Démocratie, Technoscience et Ecologie

-

Livres
297 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

La rationalité pluraliste est une exigence de la raison critique qui se développe à partir de la conscience de la finitude et de la condition humaine. Elle consacre la reconnaissance de la pluralité de modes de pensée et des visions du monde, et porte au respect des différences, de la diversité des opinions, au dialogue et au souci écologique. Ces valeurs sont posées comme facteurs de résolution des dissensions sociales, des défis politiques et écologiques qui contrarient notre époque.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 août 2016
Nombre de visites sur la page 36
EAN13 9782806108500
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Recherche scientiîque et innovation technologique modiîent profondément notre rapport au monde et le fonctionnement de nos sociétés. La collection ‘Science, éthique & société’ de l’Institut supérieur de Philosophie (UCL) veut analyser cette évolution selon ses multiples dimensions et ouvrir à une réexion éthique plurielle pour une science au service de l’humanité.
pensée unique, déIguré par l’impérialisme, l’intégrisme et
et les déIs existentiels constituent le champ d’illustration
9HSMIKG*bacicj+
8 |
Science, éthique & société
Démocratie, Technoscience et Écologie
Champs pragmatiques de la rationalité pluraliste
Jean Onaotsho Kawende
Démocratie, Technoscienceet Écologie
Collection Science, éthique et société
de l’Institut Supérieur de Philosophie de l’Université catholique de Louvain, dirigée par Bernard Feltz, Alexandre Guay et Peter Verdée.
1. B. Feltz, Ph. Goujon, B. Hériard-Dubreuil, S. Lavelle et W. Lesch,Éthique, technique et démocratie, 2007. 2. Pierre Lannoy et Thierry Ramadier (dir.),La mobilité généralisée. Formes et valeurs de la mobilité quotidienne, 2007. 3. Gilbert Eggermont and Bernard Feltz (eds),Ethics and Radiological Protection, 2008. 4. Brigitte Maréchal et Felice Dassetto (sous la direction, et avec la collaboration de Philippe Muraille),Adam et l’évolution. Islam et christianisme confrontés aux sciences, 2009. 5. Benoît Bourgine, Bernard Feltz, Pierre-Jospeh Laurent et Philippe van den Bosch de Aguilar (dir.), Darwinismes et spéciîcité de l’humain, 2012. 6. Bernard Feltz, Nathalie Frogneux et Stéphane Leyens (dir.),La nature en éclats. Cinq controverses philosophiques, 2015. 7. Jean Onaotsho Kawende,Rationalité pluraliste, Éthique et Société. Parti-pris d’une philosophie pratique, 2016.
Démocratie, Technoscienceet Écologie Champs pragmatiquesde la rationalité pluraliste
Jean Onaotsho Kawende
D/2016/4910/26
 ISBN : 978-2-8061-0282-9
© Academia-L’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Avant-propos
Le monde présente aujourd’hui le visage d’une société meurtrie et dégurée par une crise multiforme. Le relent de monolithisme sous-jacent à la dynamique de la mon-dialisation économico-politique qui s’appuie sur une idéo-logie de la pensée unique, les nouvelles formes des dicta-tures africaines au vernis démocratique, les méfaits d’une rationalité instrumentale qui impulse les progrès vertigi-neux de la technoscience et conforte l’appétit écocidaire de l’homme moderne : autant de traits caractéristiques du bourbier dans lequel notre monde se trouve empêtré, au-tant de champs pragmatiques où la rationalité pluraliste se présente comme moyen de résorption de la crise qui aecte la civilisation moderne. Ainsi, démocratie, technos-cience et écologie représentent des lieux de manifesta-tion d’une crise face à laquelle la rationalité pluraliste et l’éthique qui la sous-tend s’orent comme thérapie au ma-laise de la modernité, au mal-être de notre société. Sans être un essai systématique sur « démocratie, éthique et écologie », cet ouvrage considère ce trinôme comme in-dicateur du champ pragmatique dans lequel la rationali-té pluraliste et l’éthique qui lui correspond se proposent comme remède face à la dérive existentielle de notre société. Remède contre la crise d’une société prise au piège des régimes de la pensée unique, engluée dans les contradictions d’une civilisation technologique aveuglée par le triomphe apparent de la rationalité instrumentale et menacée par une crise écologique, laquelle dénonce l’instinct dévastateur de cette rationalité et invite plus que jamais à concevoir de nouvelles rationalités, de nouveaux modes de pensée, notamment de nouveaux modes d’ap-préhension du rapport homme-nature.
La parution de cet ouvrage témoigne de la bienveil-lance du professeur Bernard Feltz, directeur la collection « Science, éthique et société » de l’Université catholique de Louvain qui, une fois encore, m’accorde de publier ce
6
Démocratie, Technoscience et Écologie
deuxième livre aux Éditions Academia. Cette marque de sollicitude est une nouvelle preuve de la précieuse colla-boration qui lie nos institutions d’appartenance, l’Univer-sité catholique de Louvain et l’Université catholique du Congo. Cet ouvrage est d’autant plus tributaire de cette collaboration qu’il restera, pour l’essentiel, le fruit des re-cherches nalisées grâce à la bourse qui m’a été octroyée par la coopération à l’Administration des relations interna-tionales (ADRI) pour un séjour de perfectionnement scien-tique à l’Université catholique de Louvain.
Que Sidonie Maissin, Marie Tellier et tous les services de publication des Éditions Academia acceptent l’expression de notre gratitude pour le travail supplémentaire que les réaménagements apportés à cet ouvrage leur ont inigé.
Je me dois également de remercier le couple Nicolas Lohaka qui, pendant mon dernier séjour de recherche à Louvain-la-Neuve, m’a accueilli chez lui et m’a oert un cadre de travail approprié. Cet ouvrage est aussi le fruit de la générosité de leur hospitalité. Que mon épouse, Anny Umadjela Shako, trouve ici le couronnement de ses conseils et encouragements, le résultat d’une profonde complicité de cœur et d’esprit.
INTODUCTION
La raison humaine est historique et nie. En tant que telle, elle est marquée par l’horizon borné de la condition humaine, en même temps qu’elle trouve dans cette limitation un élan de projection dans la quête insatiable et innie du sens, du savoir et de la vérité. Dans cette quête de sens par des sujets rationnels empreints du sceau de l’historicité, la raison humaine se révèle incapable d’étreindre toutes les facettes du réel. Il ne lui est pas donné de prétendre à la vérité absolue et à la plénitude du sens. Ainsi, la saisie de la réalité par la raison historique reste parcellaire. De ce fait, il y a plusieurs modes de pensée et d’appréhension du réel. Cette pluralité des rationalités est consécutive à l’historicité et à la nitude caractéristique de la condition humaine. Les principes fondamentaux de cette rationalité sont développés dans notre ouvrage surRationalité pluraliste, Éthique et Sociétéconsacré à l’exposé de ses fondements théoriques et de ses retombées éthiques. La rationalité pluraliste rend compte de la relativité et de la pluralité des traditions de connaissance, des modes de pensée et d’appréhension du réel de sorte qu’elle se propose comme norme régulatrice de tout agir et de toute société humaine à même d’instaurer un ordre favorable au bien-vivre-ensemble et à la réalisation humaine. Elle prend en compte la condition humaine pour tirer les conséquences éthico-épistémologiques de la nitude et mettre en exergue la nécessité d’adoption de ses règles éthiques comme gage de constitution d’une société juste, d’une coexistence pacique et d’une humanité qui garantisse l’épanouissement des uns et des autres sans discrimination de race, de religion et d’idéologie. Ainsi, le principe de la rationalité pluraliste assure l’unité de l’humanité dans une coopération rendue possible par la reconnaissance et la confrontation de la diversité des opinions, des modes de pensée et des modes d’être,voire des civilisations.
8
Démocratie, Technoscience et Écologie
Ce nouvel essai s’exerce à éprouver l’idée de la rationalité pluraliste en la confrontant à quelques champs de la vie humaine, notamment politique, culturelle et écologique. Cette rationalité pluraliste s’illustre dans le champ écolo-gique par l’introduction de l’idée d’une altérité plurielle où le moi s’ouvre au Tout Autre, au Tiers-absolu et à la nature dans un partenariat atypique. Une telle approche dénonce tout autant l’idée moderne d’un contrat social discrimina-toire et exclusif vis-à-vis de la nature que le paradigme épistémologique cartésien dont l’idéal de possession et de maitrise de la nature culmine dans une logique tyrannique qui sombre dans la réduction de la raison à la rationali-té instrumentale. Ainsi se concrétise l’eort d’application sociopratique de la rationalité pluraliste en proposant ses valeurs comme régulatrices des interactions politiques et comme socle de l’éthique écologique. Ce qui s’amorce ici entend illustrer une démarche qui devra se poursuivre dans un secteur comme celui de la religion où un relent d’intégrisme accompagne toute foi monothéiste et récuse le projet d’un véritable dialogue interreligieux.
Ainsi s’arme notre parti-pris pour la philosophie pratique. Une philosophie qui, dans notre perspective, s’appuie sur l’idée d’une altérité plurielle, précisément < éco-théanthro-pique >, comme horizon de déploiement d’une rationalité ouverte et attentive à la diversité culturelle et sociopoli-tique. La prise en compte du statut < éco-théanthropique > de l’altérité permet en même temps d’habiter le monde de manière responsable. Une responsabilité qui impose de répondre des conséquences de ses actes en vue d’œuvrer au bien-être des générations présentes et d’en préserver les chances pour l’humanité future. Cette conscience de responsabilité qui anime l’éthique du futur s’abreuve aux sources de la rationalité tant orientale qu’africaine et s’allie à la critique de la civilisation technoscientique pour pré-coniser un humanisme cosmophile, lequel lie le bien-être de l’homme à un attachement aectif à la terre, à la na-ture reconnue comme mère nourricière. Ce qui aranchit le rapport avec la nature de la relation instrumentale et des-tructrice développée sous le paradigme de l’exploitation,
Introduction
au prot d’une attitude reconnaissante qui porte l’homme à développer la conscience de ne vivre que de la nature et de devoir en vivre en toute responsabilité. Cet humanisme cosmophile ne peut advenir qu’à la faveur d’une éco-so-cialisation à même d’inculquer des valeurs et de créer une culture écologique qui devra s’illustrer dans la quête d’un progrès humain qui s’accompagne de l’amour, de l’attache-ment aectif à la terre et de la préservation de la nature, d’une sollicitude morale envers la nature dont dépend ir-réversiblement la vie humaine. Cette rationalité pluraliste, qui aide ainsi à bien habiter le monde, constitue en même temps le principe d’une coexistence sociale harmonieuse. Pareil principe s’accorde mieux avec une gestion de la société, de l’espace vital et public régi par des exigences sustentatrices de la démocratie pluraliste. Une démocratie qui prend racine dans la rationalité pluraliste et fonde sa vi-talité tant sur le dynamisme de la société civile et des partis politiques que sur la capacité des citoyens à guider ou à éclairer leurs choix par un exercice rigoureux de leur propre raison et la disposition des animateurs politiques à justier publiquement les décisions qui engagent l’intérêt général.
Le principe d’une telle forme d’organisation devrait impré-gner le devenir de la société moderne et investir tous les do-maines de la vie. Ainsi, elle permettra d’éviter les désastres d’une civilisation de la mondialisation peu respectueuse des individualités, des diérences, et, par ricochet, de promou-voir une humanité plus accomplie et plus riche en dignité.
Dans le monde moderne emporté dans une dynamique de la mondialisation susceptible de succomber à la tyrannie de l’idéologie de la pensée unique, le double principe d’accep-tation et de confrontation critique des opinions divergentes doit régir les interactions sociopolitiques, culturelles et reli-gieuses an de favoriser l’instauration d’un ordre démocra-tique et pluraliste nécessaire à la coexistence pacique, à l’enrichissement mutuel – moyen de sortie de l’étroitesse de nos points de vue –, et à la réalisation humaine. Ce double principe repose sur une ouverture doublée de contrôle cri-tique et de discernement indispensables à l’appropriation de la techno-science dans l’idéal d’un développement durable.
9