De Nietzsche à Heidegger :
178 pages
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Description

Cet ouvrage explore l'hypothèse que Nietzsche et Heidegger pourraient avoir un lien de parenté beaucoup plus profond encore qu'on ne le soupçonnait : l'écriture et la pensée spéculaire. En effet, ces deux philosophes majeurs portent un regard réflexif sur leur propre activité consistant à philosopher. La gangue langagière - écriture, texte, types de discours - où prend corps la pensée n'est pas sans incidence sur cette pensée. Serge Botet analyse ici les modalités de cette spécularité philosophique chez l'un et l'autre philosophe.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2011
Nombre de lectures 35
EAN13 9782296804135
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

De Nietzsche à Heidegger : l’écriture spéculaire en philosophie
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54463-5 EAN : 9782296544635
Serge BOTETDe Nietzsche à Heidegger : l’écriture spéculaire en philosophie
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Philibert SECRETAN,Réalité, pensée, universalité dans la philosophie de Xavier ZUBIRI, 2011. Bruno EBLE,Le miroir et l’empreinte. Spéculations sur la spécularité, I, 2011. Bruno EBLE,La temporalité reflétée. Spéculations sur la spécularité, II, 2011. Thierry GIRAUD,Une spiritualité athée est-elle possible ?,2011. Christophe SAMARSKY, Le Pas au-delàde Maurice Blanchot. Écriture et éternel retour, 2011. Sylvie MULLIE-CHATARD,La gémellité dans l’imaginaire occidental. Regards sur les jumeaux, 2011. Fatma Abdallah AL-OUHIBI,L’OMBRE, ses mythes et ses portées épistémologiques et créatrices, 2011. Dominique BERTHET,Une esthétique de la rencontre, 2011. Gérald ANTONI,Rendre raison de la foi ?,2011. Stelio ZEPPI,Les origines de l’athéisme antique, 2011. Lucien R. KARHAUSEN,Les flux de la philosophie de la science au e 20 siècle, 2011. Gérald ANTONI,Rendre raison de la foi ?,2011. Pascal GAUDET,L’anthropologie transcendantale de Kant, 2011.
Présentation
Avant d’exposer les principales thèses qui justifient ce que suggère le titre de la présente étude, nous proposerons certains préalables méthodologiques sans lesquels notre lecture des œuvres philosophiques, qui se veut novatrice, serait difficilement compréhensible. D’une façon générale, notre travail porte sur l’écriture philosophique au sens large, plus spécialement en tant que cette écriture est le support de signifiances 1 philosophiques . Autrement dit, notre objectif n’est pas simplement l’étude du style des philosophes sans lien avec leurs doctrines, mais l’étude de l’articulation de ces dernières dans des types spécifiques d’écritures qui, loin d’être accessoires, sontconstitutifsde ces doctrines. L’objectif est en somme l’étude conjointe du « fond » et de la « forme » du discours philosophique, sachant que cette « forme », si elle est largement prise en compte dans l’étude du texte littéraire, est le plus souvent considérée comme assezaccessoireen philosophie. L’opposition classique entre forme et fond est déjà en soi suffisamment parlante à ce propos : le fond est essentiel ; la forme est plus ou moins accidentelle. Cela est sans doute plus vrai encore en philosophie. C’est ici l’idée qui prime; l’écriture, elle,exprime. Son rôle est fatalement second, ou du moins considéré comme tel. L’existence même de ce volet de la philosophie qualifié d’« histoire des idées » en est la preuve ; il est rarement question de l’écriture ou de la formulation de ces idées. Bref, le
1Nous revenons sur cette notion.
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« dire » de la philosophie est traditionnellement une sorte depoint aveugle. Bien sûr, nous n’entendons cela qu’en termes de tendances. Nombreux sont les philosophes pour lesquels doctrine et formulation furent indissociablement liées. Citons par exemple Descartes, dont la « Méthode » est impensable sans le récit de vie autobiographique qui en 2 souligne les étapes . Comme on l’a également montré, le même Descartes utilise dans sesMéditationsla pluralité référentielle du déictique « je » pour construire au fil du texte - et faire participer didactiquement le lecteur à cette lecture du texte - un « je » générique qui constitue lui-3 même par étapes l’universalité du « je pense ». Finalement Descartes n’a-t-il pas (est-ce un hasard ?) exposé des thèses sensiblement similaires de deux façons différentes dans leDiscourset dans lesMéditations? Dans ce registre, on pourra également citer l’exposé more geometricode Spinoza dans sonEthique. Comme l’énonce F. Cossuta, l’exposition géométrique retenue par Spinoza (divisions et subdivisions en paragraphes renvoyant les uns aux autres de façon synoptique) permet plusieurs lectures échelonnées qui se réfèrent étroitement à des moments précis de la doctrine débouchant sur le
2Argumentation, ordre des: « Cf. par exemple, Frédéric Cossuta raisons et mode d’exposition dans l’œuvre cartésienne »,Descartes et l’argumentation philosophique,Paris, Bordas, 1996, p. 111-185. 3Magid Ali Bouacha écrit en conclusion de l’analyse qu’il fait de ce phénomène : « Les méditations peuvent ainsi se lire comme le lieu discursif où se joue la transformation de la première personne, passant du simple marquage indiciel au rang de catégorie conceptuelle » (« De l’Egoà la classe des locuteurs : lecture linguistique des Méditations », in :Langages n° 119, L’analyse du discours philosophique, Paris, Larousse, septembre 1995, p. 79-94).
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vrai. L’une et l’autre doctrine gèrent respectivement leur « forme » en fonction de leur teneur philosophique, à savoir latranscendancedu sujet pensant chez Descartes, l’immanentismede la substance chez Spinoza. D’autres exemples pourraient être trouvés aisément, y compris en remontant jusqu’aux origines grecques de la philosophie occidentale, avec Parménide ou des philosophes plus tardifs ; Platon, dont les « dialogues » viennent spontanément à l’esprit dans ce contexte, constitue pour nous un cas assez particulier sur lequel nous reviendrons dans la suite. Mais à notre sens, ces isomorphismes entre fond et forme, si significatifs fussent-ils, ne remettent pas foncièrement en question le primat de l’idée sur l’expression qui marque l’histoire des idées. Même si l’on ne peut dénier aux philosophes susmentionnés un degré parfois significatif de « conscience » des formes, il nous semble que c’est à une philosophie plus tardive que revient le mérite d’avoir porté un véritable regard spéculairesur sa propre activité consistant à philosopher et à écrire de la philosophie. Cette orientation fut d’ailleurs contemporaine d’un certain scepticisme ambiant vis-à-vis de la langue et du langage, dont on interrogea de plus en plus les limites, tout en exploitant leurs ressources suggestives. On ne peut rien dire de vraiment nouveau avec des mots usés, et surtout, on ne peut parler de l’être et laisser de côté le « dire » de l’être. Des philosophes commeNietzscheetHeideggereurent, à notre avis, une conscience aiguë de cette aporie qui les mit pour la première fois enruptureradicale avec la tradition du primat de l’idée.
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Nous nous efforçons de montrer dans cette étude que l’un comme l’autre auraient certainement voulu se passer du langage, le premier pour manifester lavolonté de puissance, le second pour manifester ladifférenceêtre / étant, l’ouverture de l’étant à son être. Mais comme alternative à la parole, il n’y a que le silence, et le silence est synonyme de vide philosophique. Si langue et langage sont donc un passage forcé, ils sont interrogés et explorés par le philosophe avec une acuité d’autant plus grande qu’ils sont considérés comme des moyens inadéquats. Aux limites du dicible et du communicable, la langue et le langage, particulièrement ceux que la tradition philosophique a forgés, sont des obstacles. L’objectif du philosophe sera donc de les « pervertir », de les détourner de leurs fonctions, et, presque paradoxalement, d’exploiter les ressources insoupçonnées qu’ils recèlent. C’est ainsi que nous proposons l’hypothèse que Nietzsche mobilise le potentieldynamiquedudiscours, aspirant à dynamiser sa philosophie, à rendre en quelque sorte sa philosophie de la vie elle-même plus « vivante ». Nietzsche, le « généalogiste », le proclamateur d’une sorte de panvitalisme régi de part en part par la volonté de puissance, était, à nos yeux, susceptible de considérer également sa propre philosophie comme un « acte vital ». De là, le philosophe avait pu tenter de transmettre ce qui était pour lui fondamental, à savoir la « vie » ou « volonté de puissance », autrement qu’au moyen de concepts, à savoir au moyen de signifiances données à décrypter au lecteur, ces signifiances étant en l’occurrence des signifiancesdiscursives, relevant de la dynamique de la production / formulation / communication du message
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