La justice est-elle mondialisable ?

-

Français
608 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Si, pour certains, l'évolution actuelle du monde concourt à la paupérisation anthropologique, pour d'autres il existe des raisons de réfléchir à un rééquilibrage et à la mise en oeuvre de mécanismes pour permettre un développement harmonieux de tous les hommes et de toutes les nations du monde. Cela permettrait une paix durable au niveau international et un sécurisation presque naturelle des individus et de leurs institutions.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2011
Nombre de lectures 77
EAN13 9782296471405
Langue Français
Poids de l'ouvrage 41 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

LA JUSTICE
EST-ELLE MONDIALISABLE ?

CollectionPerspectivestransculturelles
Dirigée par J. Poulain, H.J. Sandkühler et F. Triki

La réduction de la mondialisation à la globalisation économique
ne fait pas justice au développement des diverses cultures du monde.
Ce développement ne saurait en effet être réduit à ce que désire en
faire le Fonds Monétaire International: une affaire négociable en
termes purement économiques. Il exige en effet un véritable dialogue
interculturel qui ne se contente pas de laisser cohabiter les cultures
comme des traditions fermées, qui ne désirent s’affirmer qu’aux
dépens des autres. Ce dialogue doit pouvoir faire appel aux formes les
plus évoluées et les plus réfléchies des diverses cultures qui constituent
le patrimoine mondial.
Cette collection entend participer à ce dialogue en mobilisant tout
le potentiel critique des sciences humaines, des philosophies
contemporaines et de la littérature pour dégager ce qu’il y a de
véritablement universel dans ces différentescultures, pour mettre en
lumière ce qui résiste en elles à la critique mutuelle qu’elles exercent
les unes à l’égard des autres.
L’universalisation effective qu’elles parviennent à effectuer
d’ellesmêmes doit pouvoir distinguer ses propres résultats des effets
polémiques de la guerre des cultures qu’engendre le désir qu’a
chacune d’étendre son hégémonie sur les autres. Elle ne forge qu’un
être humain capable d’intégrer en lui leurs multiples richesses qu’en
laissant advenir à la parole cette autocritique transculturelle, par
laquelle advient à l’existence le monde commun auquel elles aspirent.

© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56402-2
EAN : 9782296564022

Eugène BITENDENTOTILA

LA JUSTICE
EST-ELLE MONDIALISABLE ?

Du même auteur

« Lepanafricanisme et la mondialisation»,Annales de la Faculté des Lettres et
Sciences Humaines,II-III, Kinshasa, Presses de l’Université de Kinshasa,
20012002 : 185-201.
« Le réal-libertarisme van parijsien. Ses origines et ses limites »,Annales de la Faculté
des Lettres et Sciences Humaines, IV, Kinshasa, Presses de l’Université de Kinshasa,
2003 : 187-215.
« L’Afriqueface à la mondialisation», à paraître, Intervention au Colloque sur
La postmodernité en Afrique et en Europe, Oran (Algérie), 28 novembre 2010.

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières.
Ce qui importe, c’est de le transformer. »

Karl Marx (1845), conclusion desThèses,
e
(11 thèse)sur Feuerbach, Paris, La Pléiade.

SOMMAIRE

SOMMAIRE ..............................................................................................................5
PREFACE ................................................................................................................11
INTRODUCTION GENERALE.............................................................................. 15
PREMIERE PARTIE : LA MONDIALISATION ...................................................29
INTRODUCTION ............................................................................................... 31
CHAPITRE 1. DEFINITIONS DE LA MONDIALISATION............................ 33
1.0. Introduction..............................................................................................33
1.1. L¹approche de Michel Beaud................................................................... 34
1.2. Le point de vue du géographe.................................................................. 35
1.3. La perspective politiste ............................................................................36
1.4. L¹idée des économistes ............................................................................37
1.5. Répliques des géographes et des économistes .........................................38
1.6. Conclusion du premier chapitre ...............................................................41
CHAPITRE 2. UNE APPROCHE NOUVELLE DE LA MONDIALISATION.43
2.0. Introduction..............................................................................................43
2.1. Mondialisation ou monopolisation ?........................................................ 43
2.2. La mondialisation culturelle.....................................................................48
2.3. La philosophie pragmatique du dialogue transculturel ............................50
2.4. Conclusion du deuxième chapitre ............................................................52
CHAPITRE 3. LA MONDIALISATION ECONOMIQUE ................................53
3.0. Introduction..............................................................................................53
3.1. La multidimensionnalité du phénomène de mondialisation..................... 53
3.2. L¹interdépendance des trois dimensions de la mondialisation .................54
3.3. La régulation de la mondialisation........................................................... 55
3.4. Les trois configurations de la mondialisation...........................................56
3.5. Les inégalités dans la mondialisation.......................................................76
3.6. Effets contrastés de la mondialisation...................................................... 79
3.7. Conclusion du troisième chapitre.............................................................97
CHAPITRE 4. L¹ORGANISATION DES RELATIONS ECONOMIQUES
MONDIALES...................................................................................................... 99
4.0. Introduction..............................................................................................99
4.1. Les facteurs de la mondialisation............................................................. 99
4.2. Le pouvoir des Etats et la force des marchés .........................................101
4.3. Les conséquences du modèle de croissance prédateur en Afrique......... 102
4.4. L¹étatisation inefficace de l¹économie de réserve et de traite ................105
4.5. La mondialisation face au développement africain................................ 107
4.6. La crise de la spécialisation minière ......................................................108
4.7. Mondialisation et politiques agricoles hégémoniques............................109
4.8. L¹impact de la mondialisation sur le déploiement de l¹action humaine. 111
4.9. La mondialisation et l¹évolution de l¹économie mondiale..................... 113
4.10. Conclusion du quatrième chapitre........................................................138
CHAPITRE 5. LE SYSTEME POLITIQUE MONDIAL .................................141
5.0. Introduction............................................................................................141
5.1. La géographie de la mondialisation .......................................................141
5.2. L¹archipel mégalopolitain mondial (AMM)...........................................143
5.3. De la rotondité terrestre à la rotondité du Monde...................................145

5.4. La politique comme échelle lacunaire au niveau mondial .....................149
5.5. L¹intrication des territoires et des réseaux .............................................151
5.6. La mondialisation comme extension planétaire du modèle américain... 151
5.7. La mondialisation de la géographie .......................................................152
5.8. Les principes du Co-développement des nations ...................................153
5.9. Conclusion du cinquième chapitre......................................................... 167
CHAPITRE 6. GOUVERNANCE ET GOUVERNEMENT GLOBAL............169
6.0. Introduction............................................................................................169
6.1. La gouvernance globale .........................................................................169
6.2. Le gouvernement mondial......................................................................185
6.3. La mondialisation et le droit transnational............................................. 191
6.4. Conclusion du sixième chapitre .............................................................205
CHAPITRE 7. LA CRITIQUE DE LA MONDIALISATION..........................207
7.0. Introduction............................................................................................207
7.1. Globalisation, inégalité etinjustice ........................................................ 207
7.2. La polarisation de la globalisation .........................................................210
7.3. La critique du développement par les NTIC ..........................................219
7.4. La mondialisation comme facteur d¹aggravation des inégalités ............221
7.5. Conclusion du septiè232me chapitre ...........................................................
CHAPITRE 8. LES BASES D¹UNE NOUVELLE REGULATION ................235
8.0. Introduction............................................................................................235
8.1. Les contre-pouvoirs................................................................................235
8.2. Le renouveau de l¹intégration régionale................................................. 236
8.3. Districts industriels et mondialisation.................................................... 237
8.4. Les nouveaux ré.................................................................... 238gulateurs ?
8.5. Conclusion critique du huitième chapitre...............................................239
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE .................................................241
DEUXIEME PARTIE : LA THEORIE DE LA JUSTICE..................................... 245
INTRODUCTION ............................................................................................. 247
CHAPITRE 1. LA JUSTICE COMME EQUITE D¹APRES JOHN RAWLS ..249
1.0. Introduction............................................................................................249
1.1. Le constructivisme rawlsien...................................................................249
1.2. La dé263mocratie constitutionnelle .............................................................
1.3. La critique de la thé267orie de John Rawls .................................................
1.4. Conclusion du premier chapitre .............................................................271
CHAPITRE 2. LA SOCIETE JUSTE DANS L¹OPTIQUE DE VAN PARIJS.273
2.0. Introduction............................................................................................273
2.1. La critique van parijsienne du capitalisme............................................. 273
2.2. La conciliation de l¹efficience et de l¹égalitécomme critère de distribution
équitable des niveaux de vie .........................................................................283
2.3. Le principe de maximisation de la libertéré........................ 290elle de tous
2.4. La critique du real-libertarisme de Philippe Van Parijs .........................296
2.5. Conclusion du deuxième chapitre.......................................................... 305
CHAPITRE 3. LES NOUVELLES EXIGENCES DE LA THEORIE DE
JUSTICE............................................................................................................ 307
3.0. Introduction............................................................................................307
3.1. Première exigence : la nécessitéde la redistribution entre nations au
niveau international.......................................................................................308

3.2. Deuxième exigence : la nécessité d¹une théorie morale universalisable 325
3.3. Conclusion du troisième chapitre...........................................................339
CONCLUSION CRITIQUE DE LA DEUXIEME PARTIE............................. 341
TROISIEME PARTIE : DU DEVELOPPEMENT AU CO-DEVELOPPEMENT
DES NATIONS...................................................................................................... 345
INTRODUCTION ............................................................................................. 347
CHAPITRE 1. LA PAUVRETE AU NIVEAU MONDIAL .............................349
1.0. Introduction............................................................................................349
1.1. La lutte contre la pauvreté......................................................................349
1.2. De la pauvreté mentale au statut de pauvre............................................ 353
1.3. Analyse de l¹environnement économique international......................... 355
1.4. La Justice comme moyen de lutte contre la pauvreté.............................356
1.5. La responsabilité des gouvernants..........................................................358
1.6. L¹inefficacité de l¹intervention des développeurs.................................. 360
1.7. Conclusion du premier chapitre .............................................................365
CHAPITRE 2. LE DEVELOPPEMENT DES PAYS SOUS-DEVELOPPES.. 367
2.0. Introduction............................................................................................367
2.1. De l¹histoire du sous-développement aux conditions du développement
...................................................................................................................... 367
2.2. La philosophie du développement..........................................................371
2.3. L¹importance du travail et de l¹innovation dans le processus de
développement .............................................................................................. 388
2.4. La programmation du développement....................................................392
2.5. La réalisation du schéma de développement.......................................... 395
2.6. Conclusion du deuxième chapitre ..........................................................399
CHAPITRE 3. LE PARADIGME DU DEVELOPPEMENT DURABLE........ 401
3.0. Introduction............................................................................................401
3.1. L¹historique du développement durable.................................................401
3.2. Schéma du développement durable........................................................405
3.3. Le développement durable comme paradigme de l¹incertitude..............407
3.4. L¹approche philosophique de la notion de développement durable....... 410
3.5. La nécessité du développement rapide des pays sous-développés......... 413
3.6. Développement durable ou croissance éternelle ? .................................415
3.7. Les limites du développement durable...................................................418
3.8. Face aux avatars du développement durable.......................................... 421
3.9. La théorie de la décroissance .................................................................426
3.10. Conclusion du troisième chapitre.........................................................440
CHAPITRE 4. DE LA PHILOSOPHIE ECONOMIQUE A LA PHILOSOPHIE
DU DEVELOPPEMENT ..................................................................................443
4.0. Introduction............................................................................................443
4.1. L¹économie comme science des conditions vitales de l¹homme............443
4.2. Le malentendu entre philosophes et économistes ..................................446
4.3. La science économique comme paradigme obsolète..............................447
4.4. La philosophie face à la dérive économique ..........................................450
4.5. La philosophie du développement..........................................................461
4.6. La remise en question philosophique de l¹ordre économique actuel......465
4.7. La recherche d¹un nouveau paradigme du développement ....................468
4.8. Conclusion du quatrième chapitre..........................................................469

CHAPITRE 5. DU DEVELOPPEMENT AU CHANGEMENT DE
PARADIGME.................................................................................................... 471
5.0. Introduction............................................................................................471
5.1. Lesobjecteurs de croissance face au développement............................. 471
5.2. La critique ristique de l¹injustice du développement .............................475
5.3. Les nouvelles logiques du développement ............................................. 480
5.4. Le modèle de développement endogène ................................................ 484
5.5. La structure de régulation....................................................................... 488
5.6. Le décollage de l¹492Afrique noire .............................................................
5.7. Le développement africain par l¹investissement accru ..........................494
5.8. La ferme-école comme ferment du développementéconomique de
l¹Afrique........................................................................................................ 500
5.9. Les bases solides du développementéconomique .................................503
5.10. L¹investissement en travail et plein emploi..........................................505
5.11. Vers une sociétémondiale ...................................................................508
5.12. Conclusion du cinquiè....................................................... 510me chapitre
CHAPITRE 6. LE CO-DEVELOPPEMENT DES NATIONS .........................511
6.0. Introduction............................................................................................511
6.1. Le principe du Co-développement ......................................................... 513
6.2. La pragmatique du Co-développement des nations ...............................521
6.3. La remise en cause des théorieséconomiques particularisantes ............537
6.4. Une opportunitémanquée ...................................................................... 539
6.5. Le Co-développement des nations comme nouvel ordreéconomique et
politique mondial ..........................................................................................541
6.6. Le Co-développement des nations et la paix perpé544tuelle du monde ......
6.7. Du contrat social à la paix perpétuelle ................................................... 549
6.8. La garantie de la paix............................................................................. 554
6.9. La moralisation de la politique...............................................................560
6.10. Conclusion du sixième chapitre ...........................................................561
CONCLUSION DE LA TROISIEME PARTIE................................................ 563
CONCLUSION GENERALE ................................................................................565
BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................579

A la famille Bitende

PREFACE

Une critique philosophique de la mondialisation
Par Jacques Poulain

La performance de M. Bitende dans cet ouvrage tient à ce qu¹il parvient à
redonner un niveau d¹interrogation et d¹argumentation philosophiques
sérieuses à un débat trop souvent enlisé dans des pratiques dejustification et
des considérations morales concernant l¹évolution positive du libéralisme.
L¹argument audacieux et judicieux de la thèse consiste à soutenir que
l¹instauration d¹un régime mondial de justice repose sur une dynamique de
communication et un jugement de véritépartagéconcernant ce que les
hommes ont à faire, concernant les droits qui leur reviennent et ce qu¹ils
méritent d¹obtenir pour pouvoir vivre. Ilélève ainsi le débat philosophique
concernant la justice en rendant la réalisation de l¹idéal de justice tributaire
de ce qui a permis à l¹être vivant humain d¹assurer ses conditions
universelles de vie: du partage du jugement de véritéconcernant
l¹aménagement national et international de l¹exploitation des ressources
matérielles des différents pays, la gouvernance du développement durable
des pays en développement et la redistribution des richesses matérielles et
immatérielles.
La motivation qui lui permet d¹effectuer ce redressement et ce
rehaussement de la problématique de la justice à ce niveau fondamental de
réflexion philosophique et de pertinence historique lui vient de son intérêt de
départ :à sa volontéd¹analyser les conditions de réalisation d¹une mesure
mondiale du co-développement qui doit associer les pays riches et les pays
pauvres, les pays du Nord et les pays du Sud à partir de l¹octroi de la parole
et du jugement à tous ceux qui sont victimes des injustices engendrées par
l¹expansion incontrôlée des systèmes libéraux, néolibéraux ou des Etats
d¹Amérique du Nord aussi bien que des Etats dits«sociaux», des Etats
européens. Le développement de ces pays a toujoursétémotivépar un idéal
de croissance pléonexique et indéfinie aussi a-t-il dûtoujours invoquer des
justifications morales pour exprimer ses bonnes intentions et pouréviter de
juger de la paupérisation et de l¹exclusion endémique qu¹engendrait
aveuglément cet idéal pour se réaliser.
Eugène Bitende souligne à bon droit les insuffisances de l¹anthropodicée
rawlsienne qui se contente de justifier le développement aveugle du
libéralisme et du néolibéralisme lorsqu¹elle affirme, sans preuve, que l¹état
du monde serait pire si le libéralisme n¹existait pas. La critique de
l¹utilitarisme par Rawls reste idéologique dans la mesure oùelle n¹est même
pas capable d¹apercevoir que c¹est cet utilitarisme qui oriente le capitalisme
avancéet mondialisévers une maximisation expérimentale des désirs et une
maximisation de leur satisfaction dans la production technologique des
moyens assurant cette satisfaction. Elle fantasme à sa place une sociétébien

ordonnée qui garantit l¹accès à cettejustice par une distributionégale des
libertés formelles d¹accéder à tous les rôles sociaux alors que cet accès reste
hypothéquépar le troc des libertés de travail et d¹action contre un salaire
arbitrairement fixé. Il critique à juste titre cette apologie du travail et de
l¹injustice comme une idéologie qui impute au seul hasard expérimental la
croissance des inégalités entre salariés et multinationales, entre pays pauvres
et pays riches. Contrairement à ses prétentions, l¹égalitédes chances prônée
par le néolibéralisme ne favorise pas les plus défavorisés, mais au contraire
les plus favorisés. Il laisse donc dans l¹ombre la nature et la quantitédes
biens à distribuer aussi bien que tout rapport aux résultats réels de la
mondialisation capitaliste et demeure dans l¹horizon d¹une conscience
morale anhistorique qui devrait juger, selon ses dires, dans l¹abstraction
d¹une situation originaire, que l¹octroi de ces libertés de base est la condition
de la construction d¹une justice généralisée à travers l¹universalisation des
régimes de libreéchange.
M. Bitende soumet à une critiqueégalement juste et vraie la correction
social-démocrate que son disciple Van Parijs veut apporter à cette théorie en
la moralisant, en accordant à chacun les conditions d¹une libertéréelle grâce
à l¹octroi d¹une allocation universelle qui rendrait toute son efficacitéà
l¹implication réelle de tous les partenaires sociaux dans le développement
économique de la société. Cet effort de redistribution reste abstrait et
demeure tributaire d¹un modèle qui est celui des démocratieséconomiques,
oùla croissance du PIB demeure l¹aune à laquelle doitêtre mesurée tout
progrès humain. Elle a beau renvoyer à la pratique de certains Etats sociaux
européens, elle fait abstraction du fait qu¹elle ne se justifie que dans un
horizon de chômage généralisé, dont l¹occurrence est la preuve de l¹échec de
l¹Etat social. Cette allocation universelle s¹y réduit de plus en plus à une
peau de chagrin, les Etats sociaux européens devant céder la place aux Etats
les plus libéraux et néolibéraux qui soient, balayés qu¹ils sont par les crises
de l¹immobilier comme par les crises bancaires déployées par le
néolibéralisme nord-américain. La volontéeuropéenne et nord-américaine de
moraliser les banques s¹avère ainsi aussi inefficace qu¹injuste et laisse de
côtéles rapports des pays dits riches aux pays dits en développement comme
s¹ils n¹étaient pas àévaluer quant à leur pertinence.
En faisant un inventaire quasi-exhaustif des analyses des développements
dus à la mondialisation, M. Bitende ose en dériver l¹articulation de tous les
arguments qui permettraient une véritable redistribution des riches, en
n¹oubliant pas la distribution des biens intellectuels. Il ne peut y avoir de
codéveloppement universel réel tant que ne s¹établit pas un dialogue objectif
concernant les conditions réelles d¹exploitation des ressources matérielles et
humaines, tant que le contentieux des inégalités historiques n¹est pas
renvoyéà une anamnèse et à une analyse historique des responsabilités des
uns et des autres. M. Bitende«démoralise»ainsi la problématique de
l¹économie réelle du monde en renvoyant sa soi-disant«solution»à la

construction d¹une nouvelle économie qui sache subordonner l¹économie de
la production à la construction d¹une humanité libérée tant de ses entraves
intellectuelles que de ses entraves matérielles. L¹émancipation intellectuelle
y devient àjuste titre la mesure et la condition d¹uneémancipation sociale
soumise à un contrôle permanent de sonévolution.
La nature philosophique de l¹argument ne saurait faire de doute et sa juste
valeur est à mesurer par rapport à la complicitédes théories dites de la
justice et de la«morale»du développement libéral. Il réinsère en effet le
jugement de chacun ainsi que celui des Etats dans le développement
politique du monde en se gardant bien de faire de ce phénomène politique le
couronnement d¹une justice mondiale.

INTRODUCTION GENERALE

La réflexion sur la possibilité d¹une vie meilleure à l¹heure de la
mondialisation passe inéluctablement par la perspective d¹un
Codéveloppement des nations, considéré comme possibilité dejustice entre
nations en vue de la permission de l¹instauration par chaque Etat d¹un
système de développement intégrant chacun des ses membres et son
environnement. Ce livre a pour objet l¹étude du phénomène de
mondialisation dans ses différentes phases, en tant qu¹il soulève des
questions relatives à la justice et qu¹il pose un problème réel en termes
d¹amélioration des conditions de vie des plus pauvres du monde. Dans cette
étude, je me pose la question de savoir si effectivement la mondialisation
contribue à l¹amélioration des conditions de vie des citoyens du monde
comme l¹affirment ceux pour qui elle constitue une aubaine, ou si elle est au
contraire le creuset d¹inégalités, de l¹injustice et de la misère des pays
sousdéveloppés. Cette préoccupation dénote ce que la mondialisation est pour
beaucoup dans l¹évolution actuelle du monde. Je voudrais, en plus, après
l¹examen des théories de la mondialisation, de la justice et du
développement, voir dans quelle mesure la mondialisation peut contribuer à
l¹établissement de la justice dans le monde par la promotion du
Codéveloppement des nations et de tous les hommes de ce monde. Tels qu'ils se
posent, les trois concepts constituant le thème de cette recherche, en
l¹occurrence,«la mondialisation, la justice et le Co-développement»
traduisent la réalitéselon laquelle le concept justice placéau bon milieu,
c'est-à-dire entre la mondialisation et le Co-développement en fait la jonction
dans la mesure oùde la mondialisation il y a nécessitéde passer par la
justice au niveau international pour parvenir au Co-développement de toutes
les nations du monde.
A la suite de Samir Amin pour qui, il est habituel que le monde soit vu du
Nord, je constate«que les chercheurs du Nord se sont donnéle monopole
non seulement desétudes concernant leurs régions propres, mais encore de
celles qui concernent le système mondial pris dans son ensemble, tandis que
les chercheurs du Sud sont cantonnés dans lesétudes qui ne concernent que
1
leurs régions». Ce constat conduit à l¹idée selon laquelle«cette distorsion
n¹est que la projection, dans le domaine de la pensée, de l¹asymétrie qui
2
caractérise le capitalisme mondial», du fait que les«institutions qualifiées
d¹internationales sont en fait des institutions du Nord (la Banque dite
mondiale par exemple est en réalitéune Banque du Nord pour l¹action au
3
Sud)». C¹est en ce sens que j¹entends rompre avec cette convention et
produire une vision différente du monde dont la traduction en acte passe par
la réflexion sur la réalitémondiale constituant une préoccupation tellement
actuelle que, y réfléchir contribue à répondre aux questions que se posent des

1
Samir Amin (dir.) (1993),Mondialisation et accumulation, Paris, L¹Harmattan : 7.
2
Ibidem.
3
Ibidem.

17

pans entiers de la population mondialeaujourd¹hui désespérés. Je voudrais
ainsi exposer le monde non seulement tel qu¹il est vu dans les milieux
sousdéveloppés, mais dans une perspective de la justice au profit de toutes les
nations et de tous les hommes du monde. C¹est dans cette perspective que se
dévoile l¹intérêt de cette réflexion pour les débats théoriques et les
confrontations pratiques dans les pays sous-développés, autant que pour les
relations entre ces pays et les pays en développement.
Le problème de justice ici se pose en termes d¹amélioration du sort des
plus défavorisés d¹une sociétésans abondance. L¹abondance ne concernant
pas que le matériel, sauf harmonie préétablie, la raretépeut régner dans
l¹ordre du pouvoir et la question de la justice se poserait encore dans
n¹importe quelle société, en l¹occurrence, dans la sociétémondiale. Car les
problèmes du pluralisme et de l¹égoïsme s¹y posent,étant donnéque ces
problèmes rongent sans ménagement les sociétés vastes et diverses. De ce
fait, les circonstances de la justice sont en effet celles dans lesquelles nous
vivons, une sociétéd¹inégalitébéante et oùpersiste le renforcement de cette
béance.
L¹objectif poursuivi dans l¹élaboration de ce livre est de trouver les
conditions de possibilitéde la construction d¹une théorie philosophique qui
soit assez pragmatique. Je voudrais, pour parvenir à la réponse à cette
préoccupation,élaborer une théorie qui soit universalisable et qui admette les
théories perfectionnistes comme moment important de cetteélaboration, en
ce sens que la perfection individuelle constitue non la limitation de la liberté
des individus ou la condition de la limitation de la redistribution des
richesses et du revenu dans le régime constitutionnel comme le pense Rawls,
mais une occasion de maximisation de la libertéréelle de tous. A cette
occasion, j¹établirai ainsi, entre autres, un dialogue fructueux entre
perfectionnistes et libéraux.
Ainsi, l¹impact des conséquences tirées par Philippe Van Parijs dans
l¹ouvrage dorénavant classique de John Rawls sur la justice sera confronté
aux exigences de l¹effort de connaissanceéthique et politique qui se
maintient au sein des mouvements de mondialisation, sous un horizon
pragmatique. Les principes de justice explicités par John Rawls sur la base
desquels Philippe Van Parijs avance la perspective d¹une allocation
universelle m¹incitent à opérer une extension de même type et de même
rationalitéafin de formuler la perspective d¹un Co-développement des
nations. L¹intérêt de ce sujet pour les débats théoriques et les confrontations
pratiques dans les pays sous-développés autant que pour les relations entre
ces pays et les pays d¹espaces géographiques distincts n¹est plus à
démontrer,étant donnéque le problème de justice se pose actuellement avec
acuitédans le monde entier et préoccupe au plus haut point différentes
catégories de personnes.

18

En effet, il me semble possible d¹apprécier autrement l¹expression des
pans entiers des populations du monde qui se livrent à des actes peu
recommandables, frisant le terrorisme et créant l¹insécurité généralisée dans
le monde. Si pour une certaine opinion l¹évolution actuelle du monde
concourt à la paupérisation anthropologique, il y a alors plusieurs raisons de
réfléchir sur les conditions de possibilité d¹un rééquilibre et sur les
mécanismes à mettre en «uvre pour permettre un développement
harmonieux de tous les hommes et de toutes les nations du monde afin
d¹éradiquer cette paupérisation. Cela permettrait une paix durable au niveau
international et une sécurisation presque naturelle des individus et de leurs
institutions. Cette approche requiert en contrepoint l¹établissement de la
justice au niveau mondial. Et l¹élaboration d¹une théorie de justice prenant
en compte l¹importance à accorder au Co-développement des nations et qui
s¹occupe du développement intégral de chaque nation et de chaque homme
me semble impérieuse pour permettre aux hommes de remédier à cette
situation de crise.
A ma connaissance, une telle théorie n¹a jamaisété élaborée ou, si elle l¹a
été, à l¹instar de celle de Philippe Van Parijs, elle n¹a jamais tiréles
conséquences liées au Co-développement des nations du monde et au
développement intégral de chaque nation et de chaque citoyen de ce monde.
C¹est pourquoi je m¹engage dans cette nouvelle voie en m¹appuyant sur John
Rawls qui aélaboréune théorie de la justice permettant le rééquilibre au
niveau national, et sur Philippe Van Parijs qui reprend Rawls en essayant de
l¹élargir sur le plan universel. Cet appui me permettra de me démarquer par
la critique des points de vue et de certains aspects de la philosophie de ces
auteurs ne concourant pas à l¹élaboration heureuse de ma théorie et à la
réponse à ma préoccupation se résumant dans une question doublement
exprimée. Comment en effet envisager un Co-développement des nations à
l¹échelle planétaire qui puisse, dans tous les caséviter les empiétements des
nations avancées sur celles non avancéEt quel est le res ?égime politique
capable d¹orienter et de diriger le monde vers le but du Co-développement et
du développement intégral ?
Le principe de différence de John Rawls, contrairement à l¹utilitarisme de
Jeremy Bentham additionnant ou comparant les niveaux de bien-être, veut
s¹assurer que tous les membres d¹une sociétéont les mêmes libertés et les
mêmes chances d¹accès aux avantages socio-économiques, et que ces
avantages socio-économiques sont distribués de manière à ce que ceux qui
en ont le moins en aient plus que n¹en auraient les plus défavorisés dans
1
n¹importe quelle situation possible oùlibertés et chances seraientégales . Il
ne défend pas l¹égalitédes revenus ou du pouvoir mais justifie les inégalités
au profit des plus défavorisés de la société, ce qui est, dans une première

1
Voir Rawls (1971),Théorie de la justice, Trad. Catherine Audard, Paris, Seuil, 1991.

19

approximation, louable. Mais, dans une seconde approximation, il se pose la
question de savoir comment se fera exactement cette distribution. Qui
donnera quoi à qui et en vertu de quoi ? Rawls ne définit pas clairement qui
doit donner à qui et pourquoi il instaure cette inégalité au profit des plus
démunis qu¹il n¹entend pourtant pas affranchir dujoug des nantis.
A regarder de plus près, ce principe justifiant certaines inégalités veut que
les défavorisés reçoivent, non qu¹ils ne gagnent. D¹oùma deuxième
question, celle de la définition des défavorisés. S¹il ne peut s¹agir
uniquement que de handicapés physiques ou mentaux, cela ne posera aucun
problè? Cetteme. Mais est-ce à ceux-là uniquement que Rawls pense
question est à exploiter dans la mesure où, s¹il ne s¹agit pas que des
handicapés physiques ou mentaux, la discrimination mise en exergue par
Rawls ne sauraêtre positive comme l¹on pourrait bien le croire, l¹oxymore
étant lui-même malsain. Recevoir et vivre de la charitédes autres ne permet
ni un Co-développement des membres de la sociéténi le développement
intégral de chacun. D¹oùla nécessitéd¹élaborer une théorie de la justice
tenant compte de ces deux aspects de choses¶le Co-développement et le
développement intégral¶et permettant aux moins avancés de se développer
à l¹instar des plus avancés.
C¹est ainsi que je me propose d¹autres pistes susceptibles de conjurer
cette faiblesse et de participer à l¹édification d¹une théorie de justice qui soit
socialement acceptable et qui intègre toutes les nations, de même tous les
hommes du monde, sans pour autant prôner le«statu quo». Mon approche
est celle considérant la justice comme le fondement de tout développement.
C¹est la raison pour laquelle j¹articule la théorie de justice avec le
Codéveloppement et le développement intégral pour une mondialisation
heureuse. Ce développement doit se réaliser dans une sociétéorganisée
démocratiquement, soutenue par le dialogue transculturel, dans une
pragmatique du consensus et de la compréhension mutuelle des«dissensus»
caractérisant chaque nation et chaque individu. De ce fait, ma position est
celle qui soutient l¹instauration de la justice au niveau international, afin de
permettre aux pays dits sous-développés d¹accéder au développement sans
pour autantêtre empiétés. Pour cette raison, le socle de ma réflexion
demeure le fait que la justice doit constituer le fondement du
Codéveloppement et du développement intégral en vue d¹une mondialisation
harmonieuse et humaine.
Il est question dans cetteélaboration de proposer une théorie qui, à
l¹échelle planétaire, assure l¹intégration de toutes les nations du monde dans
un système homogène et globalisant en vue de l¹éclosion d¹un monde
meilleur et acceptable par tous. Le Co-développement constituant le but de
mon approche est conçu comme un développement mondial oùtoutes les
nationsévoluent simultanément en tenant compte du principe d¹allocation
universelle de Philippe Van Parijs. Cette approche constitue en soi une

20

coopération non biaisée entre nations, où les partenaires évoluent en toute
sincérité en recourant aux critères du dialogue vrai de Jürgen Habermas
inspirés par Gadamer, et sans aucune intention de mater les autres ou de les
empêcher d¹évoluerjusqu¹au niveau le plusélevépossible, suivant les désirs
de chaque membre et de chaque nation appelée à concourir pour son
évolution jusqu¹au niveau le plusélevépossible, suivant le désir de ses
membres. C¹est cette sorte d¹entente entre les hommes, fondée sur leur
égalitéontico-ontologique qui appelle l¹idée de justice. De cette manière, si
une telle empathie conditionne le consensus,«seul l¹amour mutuel apparaît
1
ici comme forme de communication universelle», capable de résoudre ou
de régler les«dissensus»humains.
Dans cette quête sur la mondialisation, la justice et le Co-développement,
je m¹efforce de comprendre la théorie rawlsienne de la justice et de
découvrir les richesses du réal-libertarisme de Philippe Van Parijs pour voir
dans quelle mesure ces deux théories contribuent à la compréhension du
thème de ma recherche. De là, je me propose d¹étudier les possibilités selon
lesquelles cette théorie peut promouvoir un Co-développement des nations et
un développement intégral de chaque nation et de chaque homme. Le
Codéveloppement constitue de ce fait un développement mondial oùtoutes les
nationsévoluent simultanément, les plus loties permettant aux moins loties
les possibilités«identiques»de développement. Cette approche tient
compte de l¹«allocation universelle»de Philippe Van Parijs et intègre le
principe de différence de John Rawls au niveau international, dans ce qu¹ils
ont de positif. Néanmoins, il se décèle les difficultés conflictuelles liées à la
distribution et à la répartition des biens entre grands et petits. De ce fait,
cette conflictualitéest à dépasser par la médiation du débat démocratique,
par le dialogue transculturel et par l¹argumentation pragmatique permettant
de considérer dans un consensus global les«dissensus»individuels des
Etats et des personnes en vue d¹une harmonie vitale.
Cette perspective appelle«ipso facto»la notion de développement
intégral que je définis comme un processus par lequel des mécanismes mis
en«uvre pour cette fin se mobilisent pour permettre le développement de
tout l¹homme¶premier volet du développement intégral¶et de toute la
nation¶deuxième volet du développement intégral. Le développement
intégral de tout l¹homme suppose le développement mental de celui-ci en
tenant compte de ses aspects intellectuel et moral, et le développement
matériel qui implique sa santéet ses avoirséconomiques servant de
soubassement indispensable au développement mental qui, lui, se résume
commeétant le concepteur et le pilote du développement matériel et
économique. Le deuxième aspect du développement intégral tient compte du
développement de chaque nation, du point de vue culturel, social, politique

1
Jacques Poulain (éd.) (1991),Critique de la raison phénoménologique. La transformation
pragmatique, Paris, Cerf : 10.

21

et économique. Ce développement permet de ce fait une auto prise en charge
de chaque homme et de chaque nation qui doit s¹abstenir de vivre aux
dépens des autres ou de recevoir sans pour autant produire, ou encore de
ponctionner chez les autres, dans le but de maintenir l¹équilibre mondial en
contribuant à l¹éclosion d¹un monde convivial.
Ainsi, le développement intégral concourra avec autant d¹efficacité au
Co-développement conçu comme développement mondial harmonieux en
vue de la construction d¹une nation mondiale intégrant tous les hommes
malgré leurs « catégories actuelles », dans une mondialisation humaine. Face
à l¹objection classique adressée à John Rawls, taxant d¹idéaliste sa position
originelle inspirée du kantisme, il s¹avère que le contour de cette difficulté
idéaliste implique l¹évocation d¹une philosophie de la mondialisation qui
tienne compte des pièges actuels de la mondialisationéconomique. Le
passage de l¹idéalisme rawlsien au pragmatisme permet d¹étoffer une
philosophie qui se veut une thérapeutique pour l¹homme vivant concret et
non une idéalisation purement théorique. Il exige l¹élaboration d¹une théorie
de justice qui prenne en compte l¹aspect du Co-développement des nations et
du développement intégral de chaque nation et de chaque homme.
De ce fait, ma thèse est celle selon laquelle il est impossible de concevoir
le développement sans qu¹il y ait la justice à la base. Et si beaucoup de
théories de développement n¹arrivent pas à atteindre leurs buts, c¹est parce
que leurs auteurs ne tiennent pas compte de ce soubassement qu¹est la justice
et construisent desédifices sans fondement qui, logiquement, ne peuvent que
s¹écrouler. Une théorie de développement n¹est faite que pourêtre appliquée
dans un contexte concret. Pour qu¹il arrive à porter ainsi ses fruits, cette
théorie doit avoir comme soubassement l¹idée de justice pour que le
développement soit effectif et qu¹il ne soit en aucune façon polarisé. Car le
développement polariséest foncièrement une situation d¹injustice.
L¹allocation universelle de Philippe Van Parijs peut dans ce contexte
servir de référence. Elle a comme but le bannissement desécarts de
développement ou de bien-être entre les entités vastes et entre les hommes.
De ce fait, elle veutétablir une justice universelle qui accorde à toutes les
entités vastes et à tous les hommes les mêmes possibilités de développement
et d¹émancipation, partant de l¹idée de justice distributive entre individus
d¹une même société. Van Parijs est très proche de ma préoccupation de ce
point de vue. Néanmoins, son allocation universelle pèche par le fait qu¹elle
n¹est pas aussi universelle qu¹il ne croit, lorsqu¹elle ne maximise que le bien
être de la génération présente sans tenir compte de celles à venir, et
lorsqu¹elle ne tient pas compte des autres espèces permettant à cette même
génération de maximiser son bien-être. En plus, comme John Rawls, Van
1
Parijs ne donne des moyens dans sa sociétéqu¹à ceux qui en ont déjà etl¹on

1
Voir Van Parijs, (1991),Qu’est-ce qu’une société juste ? Introduction à la pratique de la
philosophie politique, Paris, Seuil : 255.

22

peut comprendre par la suite l¹objet de ma critique. C¹est ainsi que je
m¹engage dans la recherche des voies et moyens s¹offrant à la réalisation de
la justice au niveau international, afin de permettre aux pays
sousdéveloppés d¹accéder au développement en se donnant les moyens de leur
action sans pour autant subir le poids des contraintes.
Face à la préoccupation envisageant un Co-développement des nations à
l¹échelle planétaire, le principe de différence de John Rawls met en exergue
les considérations distributives. Il n¹y est pas question de défendre l¹égalité
de revenus ou de pouvoir, mais de la justification de certaines inégalités au
profit des plus défavorisés. En ce sens, ce principe n¹est pas aussi juste qu¹on
le croit,étant donnéqu¹il donne à ceux qui ont moins plus que n¹en auraient
les plus défavorisés dans n¹importe quelle autre situation possible oùlibertés
et chances seraientégales. Cela implique que ce principe se complait dans la
misère d¹une certaine catégorie d¹hommes qui ne peuvent pas dépasser le
seuil de leur pauvreté. C¹est à ce sujet que ce principe implique le«statu
quo»car il plaide pour la charitédes riches envers les pauvres et n¹accorde
aucune possibilitéaux pauvres de sortir de leur situation de pauvreté, et
pourquoi pas de devenir plus riches que les riches actuels ou simplement
riches.
La position réal-libertarienne de Philippe Van Parijs se situe entre le
capitalisme et le socialisme. Elle est socialiste par la notion de l¹allocation
universelle faisant du monde une entitéaccordant à tous la libertéréelle de
mener une vie digne. Elle est capitaliste par cette dimension de la liberté
réelle dans ce sens qu¹elle privilégie l¹individualisme et la libre entreprise de
chacun. A lire le conflit opposant ces deux perspectives, je vois mal
l¹avènement de leur conciliation. En plus, se targuant en faveur des plus
défavorisés, Van Parijs ne donne des moyens dans sa sociétéqu¹à ceux qui
1
en ont déjà . Et les implications trop partielles, oubliant la dimension morale
2
dans la distribution des revenus du marchéme font poser des questions sur
les conséquences de l¹aboutissement d¹un tel principe. De ce qui précède,
mon hypothèse s¹articule autour des points suivants :
1°L¹argument de Jacques Poulainévoquant le consensus conditionnépar
l¹empathie existant entre individus dans la mesure oùl¹appropriation
pragmatique des groupes et des individus qui tentent de faire régner le
consensus sur leurs connaissances, leurs actions et leurs désirs repose sur
une sorte d¹«empathie»parapsychologique, sur l¹identification de chacun
au jugement d¹autrui, sur l¹arbitraire par lequel on privilégie ce qu¹on
anticipeêtre le jugement de la communautépar rapport à l¹accord des
individus avec eux-mêmes qui s¹exprime tant dans l¹occurrence même des
pensées et des jugements individuels que dans l¹adhérence aux croyances et

1
VoirIbidem.
2
Voir Bitende (2003),«Le réal-libertarisme«van parijsien». Ses origines et ses limites»,
Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, IV, 187-215 : 207.

23

aux intentions d¹actions ou aux désirs qui en émanent. Cet argument porte en
lui les conditions d¹une mondialisation heureuse dans la mesure où, dans sa
tentative de transformation pragmatique de la phénoménologie, partant du
psychologisme au para-psychologisme, Jacques Poulain se rend compte que
si cette empathie conditionne le consensus ¶ au même titre que l¹empathie
ultime des scientifiques avec le monde conditionne l¹existence même d¹une
science achevée¶seul l, «¹amour mutuel apparaît ici comme forme de
1
communication universelle». Cet amour n¹alloue d¹existence aux
partenaires sociaux qu¹en se définissant comme le mouvement par lequel
chaque objet individuel se voit dotéde l¹être de valeur idéal qui lui est
propre. L¹accord parapsychologique avec autrui qu¹est l¹amour se trouve
dotépar la puissance de la phénoménologie de la capacitéd¹élever l¹être
aiméjusqu¹à sonêtre moral le plus haut. Dans cette sorte de prosopopée
mutuelle morale, les partenaires ne font parler autrui qu¹à leur nom à eux et
ne parlent eux-mêmes que par l¹être aimé. Le problème de l¹intersubjectivité
trouve ainsi sa solution non dans unéchange fantasmatique des perspectives
perceptibles propres aux individus, non dans une identification
parapsychologique, au consensus attendu de tous les membres d¹une
communautéd¹allocutaires virtuellement infinis,maisdans le partage
effectif de ce jugement de véritéavec les interlocuteurs de celui qui
2
l¹affirme . Il est ici mis en exergue le dialogue entre personnes de cultures
différentes, et dont la différence est marquée par le fait de leur présence.
Cette différence a comme vocation la disparition dans l¹amour et dans le
consensus qui doit exister entre ces interlocuteurs qui se verront obligés de
s¹élever mutuellement au plus haut niveau moral dans cette forme de
communication universelle marquée par leur présence en vue d¹une
mondialisation dignement humaine, fondée sur la justice.
2°En plus de l¹argument de Jacques Poulain, le principe de différence de
John Rawls peut, dans un premier temps, constituer un apport avant d¹être
remis en cause. Il a comme visée, de s¹assurer que tous les membres d¹une
sociétéont les mêmes libertés et les mêmes chances d¹accès aux avantages
socio-économiques. Il veut que ces avantages socio-économiques soient
distribués de manière à ce que ceux qui en ont le moins en aient plus que
n¹en auraient les plus défavorisés dans n¹importe quelle situation possible où
libertés et chances seraientégales. Mettant en exergue les considérations
distributives, le principe de différence ne défend pas l¹égalitédes revenus ou
du pouvoir, mais justifie certaines inégalités au profit des plus défavorisés. Il
réunit par ce fait, dans une certaine mesure, les conditions d¹une justice au
niveau international.

1
Jacques Poulain (éd.) (1991),Critique de la raison phénoménologique. La transformation
pragmatique, Paris, Cerf : 10.
2
VoirIbidem: 10-14.

24

3° L¹allocation universelle de Philippe VanParijs peut, de même,
constituer un apport considérable à travers sa perspective recherchant le
bannissement desécarts de développement ou de bien-être entre les hommes
et entre les entités vastes en vue de la justice au niveau international. Elle
veut de ce fait,établir une justice universelle qui accorde à tous les hommes
et à toutes les entités vastes les mêmes possibilités de développement et
d¹émancipation, partant de l¹idée de justice distributive rawlsienne entre
individus d¹une même société.
4°Le manque de reproduction des composantes essentielles du capital
social d¹une sociétépeut favoriser sa disparition. Le capitaléconomique sans
lequel il ne peut y avoir de croissance de la richesse dans le temps, le capital
d¹équitésociale que chaque sociétédoit renouveler (Rome s¹affaiblit, puis
disparut, moins sous les coups de butoir de barbares venus de l¹extérieur
qu¹à la suite de la dislocation de ses relations sociales) et le capital des
ressources naturelles (les sumériens qui avaient bâti une civilisation
incomparable, grâce à la domestication du milieu naturel par l¹irrigation, ne
purent faire face à la salinisation des sols. La civilisation Maya qui prospéra
dans l¹Amérique précolombienne jusqu¹au IXe siècle s¹écroula en raison de
la déforestation et de l¹érosion des pentes qui raréfièrent les ressources
alimentaires. La disparition de la civilisation sumérienne dont la splendeur
s¹était construite sur des innovations retraçant la maîtrise du milieu par
l¹irrigation fut favorisée par la dilapidation de ce capitalécologique
provoquée par la méconnaissance des techniques de drainage qui auraient
1
permis d¹en assurer la pérennité) constituentles composantes d¹une société
viable et pérenne. La prise en compte de l¹aspectécologique et social
implique une vision intergénérationnelle du développement dont la durabilité
exige«la capacitéde répondre aux besoins des générations présentes sans
2
compromettre»ceux des générations futures dont l¹abord nécessite un
allongement de l¹horizon, une génération représentant aujourd¹hui vingt-cinq
ans. Cet allongement modifie ainsi l¹unitéde temps qui passe de l¹année au
quart de siècle, et nécessite l¹appréhension des conséquences de nos actes à
vingt-cinq, cinquante, soixante quinze ansÕ, rompant ainsi le lien à la
préférence pour le présent. Un tel horizon dépasse le champ de
préoccupation des décideurs politiques dont le vote ne dépend pas des
générations futures (qui ne déposent pas pour eux de bulletins de vote dans
les urnes). Car plus il s¹éloigne, plus augmente l¹incertain qui oblige à
3
prendre des décisions dont onévalue difficilement les retombées .
C¹est pourquoi il n¹est pas licite d¹adopter au départ des hypothèses
implicites d¹économie libérale (comme le font les auteurs anglo-saxons qui

1
Voir E. Arnaud, A. Berger, et C. De Perthuis (2005),Le développement durable. Repères
pratiques, Paris, Nathan : 4.
2
Ibidem: 6.
3
VoirIbidem.

25

voient dans la théorie du développement l¹analyse des conditions permettant
de parvenir à une croissance auto-entretenue se définissant par la
multiplication des entrepreneurs-investisseurs, l¹accroissement de la
propension privée à investir et le développement de la concurrence intérieure
et internationale. Ils fixent commeobjectif aux pays sous-développés un
niveau de maturité économique qui leur permette, sans l¹aide d¹une
protection efficiente, d¹accéder à une compétitionéquilibrée avec les nations
en développement, considérant que l¹intégration permet une allocation plus
rationnelle des ressources, leséconomies d¹échelle, le développement de la
1
concurrence et la stimulation de l¹investissement privé) quine tiennent pas
compte desécarts de développement et de puissance entre les pays en
développement et ceux sous-développés pour proposer ainsi à l¹aveuglette
une théorie ayant comme base une situation d¹injustice.
Ma réflexion se limite à l¹étude de la mondialisation dans ses différentes
appréhensions, de la justice se référant à la théorie de John Rawls et à celle
de Philippe Van Parijs recherchant l¹universalisation du réal-libertarisme, et
du Co-développement des nations et de tous les hommes du monde. Par
rapport à la critique de ces deux auteurs, il s¹avère nécessaire de satisfaire à
deux exigences actuelles d¹une théorie de justice à savoir, la redistribution
équitable des richesses entre les hommes et entre les nations au niveau
international et la nécessitéd¹aborder cette question dans une perspective
pragmatique visant le dialogue transculturel, oùl¹homme considère l¹autre
homme d¹un point de vue moral qui lui permet de l¹élever au plus haut
niveau moral de sonêtre.
Ainsi, la réponse à la question«la justice est-elle mondialisable?»
s¹offrira comme balise, l¹analyse et la critique des«uvres d¹auteurs comme
John Rawls, Philippe Van Parijs, Jürgen Habermas, Jacques Poulain,
Vilfredo Pareto, Samir Amin, Philippe Ayalot, Grunwald, Michalet, Yves
Léonard, Philippe Cadène, Jean-Pierre Cling, Elsa Assidon, Carmine
Camerini, Emmanuel Kant, Gilbert Rist et d¹autres, combinées à la réflexion
personnelle afin de trouver des perspectives pour une mondialisation
humaine et pour un développement juste etéquilibrédes nations du monde
et desêtres qui les peuplent. Cette synthèse globale offrira une appréhension
nouvelle des exigences que requiert une théorie de la justice qui se veut
équitable au niveau international. Par rapport aux réalités actuelles
déterminant les rapports entre Etats et par rapport à la nouvelle forme de vie
adoptée par les citoyens du monde, il est possible de réfléchir à l¹avènement
d¹une théorie de la justice acceptable au niveau mondial. L¹analyse
pragmatique de ces«uvres participe du dialogue fructueux avec ces auteurs
en vue de l¹élaboration d¹une théorie de la justice qui combine leur apport à
mon point de vue et aux points de vues actuels, référence faite à Amartya

1
Voir Philippe Aydalot (1971),Essai sur la théorie du développement, Paris, Cujas.

26

Kumar Sen, afin de rendre effective l¹idée dejustice au niveau international
et de Co-développement des nations dans un univers mondialisé.
En plus, l¹impact des conséquences tirées par le professeur Philippe Van
Parijs dans l¹ouvrage dorénavant classique de John Rawls intituléThéorie de
la justice, de même, les implications de ce même ouvrage sur le monde
politique actuel seront, dans ce travail, confrontés aux exigences actuelles de
l¹effort de connaissance sur le planéthique, qui se maintient au sein des
mouvements de mondialisation, sous un horizon pragmatique. Cette
approche pragmatique permet d¹analyser les théories de la mondialisation,
de même celles de la justice, en les affrontant aux théories du développement
afin de proposer l¹idée de Co-développement des nations et de tous les
hommes aboutissant à une théorie de justice qui, à l¹échelle planétaire assure
l¹intégration de toutes les nations dans un système homogène et globalisant
en vue de l¹éclosion d¹un monde meilleur et acceptable par tous. Ce livre
s¹articulera ainsi autour de trois parties dont la première traitera de la
mondialisation en tant que phénomène actuel et processus de long terme
alors que la deuxième partie traitera de la justice en tant que condition d¹une
mondialisation heureuse, et que la troisième partie tablera sur
Codéveloppement des nations et de tous les hommes au niveau mondial pour
cimenter l¹idée selon laquelle la mondialisation heureuse nécessite un
Codéveloppement des nations fondésur la justice.

27

PREMIERE PARTIE : LA MONDIALISATION

INTRODUCTION

La mondialisation est « non seulement un fait de l¹histoire moderne qu¹on
1
ne saurait gommer par un illusoire repli autarcique et culturaliste » , mais
surtout un fait positif, un progrès dans l¹histoire, partageant l¹appréciation
commune des idéologies libérale et socialiste. L¹histoire n¹ayant pas de fin,
la mondialisation est loin d¹être achevée. Son étude constitue ainsi un
impératif catégorique auquel nul ne peut se dérober. C¹est pour cette raison
quej¹en fais une de mes préoccupations philosophiques au point d¹y
consacrer une partie de mon livre. La révolution technétronique qu¹elle
entraîne fait poser des questions sur notre vie et notre devenir et de ce fait,
constitue l¹objet d¹une réflexion philosophique. Dans cette optique, mon
livre se subdivise en trois parties reflétant par ailleurs son intituléen
l¹occurrence, la mondialisation, la justice et le Co-développement. Cette
première partie traitant de la mondialisation aura pour objet de placer le
lecteur dans les méandres de ce phénomène assez protéiforme, pour scruter
ce qu¹il peut avoir de positif en son sein afin de constituer par une sorte
d¹auto restructuration l¹objet de sa propre critique et de sa propre
rectification. Cette mondialisation aujourd¹hui décriée par le monde non
libéral parce que regorgeant d¹injustices incommensurables m¹incite à une
thérapeutique philosophique rectificatrice et m¹impose la nécessitéde la
recherche des moyens y afférents. A travers cette analyse, j¹essayerai de me
donner les moyens de cette rectification qui soient en mesure de permettre
l¹émancipation des défavorisés en vue de faire de cette mondialisation, non
une monopolisation, mais un phénomène profitable à tous.
Cette partie de mon livre traitera de la définition de la mondialisation,
étant donnéla nécessitéde cerner le thème sous toutes ses formes, en vue de
mieux l¹analyser et d¹aboutir à une conclusion positivant les effets
escomptés. Pour ce faire, une approche nouvelle de la mondialisation s¹avère
nécessaire pour lui donner ce visage positif digne d¹une civilisation
mondiale bien comprise et assimilable par tous. De ce fait, la mondialisation
devient nécessaire du fait que la configuration actuelle de notre monde, et
sonévolution dans le temps et l¹espace crée les conditions de son intégration
totale. Si pour James Douglas Thwaites,«connaître la mondialisation de nos
2
jours est plus qu¹un simple intérêt», je considère quant à moi que cette
connaissance est une nécessitédu fait que ce phénomène nous affecte de
plus en plus dans divers aspects de nos vies. Dans cette optique, ce
phénomène pluridimensionnel mérite un réexamen minutieux pour son
appropriation dans toutes ses dimensions afin qu¹il n¹en ait aucune qui
échappe à notre vigilance tous azimuts. Le cycle de l¹après-guerre quiétale

1
Samir Amin (dir.) (2004),Mondialisation et accumulation, Paris, L¹Harmattan : 38.
2
James Douglas Thwaites (dir.) (2004),La mondialisation. Origines, développements et
effets, Québec, Presses de l¹universitéLaval: 5.

31

ce phénomène sous la forme que nous lui reconnaissons de nosjours me
permet de le resituer et de renégocier son tournant en ce XXIe siècle que
nous voudrions un siècle de l¹intégration de l¹humanitéentière au système
mondial et oùnous voudrions voir l¹ensemble de l¹humanitéprofiter de ses
richesses en vue de l¹évitement des guerres et de l¹établissement de la paix
perpétuelle tant rêvée par Kant. La théorie générale de la régulation
capitaliste se voudra, dans cette approche l¹avocat des conditions sociales
des hommes face à la dérégulation capitalistique abandonnant la gestion du
monde au seul jeu du marché, jeu que je trouve par ailleurs dangereux du fait
de l¹orientation néfaste qu¹il a donnée à la mondialisation. D¹oùla nécessité
d¹une nouvelleétape de la mondialisation censée affronter les nouveaux
défis de cette même mondialisation et l¹exigence de la capacitédes acteurs à
définir des politiques adéquates, susceptibles de sortir notre humanitédes
conditions actuelles d¹injustice. Cela requiert, à mon avis, la mobilité
technétronique mondiale et la distribution juste etéquitable des ressources
mondiales.
La mondialisation actuelle produit des effets contrastés. De ce fait elle
mérite une thérapeutique de choc, capable de la remettre sur la voie de la
justice pour qu¹elle arrive à assumer et à respecter les principes de justice
adéquats et justes que je propose pour enfin réaliser un monde oùil fait bon
vivre. A l¹issue de cette première partie de mon livre, interviendra la critique
de la mondialisation en tant que phénomène régentant le monde et en tant
que mode de vie adoptépar nos contemporains, puis enfin interviendra ma
conclusion à ce sujet.
Pour y parvenir, je procéderai, dans un premier temps, par la définition de
la mondialisation, à la suite de certains auteurs ayant traitéde ce sujet, pour
permettre au lecteur un accès facile à ce thème dont on parle tant, mais qui
souvent est mal compris.

32

1
CHAPITRE 1. DEFINITIONS DE LA MONDIALISATION

1.0. Introduction

La mondialisation regorge plusieurs définitions orientées par les
disciplines de ceux qui la définissent selon qu¹ils se placent du côté des
libéraux, des socialistes, des culturalistes ou des géographes. Dans cette
partie de mon ouvrage,je présente la définition de la mondialisation comme
le point de départ du fait de la méthode adoptée ici, consistant dans la
clarification en vue d¹une analyse permettant la compréhension de ce
concept polysémique et«protéiforme»au sujet duquel les locuteurs ne sont
pas toujours d¹accord. Je proposerai ainsi avant de donner ma définition de
la mondialisation, d¹exposer les définitions de ceux qui l¹ontétudiée avant
moi, en l¹occurrence celles des membres du GEMDEV qui, pour moi, ont
fait de la mondialisation un objet d¹études approfondies. La mondialisation
devient ainsi intéressante dans le cadre d¹une réflexion philosophique
d¹abord du fait que la philosophie s¹occupe de la totalitédu réel en tant
qu¹elle préoccupe l¹homme, le Monde constituant l¹un des composants de
cette totalitéen plus de l¹Homme et de Dieu, ensuite du fait que la
mondialisation nous régente tous et nous conditionne, philosophes ou non
philosophes, et devient de ce fait l¹objet de nosétudes à tous. C¹est pour
cette raison que ce thème est l¹unique àêtre abordépar toutes les disciplines,
et lesétudes du GEMDEV à ce sujet en sont une illustration. Enfin, parce
qu¹elle semble prendre un tournant justifiant les injustices tant décriées par
le monde non libéral, la mondialisation devient la cible des philosophes dans
la mesure oùla notion de justice inhérente à l¹éthique et donc à la
philosophie s¹offre en tous lieux et en toutes circonstances d¹apparition de
l¹injustice. Et la mondialisation devient donc en ce sens, bel et bien l¹objet
de la philosophie.
De ce fait, j¹analyserai les définitions existantes à ce sujet et, à la lumière
de cette analyse, je proposerai une définition ayant pour objet de faire entrer
la mondialisation dans le moule philosophique pour lui donner une approche
éthiquement déauteurs ont chacunfendable et profitable à tous. Plusieurs
défini à sa manière et ce, selon ses outils conceptuels la notion de
mondialisation qui pour d¹aucuns ne fait partie d¹aucune discipline
scientifique spécifique à l¹état actuel de la science. Je retiens cetéchantillon
de définitions de la mondialisation des chercheurs français de divers
horizons regroupés dans le GEMDEV, qui ont chacun utiliséles instruments
conceptuels de sa discipline, différente de celle des autres, pour aborder le

1
Pour la définition de la mondialisation, voir Michel Beaud et al. (1999),Mondialisation. Les
mots et les choses, Paris, Karthala : 206-212.

33

concept «ascientifique »de mondialisation. Cela ne veut aucunement dire
que la définition de la mondialisation se limite à celle du GEMDEV, ou que
les chercheurs du GEMDEV ont défini de façon exhaustive le concept de
mondialisation, mais queje m¹appuie sur ces définitions qui sont à ma portée
en vue d¹enétoffer une qui puisse intégrer les préoccupations liées à la
justice au niveau international.
Le GEMDEV est un Groupement d'Intérêt Scientifique pour l'Etude de la
Mondialisation et du Développement, crééen novembre 1983, à l'université
Paris 8, baséà l¹universitéParis 1. Il rassemble principalement des
formations doctorales et deséquipes de recherche des différentes universités
et grandesécoles de la région parisienne (Ile-de-France), mais il compte
aussi dans ses rangs deséquipes associées basées en provinces françaises.
Interuniversitaire et interdisciplinaire, le GEMDEV s'est donnécomme
objectif de créer une synergie entre les formations doctorales, les centres et
équipes de recherche et les autres groupes travaillant sur l'analyse de la
mondialisation, l'étude du monde sous-développé, les conceptions, les
réalités, les institutions et les politiques du développement. En 2008, deux
groupes de travail ontétémis en place, du fait de l¹évolution actuelle de la
science et de la recherche dans la perspective communicationnelle et
développementale, en l¹occurrence, les«Technologies de l¹information et de
la communication (TIC) ainsi que le«développement»et le
«Développement durable». C¹est sur cette base que je considère l¹approche
de Michel Beaud, fondateur et président d¹honneur du GEMDEV, qui est
l¹un des chercheurs ayant investi le champ de la mondialisation, comme
celle qui dévoile le sens cachéde ce concept.

1.1. L®approche de Michel Beaud

L¹économiste Michel Beaud considère que la coexistence de trois
utilisations du mot«mondialisation»nous impose de le définir sous trois
horizons. 1. La mondialisation commeaccession à la dimension mondiale
dans la mesure oùl¹on peut parler, pour le passé, de la mondialisation de la
présence humaine, de l¹agriculture ou de telle ou telle technique sur la Terre
et, pour le présent, de la mondialisation de l¹information, des
télécommunications ou de l¹usage de l¹anglais comme langue charnière de
toutes les langues du monde actuel. 2. La mondialisation comme
multiplication et intensification des interdépendances au niveau mondial
s¹affirmant à l¹ère des capitalismes industriels (bateaux à vapeur, chemins de
fer, télégraphe, etc.) et renforcée depuis les années quatre-vingt dix. 3. La
mondialisation comme mouvement organique englobant, se donnant comme
processus à travers lequel«des réalités déterminantes (productives,
monétaires, financières, dans une perspective purementéconomique et
bancaire, culturelles, environnementales, etc.) se développent de manière

34

organique à l¹échelle de la planète en influant de façon marquante sur
1
l¹ensemble des réalités sociales régionales, nationales et locales» .Pour
Michel Beaud, cette dernière forme de mondialisation est indissociable des
dynamiques du capitalisme moderne et s¹esquisse avec le premier
capitalisme industriel des deux premiers tiers du XXe siècle en prenant toute
sa dimension avec le nouvelâge technoscientifique du capitalisme.
Michel Beaud considère que les «proto-mondialisations »des six
derniers siècles relèvent des deux premières définitions parce qu¹elles
doivent beaucoup aux logiques du pouvoir et de la richesse, mais aussi aux
fascinations de l¹universel (des Dieux, de la Civilisation ou des Lumières).
En plus, elles ontétéportées par le développement deséchanges, largement
impulsépar les générations successives des capitalismes mondiaux. Quant à
la mondialisation en cours, la «mondialisation proprement dite», elle
combine pleinement les trois formes de mondialisation définies ci-dessus.

1.2. Le point de vue du géographe

Pour le géla mondialisationographe français Olivier Dollfus, «
contemporaine se définit à la fois par la mise en place des sociétés
informationnelles, fondées sur le développement des réseaux sans cesse plus
performants, au sein desquels la distance kilométrique nejoue plus ou joue
moins, mais oùinterviennent alors des barrières culturelles, oùla différence
se fait entre ceux qui sont branchés et ceux qui ne le sont pas, oùl¹exclusion
2
accompagne l¹intégration». Il considère que la différence entre sociétés
vieilles et sociétés jeunes¶généralement pauvres¶est un fait majeur qui
commande l¹histoire mondiale dans ces premières décennies du XXIe siècle,
même si ces deux types de sociétés sont marqués par des convergences
démographiques, du fait de la maintenance par les phénomènes d¹inertie des
décalages entre riches et pauvres. Car leséconomies actuelles relèvent des
mêmes règles de fonctionnement dans un monde oùla marchandisation
s¹étend à toute chose et oùl¹unitédu monde révèle sa fonctionnalitédans ses
rapports avec l¹écosystème terrestre constituant un niveau supérieur,
englobant et irréductible aux autres.
Olivier DoIlfus s¹interroge ainsi, face à cette marchandisation absolue de
tout, partant d¹une approche purementéthique et philosophique, sur les
problèmes de la maîtrise du vivant que s¹offre la mondialisation, suscitant en
plus des questionséthiques et philosophiques, un questionnement d¹ordre
économique. Cette double interrogation s¹articule en ces termes : 1.«toutes
ces articulations, sans cesse plus complexes et interactives, mais aussi ces
coupures qui en sont l¹envers, traduisent-elles le passage des sociétés

1
Ibidem: 207.
2
Ibidem: 208.

35

différemment mondialisées vers une société mondiale qui naîtrait d¹un
ensemble de convergences» ?En d¹autres termes, 2. «la mondialisation
actuelle est-elle en termes systémiques, une «catastrophe »,phase de
transition vers un système plus stable par la mise en place des régulations
1
mieux articulées ? »

1.3. La perspective politiste

Carlos Milani intervient dans la définition de la mondialisation en en
stigmatisant le caractère transitoire sur lequel semble s¹attarder Olivier
DoIlfus. Pour lui, «il ya au moins trois changements qui rendent l¹étape
actuelle de la mondialisation différente des périodes passées: la
transformation des structures de la politique de la frontière (la prise en
considération de la frontière comme espace de régulation, la frontière en tant
queterra incognita, qui peut prendre la forme d¹un marché, d¹une société
civile, d¹une chambre législative ou d¹une autoroute de l¹information), le
changement des structures de l¹économie globale, ainsi que l¹évolution du
2
cadre temporel au sein duquel ces changements ont lieu » . Ce docteur en
Socio-économie du développement et professeur des relations
internationales, coordonnant le laboratoire d'Analyse Politique Mondiale
(LABMUNDO), consultant auprès de l'UNESCO pour les questions de
développement durable et de coopération scientifique, et professeur invité
dans plusieurs universités, travaille particulièrement sur les organisations
internationales et le développement international, les politiques publiques
face à la mondialisation, les mouvements altermondialistes et l'écologie
politique. Il considère, paraphrasant Michel Beaud, que le véritable
basculement du monde et du temps que nous expérimentons est le résultat
d¹une interposition de plus en plus importante entre la reproduction du
capitalisme et les reproductions de l¹humanité et de la terre. Selon lui, le
capitalisme ne se referme plus dans les deux dimensions de ses premiers
temps, à savoir, la dimension nationale et la dimension internationale, mais
devient de plus en plus multinational et mondial. Du coup, tous lesjeux
économique, social et politique se construisent aujourd¹hui essentiellement
par référence à l¹international, mieux, au mondial.
Dans l¹appréhension de Carlos Milani, la globalisation n¹est donc pas un
processus linéaire à sens unique. Car tout en renforçant la dynamique de flux
et d¹acteurs transnationaux, elle se laisse nourrir par les stratégies
transnationales de grandes entreprises, de principales ONG mondiales et de
réseaux liés au trafic de drogue. De ce fait, elle constitue un système plus
complexe se fondant sur l¹inter-rétro-alimentation entre des processus en

1
Ibidem.
2
Ibidem: 208-209.

36

construction (les globalisations) et le fléchissement du comportement
d¹acteurs traditionnels (qui développent de nouvelles stratégies) ainsi que
l¹expansion de nouveaux acteurs non-étatiques. Car en effet, les processus de
globalisation provoquent d¹importants changements des conceptions
sousjacentes du fonctionnement du système international depuis le début des
années 80, avec l¹avènement de Ronald Reagan à la Maison-Blanche et de
Margaret Thatcher au sommet du gouvernement de la Grande-Bretagne, et
notamment depuis la fin de la guerre froide, en remettant en cause les
principes de l¹intégritéterritoriale et de la souveraineténationale.

1.4. L®idée des économistes

Pour l¹économiste français Philippe Hugon,«le mot globalisation est un
1
terme anglais assimilésouvent à la mondialisation»qui, pour lui, est un
terme français. Il cite Boyer pour qui«ce terme est protéiforme, désignant la
convergence des marchés mondiaux selon Levitt, la forme de gestion
intégrée des firmes à l¹échelle mondiale selon Ohmae, le processus à travers
lequel les firmes multinationales définissent des règles du jeuéchappant aux
régulations nationales ou encore un processus opérant directement à l¹échelle
2
transnationale». Selon Philippe Hugon, la globalisation désigne le
processus d¹intégration des systèmes productifs, commerciaux, financiers et
informationnels mondiaux. Elle se rapproche mais diffère de la
mondialisation du capital (optique marxiste) par les interconnexions des trois
phases d¹: la phase productive (sphinternationalisation du capitalère
industrielle), la phase marchande (sphère deséchanges) et la phase
financière (sphère financière) ou de la mondialisation des marchés (optique
néoclassique). Il considère que la rupture actuelle dans le fonctionnement du
capitalisme et son changement qualitatif sont dus à l¹instantanéitéde
l¹information, de l¹expansion de l¹économie«servicielle»et virtuelle, de
l¹autonomisation de la sphère financière, de la rapiditéde la
déréglementation et de la libéralisation dont résulte un système complexe
dans lequel s¹affrontent et coopèrent les Etats et les entreprises et oùsont
remis en question les modes anciens de régulation.
L¹économiste François Fourquet admet que considérer la mondialisation
comme un aspect contemporain du processus de formation d¹une société
mondiale donnerait à la réflexion sur la mondialisation unéclairage
supplémentaire. Se référant à l¹expression couplée« économie-société »de
Karl Polanyi, Fourquet estime que la sociétémondiale est mise en péril par
le capitalisme, rouleau compresseur du marchéautorégulateur mondial, dont
le«capitalisme mondialisé »ne serait, dans cette perspective, qu¹un mot

1
Ibidem
2
Ibidem: 209-210.

37

pour désigner les processus précoces «économiques »d¹une société
mondiale en gestation au-delà de la société des nations dont rêvaient «nos
parents»progressistes à l¹époque de Woodrow Wilson et de Maynard
Keynes. En ce sens, le «capitalisme»serait, selon lui, de part en part
politique au sens supérieur du terme. Dès lors, l¹opposition polanienne
marché-société perdrait de sa pertinence au profit d¹une vision d¹un
processus d¹accouchement sans guerres d¹une société mondiale complète
d¹un type nouveau par rapport au modèle national que nous connaissons,
n¹exigeant peut-être pas d¹Etat mondial, mais procédant des compromis
entre les Etats existants sur la base de la lente formation d¹une société civile
1
mondiale relativement conflictuelle .

1.5. Répliques des géographes et des économistes

A ce sujet, le géographe Olivier Vilaça confirme que nous avons des vues
différentes de la mondialisation, ce qui est vrai, à recenser toutes les
définitions précédemmentétablies. Il est aussi vrai qu¹il s¹agit d¹un
processus, et à ce point tout le monde est d¹accord, bien qu¹il y ait des
résistances des auteurs comme Gilbert Rist. Néanmoins pour Olivier Vilaça,
la mondialisation relève avant tout de la systémie, même si elle n¹est pas
qu¹un système, du fait qu¹elle est perçue différemment par les différentes
disciplines. A partir de ces définitions qu¹il considère comme différentes, ce
géographe français estime que la mondialisation est«la diffusion ou
l¹extension d¹un produit, d¹une idée, d¹un aspect d¹un mode de vie
2
particulier, à l¹ensemble de la planète»à travers un phénomène nouveau
que constitue l¹intensitédes flux à l¹échelle mondiale, mais aussi et surtout,
l¹apparition de cetteéchelle mondiale.
Selon lui, contrairement à la mondialisation, la propriétéde la
globalisation est l¹organisation. Une organisation tout à fait nouvelle des
entreprises, ou du moins de certaines entreprises, de certains modes de
production, de la finance, bref de l¹ensemble des agentséconomiques.
L¹organisation du marchéchange par ses acteurs (G7, OMCÕ), par sa
virtualité(monnaie), etc. C¹est ainsi que l¹on parlera de firme globale, de
ville globale, de marchéglobal, qui le sont tous, non par leur extension
planétaire, mais par leur organisation d¹un type tout à fait nouveau, d¹un
type virtuel. Mais la faisabilitéou l¹institution de ces organisations à
l¹échelle mondiale paraît secondaire, le plus vraisemblableétant leur
extension à l¹ensemble de la planète. Et si pour Vilaça la mondialisation
signifie extension d¹un mode de vie national impérial au niveau mondial et

1
Voir François Fourquet, in Michel Beaud et al. (1999),Mondialisation. Les mots et les
choses: 210 se r, Paris Karthalaéférant à Karl Polanyi (1944),La grande transformation,
Paris, Gallimard, 1983.
2
Olivier Vilaça, in Michel Beaud et al. (1999 : 211).

38

que la globalisation veut dire organisation en tout cas de certains modes de
production,je ne vois pas en quoi mondialisation et globalisation sont-elles
différentes, toutesétant finalement une forme de diffusion impérialiste.
Rejoignant finalement mon point de vue, Olivier Vilaça, reconnaît que la
mondialisation du géographe n¹est pas que diffusion, mais qu¹elle est aussi
et surtout de l¹organisation d¹un espace, ou plutôt d¹un méta-espace qu¹est le
Monde en tant qu¹ensemble humaniséen relation ou plutôt en interrelation.
De ce fait, il arrive à la conclusion selon laquelle«la mondialisation du
géographe ne serait que de la globalisation appliquée à la planète terre, et
que toute mondialisation-globalisation se comprendrait par la diffusion,
1
l¹organisation et la globalité ».
Mais cette définition non convaincante est battue en brèche par
l¹économiste français Charles-Albert Michalet pour qui la globalisation est la
configuration actuelle de la mondialisation qui s¹articule en trois phases
selon la chronologie desépoques historiques à savoir, la configuration
internationale, plus longue, depuis le XIXe siècle, modèle de régulation
intergouvernementale dans lequel les acteurs publics avaient un pouvoir
incontesté, la configuration multinationale se situant entre le début des
années 60 et le milieu des années 80 entraînant la collusion Etats-firmes et la
configuration globale, la phase actuelle de la mondialisation, reposant sur les
oligopoles privés multinationaux industriels et financiers. Il s¹agit pour
Michalet de la caractéristique centrale de la configuration actuelle de la
mondialisation, en l¹occurrence la globalisation menaçante et polarisée sur
une poignée de pays.
Ce changement dans la gouvernance de l¹économie mondiale s¹est
accompagnéd¹une accentuation de l¹inégalitéentre les plus riches et les plus
pauvres, créant ainsi un fossésociétal croissant entre les pays en
développement et les pays sous-développés. Les structures de répartition de
revenus des pays qui font partie de la triade (Amérique du Nord, Europe,
Japon) ou du groupe des pays les moins avancés (PMA) sont ainsi affectées
par cette même injustice.«De ce point de vue, la globalisation,
2
configuration actuelle de la mondialisation, est menaçante»parce qu¹elle
n¹est pas planétaire mais polarisée sur une poignée de pays. La création de la
valeur pour les actionnaires ne touche paségalement tout le monde du fait
qu¹elle est confondue à l¹accumulation. La mondialisation devient ainsi
menaçante pour les«sédentaires»ne faisant pas partie de la nouvelleélite,
l¹«establishment des nomades»et les pays sous-développés se voyant
exclus des regroupements spatiaux et des réseaux qui se tissent actuellement.
Alors que Patrick Artus et Marie-Paule Virard considèrent la
globalisation comme une forme de déplacement du mondeéconomique de

1
Ibidem: 212.
2
Charles-Albert Michalet (2004),Qu’est-ce que la mondialisation ? Petit Traitéà l’usage de
ceux qui ne savent pas encore s’il fautêtre pour ou contre, Paris, La Découverte/Poche : 7.

39

1
l¹Europe vers le pacifique , Charles-Albert Michalet trouve que la question
de la mondialisation est mal posée. Elle est plus idéologique, naïve,
apologétique et militante. Les rares réponses qu¹on y apporte sont confuses
et débouchent sur un clivage stérile entre les pour et les contre, étant donné
que la mondialisation reste inéluctable parce qu¹indissociable du
fonctionnement du capitalisme, quelle que soit l¹opinion avancée à son
propos.
Michalet n¹admet pas le fait que la configuration globale puisse se
reproduire longtemps à l¹identique du fait que le principe de gouvernance de
la globalisation, l¹oligopole multinational, manque de principe
autorégulateur. Car il estime que malgré la véhémence du discours en faveur
des mécanismes du marché, ceux qui régissent réellement la globalisation ne
garantissent pas un retour durable à l¹équilibre. De ce fait, ils ne sont que la
métaphore du nouveau pouvoir. En plus, la dimension financière constitue le
maillon faible de la globalisation quand elle perd ses connexions avec
l¹économie réelle. Pour lui, la mondialisation est caractérisée par sa
multidimensionnalité concernant les échanges des biens et services, la
2
mobilité de la production, des biens et services et des capitaux financiers .
Son approche insiste sur les transformations des régimes de régulation de la
mondialisation du fait que les modalités de ce phénomène aussi ancien que
le capitalisme changent au cours du temps. Il traduit cette idée par la
dynamique de la mondialisation construite sur une séquence de
configurations.
Avant d¹entamer cette construction, il renoue avec une problématique
oubliée de l¹économie politique qui a pourtant mobilisé les plus grands
économistes classiques. Cette problématique repose sur le constat selon
lequel «le capitalisme ne peut pas fonctionner dans un seul pays. La
tendance à la mondialisation est nécessaire à sa survie. C¹est donc à la fois la
permanence de la mondialisation et ses transformations qui provoquent,
aujourd¹hui, sa redécouverteétonnée et la répétition d¹affrontements
3
idéologiques anciens». Michalet insiste ici sur la nécessitéde la
mondialisation en tant que facteur du capitalisme par le fait de l¹expansion
intrinsèque à l¹essence de celui-ci. Car pour lui, parler du capitalisme c¹est
évoquer l¹aspect des transactions multinationales qui elles ne peuvent avoir
d¹existence que dans le cadre de la mondialisation. La mondialisation est de
ce fait capitalistique. Par rapport à la définition de la mondialisation,
Michalet considère que«la mondialisation est un phénomèneéconomique
complexe»parce que multidimensionnel,étant donnéque ses différentes
dimensions fonctionnent simultanément dans des relations

1
Voir Patrick Artus et Marie-Paule Virard (2008),On comprend mieux le monde à travers
l’économie, Paris, Editions les Echos.
2
Michalet (2004 : 8).
3
Ibidem: 14.

40

d¹interdépendance. «Complexe parce que la complémentarité n¹exclut pas
qu¹une dimension puisse occuper une position dominante qui va déterminer
un régime de régulation spécifique. Complexe, enfin, parce que la hiérarchie
des dimensions n¹est pas immuable. Ce qui conduit à définir une suite
1
historique de configurations différentes de la mondialisation » .

1.6. Conclusion du premier chapitre

2
La perspective d¹Adam Smithselon laquelle le principe de la division du
travail peutêtre généralisé et dépasser le cadre de l¹organisation du travail
dans les manufactures est celle queje développe en termes de
Codéveloppement et de justice au niveau international. Dans le cadre de la
mondialisation, chaque nation du monde doitêtre considérée comme un
individu membre de la sociétémondiale humaine qui doitêtre traitéen tant
que tel et bénéficier de tous les avantages de la sécuritésociale mondiale. En
tant que telle, chaque nation est appelée à contribuer efficacement à
l¹édification de l¹économie mondiale et de ce fait, à fonder ce même
développement à partir de son propre territoire. Dans cette perspective, pour
permettre le décollageéconomique des nations sous-développées et leur
permettre d¹atteindre l¹apogée de leurépanouissement, il faut revisiter les
relations qui existent actuellement entre Etats. Cela permettrait de
rééquilibrer les rapports entre différents Etats et de combattre la pauvreté
structurelle ou artificielle forgée de toutes pièces qui ronge certains Etats de
la planète. C¹est dans cette perspective et seulement dans cette perspective
que l¹idée d¹Adam Smith peutêtre concrétisée, celle de voir l¹économie de
chaque nation prendre la place de l¹ouvrier dans le partage des tâches pour
aboutir à la spécialisation internationale du travail en vue d¹un
développement durable et aiséde notre monde. C¹est dans cette perspective
que j¹entends définir la mondialisation comme le lieu de rencontre de toutes
les nations en vue d¹un dialogue transculturel visant l¹harmonisation de leurs
points de vues et de leurs relations dans le but de leur Co-développement
sans discrimination aucune. C¹est seulement dans ces conditions que le
3
prolongement d¹Adam Smith par Ricardodémontrant l¹efficacitéde
l¹ouverture deséconomies ou de l¹échange international peut produire la
croissanceéconomique, l¹investissement productif et l¹accumulation du
capital profitables à toutes les nations du monde et à tous les hommes.

1
Ibidem: 18-19.
2
Voir A. Smith (1776),Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations,
Paris, Gallimard, 1976.
3
Voir D. Ricardo (1817),Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Paris,
Flammarion, 1977.

41

CHAPITRE 2. UNE APPROCHE NOUVELLE DE LA
MONDIALISATION

2.0. Introduction

La nouvelle approche de la mondialisation se donne comme but la
rectification par rapport à ses différentes définitions du cours actuel de la
mondialisation. Si pour le géographe français Olivier Dollfus la
mondialisation actuelle se définit par la mise en place des sociétés
informationnelles fondées sur le développement des réseaux sans cesse plus
performants au sein desquels la distance kilométriquejoue moins, mais où
interviennent alors des barrières culturelles, oùla différence se fait entre
ceux qui sont branchés et ceux qui ne le sont pas, et oùl¹exclusion
accompagne l¹intégration, force nous est de nous référer à la philosophie
pragmatique du dialogue transculturel prônée par le professeur Jacques
Poulain considérant avec Hans Jörg Sandkühler et Fathi Triki que«la
réduction de la mondialisation à la globalisationéconomique ne fait pas
1
justice au développement des diverses cultures du monde». Ce
développement ne saurait par ailleurs se réduire en une affaire négociable en
termes purementéconomiques comme le désire le Fonds monétaire
international. Au contraire, le développement culturel exige un véritable
dialogue transculturel qui ne se contente pas de laisser cohabiter les cultures
comme des traditions fermées qui ne désirent s¹affirmer qu¹aux dépens des
autres. Ce dialogue doit pouvoir faire appel aux formes les plusévoluées et
les plus réfléchies des diverses cultures qui constituent le patrimoine
mondial.

2.1. Mondialisation ou monopolisation ?

2
Jacques Poulainestime que la mondialisation est très mal dénommée
parce qu¹elle constitue en réalitéun processus de monopolisation qui
supplante la concurrence néo-darwinienne entre les entreprises. Il insère ce
processus de monopolisation du monde dans le développement du
capitalisme, du libéralisme au néolibéralisme, qui engendre la
mondialisation conçue comme construction d¹un monde et traitement des
solutions à partir d¹une option du monde. Pour lui, la monopolisation d¹un
domaine mondial est une privatisation du monde qui se multiplie selon les
spécialités des multinationales. Cette dynamique est à retracer à partir de la

1
Jacques Poulain, Hans Jörg Sandkühler et Fathi Triki (Ed.) (2006),L’agir philosophique
dans le dialogue transculturel, coll. Perspectives transculturelles, Paris, L¹Harmattan : 4.
2
Voir Jacques Poulain, professeur et Directeur du Département de philosophie de l¹université
Paris 8, lors du séminaire sur la mondialisation et la pragmatique de la transculturalitéaux
doctorants etétudiants de master 2 recherche en 2009 à l¹universitéParis 8 en France.

43

revueDemocracy, revue américaine pour le bien public, lieu de
rassemblement des intellectuels démocrates (1980-1983) qui ont mis en
place le processus actuel de mondialisation. Cette revue a montré comment
le processus de mondialisation s¹est ancré dans le libéralisme. Elle favorise
une démocratie qui impose à toutes les factions de s¹exprimer dans leurs
luttes d¹intérêts, en l¹occurrence, le communautarisme défendant une théorie
de la société pour établir unejustice qui se mesure en fonction d¹un bien
commun effectivement réalisé. Ce mouvement impose au libéralisme de se
juger lui-même, du fait qu¹il prétend travailler pour le monde entier. Et la
théorie communautarienne de Taylor (Montréal) présentée comme théorie
alternative du libéralisme se pose en mesure de l¹incohérence libérale forçant
le libéralisme à voir qu¹il n¹a pas la volontéde faire ce qu¹il dit. Pour
Jacques Poulain, le libéralisme politique n¹a pas pu se soumettre au texte de
1
son fondateur James Madisonpour qui la libertéimplique que personne ne
soit empêchédans son développementéconomique. Cette libertédevraitêtre
au-dessus des lutteséconomiques, capitalistes et politiques, et les entreprises
devraient fonctionner en en faisant une sorte de donnant-donnant offrant
comme lieu de vie sociale la lutte non seulement des intérêts mais aussi des
opinions. Néanmoins, la focalisation de la production nécessaire est liée à la
sécularisation ou à l¹immanence du salut qui accroît la certitude d¹être sauvé
socialement à condition de remettre le bénéfice dans l¹entreprise et donc de
le réinvestir à l¹instar du calviniste ne pouvant jouir du fruit de sa vie. La
2
critique du capitalisme par Max Weberconsiste ici dans la remise en
question de ce mouvement de maximisation des désirs à travers la remise de
tout bénéfice à l¹entreprise, abstraction faite aux désirs des hommes. Pour
Max Weber, la conscience morale animant le capitalisme est une perversion
cognitive qui, dans un mouvement d¹ascèse, réinvestit les bénéfices dans
l¹entreprise sans pour autant les redistribuer. Cela crée l¹accroissement de la
paupérisation par la croissance du PIB pour l¹Etat et du bénéfice pour les
entreprises. Ce processus de croissance absolue viole ainsi la libertéau sens
de Madison et accroît la paupérisation de la population. Ce mouvement de
compensation et de sublimation politique de cetéchec interne des Etats-Unis
est ainsi à la base de la mondialisation actuelle traduite comme l¹expansion
dans tous les lieux du monde du capitalisme américain.
Dans cette optique, l¹Etatétant débordépar les lobbies constituant le lieu
de passage de toutes les politiques, doit en même temps se mettre à leur
service et démontrer de ce fait la sublimation du capitalisme dans d¹autres
pays pour montrer que puisqu¹on est maître du monde, on est maître de soi.

1
Voir James Madison,«La théorie et la pratique du gouvernement républicain»,Book
Revue, Quartely Studies présidentiel. Quatrième président des Etats-Unis, successeur de
Thomas Jefferson et père de la constitution américaine.
2
Voir Max Weber (1904-1905),L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, trad. J.-P.
Grossein, Paris, Gallimard, 2003.

44

C¹est ainsi que le Bismarck américain, Henry Kissinger, a créé des crises au
Chili et partout en Amérique latine pour relancer des dictatures. Dans les
années 60, l¹idée était de convertir. Pourêtre sûr qu¹il n¹ya pas d¹échec
interne, on redistribue au nom de l¹Etat américain. L¹Etat s¹est fait Etat
providence en inventant des droits économiques (le droit à la formation, à la
sécurité sociale, au logement, à la retraite) pour compenser l¹apparence de
justice.
L¹invention de l¹Etat néolibéral dès le début des années 80 est due à la
crise de la production pétrolière des années 70 qui n¹arrivait pas à tout faire
payer. La crise pétrolière est une sorte de négociation du paiement d¹une
dette par une grande puissance, à travers l¹exploitation, par la realpolitik, des
pauvres qui ne l¹ont pourtant pas contractée. C¹est à la suite de la
constatation de telles dérives que Kant pose l¹évitement d¹un gouvernement
du monde liéà un Etat-nation, et oppose la promotion d¹une action concertée
de toutes les nations du monde dans le gouvernement mondial. Pour Jacques
Poulain, la mondialisation signifie la délocalisation. Elle signifie la
possibilitéde maximiser des richesses sans en bénéficier soi-même. Le piège
de la globalisation dans la programmation du monde des années 2010 à 2020
est que depuis 1995, les multinationales informatiques dégraissent leurs
entreprises de leurs personnels. Le succès complet du libéralisme n¹est pas
qu¹il y ait 20% qui travaillent et 80% qui traitent de la culture, mais qu¹il n¹y
ait plus personne qui travaille. De la paupérisation, on passe à l¹exclusion.
Le processus de globalisation supplante le néolibéralisme s¹écroulant,
produisant des pauvres sans conditions minimales pour pouvoir ne fut-ce que
voter. La libertéde participer à la vie politiqueétait de ce fait balayée, le
néolibéralisme, l¹Etat minimal ne donnant pas le minimum de libertépour
réaliser les droits absolus. Pour Jacques Poulain, le libéralisme est une
politique des intérêts, contraire à la politique tout court, parce qu¹empêchant
l¹Etat de corriger ses dérives. La sociéténord-américaine avec la constitution
qu¹elle s¹est donnée absolutise le consensus dans le libéralisme et fait naître
de façon consubstantielle au développement l¹idée pragmatique de l¹homme.
1
Ainsi, pour Charles Sanders Peirce , avant d¹être perception, l¹homme est
langage. Le rapport de construction du monde est liéà la possibilitéde
concevoir le rapport au monde comme un dialogue. Avant d¹être pensée,
l¹hypothèse a jailli d¹un choc avec le monde et l¹héliocentrisme oblige de
sortir de la géométrie pour entrer en physique. C¹est cela le dialogue avec le
monde. En pragmatique, la véritédes concepts utilisés se traduit par des
différences de comportement. C¹est le fondement même de la possibilité
créative d¹inventer l¹expérimentation des désirs, l¹expérimentation d¹autrui
dans la parole quotidienne, l¹expérimentation du monde social à travers le
consensus. Dans l¹expérimentation du monde, on a affaire à une instance qui

1
Voir C. S. Peirce (1931-1935),Collected Papers, Cambridge, Harvard University Press.

45

n¹a pas affaire avec l¹expérimentateur. Tout ce qui fonctionne bien vaêtre le
pragmatisme, une sorte de morale expérimentatrice. Le libéralisme apparaît
ici comme une expérimentation émancipatrice: lieu dujugement du
consensus, une sorte de développement des valeurs qui arrive au niveau où
l¹on repasse au consensus toutes les vérités constituant le fond de la
démocratie moderne. La mentalitélibérale développe un concept de
l¹homme analogue à celui qui se développe par le consensus avec la société,
la parole avec autrui et l¹accord avec soi-même.
Profondément, la pragmatique découvre que dans la fixation du langage,
il peut y avoir la fixation de la croyance. La transmission des désirs (faire
désirer des choses) implique qu¹on se fasse comprendre dans ces désirs et
qu¹autrui désire ces désirs. Cela paraîtêtre unélément transcendant la
volontéde produire. L¹homme qui se découvre commeêtre expérimental se
découvre de ce fait commeêtre démocratique de production d¹accords,
déclenchant ainsi l¹événement d¹acceptation, reflexe des croyances, des
désirs, des devoirs, des réalisations, d¹intentions d¹agir ou d¹agir. La liberté
ici est mesurée par la nature interne de l¹homme comme la nature extérieure
1
mesure la libertédu scientifique .
Dans les années 70, tant que la mondialisation faisait vivre une sorte de
multiculturalisme par la tolérance de toutes sortes de cultures, elle exigeait
de ne pas toucher à la culture du libéralisme lui-même et ainsi permettait une
vie culturellement paisible. Les culturesétaient respectées comme des
personnes à condition qu¹elles n¹interviennent pas dans la déstabilisation du
capitalismeéconomique. C¹est cela le consensus par recoupement de John
Rawls au niveau politique. Le capitalisme donne à la culture une fonction
subordonnée, alors que la culture est le lieu oùchacun retrouve son identité
et s¹identifie comme tel. De ce fait, les cultures religieuses renaissent comme
politiques religieuses pour contrer la politique capitaliste. Cela se produit
comme une guerre du vrai s¹opposant à la guerre des civilisations de
Huntington, n¹ayant comme possibilitéd¹auto-expérimentation que
l¹expérimentation de leur propagation au niveau le plus large possible. Les
cultures miment ainsi les mouvements de volontéhégémonique du
capitalisme, posant une autre limite interne à l¹expérimentation capitaliste. Il
y a ainsi le consensus qui fait parler l¹homme comme reflexe de croyances,
reflexe de désirs et reflexe d¹intentions d¹agir comme dans l¹animisme
pragmatique de la science oùle scientifique fait parler le monde à sa place.
C¹est la chromodynamique quantique (l¹interaction forte). L¹homme
pragmatique, s¹il ne fait parler que le monde, se pose comme l¹enfant
autistique qui refuse de parler. Le rejet de la parole reproduit l¹agnosie
comme perception indifférenciée de l¹espace qui ne peutêtre liéau
développement de l¹homme qui doit s¹articuler à cette connaissance. Comme

1
Voir Jacques Poulain (2009), Séminaire.

46

le scientifique, l¹homme pragmatique fait parler la nature interne. Le
consensus ici est ventriloque. Il fait parler les désirs, les croyances et les
intentions d¹agir sans avoir à réfléchir. Il est donc un consensus aveugle. Le
capitalisme fait découvrir que l¹homme a besoin de la parole. L¹homme est
un avorton chronique qui a besoin du langage pour pouvoir voir les choses,
parce qu¹il n¹a pas les instincts extra-espèces. Il est né un an trop tôt selon
Humboldt, naturaliste, géographe et explorateur allemand, à comparer son
f«tus à celui du cheval et d¹autres animaux. L¹homme fait parler le monde
sous l¹aspect du sacré-souverain en le dédivinisant à travers le monothéisme,
et se découvre parole par Dieu interposé.
Le totémisme ici est perçu comme le lieu d¹articulation de l¹action par la
parole à la fois à la perception et au savoir au sein du monde. La vie mentale
est ici créée par l¹identification de l¹homme comme celui qui écoute. C¹est
cette force d¹orientation du langage qui se perd au profit de l¹action. C¹est un
dialogue avec soi qui dépend de cette fixation de l¹homme à la parole pour
pouvoir se découvrir. Le langage c¹est ce qui nous gratifie en nous orientant
par l¹action au monde pour le transformer. La désharmonisation capitaliste
par réaction produit un consensus aussi aveugle que le consensus qui la
meut. Toutes les théories du consensus, seules habilitées à expérimenter la
culture et la vie font partie de la dynamique libérale, la dynamique
capitaliste. C¹est ainsi que Fukuyama voit le monde se produire comme un
marché universel qui est là pour le bonheur de tous. La dérégulation de
l¹économie y opère comme la spéculation par rapport au processus qui la
porte, en l¹occurrence, la multinationalisation et la monopolisation du
monde. Elle est ainsi conçue comme la programmation de l¹humanitaire à
travers une organisation portant en son sein 20% des travailleurs et 80% des
chômeurs. Les rapports de production passent par la transformation du
monde, et la spécialisation mondiale devient la recherche du salut social
aussi bien que la promotion du capitalisme. Mais lejeu de la demande et de
l¹offre de la valeur n¹a qu¹une seule fonction, obtenir plus à partir de moins.
«Le travail, l¹esclavage c¹est terminé. On remplace l¹homme par la machine
et on le nourrit aux mamelons de la culture. Le processus ici est basésur la
même méthode de maximisation du profit avec les mêmes méthodes
1
perverses d¹ascèse du capitalisme». Mais comment s¹insérer dans ce
processus lorsqu¹on voit que la guerre des cultures empêche tout dialogue et
toute insertion ? Il faut ménager un dialogue entre les cultures. D¹oùla
nécessitéd¹une mondialisation culturelle.

1
Ibidem.

47

2.2. La mondialisation culturelle

Le dialogue culturel est d¹ores et déjà l¹objet d¹étude des intellectuels. La
culture c¹est la possibilitéde faire reconnaître un jugement sur les conditions
d¹existence et le niveau de l¹invention des conditions de vie. La guerre des
cultures oblige chacun à utiliser toutes les connaissances qu¹il a pour
stabiliser sa vie et nous fait découvrir que la raison pratique n¹a jamaisété
raison, mais simplement une appropriation des religions et de la morale. De
ce fait, la culture se réduit à cetétat d¹ordre pragmatique de dressage des
civilisations. En se découvrantêtre d¹expérimentation, l¹homme découvre la
morale, le droit et la religion, et ainsi se voit obligéde changer de modèle. Il
devient chez Platon cet esprit ennemi du corps qui devait, selon le temps
moderne, utiliser son esprit pour juguler le mal, le corps qui est en lui.
L¹échec interne de la mondialisation capitaliste faitéclater la folie de
l¹individu qui se voit dotéd¹une seule arme, en l¹occurrence, se transformer
soi-même dans sa véritépar le jugement. Et la raison pratique ne considère
cette transformation comme valide que si elle s¹applique à cet exercice du
jugement. De ce fait, le consensus juge l¹image de l¹homme sur laquelle il
s¹appuie en se jugeant lui-même, alors que le jugement d¹objectivitéproduit
ainsi une révolution copernicienne sur le mode d¹être de celui-ci. La
mondialisation culturelle se pose ainsi comme une révolution copernicienne
face à la mondialisationéconomique prédatrice et paupérisante.
Elle se donne comme premier objectif la transformation dans les cultures
oùle modèle de l¹homme comme esprit privédoit mater le désir. La fonction
du jugement dans la sociétése matérialise en s¹appuyant sur ce qui, jusque
là, n¹aétéqu¹un lieu d¹application des connaissances sur soi, en
l¹occurrence, l¹université. La situation de l¹universitésubit une mutation. La
guerre des cultures estévidente. La vie n¹est pas un contrat, mais l¹homme
1
est liéà la production de cette idolâtrie d¹un consensus aveugle . L¹homme,
comme avorton chronique, a eu besoin du langage pour construire son
environnement en posant son jugement au niveau de son analyse
anthropologique. La mondialisation culturelle est ainsi pour Jacques Poulain
le lieu oùl¹universitéen tant que dépositaire du jugement critique dont
chacun a besoin pour vivre aujourd¹hui s¹insère dans le dialogue
transculturel. Lieu de description critique, l¹universitélie les jugements
philosophiques que chacun porte sur tous ses faits et sur toutes ses paroles.
De la même façon, chacun est nécessairement philosophe parce que chaque
fois, il doit voir si sa pensée est nécessairement vraie ou nécessairement
fausse. Jacques Poulain sort ainsi du modèle républicain et du modèle
démocratique libéral d¹Apel et d¹Habermas parce que pour lui le modèle
politique ne peut plus servir autant qu¹ilétait absolutisé. La seule liberté

1
VoirIbidem.

48

qu¹on puisse avoir démocratiquement c¹est de faire partager ce modèle de
façon démocratique. Il considère que nous n¹avons plus besoin de régimes,
et que nous avons plutôt besoin du dialogue transculturel qui se pose sur le
modèle de l¹université caribéenne ou de l¹université européenne constituant
des lieux de rencontre et de transversalité culturelles. L¹hégémonie, la
privatisation du monde et la monopolisation sont ainsi relégués au rang de
pis-aller.
Pour Jacques Poulain, le dialogue transculturel se déploie dans l¹espace
des guerres des cultures pour les surmonter. La guerre des cultures intervient
dans la mesure où la mondialisation s¹impose dans l¹espace où les
Etatsnations voient leur intervention limitée. Elle succède ainsi au
multiculturalisme défini comme respect légal, moral et éthique de la liberté
de vivre sa culture. Si à la guerre des cultures s¹oppose, par la
mondialisation, la coexistence régentée par la seule culture qui est la culture
économique, le multiculturalisme devient la manifestation du libéralisme. La
monopolisation devient ainsi l¹engrenage des négociations secrètes pour
l¹achat des entreprises qui puissent s¹imposer au monde. Les bénéfices étant
réinvestis, on augmente la puissance du monopole, et la guerre des cultures
se produit comme une façon d¹organiser un dialogue culturel qui n¹en est pas
un et déculturalise toutes les cultures soumises à la culture économique et
commerciale. La déculturation des culturalismes culmine ainsi dans des
politiques fondamentalistes recourant aux religions. De ce fait, l¹affirmation
du pouvoir politique aux Etats-Unis dans des années 1990 devient une
nécessité. A partir du moment où le libéralisme amène les hommes dans
l¹impasse, les Etats-Unis réintègrent l¹UNESCO (en 1998) et engagent une
ordalie technologique à travers les guerres du golfe, faisait passer les
relations entre les Etats-Unis et l¹Irak au feu des armes. Le libéralisme est de
ce fait condamné par le Pape Benoît XVI comme une aberration morale.
La crise des subprimes montre l¹impuissance de l¹Etat face à
l¹économique et de ce fait, l¹échec de l¹Etat. Face à cette crise, l¹Etat veut
réinstaurer par la politique une sorte de régulation du libéralisme et de ce
fait, restaurer sa propre autorité face à l¹économique. Le dialogue des
cultures est ainsi forcé. Les morales des cultures sont elles mêmes en guerre.
Car le dialogue des cultures nous impose de considérer les cultures comme
des personnes morales. De ce fait, lajustice est mesurée par la capacité
politique de faire valoir la proportionnalitédes droits et des biens, des
rapports sociaux et des devoirs entre les hommes qui sont pour Platon, des
ensembles de désirs à l¹instar du polythéisme oùchaque dieu est un désir. De
ce fait, l¹homme est dans un chaos de tous les dieux, alors que pour Max
Weber, le capitalisme c¹est le polythéisme des valeurs. La théorie d¹Aristote
incarne cette théorie de la justice abstraite de Platon dans la politique, en
l¹occurrence, la justice politique. Le dialogue transculturel est bien plus
qu¹un dialogue interculturel. Il produit un monde au sein duquel les cultures

49

communiquent, alors que le dialogue interculturel est celui de l¹entente, de
l¹écoute, de la charité vis-à-vis des autres cultures. Le dialogue transculturel
c¹est le dialogue communautaire comme le dialogue universitaire qui aboutit
à la philosophie pragmatique du dialogue transculturel, pensant ainsi le
monde comme un ensemble à la fois homogène et diversifié.

2.3. La philosophie pragmatique du dialogue transculturel

Jacques Poulain, Hans Jörg Sandkühler et Fathi Triki considèrent que « la
réduction de la mondialisation à la globalisation économique ne fait pas
1
justice au développement des diverses cultures du monde». Ce
développement ne saurait par ailleurs se réduire à ce que désire en faire le
Fonds monétaire international en l¹occurrence,«une affaire négociable en
termes purementéconomiques». Pour eux, au contraire, le développement
culturel exige un véritable dialogue interculturel qui ne se contente pas de
laisser cohabiter les cultures comme des traditions fermées, qui ne désirent
s¹affirmer qu¹aux dépens des autres. Ce dialogue doit pouvoir faire appel
aux formes les plusévoluées et les plus réfléchies des diverses cultures qui
constituent le patrimoine mondial.
Adjectif combinant le préfixe latin«trans»et la notion de culture, la
transculturalitéprovenant du concept de transculturaciónélaborépar
l'anthropologue et ethnologue cubain Fernando Ortiz Fernández, désigne des
contacts entre plusieurs cultures. Contrairement à l¹interculturel et au
multiculturel décrivant des phénomènes issus du contact entre plusieurs
systèmes culturels relativement autonomes, le transculturel ou la
transculturalités'applique à des identités culturelles plurielles, qui remettent
en question la représentation de cette autonomie. Comme le suggère le
préfixe«trans», l'approche transculturelle se situe au-delà des cultures. Elle
permet d'accéder à un«métaniveau», propice à une plus-value
interculturelle. Elle traverse les cultures et recherche selon Jacques Poulain,
Hans Jörg Sandkühler et Fathi Triki, ce qu¹il ya de véritablement universel
en leur sein, pour mettre en lumière ce qui en elles, résiste à la critique
mutuelle qu¹elles se font les unes les autres afin de valider ce que produit
l¹expérimentation mutuelle inédite se propageant ainsi. L¹universalité
effective que se forgent ainsi différentes cultures construit unêtre humain
capable d¹intégrer en lui leurs multiples richesses en laissant advenir à la
parole l¹autocritique transculturelle par laquelle advient à l¹existence le
2
monde commun auquel elles aspirent . Le transculturel est ainsi relatif à la
communication entre des cultures différentes, mieux, à la transversalitéde

1
Jacques Poulain, Hans Jörg Sandkühler et Fathi Triki (Ed.) (2006),L’agir philosophique
dans le dialogue transculturel, coll. Perspectives transculturelles, Paris, L¹Harmattan : 4.
2
VoirIbidem: 4.

50

ces cultures,soient-elleséconomistes (libérales), culturalistes, socialistes ou
communautaires, puisqu¹elles existent.
La philosophie du dialogue transculturel prônée par Jacques Poulain est
une philosophie du vivre ensemble dans le monde oùles cultures se
traversent mutuellement, sans se renfermer dans un carcan d¹autonomie.
C¹est une pensée théorique ouverte sur le savoir fourni par d¹autres
disciplines, permettant une mise en question des visions du monde pour
mieux maîtriser notre monde. Elle fait l¹examen attentif des modes de
culture, introduit un nouvel universalisme prenant au sérieux les différences
et les diversités, participant à l¹édification d¹une identitéplurielle, ouverte à
1
l¹homme contemporain .
Le philosophe de la transculturalité, le professeur Jacques Poulain, dans
son«expérimentation philosophique des mondialisations»réévalue les
rapports du savoir et du pouvoir. Evoquant la globalisationéconomique, les
mondialisations culturelles et l¹expérimentation philosophique, il considère
que la mondialisationéconomique semble non seulement s¹imposer dans les
faits comme«globalisation», imposant la loi du marchéainsi que sa
dérégulation à la vie sociale de tous les pays, mais qu¹elle sembleégalement
faire la loi aux diverses mondialisations qui l¹accompagnent ou la
constituent, en l¹occurrence, la mondialisation du libéralisme politique, la
mondialisation des cultures occidentales, orientales, religieuses ou
sécularisées, la mondialisation des systèmes d¹ONG de solidaritéet de
protection, la mondialisation des arts, des sciences et des techniques.
Aussi a-t-elle beau produire le système de paupérisation et d¹exclusion le
plus efficace qu¹on puisse penser, la mondialisation semble faire surgir par
contraste un monde culturel dont elle dicteé:galement la loi de formation
elle faitjaillir une opinion publique internationale inédite, nourrie par un
processus universaliséd¹échanges, oùla délocalisation culturelle de tous à
l¹égard des Etats provoque des processus associatifs de créativitéet
d'émancipation critique. L¹indépendance conquise à l¹égard des
Etatsnations par les mondialisations culturelles qui se proposent en antidotes à la
globalisation offrirait ainsi pour la première fois une source d¹émancipation
intellectuelle et critique inédite.«Là oùcroît le danger, croît aussi le salut»
semble-t-il.«La diversitéculturelle semble ainsi s¹instaurer comme espace
spécifique sur la base d¹un«non»critiqueémis à l¹égard des effets de
2
l¹injustice sociale de la globalisation». Tablant sur la genèse néolibérale du
monde interculturel et de la déconstruction du monde politique moderne,
Jacques Poulain constate l¹échec de l¹Etat libéral et la perte progressive des
droits civiques attribués aux partenaires sociaux entraînant ainsi le refuge
des peuples et des individus dans des communautés culturelles qu¹ils
finissent par sacraliser à nouveaux frais.

1
VoirIbidem: 9.
2
Ibidem: 198.

51

2.4. Conclusion du deuxième chapitre

Lamondialisation culturelle engendrée par la globalisation néolibérale,
dans son rejet de l¹injustice néolibérale, suite à l¹échec des Etats-Unis, a
suscitéla construction d¹une alternative européenne à la fois politique et
intellectuelle basée sur le retour à l¹Etat social prônépar J. Delors, D.
Strauss Kahn, M. Rocard et J. Habermas,«assez fort pour régler comme
instance critique de sa propre dynamique, l¹expérimentation totale libérale
dans laquelle il se trouve engagéen s¹appuyant sur un dialogue avec ses
opinions publiques à travers ses organes délibératifs, exécutifs et
1
judiciaires». Baptisée par Jürgen Habermas, cette«démocratie
délibérative», fait valoir l¹idée républicaine de la démocratie comme
alternative«basée non pas sur la liberténégative de tous à l¹égard de tous,
mais sur une libertépositive reconnue en droit à tous d¹assumer par
consensus législatif les lois garantissant une redistribution juste des droits,
des devoirs et des biens, et de juger des résultats de justice sociale obtenus
2
par là». Cette démocratie délibérative prête ainsi à l¹Etat fédéral ou national
«la compétence politique de représenter en acte cette communauté
d¹allocutaires virtuellement illimitée à laquelle chacun s¹identifie comme
sujetéthique et politique qui doit juger au nom de tous de ce qu¹il a à dire, à
3
connaître et à faire». Et la perspectiveéconomique exacerbée par la
globalisation néolibérale devient ainsi la cible de la critique philosophique.

1
Ibidem: 201.
2
Ibidem: 202.
3
Ibidem.

52

CHAPITRE 3. LA MONDIALISATION ECONOMIQUE

3.0. Introduction

De lamondialisation culturelle, l¹accès à la mondialisationéconomique
se révèle balisédu fait de la réappropriation culturelle de cet outil
d¹intégration qu¹est la mondialisation, et dont la multidimensionnalités¹offre
à l¹appréhension conceptuelle du philosophe. Cette appréhension permet la
pénétration de la penséeéconomique dans une perspective pluridisciplinaire
permettant une plongée dans la sphèreéconomique pour en découvrir les
mailles et en corriger les failles.

3.1. La multidimensionnalité du phénomène de mondialisation

Dans une perspectiveéconomique, la mondialisation englobe à la fois la
dimension deséchanges des biens et services, la dimension des
investissements directs à l¹étranger et la dimension de la circulation des
capitaux financiers. Cette proposition fonde l¹approche de Michalet qui
aborde la mondialisation dans sa dimension purementéconomique et
libérale. Pour lui, la dimension deséchanges est celle des flux d¹exportations
et d¹importations entre les pays, enregistrés dans les transactions courantes
des balances de paiements. La dimension productive, elle, repose sur les
investissements directs à l¹étranger (IDE) se traduisant par l¹acquisition
d¹une partie du capital social d¹une entreprise locale (nouvelle ou existante)
qui permet à l¹investisseur d¹avoir un pouvoir de contrôle sur la gestion de
cette dernière. Ces investissements sont effectués par les firmes et sont les
vecteurs de l¹expansion multinationale de leurs activités entraînant la
mobilitédes activités de production des biens et des services ou mieux, la
délocalisation de la production. Les IDE sont enregistrés dans la balance des
capitaux, à côtédes mouvements de capitaux longs correspondant à des
investissements financiers. La mobilitédes capitaux financiers constitue la
troisième dimension de la mondialisation. Il s¹agit des investissements
financiers correspondant à des placements effectués par des institutions
financières bancaires ou non bancaires ou par des particuliers, dans des
sociétés cotées en bourse. Leur finalitéest la rentabilitéet non la gestion
directe des sociétés dans lesquelles sont prises des participations, bien que
les gros investisseurs institutionnels puissent influencer indirectement la
gestion des groupes. Ils sont volatils, leurs déplacements obéissant aux
variations anticipées des rendements sur les différentes places boursières. Et
c¹est«cette interdépendance multidimensionnelle qui permet de comprendre

53

l¹originalitéde l¹intégration
1
l¹économie mondiale».

actuelle

des

économies

nationales

3.2. L®interdépendance des trois dimensions de la mondialisation

dans

Michalet estime que dans la mesure oùla multidimensionnaliténe doit
pasêtre comprise comme une simple addition des sphères différentes de
l¹activité économique¶leséchanges de biens+les mouvements de
capitaux+les flux d¹investissements directs¶, les formes de la
mondialisation ne doivent pas non plusêtre considérées comme substituables
les unes aux autres, tel que le fait Mundell, qui a démontréformellement
qu¹en posant la mobilitédes capitaux on aboutissait à l¹immobilitédes biens
et à la disparition du commerce. Cela revenait à montrer que les mouvements
des biens et ceux des capitauxétaient substituables, ce que récuse Michalet
qui admet par ailleurs dans la mondialisation l¹interférence des différentes
activités les unes sur les autres. Il considère que la capacitéà organiser et à
renforcer les synergies entre les différentes dimensions est une composante
importante de la compétitivitédes firmes et des Etats, dans la gestion des
firmes ou dans la politiqueéconomique. Il estime que le fait de la
susceptibilitéde l¹une ou l¹autre des trois dimensions de la mondialisation à
être considérée comme point de départ permet de comprendre lejeu des
complémentarités qu¹elles entretiennent. Il illustre son point de vue par
l¹effet d¹entraînement de la croissance des exportations sur les flux
d¹investissements directs et sur les mouvements de capitaux. De même, pour
lui, l¹implantation vaêtre à l¹origine des flux commerciaux par l¹importation
ou la modernisation des unités de production, alors que l¹entrée des capitaux
étrangers favorise le développement des marchés financiersémergents, et
finance la croissance de l¹économie locale. Cela se traduira à son tour par
une meilleure compétitivité, par plus d¹exportations et par plus d¹entrées de
2
capitaux .
Le point de vue de Michalet est que la problématique de
l¹interdépendance des dimensions de la mondialisation permet d¹anticiper les
effets négatifs de la fuite des capitaux sur les exportations et sur la
production. Car une crise financière peut dégénérer en criseéconomique
comme il en aétéle cas dans des années 2007, 2008 et 2009. Les
investissements directs ne bougent pas aussi rapidement que les
investissements financiersétant donnéqu¹ils ne sont pas aussi liquides. Les
mouvements de capitaux financiers sont commandés par des anticipations
sur lesécarts de taux de change ou d¹intérêt. Ils sont plus faiblement
connectés aux variables réelles de la mondialisation que leséchanges et les

1
Charles-Albert Michalet (2004 : 20).
2
VoirIbidem: 20-21.

54

investissements directs. Mais le point de vue de Michalet n¹étant
qu¹économique, il nécessite dans une approche nouvelle de la
mondialisation, d¹être complétépar la pragmatique philosophique de la
transculturalitéqui implique dans la mondialisation en plus de l¹aspect
économique et libéral, l¹aspect totalement universel ou universalisant
atteignant toutes les cultures et tous les modes de production tant
économique, sociale, technologique que philosophique. D¹oùla nécessitéde
la régulation de la mondialisation pour permettre d¹atteindre cet idéal.

3.3. La régulation de la mondialisation

L¹analyseéconomique de Michalet débouche sur la conclusion selon
laquelle historiquement il ya trois configurations de la mondialisation au
cours de chaque période, et que chaque configuration de la mondialisation
est caractérisée par une logiqueéconomique dominante, produit de la
hiéCette srarchie des trois dimensions de la mondialisation.équence des
configurations est pour lui le résultat de la transformation dans le temps de la
hiérarchie des interdépendances entre les trois dimensions. Il en résulte que
ce qui fonde le mouvement sans cesse renouveléde la mondialisation, c¹est
une dialectique entre l¹existence des différenciations territoriales et le
processus d¹homogénéisation liéà l¹accumulation du capital. La recherche
de la rentabilitémaximale ou«satisfaisante»repose simultanément sur
l¹exploitation et la négation des disparités par lejeu de combinaisons du
local et du global que les acteurs spécifiques à chaque dimension de la
mondialisation, selon lesépoques, mettent en«uvre avec plus ou moins
1
d¹efficacité.
Son hypothèse est lerejet de l¹utopie du discours mondialiste qui pose
l¹unification du monde avec l¹achèvement d¹un marchéplanétaire unique et
optimal (qui de ce fait arrête l¹histoire par la Raisonéconomique) en même
temps que celui de l¹utopie antimondialiste qui pose le retour en arrière de
l¹histoire au point de retrouver les cadres de l¹Etat-nation et d¹un capitalisme
régulésur une base nationale par un modèle social-démocrate articulant
fordisme etéconomie du bien-être. Par ce fait, il considère que la dynamique
de la mondialisation déborde ces deux approches et que«la mondialisation
ne peut pasêtre réduite à une mécanique du retour à l¹équilibre alors qu¹elle
2
est une fuite en avant dans une courseéperdue et sans cesse renouvelée»à
travers les trois configurations qu¹elle se forge à chaque période de son
déploiement.

1
Voir Charles-Albert Michalet (2004 : 25).
2
Ibidem.

55

3.4. Les trois configurations de la mondialisation

3.4.0. Introduction

Sur la base de l¹interdépendance hiérarchisée des trois dimensions de la
mondialisation, Michalet distingue trois configurations qu¹il qualifie
d¹idéales, en l¹occurrence, la configuration inter-nationale, la configuration
multi-nationale et la configuration globale. Cette démarche de Michalet
ressemble à celle procédurale de John Rawls qui, pourétayer une théorie de
lajustice recourt à une situation idéale, la position originelle, partant d¹une
construction idéale pour proposer des remèdes aux problèmes qui se posent
dans la société. Elle reflète ainsi la dialectique platonicienne se référant aux
idées réelles en vue de leur application sur ce monde corrompu dans le but
de le corriger et de corriger ainsi la marche de l¹histoire actuelle du monde.
Michalet pose ainsi quatre critères de qualification pour construire ces
«types idéaux»lui servant de référence pour cerner les caractéristiques des
différentes phases historiques de la mondialisation. Il s¹agit de la dimension
dominante, du principe de régulation de la configuration ou sa logique
économique dominante, des interdépendances entre les dimensions qui en
résultent, et des acteurs qui détiennent le pouvoiréconomique et le territoire
pertinent sur lequel ils l¹exercent, c¹est-à-dire de la gouvernance. Dans cette
perspective, il appert qu¹il est nécessaire de cerner la première configuration
de la mondialisation qu¹est la configuration inter-nationale pour comprendre
le cheminement logique des différentes configurations que propose Michalet.

3.4.1. La configuration inter-nationale

La typologie de Michalet donne comme dimension dominantedans la
configuration inter-nationale de la mondialisation, leséchanges des biens et
services entre les pays. La logique de régulation de cette configuration est
fondée sur le principe de spécialisation internationale reposant sur les
différences de productivitésectorielle entre différents territoires nationaux
déterminant ainsi la spécialisation des pays. La disparitédes productivités
entre les différents pays existantex anteenéconomie fermée, les avantages
de la spécialisation exigent, pourêtre mis en valeur, la généralisation du
libre-échange. Les autres dimensions n¹étant pas importantes, les
investissements directs à l¹étranger doivent servir au développement des
échanges et non pas à la délocalisation systématique de la production. Les
mouvements de capitauxétant déterminés par le règlement des transactions
commerciales, c¹est l¹état de la balance des paiements qui est ici le référent
principal de la régulation. La figure du marchand qui devraitêtre l¹acteur
principal de cette configuration est occultée par la place quasi exclusive
réservée à l¹Etat-nation, à la fois comme acteur de la politique commerciale

56

et comme territoireéconomique pertinent puisque le stock des facteurs de
1
production qui détermine les différentiels de productivité.est immobile
C¹est après la seconde guerre mondiale, sur la base du consensusélaboré
entre les alliés durant la conférence de Brettons Wood en 1944 que sera mise
en place la régulation de la configuration internationale. Cette régulation
dont les mécanismes reposent sur un modèle volontariste de coopération
intergouvernementale substituantla gouvernance à la régulation se traduit
par la référence aux grands principes de la spécialisation internationale et du
libreéchange.

3.4.1.1. La spécialisation internationale comme principe de régulation de la
mondialisation

Selon Michalet,«l¹analyse de la mobilitédes biens relève de la théorie
2
deséchanges internationaux»cherchant à savoir pourquoi certains pays
exportent certains biens et pas d¹autres et pourquoi en importent-ils certains
et pas d¹autres. L¹hypothèse centrale des bienfaits de la spécialisation
internationale fondée sur les avantages comparatifs constitue quant à elle la
réponse à ces questions. Dès l¹abord de cette question, Michalet pose
l¹hypothèse qu¹il trouve nécessaire pour définir une spécialisation stable des
Etats-nations dont les dotations factorielles constituent le socle invariant.
Selon cette hypothèse, dans le paradigme de l¹économie internationale, les
facteurs de production sont immobiles, ils ne sortent pas des territoires
nationaux et ne franchissent pas les frontières nationales. Cette hypothèse
constitue néanmoins simultanément un handicap considérable pour saisir la
dynamique de la mondialisation dans sa multidimensionnalitéqui repose,
elle, sur la reconnaissance de la mobilitéde tous les facteurs de
production. D¹oùla nécessitéde l¹étude de l¹interdépendance des
dimensions de la mondialisation.

3.4.1.2. L¹interdépendance des dimensions

Michalet reconnaît que dans la configuration inter-nationale, les autres
dimensions de la mondialisation sont peu développées et ont une faible
autonomie par rapport auxéchanges auxquels ellesjouent un rôle
subsidiaire. En ce qui concerne l¹interdépendance entre leséchanges, les
investissements directs et les mouvements de capitaux, pour la période qui
vajusqu¹à la seconde guerremondiale, il existe un clivage marquéselon
qu¹ils ont lieu entre Etats-nations (souverains) ou entre les métropoles
impériales et les colonies.

1
VoirIbidem: 26.
2
Ibidem: 32.

57

Dans le cas des relationséconomiques entreéconomies en
développement, les investissements directs à l¹étranger prennent la forme de
filiales commerciales ayant pour fonction la distribution des produits
importés. Ces implantations sont rarement accompagnées d¹une réelle
délocalisation de la production. Dans la configuration inter-nationale, les
activités productives restent cantonnées dans les territoires nationaux
d¹origine et les rares implantations à l¹étranger ont pour finalitéprincipale de
servir à faciliter les exportations.
Par ailleurs, il en va différemment dans le cas du commerce avec les
colonies, puis avec leséconomies moins développées après leur
indépendance. Dans ce cas, leséchanges ontétéaccompagnés de
mouvements d¹investissements directs, effectués dans un petit nombre de
secteurs dontl¹exploitation des minerais ou la production agricole de
plantation. Des investissementsétaient nécessaires pour la mise en valeur
des richesses du sol et du sous-sol en vue de l¹exportation vers la métropole.
Servant à satisfaire les besoins des métropoles et ne correspondant à aucune
délocalisation, cette situation d¹injustice flagrante qui nécessite une
correction puisqu¹elle ne concerne précisément que les biens que les pays en
développement ne produisent pas, ne correspond pas du tout aux principes
du paradigme de l¹économie internationale. En effet, cette spécialisation
n¹est pas fondée sur les dotations en facteursex antedes pays avec
l¹ouverture spontanée deséconomies comme l¹enseigne la théorie, car la
production des biens à exporter y est décidée dans une logique impérialiste
ou colonialiste, en fonction des besoins des métropoles. En outre, le
libreéchange n¹estévidemment pas la règle. Le commerce colonial se fait à
l¹intérieur des«chasses gardées»protégées de la concurrence par le
principe de la préférence impériale, principe défendu par les canons des
1
navires de guerre de la flotte du Roi, de l¹Empereur ou de leurs corsaires .
Aujourd¹hui, les relations entre pays en développement et pays
sousdéveloppés persistent dans la logique colonialiste même si les modalités des
relations politiques entre les Etats-nations ont changé, d¹autant plus que la
logique de l¹largement la mIDE resteême que celle de l¹époque coloniale,
du fait que la spécialisation intersectorielle qui est caractéristique de la
spécialisation ricardienne (produits primaires contre produits manufacturés)
induit des investissements directs dont la finalitéest de satisfaire uniquement
la demande des pays en développement. Car«la dimension de la circulation
des capitaux est restreinte. Jusqu¹à la seconde guerre mondiale, elle est
limitée aux besoins de financement des exploitations minières et agricoles
ainsi qu¹à la construction des infrastructures qui permettent d¹évacuer la
2
production vers les ports.»Ce développement engendre ainsi la question de

1
Voir Charles-Albert Michalet (2004 : 36).
2
Ibidem: 37.

58

savoir qui est finalement l¹acteur de la mondialisation et quel en est le
territoire.

3.4.1.3. Acteurs et territoires dans la configuration inter-nationale

Bien que le marchand soit la cheville ouvrière, alors que l¹industriel reste
enfermédans les frontières de son pays d¹origine et le banquier au service
des besoins de financement des commerçants et des princes, l¹acteur central
de la configuration inter-nationale est l¹Etat-nation. Alors que les
économistes, dans une conception beaucoup plus simpliste, définissent
l¹Etat-nation comme une boîte noire contenant un stock diversifiéde facteurs
de production, Michalet dans le prolongement de l¹analyse d¹Ernest Renan,
l¹entend comme un ensemble cohérent constituéd¹institutions politiques
(gouvernement, parlement,justice, armée, police) et d¹un peuple (avec la
même langue, la même culture, la même histoire) sur la base d¹un territoire
1
défini par des frontières politiques reconnues internationalement (la patrie) .
Dans ce contexte, du fait que, par hypothèse, les activités industrielles, le
travail et les capitaux sont immobiles et ne traversent pas les frontières,
l¹économie mondiale (ou le marchémondial) est compris commeétant
l¹addition d¹économies nationales (de marchés nationaux) reliées par les
échanges de biens et services.Il n¹est pasétonnant dès lors, dans cette
mécanique newtonienne d¹entités macroéconomiques, que les théoriciens
deséchanges oublient le marchand comme acteuréconomique autonome.
Cette vision de la mondialisation permet d¹assurer une parfaite cohérence
entre le cadre territorial politique et institutionnel de l¹Etat et le cadre
territorialéconomique oùse déterminent les différentiels de productivitédes
2
facteurs dans les différents secteurs d¹activité.
La période s¹étendant entre 1885 et la première guerre mondiale bien que
marquée par la poussée des mouvements de capitaux, n¹a jamais permis à
ces mouvements d¹être suffisamment autonomes par rapport aux autres
dimensions de la mondialisation pour servir de base à une autre
configuration. De ce fait pour Michalet, contrairement à certains auteurs,
cette configuration oùla dimension deséchanges est prédominante n¹a
jamaisétéremise en cause à la fin du XIXe siècle par le mouvement
d¹exportation des capitaux dont la majeure partie s¹effectuait sous forme
d¹or par seulement deux pays, en l¹occurrence, l¹Angleterre et le France, en
guise de prêts à des Etats. Cette remarque renvoie ainsi au protectionnisme
éducateur caractérisant les Etats durant cette configuration inter-nationale et
qui détermine toujours leurs politiques même à l¹heure de la globalisation.
Pour Michalet, le grand inspirateur de la politique commerciale
protectionniste, l¹adversaire de Ricardo, celui dont les conceptions

1
Voir Ernest Renan (1882),Qu'est-ce qu'une nation ?, Paris, Calmann Lévy : 16.
2
Voir Charles-Albert Michalet (2004 : 38).

59

influencent les choix des politiqueséconomiques dans de nombreux pays,
c¹est Friedrich List,économiste allemand, partisan et théoricien du
protectionnismeéducateur, porte-parole des industriels prussiens qui avaient
pousséOtto Von Bismarck (chancelier Prusse (1862-1890) puis chancelier
allemand (1871-1890)) à constituer en 1833 laZollverein, une union
douanière qui abolissait les tarifs douaniers entre la Prusse et les autres
principautés allemandes mais qui avait, simultanément,établi un tarif
protecteur communélevévis-à-vis des produits du reste du monde. Selon
List,«plutôt que dejouerimmédiatement les règles du libre-échange, il est
préférable pour un pays qui affiche un certain retard dans son développement
industriel de protéger sonéconomie, et plus spécialement son industrie, de la
concurrence de ses partenaires les plus avancés, pendant une période de
1
temps limitée». C¹est ce qu¹ont fait la Chine et le Japon, afin de prendre
leur envoléconomique et de se faire respecter dans le monde. Cette analyse
de List s¹appliquaitévidemment en premier lieu à la situation de l¹économie
prussienne face à la puissanteéconomie anglaise. L¹argument de la
protection des industries naissantes (infant industry) appelée protectionnisme
éducateur vise à donner de ce fait le temps à une industrie nationale encore
jeune et faible de renforcer sa compétitivitépar le développement des
économies d¹échelle et de la technologie sur son marchénational qu¹il
protégera de l¹ingérence des concurrentsétrangers beaucoup plus forts.

3.4.1.4. Conclusion

Selon Michalet,«la mondialisation s¹est inscrite dans une configuration
2
inter-nationale durant une très longue période»que les historiens font
remonter au XVe siècle, et que leséconomistes ontrejoint à la fin du XVIIIe
siècle par l¹élaboration de leurs théories. Définie par la prédominance de la
dimension deséchanges commerciaux des biens sur les autres dimensions de
la mondialisation, la configuration inter-nationale a vu s¹achever son règne
au milieu des années 1960, avec l¹émergence de la configuration
multinationale. De là, leséchanges internationaux ont perdu leur primautéau
profit de la délocalisation industrielle portée par les investissements directs
des firmes multinationales, alors que le paradigme de l¹économie
internationale, l¹ensemble d¹analyses théoriques et des concepts forgés par
leséconomistes pour expliquer la régulation de la configuration
internationale, demeure encore la référence de la très grande majoritédes
économistes, des hommes politiques et des fonctionnaires internationaux.

1
Friedrich List (1841),Le système national de l’économie politique, Paris, Gallimard, 1998.
2
Charles-Albert Michalet (2004 : 31).

60