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Dépassement ou englobement des contradictions ?

De
140 pages
"Ce fut un merveilleux lever de soleil", avait dit Hegel à propos de la Révolution française. L'expression fut également utilisée pour qualifier Mai 68 et le dernier assaut prolétarien des années 1960-70 qui tendait à abolir le capitalisme. Ni traité philosophique, ni leçon politique, cet ouvrage cherche à tester la validité théorique de certains concepts hégéliens et marxiens au regard des bouleversements de ce qu'on peut désormais nommer "la révolution du capital". Il cherche aussi à dégager des possibles pour un devenir autre.
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Jacques Guigou et Jacques Wajnsztejn
DÉPASSEMENT OU ENGLOBEMENT DES CONTRADICTIONS ?
La dialectique revisitée
TEMPS CRITIQUES
Dépassement ou englobement des contradictions ?
La dialectique revisitée
Temps critiques Collection dirigée par Jacques Guigou et Jacques Wajnsztejn Avec le déclin du rôle historique des classes, la critique de la société capitalisée ne peut plus trouver l’essentiel de ses références dans les pratiques du mouvement prolétarien comme elle l'a fait depuis le début du XIXe siècle jusque dans les années 1970. Aujourd'hui, même si les replis identitaires perdurent, si les intégrismes communautaires se renforcent en réaction à la domination planétaire de l’économie, on assiste aussi au retour d'une critique qui ne se limite pas au cercle étroit des « théoriciens », ni à une réflexion universitaire entachée de ses implications à l’Etat. Cette critique exprime concrètement le refus de la tyrannie du capital et des mythes de la société du travail, le refus d’admettre que les individus soient réductibles à une valeur économique ou sociale. Déjà parus Jacques GUIGOU et Jacques WAJNSZTEJN,La société capitalisée,2014. Jacques WAJNSZTEJN,Individu, révolte et terrorisme, 2010. Jacques GUIGOU et Jacques WAJNSZTEJN,Crise financière et capital fictif, 2008. Jacques GUIGOU,La cité des Ego, 2008. Jacques GUIGOU et Jacques WAJNSZTEJN,Mai 1968 et le Mai rampant italien, 2008. Jacques GUIGOU et Jacques WAJNSZTEJN (sous la dir. de.),L’évanescence de la valeur, 2004. Jacques GUIGOU et Jacques WAJNSZTEJN (sous la dir.),Violences et globalisation,2003. Jacques WAJNSZTEJN,Capitalisme et nouvelles morales de l’intérêt et du goût,2002. Jacques GUIGOU, Jacques WAJNSZTEJN (sous la dir. de), La valeur sans le travail, 1999. Jacques GUIGOU, Jacques WAJNSZTEJN (sous la dir. de),L’individu et la communauté humaine,1998.
Jacques Guigou et Jacques Wajnsztejn DÉPASSEMENT OU ENGLOBEMENT DES CONTRADICTIONS?
La dialectique revisitée
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10475-1 EAN : 9782343104751
1 PROLÉGOMÈNES
D’abord un mot, d’ordre général. Si en ce moment nous réexaminons les rapports entre Marx et Hegel, ce n’est évidemment pas pour des raisons scolastiques ni non plus pour retrouver une vision globale du monde qui faisait pourtant partie des objectifs de ces deux théori-ciens. Indépendamment de nos faibles forces, nous avons déjà dit pourquoi nous ne cherchons pas à refonder la théorie communiste ni une théorie en général, ce projet ne pouvant être porté que par une classe montante ou dominante de la société, une classe aujourd’hui absente de la scène de l’histoire. Nous ne pensons pas pour autant qu’il n’y a plus d’histoire parce qu’il n’y aurait effectivement pas (plus) de sens déterminé de l’histoire et seulement une suite d’événements indéterminés rendant vaine toute discus-sion sur l’histoire. Ainsi, il faut rendre justice à Fukuya-ma et à sa fameuse phrase de 1989 sur la fin de l’histoire. Elle a été le plus souvent prise au pied de la lettre et comparée à celle sur la fin des idéologies alors qu’il ne voulait pas dire qu’il n’y aurait plus d’événements après la chute du mur de Berlin, mais seulement qu’il n’y avait plus de projet, d’eschatologie, d’idée des hommes faisant l’histoire. Qu’il n’y avait plus de sens de l’histoire tel que
1 – Nous remercions Laurent Ikor pour nos nombreuses dis-cussions et pour ses corrections ayant présidé à la version finale de ce texte.
Englobement ou dépassement des contradictions ? La dialectique revisitée
Hegel l’entendait quand le treize avril 1806 à Iéna, il vit passer la révolution à cheval, sous la figure de Napoléon à la tête de ses troupes. Pour lui, cela assurait un triomphe, qu’il croyait définitif, aux idées universalistes après le « superbe lever de soleil de la Révolution fran-çaise » qui nous rapprochait « du stade ultime de l’histoire du monde ». C’est cette théorie hégélienne de l’histoire (cf. sa théorie de l’histoire des « quatre mondes ») que Marx a interprétée de manière extensive, à travers son histoire des modes de production. En effet, pour Marx, l’universalisation du mode de production capitaliste par la mondialisation « dépasserait » l’idée hégélienne selon laquelle l’Europe constitue le terme de l’histoire. Mais là où Hegel fixait l’histoire une fois pour toutes dans l’image du citoyen-soldat-travailleur dans sa lutte révolutionnaire au service de l’État absolu rationnel, Marx rouvre la voie à la négation en faisant du proléta-riat la classe de la négation (parce qu’elle n’a rien, suivant l’étymologie du mot prolétaire), la classe de la lutte à mort, lutte qui doit être menée « à l’échelle de l’histoire universelle ». Donc fin de la pré-histoire et non pas de l’histoire. La finalité hégélienne (l’Idée, la Raison, l’Homme), d’idéaliste devient matérialiste et classiste chez Marx, mais le devenir du marxisme va faire de cette 2 finalité concrète, incarnée, une sorte de mystique . Plus modestement il s’agit de tester la validité théorique, à l’épreuve historique, de certains concepts, hégéliens et marxiens en l’occurrence, concepts conçus dans le temps particulier du dix-neuvième siècle où il semblait possible
2 – Pour une actualisation de cette question on peut se repor-ter à ma réponse à Philippe Pelletier sur le blog deTemps cri-tiques, icihttp://blog.tempscritiques.net/archives/1319#more-1319
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Prolégomènes
de connaître la vérité d’un processus en le saisissant dans sa totalité (Hegel) tout en se projetant dans une autre perspective dont il serait la prémisse (les anticipations de Marx sur le devenir du capital). C’est une question qui fut abordée à la fin des an-nées 1960 et au début des années 1970, que ce soit en Allemagne, aux États-Unis, en France et en Italie, c’est-à-dire dans trois pays qui connurent à cette époque des soubresauts révolutionnaires et ne connurent pas, con-trairement à l’Espagne et au Portugal, une longue pé-riode d’occultation fasciste qui les mit à l’écart du déve-loppement capitaliste de l’époque, celui des Trente glo-rieuses. Cette question fut abordée sous un angle qui manifestait une méfiance vis-à-vis d’un certain usage de la dialectique favorisant une approche objectiviste autour de lois générales sur la nature et l’histoire, laissant de côté la question de la praxis ou en en faisant quelque chose de secondaire ou d’induit. D’un côté, était ainsi rejetée, en Allemagne et aux États-Unis, la prétendue « généralité abstraite » de Hegel au 3 profit d’une « sensibilité émancipatrice » caractéristique des « jeunes hégéliens », mais réorientée vers la possibilité d’une activité artistique de résistance. L’idée de subjecti-vité authentique d’Adorno fut mise en évidence ainsi que la conception ouverte et historique de la dialectique dé-fendue par Horkheimer. Ce dernier refusait une lecture des concepts hégéliens et marxistes, tels ceux détermi-
3 – Cf.infra, les positions de Dietrich Hoss à sa conférence de Lyon auprès du cercle T. Veblen sur la Théorie critique de l’École de Francfort, à propos de la question de la pratique en lien avec les transformations historiques des mouvements sociaux, disponible sur :http://www.dailymotion.com/video/-x3rqj4u_francfort-theorie-conference-hoss_school9