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Corps soignant, corps soigné

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Livres
434 pages

Description

Cet ouvrage s'adresse aux étudiants, aux enseignants et praticiens en soins infirmiers, ainsi qu'à tout professionnel cherchant à mieux comprendre les enjeux contemporains qui se nouent autour de la problématique du soin. Il traite de trois questions essentielles : la façon dont les corps des soignants et des soignés sont construits et investis ; l'inégalité des attentes et des anticipations selon le genre des soignants et des soignés ; ainsi que la socialisation à l'identité et aux pratiques professionnelles.

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Ajouté le 01 janvier 2014
Nombre de lectures 380
EAN13 9782336334103
Langue Français
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Pendant trois années, les coordinateurs de l’ouvrage ont mené une recherche sur
le rapport au corps dans la relation de soin auprès d’étudiants dans les sections soins
in rmiers et sage-femme de neuf Hautes écoles de la Communauté française de Jacques Marquet,
Belgique. Ils y ont étudié des aspects essentiels de la réalité vécue par ceux-ci :
Nicolas Marquis et Nathalie Hubert (dir.)la façon dont les corps des soignants et des soignés sont construits et investis ;
l’inégalité des attentes et des anticipations selon le genre des soignants et des
soignés ; ainsi que la socialisation à l’identité et aux pratiques professionnelles.
Pour chacune de ces thématiques, les coordinateurs présentent les résultats
essentiels. Des contributions de chercheurs et professionnels internationaux,
spécialistes de disciplines di érentes, éclairent les analyses, prolongent les
interprétations et nourrissent le débat. Corps soignant,
Les auteurs corps soigné
Marie-Joseph Biache, Geneviève Boudard, Lutgart Braeckman, Nathalie Burnay,
Philippe Charrier, Céline Decleire, Florence Degavre, Hanne Derycke, Christine Detrez, William
D’Hoore, Florence Douguet, Ludovica Gambaro, Fabienne Gérard, Alain Giami, Claude Habib,
Nathalie Hubert, Pierre-Joseph Laurent, Marie-Cécile Lorenzi, Véronique Lovens, Les soins in rmiers : de la formation à la profession
Jacques Marquet, Nicolas Marquis, Catherine Mercadier, Emilie Moreau, Pierre Moulin,
Michel Nadot, Michèle Olivier-Amouroux, Anne Piret, Natalie Rigaux, Sandrine Roussel,
Annamaria Simonazzi, Peter Vlerick, Anne-Marie Vuillemenot
Les coordinateurs
Jacques Marquet est sociologue, professeur à l’Ecole des sciences politiques et sociales (PSAD)
et à l’Ecole de sexologie et des sciences de la famille (ESFA) de l’Université catholique de Louvain,
chercheur au Centre interdisciplinaire de recherche sur les familles et les sexualités (CIRFASE)
de l’Université catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve – Belgique). Ses travaux portent
principalement sur la famille, le couple et la sexualité. Il préside actuellement l’Institut pour
l’analyse du changement dans l’histoire et les sociétés contemporaines (IACCHOS).
Nicolas Marquis est docteur en sciences politiques et sociales, chargé de cours en sociologie à
l’Université Saint-Louis de Bruxelles (USLB), à l’Université libre de Bruxelles (ULB) et à l’Université
catholique de Louvain (UCL – site de Mons). Il est chercheur au Centre d’études sociologiques
(CES) de l’Université Saint-Louis de Bruxelles (USLB). Ses intérêts de recherche portent
notamment sur les dynamiques de l’individualisation dans la société contemporaine.
Nathalie Hubert est maître assistante au département paramédical de la Haute Ecole Namur-
Liège-Luxembourg (HENALLUX) dans les sections baccalauréat en soins in rmiers et sage-
femme, in rmière de formation spécialisée en santé communautaire, licenciée agrégée en soins
in rmiers. Elle est également enseignante dans la lière aide-soignante à l’Institut Sainte-Marie
de Jambes (ISMJ). Elle est chercheuse associée au Centre interdisciplinaire de recherche sur les
familles et les sexualités (CIRFASE) de l’Université catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve –
Belgique).
ISBN : 978-2-8061-0122-8
www.editions-academia.be 39,50 € - 43 € hors Belgique et France
Jacques Marquet, Nicolas Marquis et Nathalie Hubert (dir.) Corps soignant, corps soignéCorps soignant, Corps soigné
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 1 18/12/2013 10:43Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 2 18/12/2013 10:43Jacques Marquet, Nicolas Marquis & Nathalie Hubert (dir.)
Corps soignant, Corps soigné
Les soins infrmiers :
de la formation à la profession
Avec les contributions de
Marie-Joseph Biache, Geneviève Boudard, Lutgart Braeckman,
Nathalie Burnay, Philippe Charrier, Céline Dec leire,
Florence Degavre, Hanne Derycke, Christine Detr ez,
William D’Hoore, Florence Douguet, Ludovica Gambar o,
Fabienne Gérard, Alain Giami, Claude Habib, Nathalie Huber t,
Pierre-Joseph Laurent, Marie-Cécile Lorenzi, Véronique Lovens,
Jacques Marquet, Nicolas Marquis, Catherine Mer cadier,
Émilie Moreau, Pierre Moulin, Michel N adot,
Michèle Olivier-Amouroux, Anne Piret, Natalie Rigaux,
Sandrine Roussel, Annamaria Simonazzi, Peter Vler ick,
Anne-Marie Vuillemenot
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 3 18/12/2013 10:43Derniers volumes parus Dans la collection
« Famille, couple, sexualité »
sous la direction de Jacques Marquet et Paul Servais
(anciennement « Collection des cahiers d’ études de la famille
et de la sexualité » dirigée par Robert Steichen)
n° 35 Corps soignant, corps soigné. Les soins infrmiers :
de la formation à la profession
n° 34 Lien social et internet dans l’espace privé
n° 33 @mours virtuelles. Conjugalité et internet
n° 32 Diférences sexuelles et vies sexuel aujourles d’ d hui’
n° 31 Violences et agressivités au sein du couple – Volume II
n° 30 V – V
n° 29 La place de la parole de l enfant ’
n° 28 Sexualités, normes et thérapies
n° 27 Fonctions paternelles et choix du patronyme
n° 26 Normes et conduites sexuelles
n° 25 Handicap. Accueil, solidarité et accompagnement en famille
n° 24 ap et famille. À la recherche du sens
n° 23 L’ enfant entre maltraitance et protection
D/2013/4910/49 ISBN 13 : 978-2-8061-0122-8
© Ac Ademi A HARm ATTAN-s. A.
Grand’Place, 29
B-1348 LOUVAIN-LA-NEUVE
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce
soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 4 18/12/2013 10:43De façon directe ou indirecte, cet ouvrage a reçu le soutien d- es institu
tions suivantes :
• le Fonds national de la recherche scientifque ;
• le ministère de la Santé, de l’Action sociale et de l’Égalité des
chances de la Région wallonne ;
• le ministère de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de
l’Égalité des chances de la Communauté française ;
• la Catégorie paramédicale de la Haute école de Namur-Liège-
Luxembourg (HENALLUX, ex-HENAM) ;
• l’Institut d’analyse du changement dans l’histoire et les sociétés
contemporaines (IACCHOS – UCL) ;
• les Conférences Jacques Leclercq.
L’enquête dont des résultats sont présentés dans l’ouvrage a pu être
réalisée grâce à la collaboration fructueuse des directions des Hautes
1écoles suivant :es
• la Haute école Charleroi-Europe ;
• la Haute école de la province de Liège ;
• la Haute école de la province de Namur ;
• la Haute école de Namur ;
• la Haute école Galilée ;
• la Haute école Léonard de Vinci ;
• la Haute école libre du Hainaut occidental ;
• la Haute école libre mosane ;
• la Haute école Robert Schuman.
1 Figurent ici les appellations en vigueur lors de la réalisation de l’enquête (2007-2010).
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 5 18/12/2013 10:43Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 6 18/12/2013 10:43les auteurs
Marie-Joseph Anthropologue, professeur à l’Université Blaise Pascal de
Biache Clermont-Ferrand, laboratoire ACTé, EA 4281.
E-mail : M-Joseph.BIACHE@univ-bpclermont.fr
Geneviève Infrmière, maître assistante et maître de formation pratique en
Boudard soins infrmiers à la Haute école Namur-Liège-Luxembourg
(HENALLUX).
Nathalie Burnay Sociologue, chargée de cours, FUNDP-UCL.
E-mail : nathalie.burnay@fundp.ac.be
Philippe Sociologue, chercheur associé au Centre Max Weber et
Charrier enseignant à l’Université Lumière Lyon 2.
E-mail : philippe.charrier@ish-lyon.cnrs.fr
Céline Decleire Sociologue et démographe, doctorante aux FUNDP, CRP
Henri Tudor, Luxembourg.
E-mail : celine.decleire@fundp.ac.be
Florence Socio-économiste, docteure en sciences sociales de l’Université
Degavre catholique de Louvain (UCL) (Belgique), chargée de cours à la
Faculté ouverte de politique économique et sociale, coordinatrice
de recherche au Centre de recherche interdisciplinaire Travail,
État, Société (CIRTES) de l’UCL.
E-mail : forence.degavre@uclouvain.be
Christine Sociologue, maître de conférences en sociologie à l’ENS de Lyon.
Detrez E-mail : christine.detrez@free.fr
Florence Maître de conférences de sociologie, Université de Bretagne
Douguet Sud – Lorient (ARS-UBO-EA 3149).
E-mail : forence.douguet@univ-ubs.fr
Ludovica Docteure en Social Policy, chargée de recherche au Centre for
Gambaro Longitudinal Studies, Institute of Education, University of
London.
Fabienne Infrmière, maître assistante et maître de formation pratique en
Gérard soins infrmiers à la Haute école Namur-Liège-Luxembourg
(HENALLUX).
7
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 7 18/12/2013 10:43Alain Giami Psychosociologue, directeur de recherche à l'Institut national
de la santé et de la recherche médicale (INSERM), Centre de
recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP),
U1018, Équipe Genre 07, santé sexuelle et reproductive,
F-94276, Le Kremlin Bicêtre, France.
E-mail : alain.giami@inserm.fr
Claude Habid Docteure en lettres, professeure à l’Université Sorbonne
Nouvelle Paris III.
E-mail : claude.habib@free.fr
Nathalie Hubert Licenciée agrégée en soins infrmiers, maître assistante au
département paramédical de la Haute école Namur-Liège-
Luxembourg (HENALLUX). Enseignante dans la flière
aide-soignante à l’Institut Sainte-Marie de Jambes (ISMJ).
Chercheuse associée au Centre interdisciplinaire de recherche
sur les familles et les sexualités (CIRFASE) de l’Université
catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve – Belgique).
E-mail : nathalie.hubert@henallux.be
Pierre-Joseph Anthropologue, professeur à l’Université catholique de
Laurent Louvain, membre du Laboratoire d’anthropologie prospective.
Il mène ses recherches au Burkina Faso et au Cap-Vert.
E-mail : pierre-joseph.laurent@uclouvain.be
Marie-Cécile Infrmière, maître assistante et maître de formation pratique en
Lorenzi soins infrmiers à la Haute école Namur-Liège-Luxembourg
(HENALLUX).
Véronique Sexologue clinicienne, maître assistante et maître de formation
Lovens pratique en soins infrmiers et obstétricaux à la HELMo
Sainte-Julienne (Liège).
E-mail : veronique.lovens@belgacom.net
Catherine Infrmière et sociologue, directeur des soins, directrice de l’IFSI
Mercadier CH Montauban.
E-mail : c.mercadier@ch-montauban.fr
Jacques Sociologue, professeur à l École des sciences politiques ’ et
Marquet sociales (PSAD) et à l École de sex’ ologie et des sciences de
la famille (ESFA) de l’Université catholique de Louvain,
chercheur au Centre interdisciplinaire de recherche sur les
familles et les sexualités (CIRFASE) de l’Université catholique
de Louvain (Louvain-la-Neuve – Belgique). Il préside l’Institut
pour l’analyse du changement dans l’histoire et les sociétés
contemporaines (IACCHOS).
E-mail : jacques.marquet@uclouvain.be
8
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 8 18/12/2013 10:43Nicolas Marquis Sociologue, chargé de cours en sociologie à l’Université Saint-
Louis de Bruxelles (USLB), à l’Université libre de Bruxelles
(ULB) et à l’Université catholique de Louvain (UCL – site
de Mons). Il est chercheur au Centre d’études sociologiques
(CES) de l’Université Saint-Louis de Bruxelles (USLB).
E-mail : marquis@fusl.ac.be
Émilie Moreau Psychosociologue, doctorante : Inserm U1018 et Université
Paris Saint-Denis.
E-mail : moreau.emilie@gmail.com
Pierre Moulin Psychosociologue, maître de conférences : Inserm U1018 et
Université de Lorraine, site de Metz.
E-Mail : pierre.moulin@univ-lorraine.fr
Michel Nadot Infrmier PhD., professeur d’histoire et d’épistémologie
en sciences infrmières, ancien chargé de cours à la Faculté
de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne,
chercheur retraité de la Haute école de santé de Fribourg
(Suisse), professeur associé à la Faculté des sciences infrmières
de l’Université Laval à Québec (Canada), professeur invité à
la Faculté des sciences infrmières de l’Université St Joseph à
Beyrouth (Liban), fondateur du premier modèle conceptuel en
sciences infrmières de l’Europe francophone.
E-mail : nadotm@hotmail.ch
Michèle Docteure en anthropologie sociale et ethnologie, infrmière en
Olivier- entreprise (Clermont-Ferrand).
Amouroux E-mail : amouroux.olivier@wanadoo.fr
Anne Piret Sociologue, FUNDP et maître assistant à l’HEPNAM ‒
catégorie paramédicale (Namur).
E-mail : anne.piret@fundp.ac.be
Natalie Rigaux Économiste et sociologue, professeure aux Facultés universitaires
Notre-Dame de la Paix, Namur.
E-mail : nathalie.rigaux@fundp.ac.be
Annamaria Professeure d’économie à l’Université La Sapienza de Rome
Simonazzi (Italie). Coordinatrice du réseau Enege (European network of
Experts in the Field of Gender Equality) et membre du comité
éditorial du web magazine www.inGenere.it
Anne-Marie Anthropologue, professeure à l’UCL, directrice du Laboratoire
Vuillemenot d’anthropologie prospective (LAAP – IACCHOS – UCL).
E-mail : anne-marie.vuillemenot@uclouvain.be
9
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 9 18/12/2013 10:43Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 10 18/12/2013 10:43sommaire
Les auteur ..........................................................................................s 7
Introduction ............................................................................. 15
Soins infrmiers : la formation et la profession en qu ....................estion(s) 17
Jacques Marquet, Nicolas Marquis, Nathalie Hubert
Le rapport au corps dans la relation de soin : l .....................’enquête 31
Nicolas Marquis, Nathalie Hubert, Jacques Marquet
Ouverture
La pudeur et ses limi .....................................................................tes 39
Claude Habib
Première partie
Corps construit, corps investi .................................................... 57
La cartographie du corps :
leçons d’une enquête auprès d’étudiants en soins inf ..............rmiers 59
Nathalie Hubert, Jacques Marquet, Nicolas Marquis,
Anne-Marie Vuillemenot
Corps, émotions, paroles : les étudiants en soins infrmiers
face aux premières expériences de s .............................................oins 85
Entretien avec Véronique Lovens
Devenir soignant : le corps dans la formation en soins i ..................nfrmiers93
Anne Piret
Deux modes de connaissance de l’anatomie corporelle :
exopsie et autops ...........................................................................ie 109
Marie-Joseph Biache
11
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 11 18/12/2013 10:43L’évidence du naturel et le naturel de l’évidence :
les encyclopédies sur le corps destinées aux e .........................nfants 119
Christine Detrez
Nus et nudité : enjeux autour de la dissimulation d ...................u corps 135
Anne-Marie Vuillemenot
Aspects de la régulation sociale de la beauté : tensions entre sexe,
pouvoir et argent à Ouagadougou au Burkin..........................a Faso 147
Pierre-Joseph Laurent
Deuxième partie
Le genre du soin ...................................................................... 169
Soigner le proche et l’inconnu : rôles familiaux et rôles professionnels
Leçons d’une enquête auprès d’étudiants en soins inf ..........rmiers171
Jacques Marquet
Entre idéaux et réalité professionnelle :
les enseignants face aux projections des ét ...........................udiants 207
Entretiens avec Geneviève Boudard, Fabienne Gérard
et Marie-Cécile Lorenzi
Les infrmières et la sexualité : au risque de l’érotisation
de la relation de so ......................................................................ins 215
Alain Giami, Pierre Moulin, Émilie Moreau
Une reconfguration de la relation entre soin et genre :
le cas des hommes sages-femm .....................................................es 241
Philippe Charrier
Du soin à l’éthique du soin : une afaire de femmes ?
Une afaire à « dégenrer » ? .............................................................. 259
Natalie Rigaux
12
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 12 18/12/2013 10:43Pragmatique ou radicale ? La défamilialisation par les politiques
d’aide à domicile en Euro ............................................................pe 267
Florence Degavre, Ludovica Gambaro, Annamaria Simonazzi
Troisième partie
Identité et pratiques professionnelles ....................................... 289
Prêt(e)s à soigner ? La socialisation professionnelle
Leçons d’une enquête auprès d’étudiants en soins inf ..........rmier2s91
Nicolas Marquis
La tenue de l’infrmière : vêtement, identité, inte r................actions317
Entretien avec Michèle Olivier-Amouroux
Rester ou quitter ? Lorsque les conditions de travail s’en -32mê5lent…
Nathalie Burnay, Céline Decleire, Hanne Derycke,
Lutgart Braeckman, Peter Vlerick, Sandrine Roussel, William D’Hoore
Les professionnels de la santé aux prises avec les pénibilités du travail
de soin : le cas des infrmières salariées et libérales f .........rança3i47ses
Florence Douguet
Le statut symbolique et social de l’inf ..................................rmière 365
Catherine Mercadier
L’impossible reconnaissance d’une identité professio nnelle
et scientifque chez les infrmières, une problématique ré c..u385rrente
Michel Nadot
Bibliograph i...................................................................................e 405
13
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 13 18/12/2013 10:43Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 14 18/12/2013 10:43introDuction
Soins infrmiers : la formation et la profession en question(s)
Jacques Marquet, Nicolas Marquis, Nathalie Hubert
Le rapport au corps dans la relation de soin : l’enquête
Nicolas Marquis, Nathalie Hubert, Jacques Marquet
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 15 18/12/2013 10:43Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 16 18/12/2013 10:43soins inFirmiers :
la Formation et la proFession en question(s)
Jacques Marquet, Nicolas Marquis, Nathalie Hubert
Cet ouvrage réunit et structure un ensemble d’analyses scientifques ou
issues du terrain à propos de cette question d’apparence naïve et pourtant
pleine d’implications pratiques, théoriques et épistémologiques : qu’est-
1ce qu’être, aujourd’hui, infrmier, infrmière, ou sage-f e? Pmmlu es
précisément, il vise à mieux comprendre les soins infrmiers dans deux
dimensions cruciales : l’accès, à travers la formation, au savoir infrmier
et l’exercice de cette profession.
1. Une problématique socialement et scientifquement
pertinente
« Soins infrmiers. La formation et la profession en question(s) » : chacun
de ces termes fait l’objet de débats passionnés dans le monde social comme
dans le monde scientifque. Le « soin » dont il est question est-il plus
proche du ca re ou du cure ? En quoi est-il « infrmier », « médical » ou
« para-médical » ? Infrmière, est-ce une « profession », un « travail » ou
une « compétence » ? Peut-on y être « formé » ou s’agit-il de qualités que
certains possèdent « naturellement » et que d’autres n’acquerront jamais ?
Parce qu’il amène à rompre des codes socialement admis et respectés,
mais surtout parce qu’il se voit confé une série de tâches liées à des
1 La question du genre, masculin, féminin, neutre ou double des appellations
(infrmier ou infrmière, étudiant ou étudiante, patient ou patiente, soignant ou
soignante, etc.) est un point difcile et particulièrement débattu bien au-delà des
aspects de corrections grammaticales. Vu le nombre important de contributeurs à
cet ouvrage collectif, nous avons pris le parti de laisser à chacun le choix du genre
des substantifs et adjectifs sans harmoniser l’ensemble des chapitres. Quelle que soit
la voie empruntée par chaque auteur, la règle est que, sans spécifcation particulière,
le terme générique qualife l’ensemble des individus concernés, hommes et femmes.
Lorsque cela n’est pas le cas, il en est explicitement fait mention.
17
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 17 18/12/2013 10:43SoInS InfIrmIerS : la formatIon et la profeSSIon en queStIon(S) • J. Marquet, N. Marquis, N. HubertIntroductIon
situations de faiblesse et de dépendance généralement invisibilisées dans
les sociétés libérales-individualistes, le travail de l’infrmière constitue
un objet de recherche majeur pour les sciences humaines en général, et
la socio-anthropologie en particulier.
De la même façon, sa pertinence sociale provient de ce que tant les
questions soulevées par le travail infrmier (que ces questions acquièrent ou
non une certaine visibilité par ailleurs) que les réponses que l’on y apporte
d’abord globalement (par exemple dacns lonsida ération que nous avons
pour ce travail particulier) et puis de façon très concrète (par exemple
dans la façon dont les formations en soins infrmiers et sage-femme sont
concrètement organisées) sont révélatrices d’enjeux sociétaux majeurs,
qui tiennent à la façon dont, dans une société particulière, sont gérées
la faiblesse et la fnitude humaine.
Il y a donc bien lieu de reprendre ces interrogations de f-açon systé
matique. Ce sont en efet ces questions qui, de la conception de l’enquête
sur « Le rapport au corps dans la relation de soin » à la structuration
des diférentes contributions dans le présent ouvrage en passant par le
colloque « Corps accord » ( incfra. ), ont constitué ensemble le fl rouge
des réfexions dont il est fait état ici. Le texte qui suit cet-te introduc
tion (« Le rapport au corps dans la relation de soin : l’enquête ») décrit
précisément la façon dont ces intérêts généraux ont été implémentés
en questions de recherche concrètes dans l’enquête au principe de cet
ouvrage, et dont des résultats sont présentés dans les trois contributions
ouvrant les trois parties.
2. Une problématique encore largement en friche
Il ne serait évidemment pas correct de dire que cette problématique aux
multiples facettes n’a pas été abordée dans la littérature récente. Les soins
infrmiers suscitent de nombreuses enquêtes à grande échelle (par exemple
l’enquêteN EXT ‒ pour Nurses early Exit ‒ réalisées dans plusieurs pays
européens), font l’objet de revues scientifques reconnues qui leur sont
consacrées (entre autJor ue rs nal of Advanced Nursing, International Journal
of Nursing Studies, La Revue de l’infrmière, L’infrmière magazine, etc.),
sans parler des innombrables articles et livres qui en traitent et dont on
trouvera les références au cours des diférents chapitres de cet ouvrage.
1818
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 18 18/12/2013 10:43SoInS InfIrmIerS : la formatIon et la profeSSIon en queStIon(S) • J. Marquet, N. Marquis, N. HubertIntroductIon
Cependant, ce fot de productions, scientifques ou indigènes, ne
tarit nullement les débats sociétaux et scientifques évoqués plus haut.
Il est en efet frappant de remarquer combien, au contraire, les débats
animant la profession restent vifs et fondamentaux : qu’est-ce qu’une
infrmière ? Qu’est-ce qu’un savoir infrmier ? À l’aune de quel critère
évaluer la qualité de ce travail ? Comment éduquer ? Comment se faire
reconnaître ? Etc.
Comment cet ouvrage se positionne-t-il dans ce contexte ?
D’abord, il est important de préciser ici l’angle d’attaque q-ui le carac
térise et lui permet de revendiquer une certaine originalité. L’ouvrage
se concentre principalement (mais pas uniquement) sur la question de
la transmission des savoirs, normes, valeurs et compétences propres aux
infrmières, en tant qu’il s’agit d’un creuset dans lequel les débats précédents
vont se cristalliser et prendre une acuité particulière. Plus précisément,
trois champs principaux seront ici tantôt traités de façon centrale, tantôt
éclairés par des contributions qui ofrent un décalage : les représentations
du corps et les « cartes » de l’intimité corporelle dans un contexte de
rupture des codes induits par la relation de soin ; l’apprentissage d’un
métier où les savoirs sont à la fois techniques et relationnecalres, f aits de
et de cure ; les attentes, anticipations, craintes et espoirs des étudiants
quant à leur future profession, son rôle, ses avantages, sa pénibilité. Par
ailleurs, une attention spécifque sera consacrée aux variables du genre
et du niveau d’expérience de soins d’hygiène acquis par les étudiants en
dehors de leur formation ou avant celle-ci.
Ensuite, l’ouvrage s’inscrit résolument dans une perspec-tive inter
disciplinaire de sciences humaines mais, tout en mettant en avant leurs
diférences et leur complémentarité, il se caractérise également par une
volonté d’intégration des diférentes approches.
Enfn, la perspective qu’il poursuit mérite d’être explicitée d’entrée de
jeu. Comme on le verra dans le point suivant, l’ouvrage a été construit tant
pour une utilisation pédagogique que pour donner lieu à des discussions
scientifques. En ce sens, il cherche, pourrait-on dire, à « donner à voir »,
c’est-à-dire à ofrir la possibilité d’une réfexivité accrue sur les pratiques,
les normes et les valeurs des professions infrmière et sage-femme, quitte,
par moments, à poser les « questions qui fâchent » : par exemple sur le
statut du savoir infrmier par rapport aux autres professions médicales,
sur la question de la « naturalitcaé  re» d pru odigué par les praticiens, sur
les aspects de pudeur, d’érotisme, voire de sexualité, qui interviennent
1919
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 19 18/12/2013 10:43SoInS InfIrmIerS : la formatIon et la profeSSIon en queStIon(S) • J. Marquet, N. Marquis, N. HubertIntroductIon
dans la relation de soin, sur la question du professionnalisme et de la
rémunération des soignants, etc. Plus encore, l’ouvrage vise à « donner à
penser » à propos de la transmission de ces valeurs et pratiques propres aux
professions infrmière et sage-femme, en donnant une place importante
à l’analyse des processus de réception des valeurs, normes et savoirs par
les étudiants et futurs professionnels.
3. Une intention pédagogique
Même si elles peuvent donner naissance à des problématiqu -es théo
riques, les questions soulevées par la formation en soins infrmiers
et sage-femme et par les pratiques qui y sont associées trouvent leur
origine dans des situations et des difcultés très concrètes rencontrées
de façon plus ou moins fréquente par des acteurs de terrain : praticiens,
enseignants, étudiants en soins infrmiers et sage-femme. Dès lors, il
apparaissait normal et souhaitable que les réfexions proposées dans cet
ouvrage puissent également opérer un retour vers les principaux acteurs
concernés. En ce sens, l’ouvrage s’adresse d’abord aux étudia-nts, ensei
gnants et praticiens en soins infrmiers, mais aussi à tout professionnel
cherchant à mieux comprendre les enjeux contemporains qui se nouent
autour de la problématique du soin. Sur chacune des trois thématiques
principalement traitées, il croise des analyses de résultats d’enquêtes
réalisées auprès d’étudiants en soins infrmiers et sage-femme, -des témoi
gnages de praticiens et/ou enseignants, et des éclairages analytiques ou
théoriques de spécialistes issus de diférentes disciplines (anthropologie,
démographie, économie, philosophie, psychosociologie, « scienc-es infr
mières », sexologie, sociologie). Ces trois types de contribution – résultats
d’enquêtes, témoignages, éclairages disciplinaires – pourront ê- tre mobi
lisés à des moments spécifques de la formation. À titre d’exemples : les
résultats d’enquête pourraient être présentés comme un miroir contrasté
des représentations des étudiants au début ou à la fn de leurs parcours
d’étude ; les témoignages pourraient être amenés par un formateur qui
pressent une difculté qui reste tue dans un groupe ; les éclairages tantôt
analytiques tantôt théoriques pourraient être discutés par les enseignants
des diverses disciplines intervenant dans la formation, pour montrer
l’apport tant de leur propre discipline que des disciplines voisines, et
ainsi ofrir aux étudiants des grilles d’intelligibilité de leurs pratiques.
2020
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4. La structure de l’ouvrage
L’ouvrage est structuré en une ouverture et trois parties qui traitent,
premièrement, de la place et de l’appréhension du corps dans les soins,
mais aussi dans les productions scientifques et, plus globalement, dans
la société ; deuxièmement, des logiques genrées qui traverse-nt la rela
tion de soin, afectant les attentes et les anticipations des soignants et
des soignés ; et, troisièmement, de l’expérience professionnelle, à partir
de questions clés comme la socialisation professionnelle ou le retrait
anticipé du métier.
Ouverture
En guise d’ouverture, un texte de Claude H L a a pbib ud: eur et ses limites.
Dans celui-ci, Claude Habib explore diférentes formes de la pudeur :
l’ aidos des Grecs, la pudeur sentimentale et la pudeur corporelle. Cette
mise en perspective suft pour rendre compte de la difculté à préciser les
contours de la notion. L’auteure défend cependant la thèse qu’il n’existe
pas de société humaine sans pudeur et, plus encore, que son existence est
une des conditions essentielles de la vie en société, sa fonction première
étant « de prévenir la violence dans les rapports humains ». Or, pour le
patient, la relation médicale est justement une de ces situations où sa
pudeur risque d’être mise à mal. Là où le professionnel pourra s - e raccro
cher à ses techniques et à ses protocoles, le patient se trouve démuni
dès lors que les routines de la vie ordinaire pour ménager sa pudeur se
retrouvent comme entre parenthèses. D’où le paradoxe de la logique
médicale moderne : elle doit être attentive à la pudeur des patients tout
en demandant à ces derniers d’y renoncer, par moments tout au moins.
Corps construit, corps investi
Les sept textes regroupés au sein de la première partie i C notrpsit ulée
construit, corps investi ont en commun d’interroger la place du corps
dans la société : les quatre premiers se focalisent pour l’essentiel sur la
relation de soin, les trois derniers élargissent la perspectiv-e en réinscri
vant la question du corps dans la dynamique des rapports sociaux, dans
2121
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des contextes culturels et sociaux spécifques. Nathalie Hubert, Jacques
Marquet, Nicolas Marquis et Anne-Marie Vuillemenot présentent tout
d’abord quelques résultats de l’enquête auprès des étudiants en soins
infrmiers et sage-femme sur le rapport au corps dans la relation de soin.
Ceux-ci font apparaître une cartographie du corps distinguant de façon
très nette, d’une part, des zones peu sensibles ‒ les étudiants considérant
qu’il n’est pas ou alors peu délicat de toucher ces parties du corps (tête,
bras, etc.) qui sont aussi celles qui peuvent être montrées dans l’espace
public occidental ‒ et, d’autre part, des zones sensibles qu’ils estiment
délicat de toucher (zone du sexe d’une femme ou d’un homme, zone anale,
poitrine d’une femme) et qui sont par ailleurs invisibles dans l’espace public
occidental. Si certaines caractéristiques de la socialisation au sein de la
famille, et notamment les expériences de nudité, peuvent avoir un impact
sur cette appréhension du corps, la socialisation à la profession dans le
cadre de la formation ne va pas radicalement modifer cette distinction
fondamentale qui se retrouve tant chez les étudiants de première année
que chez ceux de troisième année.
La place du corps est aussi au cœur de l’entretien avec Véronique
Lovens. À partir de son expérience de formatrice auprès d’étudiants en
soins infrmiers, elle met en exergue les difcultés qui ponctue-nt l’acqui
sition d’un autre rapport au corps que celui qui régule le quotidien. Ces
difcultés se concentrent autour du rapport au corps à soigner – le corps
à déshabiller, le corps qui élimine, le corps en soufrance et le corps en
érection – et de la gestion des émotions. Le travail sur l’attitude verbale
et comportementale des étudiants est au centre du dispositif pédagogique
amené à les appréhender.
Le texte d’Anne Piret prolonge cette réfexion. Elle analyse en efet
trois éléments importants du processus d’apprentissage et de l- a sociali
sation corporelle aux soins infrmiers des étudiants de première année,
à savoir : la présentation du cadre théorique de référence, les travaux
pratiques et les stages. Ce faisant, elle montre l’infuence sur les contenus
et dispositifs de formation, tant du contexte culturel marqué, d’une part,
par l’intériorisation d’une retenue à l’égard des fonctions corporelles et,
d’autre part, par la relégation des soins au corps dans la sphère de l’intime
(comme conséquence du déploiement de la civilisation des mœurs), que
du mouvement de professionnalisation des soins infrmiers qui conduit à
s’interroger sur les références théoriques, sur la formalisation des savoirs,
mais aussi sur les actes spécifques à la profession.
2222
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L’article de Marie-Joseph Biache ofre un décalage par rapport au
précédent ; il ne s’intéresse pas au soin du corps, mais à la connaissance
de l’anatomie corporelle. Il présente en parallèle deux modes -de connais
sance distincts : le premier, caractéristique de l’enseigneme-nt de l’ana
tomie prodigué aux étudiants en « Sciences et techniques des activités
physiques et sportives », se veut rationnel, procède d’une exopsie et opère
donc un mouvement qui tente à faire voir l’intérieur du corps à partir
de l’extérieur ; le second relève de l’autopsie, il inverse le mouvement, la
connaissance du corps se nourrissant d’épreuves, telle l’expérience de la
blessure et de la soufrance, qui ouvrent des possibilités de connaissance
de soi au-delà de la réalité anatomique. Indirectement, l’auteur met ainsi
en évidence les confits de légitimité entre ces savoirs ainsi produits.
Les connaissances scientifques difusées, comme va le montrer
Christine Detrez, ne sont pas non plus exemptes de positions normatives.
À partir de l’analyse d’encyclopédies contemporaines du corps humain
destinées aux enfants, elle va mettre en évidence un dispositi-f de natura
lisation de la féminité et de la masculinité. Sous couvert de présentation
d’une réalité biologique, c’est la diférence des sexes et la diférenciation
sociale des rôles qui se voient légitimées : les métiers, les attitudes, les
comportements, diférenciés au point de créer des univers masculins et
féminins distincts, viennent relayer des explications biologiques qui tendent
à naturaliser les représentations sociales associées à l’un et l’autre sexe.
Les deux textes suivants se placent dans une perspective an- thropolo
gique. Après une première discussion sur le caractère naturel ou non de
la nudité et sur la nécessité de la recouvrir dans le processus d- ’humanisa
tion et une seconde sur les enjeux coloniaux en termes de civilisation de
l’Autre autour de la dissimulation du corps du « sauvage », Anne-Marie
Vuillemenot interroge un des paradoxes du contexte cultu-rel contem
porain : la présence simultanée dans l’espace public de corps fortement
découverts et d’autres considérés par d’aucuns comme trop couverts. Elle
montre ainsi que la nudité et sa dissimulation s’inscrivent toujours dans
un contexte spécifque.
À partir d’une analyse du rôle joué aujourd’hui par la beauté dans
la formation des couples contemporains au Burkina Faso, Pierre-Joseph
Laurent témoigne du fait qu’il en est de même pour celle-ci, et p- lus large
ment pour la place du corps. Dans la société coutumière mossi, les jeunes
garçons et les jeunes flles n’intervenaient guère dans la conclusion des
alliances ; l’ordre politique inscrit dans les alliances et principes coutumiers
cadrait les nouvelles alliances. Dans le contexte d’efritement de cet ordre
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ancien, le mode de constitution des alliances s’en trouve bouleversé : le
corps devient un capital, qui permet certes à certains d’espérer pouvoir
bousculer les hiérarchies sociopolitiques établies et qui est pour d’autres
un bien qui sera l’objet de leurs convoitises, mais un capital qui à coup
sûr est source et producteur d’inégalités sociales.
Le genre du soin
La deuxième partie – Le genre du soin – compte six textes ; elle propose des
réfexions et analyses qui portent sur la dimension genrée des soins. Tout
d’abord, Jacques Marquet présente des analyses de résultats de l’enquête
sur le rapport au corps dans la relation de soin réalisée auprès d’étudiants
en soins infrmiers et sage-femme qui montrent que la projection de soi
tant comme patient potentiel que comme futur professionnel du soin fait
apparaître des logiques genrées. Lorsqu’il s’agit de se projeter comme
celui ou celle à qui on fait la toilette, les étudiants témoignent d’une
approche en termes générationnels privilégiant d’abord les parents des
deux sexes, s’il s’agit de familiers, et les adultes, s’il s’agit d’inconnus, là
où les étudiantes développent une approche en termes de genres optant
préférentiellement pour les femmes, connues ou inconnues. Malgré
quelques modifcations, la structure de ces résultats évolue peu au cours
de la formation. On retrouve une logique comparable chez les étudiantes
quand il leur est demandé de se projeter en tant que soignantes : au
début de leur formation, les difcultés anticipées se concentrent sur les
toilettes masculines. Les étudiants, par contre, sont davantage dans une
posture initiale de minimisation des difcultés à efectuer les toilettes
des femmes. C’est sur ces craintes, anticipées ou minimisées, que la
formation semble avoir l’impact le plus net, avec des efets diférenciés
auprès des étudiants et des étudiantes. Derrière ces résultats, on devine
des articulations entre termes de projections, de prescriptions sociales
et d’expériences vécues relativemecnat are, d u ’une part, et relativement
à la sexualité, d’autre part.
L’entretien accordé par Geneviève Boudard, Fabienne G érard et
Marie-Cécile Lorenzi, toutes trois formatrices d’étudiants en soins
infrmiers et sage-femme, met aussi l’accent sur les écarts entr-e les projec
tions des étudiants et, singulièrement, leur idéalisation de la profession,
d’une part, et la réalité découverte au travers des stages, d’autre part. De
l’analyse des diférentes formes d’idéalisation professionnelle, il apparaît
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d’abord que certains, principalement des étudiants, se projettent dans
un futur d’où l caere est exclu ou réduit à sa portion congrue (SIAMU),
et que d’autres, surtout des étudiantes, envisagent un avenir où il est
réservé à une population spécifque (parturientes, nourrissons) ; ces
projections, diférenciées en fonction du genre, vont afecter les attitudes
de ces étudiants face aux expériences professionnelles auxquelles ils vont
être confrontés. C’est notamment le cas des (premières) toilettes qui
renvoient aux expériences et aux représentations des étudiants relatives
à la sexuation du corps du patient et du leur, à la sexualité du patient
et à la leur, voire à l’orientation sexuelle du patient et à la leur. Mais il
est aussi des expériences où la dimension du genre, et même celle de la
sexualité, apparaissent comme secondaires face à des réalités d’un autre
ordre comme la démence ou la moIn r ft. ne, le genre et la sexualité ne
sont pas des préoccupations centrales du dispositif de formation, comme
si elles étaient reléguées par l’objectif d’acquisition des compétences,
dont on peut comprendre qu’elles seraient dégenrées et désexualisées.
Le texte d’Alain Giami, Pierre Moulin et Émilie Moreau revient
précisément sur la potentielle érotisation, et donc sur les formes sexua -
lisées, de la relation de soin. À partir d’une enquête sur la place de la
sexualité dans la relation de soin auprès d’infrmières et de soignantes, ils
mettent au jour une opposition entre des scénarios culturels qui confèrent
une dimension érotique certaine à l’image sociale de l’infrmière et des
scénarios professionnels qui excluent la dimension érotique du cadre des
activités des infrmières. Néanmoins, malgré la relative exclusion de la
question de l’érotisation des actes de soin consécutive à la codifcation des
pratiques professionnelles, et malgré l’absence d’un cadre institutionnalisé
pour appréhender les aspects sexualisés des soins, les infrmières et autres
soignantes n’en rapportent pas moins des formes d’érotisation de la rela -
tion, tantôt soft et généralement vécues comme positives, tantôt hard et
vécues comme négatives. La mobilisation de la dimension du genre, par
la mise en évidence des connotations socialement genrées de ces types
d’érotisme notamment, permet de comprendre que, dans les situations
qui relèvent du premier type, l’érotisation peut devenir une composante
de la relation en ce qu’elle est susceptible d’humaniser les soins ; celles qui
renvoient au second, par contre, sont considérées comme inacceptables
dans l’espace professionnel.
Bien que traitant d’un tout autre sujet, celui des hommes sages-femmes,
Philippe Charrier interroge lui aussi l’articulation entre compétences
professionnelles et genre. Les hommes sages-femmes remettent en question
2525
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l’association entre soin et genre féminin, entre soin et compétences (dites)
féminines. Philippe Charrier met en évidence le travail de ces hommes
amenés à repousser l’argument de compétences professionnelles inscrites
dans une nature féminine ; il montre aussi que la présence de ces hommes
dans la profession est l’occasion d’une redéfnition de la relation de soin
en termes de pratiques plutôt qu’en termes de dispositions.
Le lien entre genre et soin est aussi au cœur de l’article de Natalie
Rigaux. Au début d’un processus de recherche, elle propose une réfexion
à partir de la revue de la littérature sur le soin et l’éthique du soin.
Après l’avoir distinguée de l’éthique de justice, elle tente de préciser les
conditions auxquelles l’éthiqucae dre p u ourrait, d’une part, contribuer à
l’émancipation des femmes et, d’autre part, être utile aux professionnels
pour penser leur travail d’aide et de soin.
Du care, il en est aussi question dans l’article de Florence Degavre,
Ludovica Gambaro et Annamaria Simonazzi, mais cette fois dans un
cadre diférent, celui de l’aide à domicile, et dans une perspective plus
large, celle de la comparaison internationale des réformes entreprises
depuis une vingtaine d’années en Allemagne, en Belgique, en Italie et au
Royaume-Uni. L’objectif avoué de ces politiques était double : accroître
le volume du care et répondre aux besoins inhérents au vieillissement
prolongé. Les auteures en étudient les efets tant pour les proches qui
participent aux soins que pour les professionnelles et professionnels du
care à partir du concept de défamilialisation, c’est-à-dire en évaluant la
propension de ces politiques à décharger les épouses et compagnes, mères
ou flles, des activités familiales et à amener ces dernières à l- ’indépen
dance économique.
Identités et pratiques professionnelles
La troisième partie, intitIudlenée tité et pratiques professionnelles, rassemble
six textes qui traitent tantôt de l’apprentissage d’un métier, tantôt du vécu
professionnel, en ce compris dans ces composantes sensibles : conditions
de travail pénibles, quêtes d’identité et de reconnaissance, etc. Tout
d’abord, après avoir proposé un cadre d’analyse du processus d- e socia
lisation professionnelle d’inspiration bourdieusienne, Nicolas Marquis
tire quelques leçons de l’enquête auprès d’étudiants en soins infrmiers et
sage-femme relativement à ce processus, et plus spécifquemetehnost à l ’
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– saisi à partir du degré d’acquisition des normes et des vale urs – et à
l’hexis – mesurée par le degré d’aisance à pratiquer des soins – p- rofes
sionnels et, fnalement, au sentiment de se sentir prêt à exercer au terme
du cycle de formation. Relativement au système de normes et valeurs, les
résultats montrent un degré de conformité élevé pour les diférents aspects
qui font l’objet de conseils extrêmement formalisés, mais, par contre,
davantage de divergences, et ce même en troisième année, lorsque l’on
s’éloigne de ces aspects aisément formalisables pour aborder, par exemple,
la juste distance au patient. Pour ce qui est de l’aisance à prodiguer des
soins, celle-ci progresse nettement au cours du processus de socialisation.
Mais il n’en reste pas moins que subsiste encore en troisième année une
minorité d’étudiants qui ne se sentent pas prêts à exercer, ne sont pas à
l’aise dans la relation de soin et estiment manquer de certa-ines compé
tences nécessaires dans l’exercice de la profession.
Se fondant sur une enquête ethnographique et sa longue expérience
professionnelle, Michèle Olivier-Amouroux développe, dans l’entretien
qu’elle nous accorde, une réfexion sur la profession infrmière en déroulant
le fl conducteur de la tenue de celles qui la pratiquent. Celle-ci s’avère
être un élément déterminant du processus qui transforme la femme en
soignante, en ce qu’elle contribue à son identifcation professionnelle
et qu’elle lui donne accès à des registres d’interactions codifées. Le
vêtement professionnel est un support qui peut tout aussi bien marquer
des diférences – lorsque par exemple sa couleur traduit l’implication
dans un service particulier qui mobilise des compétences spécifques –,
que les masquer – il en est ainsi, quand au cours de l’histoire récente,
l’efacement de la distinction entre hommes et femmes s’est traduit sur
le plan vestimentaire par la généralisation de la tunique pantalon.
Nathalie Burnay, Céline Decleire et leurs collaborateurs s’intéressent
aux logiques de départ de la profession. Plus précisément, en se basant
sur une analyse des données belges de l’enquête NEXT, elles tentent
de mesurer l’impact des conditions de travail (mesurées à partir des
dimensions de sécurité d’emploi, satisfaction fnancière, reconnaissance
sociale, relation à la hiérarchie et aux collègues, sens du travail, charge
psychosociale, degré d’autonomie, degré d’intensifcation du travail), ou,
plus exactement, de la façon dont elles sont vécues, sur les intentions de
quitter la profession. Elles mettent en évidence l’efet diférencié de ces
multiples composantes et, si on se focalise sur les infrmières, le poids
particulièrement signifcatif de la sécurité d’emploi, de la satisfaction
fnancière, du besoin de reconnaissance sociale et du sens du travail.
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Florence Douguet se penche, elle aussi, sur les conditions de travail
des professionnels de la santé et, plus précisément, des infrm -ières sala
riées et libérales françaises. Son questionnement porte sur les pénibilités
professionnelles de natures organisationnelle, physique et psychique et
les façons dont elles sont gérées. Les données d’enquête dont elle dispose
lui permettent tout d’abord de spécifer les contraintes qui pèsent sur
les infrmières exerçant en établissements de santé d’une part, sur les
infrmières indépendantes d’autre part. Elle met ensuite au jour des
modes de gestion des pénibilités assez diférenciées selon les secteurs.
Les infrmières libérales disposent de marges d’autonomie spécifques
qu’elles mettent à proft pour développer des modalités d’ajustement qui
semblent efcaces dans la mesure où elles expriment, comparativement
à leurs collègues salariées, un degré de satisfaction au travail plus élevé
et une envie moindre de quitter le métier.
Les deux derniers textes posent indirectement la question du statut
social et symbolique de la profession et de celles et ceux qui l’exercent ;
cette question est au cœur de l’article de Catherine Mercadier. Elle y
défend la thèse que ce statut, peu valorisé, a à voir avec cert-aines carac
téristiques de l’activité de soin, comme avec le fait que le soin infrmier
implique une proximité avec le corps du patient, malade, parfois entre
la vie et la mort. Ce corps-à-corps ne va pas sans susciter des émotions
fortes, tant chez le soignant que chez le soigné, contre lesquelles les uns
et les autres vont devoir se protéger. Mobilisant une approc-he anthro
pologique, l’auteure met alors au jour des pratiques qu’elle assimile à des
rituels de protection : rituels de purifcation, rituels d’agrégation, rituels
de séparation. Il arrive cependant qu’ils s’avèrent inefcaces à gérer la
distance soignant-soigné, faisant alors jaillir un risque de « contamination
symbolique » qui, selon l’auteure, afectera le soignant, mais aussi plus
largement le statut social et symbolique de l’infrmier(e).
Dans une perspective voisine, Michel Nadot se pose la question de
la reconnaissance de l’identité professionnelle et scientifque des et chez
les infrmières. La perspective historique qu’il déploie pour l’examen des
idées sur le « prendre soin » en institution l’amène à formuler u- ne propo
sition analytique qui situe les fondements de la « discipline infrmière »
dans l’activité d’intermédiaire culturelle, à l’intersection des dimensions
langagières institutionnelle, biomédicale et de médiation de vie. Son
analyse le conduit alors à substituer à l’intitulé « sciences infrmières »,
celui de « médiologie de la santé ».
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Remerciements
Le présent ouvrage est le fruit de travaux initiés en 2004 lor-s d’un sémi
naire d’introduction à la recherche destiné aux étudiants du master en
sociologie, et prolongés à partir de 2007 par ceux d’une équipe p- luridis
ciplinaire – composée de deux sociologues, d’une infrmière de formation
engagée dans la formation des étudiants en soins infrmiers et sage-femme
ainsi que dans la formation des aides-soignantes, et d’une a - nthropo
logue – menant une recherche sle ruar pport au corps dans la relation de
soin auprès d’étudiants dans les sections soins infrmiers et sage-femme
de neuf Hautes écoles de la Communauté française de Belgique. Sans
2attendre la publication des conclusions complètes de cette r, echerche
un colloque international réunissant praticiens et spécialistes issus de
diférentes disciplines, invités à intervenir relativement aux thématiques
préalablement déterminées, fut organisé à l’UCL (Louvain-la-Neuve) les
er31 mars et 1 avril 2011, avec le double objectif de faire état des premiers
résultats de l’enquête et de nourrir les débats par les apports de chercheurs
et professionnels internationaux, spécialistes de disciplines diférentes.
Le présent livre constitue la trace écrite de cet événement scientifque.
Mais bien qu’il s’agisse d’actes d’un colloque, il ne représente pas une
simple collection de textes ayant servi de base aux interventions orales.
Les articles présentés ont fait l’objet d’une remise sur le métier par les
auteurs et d’un travail éditorial de longue haleine. La structure du livre a
été pensée de façon à articuler les textes de façon cohérente, en respectant
la fructueuse diversité des approches mobilisées et des aspects du soin
infrmier traités par les auteurs.
Ce colloque a reçu le soutien du Fonds national de la reche-rche scien
tifque, du ministère de la Santé, de l’Action sociale et de l’Égalité des
chances de la Région wallonne, du ministère de la Culture, de l’Audiovisuel,
de la Santé et de l’Égalité des chances de la Communauté française, de la
Catégorie paramédicale de la Haute école de Namur-Liège-Luxembourg
(HENALLUX, ex-HENAM), de l’Institut d’analyse du changement
dans l’histoire et les sociétés contemporaines (IACCHOS – UCL) et
des Conférences Jacques Leclercq.
L’enquête n’aurait pu être réalisée sans la collaboration fructueuse
des directions des neuf Hautes écoles de la Communauté française qui
2 Un livre et des articles qui exploitent de façon plus systématique les riches résultats
de cette enquête sont actuellement en préparation.
2929
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 29 18/12/2013 10:43IntroductIon
ont accepté que les chercheurs rencontrent leurs étudiants. Il s’agit des
3Hautes écoles suivantes : la Haute école Charleroi-Europe, la Haute
école de la province de Liège, la Haute école de la province de Namur,
la Haute école de Namur, la Haute école Galilée, la Haute école Léonard
de Vinci, la Haute école libre du Hainaut occidental, la Haute école libre
mosane, la Haute école Robert Schuman.
Nous tenons aussi à remercier tous ceux qui, de diverses manières, ont contribué
à la réalisation de cet ouvrage, tous les auteurs pour la qualité de leur concours,
mais aussi tous les collègues et collaborateurs dont les interventions ont été
précieuses. Notre gratitude va spécialement à Marie-Charlotte Declève,
Nathalie Frogneux, Bernard Fusulier, Fabienne Kesch, Armand Lequeux,
Vincent Lorant, Agnès Mathieu-Hendricx, Paul Servais et Isabelle Teys.
3 Nous avons ici gardé les appellations de la période de réalisation de l’enquête (2007-
2010).
3030
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 30 18/12/2013 10:43IntroductIon
le rapport au corps Dans la relation De soin :
l’enquête
Nicolas Marquis, Nathalie Hubert, Jacques Marquet
1. De l’enseignement à la recherche
Lorsque l’on évoque l’une des particularités de l’université, à savoir la
combinaison de l’enseignement et de la recherche, on pense souvent à la
façon dont la recherche vient nourrir les cours donnés aux étudiants. Il
arrive cependant parfois que des projets intellectuels trouvent leur origine
dans des dynamiques d’enseignement. Le présent ouvrage résulte pour
une bonne part de l’aboutissement d’une telle logique.
En 2004, un séminaire d’initiation à la recherche destiné aux étudiants
du master en sociologie se donne pour thème « le rapport au corps dans la
relation de soin ». Malgré le dessein avant tout pédagogique des enquêtes
qualitatives et quantitatives réalisées dans ce cadre, leurs r-ésultats, forcé
ment parcellaires, ont révélé l’intérêt d’une problématique fnalement
assez peu explorée de façon systématique : les multiples transformations
du rapport au corps, au sien comme à celui du patient, qu’implique le
fait de devenir et de rester un(e) professionnel(le) de la relation de soin.
Les résultats d’enquête avaient conduit à se centrer sur un moment
particulier du parcours professionnel des infrmières, à savoir les prémisses
que représente le temps des études et de la formation. Les étudiant(e)s
interrogé(e)s alors maniaient volontiers le vocabulaire du « choc », de la
« rupture » pour parler des « premières fois » – notamment la première
toilette efectuée sur un patient – expérimentées dans les stages liés aux
études. Qui plus est, alors que certaines difcultés rencontrées au début
de la formation semblaient s’estomper au cours de celles-ci, d’autres
perduraient au-delà des années d’études.
Parmi les multiples corps professionnels impliqués dans la relation
de soin, celui des infrmier(ière)s dénote par la complexité de sa situation
et de ses pratiques. Alternant soins techniques et soins d cur’hey giène,
31
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 31 18/12/2013 10:43IntroductIon le rapport au corpS danS la relatIon de SoIn : l’enquête • N. Marquis, N. Hubert, J. Marquet
etc are, les infrmières ont en charge des aspects extrêmement variés de
la relation de soin, et ce dans un contexte où leurs revendications de
reconnaissance de cette diversité de tâches – qui fonde paradoxalement
l’unité et la spécifcité de leur profession – ne sont pas toujours entendues,
et où la pénibilité des conditions de travail m ethet los preuor fessionnel
à rude épreuve.
2. L’enquête
De tels résultats méritaient un approfondissement. À partir de 2007, une
équipe pluridisciplinaire composée de deux sociologues, d’une infrmière
de formation engagée dans la formation des étudiants en soins infrmiers
et sage-femme ainsi que dans la formation des aides-soignantes, et d’une
anthropologue, mit sur pied un dispositif d’enquête méthodologiquement
contrôlé. Plusieurs particularités de cette recherche sont à souligner.
Premièrement, le mode de questionnement. L’enquête exploratoire,
tant qualitative que quantitative, ayant permis de formuler des hypothèses
et de dégager un certain nombre de pistes interprétatives, il devenait
pertinent de les mettre à l’épreuve à partir d’un mode de récolte des
données relativement standardisé. Les données ont été récoltées via un
questionnaire composé de questions fermées ou semi-fermées.
Deuxièmement, l’ampleur de l’enquête. La population visée était
celle des étudiants en soins infrmiers et sage-femme de la Fédération
Wallonie-Bruxelles. Dès lors qu’il n’était guère possible de réaliser l’enquête
dans l’ensemble des écoles concernées, l’option retenue fut de demander
la collaboration d’un nombre signifcatif d’écoles en restant attentif à la
diversité géographique d’une part, à la spécifcité bruxelloise d’autre part.
En efet, les écoles proches de la frontière française accueillent un nombre
important d’étudiants français qui, en conséquence, ont suivi un mode
d’enseignement diférent de celui dans lequel ont été inscrits la majorité
des étudiants ; la population de la région bruxelloise se caractérise par
une diversité culturelle plus grande et par une proportion importante
de jeunes issus d’une culture autre qu’occidentale. Il nous paraissait
important de pouvoir mesurer l’impact potentiel de ces deux facteurs,
à savoir les expériences préalables de formation ainbasi qckguroe lune d
familial et culturel, en termes de socialisation des étudiants au début de
leur cursus de formation. Sur un total de quinze écoles de la Fédération
Wallonie-Bruxelles, neuf écoles dont trois établies sur plusieurs sites ont
3232
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 32 18/12/2013 10:43IntroductIon le rapport au corpS danS la relatIon de SoIn : l’enquête • N. Marquis, N. Hubert, J. Marquet
1participé à l’enquê t: de eux écoles et trois sites à Bruxelles, deux écoles
et trois sites en province du Hainaut, deux écoles en province de Namur,
deux écoles et quatre sites en province de Liège, une école en province
du Luxembourg.
Troisièmement, sa structure. L’enquête s’est déroulée en deux vagues
successives. La première prit place durant l’année scolaire 2007-2008 et
fut réalisée auprès des étudiants de première année en soins infrmiers et
sage-femme des écoles sélectionnées. La seconde vague intervint durant
l’année scolaire 2009-2010, c’est-à-dire deux ans après la première ; les
étudiants de troisième année en soins infrmiers et sage-femme des mêmes
écoles furent interrogés. Il s’agissait donc potentiellement des mêmes
étudiants. Une clé d’identifcation avait été construite afn de pouvoir
relier les questionnaires remplis aux deux vagues par un même répondant.
Le pairage ne fut évidemment pas possible pour tous les questionnaires.
Outre des erreurs et contingences matérielles – clé d’identifcation mal
remplie, étudiants de troisième année qui ne se souvenaient plus avoir
rempli le questionnaire en premainèrenée, étudiants absents le jour de
la passation d’un des deux questionnaires, etc. ‒, les modifcations subies
par la cohorte d’étudiants – abandon ou redoublement d’étudiants,
changement d’établissement scolaire, arrivée d’étudiants étrangers en
cours de parcours, etc. – ont réduit le nombre de paires théoriquement
possibles. Au cours de la première vague, 1 468 étudiants issus des neuf
écoles ont complété le questionnaire de manière valide. Durant la seconde
vague, 764 questionnaires ont été récoltés sur les mêmes lieux. Au fnal,
373 questionnaires de la première et de la seconde vague ont pu être
« pairés ». Même si ce sous-échantillon de questionnaires « pairés » est
peu mobilisé pour les résultats présentés dans cet ouvrage, il ouvre des
perspectives d’analyse très importantes pour interpréter d’éventuelles
évolutions entre la première et la troisième année d’études dans la mesure
où il permet de départager deux hypothèses : celle qui rend compte des
changements par des efets de socialisation et celle qui les renvoie à des
efets de sélection progressive des étudiants. Le tableau qui suit présente
quelques caractéristiques sociodémographiques des étudiants ayant
répondu au questionnaire en première et en troisième année ; nous nous
limitons ici à quelques variables mobilisées dans la suite de l’ouvrage.
1 Cette comptabilisation se base sur la situation de 2007 et ne tient pas compte des
fusions intervenues depuis.
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Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 33 18/12/2013 10:43IntroductIon le rapport au corpS danS la relatIon de SoIn : l’enquête • N. Marquis, N. Hubert, J. Marquet
Tableau 1 – Caractéristiques sociodémographiques des étudiants ayant participé
à l’enquête pendant l’année scolaire 2007-2008 (vague 1) d’une part, et pendant
l’année scolaire 2009-2010 (vague 2) d’autre part.
Vague 1 Vague 2
N = 1468 N = 764
sexe
Femmes 83 % 82 %
Hommes 17 % 13 %
Nationalité
Belges 69 % 67 %
Français 22 % 21 %
Autres 9 % 11 %
Âge
16-20 ans 71 % 19 %
21-25 ans 19 % 61 %
>25 ans 9 % 17 %
Filière
Soins infrmiers 85 % 80 %
Sage-femme (S-F) 15 % 15 %
Soins infrmiers visant S-F 3 %
Orientation dans le secondaire
Général 50 % 56 %
Technique transition 11 % 9 %
Technique qualifcation 16 % 7 %
Professionnel 3 % 2 %
Bac français 20 % 19 %
Autre 2 % 4 %
Tendance spirituelle
Catholique 59 % 65 %
Protestant 5 % 2 %
Musulman 5 % 4 %
Athée/agnostique 26 % 24 %
Autres 3 % 4 %
Pour alléger la lecture du tableau, les pourcentages des catégories « non-
réponse » et « ne sait pas » ne sont pas présentés, mais ces modalités sont bien
intervenues dans le calcul des pourcentages.
Si ce n’est le vieillissement tout à fait logique de la population entre
les deux vagues d’enquête, les caractéristiques sociodémographiques
restent relativement stables. Sans que ce soit l’objet de cette étude, les
données présentées laissent deviner un efet de sélection en fonction de
3434
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 34 18/12/2013 10:43IntroductIon le rapport au corpS danS la relatIon de SoIn : l’enquête • N. Marquis, N. Hubert, J. Marquet
l’origine sociale des étudiants. Les données pairées non reprises dans
ce tableau le confrment : les étudiants qui arrivent en troisième année,
et plus encore ceux qui y arrivent sans redoublement, sont d’abord ceux
dont le jeune âge laisse penser qu’ils ont réussi jusque-là des études sans
encombre, issus de l’enseignement général, et dont les caractéristiques
en termes de nationalité et de tendance spirituelle les identifent à la
population francophone d’origine.
Quatrièmement, les thématiques abordées. Plusieurs questions de
recherche ont présidé à la construction du questionnaire :
• Quel est le rôle des expériences corporelles de nudité ou de soins
antérieures à la formation, au sein de la famille notamment, dans
l’apprentissage de la relation de soin professionnelle ?
• Comment la logique du soin professionnel s’engrène-t-elle avec
la logique des soins perçus et reçus au sein de la famille, ainsi
qu’avec la logique du genre ?
• Existe-t-il un lien entre le degré d’aisance qu’on peut ressentir à
recevoir des soins d’hygiène et celui ressenti lorsqu’il s’agit d’en
prodiguer ?
• Quelles sont les difcultés éprouvées à soigner certaines parties
du corps ?
• Comment la logique universelle – selon laquelle les infrmières
seraient censées prodiguer des soins à n’importe quel patient – se
confronte-t-elle aux situations forcément particulières de soins
octroyés à des personnes possédant certaines caractéristiques
sexuelles, physiques ou sociales ?
• Comment les étudiants se représentent-ils le rôle de l’infrmière
en termes dcea re – réconfort, attention, personnalisation de la
relation – et d cur e e – soins d’ordre plutôt technique ?
• Quelles sont les potentielles difcultés professionnelles perçues
par les étudiant(e)s en fn de cycle ?
Ces questions sont traitées dans les pages qui suivent. Elles y sont
regroupées en trois thèmes principaux qui forment les trois parties
de l’ouvrage : la diversité des « cartes » de l’intimité corporelle ou les
représentations du corps en action ; le genre du soin ou l’inégalité des
attentes et des anticipations selon le genre des soignants et des soignés ;
la socialisation professionnelle des étudiants en soins infrmiers ou
l’apprentissage d’un métier et l’appréhension de la vie professionnelle.
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Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 35 18/12/2013 10:43Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 36 18/12/2013 10:43ouverture
La pudeur et ses limites
Claude Habib
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 37 18/12/2013 10:43Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 38 18/12/2013 10:43la puDeur et ses limites
Claude Habib
Qu’est-ce que la pudeur ? C’est le sentiment de ce qui, étant personnel, doit
être soustrait à la perception d’autrui. Plutôt que de la défnir d’emblée,
nous en donnerons trois exemples particulièrement violents : le premier
est exotique, le deuxième est antique et le dernier contemporain.
Le premier est relaté par Hans Peter Duerr, dans son livre somme,
Nudité et pudeur. Il s’agit d’un pet, rien de plus trivial. Ce pet est émis en
public, par un habitant de l’île de Tikopia, dans le Pacifque. L’insulaire
quitte les lieux rouges de confusion.
Quelques jours plus tard, on le retrouva mort à la cime d’un cocotier. Il
avait opté pour le mode de suicide en usage sur cette île des mers du
Sud, qui consiste à s’empaler sur des bractées coupantes et pointues de
cet arbre (Duerr, 1998 : 215).
La deuxième histoire est antique, c’est le suicide de Lucrèce, après son
viol par Tarquin. C’est un épisode de l’histoire de Rome, fréquemment
célébré par la peinture classique. Titien en a donné plusieurs admirables
versions. L’épouse romaine prouve par son suicide le prix qu’elle mettait
à l’honneur qu’elle a perdu, car l’honneur d’une femme consiste dans sa
réputation de pudeur. En apprenant ces faits inouïs, le peuple prend les
armes, renverse les Tarquin et institue la République.
Qu’une femme mariée ne puisse survivre à l’événement d’un viol
rappelle l’existence d’une humanité prémoderne, intransigeante sur le
chapitre des mœurs, et jusqu’à l’injustice : pourquoi la victime devrait-
elle se sentir coupable ? En quoi consiste le « déshonneur » de Lucrèce ?
Sa tragédie appartient, semble-t-il, à la préhistoire morale de l’humanité.
La troisième histoire est récente. Tyler Clementi était un violoniste
plein de talent, étudiant à Rutgers, âgé de dix-huit ans. Le 18 septembre
2010, son colocataire enregistre, à l’aide d’une webcam, une rencontre qui
se produit à leur domicile et en son absence entre Tyler Clementi et un
partenaire homosexuel. Le colocataire met le flm en ligne sur un réseau
social. Quatre jours après, Clementi se suicide en sautant du Georges
Washington Bridge. Cette histoire qui a secoué l’Amérique rappelle que
39
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l’intransigeance n’est pas un état dépassé des bonnes mœurs. Elle est le
propre de ce vieux sentiment malmené, la pudeur. La langue anglaise,
à laquelle ce mot manque, invoqu pe lriva acy, sur le plan juridique. Sur
le plan moral, elle a recours à des équivalents co dmecemne lcy oua le
sense of shame.
Concluons de ces trois exemples que partout et en tout temps, l’attentat
à la pudeur peut tuer. Il est donc normal que la médecine, qui cherche
à maintenir en vie, s’en préoccupe, même si elle a rarement afaire à des
cas aussi outrés.
Sentiment intime, sentiment de l’intime, la pudeur dépend de l’aptitude
sociale à être inhibé. La première inhibition, la plus évidente, et qui nous
distingue des animaux, est indiquée par les vêtements que nous portons.
La plus patente de nos inhibitions, c’est que nous n’imaginons pas sortir
sans vêtement, si ce n’est dans les rêves – un des rêves d’angoisse les plus
fréquents consiste à se retrouver nu dans un lieu public. Pour la plupart
des gens, la plupart du temps, la nudité est une humiliation à moins qu’elle
ne soit autorisée par une situation particulière – il y en a au moins trois :
la relation érotique, l’examen médical et, enfn, la convention nudiste
qui n’est pas un retour à un état présocial, mais une convention sociale
particulière créant un espace à part du monde commun.
La pudeur est liée au danger ou au sentiment du danger qu’on éprouve
à être perçu. Les animaux l’ignorent. Un cheval, en promenade, défèque
sans s’arrêter de marcher. Sa placidité a quelque chose d’étonnant. Il
n’existe pas de pudeur animale, même si certains animaux peuvent se
cacher pour copuler, ou s’eforcer de dissimuler leurs excréments. Les
éthologues nous apprennent que ces comportements que nous pourrions
prendre pour de la pudeur obéissent à d’autres raisons. Ces conduites
s’expliquent en général par l’efort pour échapper aux prédateurs. Ainsi
le chat, qui est vulnérable, enterre ses fèces, les grands félins ne le font
pas. C’est donc la prudence, et non la pudeur, qui explique les allures
timides de certaines espèces ou de certains individus d’une même espèce.
Si la pudeur est générale dans l’espèce humaine, elle n’est jamais
absolue et s’accommode de distinctions qui délimitent ce qu’on a le droit
de montrer dans telle ou telle circonstance. Le fait qu’il existe des zones
diférenciées n’annule pas ce danger. Il le pare et l’encadre, ce qui revient
à le prendre en charge.
Ainsi les nudistes ne sont pas des êtres sans pudeur : ce sont des gens
qui se sont mis d’accord pour être nus, durant un certain laps de temps et
4040
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 40 18/12/2013 10:43ouverture La pudeur et ses Limites • C. Habib
dans certains lieux. Cette nudité sans agression, cette nudit-é non vulné
rable est liée au temps récréatif : le temps des vacances ou celui du sauna
dans les pays scandinaves. Certains rêvent de l’étendre et d’universaliser
le mode de vie nudiste, mais ils n’ignorent pas la norme commune et,
généralement, s’y plient sans difculté. De la même façon, en Grèce,
la nudité était restreinte à des occasions particulières : les- Grecs prati
quaient la nudité athlétique. Mais la nudité n’avait pas cours en dehors
des entraînements et des jeux. Elle est également proscrite dans la Gaule
préromaine, même si les Gaulois allaient nus au combat, ce qui n’a pas
manqué de frapper les historiens romains. Les petits enfants, en revanche,
sont sans pudeur : ils ne transgressent pas la norme, ils l’ignorent. Ils
n’acquièrent le sens de la pudeur que progressivement, après la maîtrise
de la miction et de l’excrétion. Ce n’est donc pas une capacité innée.
Mais c’est une capacité universelle. Il n’existe aucun groupe humain sans
vêtement, même s’il peut être minimal, comme les étuis péniens. Le
langage partage avec la pudeur une double caractéristique : il doit être
acquis, il est universel. Personne ne parle à la naissance, il n’existe aucun
groupe humain sans langage. Personne n’est originellement pudique,
nos parents et les adultes qui nous entouraient ont dû nous enseigner la
pudeur corporelle, même si nous n’avons pas gardé la mémoire de cette
première éducation. Aucun nourrisson n’est pudique. À l’état normal,
aucun homme n’est dénué de pudeur.
1. La relation de soin
La relation médicale est une des zones où la pudeur vacille. Elle vacille
pour le malade, pour lui d’abord et peut-être pour lui seulement. Le
personnel soignant, quant à lui, suit des règles. Il applique des protocoles
qui sont parfois extravagants relativement à l’expérience ordinaire, mais,
pour un soignant, ces protocoles sont routinisés. Ils obéissent à une
rationalité. Par exemple, l’échographie par voie vaginale, quand elle est
pratiquée par un gynécologue masculin, ressemble à une séquence de
flm pornographique : un homme introduit un objet oblong et lisse dans
le vagin d’une femme puis il opère, avec cet objet, divers mouvements de
tâtonnement et de rotation. Il est vrai qu’il suit sur un écran les images
de l’utérus : le but de son geste n’est pas les sensations qu’il peut causer à
la patiente, mais les informations que l’appareil peut lui fournir, une fois
qu’il sera positionné convenablement. Le médecin est à son afaire ; la
4141
Corps_soignant_MEP_OKcorr4OK.indd 41 18/12/2013 10:43ouverture
patiente, en revanche, est forcément déconcertée. Les proctologues qui
pratiquent le toucher rectal infigent aux patients qu’ils examinent un
autre efondrement de la norme ordinaire : ce qui est licite et convenable
n’a plus cours.
Cette exemption des règles ordinaires conduit à s’interroger sur les
limites de la pudeur. Les remises en cause de l’organisation hospitalière
par des patients de culture islamique sont à la fois prévisibles et déplacées.
Bien sûr, les soins de la médecine moderne impliquent des attentats à la
pudeur, mais, bien évidemment, ces attentats n’en sont pas. L’exigence
d’avoir afaire à des gynécologues ou des obstétriciens de sexe féminin
est très naturelle, mais le monde moderne a cessé d’être naturel sur bien
des points. Habiter le monde moderne, c’est s’obliger à faire ce qu’on n’a
pas envie de faire, s’astreindre à des choses ennuyeuses, comme remplir
des formulaires, ou suspendre des réfexes élémentaires, comme la gêne
féminine au contact de l’autre sexe. La pudeur, qui exige telle et telle
mesure, est déplacée parce qu’un patient n’a pas à exiger. Il est certes
en droit d’espérer des soins et de l’attention, mais il n’est pas l’égal de
ceux qui le prennent en charge. C’est un être démuni qui bascule tour
à tour de la soufrance à la gratitude ; ce n’est pas un sujet de droit qui
s’insurge devant ses égaux.
La remise en cause des formes de la pudeur est fagrante en c -as d’hos
pitalisation, même si les examens intimes qui viennent d’être évoqués ne
sont pas monnaie courante dans les tâches d’une infrmière : la plupart
du temps, elle remet au malade des cachets ou vérife le niveau d’une
perfusion. Mais le patient, du moment qu’il entre dans une chambre
d’hôpital, ne peut plus compter sur la stabilité des codes ordinaires. La
manière dont il est regardé change. Il sera désormais examin -é clinique
ment. On ne se rend pas compte de la timidité qui habite notre regard.
Je me suis aperçue du vieillissement d’un professeur que je connaissais en
le voyant dans un flm. Or, c’était quelqu’un que je voyais souvent, que
je connaissais, j’allais dire familièrement, mais ce serait faux puisque je
n’avais jamais remarqué un certain relâchement de la peau de son cou,
qui soudain me sautait aux yeux. Ma surprise m’apprenait qu’auparavant,
je n’avais jamais levé les yeux sur lui pour le détailler. Nous dévisageons
crument les visages télévisuels parce qu’ils ne peuvent pas nous rendre
notre regard, mais nous portons les uns sur les autres des regards bien
plus obliques, à la fois plus désirants et plus prudents.
Arrivé à l’hôpital, le patient se retrouve dans un environnement
qui ne lui est pas familier, où il a perdu la liberté de s’enclore. Les deux
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