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L'art brésilien au féminin

De
228 pages
Sur les traces d'Anita Malfatti, Tarsila do Amaral, artiste peintre, fonde en 1928, l'esthétique anthropophage. Tout au long du XXe siècle, y compris pendant la dictature militaire (1964-1985), et jusqu'à ce jour, des héritières brillantes lui ont succédé : Maria Martins, Lygia Pape, Lygia Clark, Anna-Maria Maiolino, Adriana Varejao. Ce livre retrace le parcours artistique exemplaire, depuis la Semaine de l'Art moderne en 1922 à Sao Paulo, où ces femmes tinrent le premier rôle.
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Hugues Henri
L’ART BRÉSILIEN AU FÉMININ
Série Esthétique OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
L’art brésilien au féminin
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, et Bruno Péquignot Série Esthétique La série Esthétique publie des ouvrages qui traitent de l’art, de sa production et de sa réception, ainsi que de diverses questions esthétiques (goût, valeurs, etc.), d’un point de vue principalement philosophique. Des livres de théorie de l’art (cinéma, littérature, peinture, etc.) et de la culture ayant une portée générale ou philosophique peuvent être également pris en considération. Dernières parutions Gisèle GRAMMARE,Contrehorizon ou l’œuvre aux noirs, essai de peinture, 2016Xavier D’HÉROUVILLE,Les ménines ou l’art conceptuel de Diego Vélasquez, 2015. Doh Ludovic FIÉ,L’École de Francfort et la critique de la modernité. Le paradoxe de l’œuvre d’art, 2015. Sous la direction de Dominique BERTHET,Une esthétique du trouble, 2015. Frédéric MONTÉGU,Image et abstraction dans l’œuvre de Mark Rothko. Tome 2 : Réhabilitation de l’œuvre entière, 2014. Frédéric MONTÉGU,Image et abstraction dans l’œuvre de Mark Rothko. Tome 1 : Période dite de la maturité, 2014. Jean VION-DURY et Christian XERRI (dir.),Plaisir esthétique dans les arts, 2014. Francesca CARUANA (dir.),Ecritures et inscriptions de l’oeuvre d’art,2014. Sous la direction de Dominique BERTHET,L’insolite dans l’art, 2013. Sous la direction de Bernard GUELTON,Images & récits,La fiction à l’épreuve de l’intermédialité,2013. David BRUNEL,La Photographie comme métaphore d’elle-même. Corps et visage de l’image photonique, 2012. Sous la direction de Miguel EGAÑA,Figures de l’artiste,2012. Gisèle GRAMMARE,La Maison de l’Armateur. Hôtel Thibault, 2012.
Hugues HENRIL’ART BRESILIENAU FEMININ
NB : toutes les illustrations contenues dans ce livre, y compris celle de e la 1 de couverture, sont des recréations plastiques en deux dimensions réalisées par l’auteur Hugues Henri, sous forme de dessins et de photomontages faits d’après des reproductions d’œuvres, à priori libres de droit. Elles résultent de l’absence de réponse des musées et galeries du Brésil et d’Argentine aux demandes réitérées que leurs a adressées depuis 3 ans et demi Hugues Henri pour négocier les droits attachés à ces oeuvres. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13293-8 EAN : 9782343132938
Introduction Tupi or not Tupi, that’s the Question! 1 Oswald de Andrade.Depuis l’irruption de l’esthétique de la modernité au Brésil, lors de la « Semaine de l’Art moderne », à São Paulo en 1922, le processus d’autonomisation de l’art moderne au Brésil s’est caractérisé par un certain nombre de ruptures et de continuités. Elles ont concerné l’appropriation de certaines caractéristiques esthétiques de la modernité européenne, celles notamment ins-pirées par leFuturismede Marinetti, par le italien Surréalismefrançais d’André Breton, aussi bien dans la poésie que dans les
1 De Andrade, Oswald, « Manifeste de l’Anthropophagie »,Anthropophagies, trad. de Jacques Thiériot, Paris, Flammarion, coll. Barroco, 1982 (réunit Mémoires sentimentaux de Janot Miramar,Séraphin Grand-Pont,Manifeste de la poésie Bois Brésil,Manifeste Anthropophageet autres textes anthropo-phages), p. 286.
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arts plastiques. Progressivement, cette intégration moderniste s’est doublée d’une autonomisation esthétique, identitaire qui a permis à la modernité brésilienne de se distinguer, de s’éloigner de ses modèles européens. Le moment déterminant de cette singularisation brésilienne fut l’émergence de l’Anthropophagie, mouvement esthétique fondé via la publication d’unManifeste anthropophage par Oswald de Andrade (1890-1954) en 1928, proclamant sa spéci-ficité par la réappropriation métaphorique du cannibalisme des peuples autochtones brésiliens Tupi-Guarani. Le manifeste an-thropophage élaboré par Oswald de Andrade prône la dévora-tion symbolique de l’autre, l’Occidental, car ce qui intéresse l’anthropophage, c’est ce qui n’est pas sien, c’est-à-dire l’autre qu’il faut dévorer, en choisissant chez celui-ci le meilleur de lui-même. L’anthropophagie est prise ici comme métaphore d’un acte archaïque analysé par l’anthropologie qui l’associe à ceux des peuples primitifs. Acte dont la socialisation s’appelle le canni-balisme exogène pratiqué par les peuples autochtones du Brésil d’avant la colonisation. La capture puis la dévoration de prison-niers naît de la rencontre avec l’autre puis de l’incorporation d’un autre corps, celui de l’autre par démembrement du corps de l’autre, sa manducation, sa digestion pour en acquérir les qualités. Dans ce processus, quelle est la part de la rencontre et de la relation à l’autre ? Quelles sont les relations entre incorpo-ration et altérité ? Altération ou appropriation d’attributs de l’autre ? L’anthropophagie est-elle une simple digestion ou un processus d’appropriation et de reconstruction identitaire ? Quelle est la part de l’anthropologie et de la psychanalyse dans l’émergence de l’anthropophagie artistique ? Dans l’appropriation métaphorique de l’anthropophagie, quels sont les intentions, les raisons, les principes d’actions idéologiques et esthétiques qui sont mobilisés ? Il n’y avait donc, aux yeux d’Oswald de Andrade qu’une seule voie de salut : « De William James à Voronoff. La trans-2 figuration du Tabou en totem. Anthropophagie ! » C’est là le 2 Andrade, Oswald de,Anthropophagies,Op. cit.,p. 269.
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credo de l’anthropophagie, un pas de plus dans la quête, déjà fort ancienne, de l’identité culturelle brésilienne. Au-delà, Os-wald de Andrade file la métaphore tout en appréciant grande-ment l’effet terrifiant que l’anthropophagie provoque en tant qu’arme défensive et provocatrice. De la même manière, la dévoration de l’autre n’est pas neutre, il s’agit d’incorporer le meilleur de l’autre pour se construire l’identité la meilleure possible. Les incorporations successives d’apports extérieurs ne peu-vent que provoquer le métissage multiple et l’hybridation infi-nie, qu’importe, car au contraire, cela devient le moteur de l’anthropophagie. L’anthropophagie est alors la première idéo-logie dans le monde à transformer positivement la tare coloniale du métissage en moteur d’intégration, à revendiquer le métissa-ge et l’hybridation comme forces positives et comme lien cons-titutif de l’identité nationale et culturelle brésilienne. Oswald de Andrade fait référence dans sonManifeste an-3 thropophage, aux récits de voyageurs comme Jean de Lery e explorateur français du XVI siècle. Il cite aussi le célèbre texte de Michel de Montaigne dans sesEssais, le chapitre XXXI, titré 4 « Des Cannibales » . La nature socialisée et ritualisée du canni-balisme des Tupinambas y est décrite et resituée dans ce plai-doyer humaniste que rédige Montaigne. De là découla une ex-trapolation humaniste et exotique sur le mythe du « Bon sauva-e ge », développé par Jean-Jacques Rousseau au XVIII siècle. Or c’est justement contre cette vision européocentriste que réagit Oswald de Andrade dans sonManifeste anthropophagepublié à São Paulo en 1928. Comment est né le concept de l’anthropophagie? Au départ, Tarsila do Amaral (1886-1973), femme artiste-peintre, compagne de Oswald de Andrade, lui offrit pour son anniversaire, le 11 janvier 1928, un tableau qu´elle venait de terminer de peindre. BaptiséAbaporu, signi-fiant littéralement « l´anthropophage » en langue tupi-guarani, cette peinture a fait naître chez les poètes et critiques d’art Os-wald de Andrade et Raul Ropp, l´idée de créer sous ce nom un 3 De Lery, Jean,Voyage en terre du Brésil,Paris, Hachette, 2000.4 De Montaigne, Michel,Essais, Paris, Gallimard, 2009.
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