Démocratie, Technoscience et Ecologie

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Français
297 pages
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Description

La rationalité pluraliste est une exigence de la raison critique qui se développe à partir de la conscience de la finitude et de la condition humaine. Elle consacre la reconnaissance de la pluralité de modes de pensée et des visions du monde, et porte au respect des différences, de la diversité des opinions, au dialogue et au souci écologique. Ces valeurs sont posées comme facteurs de résolution des dissensions sociales, des défis politiques et écologiques qui contrarient notre époque.

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Date de parution 08 août 2016
Nombre de lectures 36
EAN13 9782806108500
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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5HFKHUFKH VFLHQWLÀTXH HW LQQRYDWLRQ WHFKQRORJLTXH
PRGLÀHQW SURIRQGpPHQW QRWUH UDSSRUW DX PRQGH
HW OH IRQFWLRQQHPHQW GH QRV VRFLpWpV
/D FROOHFWLRQ ¶6FLHQFH pWKLTXH VRFLpWp· GH O·,QVWLWXW
VXSpULHXU GH 3KLORVRSKLH 8&/ YHXW DQDO\VHU FHWWH
pYROXWLRQ VHORQ VHV PXOWLSOHV GLPHQVLRQV HW RXYULU j
XQH UpÁH[LRQ pWKLTXH SOXULHOOH SRXU XQH VFLHQFH DX
VHUYLFH GH O·KXPDQLWp

SHQVpH XQLTXH GpÀJXUp SDU O·LPSpULDOLVPH O·LQWpJULVPH HW

HW OHV GpÀV H[LVWHQWLHOV FRQVWLWXHQW OH FKDPS G·LOOXVWUDWLRQ

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8

|

Science, éthique & société

Démocratie, Technoscience
et Écologie

Champs pragmatiques
de la rationalité pluraliste

Jean Onaotsho Kawende

Démocratie, Technoscience
et Écologie

Collection Science, éthique et société

de l’Institut Supérieur de Philosophie de l’Université
catholique de Louvain, dirigée par Bernard Feltz, Alexandre
Guay et Peter Verdée.

1. B.Feltz, Ph. Goujon, B. Hériard-Dubreuil, S. Lavelle et
W. Lesch,Éthique, technique et démocratie, 2007.
2. PierreLannoy et Thierry Ramadier (dir.),La mobilité
généralisée. Formes et valeurs de la mobilité
quotidienne, 2007.
3. GilbertEggermont and Bernard Feltz (eds),Ethics and
Radiological Protection, 2008.
4. BrigitteMaréchal et Felice Dassetto (sous la direction,
et avec la collaboration de Philippe Muraille),Adam
et l’évolution. Islam et christianisme confrontés aux
sciences, 2009.
5. BenoîtBourgine, Bernard Feltz, Pierre-Jospeh
Laurent et Philippe van den Bosch de Aguilar (dir.),
'DUZLQLVPHV HW VSpFL¿FLWp GH O¶KXPDLQ, 2012.
6. Bernard Feltz, Nathalie Frogneux et Stéphane
Leyens (dir.),La nature en éclats. Cinq controverses
philosophiques, 2015.
7. Jean Onaotsho Kawende,Rationalité pluraliste,
Éthique et Société. Parti-pris d’une philosophie
pratique, 2016.

Démocratie, Technoscience
et Écologie
Champs pragmatiques
de la rationalité pluraliste

Jean Onaotsho Kawende

D/2016/4910/26

ISBN: 978-2-8061-0282-9

© Academia-L’Harmattan s.a.
Grand’Place, 29
B-1348 Louvain-la-Neuve

Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction,
par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays
sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.

www.editions-academia.be

Avant-propos

Le monde présente aujourd’hui le visage d’une société
PHXUWULH HW Gp¿JXUpH SDU XQH FULVH PXOWLIRUPH /H UHOHQW
de monolithisme sous-jacent à la dynamique de la
mondialisation économico-politique qui s’appuie sur une
idéoORJLH GH OD SHQVpH XQLTXH OHV QRXYHOOHV IRUPHV GHV
GLFWDWXUHV DIULFDLQHV DX YHUQLV GpPRFUDWLTXH OHV PpIDLWV G¶XQH
rationalité instrumentale qui impulse les progrès
vertigiQHX[ GH OD WHFKQRVFLHQFH HW FRQIRUWH O¶DSSpWLW pFRFLGDLUH
de l’homme moderne : autant de traits caractéristiques du
bourbier dans lequel notre monde se trouve empêtré,
autant de champs pragmatiques où la rationalité pluraliste
se présente comme moyen de résorption de la crise qui
DႇHFWH OD FLYLOLVDWLRQ PRGHUQH $LQVL GpPRFUDWLH
WHFKQRVFLHQFH HW pFRORJLH UHSUpVHQWHQW GHV OLHX[ GH
PDQLIHVWDWLRQ G¶XQH FULVH IDFH j ODTXHOOH OD UDWLRQDOLWp SOXUDOLVWH HW
O¶pWKLTXH TXL OD VRXVWHQG V¶RႇUHQW FRPPH WKpUDSLH DX
PDlaise de la modernité, au mal-être de notre société. Sans
être un essai systématique sur « démocratie, éthique et
écologie », cet ouvrage considère ce trinôme comme
indicateur du champ pragmatique dans lequel la
rationalité pluraliste et l’éthique qui lui correspond se proposent
FRPPH UHPqGH IDFH j OD GpULYH H[LVWHQWLHOOH GH QRWUH
société. Remède contre la crise d’une société prise au
piège des régimes de la pensée unique, engluée dans les
contradictions d’une civilisation technologique aveuglée
par le triomphe apparent de la rationalité instrumentale
et menacée par une crise écologique, laquelle dénonce
l’instinct dévastateur de cette rationalité et invite plus que
jamais à concevoir de nouvelles rationalités, de nouveaux
modes de pensée, notamment de nouveaux modes
d’appréhension du rapport homme-nature.

La parution de cet ouvrage témoigne de la
bienveilODQFH GX SURIHVVHXU %HUQDUG )HOW] GLUHFWHXU OD FROOHFWLRQ
« Science, éthique et société » de l’Université catholique
GH /RXYDLQ TXL XQH IRLV HQFRUH P¶DFFRUGH GH SXEOLHU FH

6

Démocratie, Technoscience et Écologie

deuxième livre aux Éditions Academia. Cette marque de
sollicitude est une nouvelle preuve de la précieuse
collaboration qui lie nos institutions d’appartenance,
l’Université catholique de Louvain et l’Université catholique du
Congo. Cet ouvrage est d’autant plus tributaire de cette
FROODERUDWLRQ TX¶LO UHVWHUD SRXU O¶HVVHQWLHO OH IUXLW GHV
UHFKHUFKHV ¿QDOLVpHV JUkFH j OD ERXUVH TXL P¶D pWp RFWUR\pH
par la coopération à l’Administration des relations
internaWLRQDOHV $'5, SRXU XQ VpMRXU GH SHUIHFWLRQQHPHQW
VFLHQWL¿TXH j O¶8QLYHUVLWp FDWKROLTXH GH /RXYDLQ

Que Sidonie Maissin, Marie Tellier et tous les services de
publication des Éditions Academia acceptent l’expression
de notre gratitude pour le travail supplémentaire que les
UpDPpQDJHPHQWV DSSRUWpV j FHW RXYUDJH OHXU RQW LQÀLJp

Je me dois également de remercier le couple Nicolas
Lohaka qui, pendant mon dernier séjour de recherche à
/RXYDLQOD1HXYH P¶D DFFXHLOOL FKH] OXL HW P¶D RႇHUW XQ
FDGUH GH WUDYDLO DSSURSULp &HW RXYUDJH HVW DXVVL OH IUXLW
de la générosité de leur hospitalité. Que mon épouse,
Anny Umadjela Shako, trouve ici le couronnement de ses
FRQVHLOV HW HQFRXUDJHPHQWV OH UpVXOWDW G¶XQH SURIRQGH
complicité de cœur et d’esprit.

INTODUCTION

/D UDLVRQ KXPDLQH HVW KLVWRULTXH HW ¿QLH (Q WDQW TXH
telle, elle est marquée par l’horizon borné de la condition
humaine, en même temps qu’elle trouve dans cette limitation
XQ pODQ GH SURMHFWLRQ GDQV OD TXrWH LQVDWLDEOH HW LQ¿QLH GX
sens, du savoir et de la vérité. Dans cette quête de sens par
des sujets rationnels empreints du sceau de l’historicité, la
raison humaine se révèle incapable d’étreindre toutes les
IDFHWWHV GX UpHO ,O QH OXL HVW SDV GRQQp GH SUpWHQGUH j OD
vérité absolue et à la plénitude du sens. Ainsi, la saisie de
la réalité par la raison historique reste parcellaire. De ce
IDLW LO \ D SOXVLHXUV PRGHV GH SHQVpH HW G¶DSSUpKHQVLRQ
du réel. Cette pluralité des rationalités est consécutive à
O¶KLVWRULFLWp HW j OD ¿QLWXGH FDUDFWpULVWLTXH GH OD FRQGLWLRQ
KXPDLQH /HV SULQFLSHV IRQGDPHQWDX[ GH FHWWH UDWLRQDOLWp
sont développés dans notre ouvrage surRationalité
pluraliste, Éthique et Sociétéconsacré à l’exposé de ses
IRQGHPHQWV WKpRULTXHV HW GH VHV UHWRPEpHV pWKLTXHV /D
rationalité pluraliste rend compte de la relativité et de la
pluralité des traditions de connaissance, des modes de
pensée et d’appréhension du réel de sorte qu’elle se
propose comme norme régulatrice de tout agir et de toute
VRFLpWp KXPDLQH j PrPH G¶LQVWDXUHU XQ RUGUH IDYRUDEOH
au bien-vivre-ensemble et à la réalisation humaine. Elle
prend en compte la condition humaine pour tirer les
FRQVpTXHQFHV pWKLFRpSLVWpPRORJLTXHV GH OD ¿QLWXGH HW
mettre en exergue la nécessité d’adoption de ses règles
éthiques comme gage de constitution d’une société
MXVWH G¶XQH FRH[LVWHQFH SDFL¿TXH HW G¶XQH KXPDQLWp
qui garantisse l’épanouissement des uns et des autres
sans discrimination de race, de religion et d’idéologie.
Ainsi, le principe de la rationalité pluraliste assure l’unité
de l’humanité dans une coopération rendue possible par
OD UHFRQQDLVVDQFH HW OD FRQIURQWDWLRQ GH OD GLYHUVLWp GHV
opinions, des modes de pensée et des modes d’être,
voire des civilisations.

8

Démocratie, Technoscience et Écologie

Ce nouvel essai s’exerce à éprouver l’idée de la rationalité
SOXUDOLVWH HQ OD FRQIURQWDQW j TXHOTXHV FKDPSV GH OD YLH
humaine, notamment politique, culturelle et écologique.
Cette rationalité pluraliste s’illustre dans le champ
écologique par l’introduction de l’idée d’une altérité plurielle où
le moi s’ouvre au Tout Autre, au Tiers-absolu et à la nature
dans un partenariat atypique. Une telle approche dénonce
tout autant l’idée moderne d’un contrat social
discriminaWRLUH HW H[FOXVLI YLVjYLV GH OD QDWXUH TXH OH SDUDGLJPH
épistémologique cartésien dont l’idéal de possession et de
maitrise de la nature culmine dans une logique tyrannique
qui sombre dans la réduction de la raison à la
rationaliWp LQVWUXPHQWDOH $LQVL VH FRQFUpWLVH O¶HႇRUW G¶DSSOLFDWLRQ
sociopratique de la rationalité pluraliste en proposant ses
valeurs comme régulatrices des interactions politiques et
comme socle de l’éthique écologique. Ce qui s’amorce
ici entend illustrer une démarche qui devra se poursuivre
dans un secteur comme celui de la religion où un relent
G¶LQWpJULVPH DFFRPSDJQH WRXWH IRL PRQRWKpLVWH HW UpFXVH
le projet d’un véritable dialogue interreligieux.

$LQVL V¶DႈUPH QRWUH SDUWLSULV SRXU OD SKLORVRSKLH SUDWLTXH
Une philosophie qui, dans notre perspective, s’appuie sur
l’idée d’une altérité plurielle, précisément <
éco-théanthropique >, comme horizon de déploiement d’une rationalité
ouverte et attentive à la diversité culturelle et
sociopolitique. La prise en compte du statut < éco-théanthropique
> de l’altérité permet en même temps d’habiter le monde
de manière responsable. Une responsabilité qui impose de
répondre des conséquences de ses actes en vue d’œuvrer
au bien-être des générations présentes et d’en préserver
OHV FKDQFHV SRXU O¶KXPDQLWp IXWXUH &HWWH FRQVFLHQFH GH
UHVSRQVDELOLWp TXL DQLPH O¶pWKLTXH GX IXWXU V¶DEUHXYH DX[
VRXUFHV GH OD UDWLRQDOLWp WDQW RULHQWDOH TX¶DIULFDLQH HW V¶DOOLH
j OD FULWLTXH GH OD FLYLOLVDWLRQ WHFKQRVFLHQWL¿TXH SRXU
SUpconiser un humanisme cosmophile, lequel lie le bien-être
GH O¶KRPPH j XQ DWWDFKHPHQW DႇHFWLI j OD WHUUH j OD
QDWXUH UHFRQQXH FRPPH PqUH QRXUULFLqUH &H TXL DႇUDQFKLW OH
rapport avec la nature de la relation instrumentale et
destructrice développée sous le paradigme de l’exploitation,

Introduction

DX SUR¿W G¶XQH DWWLWXGH UHFRQQDLVVDQWH TXL SRUWH O¶KRPPH
à développer la conscience de ne vivre que de la nature et
de devoir en vivre en toute responsabilité. Cet humanisme
FRVPRSKLOH QH SHXW DGYHQLU TX¶j OD IDYHXU G¶XQH
pFRVRcialisation à même d’inculquer des valeurs et de créer une
culture écologique qui devra s’illustrer dans la quête d’un
progrès humain qui s’accompagne de l’amour, de
l’attachePHQW DႇHFWLI j OD WHUUH HW GH OD SUpVHUYDWLRQ GH OD QDWXUH
d’une sollicitude morale envers la nature dont dépend
irréversiblement la vie humaine. Cette rationalité pluraliste,
qui aide ainsi à bien habiter le monde, constitue en même
temps le principe d’une coexistence sociale harmonieuse.
Pareil principe s’accorde mieux avec une gestion de la
société, de l’espace vital et public régi par des exigences
sustentatrices de la démocratie pluraliste. Une démocratie
TXL SUHQG UDFLQH GDQV OD UDWLRQDOLWp SOXUDOLVWH HW IRQGH VD
YLtalité tant sur le dynamisme de la société civile et des partis
politiques que sur la capacité des citoyens à guider ou à
éclairer leurs choix par un exercice rigoureux de leur propre
UDLVRQ HW OD GLVSRVLWLRQ GHV DQLPDWHXUV SROLWLTXHV j MXVWL¿HU
publiquement les décisions qui engagent l’intérêt général.

/H SULQFLSH G¶XQH WHOOH IRUPH G¶RUJDQLVDWLRQ GHYUDLW
LPSUpgner le devenir de la société moderne et investir tous les
domaines de la vie. Ainsi, elle permettra d’éviter les désastres
d’une civilisation de la mondialisation peu respectueuse des
LQGLYLGXDOLWpV GHV GLႇpUHQFHV HW SDU ULFRFKHW GH
SURPRXvoir une humanité plus accomplie et plus riche en dignité.

Dans le monde moderne emporté dans une dynamique de
la mondialisation susceptible de succomber à la tyrannie de
l’idéologie de la pensée unique, le double principe
d’accepWDWLRQ HW GH FRQIURQWDWLRQ FULWLTXH GHV RSLQLRQV GLYHUJHQWHV
doit régir les interactions sociopolitiques, culturelles et
reliJLHXVHV D¿Q GH IDYRULVHU O¶LQVWDXUDWLRQ G¶XQ RUGUH
GpPRFUDWLTXH HW SOXUDOLVWH QpFHVVDLUH j OD FRH[LVWHQFH SDFL¿TXH j
l’enrichissement mutuel – moyen de sortie de l’étroitesse de
nos points de vue –, et à la réalisation humaine. Ce double
principe repose sur une ouverture doublée de contrôle
critique et de discernement indispensables à l’appropriation de
la techno-science dans l’idéal d’un développement durable.

9

I

LE DISCOURS ÉLECTORAL À
L’AUNE DE LA RATIONALITÉ
PLURALISTE

L’harmonie du vivre-ensemble, la concorde, la prospérité
HW OH ELHQrWUH G¶XQH VRFLpWp VRQW HQWUH DXWUHV IRQFWLRQ GH
VD FDSDFLWp j V¶RUJDQLVHU D¿Q GH PRELOLVHU GH FDQDOLVHU
les aptitudes et les compétences de ses membres à la
réalisation de ses aspirations au plein-être. Cette
capacité d’organisation passe notamment par l’établissement
des institutions politiques et des animateurs susceptibles
de servir des moyens ouvriers pour la promotion du bien
commun. Mais, comment déterminer, de la masse des
citoyens, ceux jugés aptes à conduire ces institutions? Les
élections sont l’un des modes par excellence de sélection
et de désignation des animateurs de ces institutions.
Seulement, ici se posent quelques questions : quels sont les
présupposés ontologiques de ce mode de désignation?
Quels sont les principes de base de la rationalité
électorale ?Et puisque les perspectives électorales ouvrent
XQ HVSDFH GH SUROLIpUDWLRQ GHV GLVFRXUV SURSDJDQGLVWHV
quels en sont les principes sustentateurs?

Une hypothèse commande de part en part l’articulation de
FHWWH UpÀH[LRQ OHV pOHFWLRQV VRQW XQH SUDWLTXH
VRFLRSROLtique portée par une rationalité pluraliste et en constituent
un lieu d’actualisation ; en revanche, les discours politiques
en régime électoral sont constitutivement monolithiques et
anti-pluralistes. C’est ce contraste qui anime la structure
SURIRQGH GH FHWWH pWXGH HVVHQWLHOOHPHQW D[pH VXU
O¶H[Dmen de l’essence pluraliste de la rationalité électorale, sur

1

2

Démocratie, Technoscience et Écologie

le caractère anti-pluraliste des discours propagandistes et
sur le discours « a-politique » comme atout pour un
pluralisme électoral. Mais, avant tout, qu’entendons-nous par
rationalité pluraliste?

I.1. L’idée d’une rationalité pluraliste

Par rationalité pluraliste, nous entendons ici un mode de
pensée caractérisé par la reconnaissance non seulement
de la possibilité, mais, davantage, de l’existence de
plu1
sieurs modes d’appréhension et de saisie du réel . Cette
reconnaissance de la pluralité non seulement principielle,
PDLV pJDOHPHQW IDFWXHOOH GHV PRGHV GH SHQVpH VH IRQGH
VXU O¶KLVWRULFLWp UDGLFDOH GH O¶KRPPH (Q HႇHW O¶KRPPH HVW
XQ rWUH ¿QL HW OD ¿QLWXGH PDUTXH GH VHV HPSUHLQWHV
FKDcune de ses productions. Ce qui exclut de toute expression
humaine la possibilité de complétude et du savoir absolu.
/D PDUTXH RQWRORJLTXH GH OD ¿QLWXGH HQ WRXWH H[SUHVVLRQ
KXPDLQH IDLW TXH FHOOHFL HVW HPSUHLQWH GX VDXW
G¶LQDFKqvement. Toute approche devient ainsi partielle et toujours
déjà partiale, si bien que la pluralité des modes
d’appréKHQVLRQ GX UpHO HVW VWUXFWXUHOOHPHQW LUUpGXFWLEOH (Q HႇHW
le double caractère partiel et partial de toute démarche
KXPDLQH FRQVDFUH OH IDLW TX¶DXFXQH SHUVSHFWLYH Q¶pSXLVH
les possibilités d’appréhension de son objet d’étude et que
plusieurs autres en restent toujours ouvertes. Le réel se
GRQQH VRXV GLYHUVHV IDFHWWHV TX¶DXFXQH RSWLTXH QH
VDXrait complètement appréhender et dont elle ne pourrait
exhaustivement rendre raison.

1

Les grands axes majeurs de cette rationalité pluraliste sont
exposés dans ONAOTSHO Kawende, J., « Fondation ontologique
et élucidation logique de la rationalité dialogique. Pour une
rationalité pluraliste », dans BUASSA Mbadu,3KLORVRSKLH HW FRQÀLW
des cultures en terre africaine .LQVKDVD &HUGDI
S259280. Lire surtout ONAOTSHO Kawende, J.,Rationalité pluraliste,
Éthique et Société. Parti-pris d’une philosophie pratique,
Louvainla-Neuve, Academia, 2016.

Le discours électoral à l’aune de la rationalité pluraliste

&HWWH LGpH GH OD SOXUDOLWp GHV UDWLRQDOLWpV GH IRUPHV GH YLH
GHV PRGHV GH SHQVpH HW G¶DSSUpKHQVLRQV GX UpHO MXVWL¿pH
SDU OD ¿QLWXGH RQWRORJLTXH GH O¶KRPPH V¶DUWLFXOH DXWRXU GH
WURLV SULQFLSHV pOpPHQWV GLVFXUVLIV G¶XQH WKpRULH GH OD
UDtionalité pluraliste.

I.1.1. Tout discours est un aveu implicite
d’ignorance et de conscience de non-savoir

/D ¿QLWXGH HVW XQH GRQQpH RQWRORJLTXH GH O¶KRPPH (OOH
relève de la situation de l’homme commeêtre-au-monde,
se rattache à l’historicité en tant que trait essentiel de
VRQ rWUH /¶HPSUHLQWH GH FHWWH ¿QLWXGH HQWDFKH O¶KRPPH
et toutes ses expressions linguistiques, artistiques, mieux
toute œuvre, produit de la signature humaine. Ainsi tout
GLVFRXUV SRUWHLO OD PDUTXH GH FHWWH IRUPH GH VRXLOOXUH
RULJLQHOOH &H IDLVDQW OH GLVFRXUV FRPPH WRXWH °XYUH
KXmaine, atteste cette limitation structurelle et en témoigne
toujours et déjà. Voilà pourquoi parler, c’est toujours et en
PrPH WHPSV FRQIHVVHU OHV OLPLWHV GH VRQ VDYRLU 3RLQW GH
discours qui ne soit en même temps expression, tout au
moins tacite, de la conscience de non-omniscience du
locuteur. Le destin de tout sujet humain est de n’accéder
qu’à un savoir partiel et de ne jamais pouvoir se résoudre
en savoir absolu de soi-même. L’impossibilité humaine du
savoir absolu est la seule certitude épistémologiquement
inébranlable. L’homme ne sait pas tout et son discours en
FRQVWLWXH XQ DXWKHQWLTXH OLHX G¶DWWHVWDWLRQ &H TXL IDLW GH
la vie de l’homme une quête perpétuelle du sens et de la
vérité.

(Q HႇHW WRXW GLVFRXUV HVW FO{WXUp HW O¶LGpH GH FO{WXUH
LPplique celle delimes GH OLPLWDWLRQ GH IURQWLqUH GH FH
au-delà de quoi le locuteur ne revendique plus de
validité et n’y prétend plus. Il y a dans la clôture deux pôles,
le dedans et les dehors, deux champs, l’un circonscrit et
GpOLPLWp F¶HVWjGLUH ¿QL HW O¶DXWUH LQ¿QL RXYHUW j G¶DXWUHV
GpOLPLWDWLRQV LQGp¿QL 'H FH IDLW OD GRXEOH FO{WXUH GX
GLVFRXUV TXL j OD IRLV FLUFRQVFULW OH FKDPS GH SHUWLQHQFH GH VD
prétention à la validité et indique l’horizon au-delà duquel il

1

3

1

4

Démocratie, Technoscience et Écologie

ne prétend plus être valide, entrouvre, du dedans comme
du dehors, la possibilité de plusieurs autres discours et
appréhensions du réel. Du dedans, dans la mesure où
tout discours n’est qu’une prétention à la validité qui se
2
soumet à la critique des autres . Cette soumission à la
criWLTXH Q¶HVW QL LQWHQWLRQQHOOH QL SRVWpULHXUH j OD SUROLIpUDWLRQ
des discours, mais plutôt essentielle, constitutive de l’être
même du discours en tant qu’œuvre humaine. Il est de
l’essence de tout discours, de l’expression et du langage
humain d’être toujours soumis à l’épreuve de la critique
des autres. Sans doute cette auto mise à l’épreuve de la
critique des autres est-elle liée à l’essence dialogique du
langage qui consacre la reconnaissance de la pluralité
des modes d’appréhension du réel susceptibles
d’échapper à tout locuteur historique. Du dehors, car chaque
discours, étant clôturé, laisse toujours ouvert le vaste champ
GH SUROLIpUDWLRQ GH VDLVLHV GLႇpUHQWHV GX UpHO &HWWH
UHFRQnaissance est liée à la clôture du discours même. Ainsi
n’est-il pas rare d’entendre un sujet donner raison à son
interlocuteur en montrant notamment que la question
posée déborde, sort du champ de pertinence et de
prétenWLRQ j OD YDOLGLWp GH VRQ SURSRV 8QH WHOOH MXVWL¿FDWLRQ HVW
une reconnaissance tacite de l’existence d’autres champs
de validité, de vérité et de rationalité susceptibles
d’échapper au locuteur, à telle enseigne que son discours, en son
essence, désavoue toute prétention au savoir absolu. Le
discours circonscrit le champ de prétention à la validité
qui, intégrant la possibilité de la critique, représente un
DYHX LPSOLFLWH G¶LJQRUDQFH ,O HVW FO{WXUp OLPLWp ¿QL HW DYHF
lui, le savoir qu’il véhicule.

Le double aveu implicite et inaudible d’incomplétude du
savoir et donc d’ignorance qui s’exprime dans le discours
repose sur la reconnaissance apriorique, souvent
inFRQVFLHQWH HW QRQ WKpPDWLVpH GH O¶KLVWRULFLWp IRQGHPHQW
GH OD ¿QLWXGH GX VXMHW ORFXWHXU

2

&I +$%(50$6 -Théorie de l’agir communicationnelle. Tome 1,
De l’éthique de la discussion, Paris, Fayard, 1987.

Le discours électoral à l’aune de la rationalité pluraliste

I.1.2.Toute conscience implicite de non-savoir
repose sur une reconnaissance tacite de sa
SURSUH ¿QLWXGH HWs’ouvre à l’altérité

/D ¿QLWXGH PDUTXH GH VRQ HPSUHLQWH OH GLVFRXUV TXL HQ
SRUWH OHV WUDLWV &HWWH H[SUHVVLRQ GH OD ¿QLWXGH KXPDLQH VH
traduit dans le discours par un aveu tacite d’ignorance. La
conscience implicite de non-savoir, résultante de la
reconnaissance tacite de son ignorance, atteste l’impossibilité,
SRXU OH VXMHW KLVWRULTXH HW GH FH IDLW ¿QL G¶DFFpGHU j WRXWH
IRUPH GH VDYRLU YLUWXHOOHPHQW H[HPSW G¶HUUHXU HW GRQF
écarte l’idée d’un savoir humain accompli. En ce sens, tout
GLVFRXUV UHÀqWH HW SRUWH OHV JrQHV GH O¶LQFRPSOpWXGH
KXmaine. Une incomplétude qui s’actualise en tout discours
par divers degrés de balbutiement et d’approximation.
&HWWH FDUHQFH RQWRORJLTXH DႇHFWH OH ODQJDJH HW H[SULPH
une ignorance, non pas ponctuelle, mais structurelle et
révélatrice de la condition humaine. La conscience de sa
SURSUH ¿QLWXGH RX GH O¶DႇHFWLRQ LQGpOpELOH GH OD PDUTXH GH
l’histoire maintient le locuteur dans un état d’incomplétude
3
qui l’ouvre structurellement aux autres . Dans cette
perspective, l’interaction discursive est une propriété
exclu4
sive des communications humaines . Seuls des humains
VH SDUOHQW H[SULPHQW SDU Oj O¶pWHQGXH OD SRUWpH ¿QLH GH
OHXU VDYRLU PDLV DXVVL O¶KRUL]RQ LQ¿QL GH OHXU LJQRUDQFH
Double expression par laquelle le discours s’ouvre à la
critique et s’en remet à l’apport imprévisible de l’autre.
/¶RXYHUWXUH GX GLVFRXUV SDU ODTXHOOH LO VLJQL¿H HQ PrPH
temps qu’il indique son horizon de non-savoir, en appelle
à l’assistance de l’autre. Celui-ci constitue, de ce point de
vue, une opportunité d’apprentissage et d’élargissement
d’un savoir toujours déjà limité et inachevé.

3

4

L’idée de l’altérité se comprendra ici dans la perspective des
auteurs comme M. Buber, J. Lacroix, H.G. Gadamer, E. Levinas
qui, au-delà de leurs divergences d’accent et de ton, ont réhabilité
O¶DXWUH GDQV VRQ LUUpGXFWLEOH GLJQLWp HW HQ IRQW OD PpGLDWLRQ
inconditionnelle de la réalisation de soi.
Lire avec intérêt GADAMER, H.G,L’éthique dialectique de Platon,
Arles, Actes Sud, 1994, notamment la page 324.

1

5

1

6

Démocratie, Technoscience et Écologie

5
Le concept herméneutique d’expériencepermet de mieux
comprendre l’idée d’ouverture liée à l’historicité radicale
GH O¶KRPPH (Q HႇHW OD SDUWLFXODULWp GH O¶H[SpULHQFH
UpVLGH PRLQV GDQV OD SRVVLELOLWp GH FRQ¿UPHU XQ IDLW RX XQH
théorie que dans sa capacité à m’apprendre de nouvelles
FKRVHV FHOOHV TXL VRXYHQW FRQWUHGLVHQW RX GLVTXDOL¿HQW
mes connaissances antérieures et attestent que je n’en
savais pas assez. De ce point de vue, un homme
d’expérience reste toujours ouvert parce qu’il ne perd pas de
vue qu’une autre expérience est toujours possible qui
SHXW OXL DSSUHQGUH GX QHXI $LQVL O¶H[SpULHQFH DERXWLW j OD
conscience de non-savoir, à l’impossibilité du savoir
abVROX j OD FRQVFLHQFH GH VD SURSUH ¿QLWXGH HW PDLQWLHQW OH
sujet dans une attitude d’ouverture constante. En ce sens,
OD YUDLH H[SpULHQFH HVW ¿QDOHPHQW FHOOH GH OD ¿QLWXGH
KXPDLQH &HWWH FRQVFLHQFH GH OD ¿QLWXGH SRUWH O¶KRPPH j
rester ouvert aux apports des autres.

Le devoir d’ouverture posé par la conscience implicite de
QRQVDYRLU VH IRUPXOH VXU IRQG G¶XQH UHFRQQDLVVDQFH
WDcite de la pluralité des modes de pensée et
d’appréhension du réel.

I.1.3. Toute ouverture à l’altérité s’accompagne
d’une reconnaissance de la pluralité structurelle
des discours, des modes de pensée, des
rationalités, etc.

/D FRQGLWLRQ KXPDLQH VH UHÀqWH GDQV OD GpWUHVVH GX
ODQgage et, par l’ouverture qui caractérise ce dernier,
téPRLJQH GH OD VRFLDOLWp GH O¶KRPPH (Q HႇHW OD FRQVFLHQFH
WDFLWH GH OD ¿QLWXGH DWWHVWpH GDQV OD VWUXFWXUH ODQJDJLqUH
ouvre le locuteur à l’autre et le porte inévitablement à la
reconnaissance de la pluralité des modes de pensée et
d’appréhensions du réel. Le discours est, en son essence,
YRFDWLI DSSHO j O¶DXWUH j VRQ MXJHPHQW j VRQ pYDOXDWLRQ
6
à son concours, à son verdict , à une médiation qui
solli

5
6

GADAMER, H.G.,Vérité et méthode.
&IIdem,L’éthique dialectique de Platon.

Le discours électoral à l’aune de la rationalité pluraliste

cite au-delà de l’horizon de son savoir et de sa
commuQDXWp GH ODQJDJH &HW DSSHO j OD PpGLDWLRQ HVW FRQVWLWXWLI
du discours. Il va de l’essence de celui-ci d’être suspendu
j OD PpGLDWLRQ GHV DXWUHV HW FH GH IDoRQ QRQSRVWpULHXUH
RX FRQVpFXWLYH j VD SURIpUDWLRQ /¶RXYHUWXUH GX GLVFRXUV j
7
l’autre est tributaire de l’essence dialogique du langage .
Le langage est appel, adresse aux autres et implique la
pluralité. Cette pluralité corrélative au langage ne tient pas
seulement au caractère médian de celui-ci, mais aussi à
la diversité des modes de pensée, de visions du monde
qui s’y exprime. L’être du discours en tant que
constitutivePHQW VXVSHQGX j OD PpGLDWLRQ GHV DXWUHV IRQGH OD SOXUDOLWp
des points de vue, des perspectives, des modes de
penser qui se concrétisent et se matérialisent dans
l’interlocuWLRQ $X IDLW O¶RXYHUWXUH VH IRQGH VXU OD SUpVXSSRVLWLRQ GH
O¶H[LVWHQFH GH SOXVLHXUV IRUPHV GH SHQVpH GH GLVFRXUV«

Il s’ensuit que le discours est d’une intentionnalité pleine,
doublement tourné vers l’autre : d’une part, l’autre à qui il
YHXW IDLUH SDUWDJHU DYHF TXL LO YHXW FRPPXQLTXHU PHWWUH
en commun le champ de leurs savoirs, c’est-à-dire les
perspectives des interlocuteurs; d’autre part, l’autre vers
TXL V¶pOqYH OH FUL GH GpWUHVVH GH VD ¿QLWXGH HW j TXL LO V¶HQ
remet pour amenuiser l’épaisseur de son ignorance. En
FH VHQV RXWUH OD IRQFWLRQ GH PLVH HQ FRPPXQ SDU ODTXHOOH
le langage rend possible un vivre-ensemble harmonieux
et garantit une communauté de vie, le discours exprime
l’état de manque d’un être qui ne doit un surcroît d’être
et de savoir qu’à la médiation transcendante de l’autre.
Cette altérité, à laquelle est suspendu tout discours, est
plurielle : elle consacre la diversité des modes de pensée
et de rationalités. S’en remettre à pareille altérité, c’est
H[SRVHU O¶KRUL]RQ FRJQLWLI GH VRQ GLVFRXUV j OD GLVFXVVLRQ
et à la critique des autres, car l’expression discursive est
IRQGDPHQWDOHPHQW XQH SUpWHQWLRQ FULWLTXDEOH j OD YDOLGLWp
c’est aussi se disposer à recevoir, à apprendre des autres,
j pODUJLU O¶KRUL]RQ GH VRQ VDYRLU JUkFH DX[ OXPLqUHV
VRXYHQW LQDWWHQGXHV HW LQpGLWHV TX¶DSSRUWH OH IRUXP SOXUDOLVWH
des interactions discursives.

7

Lire aussiIdem,Langage et vérité.

1

7

1

8

Démocratie, Technoscience et Écologie

La reconnaissance de la pluralité des discours, de modes
GH SHQVpH HW G¶DSSUpKHQVLRQV GX UpHO TXL V¶DႈUPH j SDUWLU
de l’ouverture structurelle du discours s’illustre à travers
l’essence pluraliste de la « rationalité électorale ».

I.2. L’essence pluraliste de la
« rationalité électorale »

La préoccupation pour le bien-être de la collectivité
engage les membres à chercher de quelle manière la
société doit être organisée et gouvernée pour assurer une
meilleure qualité de la vie à tous, c’est-à-dire à
déterminer les mécanismes appropriés à la réalisation du bien
de tous. Ainsi les citoyens se regroupent-ils autour des
idéaux communs, se constituant en association politique
pour élaborer des idéologies, des projets de société
généralement divergents à cause notamment de la
diversité des croyances, des hiérarchies des valeurs et des
intérêts auxquels les uns et les autres sont attachés. Ces
DVVRFLDWLRQV SROLWLTXHV YLVHQW j FRQTXpULU OH SRXYRLU D¿Q
de se donner les moyens d’appliquer leur vision politique,
de mettre en pratique leur projet de société et de servir
à la réalisation du bien commun. La pluralité des visions
politiques, des idéologies, des projets de société entraîne
FHOOH GHV PRGHV G¶RUJDQLVDWLRQV VRFLRSROLWLTXHV TXL
V¶DIIURQWHQW GDQV OHXU SUpWHQWLRQ j UHSUpVHQWHU OD PHLOOHXUH
voie d’accomplissement de leurs concitoyens. La
démoFUDWLH HVW OD IRUPH GH JRXYHUQHPHQW TXL IDYRULVH OH PLHX[
OD FRQIURQWDWLRQ GH FHV GLYHUVHV YLVLRQV SROLWLTXHV HQ OHXU
ouvrant un espace de discussion publique aidant à
éprouver le degré de validité de chaque projet de société par
rapport à sa capacité de concourir et d’œuvrer le mieux au
bien-être de tous, de représenter la meilleure alternative
GDQV O¶HႇRUW GH UpDOLVDWLRQ WDQW VXEMHFWLYH TXH FROOHFWLYH
/D FRQIURQWDWLRQ FULWLTXH GHV GLႇpUHQWHV YLVLRQV
VRFLRSRlitiques constitue le mode de détermination du degré de
YDOLGLWp HW GH FUpGLELOLWp GH FKDTXH JURXSH &HWWH
FRQIURQWDWLRQ SXEOLTXH GHV LGpHV SHUPHW DX[ FLWR\HQV GH VH
IRU

Le discours électoral à l’aune de la rationalité pluraliste

JHU XQH RSLQLRQ VXU OHV GLႇpUHQWV SURMHWV GH VRFLpWp GH
se positionner, de se choisir et de prendre parti pour celui
qu’ils jugent plus apte à porter aussi bien leurs aspirations
individuelles que celles de la société dans son ensemble.
,O \ D DLQVL XQH GLYHUVLWp GHV SURMHWV GH VRFLpWp GpIHQGXV HW
représentés par une diversité des acteurs politiques
préWHQGDQW rWUH SOXV FRPSpWHQWV SOXV ¿GqOHV HW SOXV OR\DX[
à servir les aspirations du peuple dont ils sollicitent les
VXႇUDJHV /j VH IRQGH OD SOXUDOLWp FDUDFWpULVWLTXH GH OD
UDtionalité électorale.

Par rationalité électorale, nous désignons l’ensemble des
présupposés, des principes logico-ontologiques qui
soustendent l’élaboration des projets de société mais aussi les
choix des programmes et des candidats qui rivalisent entre
HX[ HW VROOLFLWHQW OHV VXႇUDJHV GX SXEOLF OHVTXHOV SULQFLSHV
GpWHUPLQHQW OH PRGH GH IRQFWLRQQHPHQW GHV pOHFWLRQV HW
en constituent les conditions d’intelligibilité. L’idée
directrice ici est que cette rationalité est constitutivement
plu8
raliste (Q HႇHW OHV pOHFWLRQV VRQW SDU HVVHQFH
VRXVWHQdues par l’idée de la pluralité des visions, des modes de
SHQVpH HW G¶DSSUpKHQVLRQ GX UpHO (OOHV VRQW IRQGpHV
VXU OH SUpVXSSRVp TX¶LO Q¶\ D SDV GH YLVLRQ VXႈVDPPHQW
globalisante de la réalité pour saisir et subsumer celle-ci
GDQV WRXWHV VHV ULFKHV HW PXOWLSOHV IDFHWWHV 7RXWH YLVLRQ
et perception du réel est partielle et même partiale. Quand
bien même une communauté de chercheurs porterait, de
concert, son attention sur une parcelle bien circonscrite
de la réalité, ce regard sera toujours partiel, conditionné
par lesa prioriKLVWRULTXHV FXOWXUHO VRFLRSROLWLTXH« GH
la corporation à laquelle appartiennent ses membres. Du
FRXS OH UpVXOWDW GH OHXUV UHFKHUFKHV UHVWH HQ Gp¿QLWLYH
une optique qui n’épuise pas les aspects divers de la
réalité. Elle n’est qu’une perspective parmi tant d’autres et

8

En ce sens, la rationalité électorale est sous-tendue par le principe
ORJLTXH GH OD VRXVFRQWUDULpWp GRQW OHV LQIpUHQFHV FRQIRUWHQW O¶LGpH
TXH OD YpULWp HVW XQ SDWULPRLQH FRPPXQ HW OD UDLVRQ XQH IDFXOWp
partagée, en même temps qu’est reconnue la possibilité pour
FKDFXQ G¶DYRLU WRUW DX SUR¿W GH O¶DXWUH

1

9

2

0

Démocratie, Technoscience et Écologie

au sein de laquelle plusieurs approches restent également
ouvertes. L’idée du programme de recherche développée
SDU /DNDWRV Q¶pEUDQOH SDV FH IDLW

La possibilité de la pluralité des approches du réel n’est
pas une simple éventualité intellectuelle sans ancrage
SURIRQG GDQV O¶rWUH PrPH GHV FKRVHV %LHQ DX FRQWUDLUH
c’est une possibilité liée à l’être de l’homme, à
l’impossibilité du savoir absolu inscrite dans son code génétique.
Ainsi, la rationalité électorale est pluraliste : elle est le lieu
de proposition plurielle de projets de société, de possibilité
de réalisation de la collectivité.

L’essence pluraliste de toute élection ne vient pas d’abord
GH TXHOTXH IRUPH G¶RUJDQLVDWLRQ VRFLRSROLWLTXH GRQQpH
Certes, le cadre de démocratie pluraliste laisse mieux
s’épanouir l’essence du présupposé pluraliste sous-jacent
j WRXWH pOHFWLRQ PDLV FHOOHFL QH GRLW SDV j FHWWH IRUPH GH
UpJLPH VD VWUXFWXUH IRQGDPHQWDOHPHQW RXYHUWH j OD
SRVVLELOLWp GH OD SOXUDOLWp GHV PRGHV GH SHQVHU« /H FRQWH[WH
démocratique crée simplement des conditions optimales
d’épanouissement de cette reconnaissance essentielle de
la diversité des modes de pensée qui, en soi, est inscrite
dans l’idée même d’élection.

(Q HႇHW WRXWH pOHFWLRQ PrPH HQ UpJLPH GLFWDWRULDO HW
PRnarchique absolu, préserve tacitement le principe de la
pluralité des opinions ou des modes de saisie de la réalité.
Les dictateurs ne le méconnaissent pas, mais ils vicient le
MHX PDQLSXOHQW OHV UpVXOWDWV HW IHLJQHQW WRXMRXUV DYRLU pWp
SUpIpUpV DX[ DXWUHV SDUFH TX¶LOV UHVWHQW FRQVFLHQWV GH OD
nature pluraliste de toute élection. Et même dans le pire
FDV GH ¿JXUH G¶XQH pOHFWLRQ j FDQGLGDW XQLTXH
O¶pYHQWXDOLWp IWHOOH LQ¿QLPHQW PLQFH GH GLUH QRQ GH YRWHU FRQWUH FH
candidat, c’est-à-dire de ne pas souscrire à son approche
de la réalité et de penser autrement que lui, reste
entièrement intacte. Il est déjà arrivé, dans des structures où la
désignation à des postes de responsabilité passe par le
vote, que l’abstention l’emporte contre le seul candidat
engagé dans la course. Quiconque s’engage ou se soumet
à une élection entre inévitablement en lice. Ce qui veut

Le discours électoral à l’aune de la rationalité pluraliste

dire que l’élection, quelle qu’elle soit, reste une
compétition que l’on peut perdre, dans laquelle quelqu’un d’autre
RX DXWUH FKRVH SHXW YRXV rWUH SUpIpUp $LQVL ORUVTX¶j XQH
élection ne se présente qu’un seul candidat, tout reste
encore à gagner, car l’essence pluraliste des élections laisse
toujours entrevoir l’idée d’un vote contre ce candidat. Les
élections n’empruntent donc pas leur caractère pluraliste
j XQH IRUPH SDUWLFXOLqUH G¶RUJDQLVDWLRQ VRFLRSROLWLTXH $X
contraire, elles sont en elles-mêmes un lieu d’expression
pragmatique de la rationalité pluraliste, un cadre de
reconnaissance de la possibilité de déploiement de plusieurs
modes d’appréhension du réel.

L’essence pluraliste de la rationalité électorale s’illustre
dans l’espace de propagande et de discussion qu’ouvrent
les perspectives électorales. Seulement voilà, même en
UpJLPH GpPRFUDWLTXH TXL RႇUH OHV PHLOOHXUHV FRQGLWLRQV
d’épanouissement de l’essence pluraliste de cette
rationalité électorale, les discours politiques en instance
élecWRUDOH QRXV SDUDLVVHQW rWUH IRQGDPHQWDOHPHQW
DQWLSOXUDlistes.

I.2.1. L’anti-pluralisme des discours
propagandistes

Les perspectives électorales ouvrent généralement un
FDGUH GH SUROLIpUDWLRQ GHV GLVFRXUV SURSDJDQGLVWHV
&KDcun de ces discours se présente comme l’expression de
O¶DVVRPSWLRQ GHV DVSLUDWLRQV SURIRQGHV GH OD VRFLpWp GRQW
9
LO SURMHWWH OD © ¿JXUH G¶DFFRPSOLVVHPHQW ª. Et ces
persSHFWLYHV OHXU RႇUHQW XQH RFFDVLRQ XQ FDGUH GH
GpSORLHPHQW HW GH FRQIURQWDWLRQ XQ HVSDFH SURSLFH j OD
GLVFXVsion libre, rationnelle et pluraliste.

Pourtant, et là se trouve le contraste, le discours
électoUDO HVW IRQGDPHQWDOHPHQW YLFLp HW DQWLSOXUDOLVWH &H
FDUDFWqUH DQWLSOXUDOLVWH HVW j OD IRLV LQDYRXp HW SURIRQG
Inavoué parce qu’en se prêtant au débat, le discours
pro

9

&I 21$276+2 .$:(1'( © /H GpYHORSSHPHQW FRPPH °XYUH
de la tradition », dans BUASSA MBADU,op. cit., p. 161.

2

1

2

2

Démocratie, Technoscience et Écologie

pagandiste ne se présente que sous des dehors
démocraWLTXHV HW SOXUDOLVWHV $X IRQG GHV FKRVHV LO Q¶HQ HVW ULHQ
Ce discours se prête à la discussion, mais tout en se
déployant de telle sorte qu’il ne soit pas sujet à débat. Il est
VRXVWHQGX SDU OD IHUPH HW IDXVVH FRQYLFWLRQ GH QH MDPDLV
rWUH DႇHFWp G¶HUUHXU HW GH IDXVVHWp ,O V¶pQRQFH FRPPH V¶LO
n’était pas critiquable. Quand bien même il s’articulerait
DX FRQGLWLRQQHO VRQ SULQFLSH UHVWH GH QH VRXႇULU G¶DXFXQH
critique et de ne pas succomber à la moindre objection
adverse et de se donner raison à tout prix.

&HUWHV O¶LGpDO DUJXPHQWDWLI GH WRXW GLVFRXUV UHVWH G¶XQH
FHUWDLQH IDoRQ GH SUpYHQLU WRXWH REMHFWLRQ © DGYHUVH ª
mais toute expression rationnellement motivée garde la
conscience de n’être qu’une prétention critiquable à la
YDOLGLWp &HWWH FRQVFLHQFH IDLW TXH O¶DUJXPHQWDWLRQ TXL OD
sous-tend ne la présente pas comme invariablement vraie
mais plutôt comme prétendant à la vérité. La conscience
GH OD SUpWHQWLRQ j OD YDOLGLWp VLJQL¿H LFL TXH OH ORFXWHXU
VRXWLHQW HW MXVWL¿H ULJRXUHXVHPHQW VRQ SRLQW GH YXH VDQV
s’abîmer dans l’illusion du savoir absolu, c’est-à-dire tout
en sachant que son opinion n’est ni inamovible ni
inexpugnable, mais plutôt relative au sens poppérien du
relativisme critique.

Cette renonciation principielle à présenter son point de vue
comme absolu se concrétise dans une ouverture prête à
10
donner potentiellement raison à l’autre, à renoncer à
notre opinion lorsque l’autre nous convainc du contraire
ou simplement lorsque les objections de ce dernier
ébranlent le socle sur lequel s’enracine son argumentation.
Cette disposition à donner raison à l’autre semble être
absente du discours électoral qui, plutôt que de garder la
conscience de non-savoir, s’impose avec une impénitente
RSLQLkWUHWp /H GLVFRXUV pOHFWRUDO HVW WURPSHXU QRQ SDV DX
VHQV R LO VHUDLW IRUFpPHQW IDX[ PDLV GDQV OD PHVXUH R
LO YRLOH OD FRQVFLHQFH GH VD SURSUH ¿QLWXGH HW HQOqYH j VRQ
auteur toute empreinte d’humanité, d’historicité pourtant
indélébile.
10
DUTT, C.,Herméneutique, esthétique, philosophie pratique.
Dialogue avec Hans Georg Gadamer, Québec, Fides, 1998.

Le discours électoral à l’aune de la rationalité pluraliste

En son essence, le discours propagandiste exclut toute
SRVVLELOLWp G¶HUUHXU HW GH IDXVVHWp ,O HVW SOXW{W LGpRORJLTXH HW
dogmatique. Idéologique au sens où il dissimule son
caractère historique et sa subordination à des intérêts partisans.
Pourtant le propagandiste développe un discours qui prend
irrécusablement parti pour et s’oppose abstraitement aux
DXWUHV (Q VRQ IRQG LO QLH WDFLWHPHQW OD SOXUDOLWp GHV PRGHV
de pensée et d’appréhension du réel liée à l’essence même
des élections. Il méconnaît la possibilité d’être lui-même
IDX[ HW FHOOH SRXU O¶DXWUH G¶DYRLU UDLVRQ &¶HVW XQ GLVFRXUV
monolithique. Ses présupposés logiques sont de l’ordre de
la subalternation, de la contradiction ou, à tous les moins,
de la contrariété. Ce type de discours s’installe dans une
opposition abstraite, dichotomique et manichéiste qui
déVLJQH O¶DXWUH FRPPH S{OH G¶HUUHXU GH IDXVVHWp HW VH WDUJXH
de détenir le monopole de la vérité. Le propagandiste n’a
pas la sagesse de « l’homme d’expérience ».

Dogmatique, ce discours l’est au sens où il se présente
sournoisement comme énoncé des vérités absolues,
rhétoriquement soustraites à la critique des autres. Le vernis
démocratique des débats contradictoires télévisés cache
PDO OH IDLW TXH OHV GLVFRXUV SURSDJDQGLVWHV IXVVHQWLOV HQ
GpEDW UHIXVHQW DX IRQG G¶rWUH PDWLqUH j GLVFXVVLRQ (Q
Upalité, pour les candidats, le débat électoral constitue moins
un lieu de soumission d’un projet de société à la
discussion publique et rationnelle, qu’un tremplin pour avérer la
supériorité des uns sur les autres, lieu où ils s’emploient
j IDLUH JREHU DX[ WpOpVSHFWDWHXUV VLQRQ OHXUV SRLQWV GH
vue, en tout cas ceux de leurs partis. Le propagandiste ne
V¶pYHUWXH TX¶j IDLUH WULRPSKHU VRQ RSLQLRQ RX VRQ SURMHW GH
société. Aussi son discours est-il régi par une grammaire
IRQGpH VXU OH UHIXV GH FRQFpGHU DX[ FULWLTXHV HW DX[
REMHFtions des protagonistes. Il sombre dans ce que Platon
dénonce commephtonos, que Gadamer caractérise comme
usages pervertis du langage et que Habermas condamne
comme distorsions de la communication.

$X IRQG O¶DXWHXU G¶XQ GLVFRXUV SURSDJDQGLVWH VH FRPSRUWH
comme s’il ne parlait pas, plutôt comme s’il était porté par
OH UHIXV GH SDUOHU (Q UpDOLWp LO IHLQW GH SDUOHU FDU OD SDUROH

2

3

2

4

Démocratie, Technoscience et Écologie

OH ODQJDJH D XQH HVVHQFH GLDORJDOH TXL IDLW TXH GLVFRXULU
c’est toujours et déjà s’adresser à quelqu’un, en tout cas
11
présupposer un interlocuteur. Et s’adresser à quelqu’un
ou dialoguer, c’est s’en remettre à sa réaction, à son
jugePHQW F¶HVW IRUFpPHQW H[SRVHU HW VRXPHWWUH j VD FULWLTXH
les prétentions à la validité émises par notre discours. De
sorte que parler, s’exprimer, c’est prendre le risque d’avoir
WRUW (Q HႇHW j SDUWLU GX PRPHQW R XQ VXMHW V¶H[SULPH LO
prend le risque d’être contredit, et éventuellement donc
de ne pas avoir raison. Il s’ensuit qu’en voulant imposer,
à coup de plume ou d’éloquence, sa vision de la société
qu’il présente subrepticement comme l’unique valable et
adéquate à la réalisation de sa communauté, le
propagandiste se conduit comme s’il ne parlait pas. En tout cas,
son attitude méconnaît l’essence dialogale du langage et
la possibilité subséquente pour soi d’avoir tort.

La méconnaissance propagandiste de l’essence
dialogique du langage est liée à la double intention
dogmatico-idéologique du discours électoral. Cette double
intenWLRQ SHUYHUVH GX GLVFRXUV SURSDJDQGLVWH VH IRQGH VXU OD
SUpGRPLQDQFH GH VD YLVpH SHUORFXWLRQQDLUH (Q HႇHW OH
discours électoral en est un qui se préoccupe moins de
convaincre par sa visée émancipatoire que de conquérir
O¶DGKpVLRQ HW OHV IDYHXUV GX SXEOLF GH SRXVVHU OHV
pOHFWHXUV j YRWHU SRXU VRQ SDUWL HW G¶REWHQLU OHV VXႇUDJHV GHV
pOHFWHXUV $X ¿QDO LO V¶DJLW j WRXW SUL[ GH JDJQHU OHV
pOHFtions. Ainsi, la rhétorique du discours électoral majore
davantage sa capacité de mobiliser les électeurs qu’elle ne
VH SUpRFFXSH GX ELHQIRQGp GHV LGpHV GpIHQGXHV ,O YD
VDQV GLUH TX¶XQH WHOOH UKpWRULTXH FRQYROH DYHF WRXWH IRUPH
d’usage perverti du langage.

,O V¶HQVXLW TXH OH GLVFRXUV pOHFWRUDO HVW IRQGp VXU O¶H[HUFLFH
GH OD YLROHQFH XQH YLROHQFH j OD IRLV GRXFH HW FUXHOOH
6XEtile violence d’un discours qui, par des argumentsad
hominemouad personam, déplace l’attention du contenu ou
de l’objet du débat vers des considérations souvent
per

11

&I :,77*(167(,1 /Tractatus logico-philosophicus suivi
de Investigations philosophiques, traduit de l’allemand par
P. Klossowski, Paris, Gallimard, 1961.

Le discours électoral à l’aune de la rationalité pluraliste

sonnelles et sans impact évident sur l’éclaircissement de
OD WKqVH GLVFXWpH 'RXFH YLROHQFH G¶XQ GLVFRXUV TXL IRUW
des techniques discursives telles que l’argumentad
misericordiamouad populum DSSHOOH j OD SLWLp ÀDWWH WRXFKH
et joue sur les cordes de la sensibilité du public dont on
IRUFH O¶DGKpVLRQ DX OLHX GH MXVWL¿HU HW GH IRQGHU HQ UDLVRQ
son opinion. Cruelle violence d’un discours qui ne lésine
pas sur les moyens d’attaquer autant que possible son
adversaire. Adversaire? À juste titre, car il s’agit non pas
vraiment de débattre de son projet de société, mais
plutôt de combattre, abattre et battre l’autre aux élections. Il
s’agit véritablement d’une joute rhétorique à visée
électoraliste. À cela, toutes les techniques discursives et toutes
OHV JHVWLFXODWLRQV IDOODFLHXVHV VRQW GH PLVH /H GpEDW
HQWUH )UDQoRLV +ROODQGH HW 1LFRODV 6DUNR]L FDQGLWDWV j OD
GHUQLqUH SUpVLGHQWLHOOH IUDQoDLVH O¶D LOOXVWUp j VXႈVDQFH
Les dernières élections américaines de mi-mandat,
organisées le 4 novembre 2014 n’y ont malheureusement
apporté aucun démenti. Démocrates et républicains se sont
lancés dans une diatribe qui avait pour procédé essentiel
GH GLVFUpGLWHU OH SDUWL DGYHUVH IWFH SDU GHV SURSRV HW
GHV LPDJHV OHV SOXV GpQLJUDQWHV D¿Q GH V¶DOOLHU OHV
IDveurs électorales. Tous les moyens sont bons et tous les
FRXSV SUHVTXH SHUPLV SRXU DWWHLQGUH FHWWH ¿Q ¬ FKDTXH
élection, le rituel, le même, est connu de tous.

Dans ce contexte, toute la question devient : comment
sortir de ces pseudo-débats électoraux? Comment
reconYHUWLU OH GLVFRXUV pOHFWRUDO OH SXUL¿HU GH VHV HPSUHLQWHV
LGpRORJLFRGRJPDWLTXHV SRXU OH FRQIRUPHU j O¶HVVHQFH
SOXUDOLVWH GH OD UDWLRQDOLWp pOHFWRUDOH" 'LႈFLOH GH UpSRQGUH
tant que le discours électoral sera dominé par une
surdétermination perlocutionnaire marquante. Néanmoins,
l’idéal reste de promouvoir un mode de conquête du
pouvoir qui passe par la discussion libre, rationnelle et
respectueuse de l’essence pluraliste des élections. Cet idéal
pourrait être sauvegardé si à côté des discours
propagandistes se développent ceux qui ne visent ni la conquête ni
l’exercice direct du pouvoir.

2

5