Des discours contemporains à la lumière de Lacan
55 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Des discours contemporains à la lumière de Lacan

-

55 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Notre époque est obscure, désorientée, violente. Notre vie sociale est de plus en plus réglée, ou déréglée, par Internet et les réseaux sociaux. Nous sommes dans un état de crise permanente. Et pourtant, rien ne change. La confusion est grande. Il y a cinquante ans, Jacques Lacan élaborait sa théorie dite des quatre discours, pour explorer ce qui, dans le langage, crée, maintient ou transforme le lien social. Peut-elle nous éclairer sur l'histoire des sociétés et de l'humanité et sur les confusions de notre temps ? Nous en faisons le pari.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 26 août 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782336879390
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Ce livre est le 137 ème livre de la

dirigée par
François Soulages & Michel Costantini
Comité scientifique international de lecture
Argentine (Silvia Solas, Univ. de La Plata), Brésil (Biagio D’Angelo, Univ. de Brasilia), Chili (Rodrigo Zuniga, Univ. du Chile, Santiago), Corée du Sud (Hyeonsuk Kim, Chung-ang University, Séoul), Espagne (Pedro San Gnés, Univ. Granada), France (François Soulages, Univ. Paris 8), Grèce (Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioan ina), Japon (Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie (Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem), Malte (Thierry Tremblay, Univ. de La Valette)
Série PHILOSOPHIE
11 Michel Gironde (dir.), Les mémoires de la violence
12 Michel Gironde (dir.), Méditerranée & exil. Aujourd’hui
49 Dominique Chateau, Théorie de la fiction. Mondes possibles et log que narrative
60 François Soulages & Aniko Adam (dir.), Les frontières des rêves
62 Michel Godefroy, Chirurgie esthétique & frontières de l’identité
63 Thierry Tremblay, Frontières du sujet. Une esthétique du déclin
64 Stéphane Kalla Karim, Les frontières du corps & de l’espace. Newton
66 Vladimir Mitz, La transgression des frontières du corps. La chirur ie esthétique
67 Bernard Salignon, Frontières du réel où l’espace espac
68 Dominiqu Chateau, L’art du fragment. Frontièr s apparentes & frontières souterraines
69 Pie re Kœst, Aux frontières de l’Humain. Essai sur le transhumanisme
71 Gabriel Baudrand, Mathématiques & frontières
73 Philippe Boisnard, Frontières du visa e (analogique-numérique)
74 Aniko Adam, Aniko Radvanszky & François Soulages (dir.), L’homme qui rêve
77 Alain Milon & Shu-Ling Tsai, Figures de l’homme. Au croisement des différences
81 François Soulages (dir.), Les frontières des langues
101 François Soulages (dir.), La crise du visage
129 Leon Fahri Neto, Masse & multitude. A partir de Freud, Canetti & Spinoza
131 I-ning Yang, Blanchot-Lao Tseu : l’acte de nomination
132 François Soulages & Leon Fahri Neto (codir.), Masse & sujets. Philosophie & art
137 Gabriel Baudrand, Des discours contemporains à la lumière de Lacan ,
Série LITTÉRATURE
46 Michel Costantini (dir.), Sémiotique des frontières, art & littérature
70 Aniko Adam, Du vague des frontières. Espaces, littératures & langues
76 François Soulages (dir.), Malraux, le passeur de frontières
93 François Soulages (dir.), Le flou & la littérature
96 Richard Spiteri, Benjamin Péret. Travail en chantier
109 Edmond Nogacki, Plasticité de la poésie de René Char
117 Vincent Metzger, Henri Michaux. Fiction & diction
119 Biagio D’Angelo, Espace. Topographies imaginaires. Écrits parisiens 2017-8, 1
120 B D’Angelo & F Soulages (codir.), Temps. Photographie & littérature. Écrits parisiens 2017-8, 2
121 Biagio D’Angelo, Espace-Temps. Proust & les créations contemporaines. É rits parisiens 2017-8, 3
Les autres titres de la Collection Eidos sont donnés à la fin de ce livre
Titre




Gabriel Baudrand



Des discours contemporains
à la lumière de Lacan
Copyright

Du même auteur

Mathématiques & frontières , Paris, L’Harmattan, coll. Eidos , série
RETINA, 2015.
« Mathématiques & extériorité », in F. Soulages & G. Picarel, Art & extériorité , Paris, L’Harmattan, coll. Eidos , série RETINA, 2017.
Préface à Temps, photographie & littérature , dir. B. D’Angelo & F. Soulages, Paris, L’Harmattan, coll. Eidos , série RETINA, 2018.





















© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-879390
Introduction
À la fin des années 60, juste après mai 68, Lacan élabore sa théorie des quatre discours 1 .
Quelques années plus tard, alors que je suis professeur de mathématiques en lycée, un collègue professeur de philosophie m’explique, sur un coin de table et en quelques minutes, la théorie des quatre discours de Lacan.
Encore quelques années plus tard, alors que je suis maintenant à la retraite , sinon en retrait , je retourne vers ces quatre discours. Entre ces trois moments, la société a changé, le bain social dans lequel nous sommes immergés, a changé, insensiblement, mais radicalement. Et pourtant, rien ne change. Les hommes sont toujours mus par les mêmes besoins, les mêmes demandes, les mêmes désirs.
Comment s’y retrouver, dans ce bouleversement immobile ? Quels sont les points fixes, quelles sont les mutations ? Tout revient-il à la même place, après quelques péripéties ? Ou bien avons-nous au contraire affaire sans cesse à du nouveau toujours nouveau ?
Notre époque est confuse, désorientée. Notre vie – sociale – est de plus en plus réglée, ou déréglée, par Internet, et les réseaux sociaux . Nous sommes submergés en permanence par des informations de toutes sortes, souhaitées ou non souhaitées, vraies ou fausses, cruciales ou purement anecdotiques, données sans hiérarchie, sans précaution. Les dangers eux-mêmes progressent, et les angoisses, et les remèdes proposés se multiplient, contradictoires entre eux, et bien souvent sans aucune cohérence interne. C’est le lien social lui-même qui est de plus en plus malmené, remis en cause, bouleversé.
En 1969-1970, Lacan expose dans son séminaire L’envers de la psychanalyse sa théorie des quatre discours. Ce qu’il entend par discours, c’est précisément, ce qui dans l’ordre du langage, crée (ou maintient, ou transforme) le lien social. En introduisant cette théorie, une des visées de Lacan, selon Jean-Claude Milner 2 , est de dépasser l’historicisme : quoiqu’il y ait nécessairement une dialectique dans la présentation et l’explicitation des quatre discours, la théorie elle-même se veut mathématique, ou du moins mathématisée, avec ce que cela comporte de détaché des contingences historiques. Force est de constater que cela marche , non seulement à rebours pour repérer l’émergence et l’articulation des discours qui ont façonné l’histoire, mais aussi dans le sens de cette histoire, jusqu’à cette actualité qui nous submerge. Ce double caractère, de nouveauté absolue, et d’immobilisme pesant, qui nous saisit si nous prenons un peu de recul par rapport à la doxa ambiante, se trouve ainsi expliqué. Tout est affaire de structure, sinon de logique, et non de dialectique.
Quelle a été ma motivation pour écrire ce livre ? Je ne suis ni analyste, ni analysant, ni analysé. Je suis professeur de mathématiques à la retraite. Mais c’est justement à ce titre que j’ai écrit ce petit livre. Professeur de mathématiques, c’est ma carte de visite, et je n’en ai pas d’autres. C’est mon signifiant-maitre … (On verra dans cet ouvrage ce que cela signifie !)
Il y a quelques années, François Soulages m’a poussé à écrire un livre sur le thème des frontières dans le domaine des mathématiques 3 . Depuis, nous sommes devenus amis, et c’est lui qui m’a encouragé à me lancer dans l’aventure d’écrire, à partir d’un texte d’actualité, sur les quatre discours de Lacan, donc sur la psychanalyse. Le projet, au cours de son élaboration, s’est renversé, et, plutôt que d’écrire un livre sur la psychanalyse, il s’agit plutôt d’utiliser la psychanalyse – et plus précisément la théorie lacanienne des quatre discours – pour décrypter, tenter d’y voir plus clair, dans l’énorme bavardage ambiant.
La psychanalyse concerne tout le monde. Elle parle à tout le monde. À moi aussi, et je voudrais transmettre cette parole. Plus exactement, ce que j’ai entendu de cette parole. Pas ce que j’ai compris. Ce que j’ai entendu.
Pourquoi ? Parce que je suis (j’ai été) professeur, justement. L’enseignement, ça a à voir avec la psychanalyse. Ne serait-ce que parce que la psychanalyse, ça s’enseigne. On parle bien de l’ enseignement de Lacan. Jacques-Alain Miller a édité sous forme de petit livre un texte de Lacan intitulé Mon enseignement 4 . À lire ses séminaires, on sent presque constamment la passion d’enseigner, de transmettre, d’ouvrir des portes, des perspectives, et dévoiler de l’impossible à ses auditeurs. Pas la passion de faire comprendre, non, on lui a suffisamment reproché ses obscurités, ses complications. Mais quand on comprend, quand on croit avoir compris, c’est raté 5 . La recherche, la quête s’interrompent, on a compris, pris avec soi, on emmène ça chez soi, ça va rejoindre je ne sais quel tableau de chasse, rejoindre je ne sais quelle étagère remplie de livres poussiéreux. C’est quand on ne comprend pas que le jeu s’ouvre, que peut commencer l’échange, l’enrichissement.
L’enseignement a aussi à voir avec l’amour, le don, le désintéressement. Sur l’amour, Lacan a dit : Aimer c’est offrir quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. Comme souvent chez lui, la phrase est négative, et là elle l’est deux fois. Mais regardez bien : elle est merveilleuse, elle est ouverture, elle est énigme, elle est vérité. Est-ce que vous pensiez que l’amour, c’est offrir quelque chose qu’on a à quelqu’un qui en veut ? Non, ça, c’est juste un cadeau de Noël ; une transaction ; une opération commerciale ; un arrangement. Je te donne ce que tu veux, et en échange tu me donnes l’extinction de ton vouloir. On est quitte, l’histoire s’arrête là. (Il est possible aussi que la transaction continue, que le don soit suivi d’un contre-don, pour que, justement, l’histoire ne s’arrête pas là, comme nous l’enseigne Marcel Mauss.) Pour paraphraser Lacan, et parce que l’enseignement est proche de l’amour, je dirais : L’enseignement, c’est expliquer quelque chose qu’on n’a pas compris à quelqu’un que ça n’intéresse pas. Si j’avais « compris » les mathématiques, j’aurais fait… des mathématiques, j’aurais été un (petit) artisan de l’immense édifice du savoir mathématique (voir le discours de la science ). J’aurais participé, de près ou de loin, à l’élaboration du nouveau monde du tout-savoir (voir le même discours). Mais je n’ai pas compris les mathématiques, les mathématiques m’ont débordé, et ce débordement j’ai voulu le dire à ceux qui ne l’entendaient pas. Méfiez-vous de ceux qui sont intéressés, le double sens du mot ne peut jamais être complètement oublié. Peut-on vraiment mêler intérêt et enseignement ? Est-ce encore de l’enseignement, que de rentrer dans une transaction plus ou moins explicite, un arrangement du genre : Je m’intéresse à ce que tu enseignes, et en échange tu me donnes mon examen, mon diplôme, mon passage ? Bien sûr c’est ça le métier de l’enseignement, de tout temps, et de plus en plus. C’est la partie visible. Mais il y a aussi l’invisible, un don invisible doublé d’une récompense invisible.
Ceci n’est donc pas un livre de psychanalyse, ni même un livre sur la psychanalyse. Son propos est de transmettre, de transcrire quelques petites choses, quelques bribes de ce que j’ai compris, découvert, déchiffré du monde actuel à partir de la théorie de quatre discours de Lacan. Cette théorie est pleinement développée dans le tome 17 de son séminaire, intitulé L’envers de la psychanalyse . Et l’ envers de la psychanalyse, ce n’est pas son endroit … Il s’agit de voir ce que pourrait dire la psychanalyse sur ce qui n’est pas elle-même, sur ce qui n’est pas sa théorie, ni sa pratique, mais sur ce qu’elle permet de comprendre, d’appréhender, de découvrir du monde. Entendons : la mondanité, la société, le lien social, voilà. Le discours (selon Lacan), c’est ce qui fait, dans le langage, que le lien social, ça fonctionne. Et ça, ce n’est pas exactement l’affaire de la psychanalyse. C’est son envers.
À mon sens, les quatre discours constituent le centre de l’enseignement de Lacan, sa partie la plus forte. Le séminaire 17 a eu lieu en 1970 (les séminaires s’étendent de 1954 à 1980). Il est préparé par le séminaire 16 ( D’un Autre à L’autre ). Il entraine à sa suite les admirables séminaires 18 ( D’un discours qui ne serait pas du semblant ), 19 (… ou pire ) et 20 ( Encore ). Les séminaires suivants, dont un seul à ce jour est publié, sont, disons-le, plus obscurs, plus spéculatifs.
Je me souviens de ce collègue, professeur de philosophie, qui pour la première fois m’avait fait rencontrer la théorie des quatre discours. Quand j’y pense, quand j’ai envie de parler des quatre discours à quelqu’un, ce sont ces explications qui me reviennent à l’esprit ; plus exactement, c’est ce moment de transmission qui passe dans ma mémoire. Les explications que j’ai reçues alors, elles ont changé, ma mémoire les a transformées, comme les souvenirs du temps passé, comme les traces d’un rêve qui revient dans la journée, comme nous changeons, chaque jour. J’aimerais que la transmission continue, aussi, par mon intermédiaire, par l’intermédiaire de mon signifiant-maitre .
De Lacan on parle beaucoup, et on ne dit pas grand-chose. Il y a quelque chose d’un peu démesuré. On ne sait pas trop quoi en faire. Il est l’objet d’une foule de critiques, mais ce n’est pas le plus intéressant, ni le plus important. Lacan n’est pas un philosophe, ni un penseur, ni un linguiste. Il n’est pas un universitaire. Il est, bien sûr, psychanalyste. Ce qui le rapproche de la figure du Saint 6 , et aussi du maitre Zen 7 . Mais il est dommage que sa théorie des quatre discours ne soit pas plus connue, plus « utilisée ». On trouve sur la Toile de très nombreux exposés de cette théorie, dont je me suis largement inspiré (j’ai donné autant que possible les références à cet hypertexte que permet de développer la toile en question). Mais bien souvent il s’agit de paraphrases, ou alors de spéculations difficiles. Peut-être est-ce une déformation professionnelle, mais je crois en la vertu de l’exemple, de l’illustration, et, pourquoi pas, de l’exercice. Aussi me suis-je efforcé de donner des exemples concrets de discours, malgré les difficultés inhérentes à cette entreprise : il s’agit de cerner une manifestation langagière de ce discours (par exemple le discours de la science), et cette manifestation sera rarement « pure ».
On trouvera donc dans ce qui suit la présentation, la plus claire possible, des quatre discours, mais sans simplification abusive, j’espère. On peut gloser à l’infini sur les concepts lacaniens tels que « objet petit a », « signifiant-maitre », d’autant plus que leur contenu évolue au fur et à mesure de leur enseignement, et aussi de leurs places relatives dans cet enseignement. J’ai choisi d’en appeler à l’intuition du lecteur, qui se fera j’espère une idée de plus en plus précise – son idée – de ce dont il est question. Suit un chapitre « études de cas », des cas récents et significatifs. Je propose ensuite un chapitre d’« exercices », qu’il ne faut pas trop prendre au sérieux… Pour les chapitres suivants, je pars du best-seller de Yuval Noah Harari, Sapiens, une brève histoire de l’humanité 8 , dans lequel j’ai cru déceler une illustration presque parfaite du discours de la science. Il ne s’agit pas d’une critique détaillée du livre, et il n’est pas besoin de s’y reporter, ou de l’avoir lu. Quelques passages hautement significatifs quant à l’ idéologie portée par ce livre suffisent à mettre à nu ce discours. Il reste alors à donner, à imaginer un aperçu de ce que serait, de ce que pourrait être, l’histoire de l’humanité dans le discours de l’analyste (chapitre Un semblant de sapiens ), puis dans le discours de l’hystérique (ce que serait donc une histoirie , dernier chapitre). La conclusion devrait donner envie au lecteur de revenir aux sources : se plonger sans complexes dans l’œuvre de Lacan, qui recèle bien d’autres trésors. Et aussi l’envie de découvrir d’autres paroles, d’autres écrits à contre-courant des discours dominants, qui, profondément, disent tous la même chose.
Je recommande vivement au lecteur de reproduire sur une feuille à part les schémas des quatre discours, auquel s’adjoint le discours capitaliste, tels qu’ils sont récapitulés à la fin du chapitre I, et de s’y reporter aussi souvent qu’il est nécessaire. Je me suis efforcé de les reproduire plusieurs fois pour faciliter leur consultation, mais l’aller et retour incessant entre le dit (le texte) et le montré (schéma, ou mathème ) s’avère crucial.
Je remercie ici particulièrement François Soulages, qui m’a toujours encouragé et soutenu dans cette entreprise un peu folle, et mes amis férus de psychanalyse ; ainsi que Michèle Baron pour sa relecture attentive et exigeante.
1 Les quatre discours en question sont : les discours du maître ; de la science ; de l’analyste ; de l’hystérique ; auxquels il faut ajouter le discours capitaliste.
2 J-C. Milner, L’Œuvre claire , Paris, Seuil, 1995.
3 G. Baudrand, Mathématiques & frontières , Paris, L’Harmattan, coll. Eidos , 2015.
4 Lacan, Mon enseignement , Paris, Seuil, 2005.
5 Lacan : « Si vous croyez avoir compris, vous avez sûrement tort. » ; Séminaire I : Les écrits techniques de Freud ; séance du7-4-1954 ; Paris, Seuil, 1975.
6 Voir le chapitre I, le discours de l’analyste.
7 « Ce qu’il y a de mieux dans le bouddhisme, c’est le zen, et le zen ça consiste à ça, à te répondre par un aboiement, mon petit ami. » Lacan, Séminaire XX , Encore ; séance du 8-5-1973 ; Paris, Seuil, 1975.
8 Paris, Albin Michel, 2015.
Chapitre 1 Théorie

On voit ci-dessus les quatre schémas récapitulatifs des « quatre discours de Lacan », auquel on pourra se reporter au fur et à mesure de la lecture. Pour plus de commodité j’ai reproduit au cours du texte certains de ces schémas, mais le lecteur ne devrait pas hésiter à se référer autant de fois que nécessaire à ces figures, appelées mathèmes par Lacan.
Les flèches se répètent identiques à elles-mêmes dans ces quatre schémas. Elles définissent ainsi un parcours, et quatre emplacements fixes (en bas à gauche → en haut à gauche → en haut à droite → en bas à droite).
Ces emplacements recevront des noms plus parlants, moins géométriques, mais il est important de garder une vision géométrique – et donc mathématique – de l’ensemble.
Sur ces quatre emplacements, on peut voir que quatre termes vont tourner, en gardant le même ordre de succession (permutation circulaire). Le premier discours, le discours du maître, voit ses quatre emplacements affectés par les quatre termes $ ; S1 ; S2 ; a . Ce qui donne :
Le discours du maître :
$ → S1 → S2 → a
Puis le discours de la science :
S1 → S2 → a → S
Puis le discours de l’analyste :
S2 → a → S1 → S
Et enfin, le discours de l’hystérique :
a → S1 → $ → S2
Voilà pour la « géométrie » des quatre discours. On expose maintenant, le plus simplement et le plus clairement possible, la théorie elle-même, qui nous servira dans les chapitres suivants à éclairer et analyser un certain nombre de discours contemporains. Précisons d’abord ce que Lacan définit par le terme « discours » :
Le discours c’est quoi ? C’est ce qui […] dans l’ordonnance de ce qui peut se produire par l’existence du langage, fait fonction de lien social. 9
Il s’agit donc de maintenir le lien social. Lacan ne croit pas à une sorte de « bain social », dans lequel nous nous ébattrions avec plus ou moins d’aisance. Nous sommes des êtres de langage, de façon permanente, obsessionnelle et inévitable. Nous sommes tous au pied du mur du langage, à nous y mesurer et à nous y toiser. Le langage a bien des fonctions. Roman Jakobson en dénombre six, et le romancier Laurent Binet en ajoute une septième 10 : la fonction performative, sans doute la plus importante, illustrée par exemple par la phrase : Je vous déclare mari et femme . La puissance du verbe, tout au moins de la nomination, se déploie ici. Peut-être cela a-t-il un lien avec les discours tels que définis par Lacan, en tout cas avec le discours du maître.
Notons bien que le discours n’est pas une parole, ni un dit, ni un écrit. Il est plutôt dispositif, idéologie. D’où la difficulté de donner des exemples de discours, d’autant plus qu’une manifestation langagière porte souvent la trace de plusieurs discours entremêlés. Mais nous aurons l’occasion de débusquer des exemples presque purs de manifestation de tel ou tel discours.
Les quatre emplacements
On peut voir la théorie des quatre discours de Lacan comme la superposition, l’articulation, de deux savoirs d’origines diamétralement opposées : la théorie de a communication d’une part, et la psychanalyse d’autre part.
La théorie de la communication, telle qu’elle a pu être établie et étudiée par des penseurs tels que Claude Shannon, Marshall McLuhan, Roman Jakobson, repose sur le schéma suivant :

L’émetteur envoie un message au récepteur. Voilà ce qui se passe au niveau conscient, explicite, volontaire. La psychanalyse nous enseigne qu’il y a aussi de l’inconscient dans l’humain Pas question ici d’exposer ici toute la théorie psychanalytique (pas plus d’ailleurs que la théorie de la communication). Mai Lacan enr chit ce schéma classique en livrant celui-ci, où il y a maintenant quatre emplacements :

À la place de l’émetteur, nous voyons maintenant l’ agent . L’agent est l’agent de l’énonciation effective du discours, le plus souvent de sa manifestation langagière. Le message est émis par l’agent, d’une manière éventuellement parfaitement passive (comme un agent de police qui dresse une contravention) ; mais maintenant le schéma proposé par Lacan propose de débusquer une origine à ce message, et plus précisément d’approcher de la vérité insue qui irrigue le message explicite. Alors que de l’autre côté, au lieu du récepteur, nous voyons l’Autre. Le terme est plus générique, car le message n’est pas nécessairement explicite, et il n’y a pas nécessairement un récepteur spécialement visé. Et enfin on ne se limite pas à la simple réception du message (et éventuellement à son feedback ), puisqu’il y a une place maintenant pour la production . Une production sociale.
La structure du discours ainsi envisagée présente deux axes. Verticalement, l’émetteur est confronté au récepteur. Horizontalement, l’étage du haut concerne le conscient, l’étage du bas l’inconscient (le fait que l’on puisse dire que la production est d’ordre social n’est pas un paradoxe : l’inconscient c’est le social 11 ; ou du moins on s’intéresse au retentissement psychique de la production en question). Notons aussi que, à la différence des trois autres places, la vérité n’est pas alimentée par une autre instance. Elle n’a pas d’origine, elle se dérobe, elle ne peut être que mi-dite 12 . Elle sort toute nue de son puits, mais comment y est-elle entrée ? (La réponse est dans l’énigme même, dit Lacan). Enfin, notons la butée , l’ impuissance pour la production de rejoindre sa vérité.
La structure complète comporte de plus deux parcours supplémentaires : Vérité → Autre et Production → Agent. L’Autre peut percevoir quelque chose de l’inconscient (vérité) du sujet (lapsus, acte manqué), et la production de l’autre peut agir sur l’agent, dans une sorte de feedback .

Remarquons, après Marie-Noëlle Vandevelde 13 , que cette structure donne alors lieu à ce qu’on peut appeler un différentiel , entre les parcours Vérité→ Agent et Vérité → Autre ; et on a d’autre part un cycle , une répétition :
Agent→ Autre→ Production→ Agent→ …
Le hiatus entre Vérité et Production est néanmoins maintenu.
Les quatre termes
Sur ces quatre emplacements fixes, Lacan va faire tourner quatre termes, toujours les mêmes, d’un quart de tour dans le sens inverse des ai uilles d’une montre, en conservant leur ordre de succession (permutation circulaire). Voir la figure des 4 discours au début de ce chapitre : on part du discours du maître, pour y revenir après quatre permutations :

Le sujet divisé, l’objet « petit a »
Les deux premiers termes que l’on va considérer sont ceux qui apparaissent à l’étage « inconscient » du discours du maître :

S, c’est le sujet barré de lui-même , ou le sujet divisé Autant dire toi, moi, lui, l’inconnu qui traverse la rue, nous tous, divisés entre notre conscient agissant et l’inconscient qui nous agit.
a , c’est le fameux « objet petit a » ; c’est l’objet cause du désir, à jamais perdu et que nous poursuivons sans cesse, et qui sans cesse se dérobe. Il se ra tache à l’objet partiel de la psychanalyse freudienne, à l’objet de prédilection du fétichiste, du collectionneur, et aussi au je ne sais quoi ou au presque rien de Jankélévitch ; à l’au-delà du croyant, pourquoi pas.
Notons que ces deux termes sont articulés entre eux dans la figure du fantasme, telle qu’elle est donnée par Lacan :
$ ◊ a
Entre le sujet divisé et l’objet cause du désir, figure le « poinçon », ◊, signe « logique », qui tient du « ou » (∨), du « et » (∧) logiques, mais aussi du « inférieur à » (<), du « supérieur à » (>) m thématiques. Et aussi du signe « inclus dans » (⊂), « contenant » (⊃) de la théorie des ensembles ; ce qui correspond, en logique mathématique, respectivement à « est une condition suffisante de », et « est une condition nécessaire à ». Le poinçon pourrait donc se lire aussi « si et seulement si. 14 »
On voit qu’on est coincé de tous les côtés dans ce mathème (dans ce schéma). Rien ne marche. Le sujet est divisé, l’objet est inatteignable, et entre les deux des relations contradictoires. Néanmoins sujet et objet sont entrainés dans la même galère nécessaire et suffisante.
Le signifiant-maître, le savoir
Pour comprendre les deux termes suivants, qui concernent l’étage « conscient » du discours du maître, le plus simple est peut-être de partir du schéma que livre Lacan dans le séminaire XVI, D’un Autre à L’autre , qui précède immédiatement le séminaire XVII, où la théorie des quatre discours est élaborée. Ce schéma préfigure le discours du maître :

À gauche de la flèche horizontale, nous voyons une figure inspirée du linguiste Ferdinand de Saussure, qui schématise le signe linguistique ainsi :

Selon Saussure, le signe linguistique unit « non pas un nom et une chose, mais un concept et une ima e acoustique. 15 » En haut de ce schéma, nous voyons le signifié nuage : le concept, l’image mentale que nous formons à propos du nuage. En bas du schéma, nous voyons le signifiant nuage : la trace sonore, matérielle, du signe.
Lacan inverse le schéma, et fait figurer le signifiant en haut, le signifié en bas ; il donne la primauté au signifiant sur le signifié. Le sujet, S, en tant que signifié au statut incertain, car divisé entre conscient et inconscient, est représenté, au gré des circonstances, par un signifiant, S1 : son signifiant-maître , qui sort alors du lot, de l’ensemble des signifiants. Cet ensemble, ce trésor, cette batterie des signifiants, c’est ce que Lacan appelle le savoir , S2. Le signifiant-maitre, S1, représente ainsi le sujet divisé, S, auprès de l’ensemble des signifiants : flèche horizontale du schéma de Lacan. Donnons quelques exemples de ce qu’on peut entendre par signifiant au sens lacanien, en tant que celui-ci représente un sujet, non pas auprès d’un autre sujet, mais d’un autre signifiant 16 .
On peut songer aux tags sur les murs des grandes villes : chaque tag est un signifiant, le plus souvent un mot calligraphié, et décliné plusieurs fois. Il représente son auteur (le sujet) non pas pour un autre auteur, mais auprès d’un autre signifiant, un autre tag ; les signifiants-tags se répondent, se chevauchent, dialoguent, se disputent dans une pure représentation où le sujet est à l’arrière-plan.
Quand vous retirez un ticket d’un péage automatique d’autoroute, ce ticket est un pur signifiant qui vous représente auprès d’une batterie ordonnée de signifiants : La société d’autoroute X. Et les jours de fatigue l’idée peut vous venir à l’esprit que ce ne sont pas ces machines distributrices de signifiants qui sont à votre service, mais bien vous, pauvre sujet isolé dans une machine signifiante, qui êtes au service de tous ces dispositifs signifiants…
Du matin au soir, une fois les oripeaux des rêves de la nuit évanouis, vous ne cessez pas d’échanger, dans vos interactions sociales, un signifiant qui vous représente (auprès d’autres signifiants), contre un autre signifiant, qui vous représente auprès d’autres signifiants… Vous êtes, tour à tour, le bon père de famille , « Papa » (ou « Maman », la bonne mère …) qui veille à ce que le petit-déjeuner familial se passe bien (autorité, bienveillance vis-à-vis des enfants ) ; puis l’usager discipliné du transport en commun (air impassible, costume impeccable au milieu de la cohue diversement apprêtée, colorée, négligée ; vous savez très bien interpréter les signaux (signifiants) dont chacun parfaitement se pare) ; puis employé modèle, cadre responsable (vous avez peut-être un badge ) intégré dans la hiérarchie de l’entreprise ; puis, le soir venu, vous empruntez peut-être d’autres déguisements, pour d’autres rencontres, d’autres datings .
Cette sentence peut aider à comprendre, et la nature, et la puissance du signifiant : « Plus il ne signifie rien, plus le signifiant est indestructible. 17 » Exemples : le nombre ; l’argent ; dieu, peut-être.
Nous voici donc en possession de ces quatre termes :
S1 : le signifiant-maître
S2 : le savoir
$ : le sujet divisé ;
a : l’objet petit a
Les deux premiers concernent l’étage conscient, les deux autres l’étage inconscient. Nous sommes alors conduits naturellement à notre premier discours…
Le discours du maître
Il fut arrêté que vous auriez le titre, et que j’aurais la chose.
Jacques le fata iste à son maître 18

Souvenons-nous : le mathème du fantasme est $ ◊ a. Le sujet divisé est à jamais séparé, ou dominé, ou dominant, ou aliéné, de/par l’objet cause de son désir. Le discours est là pour pallier, autant que faire se peut, cette cassure fondamentale. Ou plutôt : le discours du maître est le reflet social de cette figure du fantasme. Le maître, c’est celui qui commande, qui ordonne. Le langage offre cette possibilité, d’un maître qui ordonne, et nous sommes tous avides de le trouver, ce maître, quitte à le ressusciter, le combattre, le détester : voir le discours de l’hystérique (cf. infra ), et voir comment les derniers présidents de notre république sont passés si vite du Capitole à la Roche Tarpéienne, ou du moins de l’adulation à la détestation. Le maître, maintenant, ne tient pas en place longtemps, à moins d’être un petit maître, d’une petite juridiction : entreprise familiale et forcément paternaliste , famille (mais traditionnelle, sinon traditionnaliste), paroisse, classe, école… Toutes les figures d’autorité sont contestées, battues en brèche, c’est bien connu. Le monde est dans un grand désarroi quant à cette figure du maître. C’est par exemple dans les sociétés où son règne a pris fin, ou du moins s’en approche, que la lutte contre le patriarcat est la plus vive, et que son emprise fantomatique est la plus vivement contestée. Là où le patriarcat est bien présent, il ne s’en laisse pas si facilement conter…
On se réjouit de la remise en cause des figures d’autorité, et on en déplore les conséquences. Mais, simultanément et ailleurs – et ici aussi, peut-être, successivement à cette extinction souhaitée, programmée – les figures les plus dangereuses, les plus atroces, les plus criminelles du maître reviennent en force un peu partout : le populiste, l’homme providentiel, l’autocrate, le dictateur, jusqu’au terrorisme étatisé.
Bien avant les crises et le désarroi des sociétés contemporaines, le discours du maître a structuré les sociétés traditionnelles, depuis la plus haute antiquité. Le dieu tout puissant, le roi, le chef ; le citoyen de la cité démocratique antique, qui répugne au travail manuel mais en récolte les fruits. C’est dans cette configuration qu’on voit le mieux le fonctionnement du discours du maître. Du savoir (ap) porté par l’esclave (S2), il ne veut rien savoir. Il veut juste que cela fonctionne. Il veut les objets, de plus en plus nombreux, de plus en plus sophistiqués ( a ). Cette accumulation, prémisse de l’accumulation capitaliste, renforce sa position de maître, et son emprise sur l’esclave, qui produit de plus en plus : parcours S1 → S2 → a → S1→ … Car la production, l’objet a en place de production, ce n’est pas ça , ce ne sera jamais satisfaisant, ça ne comblera jamais le manque du sujet divisé S, qui se trouve, dans cette course, exclu, marginalisé.
Il faut lire, aussi, le mathème du discours du maître, d’une manière synchronique, après l’avoir lu de façon diachronique. Ce qui se passe au niveau conscient : S1→ S2 est le reflet, la manifestation, de ce qui se passe au niveau inconscient, à savoir le fantasme $ ◊ a . Du côté du maître, S1 représente le sujet divisé $ pour un autre signifiant, S2, l’esclave. Mais la représentation en question n’est pas un diner de gala. L’esclave en sait plus sur le maître que le maître lui-même. Ce hiatus entre le maître et l’esclave, au niveau conscient, sa manifestation c’est l’objet a . Le maître poursuit sans cesse la production de l’esclave, veut s’en emparer, mais il y a toujours quelque chose en elle qui le dépasse. Le roi-soleil écoute la musique sublime de Charpentier, ou de Lulli, mais il n’y participe pas, il en est exclu. Ceux qui en jouissent, ce sont les valets, les musiciens. Le maître de maison commande chez lui, il est respecté, il est craint, et de son hégémonie, de son bon plaisir, naitront des enfants plus ou moins désirés, plus ou moins délaissés. Le meilleur de son rôle est de dire la loi, et ça peut commencer à aller très mal quand il se mêle de la faire . Le professeur est tout dévoué à ses élèves fort obéissants, mais il ignore à peu près tout de ce qui se passe réellement dans sa classe.
Nous pouvons relire le roman de Diderot, Jacques le fataliste et son maître . On oublie souvent le maître dans ce récit, jusque dans la mention de son titre. C’est le valet qui mène la danse, c’est à lui qu’arrivent les aventures, et le maître se contente d’en tirer quelque agrément, quelque divertissement. Il n’agit pas, il suit, il écoute, il est balloté au gré des récits livrés, interrompus, décousus par Jacques – et par l’auteur. Celui-ci est clairement du côté du valet, qui peut se permettre en effet d’être fataliste : l’histoire est de son côté, et la grande histoire aussi. Le maître, sa grande aventure, sa grande jouissance c’est de priser son tabac, consulter sa montre (deux objets a !), tous deux certainement de bonne qualité.
Ce qui mettra fin à la toute-puissance, à l’hégémonie du discours du maître, c’est le différentiel entre les parcours $ → S1 et $ → S2. Le savoir s’accumule en S2, y compris sur le sujet divisé. Le maître ne le sait peut-être pas, pas encore, mais l’esclave commence à savoir ce qui agit le maître, ce qui le fait agir. Les tensions s’exacerbent, la révolte gronde, cela nous est conté dans Les noces de Figaro . Et on peut voir alors le chef d’œuvre de Mozart, ainsi d’ailleurs que le récit inclassable de Diderot, comme des productions du discours du maître. Des manifestations, des incarnations, des précipitations de ce mystérieux objet a , cause et rebond de notre désir. Le maître trouve la musique belle, le récit plaisant, il n’y voit pas sa condamnation, son dépassement.
Pour terminer, un exemple. Voici deux extraits du discours de Gérard Caudron, maire de Villeneuve d’Ascq, le 1 er mai 2018, pour la remise de la médaille du travail 19 ; le discours comme ce ainsi :
Il me revient l’indicible honneur, en ouverture de cette cérémonie, en tant que Maire, représentant donc tous les Villeneuvois, de vous souhaiter la bienvenue ici, en mon nom personnel bien sûr, et au nom de notre Conseil Municipal […] Vous me permettrez d’ajouter que c’est pour moi […] un réel plaisir toujours assorti d’une non moins réelle émotion.
Et il se termine ainsi :
Mesdames, Messieurs aujourd’hui le plaisir les médaillés et l’honneur du travail, je vais donc avoir de vous remettre au nom du gouvernement français une médaille officielle qui honore une période qui va de 20 ans à plus de 40 ans de travail.
Tout y est : le signifiant-maître, ici signifiant-maire, appuyé sur d’autres signifiants maîtres (conseil municipal, gouvernement français), avec l’arrière-plan le sujet, discret, le sujet de la phrase, sujet qui articule le discours, et qui a du plaisir et de l’émotion ; le savoir, à qui s’adresse explicitement le discours (effectif), ici les travailleurs, et le savoir accumulé d’années de difficultés, de sacrifices, de vies ordinaires, de vies minuscules et oubliées. Et l’objet petit a : la médaille, colifichet émouvant et crucial pour le lien social…
Le discours de la Science
La neuro-économie décortique l’irrationalité de l’Homo Economicus .
La Tribune 20

Aussi intitulé discours de l’Université . On l’a vu, dans le discours du maître, c’est l’esclave qui détient le savoir, même s’il ne le sait pas. Le savoir-faire, tout au moins, est de l’esclave. Le maître, lui, ne veut rien savoir. Il veut juste que ça fonctionne. La jouissance est aussi du côté de l’esclave, et le maître se retrouve en quelque sorte marginalisé, castré , pour utiliser un terme psychanalytique. Et pendant ce temps-là, le savoir s’accumule. On passe du discours du maître au discours de la science en faisant tourner (d’un quart de tour, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre) les quatre termes : $, S1, S2, a , sur les quatre emplacements fixes : vérité, agent, savoir, production.
Que s’est-il passé, historiquement, qui corresponde à cette manipulation ? L’avènement de la bourgeoisie, et sa prise du pouvoir ; la révolution scientifique. Le savoir s’empare de la totalité de la réalité, prétend à l’omniscience, au tout-savoir , comme dit Lacan. À chaque science son objet, et à chaque objet sa science. L’univers entier, dans sa globalité et dans ses détails devient un objet, objet d’étude, de mesure, de statistique : c’est le parcours S2 → a . Le maître, parallèlement, doit se dépouiller de sa subjectivité.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Livres Livres
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents