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Entre théorie et pratique

De
283 pages
"Mémoire pour l'avenir", les textes de Jean-Pierre Cotten jettent des pistes pour des solutions à une question décisive : que peut-on entendre par approbation collective et démocratique ? Très précis, exigeants, acérés, ces objets textuels sont une écoute, celle d'écrits qui toujours parlent : Marx et Engels dans la complexité de leurs démarches. Sans dogmes. Celle de la pensée pratique de Cousin, lu dans son contexte. Celle de contemporains : Merleau-Ponty, Foucault, Deleuze, Bourdieu, pour tracer des espaces qu'ils ont parcouru, et qui les font mieux voir.
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Entre théorie et pratique                             
                                    © LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-54225-9 EAN : 9782296542259
 
Jean-Pierre Cotten    Entre théorie et pratique  Jalons    1972-2007             
        LHarmattan  
La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren   Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique.   Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie.   Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement.   Dernières parutions  Jean-François GAVA, Contrariété sans dialectique , 2011.  
     T ABLE DES MATIERES  .................................................
 LA PROBITE DE L’INTELLIGENCE................................................................ 9  Chapitre I - LE STATUT DES TECHNIQUES  DANS L'OEUVRE DE MARX.......................................................................... 19  Chapitre II - L A N O T I O N D ’ I N D IVIDU SOCIAL  DANS LES «  GRUNDRISSE  » DE MARX .....................................................55  Chapitre III - L’INSTANCE DU JURIDIQUE CHEZ ENGELS......................69  Chapitre IV - APPROPRIATION COLLECTIVE   OU APPROPRIATION SOCIALE..................................................................... 85  Chapitre V - VICTOR COUSIN  : ECLECTISME,  SPIRITUALISME ET «  POUVOIR SPIRITUEL  »............................................ 95  Chapitre VI - LES LECTURES DE MERLEAU-PONTY.  A PROPOS DE LA PHENOMENOLOGIE DE LA PERCEPTION .........133  Chapitre VII - LA VERITE EN PROCES.  A PROPOS DE QUELQUES PAGES D E MI C H EL FO U C A U LT ............159  Chapitre VIII - LA FORMATION DE LA PENSEE DE  GILLES DELEUZE  : HEGEL COMME «  REPOUSSOIR  »  ? .......................177  Chapitre IX - AUTOUR DU «  SENS PRATIQUE»  :  HEIDEGGER, BOURDIEU, LAHIRE............................................................197  Chapitre X - UNE MEMOIRE OUVERTE SUR  DES POSSIBLES.  ANDRE TOSEL ET L’ESPRIT DE SCISSION .................207  Chapitre XI - QU'EST-CE QU'UNE DECISION  DEMOCRATIQUE  ? ......................................................................................217  Chapitre XII - COMMENT PENSER LA PLURALITE  DES PHILOSOPHIES  : UN PSEUDO-PROBLEME  ?.................................... 229  Chapitre XIII - QU'EST-CE QU'UN ANALYSTE-ACTEUR  ? .....................247  Chapitre XIV - LA DECISION DEMOCRATIQUE  D’UN POINT DE VUE THEORICO-CRITIQUE .........................................265  SOURCES DES TEXTES ................................................................................281  
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................7..............AVTNAOP.SP-OR...............
 
         
AVANT-PROPOS 
La publication, à l’occasion de son départ à la retraite, d’un recueil de textes à la fois récents et anciens de Jean-Pierre Cotten est issue de la volonté de ses collègues et de ses amis de l’Université de Franche-Comté de rendre hommage au professeur et au savant qu’ils ont côtoyé avec plaisir et respect ces dernières années. Bien qu’il n’ait pas cédé à la frénésie de la publication pour la publication et ait consacré, avec succès, beaucoup de ses forces à l’enseignement et à l’organisation institutionnelle, Jean-Pierre Cotten est l’auteur de livres appréciés des connaisseurs et qui, chaque fois, marquèrent une date dans les domaines dans lesquels ils intervenaient ( Heidegger , Seuil, 1974  ; La pensée de Louis Althusser , Privat, 1979  ; Autour de Victor Cousin. Une politique de la philosophie , Annales Littéraires de l’Université de Franche-Comté, 1992). On lui doit également de nombreux articles, toujours robustes et très sûrs, malgré leur modestie de ton. Parmi eux il nous a fallu faire une sélection. Nous avons choisi de privilégier, fort classiquement pour un auteur pour qui l’impulsion marxienne, quoique jamais exclusive, fut déterminante, les travaux portant sur le lien entre théorie et pratique. Parmi les philosophes gravitant autour d’Althusser ou ayant rencontré l’althussérisme à la fin des années 60 et au début des années 70, Jean-Pierre Cotten, philosophe engagé, est l’un des rares à avoir voulu continuer à s’expliquer avec des œuvres telles que celles de Merleau-Ponty ou de Heidegger afin d’enraciner le «  primat de la pratique »  dans une réflexion qui n’oublie pas trop vite le poids du monde et de l’historicité constituée, ni le savoir développé dans les sciences humaines. Cette originalité, on le constatera à la lecture, est sensible dans les textes qu’il a consacrés à Marx et à Engels, où le sentiment de distance, malgré la sympathie, n’est pas exclu. Elle s’est
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également prolongée dans des écrits sur la philosophie française dont, loin de toute vision mécaniste de «  l’idéologie » , l’un des premiers fils conducteurs est une interrogation sur les contraintes intellectuelles liées aux dispositifs institutionnels propres à la philosophie universitaire. Cette belle trajectoire théorique trouve l’un de ses points d’aboutissement dans une théorie de l’action, qui peut être comprise comme l’amorce d’une nouvelle conception de l’engagement. Au-delà du marxisme, c’est la dialectique complexe qui rattache la décision novatrice, porteuse d’histoire, à l’exercice démocratique du pouvoir qui se trouve réinterrogée à la lumière des évolutions de notre présent. Bien qu’elle reste inévitablement partielle, nous souhaitons que la présente publication, qui a d’abord le sens d’un hommage rendu à une carrière exemplaire d’enseignant et de chercheur, soit aussi une occasion vivante, pour des lectrices et des lecteurs venus d’horizons différents, de revenir aujourd’hui sur certains des grands enjeux intellectuels de ces dernières décennies, en même temps qu’une façon, en faisant la part des choses, de s’interroger sur leur actualité persistante 1 .  
Stéphane Haber Hervé Touboul
                                                1 L’ordre de présentation des textes sera plutôt thématique que chronologique : les articles les plus synthétiques et personnels (chapitres 11 à 14) suivant les essais centrés sur l’histoire de la philosophie , lesquels sont classés selon l’ordre historique des auteurs dont il est principalement question (de Marx à Tosel). Que Louis Moinon , professeur de philosophie à l’IUFM de Caen et ancien étudiant de J. P. Cotten , trouve ici nos remerciements les plus vifs pour nous avoir aidés dans le travail de publication de ces textes.
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LA PROBITE DE L’INTELLIGENCE
Il faut saluer l’heureuse initiative prise par Stéphane Haber et Hervé Touboul de publier un ensemble d’études philosophiques de Jean-Pierre Cotten que chacun d’eux eut la chance de fréquenter et de connaître comme collègue et ami au sein du département de philosophie de l’Université de Franche Comté-Besançon. Je me réjouis pour ma part de cette publication pour avoir été aussi un de ces collègues et amis en ce même département et pour avoir œuvré avec Jean-Pierre Cotten à la restructuration de l’enseignement et de la recherche philosophiques en cette université. Fort de ses connaissances philologiques et informatio nnelles et d’une vaste information, Jean-Pierre Cotten permit en effet au Centre de Documentation et de Bibliographie, fondé par Gilbert Varet, de poursuivre ses activités quelques années durant. La culture philosophique de J.P. Cotten et son sens désintéressé du bien commun, l’aide généreuse de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Besançon me donnèrent de même la possibilité de fonder avec son concours précieux et dans un esprit de collaboration permanente le Laboratoire de Recherches Philosophiques sur les Logiques de l’Agir. Nous étions en 1990-1991. Ce Centre réunissait alors outre Cotten et moi-même Christiane Chauviré, R obert Damien qui le dirigea après 1995, Guy Jacquemot, Christian Lazzeri, Thierry Martin son directeur actuel, Jean-Yves Pranchère, Jean Robelin, Louis Ucciani. Le Centre continue aujourd’hui son chemin comme équipe C.N.R.S. et atteste par son travail soutenu que dans une petite et ancienne université de province il est possible de vaincre les pesanteurs et de faire exister l’institution philosophique. Je me permets d’emblée cette notation historique et biographique parce que ce genre d’aventure est devenue impossible de nos jours à l’heure où le management tient lieu de pensée et de politique. Il fut alors possible de réellement participer à une oeuvre collective et de produire un sens commun partagé par chacun et tous dans l’accomplissement de l’activité universitaire d’enseignement et de recherche, occasion trop rare pour ne pas être oubliée. De ces quatorze études émerge la figure singulière d’un philosophe rigoureux et subtil, capable de maintenir tout à la fois un engagement théorico-critique aux côtés de la pensée marxiste, mais d’éviter toujours tout dogmatisme, et donc susceptible de s’ouv rir aux courants les plus significatifs de la philosophie tout en se nourrissant de la tradition antique et moderne. Chercheur de grande probité, étranger aux séductions de la mode, rompu aux exigences de la philologie historienne et aux disciplines de l’interprétation, Jean Pierre Cotten manifeste en chacune de ses contributions une acribie particulière face aux problématiques et aux textes les plus complexes. Il développe un
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art du jugement qui n’avance rien qui n’ait été justifié, qui sait objecter aux positions qu’il soutient les critiques les plus sévères et qui conclut la plupart du temps l’argumentation en désignant des chantiers d’une élaboration à venir autour de questions vives adéquatement formulées. Cotten ne cède jamais aux polémiques, à l’emphase rhétorique  ; il observe un principe d’économie de la pensée qui loin de procéder à des simplifications restitue aux questions traitées leur réelle complexité. La voix de Cotten se caractérise ainsi par un ton particulier, ferme et apaisé, mais elle est aussi animée par une tension permanente. C’est celle d’un philosophe qui avant Marx ou Althusser, a pratiqué Aristote, Hume et Kant. Les études réunies ont été rédigées autour des années 1980 et suivantes. Cotten organise sa réflexion autour de quatre moments qui se chevauchent, de quatre problématiques qui s’interpénètrent. Partie d’une interrogation sur le matérialisme historique et sur ses difficultés, la réflexion rencontre sous un mode très particulier certains moments importants de la pensée française – Foucault, Deleuze, Bourdieu. Elle se centre sur la question de ce que pourrait être une pensée fine de l’action sensible aux difficultés d’une transformation «  émancipatrice »  et attentive aux modes de la subjectivation de ses acteurs. Cette question ne cesse de reposer la question de la pratique de la philosophie dans son rapport à ce que Cotten nomme une position «  théorico-critique » . 1. Comme beaucoup de ses contemporains, Cotten a vécu en ces années une expérience intellectuelle et politique déstabilisante. Gagné dans les années soixante à la critique marxienne qu’il connaît bien et au communisme, il est tout d’abord marqué en effet par la puissante proposition de Louis Althusser qui consiste à redonner vie au matérialisme historique défini comme «  science du continent histoire » . Il a même consacré une étude spécifique à la pensée althussérienne et plusieurs articles. Loin de se reformer en tant que science le marxisme de ces années est incapable de penser l’échec du communisme historique de l’Union Soviétique. L’idée de science de l’histoire doit être alors critiquée en faisant retour à des thèmes particulièrement sensibles que l’expérience historique soviétique fait apparaître comme des points douloureux que nous reconna issons avec lui (étude10). Cotten affronte une question clé de la problématique marxienne, celle de la notion d’individu  social  supposé être le sujet acteur de la transformation, tout comme il interroge la notion d’appropriation collective ou sociale chez Marx (étude 2). Il sou ligne ainsi l’historicité des formes sociales d’individualité et interroge ce que pourrait être une forme post-capitaliste sans se faire d’illusions sur la construction soviétique. Il interroge plus précisément la théorisation marxienne de l’appropriation sociale et collective (étude 4). Il relève l’indétermination chez Marx propre à ce qu’il nomme des «  concepts d’hybride théorico-
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