Soldats d'infortune

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SOLDATS D'INFORTUNE BURKINA FASO A81DJAN ---------._- -~. ~::-:-~._-=~- -::~_:=~-=:~~~~ -~~:-.::~:~~~t~~:.~~~~~:=::-~= , -==-.::=-_-===._. __. _ ___ ~~':~~~.-_~:: : :-.::_::.:-::--:- 19°'" . I t:ôte d7voire Nancy LAWLER SOLDATS D'INFORTUNE Les Tirailleurs Ivoiriens de la Deuxième Guerre Mondiale Traduit de l'anglais par François Manchuelle L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris A PROPOS DE L'AUTEUR Diplômée de Trinity College à Dublin, en Irlande, Nancy Lawler est titulaire d'un doctorat Ph.D. de Northwestern University, à Evanston, Illinois, aux Etats-Unis. Elle enseigne les sciences économiques et l'histoire à Oakton Community College, à Des Plaines, Illinois. Ses recherches actuelles portent sur l'espionnage et la propagande de la France Libre à partir de la Gold Coast (aujourd'hui Ghana) en direction de l'Mrique occidentale sous domination de Vichy au cours de la deuxième guerre mondiale. Ce livre est la traduction de Soldiers of Misfortune: Ivoirien Tirailleurs During World War II. Ohio University Press, Athens, Ohio, USA, 1992. Sauf indication contraire, toutes les photographies ont été prises par l'auteur. Couverture: Défilé avant l'embarquement pour la France, Le Monde Colonial Illustré, Novembre 1939. @L'Harmat1an 1996 ISBN: 2-7384-4049-5 A ma mère, Lillian Rubin, et à la mémoire de mon père, Albert Rubin, et aux anciens combattants de la Côte Ivoire .-' ,.,.~ .'.s (MALI~ /--v ""'-.~. .-À_,_ '- '- . .\ S;~ .~o . t:::::=::..

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 1996
Nombre de lectures 356
EAN13 9782296315617
Langue Français
Poids de l'ouvrage 11 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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SOLDATS D'INFORTUNEBURKINA
FASO
A81DJAN
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.
I
t:ôte d7voireNancy LAWLER
SOLDATS D'INFORTUNE
Les Tirailleurs Ivoiriens
de la Deuxième Guerre Mondiale
Traduit de l'anglais
par François Manchuelle
L'Harmattan
5-7 rue de l'Ecole Polytechnique
75005 ParisA PROPOS DE L'AUTEUR
Diplômée de Trinity College à Dublin, en Irlande, Nancy Lawler est titulaire
d'un doctorat Ph.D. de Northwestern University, à Evanston, Illinois, aux Etats-Unis.
Elle enseigne les sciences économiques et l'histoire à Oakton Community College,
à Des Plaines, Illinois. Ses recherches actuelles portent sur l'espionnage et la
propagande de la France Libre à partir de la Gold Coast (aujourd'hui Ghana) en
direction de l'Mrique occidentale sous domination de Vichy au cours de la deuxième
guerre mondiale.
Ce livre est la traduction de Soldiers of Misfortune: Ivoirien Tirailleurs During
World War II. Ohio University Press, Athens, Ohio, USA, 1992. Sauf indication
contraire, toutes les photographies ont été prises par l'auteur.
Couverture: Défilé avant l'embarquement pour la France, Le Monde Colonial
Illustré, Novembre 1939.
@L'Harmat1an 1996
ISBN: 2-7384-4049-5A ma mère, Lillian Rubin,
et à la mémoire de mon père, Albert Rubin,
et aux anciens combattants
de la Côte Ivoire.-'
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}Korhogo RégionSOMMAIRE
Abréviations 10
Remerciements ~ Il
Chapitre premier. Préface
Le problème 13
Les témoignages 15
Les gens . 19
L'esprit des temps nouveaux 24
Notes 27
Chapitre 2. Avant la chute: Les "Tirailleur Sénégalais" de Côte d'Ivoire
La Force Noire 29
La Côte d'Ivoire fait bon accueil à la guerre 33
L'Appel aux armes 36
1939: La Mobilisation 40
No tes 47
Chapitre 3. La Classe de 1940
Les quotas: en battant la brousse ...49
La recrutement, la visite médicale, et la sélections
des appelés 52
Conscrits et volontaires 56
L'entraînement des tirailleurs ivoiriens 62
Officiers, sous-officiers, et "évolués" 65
No tes 69
Chapitre 4. La Bataille de France
Soyez les bienvenus! 71
Tous les hommes sont égaux, mais... 75
Du Sitzkrieg au Blitzkrieg 79
La bataille de France ... 82
Morts pour la ... 92
Notes 94Chapitre 5. Le Tirailleur épingle
La capitulation 97
L'apprentissage du prisonnier 98
Survivre dans les camps 104
Les conditions s'améliorent: de "très mauvais"
à "simplement mauvais" 108
La liberté - pour quelques privilégiés 113
Notes ... ....120
Chapitre 6. Mricain contre Mricain, Français contre Français
Deux camps ennemis 123
Défaire la défaite 124
La Résistance grandit 127
Les oubliés ... .131
L'armée en A.a.F. 138
Notes .142
Chapitre 7. Changement de Partenaires: de Pétain à de Gaulle
Une petite guerre dans le Levant 145
De quel côté es-tu, mon frère? 149
Avec le Grand Charles 152
Afrique du Nord: Décembre 1941-Juin 1943 157
L'opération Torch . 159
Le front de l'intérieur 166
Notes 170
Chapitre 8. La libération de la France
Elan sur l'île d'Elbe: les tirailleurs rentrent
en guerre 173
La bataille de Toulon 176
De la Provence à l'Alsace 179
Le "blanchissement" de l'armée 182
La libération des prisonniers 185
Prisonniers et politiciens 190
Le rapatriement ... 196
Notes 203SOMMAIRE
Chapitre 9. Les anciens combattants et la nouvelle politique ivoirienne
La genèse d'un militant 207
La guerre à Korhogo - Le front de l'intérieur 208
Les anciens combattants de Korhogo et le PDCI-RDA 212
La montée du PD CI-RDA 216
Divisés par un même uniforme: soldats
contre anciens combattants 221
Notes ... ...232
Chapitre 10. Epilogue
ySekongo essongui 235
Confinés dans l'oubli 237
Les pensions: leur dernière défaite 241
Notes 248
Annexe I. Interviews 249
Annexe II. Tableux
1. Le recrutement militaire en Côte d'Ivoire, 1940 253
2. Temps passé au combat par les Tirailleurs
Sénégalais 254
3. Etat des unités africaines, Juin 1940 255
4. Campagnes d'Afrique du Nord et du Levant des
Unités de la France Libre 257
5. Cultures d'exportation en Côte d'Ivoire
1938-1945 258
Bibliographie ... ...... 259
Index .267ABREVIATIONS
ACCCI Archives de la Chambre de Commerce de la Côte d'Ivoire,
Abidjan.
AE.F. Afrique Equatoriale Française
ANCI Archives Nationales de la Côte d'Ivoire, Abidjan. de Gabon, Libreville.ANG
Afrique Occidentale FrançaiseAO.F.
Bataillon Autonome des Tirailleurs SénégalaisBATS Française LibreBFL
Bataillon de MarcheBM de d'Infanterie ColonialeBMIC
Bataillon de Marche des Tirailleurs SénégalaisBMTS des Tirailleurs SénégalaisBTS
CFA (franc) Communauté Financière Africaine
CMIDOM Centre Militaire d'Information et de Documentation sur
l'Outre-Mer, Versailles.
Division Française LibreDFL d'Infanterie AlgérienneDIA
DIC Division Coloniale
DICL d'Infanterie Légère
Forces de la France LibreFFL
OACVC Office des anciens combattants et victimes de la guerre
PDCI Parti Démocratique de la Côte d'Ivoire
PRO Public Record Office, Londrès.
RAC Régiment d'Artillerie Coloniale
RACLMS Légère Mixtes Sénégalais
RACMS Régiment d'Artillerie Coloniale Mixtes Sénégalais
RDA Rassemblement Démocratique Africain
Régiment d'Infanterie ColonialeRIC MixteRICM
Régiment d'Infanterie Coloniale Mixtes SénégalaisRICMS
Régiment des Tirailleurs SénégalaisRTS
Syndicat Agricole AfricainSAA
SHAT Service Historique de l'Armée de la Terre, Vincennes.
West African Frontier ForceWAFF
10REMERCIEMENTS
Cette étude a été rendue possible grâce au concours de beaucoup de gens.
En premier lieu, mes remerciements iront aux nombreux anciens combattants
ivoiriens qui eurent la gentillesse de me recevoir, et de m'introduire dans leur
univers. On trouvera leurs noms en pages 249-252. Je leur suis extrêmement
reconnaissante dans leur ensemble, mais je tiens à remercier tout particulièrement
Namongo Ouattara, président de l'Association des Anciens Combattants de Korhogo.
Ce fut lui qui me procura les listes des anciens combattants de toute la région et qui
me poussa à en interroger le plus grand nombre possible. A l'étrangère que j'étais,
ceux-ci réservèrent l'accueille plus chaleureux et le plus courtois, m'ouvrant la porte
de leurs foyers et de leurs coeurs. Ils me racontèrent leurs vies et j'écrivis sous leur
dictée, recueillant leur histoire pour les génération futures. Je les remercie pour tout
ce qu'ils firent pour moi, et je m'étonne encore qu'ils ne m'aient jamais demandé
comment une femme pouvait s'intéresser à la guerre et à ses soldats. Je dois
également beaucoup au professeur Tenena Soro, alors enseignant à Northwestern
University, qui oeuvra si patiemment pour m'enseigner la langue Tyebari. En dépit
de son enseignement, je dus me faire accompagner par un interprète dans la région
polyglotte de Korhogo. Sekongo Nahoua assuma ce rôle et au fil de notre travail
devint un ami très cher. Se dévouant sans réserves à notre entreprise, il fut pour moi
un irremplaçable assistant de recherches.
D'autres Ivoiriens me firent cadeau tout aussi généreusement de leur temps
et de leurs conseils. A Abidjan, le Professeur Tiona Ouattara et son épouse, Mme.
Fatou Ouattara, me procurèrent conseils et recommandations auprès de leur famille
et de leurs amis à Korhogo. M. Philippe Yacé trouva assez de temps dans son
calendrier chargé pour m'aider de diverses manières. Aux Archives Nationales, j'eus
le plaisir de recevoir la sympathique assistance du directeur, M. Dominique Tchiffro,
et de son équipe. M. Guy Ahizzi-Eliam, président de l'Association Nationale des
Anciens Combattants et Victimes de Guerre, fut avec moi des plus aimables et des
plus obligeants, et sa lettre de recommandation facilita mes recherches dans une
grande partie du pays. Je remercie également Nanou Guily pour sa permission de
reproduire dans cet ouvrage les paroles d'une de ses chansons.
Deux excellents amis de Korhogo, Raymond et Madeleine Noble,
m'accueillirent en famille et me présentèrent à leurs nombreuses connaissances en
ville. Lanciné-Gbon Coulibaly, député à l'Assemblée Nationale de Côte d'Ivoire ainsi
que citoyen d'honneur du Nebraska, aux Etats-Unis, me fut d'une très grande
assistance. Le Père Pierre Boutin, de l'Eglise Saint Antoine, non seulement m'ouvrit
sa magnifique bibliothèque, mais il me fit partager sa connaissance des Sénoufo,
produit d'un quart de siècle de résidence parmi eux. Je remercie également le second
député de Korhogo, Gon Coulibaly, et le préfet de Korhogo, le Colonel Emile
Bombet.
11SOLDATS D'INFORTUNE
Mes premiers pas d'étudiante de doctorat à l'université Northwestern furent
aidés et encouragés par les professeurs John Rowe et John Hunwick et par mes
camarades Jean Allman, Gregory Maddox, David Owusu-Ansah, et Timothy Welliver.
Pendant une décennie, j'eus la chance de pouvoir utiliser la superbe bibliothèque
africaine (Africana Library) de l'université Northwestern. Ses employés me furent
toujours d'un grand secours, mais mes plus vifs remerciements iront à Dan Britz, qui
me facilita énormément la tâche grâce à sa connaissance hors pair des collections.
Je suis également très reconnaissante au programme Fulbright-Hays pour la
bourse de recherches qui me permit de travailler en Côte d'Ivoire, et à Oakton
Community College qui m'accorda les congés nécessaires. Ma dette de gratitude est
très grande envers ma meilleure amie, Roberta Zimmerman, pour son soutien et ses
encouragements. Et en dernier lieu mais seulement parce qu'il occupe une place tout
à fait à part dans cette liste, je remercie Ivor Wilks pour l'appui inébranlable qu'il
apporta à mon projet, du début à la fin, et je m'excuse auprès de lui pour
l'impatience dont je fis montre ici et là vis-à-vis de ses difficiles exigences en matière
d'excellence académique.
12CHAPITRE 1
PREFACE
Le problème
Ce livre est une étude consacrée à des hommes originaires de la Côte
d'Ivoire qui combattirent et qui moururent au cours de la deuxième guerre mondiale.
Elle a trait tout particulièrement aux recrues de la région de Korhogo, dans le nord
du pays. Ceux-ci servirent aux côtés de soldats venus de toutes les colonies de
l'Afrique Occidentale Française, dans les Tirailleurs Sénégalais. Je commençai à
m'intéresser à ce sujet en lisant le livre d'Amon d'Aby, La Côte d'Ivoire dans la cité
africaine. "La déclaration de guerre du 3 Septembre 1939", écrivait cet auteur:
"n'a été une surprise pour personne. Le public s'y attendait depuis
longtemps, aussi l'accueillit-il avec plus d'enthousiasme qu'il ne l'avait fait,
vingt-cinq ans auparavant. Ce changement de situation provient de ce que
l'affection des Noirs de la Côte d'Ivoire pour la Mère-Patrie a pu se préciser
et s'affermir depuis la dernière guerre; exigences et fourberies du chancelier
Hitler, entrevue de Munich, invasion de la Tchécoslovaquie, démembrement
de la Pologne... Ces coups de force suscitèrent ici des sentiments unanimes
d'indignation. L'opinion publique, chez les anciens combattants notamment,
s'élevait contre toute nouvelle concession à l'Allemagne et attendait
fiévreusement la déclaration de guerre".
Les Ivoiriens, exposait Amon d'Aby, se rendirent en masse dans les centres
de recrutement, et après l'écrasement de l'armée française en 1940, ils traversèrent
la frontière pour se rendre en Gold Coast afin de se rallier à la France Combattante.
"[Ils] estimaient que la France, pays de la liberté, ne devait pas être absente du camp
de la Liberté."l Etait-il possible, me demandai-je, que les Ivoiriens se soient
identifiés si étroitement à la France qu'ils aient été capables de choisir, dans les
circonstances de 1940, entre deux Frances: celle de Pétain et celle de De Gaulle?
On sait évidemment que plus de 160.000 soldats ouest-africains, presque tous
des conscrits, combattirent dans les tranchées pendant la première guerre mondiale.
Marc Michel en a fait brillamment la chronique dans son Appel à l'Afrique.2 Ces
hommes se battirent effectivement, mais il y eut également de durs mouvements de
résistance dans les colonies africaines quand la France voulut y introduire la
conscription universelle. En AOF, la population utilisa tous les moyens possibles et
imaginables pour échapper au recrutement. En 1916 et en 1917, il Yeut des émeutes
sur tOut le territoire de la Côte d'Ivoire. Beaucoup d'Ivoiriens s'enfuirent en Gold
Coast èt au Libéria. En 1917, l'opposition à la conscription fut telle queSOLDATS D'INFORTUNE
l'administration dut la suspendre temporairement.3 On fit un nouvel essai l'année
suivante. Le Sénégalais Blaise Diagne, le premier Africain à être élu à la Chambre
des Députés, fut nommé Commissaire de la République chargé de superviser le
recrutement de 1918.4 Au cours de sa tournée en Côte d'Ivoire, il réussit à calmer
les esprits et à convaincre les chefs comme le peuple que leur devoir patriotique était
d'aider la France en se soumettant à la conscription. Il y réussit à point tel que des
milliers d'Ivoiriens s'engagèrent dans les Tirailleurs Sénégalais et combattirent et
moururent dans les hécatombes qui marquèrent la fin de la Grande Guerre.5
Les survivants qui rentrèrent au pays furent considérés comme des hommes
qui avaient "la force", des hommes d'énergie et de pouvoir, qui avaient vu la terre des
blancs, qui s'étaient battus à leurs CÔtés, et aussi contre d'autres blancs, qui avaient
appris les rudiments de leur langue et acquis la maîtrise de nombre de leurs secrets.
Dans leurs villages, on les considéra comme des hommes à part. Ils imposaient à la
fois le respect et la crainte. Pourtant, en termes matériels, ils ne retirèrent pas
grandchose de la guerre. Quelques-uns furent désignés comme chefs de canton, d'autres
furent employés comme interprètes par les chefs de village et de canton. La plupart,
de temps à autre, étaient réquisitionnés comme "service d'accueil" des administrateurs
en tournée. On attendait d'eux qu'ils servent d'exemple aux conscrits au moment du
recrutement, et, les jours de fêtes nationales, qu'ils apparaissent en uniforme avec
toutes leurs décorations pour symboliser la grandeur impériale de la France. Mais
c'était tout. On ne leur accorda ni pensions ni aucun espoir de progresser dans
l'échelle sociale au-delà de ces rôles tout à fait mineurs. Presque tous furent
réabsorbés par leur société d'origine.
La France était néanmoins fière du rôle que ces hommes avaient joué dans
la guerre et elle montra son estime pour leurs qualités guerrières en passant la loi
de service militaire de 1919. Cette loi resta en vigueur pendant tout
l'entre-deuxguerres. Les Ivoiriens, comme leurs camarades du reste de l'AOF, durent se plier aux
exigences d'un système de recrutement militaire par "classe". Chaque classe
comprenait tous les hommes dont l'âge était estimé être 20 ans. Chaque année, à peu
près 5.000 conscrits étaient sélectionnés parmi les hommes valides de la classe
correspondante en AOF. Ceux-ci acceptaient leur sort comme un nouvel élément du
.fardeau de l'homme noir.
En Côte d'Ivoire, le service militaire était vécu comme une autre forme du
travail forcé, comparable au fait de construire des routes et des ponts, de refaire la
toiture de chaume des résidences des administrateurs, ou d'être envoyé travailler dans
les forêts et les plantations du sud. Le service militaire, cependant, comportait un
avantage: une fois terminé, ou du moins le croyait-on, l'ancien soldat ne pouvait être
rappelé sous les drapeaux, ni être requis pour le travail forcé. La première de ces
certitudes fut détruite en 1939, quand les anciens conscrits de classes aussi anciennes
que 1924 furent rappelés après la déclaration de guerre de l'Allemagne. Ces hommes
14PREFACE
furent-ils aussi enthousiastes en apprenant leur rappel que l'affirmait Amon d'Aby?
Leur attitude fut-elle très différente de celle des nouveaux conscrits? Et comment se
battirent les Tirailleurs Sénégalais pour la cause française, en particulier après qu'il
y eut deux Frances en 1940? Quel effet eut leur expérience de soldats sur eux-mêmes
et sur leur société après la guerre? Ce sont à ces questions-clé que tentera de
répondre cette étude.
Les travaux universitaires sur les tirailleurs de l'AOF de 1939-1945 sont
remarquablement peu nombreux. Le livre longtemps attendu de Myron Echenberg,
Colonial Conscripts, parut au moment même où l'édition originale américaine de
Soldats d'infortune était mise sous presse, et donc trop tard pour que je puisse la
prendre en compte.6 Cinq de ses dix chapitres, cependant, avaient été déjà publiés
sous forme d'article, et il y sera fait référence dans le présent ouvrage.? Echenberg,
de son CÔté, a pu consulter les textes de mes entrevues d'anciens combattants
ivoiriens, et il s'en est servi abondamment. Sur la guerre elle-même, personne n'a
encore consacré d'étude au rôle qu'y jouèrent les Mricains. L'utile travail d'Anthony
Clayton sur l'armée française en Afrique contient beaucoup de renseignements sur
les Tirailleurs Sénégalais,8 tandis que la tout aussi utile histoire de l'armée française
sous Vichy par Robert Paxton ne contient que peu d'information à leur sujet.9
La présente étude n'est pas à proprement parler un travail d'histoire
militaire, bien qu'il ait été évidemment nécessaire de retracer dans leurs grandes
lignes le déroulement ainsi que la chronologie de la guerre et des campagnes
auxquelles prirent part les Tirailleurs Sénégalais. Dans la mesure où il s'agit d'un
ouvrage d'histoire sociale, il fait partie du genre souvent décrit, avec justesse bien
que sans élégance, comme histoire "de bas en haut". Dans la mesure où il s'agit d'un
ouvrage d'histoire culturelle, il retrace la vie d'une minorité, d'une minorité
d'Ivoiriens brutalement enlevés à leurs villages et à leurs foyers et forcés d'adopter
une nouvelle identité de soldats de la France.
Les témoignages
Cet ouvrage tire sa substance en très grande partie de témoignages d'anciens
tirailleurs ivoiriens, tous anciens combattants de la deuxième guerre mondiale,
recueillis entre 1985 et 1987. Ceux-ci m'ont fourni des renseignements qui ont
souvent complété fort utilement ceux que je pouvais trouver dans les rapports
officiels sur les batailles, campagnes, etc. Ceci, cependant, ne constituait pas pour
moi leur intérêt principal. Mon but en interrogeant ces anciens combattants était
plutÔt d'examiner la façon dont ils interprétèrent les événements auxquels ils furent
mêlés, et la manière dont ils les intégrèrent à leur conception d'un monde en plein
15SOLDATS D'INFORTUNE
bouleversement. J'ai laissé ces hommes autant que possible parler pour eux-mêmes
en reproduisant de larges citations de leurs témoignages.1o
Je découvris au cours de mon enquête que les anciens combattants étaient
pour la plupart avides de pouvoir s'exprimer. Ils avaient le sentiment très vif d'avoir
été une génération perdue. Les sons éclatants de la gloire, entendus ici et là pendant
la guerre, avaient cessé de retentir pour eux à mesure que l'écho du cataclysme de
1939-1945 se perdait dans l'oubli. A la fin des années 1980, leurs enfants, et
assurément leurs petits-enfants, ne s'intéressaient plus guère aux histoires étranges
et merveilleuses qu'ils avaient à raconter. C'est alors qu'ils se rendirent compte qu'ils
n'avaient plus qu'une place minime ou même inexistante dans la nouvelle histoire de
la Côte d'Ivoire indépendante. Dans celle-ci, ce qui importait désormais était le
combat nationaliste et la personnalité de son chef, le Président Félix
HouphouëtBoigny, et non pas ceux qui s'étaient battus (et qui étaient morts) pour la défense et
la libération de la France. Dans un sens très concret, donc, cette étude cherchera à
sortir les anciens combattants de l'oubli.
En 1984, il se trouva que je conduisais des recherches sur la production
alimentaire en Côte d'Ivoire à la fin de la période coloniale. Je m'étais surtout
concentrée sur la région de Korhogo dans la savane au nord, région considérée
comme le grenier à riz et à igname de la colonie. Korhogo avait une autre
particularité historique. Après les provinces Mossi de Haute Volta, cette région fut
considérée durant la période coloniale comme le plus important réservoir de main
d'oeuvre forcée de l'AO.F. Il était donc naturel que, pour cette étude du service
militaire, qu'on pourrait certainement présenter comme une autre forme de travail
forcé, je me concentre sur cette zone. J'aurais pu cependant procéder autrement.
Ainsi, j'aurais pu engager une série d'entretiens avec des anciens combattants
originaires de l'ensemble des régions du pays. Je rejetai cette solution comme ne me
permettant pas d'étudier la question suffisamment en profondeur. Je voulais travailler
avec un échantillon très large d'anciens combattants ayant des origines relativement
homogènes. En fin de compte, j'eus la chance de pouvoir interviewer le cinquième
des anciens combattants de la deuxième guerre mondiale dans la région de Korhogo.
Ma décision de me concentrer sur Korhogo en vue d'une étude de cas pose
inévitablement la question de l'applicabilité des conclusions de cet ouvrage à
l'ensemble de la Côte d'Ivoire, c'est-à-dire non seulement aux habitants de la savane,
mais encore à ceux des forêts et des lagunes. Or il me semble qu'un certain niveau
de généralisation est possible, non que je croie que le Korhogolais soit en un certain
sens représentatif de l'Ivoirien moyen, mais plutôt parce que durant la guerre, toutes
les recrues, qu'elles soient de Korhogo ou d'autres régions de Côte d'Ivoire, furent
rassemblées au sein d'une même communauté militaire où on leur inculqua une
même série de valeurs qui vinrent occulter celles de leur localité et de leur ethnie
16PREFACE
d'origine. C'est ce que faisait remarquer, avec éloquence mais aussi avec un racisme
fort caractéristique, un journaliste du Monde Colonial Illustré de 1940:
"Bambaras râblés et têtus, Mossis orgueilleux, mais tenaces, Bobos frustes,
mais calmes et appliqués, Senoufos timides mais fidèles, Peuhls à l'atavisme
de nomades qui répugnent à la stricte discipline, mais pleins de feu et aptes
à faire d'excellents chef de troupe, Malinkés plus raffinés à l'esprit ouvert et
prompts à saisir un ordre: tous avec leurs qualités diverses, résultant de leurs
atavismes et de leurs tempéraments, façonnés par les variantes du milieu
naturel auquel ils sont adaptés, tous ces représentants de la vigoureuse et
prolifique race soudanaise, tous avec leurs âmes ingénues et leur appétit de
dévouement, constituent d'admirables soldats, ayant droit à notre
reconnaissance et à notre sollicitude".lI
La combinaison d'un entraînement militaire identique et d'une expérience
commune des combats au sein de régiments tirés non seulement de l'ensemble de la
colonie mais de toute l'AOF, fit de la guerre une expérience dont la signification
finit par primer sur toutes les autres. Volontaire ou conscrit, villageois ou citadin,
illettré ou évolué, originaire du nord, du sud, de l'est ou de l'ouest de la colonie,
l'armée façonna tous les soldats au même moule. A l'issue de leur entraînement, de
leur service en Europe, de leurs combats, et pour certains, de leur captivité dans les
camps de prisonniers, ils devinrent des soldats de la France, tirant une profonde
fierté de ce qu'ils avaient accompli et ayant le sentiment d'être radicalement
différents des civils, qui ne pourraient jamais vraiment comprendre ce qu'ils avaient
vécu. Avec le temps, ils finirent donc par appartenir à une plus vaste "tribu", la
grande fraternité des hommes qui avaient servi dans l'armée. Dans leurs
conversations, ils se décrivaient toujours comme "nous, les Sénégalais" - et jamais
comme "nous, les Sénoufo", "nous, les Yacouba", ou "nous, les Lobi".
Ceci étant, j'entrepris néanmoins une série plus réduite d'entretiens avec des
anciens combattants provenant surtout de la région de Man, située dans les
montagnes et la forêt de la Côte d'Ivoire occidentale. Les membres de cet
"échantillon" se révélèrent être d'un milieu socio-culturel très différent de ceux de
Korhogo, et pourtant ils tenaient de la même réalité nouvelle créée par leurs années
passées à l'armée. Les hommes de Man comme les hommes de Korhogo, nous le
verrons par la suite, partageaient à un degré remarquable les mêmes perceptions et
les mêmes interprétations des événements de 1939-1945.
Dans mes enquêtes, je demandais surtout aux anciens combattants de me
raconter leur vie. Aucun questionnaire n'était utilisé, et l'intéressé avait l'entière
liberté d'évoquer tout ce qu'il considérait comme important. Certains anciens
combattants se révélèrent être des conteurs-nés, qui situèrent d'emblée leur histoire
17SOLDATS D'INFORTUNE
personnelle dans le contexte plus vaste de leur famille, de leur village et de
l'armée.12Très peu d'entrevues eurent lieu en privé. La plupart se tinrent devant un
public composé, sinon d'anciens combattants, du moins d'hommes et de femmes du
village, qui n'hésitaient jamais à offrir leurs observations sur les divers sujets abordés.
A Man, le fait d'avoir servi dans l'armée était de notoriété publique. De fait,
comme le remarquait un originaire de cette région, à Man il était presqu'impossible
de se marier si l'on n'avait pas fait son service militaire. Même après sa libération,
on y portait son galon pour établir son statut social, "pour montrer qu'on était un
homme"Y Dans les villages Sénoufo de Korhogo, par contre, mes enquêtes
amenèrent souvent ceux qui n'étaient pas anciens combattants à entendre pour la
première fois les récits qu'on me racontait. Dans cette région, les anciens
combattants avaient généralement gardé pour eux-mêmes l'histoire de leur vie à la
guerre, de leurs souffrances, et de leurs sacrifices. Lapon Silué de Topinakaha, près
de Korhogo, fut l'un des nombreux anciens soldats qui m'en expliquèrent la raison:
"On a été trois dans ma famille qui ont fait le service militaire. On a discuté
entre nous: "J'ai fait ça. Je suis allé là-bas". On ne parlait pas avec les autres.
Seulement entre nous. Ceux qui ne l'ont pas faite, on ne peut pas leur
parler. Seulement ceux du même village qui l'ont faite peuvent en parler.
L'armée est comme le Poro, si tu y vas, tu connais ses secrets. Tu ne peux
pas les révéler".14
Ainsi liés par une loi du silence qu'ils s'étaient à eux-mêmes imposée, et qui faisait
du service l'équivalent d'une adhésion à une société secrète, les anciens combattants
Sénoufo vivaient au village jusqu'au moment où, selon le mot fameux de cet autre
ancien combattant, le Général Douglas MacArthur, ils "disparaissaient, tout
simplement".ls
Pourquoi donc ces anciens combattants acceptèrent-ils de parler si librement
à un chercheur américain, et à une femme par surcroît? Jusqu'à un certain point, ce
fut ma qualité d'étrangère qui les mit à l'aise et qui les encouragea à me révéler ce
que, à mesure qu'ils prenaient de l'âge, ils leur tardait de raconter. Dans les
circonstances de la fin des années quatre-vingt, par ailleurs, il n'était plus nécessaire
de prendre contact avec eux par l'intermédiaire des chefs et des préfets.16 Les
anciens combattants semblaient heureux de me voir arriver dans leurs villages, sans
m'être annoncée, pour y enquêter sur leur vie. Leur plaisir augmentait encore quand
ils découvraient que j'étais plus que désireuse de les aider dans leur combat
perpétuel avec les bureaucraties française et ivoirienne pour faire établir leurs droits
à des pensions militaires.
Les témoignages furent pour la plupart enregistrés sur magnétophone, bien
que dans certains cas cela ait été techniquement impossible ou tout simplement
18PREFACE
inopportun.1? Dans les villages proches de Korhogo, beaucoup d'anciens
combattants préférèrent s'exprimer en Sénoufo ou quelquefois en Dioula. Cependant,
lorsque le temps venait de parler de sujets purement militaires, l'ancien combattant
revenait, malgré l'intervalle de près d'un demi-siècle, au Français africain des
casernes, le "parler tirailleur". Dans la ville de Korhogo et partout à Man, cependant,
les entrevues furent conduites en Français.
Les témoignages pèchent souvent par une chronologie inexacte et une
connaissance au mieux sommaire de la géographie. Pourtant, les anciens combattants
se souvenaient avec une exactitude presque parfaite de leurs numéros de matricule,
du nom de leurs régiments, des navires sur lesquels ils avaient navigué, et même des
dates de leurs voyages entre l'Afrique noire, l'Europe et le Maghreb. Leur
description des campagnes militaires auxquelles ils avaient pris part se révélèrent,
après recoupement dans les archives militaires de Vincennes et de Versailles,
remarquablement exactes dans les détails. Bien qu'ils ne se soient pas toujours
souvenu du mois et du lieu des combats, ils en connaissaient fort bien l'issue. Leur
perspective était à l'évidence différente de celle des officiers français qui remplirent
les rapports officiels, mais il ne faisait pas de doute qu'ils se référaient aux mêmes
événements.
On notera en passant que très peu d'anciens combattants interrogés au cours
des années 80 n'avait eu la possibilité de reconstituer les événements d'après des
sources extérieures: la plupart d'entre eux n'avait pour ainsi dire aucun accès aux
films, documentaires télévisés, livres, articles ou programmes de radio consacrés à la
guerre. Tous avaient un sens aigu de la part qu'ils avaient prise dans l'histoire de la
période allant de la défaite de 1940 à la libération de la France en 1944-45, et des
hasards, ou plutÔt des malheurs, de leur rapatriement en Afrique. Et si avec les
années écoulées, ils tendaient à se remémorer leurs actes comme plus héroïques et
plus spectaculaires qu'ils ne le furent en réalité, cela ne voulait nullement dire qu'il
les avaient inventés. Au cours de ces entrevues, je rencontrai des hommes qui
pouvaient évoquer non seulement leur existence passée de soldats jeunes et en pleine
possession de leurs moyens physiques, mais encore parler de leur survie actuelle de
véritables anachronismes personnifiés dans leur pays d'origine. Cette étude
s'intéressera également à ces deux aspects de leurs témoignages.
Les gens
Le livre de B. Holas, Les Sénoufo, paru en 1957, donne un aperçu et une
bibliographie très utiles des connaissances de l'époque sur ce peuple.18 L'ouvrage
a trait aux Sénoufo du Mali et du Burkina Faso ainsi qu'à ceux de CÔte d'Ivoire. La
plus grande partie de l'ouvrage, cependant, est consacrée au cercle de Korhogo,
19SOLDATS D'INFORTUNE
reflétant ainsi la forte concentration de Sénoufo dans cette région. En 1954, le cercle,
d'une superficie de 38.635 kilomètres carrés, avait une population de 346.380
personnes, dont 262.241 étaient Sénoufo, et 66.841 Dioula. Le cercle comprenait les
trois subdivisions de Korhogo, Boundiali, et Ferkessédougou. Les enquêtes menées
pour la présente étude le furent pour la plupart dans la subdivision de Korhogo.
Celle-ci, d'une superficie de 10.985 kilomètres carrés, contenait une population de
193.940 personnes en 1954, dont 149.275 étaient identifiées comme Sénoufo et 35.107
comme Dioula. Le recensement de 1963 indiquait que la population de ce qui était
désormais la préfecture de Korhogo était passée à 240.000 Sénoufo et 58.000
Dioula.19
La ville de Korhogo est située au centre du cercle et de la subdivision. Son
importance au point de vue traditionnel provient du fait qu'elle est le siège d'une
chefferie Sénoufo Tiembara fondée (cette date est encore quelque peu controversée)
au milieu du dix-huitième siècle, dont l'histoire a été l'objet d'une étude générale de
Tiona Ouattara.2o Pourtant, Korhogo n'était guère plus grand qu'un village quand
les envoyés de l'Almamy Samory y entrèrent dans les années 1890, et y furent
informés par le chef Gbon Coulibaly que les Sénoufo étaient des cultivateurs et non
des guerriers.21 Les Sénoufo Tiembara adoptèrent la même attitude quand les
Français succédèrent à Samory en 1898. Ils n'opposèrent aucune résistance. De fait,
Gbon Coulibaly accueillit leur arrivée par des dons de nourriture et de provisions
diverses. Le développement de Korhogo de village en bourgade, puis en ville, fut la
conséquence de la décision prise par les Français en 1903 d'en faire la capitale
administrative du Nord de la Côte d'Ivoire.
Les Sénoufo étaient, et de fait sont encore, d'abord des agriculteurs. Ils
cultivent le petit mil, le sorgho, le riz et l'igname surtout pour les besoins de
subsistance de leurs groupes familiaux. L'économie de marché, surtout la production
commercialisée de coton et de riz, a pris de plus en plus d'importance après
l'indépendance. Cependant, l'occupation principale des paysans Sénoufo continue
d'être de nourrir leurs familles avec le produit de leurs champs, bien que leurs
enfants soient de plus en plus nombreux à aller chercher un travail salarié en ville.
Le système de filiation est matrilinéaire, mais la maisonnée plutôt que le
matrilignage est l'unité de base de la production agricole. Le village, sous l'autorité
de ses anciens, possédait à l'époque précoloniale un très grand degré d'autonomie.
De petites chefferies apparurent au dix-huitième et au dix-neuvième siècles, mais
leurs chefs n'avaient que peu de pouvoir. Leur autorité était fondée surtout sur leur
contrôle, exercé à travers les chefs de village et de carrés, de la société d'initiation
du Poro, qui organisait les divers rites de passage qui marquaient les grandes étapes
de la vie, de la naissance à la mort, et qui garantissait les bonnes moeurs au sein de
la communauté. En 1978, paraissait Le paysan sénoufo de Sinali Coulibaly.22 Cet
étude présente un compte-rendu très complet de l'organisation sociale et des
20PREFACE
pratiques agricoles traditionnelles des Sénoufo, et tout particulièrement des Sénoufo
de la région de Korhogo.
L'expérience coloniale d'utilisation de soldats sénégalais comme agents de
l'administration dans les villages Sénoufo fut abandonnée par les Français dans les
années 1920. Il paraissait de fait plus commode de s'en remettre aux chefs Locaux
pour alimenter le flot constant des travailleurs forcés vers les chantiers de travaux
publics, les plantations et les exploitations forestières du Sud. Au cours de la période
coloniale, donc, la chefferie fut en un certain sens renforcée par sa transformation
en auxiliaire de l'administration. Ce ne fut qu'à l'indépendance, le gouvernement
étant décidé à "moderniser" la nouvelle nation, en partie par une centralisation des
pouvoirs, que les chefs, non seulement furent dépossédés des derniers vestiges de leur
autorité traditionnelle, mais virent également disparaître leurs sujets à mesure que
les villages étaient artificiellement regroupés en de nouvelles grandes unités de
production.
On trouvera une description générale des changements politiques intervenus
dans la région entre les années 1870 et 1970 dans la thèse de W.e. Gunderson.23
L'auteur y soutient que
"les chefs locaux durent opérer dans des contextes politiques très divers à
mesure que des dominateurs étrangers à la région (guerriers Mandé,
fonctionnaires coloniaux et dirigeants du nouvel état ivoirien) traduisaient
leurs besoins et leurs priorités en des systêmes et des programmes
administratifs qui interféraient de plus en plus avec la société locale".
Gunderson, cependant, ne parle pas du rôle des anciens combattants de la deuxième
guerre mondiale.
On complétera la lecture de la thèse de Gunderson par celle de T.J. Bassett,
soutenue en 1984, sur les changements intervenus dans l'économie régionale.24
Bassett choisit Katiali, à quelques soixante kilomètres au nord-ouest de la ville de
Korhogo, pour son étude des forces menant les paysans Sénoufo de l'économie
familiale à l'économie de marché. Selon cet auteur,
"une des conséquences les plus importantes de la participation des paysans
aux marchés des produits agricoles et du travail a été la transformation du
mode de production Sénoufo basé sur le lignage, et de la 'culture de
production' en un mode de transition".
Cette transition résulte du "dualisme fonctionnel" entre "l'économie capitaliste
d'enclave exportatrice de la région forestière et l'économie paysanne du Nord qui
21SOLDATS D'INFORTUNE
produit de la main d'oeuvre à bon marché et de la nourriture pour l'économie
capitaliste".25
Les Dioula sont présents dans toute la région de Korhogo dans des villages
à part, et dans des quartiers séparés des villages Sénoufo et des villes. D'origine
malienne, parlant un dialecte Malinké, ils se sont établis progressivement dans la
région depuis cinq siècles. Venus comme commerçants, ils s'identifiaient cependant
comme guerriers, tun tigi, dont le rôle était de défendre les valeurs islamiques de la
société Dioula. Les relations entre les Dioula et les Sénoufo étaient essentiellement
fondées sur leur intérêt réciproque. Le fait que les Dioula ne faisaient aucun
prosélytisme diminuait de beaucoup les possibilités de conflit avec leurs hôtes
Sénoufo.26
Comme les Sénoufo, les Dioula étaient obligés de pratiquer l'agriculture
pour assurer la subsistance de leurs familles. Au dix-neuvième siècle, cependant, ils
commencèrent à produire pour l'exportation, utilisant des esclaves comme
travailleurs dans leurs nouvelles plantations. Les anciens liens commerciaux,
maintenus avec d'autres collectivités Dioula dans toute la savane ouest-africaine, leur
procurèrent un accès commode aux marchés pour leurs produits. Les changements
spectaculaires de cette époque, qui vit l'essor (et la chute) d'une succession d'états
musulmans dans tout le Soudan occidental, stimulèrent énormément ces marchés. On
attribue aux Dioula l'introduction dans la région de nombre de cultures de rapport,
en particulier le coton et le tabac, et le développement de l'artisanat, en particulier
le tissage et la teinture. Les Dioula ont donc joué le rôle d'entrepreneurs au sein de
la société Sénoufo. L'excellent livre de Robert Launay sur les Dioula de Korhogo,
publié en 1982, explore la nature de la symbiose très ancienne entre les Dioula et les
Sénoufo et identifie les facteurs qui limitent l'assimilation des premiers aux
seconds.27
Les Dioula restent fermement attachés à l'Islam, tandis que les Sénoufo le
sont un peu moins à leurs dieux traditionnels. On trouve des convertis à l'Islam
parmi les seconds, et un processus de conversion lente est même en cours parmi eux.
Des chiffres compilés pour la subdivision de Korhogo sur la base du recensement de
1954 donnent 50.000 musulmans, 2.100 Catholiques, et 133.900 "animistes".28 Le
recensement de 1963 ne permet aucune analyse de ce genre, mais le Région de
Korhogo suggère que les conversions à l'Islam chez les Sénoufo sont surtout un
phénomène urbain. Presque 70 pour cent des Sénoufo de Korhogo se déclaraient
ainsi Musulmans.29
Les anciens combattants interrogés dans la région de Man, dans l'Ouest de
la Côte d'Ivoire, pour la plupart, se présentaient eux-mêmes comme Yacouba (ou
Dan) et Wobe. Ces deux peuples ont en commun une même manière de vivre et une
même culture, bien que les premiers parlent un dialecte Mandé du Sud et les seconds
un dialecte Kru. Dans la partie montagneuse au nord de la région, on pratique
22PREFACE
depuis longtemps la culture du riz. Dans la partie méridionale, couverte de forêts,
on cultive l'igname, et la chasse était autrefois un élément important de l'économie
de subsistance. Les Yacouba et les Wobe vivaient traditionnellement dans de petits
hameaux comprenant une ou deux familles. Chaque unité familiale cultivait pour
elle-même, et la vie communautaire était peu développée, sauf en matière de la
religion et de défense. Au dix-neuvième siècle, et probablement avant, la cueillette
des noix de kola était une activité importante. Les kolas étaient échangées à des
marchands Dioula pour du sel, des tissus, et d'autres marchandises du même ordre.
Dans les sept dernières décennies, la culture du cacao et du café pour l'exportation
se sont développées, après leur introduction avec l'"encouragement" de
l'administration coloniale. Holas et Schwartz ont publié d'utiles études sur
l'organisation et la culture des Toura et des Guéré, peuples voisins et fort proches.30
J.N. Loucou a retracé les débuts de l'histoire des Dan et des Wobe.31
Contrairement aux Sénoufo, les gens de la région de Man résistèrent avec
acharnement à l'occupation française. La "pacification" de la région ne fut réalisée
qu'après une série de campagnes militaires de 1905 à la fin de 1908. Le Gouverneur
Gabriel Angoulvant (1908-1916), qui dirigeait les opérations, décrivit les Dan comme
des "sauvages indomptables", se montrant surpris qu' "ilsveulent nous [les Français]
chasser du pays".Enfin victorieux, les Français reçurent en capitulation 670 fusils. Au
cours des sept années qui suivirent, ces derniers devaient saisir et détruire 25.000
fusils supplémentaires dans le cercle de Man.32II n'est donc pas surprenant que le
pays de Man se soit révélé au moment voulu une extraordinaire source de volontaires
pour les TiraiHeurs Sénégalais. Comme les Sénoufo, les Dan et les Wobe, pour la
plupart, restent très attachés à leurs anciens dieux. En se basant sur les données du
recensement de 1954, la subdivision de Man comprenait 119.000 "animistes", 15.000
Musulmans, 4.000 Catholiques et 2.000 Protestants.33
Quand je décidai d'étudier les anciens combattants de la région de Korhogo,
un ethnologue bien informé me soutint qu'il y en avait fort peu et me suggéra
d"'aller vers l'Ouest", c'est à dire dans la région de Man. Par pur entêtement, je ne
tins aucun compte de son avis. Pourtant, on comprendra sans peine pourquoi il me
le donna. L'opinion de l'ancien combattant Sekongo Yessongui sera à cet égard
convaincante. Yessongui regrettait de n'être pas resté dans l'armée après s'être
résigné au caractère inévitable de sa conscription.
"Le service militaire a été bien pour moi. Si j'étais resté, je serais riche
aujourd'hui. J'aurais une belle maison maintenant. Mais je ne suis pas resté.
Ils m'ont demandé de me rengager comme volontaire, mais j'ai dit non.
Après ça, la guerre est venue. Ils nous ont rassemblés et ils m'ont envoyé à
la guerre quand même. Là, j'ai vu le même blanc qui m'avait demandé d'être
volontaire. Il a dit: "Ah! Je t'avais dit de rester. Tu as dit non. Et te voilà
23SOLDATS D'INFORTUNE
maintenant". On n'est pas restés parce que nos parents ont fait des gris-gris
pour qu'on reste ici travailler pour eux. C'est pour ça que personne n'avait
envie de rester dans l'armée. Nos anciens ne pensaient qu'à une chose,
cultiver. Ils voulaient seulement qu'on reste cultiver pour eux. Quand on
était enfants, il n'y avait que des cultivateurs, c'est tout ce qu'ils
connaissaient, c'est tout ce qu'ils voulaient. Maintenant, si mon fils veut
partir d'ici, je lui donnerai ma bénédiction. Si tu restes ici, tu ne gagnes pas
bien ta vie".34
Je découvris qu'en fait peu de villages Sénoufo n'avaient aucun ancien
combattant. Ceci pourrait à première vue surprendre dans une société si entièrement
consacrée à l'agriculture, et dans laquelle beaucoup ne quittaient que rarement leurs
villages, ne fut-ce que pour se rendre dans les villes de la région. Mais les
Korhogolais n'eurent en l'occurrence pas le choix: classe par classe, groupe d'âge par
groupe d'âge, ils furent recrutés obligatoirement dans l'armée, quoi qu'ils en pensent.
Aussi trouvait-on beaucoup d'anciens combattants à Korhogo, bien qu'il n'y ait eu
pratiquement pas d'anciens volontaires ou d'anciens militaires de carrière. A Man,
par contre, je rencontrai beaucoup d'anciens combattants qui étaient également
d'anciens volontaires, et d'anciens militaires de carrière, qui avaient choisi
de servir leurs quinze ans dans l'armée. Leurs témoignages me fournirent un très
utile groupe témoin. L'administrateur Gaston Joseph, qui connaissait bien la Côte
d'Ivoire, avait déjà remarqué en 1944 que les Sénoufo étaient "des cultivateurs,
extrêmement attachés à la terre, travaillant dur, gentils, confiants, et obéissant à des
chefs puissants". Les Dan, par contre, étaient selon lui "au moment de notre
occupation, comptés parmi les peuples les plus arriérés de la colonie, étant parmi les
plus sauvages, les plus renfermés, et les plus individualistes".35
L'esprit des temps nouveaux
Il est devenu un lieu commun de dire que les Africains qui participèrent à
la deuxième guerre mondiale furent par la suite à l'avant-garde du mouvement
nationaliste qui amena leurs pays à l'indépendance à la fin des années 50 et au début
des années 60. C'est ce que notait en une formule saisissante Albert Tevoedjre:
"Quand l'Afrique deviendra indépendante", écrivait-il, "nous devrons élever une
statue à la mémoire d'une personne maudite par l'histoire, Hitler".36
Il est bien entendu certain que la deuxième guerre mondiale eut des
conséquences énormes pour l'Afrique en général et pour l'Afrique Occidentale
Française en particulier. Bien que la Grande Bretagne et la France aient vécu la
guerre de façons radicalement différentes, les six longues années de conflit eurent
24PREFACE
pour effet d'appauvrir les deux grandes puissances coloniales. A la différence de la
Grande Bretagne, pourtant, la France de 1945 était en proie à une crise morale très
grave qui découlait des circonstances de sa capitulation en 1940 et de sa
collaboration avec l'Allemagne de 1940 à 1943. Son sauveur de 1944, Charles de
Gaulle, était l'homme qu'elle avait condamné à mort comme traître en 1940.
L'esprit des temps nouveaux commença à souffler doucement vers le vaste
empire français d'Afrique avec la signature de la Charte Atlantique en 1942.
Personne, même le plus révolutionnaire des observateurs, n'aurait pu présager à
l'époque l'abandon de l'empire, mais certains commençaient à reconnaître
l'inévitabilité d'un tmnsfert de pouvoir de la métropole vers les colonies, c'est-à-dire
du début d'un processus de décolonisation, dans la période d'après-guerre.37
Pourtant, bien que ces idées aient été dans l'air dans les dernières années de la
guerre, ce furent les abus successifs des régimes pétainiste puis gaulliste aux colonies
qui y créèrent le mécontentement qui en temps nommé donna naissance aux
mouvements nationalistes, et menant en fin de compte à l'indépendance. La question
ici consiste à savoir quel fut le rôle des anciens combattants dans ce processus, en
Côte d'Ivoire.
Les Ivoiriens, qu'ils aient fait partie de la majorité africaine ou de la
minuscule minorité européenne, subirent au plus haut degré les conséquences des
vacillations de la France entre la cause des Alliés et celle de l'Axe. De quel côté que
fût la France, cependant, la Côte d'Ivoire dut de toute façon fournir ses quotas de
matières premières et de travailleurs forcés. Enfin. et par surcroît, elle dut livrer des
dizaines de milliers d'hommes aux armées de la France. Les recrues ivoiriennes
rejoignirent les rangs des 150.000 hommes des régiments ouest-africains.38 Il est
assez paradoxal que la France Libre, qui se présentait comme le champion de la
liberté et de la justice, porta en réalité à de nouveaux sommets l'exploitation
économique aux colonies. En Côte d'Ivoire, la conquête du soutien des colons blancs
pétainistes parut à l'administration de la France Libre un objectif si important qu'elle
se crut obligée de les protéger de la concurrence des planteurs ivoiriens. Telle était
la situation à laquelle durent faire face les anciens combattants à leur retour.
Les anciens combattants revinrent-ils avec l'idée que leur pays serait un jour
libre? Connaissaient-il le slogan "L'Afrique aux Africains"? Dès Décembre 1941,
immédiatement après Pearl Harbor, les services de renseignement américains avaient
commencé à préparer un certain nombre de projets de débarquement, dont l'un
aurait eu lieu à Dakar. Le Colonel William Donovan, chef de l'Office of Strategie
Services, fut ainsi le destinataire d'une étude de possibilités qui discutait les objectifs
à long terme des Américains. L'auteur envisageait, avec une extraordinaire
prescience, la nécessité future de:
25SOLDATS D'INFORTUNE
"l'organisation d'une Afrique nouvelle indépendante, basée sur la fédération
des états africains. L'Afrique aux Africains! La situation présente de
l'Afrique est celle de l'Amérique du Sud pendant les guerres
napoléoniennes. Ce qu'il faut, c'est un Bolivar africain".39
Ce n'est évidemment pas à partir de cette source que Je mot d'ordre "L'Afrique aux
Africains" se répandit sur le continent. Cependant, il fut à son heure un de ceux qui
eut un impact sur les soldats africains. Aoussi Eba, un instituteur mobilisé en 1939,
observe:
"Nous n'avions jamais pensé à l'indépendance, pas même un jour, pour
l'avenir. Nous ne l'imaginions même pas. Les Français étaient partout.
L'objectif était l'assimilation. Les gens voulaient les mêmes droits que les
Français, ils voulaient aller vers l'assimilation. C'est après la seconde guerre
mondiale, et même à cette époque... Il y avait un slogan partout: l'Afrique
aux Africains. Partout on l'entendait. On pensait alors que c'était bien...
J'étais alors sergent. On entendait ce slogan partout, dans les bars, partout.
Après la guerre, l'émancipation a été simple. Il y avait un nouvel esprit
d'émancipation. Les tirailleurs sont revenus avec cet esprit. Après tout,
c'était normal, avec le genre de vie qu'on menait, avec le fouet brandi
audessus de nous".40
Tandis que la guerre se terminait, les Ivoiriens exigeaient des réformes. Dans
les premiers temps, ce ne fut pas tant l'idéologie de l'assimilation qui fut mise en
cause, que les limites qui lui étaient imposées par des considérations pratiques.
Pourtant, le débat sur ce point finit par mener à la transformation, sinon au
démantèlement, du système colonial. La vie des soldats pendant la guerre, et leur
comportement après le conflit, reflèta ce processus de décolonisation. Les anciens
combattants, avant toute chose, voulaient qu'on reconnaisse leurs sacrifices et leurs
exploits. Ils pensaient, comme le dit l'un d'entre eux, Namble Silué, que "seuls les
Français savent ce qu'on a fait pour eux. On les a libérés. Qu'est-ce qu'on pouvait
faire de plus grand pour eux?"41Pour apprécier à sa juste valeur le rôle des anciens
combattants et la part qu'ils prirent dans la politique nouvelle en Côte d'Ivoire, il
sera donc essentiel d'étudier l'évolution de leur prise de conscience et de leur refus
souvent profond de toutes les formes de l'inégalité. Ce qui suit sera donc l'histoire
des Tirailleurs Sénégalais de la deuxième guerre mondiale.
26PREFACE
NOTES
1. FJ. Amon d'Aby, La C6te d'Ivoire dans la cité africaine (Paris: Editions Larose, 1951), p. 41.
2. Marc Michel, L'Appel à l'Afrique: Contributions et réactions à l'effort de guerre en AOF, 1914-1919 (Paris:
Publications de la Sorbonne, 1982), chiffres du recrutement en AOF en p. 483.
3. /bid., pp. 117-133.
4. /bid., pp. 226-235.
5. /bid., pp. 233-235. Voir également Amon d'Aby, La C6te d'Ivoire dans la cité africaine, pp. 37-38.
6. Myron Echenberg, Colonial Conscripts: The Tirailleurs Sb/égalais of French West Africa, 1857-1960
(Portsmouth, N.H.: Heinemann, 1991).
7. Voir en particulier Echenberg, '''Faire du nègre': Military Aspects of Population Planning in French West
Africa, 1920-1940", en D.D. Cordell et J. Gregory, eds., African and Capitalism: Historical
Perspectives (Boulder, Colo. et Londres: Westview Press, 1987); "Slaves into Soldiers: Social Origins of the
Tirailleurs Sénégalais", en Paul E. Lovejoy, ed., Africans in Bondage (Madison: University of Wisconsin
Press, 1986), pp. 311-333; "Morts pour la France: The African Soldier in France during the Second World
War", Journal of African History, vol. 26, no. 4, 1985, pp. 373-380; "Paying the Blood Tax: Military
Conscription in French West Africa, 1914-1929", Canadian Journal of African Studies, vol. 9, no. 2,1975,
pp. 171-192; et "Les migrations militaires en Afrique Occidentale Française, 1900-1945", Canadian Journal
of African Studies, vol. 14, no. 3,1980, pp. 429-450. Voir également Echenberg, "Tragedy at Thiaroye: The
Senegalese Soldiers' Uprising of 1944", en R. Cohen, J. Copans et P.Gutkind, eds., African Labor History
(Beverly Hills, Calif: Sage, 1978), pp. 109-128.
8. Anthony Clayton, France, Soldiers and Africa (London: Brassey's, 1988).
9. Robert Paxton, Parades and Politics at Vichy (Princeton, N.J.: Princeton University Press, 1966).
10. Les interviews ayant été traduits en anglais par l'auteur directement à partir des enregistrements, j'avais
les retraduits en français à partir de ]a version anglaise (note du traducteur).
11. "Le Soudan, Terre de Soldats", Le Monde Colonial Rlustré, Paris, no. 203, Mai 1940, p. 112.
12. Comparer avec. Pau] Thompson, The Voice of the Past. Oral History (Oxford: Oxford University Press,
1978), p. 204.
13. Interview 102. Voir Annexe I pour la liste détaillée de toutes les entrevues conduites.
14. 65.
15. "Old soldiers never die, they just fade away". Célèbre discours d'adieu du Général Douglas MacArthur
prononcé devant une session plénière du Congrès américain, à Washington, le 19 Avril 1951.
16. Le Colonel Emile Bombét, préfet de Korhogo, eut de fait la gentillesse de me procurer un véritable
laissez-passer sous la forme d'une lettre adressée collectivement à tous les fonctionnaires civils et militaires
du département, qui leur demandait de m'aider à conduire mes recherches. Je pense que le colonel ne se
formalisera pas si j'avoue que la seule fois où j'eus à utiliser ce document fut lorsque je brillai un stop en
face d'un poste de police. Le document se révéla efficace: mon casier d'automobiliste resta vierge.
17. Les cassettes des entrevues ont été déposées à l'Institut d'histoire, d'arts et d'archéologie africains,
Université d'Abidjan, Côte d'Ivoire. La série complète de leurs transcriptions écrites a été déposée à la
bibliothèque de l'Africana Library, Northwestern University, Evanston, ll1inois, Etats-Unis.
18. B. Holas, Les Sb/oufo (y compris les Minianka) (Paris: Presses Universitaires de France, 1957), et voir
bibliographie, pp. 174-177.
19. Société d'études pour le développement économique et social, Région de Korhogo (Abidjan, 1965), vol.
1, p. 11.
20. Tiona Ouattara, ''Les Tiembaras de Korhogo, des origines à Péléforo Gbon Coulibaly (1962): évolution
historique, politique, sociale et économique d'un tar Sénoufo", Thèse de troisième cycle, Paris l, 1977.
27SOLDATS D'INFORTUNE
21. Mes informateurs Sénoufo, quand je leur demandai de me parler de "la guerre", pensèrent d'abord que
je voulais parler de l'intrusion de Samory dans la région. La réponse de Gbon Coulibaly est généralement
citée pour illustrer la sagesse de sa décision de se rallier à l'Almamy.
22. Sinali Coulibaly, Le paysan sénoufo (Abidjan: Nouvelles Editions Africaines, 1978).
23. W.C. Gunderson, ''Village Elders and Regional Intermediaries: Differing Responses to Change in the
Korhogo Region of the Ivory Coast", Thèse de doctorat Ph.D., Indiana University, 1975.
24. Thomas J. Bassett, "Food, Peasantry and the State in the Northern Ivory Coast: 1898-1982", Thèse de
doctorat Ph.D., University of California, Berkeley, 1984.
25. Ibid, p. 250.
26. Comparer avec Ivor Wilks, Wa and the Wala (Cambridge: Cambridge University Press, 1989), pp. 25;
98-99; 202.
27. Robert Launay, Traders without Trade: Responses to Change in Two [)yula Communities (Cambridge:
Cambridge University Press, 1982).
28. Carte des Religions de l'Afrique Noire, République de Côte d'Ivoire (Centre des hautes études
administratives sur l'Afrique et l'Asie modernes, 1957). Les pages de ce rapport ne sont pas numérotées.
Les chiffres cités sont tirés des tables en fin de volume. On trouvera dans le texte le chiffre légèrement
différent de 135.000 pour la "population animiste". La population de la subdivision de Korhogo en 1954
était selon le recensement de 193.940. On remarquera que le total dans la Carte des Religions est de
186.000 ou 187.000. Aucune explication n'est donnée quant à cette différence.
29. Région de Korhogo (1965), vol. 2, p. 22. L'analyste remarquait, un peu superficiellement pourrait-on
penser, que la conversion chez les Sénoufo "ne voulait pas dire qu'ils avaient totalement abandonné leurs
pratiques et croyances traditionnelles, mais qu'ils avaient changé leurs noms et adopté certaines coutumes
islamiques".
30. B. Holas, Les Toura: esquisse d'une civilisation montagnarde de Côte d'Ivoire (Paris: Presses
Universitaires de France, 1962). A. Schwartz, La vie quotidienne dans un village Guéré (Abidjan: Institut
Africain pour le développement économique et social, 1975).
31. Jean-Noël Loucou, Histoire de la Côte d'Ivoire, vol. 1, La formation des peuples (Abidjan: Centre
d'Edition et de Diffusion Africaines, 1984), pp. 61-65; 113-115.
32. G. Angoulvant, La Pacification de la Côte d'Ivoire, 1908-1915 (Paris: Editions Larose, 1916), p. 217,
252-255.
33. Carte des Religions.
34. Interview 59. En fait, trois des enfants de Yessongui avaient quitté le village pour travailler en ville.
35. G. Joseph, Côte d'Ivoire (Paris: Librairie Arthème Fayard, 1944), pp. 66-67.
36. Albert Tevoedjre, L'Afrique révoltée (Paris: Présence Africaine, 1958), p. 33.
37. Pour l'AOF, voir C. Coquery-Vidrovitch, ''Vichy et l'industrialisation aux colonies", Revue d'histoire de
la deuxième guerre mondiale, vol. 29, Avril 1979, pp. 69-94. Pour l'empire britannique, Ronald Robinson
confirme que des idées similaires étaient dans l'air au Colonial Office dès le milieu de la guerre.
Communication personnelle à l'auteur.
38. Service historique de l'armée de terre (SHAT), Centre de documentation, Chateau de Vincennes.
Extrait photocopié de Lieutenant-Colonel Bernard et Capitaine Barjou, Les Troupes africaines d'AOF et
AEF (Paris: Centre d'Etudes Asiatiques et Africaines, 1953).
39. Office of Strategic Services (OSS), Washington D.C., Reports, microfilm, bobine 1. Projet soumis au
Colonel Donovan par Sherman Kent, chef de la section médicale, 11 Décembre 1941.
40. Interview 102.
41. 64.
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