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ÉTHIQUE ET ÉPISTÉMOLOGIE DU NIHILISME

De
248 pages
Il est possible de qualifier les discours de Bataille, Blanchot, Foucault, Derrida, Deleuze, Lyotard, Bourdieu, de nihilisme antirationaliste lorsqu’ils sont essentiellement tournés vers l’expérience intérieure de la destruction des soubassements de l’action. Non pas en vue d’en comprendre les mécanismes comme il est prétendu, mais dans l’intention d’empêcher l’acteur d’agir librement et de se saisir comme sujet. L’éthique de destruction de la notion de valeur s’active pour manipuler le doute, la mort, l’amour, l’érotisme, la condition sociale, afin de détruire tout ce qui élève.
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Ethique et épistémologie du nihilisme
Les meurtriers du sens

Collection Épistémologie et Philosophie dirigée par Angèle Kremer-Marietti

des Sciences

La collection Épistémologie et Philosophie des Sciences réunit les ouvrages se donnant pour tâche de clarifier les concepts et les théories scientifiques, et offrant le travail de préciser la signification des termes scientifiques utilisés par les chercheurs dans le cadre des connaissances qui sont les leurs, et tels que "force", "vitesse", "accélération", "particule", "onde", etc. Elle incorpore alors certains énoncés au bénéfice d'une réflexion capable de répondre, pour tout système scientifique, aux questions qui se posent dans leur contexte conceptuel-historique, de façon à déterminer ce qu'est théoriquement et pratiquement la recherche scientifique considérée. 1) Quelles sont les procédures, les conditions théoriques et pratiques des théories invoquées, débouchant sur des résultats? 2) Quel est, pour le système considéré, le statut cognitif des principes, lois et théories, assurant la validité des concepts?

Déjà parus
Angèle KREMER-MARlETTI,Nietzsche: L 'homme et ses labyrinthes, 1999. Angèle KREMER-MARIETTI,L'anthropologie positiviste d'Auguste Comte, 1999. Angèle KREMER-MARIETTI,Le projet anthropologique d'Auguste Comte, 1999. Serge LATOUCHE, Fouad NOHRA, Hassan ZAOUAL, Critique de la raison économique, 1999. Jean-Charles SACCHI,Sur le développement des théories scientifiques, 1999. Yvette CONRY, L'Evolution créatrice d'Henri Bergson. Investigations critiques, 2000. Angèle KREMER-MARIETTI(dir.), Éthique et épistémologie autour des Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont, 2000. Angèle KREMER-MARIETTI,La symbolicité, 2001. Jean CAZENOBE,Technogenèse de la télévision, 2001. Abdelkader BACHTA, L'épistémologie scientifique des Lumières, 2001. Michel Bourdeau et François Chazel, Auguste Comte et l'idée de science de I 'Homme, 2001. Jacques MICHEL, La nécessité de Claude Bernard, 2001. Angèle KREMERMARIETTI, L'éthique en tant que Méta-Ethique, 2001. Angèle KREMERMARIETTI, La philosophie cognitive, 2001. Ignace HAAZ,les Conceptions du corps chez Ribot et Nietzsche, 2002. Jean-Gérard ROSSI,La philosophie analytique, 2002. Pierre-André HUGLO,Approche nominaliste de Saussure, 2002. Abdelkader BACHTA, L'espace et le temps chez Newton et chez Kant, 2002. Anna MANCINI, La sagesse de l'ancienne Egypte pour l'Internet, 2002

Lucien-Samir Oulahbib

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Ethique et épistémologie du nihilisme
Les meurtriers du sens

Préface d'Angèle KREMER MARlETT!

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-2990-8

À toute ma famille: Pascaline N, parents, frère et sœur, neveu, aux ami(e)s.

PRÉFACE
Ou l'histoire d'un nihilisme

pratique
Le nihilisme est ici le principal et unique personnage mis en scène et accusé à travers des porte-parole nombreux et divers. Ses variétés sont identifiées, répertoriées, analysées, commentées et jugées. TIest escorté de slogans postmodemes les plus en vogue, parfois les plus conformistes. Spontanément, les textes parlent donc, derrière lesquels, au fond, les auteurs finalement se taisent. Les textes parlent, mais surtout agissent efficacement: détruisent inexorablement. L'imposture est le masque obligé des tentatives de communiquer la parole nihiliste; mais celle-ci depuis longtemps ne désespère plus Billancourt. Moins théorique que pratique, le nihilisme a ses stratégies propres. Des méthodes de destruction et de divinisation. Ni pour le meilleur ni pour le pire, puisqu'on y joue son va-tout. Terreur ou liberté absolue. Cercle reposant en soi et fermé sur soi, dans une intégration plus que morbide... avec la limite comme problème. À force de nier toute domination soupçonnée, le moi s'est lui-

même évanoui, perdu, se portant disparu à jamais, dispersé: arraisonné, déraisonné. Les valeurs renversées, échouées sur la plage, n'en finissent pas de mourir: encore et toujours. Tandis que, quelque part, on fait le mort. Le sujet gît. Mais de nouvelles fêtes recommencent, invitant à d'autres émulations de l'être ou du néant. L'hypocondrie généralisée, d'une part, mais critiquée, d'autre part, ne mène qu'à des joies banales, voire sordides. Seul, un philosophe existentialiste pourrait encore de sa lanterne magique éclairer les voies obscurcies. Le moi est en proie au dysfonctionnement, et se met en pièces; alors, un individu peut croire «devenir Dieu» dans l'acte d'un autocommentaire sur fond d'un auto hermétisme. Le sens est en bataille. L'artifice autorise l'effervescence et le bouillonnement de la fusion. S'exterminer soi-même en s'adonnant au paradoxe labyrinthique, s'hypostasier en déchaînant le sens, manipuler l'énergie de l'extase en sombrant dans le désastre. Le logos philosophique se croit tout permis à condition de ne plus être et d'accepter de se détruire en se réalisant. L'altération permanente est devenue le dernier travail de l'artiste. La neutralité de l'absence détient la dernière hypostase du sujet. La mort «normale» de l'humanité hante certains anges exterminateurs suscités par l'imaginaire nihiliste. Les enfants de Nietzsche se multiplient, mais sans se reconnaître les uns les autres tant ils se diversifient. La mort n'en finit pas d'apparaître pour le «faux défunt» qui erre. Le lointain «s'é-Ioigne» ! Les disciples prennent leur tour de garde. L'errance est erreur et terreur. Le réel semble y acquérir 6

un sens nouveau: un trompe-l'œil montrant et voilant ce qu'il est. L'hyperréalité va effacer le réel. D'où le tableau de Nietzsche délirant et mourant de rire à Turin; ou celui de Borges «s'éloignant» à son tour; ou de Foucault lisant Borges. L'énonciation a l'utilité de construire une anatomie exsangue, celle de choses qui n'existeraient pas, comme la «folie» de « l'histoire de la folie ». Les mots construiraient, constitueraient
.

de toutes pièces les choses et surtout la folie.
La déraison, souvent sollicitée comme «liberté absolue », est tout à coup déviée, déréalisée entre les effets de la désignation et ceux de la description. Les fous, qui disent la vérité, deviennent les «insensés» qu'on enferme pour ne plus les voir ni les entendre~ Alors le délire change de camp: de cette ancienne «liberté absolue» on finit par penser qu'elle est «liberté animale ». Quel rôle la folie joue-t-elle dans l'œuvre de nihilisme, sinon celui d'achever l' œuvre? Quelle œuvre? Sinon la préméditation du crime contre l'humanité qui fait l'objet du présent livre en son entier? Les stratégies divergentes convergent vers cette même finalité. Si elles ne se ressemblent pas, les destructions se succèdent toutes sans pitié aucune. Les rires demeurent inextinguibles.

Angèle Kremer Marietti

7

Introduction générale

«Je dirais que L'Anti-Œdipe (puissent ses auteurs me pardonner) est un livre d'éthique, le premier livre d'éthique que l'on ait écrit en France depuis assez longtemps (...) » Foucault!.

TIest possible de qualifier de nihiliste tel ou tel discours non pas lorsqu'il construit une critique de l'ordre social et politique car la critique est salutaire, mais lorsque son éthique est la destruction même de tout ordre permettant la sociabilité, y compris celui de sa critique. Par exemple le nihilisme étudié ici ne prétend pas créer de nouvelles valeurs à partir d'une « table rase» de ce qui, dans 1'Histoire, réduit la valeur à la mesure, comme le reprochaient Jünger et Heidegger à la suite de Nietzsche et de Marx. Il veut briser toute table et à l'intérieur même des consciences. Dans ces conditions, sa classification est la suivante: c'est un nihilisme à dimension antirationaliste en ce qu'il récuse toute idée de sens et d'objectivité et il est également de type absolutiste puisque sa parole se prétend non seulement la dernière mais la seule possible. Une telle énonciation peut paraître insensée.
1 Préface de Anti-Oedipus: capitalisme and Schizophrenia, Deleuze (G) et Guattari (F), 1977, (...), Paris, Dits et écrits, (189), Gallimard, 1. III, p. 134.

Existe-t-il réellement un certain nombre d'indices qui pousserait à penser que la recherche de la destruction visée pour elle-même et rendue obligatoire pour paraître «radical» prime, chez les auteurs étudiés ici, sur la construction multiforme de dérives susceptibles d'ouvrir d'autres angles à la vue de l'esprit, de défaire sans détruire comme il est avancé par certains d'entre eux ?2 J'essaierai de montrer que ce défaire n'est pas une analyse
,

gnoséologique des fondements a priori implicites qui soustendent l'action mais une systématique de destruction visant à empêcher non seulement la critique mais aussi le jugement, la mesure; ce qui ne peut pas ne pas avoir de conséquences sur le développement même de l'action. Ainsi Lyotard peut-il énoncer3 :
« (...) D'où donc faites-vous votre critique? Est-ce que vous ne voyez pas que critiquer, c'est encore savoir, mieux savoir? que la relation critique est encore inscrite dans la sphère de la connaissance, de la prise de « conscience» et donc de la prise de pouvoir? Il faut dériver hors de la critique. Bien plus: la dérive est par elle-même la fin de la critique. (...) ».

« Il faut dériver hors de la critique ». « Est-ce que vous ne voyez pas que critiquer, c'est encore savoir, mieux savoir? » écrit Lyotard. En clair, il « faut» empêcher que l'analyse puis le concept, dont le résultat déboucherait sur une synthèse, une hiérarchisation de jugements, (ces « idées de rapports» qui déterminent « les actes volontaires» selon Pierre Janet)4, puisse construire l'ordonnancement d'une critique, donc d'un fondement pour l'action, qu'elle soit externe ou interne. Pourquoi donc? S'agit-il de souligner que la critique ne peut en être la seule base
2 Par exemple Elisabeth Roudinesco dans son « dialogue» avec Derrida: De quoi demain... Paris, Fayard/Galilée, 2001, p. Il, note 1. 3Dérive à partir de Marx et de Freud, Paris, 10/18, 1972, p. 15. 4L'automatisme psychologique, Paris, Odile Jacob, 1998, p. 521. 10

décisive puisqu'il n'est pas possible de réduire toutes les valeurs, par exemple les sentiments et les valeurs morales, aux mesures cognitives? Non. Il ne s'agit pas de ce genre de réserve qu'opère un Jünger 5. Car autrui est sommé de « dériver », y compris du point de vue des sentiments et des valeurs: c'est l' anti-éthique en acte: « il faut» errer, cela doit devenir le but quotidien, but final, entrecroisés en cette seule dimension: « la dérive est par ellemême la fin de la critique» écrit Lyotard en italique, ce qui. implique la fin de la critique, mais aussi des sentiments et des valeurs morales puisque ceux-ci participent au savoir, à la connaissance, à la prise de «conscience» dont parle Lyotard, et sont «donc» parties prenantes de la prise de pouvoir sur soi, dans les pensées, là où le conflit permanent entre les jugements, les sentiments et les valeurs morales façonne les attitudes et les évalue. Or qu'est-ce donc que cette gestuelle prétendant mettre ainsi « fin» à cette « prise de conscience» ? Car cette « dérive» n'agit pas comme premier moment de distanciation, tel le « négatif» chez Hegel, afin de comprendre, prendre, saisir, réfléchir, étendre la prise de conscience en pouvoir transformateur dans l'acte volontaire6.
5 Passage de la ligne, Paris, Bourgois,

1997, pp. 44-45.

6 Or un Nancy réduit par exemple le «sujet hégélien» au fait que celui-ci serait «(...) essentiellement, cela ou celui qui dissout toute substance, toute instance déjà donnée, supposée première ou dernière (...)>> (Hegel, Paris, Hachette, 1997, p. 7-8) alors que ceci, chez Hegel, n'est qu'un moment: «(...) Selon ma façon de voir, qui sera justifiée seulement dans la présentation du système, tout dépend de ce point essentiel: appréhender et exprimer le Vrai, non comme substance, mais précisément aussi comme sujet. (.. .). (u.) La substance vivante est l'être qui est sujet en vérité ou, ce qui signifie la même chose, est l'être qui est effectivement réel en vérité, mais seulement en tant que cette substance est le mouvement de se-poser-soi-même, ou est la médiation entre son propre devenir-autre et soi-même. Comme sujet, elle est la pure et simple négativité; c'est pourquoi elle est la scission du simple en deux parties, ou la duplication opposante, qui, à son tour, est la négation de cette diversité indifférente et de son opposition; c'est seulement cette égalité se reconstituant ou la réflexion en soi-même dans l'être-autre qui est le vrai -et non une unité originaire comme telle, ou une unité immédiate comme telle. (.u) » (Phénoménologie de l'esprit, tr. Hyppolite, Paris, Aubier, 1941,1.1, p. 17-18). n s'agjt donc pour Hegel de transformer le « négatif en être» (ibid.) en vue de l'action positive et non pas en vue du négatif visé pour lui-même. Ce qui nécessite de « séparer », de « retenir fermement» (p. 100), de saisir humainement la chose dans la représentation: « (u.) la conscience introduit le en

Il

Cette « dérive» vise la destruction pour elle-même. Et, surtout, veut l'imposer à tous. Pour atteindre la nuit. Non pas celle de Novalis, mais là où toutes les vaches restent noires. Et où elles ne ruminent plus. Fondues enchaînées: elles ne se distinguent plus du fond. Relativisme absolu de la dérive qui se transforme, par son « il faut », en absolutisme posé comme fin. Observons par exemple les échantillons suivants qu'il est possible aussi de saisir en eux-mêmes, sans avoir besoin de leur contexte sémantique pour les expliquer (ce qui sera fait plus loin) :
-« (.u) Résumons-nous. L'apocalypse déçoit. Le pouvoir de détruire dont la science nous a investis est encore très faible. Nous pourrions, à la rigueur, anéantir la vie terrestre, nous ne pouvons rien sur l'univers. (.u) »7. -« (.u) L'immensité de l'effort à accomplir, la nécessité de remettre en question toutes les valeurs auxquelles nous sommes attachés, d'en revenir à une nouvelle barbarie pour rompre avec la barbarie polie et camouflée qui nous sert de civilisation,(u.) »8. -« (u.) J'étais fort jeune alors, chaotique et plein d'ivresses vides: une ronde d'idée malséantes, vertigineuses, mais pleines déjà de soucis, de rigueur, et crucifiantes, se donnaient cours.. .Dans ce naufrage de la raison, l'angoisse, la déchéance solitaire, la lâcheté, le mauvais aloi trouvaient leur compte: la fête un peu plus loin recommençait. (u.) »9. -« (.u) Si j'exprimais la joie, je me manquerais: la joie que j'ai diffère des autres joies. Je suis fidèle en parlant de fiasco, de défaillance sans fin, d'absence d'espoir. Pourtant fiasco, défaillance, désespoir à mes yeux sont lumière, mise à nu, gloire (...) »10.

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Ces phrases peuvent d'ores et déjà être considérées comme des énoncés nihilistes antirationalistes selon la typologie proposée,
tant que par lequel elle maintient les propriétés séparées les unes des autres et maintient comme le Aussi» (p. 101), j'en reparlerai à nouveau plus loin. la chose

7 Blanchot, L'Amitié, Paris, Gallimard, 1971, p. 125. 8 Ibid., p. 111. 9 Bataille, L'expérience intérieure, Paris, Tel Gallimard, 1943, p. 46. 10 Ibid., p. 70. 12

c'est-à-dire essentiellement tournés vers l'expérience intérieure de la destruction des soubassements de l'action. TIest en effet suffisamment perceptible que l'inversion de toutes les valeurs s'active non pas en vue de revenir dans le temps, ou de fonder plus originellement quelque chose ou encore de déclencher la nécessité du doute existentiel pour approfondir le sens des choses et de la vie en société, mais, uniquement, en vue de s'en servir pour manipuler le désespoir, le renoncement, afin de détruire tout ce qui élève. La volonté même de l'acteur, la moindre de ses actions, y compris intérieures, doivent être dépensées (dé-pensées etc.) c'est un impératif « éthique» catégorique- et ce le plus vite et le plus excessivement possible. Cette injonction de destruction ne relève donc pas seulement d'une catégorie logique, imaginaire, pointe ultime de « l'analyse» oscillant entre explication rationnelle, délimitation sociale historique de la signification de l'action et introspection des affects qui la sous-tendent, comme le prétend une certaine « déconstruction ». Ce « il faut» s'impose aussi comme pratique sociale d'existence, dans laquelle toute possibilité de synthèse, donc de volonté de jugement -qui, dit Janetll commentant Maine de Biranl2, est à la base de l'effort- se trouve réellement effacée, par exemple chez Derrida13 :
« (H.) Aussi la destruction du discours n'est-elle pas une simple neutralisation d'effacement. Elle multiplie les mots, les précipite les uns contre les autres, les engouffre aussi dans une substitution sans fin et sans fond dont la seule règle est l'affirmation souveraine du jeu hors sens. Non pas la réserve ou le
Il De l'angoisse à l'extase, Ouvrage publié par la société Pierre Janet et le laboratoire de psychologie pathologique de la Sorbonne, Paris, 1975, 1.2,p. 110-127. 12 Maine de Biran, Le fait primitif du sens intime in La vie intérieure, Paris, Payot, 1995, p. 53 et suivantes. Biran, remarque Janet, disait que le « sentiment de la liberté et le sentiment même de l'existence ne peuvent pas être mis en question au moment de l'effort moteur» (Janet, 1975, op. cit., p. 111). Biran ajoute: «Le sens interne de l'effort ne peut au contraire être mis en cause que par cette force intérieure et sui generis que nous appelons volonté avec laquelle s'identifie complètement ce que nous appelons notre moi» (Biran, op. cit., p. 59). 13 Derrida, L'écriture et la différence, Paris, Points Seuil, 1967, p. 403. 13

retrait, le murmure infini d'une parole blanche effaçant les traces du discours classique mais une sorte de potlatch des signes, brûlant, consumant, gaspillant les mots dans l'affirmation gaie de la mort: un sacrifice et un défi (1) (.u) ». Notel: «Le jeu n'est rien sinon dans un défi ouvert et sans réserve à ce qui s'oppose au jeu» (Note en marge de cette Théorie de la religion inédite que Bataille projetait d'intituler « Mourir de rire et rire de mourir »).

Denida, Bataille... ; ces noms qui règlent la pensée de tant de lecteurs aujourd'hui tissent autour d'eux une problématique de destruction totale et absolue agissant hors de la critique et du discours. Alors qu'ils sont pourtant issus d'un courant idéologique de type marxien dont l'objectif était, au contraire, d'en approfondir l'horizon en vue d'élargir la prise de conscience, de progresser dans l'émancipation du genre humain envers les servitudes multiformes, sociales et naturelles. C'est d'ailleurs cette contradiction entre une filiation et une pratique qui interpelle Rorty14 :
« (u.) La gauche post-marxiste contemporaine me semble différer de celle qui l'a précédée, principalement en cela que cette dernière avait une révolution particulière présente à l'esprit, une révolution qui, en remplaçant la possession privée du capital par sa possession publique, provoquerait des conséquences désirables de grande portée, et en particulier une démocratie de participation croissante.(...) les radicaux contemporains n'ont pas de révolution particulière de ce genre à soutenir. Aussi me semble-t-il difficile de voir dans leur non appartenance présumée à la culture des démocraties libérales, et dans leur anti-américanisme véhément, beaucoup plus que le désir nostalgique d'une révolution, quelle qu'en soit d'ailleurs la nature. (.. .). La gauche libérale issue de Dewey et la gauche marxiste radicale de ma jeunesse s'efforçaient toutes deux de forger des visions utopiques, de suggérer des pratiques qui réduiraient les tensions en question. Les doutes que m'inspire la gauche foucaldienne d'aujourd'hui tient à son échec, sitôt qu'il s'agit d'offrir de telles visions et de telles suggestions (.u) ».

Seulement Rorty ne semble pas saisir que c'est « l'échec» luimême qui est visé par la dite « gauche foucaldienne ». TI ne s'agit donc pas pour elle de forger des visions, même
« utopiques ».
140bjectivisme, relativisme et vérité, Paris, PUF, 1994, pp. 30-31. 14

.

Dans ces conditions, l'échec n'y est même pas vu comme un risque voire un révélateur qui borne le possible et permet de se ressaisir, lorsque le besoin d'en faire l'expérience est requis, mais il est plutôt visé comme preuve même de l' œuvre à accomplir. Car l'œuvre n'est pas ce qui est montré mais le pas qui permet la destruction. L'œuvre? C'est l'irruption de l'interruption. C'est le malaise sans fin dans lequel se trouve placé le lecteur, un malaise qui accentue le fait de «flotter en suspens» entre des états de conscience, comme le voulait Heidegger avec son acception de 1'« angoisse »15,sauf que son procédé ne vise pas l'errance pour elle-même - elle n'a cependant rien à voir, soulignons-le, avec la méthode de Husserl16. En effet pour celle-ci l'idée de «suspension» (epoche) n'est ni une psychologie ni une mystique mais une ontologie phénoménologique qui présuppose la constitution, chez l'observateur, de la partie la plus impartiale qui soit afin d'analyser objectivement et de fonder le plus certainement ce qui « est» saisi. C'est-à-dire de le distinguer rigoureusement des a priori du vécu et de s_esintentions et de le soustraire des perturbations qu'il a pu engendrer. Le tout soumis à la critique des autres membres de la communauté à laquelle l'observateur appartient. Dans le nihilisme, visant à la destruction absolue du sens et de la raison, tout ceci s'avère impossible car aucun jugement, a fortiori objectif, n'est autorisé, à l'exception de l'injonction appelant et sommant à oeuvrer comme dérive permanente. Tandis que cette obligation, en tant que moyen permettant de faire oeuvre par le sacrifice du lecteur plongé dans le malaise permanent, n'a cependant pas le même effet sur les auteurs nihilistes puisqu'ils trônent et paradent, même quand ils sont morts, ou prétendent l'être -par exemple Blanchot. Ils n'échouent donc pas, eux, tout en échouant pourtant et de
15Qu'est-ce que la métaphysique ?, Paris, Gallimard, 1979, Questions I, p. 59. 16 Méditations cartésiennes, Paris, Vrin, 1980, ~15, p. 30. 15

tout leur long, sur la surface du réel, pour en entraver, miner, l'appréhension. TIsoeuvrent en ce sens. C'est cela leur oeuvre.

* Tout cela est bien difficile à croire, et peut paraître unilatéral puisque chacun a en mémoire tel ou tel de leurs écrits qui semblait bien dévoiler quelque chose de tangible sur la condition humaine. Seulement la question, ici, n'est pas là. Mais dans ce qui prime à un moment donné lorsqu'il s'agit de retenir le principal, le principe premier d'une œuvre. Car il s':agit de classer et donc de retenir ce que telle ou telle réflexion apporte objectivement à l'Histoire de l'Humanité. Or ce type de nihilisme -qui ne vise donc pas à contester l'ordre social mais l'ordre tout court, dans l'intimité des émotions, des sentiments et dans la sociabilité et la moralité des jugementsn'est pas le résultat d'une ultime dérive idéologique accidentelle à la frontière des mutations de l'histoire occidentale, du politique et du psychique, comme ce fut le cas entre le marxisme et le freudisme, le léninisme stalinien et le positivisme tendance pavlovienne. Son action, même si elle ne vient pas de nulle part et se situe historiquement, est néanmoins préméditée au sens fort. Elle se veut une politique absolutiste de destruction, y compris des

fondements, élémentaires, de l'action, afin d'en finir avec les
notions d'ordre, d'organisation, de corps, d'individu. Par exemple toute la gestuelle sur l'excitation des sens, qui est perceptible chez un Bataille, un Foucault ou un Deleuze lisant Bergson et surtout Artaud, montre bien tout d'abord qu'ils perçoivent que l'émotion n'est pas seulement une excitation mais aussi du sens. Seulement leur conclusion consiste à avancer qu'il est possible d'en détourner la finalité pour en désorganiser la fonctionnalité. 16

Parce que celle-ci, surtout dans le surcroît d'efficacité que peut apporter la prise de conscience, est susceptible d'être au fondement d'un surcroît d'accumulation de puissance, à la base de l'ordre bourgeois en particulier, de l'ordre social, en général. Si, par exemple, c'est la rationalisation du sens, c'est-à-dire l'approfondissement et l'orientation motivée de son organisation, si c'est ce processus qui est au fondement de «l'esprit» du « capitalisme» et en devient «l'éthique », dit Max Weber, alors il ne suffit pas de critiquer son infrastructure ni d'étendre la critique à sa superstructure, voire même de les renverser, car tout ceci ne fait que renforcer «le système », mais il s'agit de s'attaquer à la racine permanente du sens, au moment même de la saisie, lorsque le contenu va être analysé dans son, émotion en attente d'un sentiment, d'une impression, qu'un jugement logique décantera et que délimitera un jugement moral. C'est là, en ce point même, que se situe l'effort de destruction de ce type de nihilisme. La qualification « antirationaliste » serait inadéquate si la pratique théorique et expérimentale de certains auteurs étudiés ici ne recouvrait pas en effet cet objectif spécifique visant non pas à répandre le rien par l'action externe violente, comme c'est encore le cas pour le nihilisme politique « classique », mais à détruire d'emblée, par l'action interne, par l'expérience intérieure, psychique, la possibilité même d'effectuer un jugement, qu'il soit logique ou moral, puisqu'il peut participer à une organisation de la conscience. Ce qui est interdit. Comme Lyotard le souligne plus haut.

Le moyen maître pour réaliser un tel programme de mise à mort consistera à amorcer l'intérêt du lecteur possédant une culture théorique superficielle avec toute une réflexion sur le sens de la vie et de la mort (à la façon des sectes), l'illustrant par exemple avec le désarroi du dernier romantisme allemand postschillérien, illuministe holderlinien, chantre de R.Rilke et du 17

dernier Heidegger lisant Nietzsche -par exemple chez Blanchotet voyant dans l'appréhension objective du monde et dans la mort de Dieu, les deux sources mêmes du « nihilisme », remontant jusqu'à Socrate, voire Parménide, pour prouver que ce terme rime avec métaphysique et avec Occident lorsque s'opère la séparation entre poésie, théologie, et philosophie. Mais pour ce nihilisme, il ne s'agit pas d'œuvrer seulement dans
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l'horizon d'une gestuelle fondamentalement anti-goethéenne,
c'est-à-dire opérant une césure avec le «premier romantisme »17 pour lequel poésie et science, raison et imagination, nature et esprit étaient liésl8. Car si la majeure partie de ces auteurs s'arc-boute aussi sur les affres nietzschéo-heideggeriens hantés par la mort du monde figé des apparences qu'induit la montée en puissance des fétiches de la technique et de la ville, ils ne le font pas par nostalgie du temps guerrier présocratique, comme Nietzsche, mais surtout pour justifier gnoséologiquement leurs racines anticapitalistes d'un post léninisme fasciné et même dépendant de l'ordre qu'il détruit. Malgré l'affirmation prétendant seulement s'ériger pour (s') échouer. Le dernier Nietzsche servira par exemple de cadre de référence gnoséologique ultime pour justifier, affilier, une conception de la volonté de puissance basée uniquement sur l'exubérance, le débordement, la force de l'instinct, libéré du carcan humaniste, et mis au service non pas de ce surhomme tant rêvé par le nazisme, mais de cet homme démiurge du léninisme lyssenkiste capable de créer toutes sortes de variétés d'hommes émasculés de leur volonté de puissance accumulatrice susceptible de s'élancer vers l'ordre social honni alors qu'il s'agit de l'orienter uniquement dans le théâtre de l'horreur et du dédoublement,
17 Ernst Seuil, Le premier romantisme allemand, traduction française Décultot et Helmreich, Paris, PUF, 1996. 18 Ibid., pp. 3-4. 18

implosif, de soi. Le nihilisme étudié ici se singularise donc par rapport à tous les autres en ce que sa destruction des valeurs ne se justifie pas par un souci de restaurer l'ordre ancien ou d'en créer un nouveau. Mais de détruire tout ordre. Pourquoi un tel acharnement? Ce nihilisme s'accomplit par jeu politique, je l'ai déjà esquissé. Car cet effacement radical de l'ordre, creusant jusqu'à la racine des jugements pour les imploser, permet d'éviter la concentration, l'accumulation, psychique, sociologique, de l'énergie vitale en volonté de puissance liée par quelques biais à un ordre social. Surtout lorsque celui-ci n'échappe pas historiquement au temps atteint aujourd'hui, celui du « kapital », comme le désignait avec un «k », un Lyotard19,tandis que les Foucault, Deleuze, Bourdieu et autres... y décèleront, au sens littéral, et non pas heideggérien20, les effets de pouvoir. Ensuite par jeu esthétique. Car il est amusant de voir -dans un post surréalisme s'interrogeant sur cet acte gratuit consistant à descendre dans la rue et tirer sur le premier passant venu21- le lecteur s'effacer au fur et à mesure qu'il se retourne, telle l'Eurydice de Blanchot vers la voix de l'auteur qui lui dit de venir, de devenir l'avenir, celui de son arrêt de mort. Et pour accomplir la grammaire de ce programme visant à détruire l'ordre à la source même, au sein de l'énergie sensible et intellectuelle qui se spécifie en individualité, il se trouve, par exemple, qu'un auteur comme Bataille n'a de cesse d'attaquer ce qui permet le pouvoir sur soi, dans tous les sens du terme. Comment?
19 Op. cit., 1971, Dérive... 20 Qu'est-ce la métaphysique? op. cit., p. 40. 21 Denis Hollier, Le collège de sociologie, Gallimard, 1979, p. 585, reprenant la réflexion de Roger Caillois sur Bataille et Breton (avril 1967, «Divergences et complicités », revue N.R.F): «(...) le conflit -qui n'éclata jamais- portait sur la possibilité de conjurer et de lâcher des énergies à partir de la mise à mort rituelle d'une victime humaine consentante. L'attitude de Bataille était aussi exaspérée que la définition donnée par Breton de l'acte surréaliste le plus simple: descendre dans la rue un revolver à la main et tirer au hasard sur les passants. » 19

En utilisant l'érotisme comme moyen d'associer sexualité et saleté car la sexualité liée à une construction harmonieuse pourrait être source de vie affinée et joyeuse, ce qui est mal, je l'ai déjà cité plus haut22 :
-« (.u) Si j'exprimais la joie, je me manquerais: la joie que j'ai diffère des autres joies. Je suis fidèle en parlant de fiasco, de défaillance sans fin, d'absence d'espoir. Pourtant.ufiasco, défaillance, désespoir à mes yeux sont lumière, mise à nu, gloire (.u) ».

Bataille, Deleuze, sans oublier Derrida, Foucault et Lyotard, s'ingénieront ainsi à utiliser le sexe désaxé, indifférencié, comme outil, autonome, de destruction, débouchant sur un micro totalitarisme libidinal (comme Pasolini l'a circonscrit dans Salô... et de façon plus ambiguë dans Théorème) afin sinon d'étouffer du moins de corseter, dans l'œuf, la volonté d'érection, dans tous les sens de ce terme, puisque celle-ci sécrète, dès sa racine, en s'érigeant, du « pouvoir». ..
Prenons un exemple. TI s'agira de faire admettre qu'aimer être remis en cause23 : doit

« (u.) il faut qu'il n'y ait pas une telle infaillibilité, c'est notre ultime et grand recours contre la terreur du vrai et du pouvoir. Que baiser ne soit pas garanti ni dans un sens ni dans l'autre, ni comme preuve d'amour ni comme caution d'une indifférente échangeabilité, que l'amour, c'est-à-dire l'intensité, s'y glisse de façon aléatoire, et qu'inversement les intensités puissent se retirer des peaux de corps (tu n'as pas joui ?) et passer sur les peaux de mots, de sons, de couleurs, de goûts de cuisine, d'odeurs de bête et de parfums, voilà la dissimulation à laquelle nous n'échapperons pas, voilà l'angoisse et voilà ce que nous devons vouloir. Mais cette «volonté» est elle-même par-delà toute liberté subjective, nous ne pouvons rencontrer cette dissimulation que latéralement, neben, en aveugles et en fuyards, puisqu'elle est insupportable et qu'il n'est pas question de la rendre aimable. (.u) ».

L'amour comme trait d'union aurait donc disparu et n'existerait
22 Op.cit., L'expérience intérieure, p. 70. 23 Lyotard, Economie libidinale, Paris, Minuit, 1974, p. 304. 20

pleinement, absolument, et seulement, qu'au sein de la destruction de soi. Ce qui implique que la spécificité du fantasme, celle de son irréalité -y compris au sens irréalisable du terme- n'existe plus. Elle est sommée de passer à l'acte: «il faut» écrit, là aussi, Lyotard. Ce qui démultiplie cette gestuelle de l'Inquisition qui sommait d'abjurer ce qui était seulement pensé, (comme le réitéra, nous

signale Marshall McLuhan, le léninisme stalinien avec les
procès des années trente), alors qu'il s'agit ici de réaliser ce qui est seulement fantasmé. Aussi la nouvelle police des mœurs, surtout lorsqu'elle est en position de force dans la production des modes, oblige non seulement à avouer par la confession (médiatisée) mais à la réaliser en des passages à l'acte justifiés dans une pseudo phénoménologie expérimentale (Catherine M.) par laquelle même le plaisir hédoniste est banni au profit d'une observation néo-scientiste des déclenchements physiologiques anatomiques, du désir et de sa morgue. Ceux -ci sont par ailleurs élevés au rang d'art pour en masquer les stries nihilistes24 et se distinguer de la TV réalité (Loft Story) traitée avec mépris lorsque celle-ci fantasme également sur les us et coutumes sexuellement corrects, tout en faisant office de pattern de comportement pour toute une jeunesse en mal de repères permettant de se mouvoir dans la technique et dans la ville. Prenons un autre exemple, comme cet énoncé de Blanchot25 que je vais détailler un peu plus longuement:
24 Il suffit, pour en comprendre le procédé tactique de légitimation, de lire un Daniel Bougnoux, professeur de sciences de la communication à l'université Stendhal de Grenoble dans Le Monde du mercredi 30 mai 2001 (Horizons-débats, p. 17 : « Et si ce livre était aussi une œuvre-phare de l'art d'aujourd'hui? »), ainsi qu'un Thomas Clerc, maître de conférences à l'université de Paris X Nanterre (littérature et stylistique) dans Libération du 17 mai 2001, (Rebonds, p. 5 : «ce livre éblouissant de vertu littéraire ») au sujet de La vie sexuelle de Catherine M. 25 L'Amitié, op. cit., p. 111. 21

«(u.) L'immensité de l'effort à accomplir, la nécessité de remettre en question toutes les valeurs auxquelles nous sommes attachés, d'en revenir à une nouvelle barbarie pour rompre avec la barbarie polie et camouflée qui nous sert de civilisation, (.u) ».

Pourquoi Blanchot écrit-il ceci dans un chapitre qui s'intitule Sur une approche du communisme (besoins, valeurs) ? Parce qu'il cherche un état, dans tous les sens de ce terme -une «nouvelle barbarie »- capable de remettre en question « toutes les valeurs auxquelles nous sommes attachés », jusqu'à « rompre» avec « la barbarie polie et camouflée qui nous sert de civilisation ». Mais en quoi ce « qui nous sert de civilisation» serait-il une « barbarie », même si celle-ci est « polie et camouflée» ? En ce qu'elle permet à «l'existence d'une nature économique» (Ibid., p. 109), de faire en sorte que les hommes aient une
« valeur marchande les uns pour les autres» et deviennent « des

choses» qui «s'échangent comme telles (...) ». Le marxisme, dans ces conditions, et au sein des «rapports collectifs» (Ibid., p. 110), prend, selon Blanchot, « le parti des choses» afin que l'homme « outil» puisse exorciser en quelque sorte cette condition même vers un au-delà d'elle dont une phrase de Marx pourrait exprimer sinon les contours, du moins la direction (Ibid., p. 111) :
«En tout cas, personne ne doute que la phrase de Marx: «Le règne de la liberté commence avec la fin du règne des besoins et des fins extérieures» ne promette rien aux contemporains que la recherche d'une direction juste et la décision d'un avenir possible. »

Ainsi cet au-delà désigné par cette phrase permettrait d'accomplir ce que le nihilisme n'arrive même pas à atteindre, le monde des besoins (Ibid., p. 109) :
« Il n'y aurait de sûr que cela: le nihilisme est irréfutable, mais l'irréfutable nihilisme ne suspend pas le jeu des besoins pour les hommes dans leur ensemble. Les hommes, privés de vérité, de valeurs, de fins, continuent de vivre et, vivant, continuent de chercher à donner satisfaction à leurs besoins,

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