280 pages
Français

La conversion éthique

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Description

Le lecteur d'Emmanuel Levinas peut remarquer que deux descriptions du sujet se dégagent : le moi paraît irrémédiablement tourné vers lui-même et seulement préoccupé par son propre bien-être ; tandis que d'autres textes présentent un moi complètement tendu vers autrui, et prêt à se sacrifier pour lui. Levinas retrace l'entrée du sujet dans l'éthique comme le passage de l'un à l'autre de ces états. Flora Bastiani propose de lire Levinas à partir de l'étrangeté de ce saut qualitatif du moi en direction de l'autre.

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Publié par
Date de parution 01 juillet 2012
Nombre de lectures 16
EAN13 9782296498204
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Laconversionéthique Introduction à la philosophie d’Emmanuel Levinas
La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren  Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique.  Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie.  Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement. Dernières parutions Marisa Alejandra MUNOZ,Macedonio Fernández, philosophe. Le sujet, l’expérience et l’amour, 2012.Jacques POULAIN et Irma ANGUE MEDOUX (sous la dir. de) Richard Rorty ou l’Esprit du temps, 2012. Gustavo CHATAIGNIER GADELHA, Temps historique et immanence. Les concepts de nécessité et de possibilité dans une histoire ouverte, 2012.
Flora Bastiani
Laconversionéthique Introduction à la philosophie d’Emmanuel Levinas
© L'Harmattan, 20125-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99262-7 EAN : 9782296992627
In memoriamPierrette et Roger. Pour Antoine, Julietteet alii.
INTRODUCTION
L’enjeu de la philosophie lévinassienne se présente dans le partage avec son héritage phénoménologique et la tradition talmudique. Il s’agit de permettre une pensée du monde de l’extériorité où les phénomènes seraient respectés, c’est-à-dire considérés au-delà des représentations, dans la particularité de la relation entretenue avec eux. Mais, comme une suite à la proposition de Husserl (ou comme une réponse à son appel) Levinas entreprend de se concentrer sur le problème de l’intersubjectivité, ou en des termes qui lui sont plus propres, sur la place donnée à autrui. L’autre homme est pensé par Levinas comme celui qui est capable de mettre en doute la logique ontologique de l’existant, parce qu’en tant qu’autre, il ne se laisse pas réduire à l’épaisseur de l’être. Si l’enjeu s’entend clairement comme la formulation – la formation – d’une pensée qui rend à l’autre sa place primordiale dans la conscience de l’existant, Levinas part du constat de l’immense écart qui sépare l’humain égocentrique d’une attitude éthique. Si pour Husserl la relation intersubjective soulevait déjà des difficultés pour la pensée, elle restait une forme de relation avec le monde. Chez Levinas, cette relation prend au contraire une importance décisive parce qu’il la place comme la relation capable de modifier le sens des autres relations. Il ne s’agit pas d’une relation parmi les autres, mais de l’événement primordial qui ouvre un domaine au-delà du pur être mondain. La visée de Levinas étant clairement de destituer l’ontologie pour donner à l’éthique une antériorité absolue, il trouve dans la relation intersubjective la possibilité de ce renversement. Autrui serait donc la figure capable de faire tomber la logique ontologique. Si Levinas est le philosophe de la relation à autrui, la radicale altérité d’autrui paraît s’opposer à toute relation. Dans son ouvrageSoi-même comme un autre, Paul Ricœur conclut sa réflexion sur l’ipséité avec cette réponse de Levinas : c’est par ma relation à l’autre que se prouve et s’éprouve l’ipséité. Il y a donc dans la socialité une manière d’affirmer le soi-même. Mais la question du comment demeure alors pour Ricœur insatisfaite. Comment rejoindre l’autre alors qu’il se caractérise par son étrangeté foncière ? Comment parvenir à la dialogie ?
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Comment entendre l’autre alors qu’il se présente comme insaisissable et, selon la dernière phrase du livre de Ricœur, « sous peine que l’altérité se supprime en devenant même 1 qu’elle-même » ? Ce sont à ces questions et à ces menaces qui planent sur la relation que nous tenterons d’apporter des éclaircissements. Comment se peut-il que le sujet devienne soudainement éthique ? C’est donc comme une interrogation que se présente à nous la conviction de Levinas : l’homme apparaît sans éthique et enfermé dans l’ontologie, pourtant il serait apte à l’éthique, il pourrait sortir de la lourdeur matériale. La naissance de l’homme en fait un existant tourné vers sa propre existence. Elle pose une relation intime et exclusive entre le moi et son soi – une relation que Levinas décrit comme 2 « pathétique » dans son perpétuel retour au même. Cependant cet homme égocentré serait propre à se tourner soudainement vers l’autre, et à en faire son unique visée. Le changement qui consiste dans le passage à l’éthique semble si extrême et inopiné qu’il nous paraît important de nous pencher sur l’instant de l’expérience éthique, comme inauguration d’une nouvelle manière d’être du sujet. Le moment du passage de l’état naturel à l’optique éthique apparaît comme l’événement décisif de la pensée lévinassienne. Il n’en est certainement pas l’aboutissement, puisque au-delà de ce moment, Levinas poursuit une réflexion sur la justice dans la société des hommes, avec l’intervention de l’autre autre – du Tiers – dans sa réflexion. Mais il est le tournant qui permet, par sa conception, de donner à l’éthique un ancrage authentique et non plus hypothétique. La proposition de Levinas est que si l’homme naît sans éthique, il doit l’apprendre en recevant l’enseignement de l’autre, en entendant son appel. Cette proposition sera mise en question notamment concernant ses conditions de possibilité et les nouvelles perspectives qui lui sont données dans le déroulement de la pensée de Levinas. Reste qu’au départ de l’éthique, le sujet doit entendre la parole de l’autre. Mais 1 Soi-même comme un autre. Paris : Editions du Seuil, Collection Points, Série Essais, 1990, p. 410. 2 e Le temps et l’autre.: Presses Universitaires de France,édition. Paris  9 collection Quadrige Grands Textes, 2004, p. 66.
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