
épiphénomène de telle ou telle activité, et l’histoire militaire, une branche soit
de l’économie, soit de la sociologie, voire de la psychologie collective. Elle est,
pour avancer une formule plus digeste, une certaine façon de voir, de considérer
d’expliquer l’histoire générale des hommes. Car l’histoire militaire a sa propre
sphère d’application, ses lignes, ses règles d’observation affinées par une série
4de préceptes, d’expériences, de réflexions méditatives.
Naturellement, il n’est pas facile de distinguer entre ces éléments divers
d’une vision qui tend à saisir et doit saisir au-delà d’elle-même, toute la masse
de l’histoire vécue. Masse de réalités en mouvement, modifiables et qui ne
cessent de se modifier, d’être modifiées. C’est ainsi qu’un évènement politique
majeur peut bouleverser les systèmes de recrutements dans les armées et
changer l’équilibre ou l’ossature militaire d’un pays. Il en est de même avec le
progrès technique qui permettra des déplacements plus aisés avec un rayon de
couverture plus large, ou fournira des armes plus perfectionnées que les
anciennes. Mais la complication que pose l’histoire militaire, est que le
changement ne s’en suit pas aussitôt irréversiblement. Puisqu’en en dernier
lieu, c’est l’intelligence de l’homme de guerre qui choisit parmi ce qui offre le
progrès technique, ou l’occasion politique pour faire imposer le nouvel ordre à
la communauté humaine. D’ailleurs, la stratégie et la tactique ne constituent pas
seulement un problème de nombre, d’espace et de temps. Elles ont leurs règles
propres, leurs préceptes et leurs traditions, procèdent d’un art et d’une intuition
que la nouveauté, pour la guerre comme ailleurs, pas plus que dans l’économie
par exemple, ne se fraie un chemin facile du jour au lendemain.
C’est ainsi que les sociétés humaines ont évolué depuis les périodes les plus
reculées, où dans un monde en proie à la violence, la quête d’une vie stable et
prospère a toujours emmené l’homme à rechercher les éléments qui concourent
à ériger une paix perpétuelle et bénéfique pour tous, même au prix d’une guerre,

3 P. Pieri, Sur les dimensions de l’histoire militaire, 1963 (PDF),
http://www.persée.fr/web/revues/home/prescript/article, [consulté le 02 avril 2013].
4 Idem.
33 5bien que meurtrière. Les chercheurs en histoire militaire sont ainsi appelés à
élargir leurs champs d’action au même titre que les autres chercheurs, pour ne
pas avoir à subir les limites liées à la création des États modernes et leurs
armées. La production scientifique dans ce domaine étant jusque-là mitigée, il y
a lieu de jeter un regard contextuel sur le terrain de la recherche, avec l’espoir
que nous pourrons déceler les raisons d’une telle absence d’intérêt.
II. Le contexte de la recherche en histoire militaire
Au Cameroun comme partout ailleurs, l’histoire militaire concerne toutes les
périodes de l’évolution de la vie des Hommes. Elle est donc une histoire de
l’antiquité, une histoire précoloniale, une histoire coloniale, une histoire des
indépendances et une histoire des démocraties africaines. Si la période de
l’antiquité et une partie de la période précoloniale demeurent une gageure du
fait de la rareté des documents exploitables et un défi constant à relever pour la
science archéologique, les périodes coloniales et postcoloniales offrent plus de
possibilités en matière de sources écrites.
1. Le contexte de la recherche sur la période coloniale
Le passage du Cameroun sous le Protectorat Allemand est connu non
seulement comme la naissance de ce territoire avec ses frontières
internationales, sur une longue période marquée par des séries de conquêtes et
résistances des peuples autochtones, mais aussi le début de la première période
6coloniale qui durera trente ans. La cohabitation entre Allemands et
Camerounais, officialisée par la signature du Traité du 12 juillet 1884, va se
terminer dans l’incompréhension mutuelle, la haine et de nombreux sacrifices
humains. La Première Guerre mondiale en terre camerounaise étant apparue
comme une sortie heureuse de ce bourbier, l’espoir né de cet évènement n’a
finalement été que de courte durée. Le départ précipité des Allemands a
occasionné la destruction d’un important stock de documents qui ne pouvaient
pas être sécurisés à l’abri de la violence guerrière. Ceux ayant connu un sort
différent ont ensuite été acheminés vers la métropole pour archivage.
En effet, il a fallu plus de 18 mois aux Britanniques, Français et Belges pour
7chasser les Allemands et se rendre maitres du « Gross Kamerun ». En prenant
possession de ce protectorat, les Français avaient avant tout pour objectif de
récupérer les territoires qui avaient été troqués avec les Allemands en 1911, afin
de s’assurer le protectorat sur tout le Maroc. Tandis que l’intérêt des Anglais se

5 B. Mbué Ngappé, (2013), ‘‘Les concepts de la paix et de la stabilité rapportés à la 28e
promotion éponyme de l’École militaire interarmes (1998-2000)’’, 15e anniversaire de la
promotion Paix et Stabilité de l’ÉMIA, Journal spécial.
6 V. J. Ngoh, (1990), Cameroun, 1884-1985, cent ans d’histoire, Yaoundé, CEPER, p. 17.
7 A. Owona, (2004), ‘‘ La naissance du Cameroun (1884-1914)’’, Cahiers d’études africaines,
vol.13, n°49, pp. 16-39.
34 résumait à encourager leur allié dans l’effort pour la guerre en vue de la victoire
finale. Puissance vaincue et dépossédée de ses conquêtes coloniales,
l’Allemagne se rend très vite compte de l’ampleur du sacrifice qui lui a été
imposé et entreprend de réclamer le retour de toutes ses anciennes colonies sous
son administration, en particulier le Kamerun, comme le souligne Alexandre
Kum’a Ndumbé III, s’agissant du plan préparé par Hitler et ses conseillers, en
ces termes :
Le but final à atteindre est de placer la plus grande partie possible de l’espace
colonial disponible en Afrique, sous l’influence allemande de telle manière qu’à
travers une collaboration avec les autres puissances coloniales, un travail commun
puisse se dégager dans l’exploration, l’entretien et l’exploitation de toutes les
ressources économiques du continent africain, au profit de toute l’Europe, en
garantissant particulièrement les besoins propres de la grande Allemagne.
Dans la même logique, il ajoute que :
La condition première pour atteindre ce but est l’acquisition d’un territoire
allemand en Afrique Centrale suffisamment grand et, dans la mesure du possible,
8ininterrompu.
Les tentatives de certains milieux allemands visant à récupérer
l’exprotectorat du Cameroun vont ainsi se faire ressentir pendant toute la période de
l’entre-deux-guerres, à tel point que l’administration coloniale sous Mandat de
la Société des Nations confiée à la France, prenait l’exacte mesure du poids de
la mémoire germanique dans le pays, ou à tout le moins, de son impact auprès
de certaines couches de la population. Face à la perspective d’une guerre en
Europe et afin de contrecarrer la propagande nazie, dont l’une des révélations
était précisément de récupérer les anciennes colonies perdues par l’Allemagne
en 1918, le gouverneur Richard Brunot fit lancer en 1938 un mouvement
dénommé la Jeunesse camerounaise française (JEUCAFRA). Son objectif étant
de proclamer l’hostilité des autochtones à l’idée d’un éventuel retour de la
9domination allemande et de marquer l’adhésion du Cameroun à la France , il est
évident que cette propagande a été accompagnée par la volonté de détruire
continuellement tout ce qui peut rappeler le souvenir des trente années de
l’histoire militaire du Cameroun allemand. Une telle attitude aurait ajouté aux
pertes de la période de la Grande Guerre, la destruction d’une partie importante
de la mémoire de notre passé, justifiant ainsi les difficultés pour les chercheurs
de cette époque à retracer certains faits et à rétablir dans sa dignité les traditions
guerrières des tribus autochtones du Cameroun.
Or en Afrique, de nombreuses représentations du monde de la paix basées
sur l’énergie se sont maintenues au-delà de la formation des États, malgré les
invasions arabes et européennes, contrairement en Asie ou en Amérique. Celles-

8 A. Kum’a Ndumbé III (1980), Hitler voulait l’Afrique, Editions L’Harmattan, Paris, p. 121.
9 J. A. Mbembe (1996), La naissance du maquis dans le sud-Cameroun, Éditions Karthala, Paris,
p. 198.
35 ci ont survécu, dotées d’un pouvoir énorme, juste au-dessous d’une surface
d’institutionnalisation étatique ou religieuse qui n’a d’ailleurs pas survécu dans
10la plupart des cas d’orientation islamique ou chrétienne. Si la paix est restée
sacrée pour l’Africain depuis toujours et sous son arbre à palabre, elle résiste
aux vents mêmes les plus violents, pouvant plier sans jamais rompre, stoïque,
11tolérante et fédératrice des valeurs de stabilité, c’est qu’elle résulte des
situations permanentes de conflits et d’une longue tradition guerrière qui n’a pas
attendu l’invasion étrangère pour fixer ses méthodes. Elle inonde les phases
épiques de la résistance des peuples autochtones du Cameroun à la pénétration
étrangère et à leur installation définitive. C’est cette partie de notre histoire
militaire, abondamment rapportée dans les écrits de l’aventure coloniale qui est
menacée de confiscation, d’oblitération et qui a été en partie détruite.
L’administration du territoire sous Mandat de la SDN confiée à l’Angleterre
et à la France, n’a pas connue meilleure fortune en matière de disponibilité des
archives. Considérant que la production administrative de cette période était le
fait de la puissance coloniale, le patrimoine archivistique a été emporté alors
que le pays rentrait dans sa phase de l’indépendance, de telle sorte qu’à ce jour,
les recherches crédibles et complètes sur cette période de notre histoire n’ont été
possibles qu’avec les chercheurs qui ont eu l’opportunité de se déplacer pour
12procéder aux consultations de ces archives en métropole .
2. Le contexte de la recherche sur la période postcoloniale
Les héritages coloniaux, toujours très prégnants en Afrique centrale comme
dans l’ensemble du continent, marquent l’histoire contemporaine de leur
empreinte. La création des États a bouleversé à des degrés divers, les espaces et
les sociétés africaines, véritable cataclysme dont l’onde de choc se fait toujours
sentir, caractérisés par les massacres interethniques et les guerres civiles de tous
genres, qui n’ont épargné aucun pays. Certaines crises ont été exportées chez les
voisins, aucune frontière n’étant en mesure de les endiguer, créant ainsi un
13véritable système régional de guerre. La littérature à ce sujet est considérable.

10 J. Le Dauphin (2002), ‘‘Le concept de paix’’, intervention lors du Colloque sur « L’éducation à
la paix », Institut de documentation et de recherche sur la paix, IUFM, Dijon (PDF),
http://www.persée.fr/web/revues/home/prescript/article, [consulté le 16 mars 2013].
11 Mbué Ngappé (2013), ‘‘Les concepts de la paix et de la stabilité’’.
12 E. J. Duval, (2004), Le sillage militaire de la France au Cameroun (1914-1964), Paris,
L’Harmattan. Ancien officier de nationalité française ayant servi en Indochine, en Algérie, à
Madagascar et au Sénégal, l’auteur de ce livre inédit pour l’histoire militaire du Cameroun
s’appuie sur des sources disponibles uniquement en métropole et sur des ouvrages écrits par des
Camerounais ayant été capables d’y accéder ou disposant des archives personnelles de cette
époque.
13 B., Mbué Ngappé, (2009), ‘‘Les conflits au Tchad et leurs impacts sur la population civile au
Cameroun’’, Actes du XXXIVe Congrès de la Commission internationale d’histoire militaire,
Tome II, sur le thème : « Conflits militaires et populations civiles. Guerres totales, guerres
limitées, guerres asymétriques », Rome, pp. 652-661.
36 Le Congo, les Grands Lacs, la République Centrafricaine, les deux Soudans et
le Tchad s’en tirent avec la part du lion.
Le Cameroun, considéré comme un îlot de paix dans cet environnement
géostratégique complexe, n’est pas en reste. Si son histoire est particulièrement
marquée par l’obtention de l’indépendance dans un état de guerre civile larvée,
le pays dit politiquement et économiquement stable subit régulièrement les
14impacts des conflits déclenchés dans les pays voisins . Dans les deux cas, la
littérature militaire concernant le Cameroun demeure maigre, à tel point que
l’on peut bien se poser des questions sur la disponibilité des archives de cette
période.
2.1. Situation juridique des archives
La politique sur l’organisation et la protection des archives au Cameroun a
connu une nette évolution avec le temps. Depuis la constitution de la
République fédérale du 1er septembre 1961, la prise de conscience sur la
conservation de la mémoire collective du jeune État, a abouti à la création de la
Direction des Archives fédérales et la Bibliothèque nationale, par le décret n°
65/DF/249 du 12 juin 1965 portant réorganisation de la Présidence de la
République. Celles-ci étaient chargées de contrôler et d’administrer la totalité
des archives provenant des services, des collectivités et des établissements
publics de la République fédérale du Cameroun, ainsi que des États fédérés. De
cette direction dépendaient essentiellement les dépôts d’archives de Buea et
15Yaoundé. Par la suite, le décret n° 73/1 du 03 janvier 1973 organisant les
Archives et la Bibliothèque nationale, complète par son rôle élargi, la mission
confiée à la Direction des Archives par le décret n° 65/DF/249. Celle-ci est
chargée d’administrer et de contrôler la totalité des archives provenant des
services, des collectivités et des établissements publics de la République unie du
Cameroun ; la totalité des collections de la Bibliothèque Nationale. Par ailleurs,
le dépôt des Archives nationales de Yaoundé, les dépôts d’archives qui pourront
être créés ultérieurement dans les provinces lui sont rattachés.
Après les turbulences du début des années nonante, la loi n° 2000/10 du19
décembre 2000 régit désormais les archives au Cameroun. Celle-ci fixe le cadre
juridique des archives, établit la distinction entre les archives publiques et les
archives privées, vise à encourager la constitution et la préservation de la
mémoire collective, favorise la conservation minutieusement organisée du
16patrimoine « culture nationale » que constituent les archives. Au sens de cette
loi et les textes règlementaires pris pour son application, les archives sont

14 Idem.
15 B. Mbué Ngappé, (2012), ‘‘Dispositions juridiques sur les archives et leur gestion
administrative’’, Intervention préparée à l’attention des officiers de l’État-major de la Marine,
Yaoundé.
16 Ibid. Loi n° 2000/10 du19 décembre 2000 régissant les Archives, Yaoundé.
37 l’ensemble des documents, quels que soient leur date, leur forme et leur support
matériel, produits ou reçus par toute personne physique ou morale et par tout
service, organisme public ou privé, dans l’exercice de leurs activités. La
conservation de ces documents est organisée dans l’intérêt public, tant pour les
besoins de la justification des droits des personnes physiques ou morales,
publics ou privés, que pour la documentation historique de la recherche. Le
régime des archives les classe en archives courantes, intermédiaires et
historiques.
2.2. Circulation, conservation et communication des archives
Suivant les dispositions règlementaires au Cameroun, les archives courantes
sont conservées dans les bureaux ou les locaux des administrations qui les ont
produites, tandis que les archives intermédiaires restent dans les dépôts
disposant d’un personnel spécialisé, leur conservation étant une responsabilité
importante des chefs de ces services. Les archives historiques sont conservées
dans les dépôts des services historiques, exceptionnellement dans les services
historiques relevant d’autres dépôts et faisant organiquement partie de ces
services pour la conservation des archives, ou aux Archives nationales.
Cependant, compte tenu de ce que les archives des Ministères de la Défense
et des Relations extérieures contiennent généralement des renseignements, dont
la perte peut nuire aux intérêts de l’État ou des particuliers, les dispositions sont
prises par rapport à leur conservation. Les articles 25 du décret n° 66/DF/412,
21 du décret n° 73/1 et 11(5) de la loi n° 2000/10, font mention pour ces
ministères de conserver la faculté de verser s’ils le désirent, les dossiers récents
aux Archives nationales, organisme qui assure de plein droit la conservation des
17documents d’archives historiques. Cette réserve est néanmoins conditionnée
par le respect des modalités déterminées par voie règlementaire. Il convient
donc que les services de la défense qui produisent la plus grande partie des
archives liées à l’histoire militaire les conservent dès leur constitution, dans les
conditions qui permettent une exploitation rapide et efficace. Cela exige
notamment de leur appliquer un classement cohérent, de les répertorier, de les
alléger périodiquement par des versements aux dépôts désignés.
En principe, aucune élimination d’archives ne peut être effectuée sans
l’autorisation du Ministre de la Défense à travers le service historique de
rattachement, sous réserve de l’application des dispositions visant la protection
en cas d’urgence, du secret défense et de celle du décret portant règlement de
18discipline générale. Dans le cas des archives à caractère répétitif, il peut être
convenu entre l’administration et le service historique intéressé, de fixer les

17 Décret n° 66/DF/412 du 17 août 1966 organisant les Archives fédérales et la Bibliothèque
Nationale ; décret n° 73/1 du 3janvier 1973 organisant les archives et la bibliothèque Nationales ;
Loi n° 2000/10.
18 Idem
38 documents à détruire et ceux à conserver, éventuellement sous la forme d’un
tableau de conservation. En effet, la loi n° 2000/10 précise qu’aucun document
d’archives publiques ne peut être éliminé avant un délai de 10 ans, à compter de
sa date de production ou de sa réception. À l’expiration de ce délai, les
documents peuvent faire l’objet suivant les cas, d’un tri pour séparer les ents à conserver de ceux dépourvus d’intérêt administratif ou historique,
destinés à l’élimination. Dans le dernier cas, la liste et les conditions de leur
élimination sont fixées en accord entre l’administration qui les a produits ou
reçus et l’administration chargée des archives.
Par ailleurs, l’accès aux documents d’archives est libre à toute personne
camerounaise ou étrangère, sauf disposition législative ou règlementaire
contraire. Mais les délais au-delà desquels certains documents d’archives
19publiques peuvent librement être consultés sont précisés ainsi qu’il suit :
- 120 ans, à compter de la date de naissance pour les documents
comportant des renseignements individuels de caractère médical.
- 110 ans, à compter de la date de naissance pour les dossiers des
personnels.
- 100 ans, à compter de la date de l’acte ou de la clôture du dossier, pour
les documents relatifs aux affaires portées devant les juridictions, y compris les
décisions de grâce, pour les minutes et répertoires des notaires, ainsi que pour
les registres de l’état civil et de l’enregistrement.
- 80 ans, à compter de la date du recensement ou de l’enquête, pour les
documents contenant des renseignements individuels, ayant trait à la vie
personnelle, familiale et d’une manière générale, aux faits et comportements
d’ordre privé, collectés dans le cadre des enquêtes statistiques des services
publics.
- 60 ans, à compter de la date de l’acte, pour les documents qui contiennent
des informations mettant en cause, la vie privée ou qui intéressent la défense
nationale et dont la liste est fixée par décret.
Cependant, l’administration chargée des archives peut, après avis de
l’administration dont sont issues les archives en cause, autoriser la consultation
des archives publiques avant l’expiration des délais ci-dessus. L’autorisation
étant acquise, la consultation de ces documents d’archives n’est assortie
d’aucune restriction, sauf disposition expresse de l’acte portant autorisation.
Pour les archives militaires, toute demande de dérogation aux conditions de
20communication est soumise à la décision du Ministre de la Défense . Les
documents à communiquer peuvent l’être soit dans leur forme originale, soit

19 Idem.
20 Mbué Ngappé, Idem.
39 lorsque leur conservation matérielle ou les conditions pratiques de stockage
l’imposent, sous la forme de copie, la consultation ayant lieu uniquement dans
les locaux réservés à cet effet. Malgré toutes ces bonnes dispositions, il est
courant que les chercheurs en Histoire rencontrent d’énormes difficultés à
obtenir des documents de première main lors de la reconstitution des faits
historiques.
2.3. Difficultés liées à la disponibilité des archives historiques
Mise en place grâce à l’arrêté n° 2924 du 15 mai 1952 signé par Jourdain
Soucadaux, Haut-commissaire de la République française au Cameroun, la
jeune structure abritant les archives au lendemain de l’indépendance a reçu
entre autres missions la centralisation, le traitement et la diffusion des archives
issues du fonctionnement de toutes les administrations publiques du Cameroun.
Une telle mission fait penser au volume très important de cette documentation
dans une structure à compétence nationale, où le doyen des dossiers date de
1884. Mais les difficultés qu’elle présente pour son fonctionnement aujourd’hui
constituent le reflet de la situation des archives dans son ensemble, un réel souci
pour la préservation authentique de la mémoire du Cameroun.
De même, la structure abritant les Archives nationales ne dispose que d’une
volumétrie de 6303ml, car le fonds de l’administration coloniale est incomplet
et les versements systématiques ont été suspendus depuis août 1986 à cause de
l’étroitesse manifeste du local qui ne répond pas aux normes internationales
21relatives à la construction des locaux d’archivages. Si l’on peut s’économiser
sur le caractère presque sommaire des dispositions légales en matière de gestion
des archives, comparées aux législations archivistiques des pays développés ou
22en voie de développement , il y a lieu de relever que la pertinence de leur
23application reste souvent facultative dans la réalité . Alors que les archives ne
circulent plus dans les services depuis le milieu des années 1980, la loi n°
2000/10 n’a pas permis de faire changer la donne à tel point que la mémoire
vivante du pays indépendant semble bien grippée. Cette situation a abouti à la
destruction systématique des documents gênants ou encombrants dans les
services, où ils s’entassent continuellement. Quelques raisons sont évoquées
pour expliquer ce malaise.

21 Archives nationales de Yaoundé, (2009), "Rapport sur l’état des lieux de la Direction des
Archives", Direction des Archives, Ministère de la culture, Yaoundé.
22
M. Cook, (1982), Principes directeurs pour l’élaboration de programmes d’enseignement dans
le domaine de la gestion des documents et de l’administration des archives modernes : une étude
du Records and Archives Management Programme, (PGI-82/WS/16), UNESCO, Paris, 70p. ; F.,
Hull, (1981), Utilisation des techniques d’échantillonnage dans la conservation des archives :
RAMP, Principes directeurs, (PGI-81/WS/26), UNESCO, Paris, 77p.
23 Décret n° 2001/958/PM du 01 novembre 2001 fixant les modalités d’application de la loi n°
2000/10 du 19 décembre 2000régissant les Archives.
40 En plus de la non-adaptation et l’étroitesse des locaux qui ont conduit à la
suspension des versements, s’ajoutent le problème du personnel et leur
qualification. Jusqu’en 2010, le directeur des Archives nationales faisait
fonctionner la structure avec un personnel d’appui composé d’une secrétaire de
direction, d’un aide-archiviste, d’un gardien et cinq autres personnes sans
qualification, qui devaient se débrouiller à manipuler les archives. Dans ces
conditions de négligence, seuls 50% des dépôts du fonds autonome sont traités
et disponibles. Tandis que 50% de documents versés ne sont pas traités, alors
qu’ils n’ont pas augmenté en volume depuis 25 ans. Dans les administrations, la
situation n’est guère reluisante. Comme aux Archives nationales, il y manque
un personnel qualifié et avec le temps, la perte de la culture archivistique ainsi
que le sens de la conservation de la mémoire s’est installée progressivement
dans les mentalités. Sur le plan pratique, les archives sont considérées comme
des documents sans valeur, encombrants, à oublier et les structures y afférentes,
lorsqu’elles existent au moins de noms, sont destinées à accueillir le personnel
jugé inutile ou « exclu » des intérêts probables générés par les autres fonctions
24dans l’administration.
Il n’est donc pas surprenant de constater que les recherches engagées parfois
par de jeunes étudiants manquent de substance, les intéressés étant le plus
souvent mal servis par les Archives nationales qui ne sont pas elles-mêmes à la
page et par les administrations sollicitées qui n’accordent aucune importance à
la préservation de la mémoire collective à travers la bonne tenue de leurs
archives.
Dans le rapport du directeur des Archives nationales en 2009, il est fait
mention de ce que les périodiques sont très sollicités par les chercheurs. Il y a
lieu de comprendre dans ce comportement qu’en l’absence des documents
authentiques, par manque de traitement et de la mise à disposition des fonds
d’archives modernes, dans une situation où le bâtiment abritant les Archives
nationales a présenté des signes d’essoufflement trente ans seulement après
l’indépendance, il est apparu évident que seuls les périodiques ont continué à
arriver comme produits finis, prêts à être exploités. Malheureusement pour
l’histoire, les informations qui y sont contenues ont parfois été dénaturées en
fonction des sensibilités sociales liées au moment de leur rédaction, sans que le
chercheur soit capable de les critiquer en l’absence des documents authentiques
et contradictoires. Dans un tel état de paralysie de la mémoire collective, l’on
est en droit de se poser des questions sur la réelle capacité des Camerounais à
écrire leur propre histoire à partir des sources archivistiques disponibles. Mais à
côté de ce tableau peu honorable, quelques dispositions ont été prises et

24 Le Sous-directeur des normes, de la règlementation et du contrôle archivistique à la Direction
des archives et des documents administratifs, Ateba Simon, 50 ans, est professeur de jeunesse et
d’animation, diplômé de l’Institut national de jeunesse et d’animation. Il devient une personne
ressource aux Archives nationales du Cameroun après une formation progressive sur le tas.
41 continuent de l’être, pour témoigner de la volonté d’un réveil nécessaire en vue
de la préservation de cette mémoire en souffrance, par la multiplication des
centres d’informations et de recherches.
3. Des structures d’informations et de recherches
Depuis quelques années au Cameroun, la création de nouvelles universités
d’État et des instituts supérieurs de recherches s’accompagne de l’ouverture des
centres de recherche et de documentation, au sein desquels les sciences sociales
occupent une place de choix. La région du Centre, la mieux fournie en la
matière et qui abrite le Ministère de la Défense, acteur principal dans la
politique de développement de la recherche en histoire militaire, nous sert
d’exemple pour soutenir notre idée.
4. L’exemple de la région du Centre
Puisque nous parlons ici d’une discipline qui étudie le passé des hommes et
présente un tableau de leurs actions de portée sociale, il y a lieu de rappeler dans
sa désignation comme ce qui est arrivé aussi bien que le récit de ce qui est
arrivé qu’elle est pour l’humanité ce que la mémoire est pour la personne. Elle
répond au besoin universel de connaitre ses origines, de comprendre son
évolution, d’affirmer l’identité profonde des êtres au-delà de leur diversité et à
travers leur évolution. C’est pourquoi les sociétés humaines averties
s’investissent pour la préservation constante des sources à partir desquelles l’on
peut accéder à la connaissance de l’histoire. Pour les besoins de la recherche, les
historiens militaires seraient naturellement tentés de prendre leurs repères à
partir des possibilités de recherches offertes par le Ministère de la Défense.
Cependant, l’histoire militaire qui n’est pas exclusivement faite de violence
guerrière et de diplomatie pour la paix se construit naturellement par des
informations venues de toutes les composantes sociales. Ses sources sont donc
ouvertes au même titre que les sciences sociales voisines partageant les couloirs
communs dans l’antie chambre des centres d’archivages et de dépôt des
documents divers, dans le strict cadrage de sa dimension et ses particularités.
Malgré la négligence constatée dans le domaine de la conservation des
archives, le paysage de la recherche est particulièrement fourni au Cameroun à
25travers l’existence des bibliothèques et centres de recherches dont le répertoire
nous est présenté pour le cas du siège des institutions, dans le tableau
cidessous :



25 Goethe Institut Kamerun, ‘‘Répertoire de bibliothèques et archives au Cameroun’’, [en ligne]
www.goethe.de/cameroun, version 04/2012, [consulté le 12 mars 2013].
42 Tableau présentant les établissements
et centres de Recherches recensés dans la région du centre
Nature de
Département Localisation Type d’établissement l’établissement Services offerts
Mefou et Soa Lycée de Soa Bibliothèque payante
Afamba scolaire
Mefou et Akono Nkolfoulou II Cameroon association for the Entretiens,
protection and education of the scolaire, ouverte au emprunts, internet.
child (CAPEC). public
Yaoundé, Av. Centre international des métiers Centre Payant, internet,
Kennedy d’entreprises. Bibliothèque d’information emprunts.
AGRO- PME. ouvert au public
Laboratoire Amity international college Bibliothèque Payant, internet,
Meka, Bastos. (KAMEDAS). scolaire entretiens.
Nlongkak ARC Musica Archives de la
musique du
Cameroun
Immeuble Archives du Ministère de Archives
ministériel n°2 l’Enseignement supérieur. administratives.
Yaoundé Bibliothèque de l’Organisation En pleine Le droit des
africaine pour l’harmonisation construction, une affaires.
Mfoundi des droits des affaires (OHADA). partie du fond
documentaire
existe. Biblio
spécialisée.
Melen Bibliothèque de l’École nationale Scolaire Internet.
supérieure polytechnique
Cradat ÉcSpécialisée Entretiens, ouverts
supérieure des postes et au public
télécommunications.
Chapelle Elig- Bibliothèque de l’École nationale Centre Payant, entretiens,
Effa. supérieure des travaux publics d’information internet.
Quartier Bibliothèque de l’Institut de Public Internet, emprunts.
administratif formation et de recherche
démographique.
Nlongkak Bibliothèque de l’Institut Centre Payant, entretiens,
international des assurances. d’information internet.
Yaoundé Bibliothèque de l’Institut Jean Scolaire Payant
Body Zibi.
Yaoundé Public
supérieur de management.
Place de la Bibliothèque de l’Organisation Spécialisée, public. Entretiens, internet.
Préfecture africaine de la propriété
intellectuelle.
Derrière Bibliothèque de l’UICN- Public Entretiens,
l’Abassade de Programme Cameroun. emprunts
Belgique
Nkomkana Bibliothèque du Centre
d’insertion des jeunes en
difficulté
Yaoundé Bibliothèque du Centre éducatif Scolaire
Meyong Meyene.
Nkolbisson u Centre for Centre Emprunts.
international forresty d’information,
public.

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