L'esprit de combat

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Français
210 pages
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Description

Laure a vécu de terribles faits pendant son enfance. L'interaction de ces événements anciens a engendré des retentissements, qui dépassent sa propre existence. L'initiation d'un traitement contre l'hépatite C survient, dans ce contexte, comme un catalyseur. La lutte pour la résolution du passé vient progressivement sublimer le combat mené contre la maladie. Un témoignage singulier et d'une grande force, qui s'inscrit dans un contexte d'actualité brûlant.

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Date de parution 01 décembre 2011
Nombre de lectures 38
EAN13 9782296476776
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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L’ESPRIT DE COMBAT

Lutte contre l’hépatite C






















Histoire de Vie et Formation
Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé,
Guy Jobert, Catherine Schmutz-Brun, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la
formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire
de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux
versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique.
Le voletFormations'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant
des nouvelles anthropologiespour comprendredes histoires de l'inédit
vie. Le voletHistoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des
acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en
sens.

Dernières parutions

Volet :Histoire de vie

M. CAMEY,Chirurgien de l’impossible. 54 ans à l’Association
française d’urologie,2011.
P. GALVANI, Y. de CHAMPLAIN, D. NOLIN, G. DUBE (coord.),
Moments de formation et mise en sens de soi, 2011.
Jean FERREUX,Prise de ris[que]. Pamphlet autobiographique,
2011.
Julie DOLLÉ,Vaincue, parfois… Résignée, jamais !, 2011.
Jacques SERIZEL, Armelle ROUDAIRE,:André de Peretti
rencontres et compagnonnages franco-marocains. Entretien avec
Gaston Pineau,2011.
Yves NIGER,La roue du hamster, 2010.
Jean-Pierre WEYLAND,L’imparfait du subjectif, 2010.
SAPHIRA X,Mémoires d’une fille paumée, 2010.
Anne-Marie PIFFAUT,Les secrets de Lina, Persévérance,2010.
Maurice ANDRE,Récit de vie d'un marin, 2010.
Maryvonne CAILLAUX,Comme des orpailleurs. De la misère à
la pauvreté, les relations comme chemins de libération, 2010.
Martine LANI-BAYLE et Marie-Anne MALLET (dir.),
Evénements et formation de la personne, Tome 3, 2010.
ORELIA,Le prix du silence, 2009.

Laure A.






L’ESPRIT DE COMBAT

Lutte contre l’hépatite C






Préface du docteur Alain Fine
Postface du professeur Philippe Sogni











L’Harmattan























© L’HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56628-6
EAN : 9782296566286

SOMMAIRE

1
Prface du docteur Alain Fine..................................................... 9

Avant-propos ............................................................................. 19
L’heure de la dlivrance a sonn................................................. 21

PREMIERE PARTIE

ENTRE EN GUERRE
ARME SECRTE : MOBILISATION DES
FORCES PSYCHIQUES

1. Gense de l’ordonnance de feu volont sur le gros C !.... 27
2. Stratgiedu mille-feuille et figures de patinage artistique
indites ...................................................................................... 35
3. Je mnerai l’embarcation au port, seule, dans la tempte......... 43
4. Lancer de SOS et boues de sauvetage dans l’infusion de grand
nettoyage viral et mental ............................................................ 53
5. J’irais bien en Chine............................................................... 59
6. Reprise lectrique en fanfare et petit intermde musical.......... 65
7. L’meet la souffrance billonnes derrire la danse de la
communication........................................................................... 71
8. La pique bulbes de jacinthes qui explose le mur de l’horreur et
du silence................................................................................... 81
9. Ensuite,vous n’aurez plus qu’ me demander de sauter du
septime tage ! ......................................................................... 89

1
Membre titulaire de la Socit psychanalytique de Paris SPP dont il a t le
prsident, membre de l’Institut de psychosomatique, membre du comit de lecture
de laRevue franaise de psychosomatique.

7

DEUXIME PARTIE

LE COMBAT ANIMAL
ARME FATALE : AUX TRFONDS DE L’HUMAIN

10. Je suis l’eau de la source inconnue, celle qui jaillit de la vie 101
11. Et l’amour du chef des mchants m’enlevait tout le mal que
les autres m’avaient fait............................................................ 113
12. Il m’avait parl de la culpabilit du pre ............................. 121
13. J’entrevoisle mont Fuji dans les vagues d’une mer
dchane .................................................................................131
14. Retournons nos intermoutons et n’interfoirons
pas !......................................................................................... 137
15. Pour vous, je veux une anne venir magnifique. ........147
16. Je ne comprends pas… Nous ne faisons rien de mal… .. 157
17. J’ai tout rendu clair comme de l’eau de roche ..................... 167

En tout cas, vous aurez fait un beau parcours… .................. 177
Opuscule du dnouement ......................................................... 183

2
Postface du professeur Philippe Sogni..................................... 201

Annexe : valuationet prise en charge des troubles
psychiatriques chez les patients adultes infects par le virus de
l’hpatite Cet traits par (peg)interfron alfa et ribavirine.
Agence franaise de scurit sanitaire des produits de sant
AFSSAPS/mai 2008 (extraits).................................................. 205

2
Hpatologue l’hpital Cochin Paris, professeur l’Universit
ParisDescartes.

8

3
Prface du docteur Alain Fine

Ma relation l’auteure (qui sera nomme Laura dans mon
texte) s’est tisse partir d’une fausse connexion. Elle m’a
contact pensant que j’tais l’actuel Prsident de la Socit
Psychanalytique de Paris pour me demander, du moins je l’ai cru,
la permission d’voquer dans un crit Ren Diatkine et de donner
un avis sur cet crit en tant que psychanalyste. Il s’agissait de
l’initiation (terme de Laura) d’un traitement contre l’hpatite C
intriqu, enchevtr un traumatisme sexuel de l’enfance
10 ans — un viol. Cet engagement, ce combat crira-t-elle l’aurait
conduite vers le chemin de la gurison et vers la dlivrance de ce
pass mortifre. Elle m’a signal par tlphone ces circonstances
particulires d’criture devenue tmoignage, d’o le titre premier
Ma lettre au Monde. Bien que je n’en sois pas le destinataire, elle
m’a demand si elle pouvait m’envoyer ce Journal de bord
(terme retrouv dans son avant-propos.) J’ai accept sa demande
devenue engagement d’autant que cet change avait veill ma
curiosit mdicale et mis en alerte ma fibre psychanalytique. Je
pensais dj que ce tmoignage condition d’tre affin ouvrait
un au-del de sa singularit.
De son ct, j’avais dclench son besoin de rfrent
porteur , accentu son besoinimprieux d’criture vcue comme
vritable processus de cration tay sur le Sublimatoire.
Le lecteur trouvera dans son opuscule de dnouement rdig
pendant la priode dite de convalescence un apport me concernant,
dot selon moi de quelque idalisation. Je m’tais trouv engag
non par insistance de sa part, mais avec mon accord aprs quelques
entretiens aptes lever ses rticences concernant des dvoilements
difficiles, approfondir des lments lests de potentialits
volutives. N’tant pas en position de psychanalyste, sans la
rigueur d’une neutralit bienveillante, je me suis permis des
interventions, des propositions suscites par ces contenus proches

3
Membre titulaire de la Socit psychanalytique de Paris SPP dont il a t le
prsident, membre de l’Institut de psychosomatique, membre du comit de lecture
de laRevue franaise de psychosomatique.

9

de l’analysable voire de l’analytique .Laura a voqu mes
interventions comme des phrases chocs quivalentes des
librationsau forceps, des accouchements psychiques
difficiles mais surmontables. S’agissait-il de secousses de
l’achvement de ma vie , termes exagrs lors de la fin de cette
grande traverse, mais empreints de vrit en de de leur
navet. Certains questionnements jusque-l en latence trouvrent
de momentanes solutions lors de ce travail pisodique deux;
cependant c’est bien Laura seule qui a fait avancer ce travail
laboratif d’criture. L’ai-je aide surmonter l’angoisse de
l’attente et de l’incertitude de la publication ? —Un oui discret.
Ai-je aid exaucer son rve, par ma prsence et ma fonction
suppose de Psy: de tisser des liens entre l’Univers de la
psychanalyse et de la psychosomatique —Un oui encore plus
discret. Peut-tre que, grce au soutien ici engag, a-t-elle
dclench ses envoles universalistes au registre de l’Humain
jusqu’au dpassement de Soi, un hypothtique pardon.
Le lecteur pourra trouver cette ouverture quelque peu nave et
idalisante mais engageante grce ou cause de ce parcours du
combattant tant au niveau physique que psychique avec une
nergie quasi animale, une technique de survie en milieu
hostile .
Ce message au monde, ce combat semblable un saut
l’lastique mental de plus de deux ans— date de l’entre dans
l’criture dynamique— et de plus de quarante ans face aux
squelles de son viol, fut bien reu par moi et le sera, je le pense
aussi, par tout lecteur attentif.
Pour autant les squelles de ce traumatisme, organisatrices
selon moi d’une nvrose traumatique, d’atteintes psychoaffectives,
psychosexuelles se sont-elles compltement effaces !
Je voudrais encore ajouter ici l’intrt, la mobilisation, le plaisir
que j’ai trouvs dans notre travail alatoire et ponctuel, dans ce
travail para , cryptoanalytique . Dans cet engagement ouvert
l’humain, engagement comme passeur voire relais selon
Laura, pour gagner la rive du fleuve Tranquille, je prcise
m’tre engag en profonde sympathie, au-del du compassionnel.

Coiff de ma casquette de Prfacier — auteur d’un texte en
amont qui devra prsenter le livre au futur lecteur, donner des

1

0

indications, de possibles explications selon le Robert, si possible en
extraire la substantifique moelle, en outre exercer une
sduction intellectuelle apte exciter la curiosit et l’intrt du
lecteur — je vais m’atteler ce travail dj, je l’ajoute, amplement
pr-par par Laura.
Ce journal de bord est devenu par la suite, au fil du temps
de l’criture, autobiographie singulire soumise donc au processus
auto, auto-valuatif, auto-critique, questionnant. Se sont ajouts
dans le texte, de l’indiscernable, de l’illimit, une relation
d’inconnu parfois inquitante. Dans une vision fantasmagorique,
cette approche est dcrite comme un combat dans le temps
thrapeutique, contre l’ange biface, la fois exterminateur et
protecteur, gurisseur qu’a reprsent l’interfron.
En amont de ce temps, dans celui du viol l’ge de dix ans,
l’environnement parental aurait t en de de la protection, de
l’apaisement, pare-excitant ,mais au contraire dltre comme
nous le verrons par la suite et qu’il faudra bien croire.
Aprs la folie des premiers mois de traitement, le combat de
David — Laura contre Gros C — Goliath, dans le grand champ
de bataille psycho-somatique ,deviendra travail de lcher
prise ,l’unique arme qui pourra la faire gagner. Ce fut pour elle
un travail qui purifie, une impression de revivre un peu .

Avant d’aborder directement ces deux cliniques, nommes
telles par Laura, je reviendrai sur son criture. Ce fut d’abord une
criture automatique lors des premiers mois de traitement. Puis vint
le temps dit de lcher prise, temps ayant permis l’mergence de
contenus jusque-l en latence, en souffrance. Ce lcher-prise
correspondait au dpassement de l’injonction paternelle au silence,
injonction qui verrouillait le blocage plus profond du trauma,
silence accompagn d’incomprhension, de dsarroi, de non-dits
faute de mots alors, voire de haine.
L’criture aurait tri, condens, lagu pour viter les
rptitions par trop fastidieuses sans toutefois en retirer
l’insistance. Cet crit aux multiples facettes impliquera le lecteur ;
certains moments lancinants la manire des musiques aux
rythmes rptitifs entretiendront la mise en tension.
L’intrt, la curiosit sont accentus par la lgret, la
dynamique du style malgr le descriptif de faits puisants, aux

1

1

limites du supportable, du dicible. Le style est parfois humoristique
imprgn de drisoire; parfois empreint d’une certaine
gouaille .
Certaines squences voquent chez Laura, de faon associative
mais aussi signifiante, un thme musical, une chanson prcise, des
images de films… bref des lments dans ces aperus dits cliniques
qu’on peut interprter comme dfense, sourdine l’angoisse
sousjacente. Des mots donnent une coloration drolatique au langage:
hpatants, hpatopotique, interfronesque, inter-riba-land, non
rpondeurs ou rpondeurs non chappeurs venus de l’hpatologie...
j’en passe.
Les tats d’me allant de l’euphorie l’horreur, de l’hbtude
l’inquitude auraient t moulins dans les dfils de l’trange,
l’inconnu, le mystique. Elle a aussi dfini certaines approches
comme techniques de survie.
Cet au-del du simple narratif, lest des composantes sus cites,
s’apparente selon moi une appropriation subjective de son
histoire singulire et donne un clairage vivant de la personnalit
de Laura.

Avant d’aller plus avant, il me faut signaler, en accord avec
Laura et maintes fois rpt par elle, combien ces deux approches
se sont intriques, renforces l’une l’autre, en liens avec les
multiples prouvs venant des deux champs. Cette combinatoire a
eu tendance enrichir la donne subjective et ouvrir les
frontires ; elle ne pourra que toucher le lecteur.
Pour les besoins d’exposition dans ce court temps d’criture
imparti, je vais devoir avec regret et quelque culpabilit
dsintriquer ces deux cliniques au risque d’une approche moins
suggestive.
La clinique sous l’gide de l’hpatite C, l’clairage du
traitement spcifique; interfron, ribavirine puis EPO, clinique
dvoile en aprs-coup dans le droulement de l’criture, ne
s’appert pas comme une clinique linaire, chronologique, de type
dit opratoire. Il s’agit ici d’un narratif lest de la palette des
prouvs, allant de la peur la panique, de l’inquitude la
dtresse, l’angoisse dstructurante, de l’puisement la chute
dans le nant des forces mortifres, de la solitude l’abandon, de la
perte des repres l’hallucinatoire aux dimensions psychotisantes,

1

2

morbides. Cette morbidit exacerbe par la potentialit biface de
l’interfron est bien connue, un interfron vcu comme une force
obscure ,mais laquelle il faut se raccrocher comme la seule
planche de salut. C’est une molcule incontournable ncessaire en
vue de possible gurison. Les dsordres immunologiques qu’elle
dclenche, les dsquilibres biologiques peuvent mettre en danger
le Vital . C’est pourquoi certainsn’osent pas s’engager dans ce
traitement (j’en ai connu) d’autres l’abandonnent, mais pas Laura
grce l’exigence, la sollicitude, la mobilisation de son
hpatologue.
La description de son combat contre le gros C , sa vaillance
en tant qu’hpatante m’ont mu et en mouvront bien d’autres.
Nous sommes attirs dans un univers compassionnel de bon
aloi.
Certes elle n’est pas la seule s’tre lance dans la bataille,
mais cet crit devrait la placer en position de chercheur, mettre au
crdit d’un engagement mobilisateur, au trfonds de l’tre. Cet
crit aura aussi le mrite de la mettre au centre de ceux qui
tmoignent de leurs expriences aux limites du dicible, du vcu.
La contrainte quasi existentielle de cette criture sur laquelle
insiste Laura est entre, associativement en moi, bien qu’il s’agisse
de conjonctures totalement diffrentes, en rsonance avec
l’approche de Jorge Semprn dans l’intitul de son livreL’criture
ou la vie. Dans le temps de ma contribution ici je viens de lire une
rponse de David Servan Schreiber atteint d’un No crbral : En
quoi ce livre vous aide-t-il? Il rpondait ainsi, une rponse en
rsonance lointaine avec la position de Laura: Je suis mieux
depuis que j’ai recommenc crire. crire engage un processus
incroyable, il transforme une exprience difficile et douloureuse en
une contribution qui avec un peu de chance sera universelle et
chaleureuse. L’ide que mon exprience peut aider d’autres
personnes me fait beaucoup de bien. Ce n’est pas gagn, mais il y a
une vraie chance, je l’espre.
Il me faut signaler comment, seule avec 3 enfants charge,
isole de la sphre familiale, relationnelle et professionnelle (un
professionnel lest d’un sentiment d’exclusion voire de
harclement) elle a su convoquer pour sortir de sa solitude: des
sites Internet, des forums, des groupes de parole, des clubs ainsi
que les coutants et surtout les SMS l’hpatologue dont on

1

3

verra l’importance. Cette mobilisation surtout dans certaines
conditions de dtresse et d’puisement s’est avre vritable
technique de survie.
Je n’oublie pas son mdecin gnraliste et surtout son Psy le
docteur La Pradelle dont elle dira: C’est l’enfant mur dans le
silence que vous rparez au profond de moi et qui reconstruit sa
vision entire du monde par ces (ses) liens humains.
Il me faut mettre en relief le rle princeps du docteur Valente,
son Hpatologue depuis plus de 15 ans, en 1996, avant donc son
entre dans le processus thrapeutique. Il a su trouver les mots et la
convaincre d’y entrer. D’abord dcrit comme lointain, distant,
impersonnel, imprieux aussi avec mise sous tutelle, la relation par
la suite prend une allure diffrente dans laquelle Laura trouvera
aide, espoir —une contrainte plus librement consentie. Ce nouveau
systme relationnel est devenu un fil rouge de cet essai veillant la
curiosit du lecteur, son intrt aussi.
La relation dite: mdecin/malade (type Balint) s’est alimente
d’interrogations, de demandes prcises, d’appel l’aide, etc. Laura
nous dvoile avec pertinence, humour et provocation, humilit
aussi, comment cette relation est devenue un au-del de la fonction
mdicale. Elle a pu avec difficult et quelque lassitude vaincre
l’enjeu conflictuel entre elle et le processus engag, entre elle et
lui. Au fil du temps, l’habit mdical de l’hpatologue s’est enrichi
de celui de Pharmacon .
Par ailleurs Laura nous rvle combien cette relation devenue
ncessaire et imprieuse se transforme en transfert amoureux,
mobilisateur de mon coute analytique. Certes le mdecin, sans
devenir coutume, peut apparatre objet cl, mdium plus ou
moins mallable, support projectif orientant vers des transferts
(au sens psychanalytique). Laura n’est pas la seule subir ces
organisations psychoaffectives. Chez elle le sentiment amoureux
s’est transform en transfert passionnel avec idalisation, dont
la sortie, la liquidation fut un enjeu de fin de partie . Elle fut l
une bonne Hpatante . Ces liens devinrent des armes de combat
contre le gros C , une aide incontournable de sortie de dtresse
psychique, de dsordre mental interfronesque ,de l’angoisse
de bascule vers les non-rpondeurs .

1

4

Je vais aborder le rivage de ces terra incognita, aux
multiples cueils que reprsentent les traumatismes sexuels de
l’enfance. Cet abord subjectif et en aprs-coup rejoint aussi dans ce
contexte d’criture son besoin de reconnaissance et de tmoignage.
Ne vous attendez pas une lecture chronologique, bien
ordonne, finalise, rationnelle. Les lments sont verss au
compte-gouttes au cours de l’criture, parfois remanis lors de
rcriture. Les rvlations ne se sont pas inscrites, selon moi,
comme des leves du refoulement, des retours du refoul,
mais des moments de d rpression , une libration de l’interdit
de dire profr par le pre, dans des circonstances historiques
singulires et je l’ajoute ici avec la complicit de l’nergtique de
l’interfron puis de l’EPO.
Les dnonciations des protagonistes parentaux notamment de la
mre sont apparues tardivement, car lestes de culpabilit. Une
possible entre effractive du Gros C par une voie dvalorisante,
celle de la drogue, aurait t dnonce timidement au docteur
Valente qui lui aurait tent d’effacer son mea-culpa .
Le rassemblement volutif des diffrents moments de
rsurgence de ce traumatisme et de ses consquences, de
l’vocation du milieu moins que soutenant, aurait toutefois permis
Laura ce qu’on pourrait nommer appropriation subjective de
son histoire singulire englobant le trauma et son possible
dpassement.
L’criture a convoqu diffrents moments plusieurs lments
diffrents, disparates. Elle y retrouvera : des documents enfouis, un
manuscrit de scnario datant de plus de 20 ans sous le titreN’en
parle jamais personne, des pomes crits de 16 22 ans
tmoignant d’une angoisse de nantisation, d’une dtresse indexe
cet ancien trauma. Elle rameute des flashs anciens ou plus rcents
vcus comme des implosions inopines, des dcharges vocatrices
du lestage psychique que reprsente le trauma, ici et maintenant. Je
suis aussi port croire que ces explosions ont permis l’ouverture
de la crypte psychique qui emprisonnait ce secret de famille et
la sortie du dmoniaque traumatique .
Certains rves anciens ou plus rcents m’ont paru devoir tre
mis au compte des rves au sein d’une nvrose traumatique, selon
l’approche freudienne que je ne dvelopperai pas ici.

1

5

Le lecteur dnoncera l’insupportable de la position paternelle au
long cours si l’on accepte comme moi le fait incontournable de la
dnonciation de Laura. Ce pre, peut-tre pour viter le
retentissement de ce drame son niveau professionnel, srement
de par sa propre organisation mentale dfensive ici et le mettant
l’abri, aurait masqu, amoindri, dvoy en quelque sorte
l’incidence du traumatisme de sa fille ge de dix ans. Il aurait d,
est-ce utile de le rappeler !, l’entourer, la soutenir, l’encourager
s’exprimer, comprendre et l’aider avec sollicitude. Au contraire il
aurait exig d’elle qu’elle se taise: Ne le dis personne . Plus,
il aurait entran son pouse, la mre de cette fillette dans ce
nondit, non pensable pour ne laisser aucune trace susceptible de nuire
au milieu familial. Cette exigence aurait confront Laura au mur de
l’enfermement expressif et psychoaffectif, l’interdit de penser, de
se souvenir.
Et mme lorsque sa mre la confronte l’ge de 16 ans, en
toute conscience, au filmLa sourcetraitant du viol et du meurtre
d’une adolescente et lui demande ce qu’elle en pense et si elle se
souvient du Foyer de P ? la voix off du pre gronde son diktat, son
interdit. Je n’ai pu m’empcher de sortir de ma neutralit un
entretien et de lui demander d’approfondir le rle du pre, de sortir
de cet encryptement en levant l’interdit du dire, de penser.
On peut dduire sans trop se tromper que l’vocation des
troubles de l’adolescence allant jusqu’aux tentatives de Suicide,
son pisode ponctuel de toxicomanie 19 ans, son hospitalisation
en psychiatrie 22 ans, sa fragilit relationnelle (mariages,
ruptures, passages l’acte, etc.) prouve que le trauma infantile a
continu d’exercer des dgts. Non encore labor ce trauma
attendait de mieux tre rvl afin de ne pas rester un attracteur de
morbidit.
Lorsque sa mre dcde, elle a 28 ans, ce deuil la perturbe, la
dirige vers l’exprience psychanalytique qui, pendant un an,
n’aboutit qu’ rvler ses troubles, son angoisse, ses cauchemars,
ses fantasmes. Le psychanalyste qui n’a pas encore sa disposition
les lments du trauma indexe ces signes au registre
psychopathologique. C’est alors qu’elle a assum de dverrouiller
son discours et a laiss remonter sa conscience la figure
obscne de son trauma pour qu’il mesure et accepte la concrtude
de ses atteintes, de ses troubles. Le psychanalyste a compris.

1

6

Aprs une priode Chaotique issue de la verbalisation selon
moi, ses troubles les plus graves auraient nettement diminu; la
leve de l’interdit avait dclench ces amliorations. Elle entrane
aussi son dsir de parler de cet vnement traumatique au pre, la
grand-mre, sa fratrie, sans aucun succs ; ce n’tait peut-tre pas
le moment ni la confirmation de sa position revendicative,
dnonciatrice. Cette pseudo-indiffrence familiale peut-elle tre
envisage thoriquement comme communaut de dni,
impose par le pre ?
Toujours est-il qu’elle dbute l’criture du scnario mettant en
scne des lments rappelant le contexte traumatique —un premier
pas libratoire !
31 ans (1992) aprs cet chec, elle voit le professeur Ren
Diatkine qui lui consacre quelques entretiens bnfiques. Elle
apprend aussi son atteinte de l’hpatiteC, elle commence tre
suivie par le docteur Valente en 1996 alors qu’elle est enceinte de
sa plus jeune fille.
Ces entretiens lui ont-ils permis de rompre avec son pre ?
Par la suite alors qu’elle est ge de 38 ans, ces entretiens
associs des deuils familiaux l’ont dirige nouveau vers le
cadre psychanalytique du docteur La Pradelle dont on retrouvera
amplement le soutien dans le livre et son intrt pour l’approche
psy qui a laiss des traces dans son criture.
46 ans, au moment de son engagement dans le traitement
contre l’hpatiteC, le gros C , elle prouve le besoin d’crire
sa famille. Elle rdige une lettre de 5 pages pour tre en accord
avec ce que je suis et ce que j’ai vcu, qui fait partie de moi et que
j’assume ,comme tentative donc de clarification des relations
familiales.
Son pre a rpondu par un long mail adress toute la famille.
Il dment formellement avoir eu connaissance des faits noncs —
nous nous en doutions. Je reprends ce qu’en a crit Laura: il
exprime sur un ton dsinvolte sa curiosit de s’entretenir avec le
pseudo-psychiatre qui aurait permis la pseudo-remmoration et
indique qu’il serait heureux de pouvoir lucider ces faits… qu’il ne
supporte plus les argumentations pseudo psychanalytiques. Des
mois plus tard, il dveloppe une argumentation sur l’imaginaire
d’une enfant de dix ans ; il s’agirait d’une fausse mmoire induite

1

7

par la psychothrapie. Il va jusqu’ dnoncer le registre sectaire de
certains psychothrapeutes.
J’ai adhr pleinement cette dnonciation sans me poser le
doute de sa pleine vracit. Pourquoi chez le pre un tel refus
d’accepter ce fait traumatique alors qu’il a pu voquer la violence,
le hors limite des protagonistes du drame! Le lecteur en sera
comme moi interrogatif d’autant que cette figure paternelle semble
la figure de proue de la constellation psychique de Laura.
Par la suite son fort besoin d’criture se met en route; criture
automatique, acte libratoire, acte d’exorcisme. On suppose aussi,
son instar, que cette ouverture de la bote de Pandore est lie
la contrainte thrapeutique et peut-tre son travail analytique.
Sa vie s’oriente alors, telle une rsistible exigence, vers la
ncessit de publication, vers le dpt d’une profonde trace crite
comme tmoignage, ouverture au monde. Cette ncessit semble
avoir pris le relais psychique dvolu au traitement en transfrant le
gain nergtique, l’nergie libre la convalescence, dans l’acte
d’criture.
S’ouvrira la difficult de trouver un diteur. C’est ce moment
que j’entre en scne en quelque sorte.
Fin de partie.

Alain Fine

1

8

Avant-propos

J’ai vcu de terribles faits pendant mon enfance. L’interaction
de ces vnements anciens a empoisonn ma vie et entran des
consquences dramatiques, au-del de mon existence.
L’initiation d’un traitement contre l’hpatiteC est survenue,
dans ce contexte, comme un catalyseur. La lutte pour la rsolution
du pass est progressivement venue sublimer le combat men
contre la maladie. Les puissants effets secondaires psychiques de
ces substances et les liens humains se sont conjugus au
dveloppement fortuit d’un lien singulier, intense et magntique,
pour me conduire sur le chemin de la gurison de la maladie et vers
la dlivrance du pass. Le psychisme, le corps, le vcu sont venus
s’ancrer sans distinction dans la reprsentation de la maladie et des
moyens thrapeutiques mis en œuvre.

Ce journal de bord a t conu pendant le traitement, au cours
duquel il s’est impos primaire, brut, l’instinct, comme un moyen
de survie. Ces circonstances particulires d’criture impactent le
style et la progression du tmoignage. L’assemblage de documents
contribue la reconstitution du noyau de souffrance.
L’Opuscule du dnouement, rdig pendant la priode de
convalescence, apporte quelques points d’clairage et d’ouverture
slectifs.

J’envoie ces crits pour dtacher ces blessures de moi-mme et
je souhaite demeurer anonyme et non identifie.

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L’heure de la dlivrance a sonn

J’ai souvent commenc, trouv un nouveau titre, avec la
conscience que le moment n’tait pas encore venu et que le dclic
se produirait lorsque j’aurais trouv suffisamment de dtachement,
de srnit, lorsque je serais sortie de l’engrenage de tous les faits.
J’attendais la force de visualiser, d’actualiser et de revivre tous ces
souvenirs, l’quilibre pour ne pas sombrer; le recul pour trouver
l’angle d’approche, le fil conducteur et l’analyse, la synthse d’un
enfermement qui dpasse largement ma propre histoire. Je pensais
sculpter mon rcit comme on taille un rocher pour extraire la pierre
brute, en exposer les multiples facettes particulires, irrgulires et
uniques, la lumire du jour et au regard. J’imaginais les
arabesques comme un flot continu et moite qui allait s’couler vers
la libration; un tableau abstrait avec des volutes, des tches, des
trous, des lignes de force vive, des nuages de couleurs.

C’est un ami qui m’avait exhorte :
— Cette histoire doit tre exprime sous la forme d’un scnario
de film.
Il m’avait offert un livre pour m’encourager. J’avais lu divers
ouvrages, plusieurs scnarios, vu les films correspondants et
intgr certaines contraintes techniques. J’avais fait l’inventaire:
des pomes, des dessins, des photos d’enfance, le journal confident
trois priodes diffrentes, des notes, des textes, quelques pages
manuscrites de pomes de ma mre. Je m’tais imprgne d’un
kalidoscope d’images et de sentiments. J’avais runi et raccord
ma vie les souvenirs qui me commotionnaient. Puis j’avais crit, en
transe, comme on respire quand on manque d’air, pour me librer,
pour laisser une trace secrte et muette.
J’tais parmi les cartons de dmnagement, ma vie basculait
nouveau. Je n’attendais que le soir, pour composer sur mon clavier
d’ordinateur jusqu’au milieu de la nuit, parfois avec un walkman et
la chansonThe wind of changeen boucle (Scorpion), Le vent du
changement … C’tait il y a presque vingt ans. C’tait il y a trs
longtemps...

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