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Les peuples maliens et africains : 50 ans d'indépendance ou de dépendance ?

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Description

L'auteur débat de la question de l'indépendance et de la dépendance de l'Afrique dans les cinquante dernières années après avoir souligné l'autonomie des anciens empires Ghana, Mali et Songhaï, ainsi que la dépendance et la domination du continent par la traite négrière et la colonisation occidentale.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2012
Nombre de lectures 30
EAN13 9782296485839
Langue Français
Poids de l'ouvrage 19 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.




















Les peuples malien et africains :
50 ans d’indépendance
ou de dépendance ?


Études Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa


Dernières parutions

Sylvain Tshikoji MBUMBA,Le pouvoir de la paix en Afrique
en quête du développement, 2012.
Hygin Didace AMBOULOU,Traité congolais de procédure
civile, commerciale, administrative, financière et des voies
d’exécution, 2012.
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de l’homme, 2012.
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juridiques de la gestion et de l’exploitation portuaires au
Sénégal,2012.
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Afrique, Regards croisés sur un phénomène durable, 2012.
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changement global. Leçons pour le monde, l’Afrique et la
politique étrangère américaine, 2012.
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politique du Changement d’Ange Félix Patassé, 2012.
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françaises d’Afrique, 2012.
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francophone, 1920-1960, 2012.
Pierre Esaïe MBPILLE,Les droits de la femme et de l’enfant :
entre universalisme et africanisme, 2012.
Michel BOURGEOIS,Senghor et la décolonisation.Radio
Dissóó, la révolte paysanne, 2011.
Abderrahmane M’ZALI,La coopération franco-africaine en
matière de Défense, 2011.



Mahamadou MAÏGA


Les peuples malien et africains :
50 ans d’indépendance
ou de dépendance ?















































© L'Harmattan, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56956-0
EAN : 9782296569560

Présentation de l’auteur

L’auteur est né le 16 octobre 1943 à Toukoto (Région de
Kayes), d’un père Songhaï de Gao et d’une mère Mandingue
de Kita. Il est titulaire du BEPC obtenu en juin 1961 au
er ème
Collège de Thiès au Sénégal et des 1et 2baccalauréats
obtenus respectivement en juin 1963 et juin 1964 au Lycée
Askia Mohamed de Bamako (ayant eu la meilleure note à ce
dernier bac malien avec mentionBien LO D EpQp¿FLp G¶XQ GRQ
que le Lions Club de Bamako a offert au Ministère Malien de
l’éducation, qui lui a permis de séjourner en France, en
juilletaoût 1964, pour des échanges culturels et dans des familles
françaises membres du Lions Club). Il est également titulaire
d’un diplôme de (l’ancienne) licence de sciences économiques
obtenu en juin 1969 à l’Université de Dijon, d’un diplôme
d’études supérieures (DES) de sciences économiques, en
décembre 1970 à l’Université de Paris-1 Panthéon-Sorbonne,
et d’un Doctorat d’Etat ès sciences économiques (avec mention
Très bien), en avril 1976 dans la même université.
Il fut de: i) 1971-72, Chargé d’études sur l’intégration
pFRQRPLTXH GHV SD\V ULYHUDLQV GX ÀHXYH 6pQpJDO *XLQpH
Mali, Mauritanie et Sénégal, membres de l’Organisation
GHV (WDWV ULYHUDLQV GX ÀHXYH 6pQpJDO2(56 DX &HQWUH GH
développement de l’OCDE à Paris ; ii) octobre 1972-juin 1976,
Chercheur sur le développement intégré des ressources en eau
GH FH ÀHXYH SRXU O¶LQWpJUDWLRQ GH FHV SD\V ULYHUDLQV j O¶,QVWLWXW
DIULFDLQ GH GpYHORSSHPHQW pFRQRPLTXH HW GH SODQL¿FDWLRQ GHV
er
Nations Unies (IDEP) à Dakar ; et 1Coordinateur de la recherche
et de la documentation du Conseil pour le développement de la
recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) en août
et septembre 1976 à Dakar ; iii) octobre 1976-octobre 1977, au
Bureau d’études belge « Traction et électricité Sa», Economiste
ère
associé à la 1étude de rentabilité du projet de barrage et de
FHQWUDOH K\GURpOHFWULTXH GH 0DQDQWDOL VXU OH ÀHXYH 6pQpJDO

- 5

%D¿QJ SRXU O¶2096 j 'DNDU HW %UX[HOOHV LY
Professeur en analyse et préparation de projets de développement
à l’Institut panafricain pour le développement (IPD) à Douala ;
v) 1979-82, Coordinateur du projet d’assistance du PNUD et
&KHI GH O¶8QLWp GH SODQL¿FDWLRQ GX 6HFUpWDULDW H[pFXWLI GX &,/66
j 2XDJDGRXJRX YL GpFHPEUH PDUV ([SHUW HW
Fonctionnaire de la FAO en diverses affectations (Addis Abéba,
Freetown, Saint-Louis, Accra et Siège de la FAO à Rome), en
DSSXL j OD SODQL¿FDWLRQ HW DX[ SROLWLTXHV DJULFROHV HW UXUDOHV
des Etats africains et des OIG de coopération et d’intégration
économiques (CILSS, CEPGL, MRU, CEDEAO, UEMOA,
&(0$& &(($& 2096 &(16$' HWF 'HSXLV DYULO
il est consultant, membre du Forum social mondial (FSM), du
Mouvement social malien (MSM) et du COCIDIRAIL au Mali,
HW VH FRQVDFUH j OD UpÀH[LRQ HW O¶DFWLRQ VXU OD GpPRFUDWLVDWLRQ OH
développement humain des peuples et l’intégration économique
de l’Afrique.

Du même auteur
/HÀHXYH 6pQpJDO HW O¶LQWpJUDWLRQ GH O¶$IULTXH GH O¶2XHVW HQ
2011, 243 pages, Editions du CODESRIA, Dakar, avril 1995.
/HEDVVLQ GX ÀHXYH 6pQpJDO 'H OD WUDLWH QpJULqUH DX
GpYHORSSHPHQW VRXVUpJLRQDO DXWRFHQWUp, 330 pages, Editions
L’Harmattan, Paris, mai 1995.
/HWUDQVIHUW GHV WHFKQRORJLHV GX ©UL] LUULJXp UHQGDQW
SURVSqUH»GH O¶$VLH j O¶$IULTXH HW OD SURPRWLRQ GHV V\VWqPHV
DJULFROHV SD\VDQV DIULFDLQV, 131 pages, disponible chez
l’auteur, Rome, janvier 1996.
3RXUOD VXUYLH GH O¶218 DOLPHQWDWLRQ HW DJULFXOWXUH IDFH j
OD PRQGLDOLVDWLRQ /HWWUH RXYHUWH j VHV XWLOLVDWHXUV, 226 pages,
Editions L’Harmattan, Paris, décembre 2003.
«(WGHPDLQ OD )$2 j O¶pFRXWH GHV SHXSOHV SD\VDQV HW
IHUPLHUV, 207 pages, Editions L’Harmattan, Paris, mars 2005.

Objet et introduction à l’ouvrage

Je publie cet ouvrage pour susciter des discussions et lancer
un débat sur la République du Mali et les pays africains dans
leurs 50 premières années d’indépendance formelle. Ont-ils
été réellement indépendants ou plutôt dépendants, notamment
du point de vue des intérêts bien compris des peuples ? S’ils
ont été indépendants, quels ont été la nature et le degré de
cette indépendance? S’ils ont été plutôt dépendants, quels ont
été la nature et le degré de cette dépendance ?La question
de l’indépendance et de la dépendance des pays africains est
pYLGHPPHQW j VLWXHU GDQV OHXU FRQWH[WH KLVWRULTXH ORLQWDLQ HW
proche, étant entendu que les faits pensés et vécus dans les 50
DQQpHV SDVVpHV RQW pWp LQÀXHQFpV RX PrPH GpWHUPLQpV GDQV XQH
certaine mesure, par leur passé précolonial et colonial. Le débat
sur ces questions permettra d’ouvrir des perspectives et une
vision plus vastes et plus audacieuses d’une réelle indépendance
des peuples malien et africains dans les 50 prochaines années, à
construire dans un cadre sous-régional africain plus viable, ainsi
que dans un monde multipolaire plus vaste et plus solidaire en
voie de constitution par l’effort des grands pays émergents que
sont la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et peut-être le
Nigeria s’il se débarrassait de ses pesanteurs non démocratiques
et de la corruption.
Cet ouvrageHVW PD FRQWULEXWLRQ j OD OXWWH PHQpH SDU OH
0RXYHPHQW VRFLDO PRQGLDO DIULFDLQ HW PDOLHQ HQ YXH GH FODULILHU
HWGH GpIHQGUH OD FDXVH GHV SHXSOHV IDFH j OD PRQGLDOLVDWLRQ
FDSLWDOLVWH

L’inégalité de traitement des thèmes abordés dans cet
ouvrage est voulue, l’auteur donnant plus d’importance à des
sujets d’intérêt certain et immédiat pour les peuples africains et
malien, à savoir l’impact du capitalisme et de la mondialisation
économique sur leurs réalités quotidiennes ; l’inconsistance et

- 7

O¶pFKHF GHV SROLWLTXHV H[WUDYHUWLHV GH GpYHORSSHPHQW TXH OHV
gouvernements africains ont appliquées et continuent d’appliquer
depuis les indépendances formelles des années 1957-60 sous la
FRQWUDLQWH GHV LQVWLWXWLRQV ¿QDQFLqUHV LQWHUQDWLRQDOHV OD OXWWH GHV
0RXYHPHQWV VRFLDX[ PRQGLDO DIULFDLQV HW PDOLHQ HQ YXH GH IDLUH
adopter des politiques et des stratégies de développement humain
GXUDEOH GpFHQWUDOLVp HW GH UpXQL¿FDWLRQ IpGpUDWLYH GHV (WDWV
africains ; la prise en compte de l’agriculture, de la sécurité et de
la souveraineté alimentairesdans la lutte des peuples africains
pour parvenir à leur autonomie alimentaire collective et ;
O¶LPSRUWDQFH GHV IDFWHXUV HQYLURQQHPHQWDX[ GpPRJUDSKLTXHV
et migratoires dans le développement durable malien et africain.
En outre, l’ouvrage se veut concis, succinct et immédiatement
XWLOLVDEOH SRXU OD UpÀH[LRQ HW O¶DFWLRQ VXU FHV VXMHWV
Pour ce faire, il a été divisé en sept chapitres qui sont tous
OLpV OHV XQV DX[ DXWUHV GDQV XQH VpTXHQFH j OD IRLV KLVWRULTXH HW
GLGDFWLTXH SRXU pWD\HU OD OXWWH GHV PRXYHPHQWV VRFLDX[ PDOLHQ
et africains. Cependant, ces chapitres ont été rédigés de façon
relativement autonome les uns des autres, ce qui permet de les
comprendre individuellement sans qu’on soit obligé de les lire
tous pour avoir une compréhension d’ensemble du sujet qui fait
l’objet d’une conclusion générale et de perspectives pour la lutte
GHV PRXYHPHQWV VRFLDX[ DX 0DOL HQ $IULTXH HW DLOOHXUV

Remerciements

&HW RXYUDJH Q¶DXUDLW SDV SX YRLU OH MRXU VDQV OHV QRPEUHX[
échanges de vues, les discussions franches et continues et les
GpEDWV SDUIRLV KRXOHX[ DYHF GHV FDPDUDGHV DPLV HW DQFLHQV
collègues de travail, ainsi qu’avec des membres d’organisations
sociales, politiques et syndicales, tout au long de ma carrière
G¶H[SHUW HW GH IRQFWLRQQDLUH LQWHUQDWLRQDO GH j
notamment à l’occasion de mes missions de travail dans
trente sept pays africains pendant cette longue période, et
également depuis ma retraite de la FAO en mars 2005. Mes
VLQFqUHV UHPHUFLHPHQWV VRQW DLQVL DGUHVVpV j WRXV FHX[FL ,OV
V¶DGUHVVHQW DXVVL DX[ DQFLHQV FDPDUDGHV PLOLWDQWV GH O¶$(60)
et de la FEANF qui, dans les années 1964-70, m’ont formé sur
OHV SODQV SROLWLTXH HW V\QGLFDO DLQVL TX¶DX[ FDPDUDGHV HW DPLV
GHV 0RXYHPHQWV VRFLDX[ HW V\QGLFDX[ HXURSpHQV DIULFDLQV
et maliens (le Forum du Tiers-monde, le Forum mondial des
alternatives, le Forum des peuples au Mali, le Forum pour un
autre Mali, les animateursG¶DEF%XUNLQD etdu SEDELAN à
Koudougou au Burkina Faso, les syndicalistes européens de
SUD-Rail, le COCIDIRAIL, etc.) avec lesquels j’ai eu l’occasion
de confronter mes idées avec les leurs, particulièrement
lors de la tenue du)RUXP VRFLDO PRQGLDO enjanvier 2004 à
Mumbai en Inde, du)RUXP GHV SHXSOHV enjuin 2005 à Fana,
du)RUXP VRFLDO PRQGLDO SRO\FHQWULTXHjanvier 2006 à en
Bamako et du)RUXP PRQGLDO VXU OD VRXYHUDLQHWp DOLPHQWDLUH
en février 2007 à Sélingué. Des remerciements particuliers
YRQW DX[ FDPDUDGHV GH 68'5DLO HW GX &2&,',5$,/ TXL
lutte résolument pour une gestion démocratique et citoyenne
des Chemins de fer, respectivement du Mali et du Sénégal, et
qui m’a donné l’opportunité de participer, en janvier 2009 à
ème
Thiès au Sénégal, à la 35HQFRQWUH GH V\QGLFDX[ DIULFDLQV HW
européens et d’associations des utilisateurs du rail, qui a discuté
et recommandé des actions à mener pour le redressement de la

- 9

situation dramatique des chemins de fer africains et européens
HQ JpQpUDO HW GH FHOXL GH O¶D[H 'DNDU.RXOLNRUR HQ SDUWLFXOLHU
Ces remerciements sont d’autant plus sincères qu’ils émanent
GX ¿OV G¶XQ SqUH FKHPLQRW TXH MH VXLV GH O¶DQFLHQQH 5pJLH
des chemins de fer du Dakar-Niger (DN), qui a indirectement
¿QDQFp PHV pWXGHV SULPDLUHV HW VHFRQGDLUHV GH j j
Thiès, la capitale du DN.

Chapitre I
L’indépendance politique
et l’autonomie socio-économique
des Empires du Ghana, du Mali et Songhaï

'HSXLV TXH O¶KRPPH H[LVWH VXU WHUUH LO \ D DX PRLQV WURLV
millions d’années, ses interactions avec la nature et la biosphère
(c’est-à-dire l’ensemble des écosystèmes de la planète,
FRPSUHQDQW WRXV OHV rWUHV YLYDQWV HW OHXUV PLOLHX[ VH VRQW
équilibrées d’une certaine manière selon le type de société qu’il
s’est choisi. Ce dernier est basé sur des relations économiques,
SROLWLTXHV LGpRORJLTXHV HW FXOWXUHOOHV SDUWLFXOLqUHV HW VSpFL¿TXHV
entre les hommes selon leur histoire et leur géographie. En
VFLHQFH SROLWLTXH RQ D TXDOL¿p OHV UDSSRUWV PRGHV RX V\VWqPHV
GH SURGXFWLRQ pFRQRPLTXH D\DQW H[LVWp HQWUH OHV KRPPHV GH
communautaire, lignager, tributaire, esclavagiste, marchand,
médiéval, féodal, royal, aristocratique, bourgeois, socialiste et
FDSLWDOLVWH VDQV TX¶LO Q¶DLW H[LVWp DXFXQH VXFFHVVLRQ KLVWRULTXH HW
géographique mécanique entre ces derniers selon les différentes
sociétés humaines considérées de par le monde.
Pour ce qui est du continent africain, il est maintenant établi
que l’Afrique fut le berceau de l’humanité et que les tout premiers
PRGHV GH SURGXFWLRQ PHQWLRQQpV FLGHVVXV RQW G¶DERUG H[LVWp
sur ce continent (Cf. : Cheick Anta Diop, Théophile Obenga et
-HDQ 3KLOLSSH 2PRWXQGp'¶DSUqV OHV WUDYDX[ GH FHV DXWHXUV
il ne fait plus aucun doute que la civilisation grecque a tiré la
SOXSDUW GH VHV UDFLQHV HW VRXUFHV SKLORVRSKLTXHV VFLHQWL¿TXHV
et techniques de la civilisation négro-africaine de l’ancienne
Egypte (où les grands savants et philosophes grecs s’étaient
rendus et avaient appris et acquis leurs connaissances), et que la
civilisation européenne occidentale a tiré les siennes par la suite,
de la civilisation grecque.
/H *UDQG 6RXGDQ WHUPH DUDEH TXL VLJQL¿H OH SD\V GHV 1RLUV
qui s’étend de la mer Atlantique à l’ouest, à la Mer Rouge à

- 11

l’est, du Sahara au nord à la forêt dense au sud, fut le creuset
de brillantes civilisations négro-africaines. Dans la partie ouest
GH FH *UDQG 6RXGDQ VH VRQW VXFFpGp OHV SUHVWLJLHX[ HPSLUHV GX
Ghana, du Mali et Songhaï.
L’historien Tamsir Niane a montré que la caractéristique
principale des grands royaumes et empires du Soudan
RFFLGHQWDO pWDLW © OD SDL[ HW OD VWDELOLWp SROLWLTXHV TXL IXUHQW
les conditions essentielles du développement des connaissances
et de la culture…La durée des royaumes et empires, la durée
des souverains sur le trône furent remarquables. Le Ghana dura
e ee
VHSW VLqFOHV DX PRLQV GX ,9au XIVLqFOHV OH 0DOL GX ;,9au
e
;9,,siècles, avec des règnes de vingt ans et plus…Les rois de
e e
*DR SULUHQW OH ÀDPEHDX GH O¶KpJpPRQLH DX[ ;9 HW ;9,siècles
et portèrent la civilisation soudanaise à son apogée » (Niane
cité par Abdoulaye Sékou Sow, page 23).

1.1 L’Empiredu Ghana
L’empire du Ghana fut le plus ancien des empires de
l’Afrique de l’Ouest. Il fut fondé par les Soninkés dans la
9DOOpH GX ÀHXYH 6pQpJDO /D FDSLWDOH GH O¶HPSLUH .RXPEL
Saleh était située au sud-ouest de Néma en Mauritanie
actuelle, non loin de la frontière du Mali actuel. Elle permit les
pFKDQJHV FRPPHUFLDX[ HQWUH OHV PDUFKDQGV DUDEREHUEqUHV GX
Nord saharien et du Maghreb, les commerçants (dioulas) du
Mandé, du Delta du Niger (Macina actuel ou Diaka) et des
grandes villes de la vallée du Sénégal (Ghana, Silla, Barissa,
Samakanda, Gandiourou etc.) (Sékéné-Mody Cissoko,
1966). L’empire s’est agrandi des royaumes du Ouagadou,
l’Aouker, le Diara, le Sosso, le Mandé et le royaume berbère
G¶$RXGDJKRVW WRXV VLWXpV HQWUH OHV GHX[ YDOOpHV GX ÀHXYH
6pQpJDO HW GX ÀHXYH 1LJHU /HV SRSXODWLRQV GH FHV UR\DXPHV
vivaient du commerce lointain, mais surtout de l’agriculture
pratiquée dans ces vallées et dans la savane où l’on cultivait
mil, riz et blé dur, ainsi que les dattes autour des oasis des
zones désertiques du Nord.

- 12

1.2 L’Empiredu Mali et laCharte du Mandé
e
Le royaume mandingue ou du Mali, fondé au Xsiècle
V¶pWHQGDLW G¶XQH SDUW VXU OHV 3ODWHDX[ GLWV PDQGLQJXHV TXL VRQW
DUURVpV SDU OH %D¿QJ HW OH %DRXOp SULQFLSDX[ DIÀXHQWV GX ÀHXYH
6pQpJDO TXL V¶DSSHOOH %D¿QJ GDQV OH KDXWEDVVLQ PDOLHQ DFWXHO
HW G¶DXWUH SDUW GDQV OD YDOOpH GX ÀHXYH 1LJHU YHUV ODTXHOOH OHV
e
mandingues émigrèrent après le Xsiècle. Ce royaume devint un
véritable empire pendant le règne de Soundiata Keïta (1230-1255)
qui en était le fondateur. Ce dernier l’a agrandi en triomphant
militairement de Soumaoro ou Soumangourou Kanté, roi du
Sosso,j OD JUDQGH EDWDLOOH GH .LULQD HQ ,O DQQH[D GRQF j
son royaume le Sosso et d’autres petits royaumes par la suite. Il
devint ainsi le0DQVD, c’est-à-dire le roi des rois, l’empereur. A
l’apogée de l’empire vers 1350 sous le mansa Kankoun Moussa
(1312-1390), il s’étendait de l’Océan atlantique à Téghazza
dans le nord saharien, à Koukya (sud de Gao) sur une longueur
d’au moins 1.800 km, d’ouest atlantique vers le nord-est. Les
ressources agricoles (céréales essentiellement) de l’empire
étaient relativement abondantes, de même que les ressources
naturelles et minières (sel de Téghazza, cuivre de Diara, or et fer
GHV KDXWHV YDOOpHV GHV GHX[ ÀHXYHV FLGHVVXV /H FRPPHUFH GH
FHV SURGXLWV pWDLW ÀRULVVDQW HW OHV pFKDQJHV V¶HIIHFWXDLHQW DYHF
des cauris, de l’or, du cuivre ou des cotonnades entre les grandes
villes comme Niani la capitale, Oualata, Tombouctou, Gao et
Djenné‚ d’une part, et entre celles-ci, le monde arabo-musulman
de l’Afrique du nord et du Moyen-Orient et les pays européens
(Espagne et Portugal), d’autre part.
Après Soundiata Kéïta, l’un des empereurs célèbres qui a
marqué le Mali était Mandé Bori ou Mandé Bukari(nom donné
avant son intronisation comme empereur), Bata Mandé Mori
(« celui qui est parti sur l’eau », nom donné après son départ
HQ H[SpGLWLRQ PDULWLPH pJDOHPHQW DSSHOp $EXEDNDUL ,, SDU
OHV DUDEHV pWDLW SDUWL GH *DPELH HQ GDQV FHWWH H[SpGLWLRQ
DYHF GH QRPEUHX[ EDWHDX[ GDQV O¶REMHFWLI GH WUDYHUVHU O¶RFpDQ
atlantique et de découvrir les terres qui se trouveraient de l’autre

- 13

côté de la mer, tout en abandonnant volontairement le pouvoir (ce
qui était incompréhensible et inacceptable pour les populations
GH O¶pSRTXH ,O Q¶pWDLW SOXV MDPDLV UHYHQX &HWWH H[SpGLWLRQ GH
%DWD 0DQGp 0RUL HVW FRQ¿UPpH SDU OD WUDGLWLRQ RUDOH PDQGLQJXH
des griots généalogistes, ainsi que par une source écrite de
l’historien arabe Al Omari (qui donne un récitde Ibn Amir
+DMLE VXU FHWWH H[SpGLWLRQ j OD VXLWH GH O¶HQWUHWLHQ TXH FH GHUQLHU
a eu avec l’empereur Kankoun Moussa au Caire en 1325, lors de
son passage dans cette ville pour aller à la Mecque ; l’empereur
OXL D FRQ¿UPpTX¶LO D VXFFpGp j 0DQGp %XNDUL DX WU{QH SDUFH
TXH FHOXLFL pWDLW SDUWL GDQV FHWWH H[SpGLWLRQ *DRXVVRX 'LDZDUD
pages 60 et 74, 2010 ; Sékéné-Mody Cissoko, page 49, 1966 ;
et Pathé Diagne, 1993).
L’empereur Kankoun Moussa qui a succédé à Bata Mandé
Mori ou Abubakari II, avait, au contraire, les « pieds sur terre ». Il
a fait un pèlerinage à la Mecque entre 1324 et 1325, qui a marqué
le monde arabe et européen. En effet, de passage au Caire en
Egypte pour aller à la Mecque, il mit tant d’or dans le circuit
commercial caïrote que le cours de ce métal baissa de trois points
(de 25 à 22) pendant plusieurs années. L’arabe Al Omari (cité par
Sékéné-Mody Cissoko, 1966) a attesté que les gens du Caire ont
gagné sur l’empereur et son entourage, tant par achats et ventes
que par dons et prises, des sommes incalculables. Ce pèlerinage
rendit Kankou Moussa si célèbre en Afrique du nord, au Moyen
orient et en Europe qu’il fut personnellement représenté en 1375
VXU OH 3RUWXODQ GH O¶$WODV &DWDODQ GX URL &KDUOHV 9 G¶(VSDJQH
Pourquoi avait-il posé un tel acte de démonstration de richesses ?
Simple générosité à l’égard des princes et ulémas arabes,
FRPPH F¶pWDLW OD WUDGLWLRQ HQWUH OHV URLV GH VH IDLUH GHV FDGHDX[ "
Impressionner les Etats soudanais et arabo-musulmans traversés
avant l’arrivée à la Mecque ? Montrer au monde arabe et européen
le niveau de développement économique et technique du Mali
de l’époque pour amorcer une coopération et des échanges avec
ce dernier ? Quel était le niveau de développement technique et
économique atteint par le Mali du fait de ces relations ? Car, il y

- 14

a eu des relations diplomatiques avec le monde arabo-musulman
et européen (Espagne et Andalousie), ainsi que des échanges
pFRQRPLTXHV FRPPHUFLDX[ HW WHFKQLTXHV DYHF FHV GHUQLHUV
(notamment dans le domaine architectural et artisanal). Autant
de questions qui mériteraient des recherches complémentaires de
la part d’universitaires africains et maliens.
Un an après la bataille de Kirina, le Mandé s’est doté, en 1236,
d’une Loi fondamentale appelée&KDUWH GX 0DQGpou&KDUWH GX
.XUXQNDQ )XJD, quia été proclamée lors d’une assemblée du
peuple tenue sur un plateau de Kurukan Fuga (dans le Cercle de
Kangaba de l’actuel Mali). Une première version de cette Charte
a été donnée par le Centre d’études linguistiques et historiques
par la tradition orale de Kankan en Guinée (CELHTO), sous
le titre :&KDUWH GX 0DQGp RX &KDUWH GH .XUXQNDQ )XJD, lors
de l’Atelier régional de concertation entre communicateurs
et traditionalistes Malinkés tenu du 3 au 12 mars 1998, avec
l’introduction suivante :
« Les représentants du Mandé primitif et leurs alliés réunis
en 1236 à Kurunkan Fuga, après l’historique bataille de Kirina,
ont adopté la Charte suivante pour régir l’organisation sociale
du grand ensemble mandingue ». Celle-ci est composée de 44
articles répartis entre quatre grands chapitres : i)l’organisation
sociale du Mandé, dont l’adoption du Sanankunya (cousinage à
plaisanterie) et du Tanamayoya (totémisme qui interdit à certains
groupes ou clans de faire certaines choses ou de manger certains
DQLPDX[ RX SODQWHV LL OHV ELHQV TXL VRQW DFTXLV GH FLQT IDoRQV
propriété, achat, donation, échange, travail et succession) ; iii) la
SUpVHUYDWLRQ GH OD QDWXUH IRUrWV IHX[ GH EURXVVH DJULFXOWXUH
DQLPDX[ GRPHVWLTXHV HWF