Histoire de la pensée nord-africaine

Histoire de la pensée nord-africaine

-

Livres
686 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Cet ouvrage montre comment la culture propre à l'Afrique du Nord est présente dans la réflexion de ses parlants, bien qu'ils choisissent de l'écrire dans l'expression des Conquérants (en l'occurrence le grec et le latin). Le noyau de l'étude est une approche historique et critique des oeuvres "grecques et latines" écrites par des Africains qui ont fait date dans la littérature universelle. Qui sont ces penseurs nord-africains ? Sont-ils de naissance amazighe ? Que disent-ils de leur communauté ?

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 février 2016
Nombre de lectures 222
EAN13 9782140000423
Langue Français
Signaler un problème
Hàssà Banhakeia
Histoire de la pensée nordafricaine
Histoire et Perspectives Méditerranéennes
îŝôîééàéŝèéôàfîçàîé
Histoire et Perspectives méditerranéennes Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les Éditions L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours. Déjà parus Saïd CHIBANE,L’Algérie entre totalitarisme & populisme, La fausse ouverture ou l’heure des illusions/désillusions, tome2,2016 Saïd CHIBANE,L’Algérie entre totalitarisme & populisme, Le temps du parti unique, tome1,2016 Pascal CYR,Égypte, la guerre de Bonaparte, 2015 Philippe GAILLARD,Génération Algérie: Mémoire d'un quidam, 2015 Mustapha ARIHIR,Les relations extérieures franco-algériennes à l’épreuve de la reconnaissance, de 1962 à nos jours, 2015. Chadia CHAMBERS-SAMADI,Répression de manifestants algériens, 2015. Mohammed Anouar MOGHIRA,?. Les atouts, lesL’Égypte en marche espoirs et les défis (1952-2015), 2015 Mohamed HARAKAT, Les paradoxes de la gouvernance de l’État dans les pays arabes,2015.Mohammed GERMOUNI, Le protectorat français au Maroc.Un nouveau regard,2015.Guillaume DENGLOS,La revueMaghreb(1932 - 1936).Une publication franco-marocaine engagée,2015. Michel CORNATON, Nelly FORGET et François MARQUIS,Guerre d’Algérie, ethnologues de l’ombre et de la lumière,2015. Saïd MOURABIT,L’économie politique de la production législative au Maroc, 2015. Raymond NART,Histoire intérieure de la rébellion dans les Aurès, Adjoul-Adjoul, 2015. Fawzi ROUZEIK, LeGroupe d’Oujda revisité par Chérif Belkacem, 2015. Geneviève GOUSSAUD-FALGAS,Le Consulat de France à Tunis aux e e XVII et XVIII siècles, 2014. Frédéric HARYMBAT,Les Européens d’Afrique du Nord dans les armées de la libération française(1942-1945), 2014. Maurizio VALENZI,J’avoue que je me suis amusé, Itinéraires de Tunis à Naples, 2014.
àŝŝàBANAKEIA
ISTOIREDEApENSEE NORDAFRICAINE
àMàà
Du même auteur : *Tutlayt tarifit(1995) *Llibertats tatuades, poésie (1996) *Iles-inu(2) (1998) *Le Maure errant(2001) *L’enseignement de l’amazigh(2011) *L’amazighité en questions(2011) *Histoire d’un cadavre qui était un homme(2012) *L’enfant barbare(2012) *Mots et maux (analyse du récit de voyage en Afrique du Nord)(2013) © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08248-6 EAN : 9782343082486
A la mémoire de mes parents, Mimun et Tlaytmass
AVANT-PROPOS « Primum itaque ego scientae uestibulum puto scire quod nescias » (Fulgence,Mitologiae12, 1-2) (Je considère aussi que l’antichambre du savoir est de savoir qu’on ne sait pas) Cet ouvrage de littérature a pour origine nos cours à l’université et nos contributions dans diverses manifestations et publications. Les idées ont été reformulées, complétées et enrichies par de nouvelles interrogations critiques. Tissée dans un esprit anthologique, la réflexion entend offrir une conception sommaire des œuvres nord-africaines et un panorama de cette littérature. Le tableau général demeure, toutefois, inachevé et imprécis vu l’ampleur de cette entreprise intellectuelle. Les différentes parties de ce travail sont la refonte, corrigée et augmentée, d’une série d’articles parus dans le mensuel marocain 1 Tawiza2000 et 2011. Elles entendent dévoiler une nouvelle, entre image de la culture amazighe : un panorama nullement composé dans le but de dresser des résumés et des chronologies, mais construit à partir d’une découverte de la pensée. Philosophes, dramaturges, romanciers, poètes, historiens, géographes, médecins et théologiens constituent les auteurs de cette littérature « oubliée » de nos Ancêtres. À quoi bon cette étude qui revendique les pensées d’ici et d’hier et mesure leur contribution à la pensée universelle ? Pour/quoi « faire/enseigner » la littérature ancienne de l’Afrique du Nord pose-t-il un problème épineux ? S’agit-il d’une littérature proprement dite ? Le terme littérature veut dire l’ensemble des idées et des expressions de l’esprit dans deux formes : écrite et orale. Ici, nous allons plutôt parler de la littérature écrite, dans l’expression allogène. Ce concept pose problème quand il est accolé à « ancienne » et « Afrique du nord ». Mais, nous l’avons esquissé de la sorte pour parler des œuvres qui véhiculent les émotions, les pensées et les fictions des auteurs oubliés de ce continent. Il y a alors ancrage historique, géographique et humain. Littérature ancienne est, pour nous, issue d’une partie du monde, d’un ethnos particulier, d’une vision du monde. Le noyau de l’étude est une approximation historique et critique de ces œuvres « grecques et latines » écrites par des Africains qui ont fait date dans la littérature universelle. Qui sont ces penseurs nord-africains ? Sont-ils de naissance amazighe ? Que disent-ils de leur communauté ? 1  Revue marocaine fondée par Mohamed Boudhan en 1997, paraissant mensuellement jusqu’en 2011.
7
sont les questions qui font le clivage dans cette universalité. Nous 1 apportons, en outre, une classification des auteurs basée sur deux critères différents : la religion et la réception. Ainsi, nous avons des auteurs chrétiens et des auteurs schismatiques d’une part, et de l’autre des écrivains majeurs et des écrivains mineurs. Autrement dit, la consécration de l’écrivain indigène était une tâche complexe car elle se rattachait solidement autant à la nature des idées de ses écrits autant au style de l’époque (formes choisies) pour faire son « art ». Littérature 2 païenne et littérature chrétienne s’opposent sur le sol de Tamazgha , ravivant avec plus d’intensité les grandes querelles intellectuelles de Rome. Est-il alors tard de commencer la lecture et l’analyse de notre héritage, comme produits socioculturels, à travers ces œuvres antiques ? Le déconstruire comporte un ensemble de risques méthodologiques ; l’approcher nous engage dans un travail de science et de passion. Nous ne prenons pas le critère linguistique comme élément fondamental de l’ethnique. De surcroît, comment se baser sur des ouvrages écrits en latin et en grec, étoilés de confusions et d’erreurs dans le traitement de 3 l’africanité ? Nous nous sommes alors fixé comme méthode d’interroger les critiques, les préjugés et les jugements de l’amazighité dans les œuvres nord-africaines. Les écrivains indigènes parlent aux Autres, expliquant ces univers étrangers. Cette entreprise est une tentative qui consiste à ramender l’historicité de la tradition écrite des Imazighen. Cette aventure intellectuelle nous mène à formuler des conjectures et à rechercher une pensée à prouver à force de lire et de relire une série de productions, qui sont parfois opaques et alchimiques. Certes, les œuvres étudiées sont, en général, de portée religieuse, mythologique et morale. Autrement dit, notre propos n’est point d’écrire une histoire littéraire complète de l’Afrique ancienne, mais de dépoussiérer les œuvres des 4 écrivains à partir de leur analyse . Chaque auteur, en développant sa pensée, apporte une vision de l’Afrique du Nord, de ses traditions et de sa culture. Une lecture fractionnelle (par auteur) s’impose, et dans
1 Dans cet essai, « africain » est synonyme d’« amazigh » et de « nord-africain ». 2  Le mot Tamazgha, signifiant la vaste Afrique du Nord, peut sembler anachronique, voire étrange pour les lecteurs. Cette conscience d’appartenir à cet univers est présente chez les auteurs étudiés, et quand nous utilisons ce terme, c’est pour déterminer l’appartenance spatiale, mais surtout ces traits historiques et culturels communs au sud de la Méditerranée. 3 Le Conquérant, le Colon et le Militaire sont les différents voyageurs qui, à travers les siècles, visitent l’Afrique du Nord, et par voie de conséquence leurs récits seront relativement loin de toute représentation objective. 4 Notre méconnaissance du latin et du grec explique pourquoi nous nous inclinons dans ces études à travailler sur les traductions des auteurs africains, et parfois l’absence de traduction française de quelques auteurs nous incite également à nous appuyer sur des textes traduits en anglais ou en castillan.
8
chaque épisode nous privilégions l’étude de l’œuvre en question, tout en la reliant à la tradition locale. Nommer nos « auteurs » est en soi une tâche difficile : faut-il les nommer selon la tradition française ou la latine ? Dire Priscien ou Pricianus ? Quelle forme paraît-elle adéquate à défaut de l’appellation autochtone proprement dite ? Nous avons une littérature citée et nommée, mais effacée, qui se réfère justement à la réalité nord-africaine, autrement dit à partir de cette essence « digressive » le pauvre continent offre généreusement des auteurs à l’Occident pour lui dire dans son expression des pensées rarement comprises. Nous nous sommes proposé, dans ces diverses analyses, de saisir les traces que la culture africaine a eues sur le développement de la pensée aliénée chez ces auteurs ; de même il nous a paru opportun, afin de mieux les déconstruire, d’adopter une vision qui accompagne chronologiquement les œuvres. Les textes traduits du latin ou du grec sont fondamentalement présentés en version française. Les citations choisies seront parfois longues, de nature anthologique et fréquentes : elles méritent de figurer dans l’analyse, dans un esprit mêlé de découverte et d’objectivité analytique. Le lecteur découvre les textes (fictifs, philosophiques et religieux) dans ses rapports à la culture nord-africaine. Point de meilleure expression de cette tradition pour le lecteur attaché à l’objectivité que de laisser les auteurs ‘parler longuement’, et il nous revient juste de commenter, d’accompagner et d’éclaircir le balbutiement de leurs pensées. Il aurait été idéal de traduire ces extraits vers l’amazigh. Dans ce cas, il y aurait une sorte de réappropriation de la pensée ancienne, et par là une mise en scène des traces de l’identitaire dans les textes. Grâce aux corpus cités et analysés, les lecteurs seront à même soit de les relire, soit de rechercher d’autres aspects intéressants de la représentation de la tradition africaine. Ce travail montre jusqu’à quel point la culture propre à l’Afrique du Nord est présente dans la réflexion de ses parlants, bien que ces derniers choisissent de l’écrire dans l’expression des Conquérants, et combien leurs contributions sont aussi monumentales que généreuses dans l’histoire de l’humanité. Les langues de prestige « importées » ou bien « imposées », en l’occurrence le grec et le latin, se mêlent aux langues locales. Les œuvres africaines, produit d’une fusion des éléments autochtones et étrangers, offrent alors un style particulier et une vision complètement nouvelle au regard de la littérature romaine. Quelle part a-t-elle l’amazighité dans un tel héritage ? constitue la question qui gère cet essai. La langue des auteurs-penseurs est celle qui est en vogue dans leur pays et dans leur temps, mais ils ne peuvent échapper au fait d’emprunter à la langue parlée dans leur environnement et famille. Ils font divers usages du latin : ils rajoutent des mots étrangers, enrichissent d’autres en les investissant de sens inédits, voire utilisent des
9