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Espace-temps et mémoire de l'oeuvre d'art

De
150 pages
Ce livre est le second volume d'un double volet, le premier est paru en 2016. Les auteurs de cet ouvrage mettent en relief, tout en questionnant, les différents processus spatio-temporels, favorisant l'émergence et la présentation de l'oeuvre d'art, étirée, voire écartelée jusqu'à deux extrémités : son unité idéelle et la variété de ses apparitions. Entre son "soi", son identité et ses variations de présentation toujours plus subtiles, l'oeuvre se nourrit d'espace-temps discrets et sibyllins que la philosophie se risque à dévoiler.

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Eidos
Sous la direction de Stéphane KALLA
Espacetemps & mémoire de l’œuvre d’art Esthétique & herméneutique, frontières de l’image & du sens ChineFrance 2
RETINA Série Collection
Espace-temps & mémoire de l'œuvre d'art
ème Ce livre est le 83 livre de la dirigée par François Soulages & Michel Costantini Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédéralede Bahia),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chile, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo, Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya,Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica),Taïwan(Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taipei) Série RETINA 3 François Soulages (dir.),La ville & les arts11 Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence 12 Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui13 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur 14 Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image 17 Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage 18 Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image 30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme 31 Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain 35 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou36 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma37 Gezim Qendro,Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie38 Nathalie ReymondÀ propos de quelques peintures et d’une sculpture39 Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique40 Marie-Luce Liberge,Images & violences de l'histoire41 Pascal Bonafoux, Autoportrait. Or tout paraît42 Kenji Kitayama,L'art, excès & frontières43 Françoise Py (dir.),mot-osperndeDumainrésiemàlatr 44 Bertrand Naivin,Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook 48 Marc Veyrat,La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1 49 Dominique Chateau,Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative 51 Patrick Nardin,Effacer, Défaire, Dérégler... entre peinture, vidéo, cinéma e 55 Françoise Py (dir.),siècleMétamorphoses allemandes & avant-gardes au XX 56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.),Les frontières des écrans 58 F. Soulages & A. Erbetta (dir.),Frontières & migrationsAllers-retours géoartistiques & géopolitiques60 François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières des rêves 61 M. Rinn & N. Narváez Bruneau (dir.),L’Afrique en images.62 Michel Godefroy,Chirurgie esthétique & frontières de l’identité 63 Thierry Tremblay,Frontières du sujet. Une esthétique du déclin 64 Stéphane Kalla Karim,Les frontières du corps & de l'espace. Newton65 Marc Veyrat,Never Mind, De l’information comme matériau artistique, 2 Secrétariat de rédaction : Raphaël Yung Mariano Suite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livre Publié avec le concours de
Sous la direction de Stéphane KALLA
Espace-temps & mémoire de l'œuvre d'art Esthétique & herméneutique, frontières de l'image & du sensChine-France 2
ème Ce livre est le 60 de Sous la direction de François Soulages MÉTHODE & FONDEMENT François Soulages (dir.),Géoartistique & Géopolitiques. Frontières,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2012 Gilles Rouet & François Soulages (dir.),Frontières géoculturelles & géopolitiques,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013 Gilles Rouet (dir.),Quelles frontières pour quels usages ?,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013 François Soulages (dir.),Mondialisation & frontières. Arts, cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014 Éric Bonnet & François Soulages (dir.),Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2015 Éric Bonnet (dir.),Frontières & œuvres, corps & territoires,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014. MOBILITÉS & ESPACES F. Soulages & A. Erbetta (dir.),Frontières & migrations. Aller-retour géoartistiques &géopolitiques, (dir.), Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA, 2015 Serge Dufoulon & Maria Rostekova (dir.),Migrations, mobilités, frontières & voisinages, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2012, 334 p. Anna Krasteva & Despina Vasilcu (dir.),Migrations en blanc. Médecins d’est en ouest, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 242 p. Pierre San Ginès,Frontières, Réalités & Imaginaires, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2015 Bernard Salignon,Frontières du réel. Où l’espace espace, Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA, 2015 É. Bonnet & F. Soulages (dir.),Frontières & artistes. Espace public, (post)colonialisme &mobilité en Méditerranée, Paris, L’Harmattan, coll. Local & Global, 2014. Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui,Paris, L’Harmattan, collection Eidos, Série RETINA, 2014. É. Bonnet, F. Soulages & J. Zevallos Tazza (dir.),Memoria territorial y patrimonial. Artes &Fronteras, Lima, Universidad Nacional Major de San Marcos Fondo Editorial, 2014.Michel Costantini (dir.),L'Afrique, le sens. Représentations, configurations, défigurations, Paris, L’Harmattan, CollectionEidos, série E.I.D.O.S., 2007, 226 p. Michel Costantini,1779 Les nuées suspendues. Voyage européen à travers les arts au siècledes Lumières, Paris, L’Harmattan, collection Intersémiotique des arts, 2009 . Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur,Paris, L’Harmattan, collectionEidos, Série RETINA, 2010, 326 p. Suite des titresFrontièresà la fin du livre © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10697-7 EAN : 9782343106977
Chapitre 1De battre mon chœur Jacques Audiard & Alexandre Desplat La scénarisation musicale d’une tragédie ordinaire Je ressentais d’un coup tout le poids du passé, de la douleur de la vie et de la mémoire inaltérable, je restais seul […], seul avec le temps et la tristesse et la peine du souvenir, la cruauté de mon existence et de ma mort encore à venir. Les Bienveillantes avaient retrouvé ma trace. 1 Jonathan Littell Dans le paysage cinématographique français, le duo que forment Jacques Audiard et Alexandre Desplat fait figure de (rare) exception, celle d’un tandem apparu ensemble sur l’écran. L’année 1994 marque en effet les débuts du réalisateur, qui n’avait jusqu’alors officié que comme monteur et scénariste, et du compositeur dont les quelques partitions pour la grande toile restaient 1 . Jonathan Littell,Les Bienveillantes, Paris, Gallimard, 2006, p. 894. Il s’agit ici des deux dernières phrases du roman. Le titre renvoie aux Euménides, tragédie d’Eschyle, dans laquelle les Erinyes, déesses censées persécuter les coupables de parricides, se changent en Euménides (les bienveillantes) à la demande d’Athéna, pour sauver Oreste ayant tué sa mère Clytemnestre pour venger son père Agamemnon. 5
parcimonieuses et – corrélativement ne bénéficiant pas d’édition discographique – rendait sa reconnaissance encore aléatoire. AvecRegarde les hommes tomber (1994), Audiard et Desplat établissent les fondations d’une œuvre intense, sombre, magnifiée dans la mise en scène de son propre devenir. SuivrontUn héros très discret (1996),Sur mes lèvres(2002),De battre mon cœur s’est arrêté(2005),Un prophète(2009) 2 etDe Rouille et d’Osà la reconnaissancesix films  (2012), critique et souvent publique, où la musique s’évade au-delà du simple accompagnement ou faire-valoir esthétique pour s’instaurer très rapidement comme une valeur ajoutée narrative à un récit pourtant chevillé dans ses dialogues et ses rebondissements. En 2002, Alexandre Desplat définissait ainsi son métier : Mon but en composant pour le cinéma et en travaillant en complicité avec un metteur en scène, c’est de faire apparaître des choses que l’image ne montre pas […] Si on enlève la musique, le film perd une dimension. Il ne perd pas de sa force, de son exploit technique, du jeu des comédiens, mais il y a 3 une sorte de sixième sens qui disparaît. Ce sixième sens dont parle Alexandre Desplat, cette valeur ajoutée de la partition musicale, telle que décrite par 4 Michel Chion , va trouver chez Jacques Audiard terrain d’expérimentation, de développement et surtout d’évolution. A l’image de ses personnages riches en
2  PourDeephan, son septième film, Palme d’Or 2015 au Festival de Cannes, Jacques Audiard n’a pas collaboré avec Alexandre Desplat. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le film n’est pas encore sorti en salles. 3  Vincent Perrot,B.O.F. Musiques et compositeurs du cinéma français. Paris, Dreamland, 2002, p. 67. 4  « La valeur ajoutée est cet effet en vertu duquel un apport d’information, d’émotion, d’atmosphère, amené par un élément sonore, est spontanément projeté par le spectateur (l’audio-spectateur, en fait) sur ce qu’il voit, comme si cela en émanait naturellement. »in Michel Chion,La Musique au Cinéma, Paris, Fayard, p. 205. 6
aspérités qui traversent des épreuves dans un apprentissage de vie, le rôle et la construction de la musique vont, au cours de ces cinq récits, s’ériger en une indissociable 5 scénarisation musicale . Jacques Audiard le confesse : Il y a une chose qui me surprend toujours, c’est qu’Alexandre « lit » très bien et très vite un film. Quand vous êtes dans un processus de tournage, de montage, à un moment donné vous perdez la vision synthétique de votre film et je sais que quand je vais montrer le film à Alex, il m’aidera vite à séparer le bon grain de l’ivraie. Et l’auteur d’ajouter : Il voit tout de suite ce qu’est le film... Sa grande qualité en dehors de sa musique, c’est qu’il voit le film que je suis en train de faire au moment où moi, je ne le vois plus très bien.6 Alexandre Desplat est avant tout un cinéphile, amateur et collectionneur de bandes originales de films. Ce grand amoureux des partitions d’Amarcord de Nino Rota, Spartacus ouThe MisfitsNorth ou du d’Alex Mépris de Georges Delerue a, depuis sa plus tendre enfance, affûté son regard sur l’écran, étudiant ainsi le pouvoir de la musique dans sa création émotionnelle et dans sa participation à la mise en scène, dans sa valeur ajoutée. Ainsi, cette collaboration qui s’établit très en amont du projet, à la lecture du script, permet au compositeur de travailler en profondeur sa narration musicale, son climat,
5 « Scénariser une musique revient à refuser les effets et la schématisation thématique et à utiliser le mieux possible une combinatoire instrumentale susceptible de servir l’indissociabilité de l’alliage son/image […] La scénarisation musicale permet une extrapolation, art de la distance. Elle est le produit d’une compréhension du propos inhérent au discours filmique », Alain Lacombe, Claude Rocle, « La scénarisation musicale », LaMusique du Film, Paris, éd. Francis Va de Velde, 1979, pp. 119-121. 6 Vincent Perrot,op. cit. p. 68.
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son instrumentation, visiter le champ des possibles, comme un laboratoire de recherche et de développement : Comme tous les grands metteurs en scène de cinéma ou de théâtre, Jacques attend que ses collaborateurs le surprennent. Avec lui, j’ai toute latitude d’éviter le convenu, l’évidence, le pléonasme de l’image. Je pars en recherche d’une sonorité, d’un flot, d’une idée, d’un geste musical qui couvre le film en le remplissant 7 d’une émotion . La collaboration est ainsi qualifiée d’ « idéale » par le compositeur : « il me recadre s’il pense que je me suis trop éloigné de mon chemin, mais il a aussi l’intelligence de me 8 laisser m’égarer et ensuite nous en parlons ». De ces égarements, de ces hypothèses, de ces expérimentations, il faut retracer le parcours narratif qui construit l’œuvre avec ses aspérités et ses constantes. Regarde les hommes tomber: les fondations minimalistes 9 DansRegarde les hommes tomber, trois hommes que rien ne semble relier se cherchent, se croisent, se flairent dans une ambiance de sous-préfecture où Jacques Audiard transfère déjà les codes du film noir. Il y a un goût de l’inexorable, de la destinée implacable des personnages et d’une fin que le titre même du film semble annoncer, enfermant par là même ces personnages-pions sur l’échiquier du déterminisme. Le script deRegarde les Hommes Tomber traitait d'une chose incroyable que je n'ai pas vue souvent au cinéma : comment manier le temps qui s'écoule, les temps parallèles qui ne vont pas à la même vitesse dans le film ? Il y a un personnage qui va à une vitesse, 7 Ibidem, p. 68. 8 Ibidem, p. 130. 9  Scénario de Jacques Audiard et Alain Le Henry d’après le roman de Terri WhiteTriangle(1982).
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et un autre à une vitesse différente, un moment, ils vont se retrouver. Et l’auteur d’ajouter : Ce mouvement, cette quête appelait une mécanique, une technique que possède en elle la musique répétitive [...] La simplicité, c'est ce que je recherche le plus. Et l’auteur de conclure : C'est certainement la première fois dans un film que j'ai pu aller découper jusqu'à l'os une partition musicale, trouver les éléments les plus simples et les 10 plus visibles, sans qu'ils soient simplistes . La partition, si elle reste marquée de l’amour du compositeur pour ses confrères et aînés Bernard Herrmann, Georges Delerue ou Antoine Duhamel, puise également son inspiration dans le sérialisme répétitif d’un Steve Reich ou d’un John Adams. Obsessionnelle jusqu’à la transe, linéaire et pourtant évolutive, elle s’inscrit dans un système de vectorisation qui draine proleptiquement l’écoute, accentuant ainsi l’attente d’une éventuelle (et finale) résolution. Car il y a chez le metteur en scène la crainte de la mélodie, comme « un clin d’œil appuyé du compositeur au 11 spectateur ». Et si dansRegarde les hommes tomber, le récit se scande d’une mélodie envolée, celle-ci tendra à disparaître dans les films suivants au profit d’une démarche rythmique avant de laisser place à des partitions essentiellement harmoniques. 10  Master-Class au Festival de Cannes, 21 mai 2006, disponible sur http://www.festivalcannes.fr/fr/article/42053.html. 11 « Alexandre Desplat raconte Jacques Audiard », notes internes au livret du CD, Play-Time, 2006.
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