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La Réhabilitation du temps

De
174 pages
L'intelligence n'est qu'une partie de l'esprit : adaptée directement à la matière elle fait des prouesses dans le domaine des techniques et de la technologie ; elle doit se réformer si elle veut comprendre le vivant dont la connaissance est d'un autre ordre. C'est en quoi l'auteur est bergsonien. Au cours de l'Evolution, des formes animales de plus en plus complexes apparaissent jusqu'à l'émergence du cerveau humain qui fait de l'homme un être à part. Cet homme s'inscrit dans le temps. D'où la réhabilitation du temps comme durée potentielle, comme mémoire et comme histoire.
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LA RÉHABILITATION DU TEMPS
Bergson et les Sciences d'Aujourd'hui

Reproduction de la couverture: La nuit étoilée (1888) de Vincent Van Gogh huile sur toile - H : 72,5 cm ; L : 92 cm photo RMN - Hervé Lewandowski @ Musée d'Orsay

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

@

L'Harmattan,

2005

ISBN: 2-7475-9388-6 EAN:9782747593885

Michel Lefeuvre

LA RÉHABILITATION DU TEMPS
Bergson et les Sciences d'Aujourd'hui

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Harmattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Pol. et Adm. ;

75005 Paris

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Facoodes Sc. Sociales, BP243,

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, IS 10124 Torino ITALlE

KIN XI
-

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

1053 Budapest

Université de Kinshasa

RDC

Œuvres du même auteur

Merleau-Ponty au-delà de la phénoménologie Klincksieck - 1976

Nature et cerveau Klincksieck

- 1991

Les échelons de l'être L'Harmattan - 1997

Une critique de la raison matérialiste L'origine du vivant co-auteur: Michel Troublé L'Harmattan - 2003

A M arie-C Zaire

REFERENCES

ET ABREVIATIONS

O.C ... A.V...
C.L...
D.S.M.R ...

E.C ...

E.D ... E.S ...

E.T.E... E.V...
F.D ...

G.F ...

H.N ... Ho Ne... I.P ...

opus citatus A l'Ecoute du Vivant Odile Jacob de Christian de Duve. Le Cerveau et la Liberté de Pierre Karli. Odile Jacob Les deux Sources de la Morale et de la Religion d' Henri Bergson. La Pleiade L'Evolution Créatrice La Pleiade d' Henri Bergson. L'Erreur de Descartes d'Antonio R. Damasio. Odile Jacob L'Energie Spirituelle d'Henri Bergson. La Pleiade Entre le Temps et l'Eternité d'I. Prigogine et I. Stengers. Fayard L'Evolution du Vivant de Pierre Paul Grassé. Albin Michel Pour en finir avec le Darwinisme de Rosine Chandebois. Espace 34/Sciences Le Gène et la Forme de Rosine Chandebois. Espace 34/Sciences Le Hasard et la Nécessité de Jacques Monod. Seuil/ Points Sciences L'Homme Neuronal Fayard de Jean-Pierre Changeux. Investigations Philosophiques

J.P ...

L.H.N ...

L.M ... L.V... M.M...

P.M...
P.s. ..

de Wittgenstein. Tel/Gallimard Le J eu des Possibles Fayard de François Jacob. L'homme nu Plon de Claude Lévi-Strauss. Le Monde La Logique du Vivant de François Jacob. Gallimard/tel Matière et Mémoire d'Henri Bergson. La Pléiade La Pensée et le Mouvant d'Henri Bergson. La Pléiade
Pour la Science: Revue.

- déc.

98

-

R.R ...

S.I...
S.M ... S.M.S...

T.P.P ... V.I...

articles de J.P. Changeux, de J.M. Lehn, de S. Laroche -avril-Juillet 2001articles de J.M. Billard, de P. Dutard, de B. Potier, du Centre P. Broca, Paris. Règles et Représentations de Noam Chomsky. Flammarion N.B.S. La Statue Intérieure de François Jacob. Odile Jacob/Seuil Le Sens du Mouvement d'Alain Berthoz. Odile Jacob Le Sentiment Même de Soi d'Antonio R. Damasio. Odile Jacob Traité de Physique et de Philosophie de Bernard d'Espagnat. Fayard Le Visible et L'Invisible de Maurice Merleau-Ponty. Gallimard

A la fin des mots* : voir le lexique à la fin de l'ouvrage.

PREFACE
Ecrit dans un langage clair assorti de formules heureuses, ce bel et. profond essai était nécessaire. Pour Bergson et pour nous. Tout philosophe, comme tout écrivain, est négligé quelques dizaines d'années après sa mort: on a trop parlé de lui, on passe à de nouveaux talents. Mais tout grand philosophe, comme tout grand écrivain, est redécouvert un jour quand le vent a dispersé les paillettes de la mode. Remettre Bergson à sa juste place, parmi les grands, et le faire en plaçant sa pensée en parallèle à celle des scientifiques les plus pointus de ce début de siècle, était d'autant plus nécessaire que certaines de ses expressions, comme élan vital, avaient prêté à confusion. Michel Lefeuvre donne du relief à la pensée de Bergson en la confrontant à celle de physiciens: Bernard d'Espagnat, Ilya Prigogine, de biologistes: Christian de Duve, Pierre-Paul Grassé, François Jacob, Jean-PierreChangeux, Rosine Chandebois, et de neurobiologistes: Alain Berthoz, Antonio R. Damasio. Le texte est structuré en trois chapitres: Les sciences de la matière, les sciences de la vie, neuro-sciences et cognitivisme. Mais tout au long revient, comme une basse lancinante dans une symphonie, l'intuition fondamentale de Bergson déjà présente dans Les données immédiates de la conscience: la vie est durée. D'où le titre: La Réhabilitation du temps.

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Parce que la vie a tendance à évoluer, elle ne peut être spatialisée. La conscience est un processus créateur. Aussi, l'activité du cerveau ne peut-elle expliquer toute l'activité mentale. Intellectualiste, Bergson? Surtout pas! La conscience n'est pas faite pour la spéculation, elle est ordonnée à l'action utile. Comme l'illustre ce texte de Roland Barthes: Lorsque je dis qu'un mot est beau, lorsque je l'emploie parce qu'il me plaît, ce n'est nullement en vertu de son charme sonore ou de l'originalité de son sens. Le mot m'emporte selon cette idée que je vais faire quelque chose avec lui: c'est le frémissement d'un faire futur, quelque chose comme un appétit. Ce désir ébranle tout le tableau immobile du langage. Prigogine a montré qu'il faut savoir compter avec le temps. Avant lui le travail du physicien éliminait d'emblée la durée. Bergson va plus loin en identifiant la durée au temps universel. Temps qui n'a pas qu'une réalité psychologique comme le croyait Einstein. Les choses sont complexes sur ce point: la prédiction exacte d'une observation telle qu'elle découle des calculs de la Relativité ne signifie pas que le système -la Relativité- soit ontologiquement vrai, comme le pensait Einstein. Ce que souligne Bergson à sa manière, c'est que la Relativité n'est pas ontologiquement interprétable, mon présent ne pouvant se passer en même temps que l'avenir d'une autre personne. La vie, dans sa durée, manifeste une recherche de l'individualité. L'identité est perpétuel renouvellement de soi. C'est pourquoi l'embryologie, qui travaille directement sur l'organisme en train de se construire, 10

approche mieux la réalité de la vie que la physique. De surcroît, l'embryologie situe l'être dans la profondeur du temps. Déjà Heckel, dès la fin du XIXe siècle, avait écrit:
L 'ontogenèse* récapitule la phylogenèse*

.

La vie est ainsi continuité, pour chacun de nous comme pour l'espèce. Ici, c'est un fragment d'un poème de Rilke qui me revient en mémoire: Respiration, ô toi l'invisible poème! incessant échange de l'être en soi au sein du pur espace universel. Contrebalance en quoi rythmiquement je survis à moi-même. Parce qu'il évoque une évolution créatrice, on a vu en Bergson un finaliste radical. Erreur, nous montre Lefeuvre. Pour Bergson il n'y a pas eu à proprement parler de plan ni de projet. En distinguant bien expliquer et prévoir, notre philosophe a précédé notre époque, elle qui a découvert les relations d'incertitude et n'identifie pas rigueur scientifique et déterminisme. A partir d'une origine commune, sorte de non-séparabilité du vivant, les formes de vie divergent en inventant. Dieu, non conceptualisable, n'a pas théolo-guidé chacune de ces formes comme l'imagine Lévi-Strauss. On comprend dès lors que l'être puisse disposer d'un certain degré de liberté. Sur ce point, Damasio, avec ses concepts de conscience-noyau et de conscience-étendue, rejoint Bergson. Ce dernier écrit: Entre la matière brute et l'esprit le plus capable de réflexion, il y a toutes les intensités possibles de la mémoire, ou, ce qui revient au même, tous les degrés possibles de la liberté (Matière et Il

Mémoire). On peut le dire autrement: plus le passé peut être conservé, plus l'action sur l'avenir peut être adaptée aux circonstances. Nos souvenirs les plus lointains sont présents dans notre conscience-étendue. On peut les rappeler, preuve de l'unité de notre conscience qui est durée. On dit qu'au moment de la mort toute l'existence se concentre en un éclair, comme si notre âme se rassemblait au moment de quitter son enveloppe matérielle. Mais ici je m'aventure au-delà du texte de notre auteur. On voit, par ces coups de projecteur, la richesse de ce texte. TInous restitue la pensée d'un philosophe en avance sur son temps, même s'il ne disposait pas des informations que les neurosciences nous apportent. Mais l'essai de Michel Lefeuvre est aussi précieux pour chacun de nous par les perspectives qu'il ouvre. Ne séparons pas l'instinct, qui sait beaucoup de choses, de l'intelligence qui en cherche d'autres. Certes, la vie est fantaisie, exubérance. Mais l'intelligence peut se hausser au-dessus d'elle-même. Aujourd'hui la physique frappe à la porte de la métaphysique. N'ayons pas crainte de nous y aventurer. Le vivant, sous forme d'organismes individués, disposant d'une identité et d'une certaine liberté, constitue une révolution ontologique dans l'histoire de la terre. Et, par son roman de vie, chaque être humain est branché sur la durée de l'univers entier. Si toute conscience est subjective, Dieu ne serait pas cette substance spinoziste, force inconsciente cachée au 12

creux de la nature; ce qui me conforte dans l'idée que l'aventure est au commencement. Quand l'intelligence ne peut répondre seule aux questions pertinentes qu'elle pose, libre à nous de nous tourner vers les mystiques. TIsappréhendent, dans le clairobscur, une réalité qui nous échappera toujours. A vous de lire, de rêver, et de descendre au fond de cette durée qui nous relie aux êtres et à l'univers entier. René Lenoir Ancien Ministre

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INTRODUCTION
Il Y a plus d'un paradoxe dans la fortune du bergsonisme, écrivait Merleau-Ponty dans Signes (Gallimard p. 229). L'auteur de la Phénoménologie de la perception ne faisait d'ailleurs que reprendre une idée déjà émise autrefois par Péguy. Parlant de Bergson, ce dernier pouvait dire que ce philosophe de la liberté avait eu contre lui le parti radical et l'Université, mais que cet ami de l'esprit avait mobilisé aussi à son encontre le parti dévot, non seulement donc ses ennemis naturels mais les ennemis de ses ennemis. Peut-on encore aujourd'hui parler du bergsonisme? Certes, Prigogine rend hommage à Bergson d'avoir su explorer les limites de la science classique; il reconnaît aussi que le problème qu'il pose, à savoir le temps, habite aussi bien La Nouvelle Alliance que Entre le temps et l'éternité. J. Monod lui-même avoue qu'il ne considère pas comme insignifiante la démarche philosophique de Bergson, bien au contraire, ajoute-t-il. Curieusement, il continue ainsi sa pensée: Si Bergson avait employé une langue moins claire, un style plus «profond », on le relirait aujourd'hui (H.N. p. 45). Le constat est pourtant là: Cette philosophie (le bergsonisme) semble tombée aujourd'hui dans un discrédit presque complet (H.N. p. 44). A propos de discrédit, on pourrait presque reprendre mot à mot ce que Bergson lui-même disait au sujet de William James: Nous nous garderions de prendre la parole si la pensée de James n'était le plus souvent diminuée, altérée ou faussée par les interprétations qu'on en donne (Sur le pragmatisme de ~ James - La Pléiade p. 1440). James s'en est tiré pourtant beaucoup mieux que Bergson aux yeux de la postérité. C'est même un

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philosophe particulièrement honoré dans le monde anglosaxon des sciences du cerveau et de la cognition. Citant Whitehead, G. Edelman déclare que James fut pour le xxe siècle ce que Descartes fut pour le XVIf siècle (Biologie de la conscience - O. Jacob p. 55). De son côté, A. Damasio voit en lui un philosophe non seulement en avance sur son temps, mais même sur le nôtre. Une communauté de pensée unit pourtant étroitement Bergson et James sur la conception qu'ils se font l'un et l'autre de la conscience, conçue non pas comme une substance mais comme un processus. Comment donc expliquer cette différence de traitement vis à vis de la postérité? La rumeur est un phénomène social dont Beaumarchais a décrypté merveilleusement le mécanisme. C'est d'abord un rien, mais qui s'enfle doucement, puis, progressivement, prend des allures grandissantes, et atteint, à un moment donné, un seuil critique à partir duquel elle s'impose comme une vérité incontestée et incontestable. Il y a à la base de cette rumeur une prise de position qui croit être purement scientifique alors qu'elle n'est qu'une pétition de principe, une affirmation gratuite et dogmatique. EUe consiste à penser que tout est matériel. Or, comme l'auteur de Matière et Mémoire écrit: Ce livre affirme la réalité de l'esprit, la réalité de la matière, et essaie de déterminer le rapport de l'un à l'autre sur un exemple précis, celui de la mémoire, il en résulte que, pour nos contemporains matérialistes, elle ne saurait être prise au sérieux. Dans cette perspective, toute la philosophie bergsonienne ne serait qu'une rêverie spiritualiste fondée sur l'introspection et imprégnée de vitalisme et de finalisme. Or rien n'est plus faux: pour le

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constater il suffit de se reporter à ce qu'a été la démarche bergsonienne. L'itinéraire philosophique de Bergson a été parfaitement précisé par H. Gouhier dans l'introduction qu'il a écrite pour ses œuvres, publiées dans la collection de La Pléiade. Bergson est un esprit attiré par les sciences: En quittant l'Ecole Normale, écrit Gouhier, il était si peu tourné vers les études psychologiques qu'il avait trouvé une singulière ironie du sort quand, au concours de l'agrégation, il avait tiré un sujet portant sur cette partie du programme. Se méfiant de toutes les constructions métaphysiques, son attention se dirige vers l'étude de Spencer parce qu'elle se tient sur le plan des faits. Les Premiers Principes vont donc lui servir de référence, mais, comme il l'écrit brièvement dans La Pensée et le Mouvant: Là une surprise nous attendait (La Pléiade p. 1254). Quelle est donc cette surprise? Toujours fidèle à son esprit scientifique, le jeune Bergson pense, dans un premier temps, que les insuffisances des Premiers principes sont dûs au fait que leur auteur n'avait pas su approfondir les idées dernières de la mécanique. Il n'y a pas l'ombre d'un quelconque psychologisme dans cette attitude d'esprit. La réflexion du jeune Bergson va toutefois beaucoup plus loin dans un deuxième temps: l'évolutionnisme de Spencer est un évolutionnisme sans évolution parce qu'il méconnaît la réalité et l'importance du Temps. Pour tout autant, Bergson ne se détourne pas de son projet initial qui est de se consacrer, comme il l'écrit à son ami W. James, à la philosophie des sciences (cf. l'Introduction aux œuvres de Bergson - La Pléiade p. 19). Bergson n'est donc pas d'abord un psychologue qui entacherait d'introspection et de subjectivité tous les

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