Contributions à une herméneutique du mythe

Contributions à une herméneutique du mythe

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Français
196 pages

Description

Depuis la pensée des Lumières, on pouvait croire que la raison triomphante avait définitivement dévalorisé la pensée mythique : il importait donc de la considérer comme un âge révolu de la pensée. Or, depuis l'époque romantique et surtout depuis les acquis des sciences humaines du XXe siècle, nous avons assisté à une redécouverte de l'importance et de la pérennité de cette pensée mythique. Cet ouvrage évoque des auteurs qui en avaient été les principaux artisans et en proposant ses propres interprétations. Si on peut parler d'herméneutique, c'est que les mythes ont toujours donné lieu à de multiples interprétations, que ce soit en art, en littérature, en histoire, en philosophie ou en anthropologie.

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Date de parution 13 décembre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140137969
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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JeanPierre Sironneau
Contributions à une herméneutique du mythe
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Contributions à une herméneutique du mythe
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Mélody JAN-RÉ (dir.),L’œuvre du genre, 2019. Gilles VIEILLE-MARCHISET,La conversion des corps, 2019. Aurélie NETZ,Les Cercles de Femmes, Ritualiser l’identité de genre dans les spiritualités alternatives,2019. Roland GUILLON,La question sociale face à la globalisation, 2019. François SICOT (coord.),Les parcours de soins en psychiatrie au prisme d’une analyse sociologique,2019. Nicole LUCAS et Danielle OHANA,Ces Françaises venues de l’Est, 2019. Régis LAURENT,Du traumatisme des camps à la naissance d’une nouvelle institution. Idéologies, minoritaires et pentecôtisme tsigane en Bretagne tome I, 2019. Régis LAURENT,Les usages sociaux des pentecôtistes tsiganes. Idéologies, minoritaires et pentecôtisme tsigane en Bretagne tome II, 2019 Suzie GUTH, Roland PFEFFERKORN (dir.),Strasbourg, creuset des sociologies allemandes et françaises, 2019. Séverine COLINET (dir.),Soin, éducation et formation au prisme des cultures, 2019. Claude GIRAUD,Consentir, adhérer, s’opposer. Contribution à une sociologie de l’engagement, 2019.
Jean-Pierre Sironneau Contributions à uneherméneutique du mythe
Du même auteur Sécularisation et religions politiques, 600 pages, Mouton, 1982. Figures de l’imaginaire religieux et dérive idéologique, L’Harmattan, 1993. Métamorphoses du mythe et de la croyance, L’Harmattan, 2000. Lien social et mythe au fil de l’histoire, L’Harmattan, 2009. © L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-18920-8 EAN : 9782343189208
Introduction
La pensée dominante des Lumières, dans son appréhension du mythe, avait tendance à le considérer comme l’expression de la pensée humaine dans son état d’enfance et à le rejeter parmi les fables et les superstitions dont la pensée rationnelle aurait le devoir de se débarrasser. Tout au plus pouvait-on le considérer comme le premier âge de la raison, d’une raison en voie de développement : « Les fables sont les premiers pas de la philosophie », écrira le jeune Turgot et, en Allemagne, Lessing affirmera que l’âge mythique fut une première étape dans l’histoire religieuse de l’humanité. Même Herder, peu perméable à l’esprit des Lumières, n’en rattachera pas moins la mythologie, comme les esprits éclairés de son temps, à l’enfance de l’humanité. En 1763, un philologue de Gœtingen, Heyne, dans une thèse sur le mythe, faisait de celui-ci une forme de représentation et d’expression caractéristique de l’enfance du genre humain. Même le jeune Schelling, qui pourtant à la fin de sa vie, consacrera un livre à la «Philosophie de la mythologie» pour montrer son importance dans le développement de la conscience humaine, considérait lui aussi en 1793, dans une dissertation «Sur les mythes, les légendes historiques et les philosophies du monde antique» que le mythe était une pensée de l’enfance de l’humanité. Pour sa part Hegel estimait que jusqu’ici l’esprit n’avait pu prendre conscience de sa réalité spirituelle que sur le mode extérieur de lareprésentation, laquelle se composait d’images, de symboles et de mythes ; sans qu’elle disparaisse pour le commun des mortels, la représentation doit être dépassée par la philosophie spéculative : elle doit être entraînée vers leconcept par un mouvement que
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Hegel nommeAufhebung et qui signifie à la fois suppression et conservation. Il faudra attendre, en Allemagne, le courant romantique pour constater un intérêt nouveau pour le symbole et le mythe, dans la pensée de Schelling, bien sûr, mais surtout chez des poètes comme Schlegel, Novalis ou Hölderlin. Pour les grands romantiques, le mythe ne peut plus seulement être conçu comme une forme archaïque de la pensée, mais comme l’expression fondamentale du génie de chaque peuple ; de divers côtés, les romantiques parlent même de la nécessité d’inventer « une nouvelle mythologie » pour contrecarrer les prétentions d’une 1 raison triomphante . Le romantisme a préparé la réévaluation contemporaine des rapports de la pensée mythique et de la pensée rationnelle et la prise de conscience de l’importance du mythe pour comprendre les ressorts d’une société ou d’une culture. Dès la fin du dix-neuvième siècle, la réflexion de Nietzsche, dans son premier grand livre, «La Naissance de tragédie», publié en 1872, témoigne de cette prise de conscience. « Faute de mythe, toute civilisation perd la saine vigueur créatrice qui est sa force naturelle : car seul un horizon circonscrit par le mythe peut assurer la clôture et l’unité d’une civilisation en mouvement. Il n’y a que le mythe qui puisse sauver toutes les forces de l’imagination et du rêve apollinien de leur errance sans but. Il faut que les images du mythe soient les esprits démoniques, les gardiens invisibles mais partout présents sous la protection desquels grandit la jeune âme et dont les signes qu’ils dispensent donnent son sens à la vie de l’homme et à ses luttes. L’État lui-même ne connaît pas de loi non écrite plus puissante que le fondement mythique qui garantit son lien organique à la religion et sanctionne la représentation mythique qu’il se 1 Christophe Jamme,Introduction à la philosophie du mythe – Époque moderne et contemporaine, Vrin, 1995 p.39 à 55.
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donne de ses origines… qu’on pose alors, en regard, l’homme abstrait privé des mythes conducteurs, l’éducation abstraite, les mœurs abstraites, le droit abstrait ; qu’on se représente la divagation déréglée de l’imagination artistique que ne bride aucun mythe autochtone, qu’on imagine une civilisation sans foyer originel ferme et sacré, condamnée à épuiser tous les possibles et à se nourrir chichement de toutes les civilisations – voilà ce qu’est le présent, tel est le résultat du socratisme destructeur des mythes. Et maintenant l’homme dépossédé du mythe, cet éternel affamé, le voilà au croisement de tous les passés qui creuse et fouille en quête de racines, dût-il aller les déterrer dans les plus lointaines antiquités. Que prouve l’immense appétit d’histoire qui tenaille, dans son insatisfaction, notre civilisation moderne, que prouve ce besoin de rassembler autour d’elle des civilisations sans nombre, et ce besoin de tout connaître qui la consume, si ce n’est la perte du mythe, la perte de la patrie mythique, du sein maternel mythique ? Qu’on se pose la question : l’inquiétante et fébrile agitation de cette civilisation est-elle autre chose que le geste avide de l’affamé qui se précipite sur la 2 nourriture ? » Le vingtième siècle devait poursuivre cette prise de conscience de l’importance du mythe, non seulement pour comprendre le développement et le fonctionnement de la pensée humaine (là se situe l’apport décisif de Claude Levi Strauss et de l’anthropologie culturelle), mais aussi pour découvrir les structures profondes de l’organisation sociale ou de la culture. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans les chapitres qui suivent. Citons seulement quelques déclarations d’anthropologues. Ainsi Roger Bastide dans une étude sur les religions africaines du 2 F. Nietzsche,Naissance de la tragédie – Œuvres N°1, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2000, p.125-126.
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