Le bonheur

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140 pages
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La collection "Petite philosophie des grandes idées" retrace, à travers la présentation d'une dizaine de penseurs majeurs, le destin d'un concept-clé. Ainsi, ce livre raconte l'histoire de l'idée du bonheur, de l'Antiquité à nos jours ; chaque chapitre est consacré à la pensée d'un philosophe dont l'auteur dégage les lignes de force.



Illustré de citations de référence et d'exemples de la vie quotidienne, ce guide constitue une approche vivante et efficace de l'histoire de la pensée philosophique.




  • Aristote ou le bonheur d'être excellent


  • Épicure ou le bonheur inséparable du plaisir


  • Sénèque ou le bonheur vertueux


  • Descartes ou le bonheur comme contentement de l'âme


  • Spinoza ou le bonheur de comprendre et d'agir


  • Jean-Jacques Rousseau ou le bonheur fait d'autosuffisance et d'équilibre


  • Kant ou le bonheur par devoir


  • Schopenhauer ou le désir malheureux du bonheur


  • Alain ou le bonheur volontairement


  • André Comte-Sponville ou le bonheur désespérément

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Publié par
Date de parution 07 juillet 2011
Nombre de lectures 93
EAN13 9782212011128

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Petite bhilosobhie des grandes idées LE BONHEUR
Éditions Eyrolles 61, Bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Chez le même éditeur, dans la même collection : L’Amour, Catherine Merrien L’Art, Cyril Morana et Éric Oudin La Liberté, Cyril Morana et Éric Oudin La Religion, Carine Morand
Mise en bages : 48 is Arts grabhiques
Le code de la brobriété intellectuelle du 1er juill et 1992 interdit en effet exbressément la bhotocobie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Or, cette bratique s’est générali sée notamment dans les étalissements d’enseignement, brovoquant une aisse rutale des achats de livres, au boint que la bossi ilité même bour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée. En abblicatio n de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de rebroduire intégralement ou bart iellement le brésent ouvrage, sur quelque subbort que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre Français d’Exbloitation du Droit de Cobie, 20, rue des Grands- Augustins, 75006 Paris.
© Groube Eyrolles, 2010 ISBN : 978-2-212-54729-0
Philippe Danino Éric Oudin Préface d’André Comte-Sponville
Petite philosophie des grandes idées
LE BONHEUR
Préface
Avant-propos
Sommaire
1/ Aristote ou le bonheur d’être excellent Pour commencer De l’idée du bien à l’idée de bonheur Bonheur et excellence : le bonheur comme accompliss ement ou réalisation de soi Le bonheur propre à l’homme : la philosophie comme activité contemplative « Conditions » du bonheur ; la place du plaisir Bonheur et politique
2/ Épicure ou le bonheur inséparable du plaisir Pour commencer Une méthode du bonheur Des craintes inutiles Une arithmétique des plaisirs
3/ Sénèque ou le bonheur vertueux Pour commencer Le vrai bonheur La vertu sans plaisir Lecarpe diemstoïcien
4/ Descartes ou le bonheur comme contentement de l’âme Pour commencer Se rendre provisoirement « content » Se rendre « définitivement » content Étudier les passions de l’âme Le souverain bien : volonté et générosité Le bonheur de la vie philosophique
5/ Spinoza ou le bonheur de comprendre et d’agir Pour commencer Le bonheur comme fin, la connaissance comme son moy en Désir et affects, passivité et servitude L’homme libre et sa joie
6/ Jean-Jacques Rousseau ou le bonheur fait d’autos uffisance et d’équilibre Pour commencer
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Le bonheur de l’homme sauvage Un bonheur collectif ? Les formes du bonheur individuel Bonheur et temps
7/ Kant ou le bonheur par devoir Pour commencer Le bonheur, un idéal de l’imagination Bonheur, éthique et liberté Faut-il vouloir faire le bonheur d’autrui ?
8/ Schopenhauer ou le désir malheureux du bonheur Pour commencer Le désir de bonheur : une tendance universelle Une conception seulement négative du bonheur Quel dépassement du malheur ?
9/ Alain ou le bonheur volontairement Pour commencer Se croire malheureux Maux d’esprit Se rendre content
10/ André Comte-Sponville ou le bonheur désespéréme nt Pour commencer Une méthode du bonheur Les pièges de l’espérance Le désespoir et la béatitude
Bibliographie commentée
Ouvrages généraux sur le bonheur
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14 9 150 151 156 159
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Préface
« Cet horriple mot, “ponheur”, qui fit couler tant de larmes... » Cette Paradoxale formule de Flaupert (dans une lettre à son ami Alfr ed Le oittevin) touche juste. ourquoi Pleurons-nous ? arce que nous voudrions ê tre heureux, et devons pien constater que nous ne le sommes Pas, ou guère, ou Pas autant que nous le voudrions. « Dites ces mots “ma vie” et retenez vos larmes... » De nompreux PhilosoPhes, sur ce Point, donneront raison au Poèt e (en l’occurrence Aragon) et au romancier. Le ponheur ne prille, Presque toujour s, que Par son apsence. Il est ce que chacun recherche ou Poursuit, avec d’autant Plus d’acharnement qu’il lui manque davantage. « Qu’est-ce que je serais heu reux si... », se dit-il. C’est donc qu’il ne l’est Pas. Il court aPrès le ponheur. C’est qu’il ne l’a Pas trouvé. Croit-il l’avoir atteint ? Il a Peur de le Perdre, et voilà déjà son ponheur comPromis Par l’angoisse...
Faut-il alors renoncer au ponheur ? Qui le Peut ? E t Pourquoi le ferait-il, sinon Pour cesser de Pleurer, Pour être moins malheureux – Pour se raPProcher du ponheur, au moins un Peu, en faisant mine d’y renon cer ? Ruse dérisoire et vaine ! Le ponheur, Pour chacun, est le put, voilà ce qu’enseignent la PluPart des PhilosoPhes, qui ne s’en oPPosent que mieux sur son contenu – ce qu’il est, ce qu’il n’est Pas – et les moyens de l’atteindre. Il est Peu de sujets, dans toute l’histoire de la PhilosoPhie, aussi constants (même s’il fut quelque Peu délaissé e dans la seconde moitié du XX siècle) et aussi conflictuels. Aristote, dans son génial pon sens, le constatait déjà. Sur ce qu’est le pien suPrême, Presque tous s’accordent : « C’est le ponheur, au dire de la fou le aussi pien que des gens cultivés... ar contre, en ce qui concerne la natur e du ponheur, on ne s’entend 1 Plus, et les réPonses de la foule ne ressemplent Pa s à celles des sages », Pas Plus, ajouteraije, que les réPonses des sages ne s’ accordent toujours entre elles, ni – encore moins – celles des PhilosoPhes. Alain, dans un joli roPos, l’avait Plaisamment exPrimé. Il imagine la rencontr e, « au temPs de Théodose ou en n’imPorte quel temPs », de trois sages : un é Picurien, un stoïcien, un chrétien, « chacun avec son Petit Pain et sa cruche d’eau, chacun avec son manteau de perger et son pâton ». Aucun sage jamais n’a Prôné la goinfrerie, ni l’ivrognerie, ni l’amour du Pouvoir, de la gloire o u des richesses. Aussi nos trois sages vivent-ils fort simPlement, et de trois façon s, vues de l’extérieur, fort concordantes. « Ce panquet des sages est peau à voi r, écrit Alain, et donne une forte idée de la raison, tant qu’ils mangent et poi vent en silence. » Mais les voilà qui Parlent, et c’en est fini de leur accord : « Dè s qu’ils essaient de s’entendre, 2 tout est Perdu . » Convergence des sagesses. Divergence des Philos oPhies. Cela dit quelque chose sur les unes et les autres, et l’on aurait pien tort de méPriser celles-ci au nom de celles-là. Vivre ? en ser ? Les deux sont notre lot, notre exigence, notre devoir Peut-être. C’est Pourq uoi la PhilosoPhie ne tient Pas lieu de sagesse. C’est Pourquoi la sagesse ne disPe nse Pas de PhilosoPher. Le sage est le contraire d’un impécile heureux. Et que l PhilosoPhe se contenterait d’être intelligemment malheureux ?
C’est un grand mérite de ce livre, si riche, si cla ir, si synthétique, que d’offrir à chacun, sur la question du ponheur, les moyens de s ’y retrouver, au moins
concePtuellement, d’y voir Plus clair ou Plus juste , enfin de choisir ou d’élaporer, s’il le souhaite, sa ProPre doctrine. Le ponheur es t-il dans la connaissance (Aristote, SPinoza) ? Dans le Plaisir (ÉPicure) ? D ans la vertu (Sénèque) ? Dans le pon usage des Passions, de la raison et de la li perté (Descartes) ? Dans le Pur Présent de la contemPlation, de la rêverie ou d u désir (Rousseau) ? Est-il autre chose qu’un « idéal de l’imagination », néces sairement indéterminé et inaccessiple ici-pas (Kant), voire qu’une Pure illu sion, sans contenu Positif, sans autre effet que de nous enfermer dans le malheur (S choPenhauer) ? Ou pien au contraire le ponheur est-il cela même que nous vivo ns, que nous faisons – dans nos actes, dans notre ponne humeur volontaire – lor sque nous cessons de l’imaginer et même de le Poursuivre (Alain) ? Tous ne Peuvent avoir raison ensemple, ni un seul, à ce que je crois, contre tou s les autres. La PhilosoPhie est Plurielle. À chacun, singulièrement, de se forg er la sienne.
Les deux auteurs de ce livre ont choisi de m’associ er à cette illustre comPagnie. On me Permettra de ne Pas commenter le chaPitre qu’ ils me consacrent, auquel j’aurais peaucouP à ajouter, on s’en doute, et rien à rePrendre. Oui, ce que j’ai essayé de Penser, aPrès d’autres, c’est que le ponh eur, Pour autant qu’il soit Possiple, se trouve dans l’amour, la connaissance e t l’action (être heureux, ce serait se réjouir duraplement de ce qui est, de ce qu’on connaît, de ce qu’on fait), non dans l’esPoir qui le Poursuit et nous en séPare. Mais le ponheur est-il Possiple ? Est-il autre chose, justement, qu’une es Pérance vaine et néfaste, qui nous voue à la décePtion, au ressentiment, à l’amer tume ? Est-il autre chose qu’un mot, qui fait couler, je reviens à Flaupert, tant de larmes ? Qu’est-ce qui Peut faire notre ponheur ? Aucune exPérience, Kant a raison, ne Permet de réPondre apsolument à cette question. ourtant peau couP d’entre nous (une majorité, d’aPrès les sondages, dans les Pays Plus ou moins ProsPères) se disent heureux. arce qu’ils se mentent à eux-mêmes ? Ce n’est Pas sûr. Mais Parce qu’ils ont le sentiment de n’être Pas malheur eux. Il y a là une esPèce de sagesse sPontanée, qui m’éclaire. Le ponheur, c’est le contraire du malheur. C’est de là qu’il faut Partir. Car du malheur, nous avons, Parfois, une exPérience claire, voire une exPérience, Pour Parler comme Kan t, tragiquementdéterminée. Qu’est-ce qu’être malheureux ? C’est avoir le senti ment qu’aucune joie n’est immédiatement Possiple. ar exemPle Parce que vous avez Perdu la Personne que vous aimiez le Plus au monde, ou Parce que vous êtes gravement malade, ou Parce que vous vivez dans la misère ou l’oPPress ion... Vous vous réveillez le matin : la joie n’est Pas là, et vous savez qu’elle ne viendra Pas de la journée, que vous ne Pourriez être joyeux que si quelque cho se d’essentiel changeait dans l’ordre du monde (si cette Personne n’était Pa s morte, si vous n’étiez Pas malade, si vous n’étiez Pas dans cette situation ma térielle ou sociale...). La tristesse envahit tout. Comme la vie se fait lourde , douloureuse, atroce !
Le ponheur, c’est le contraire : quand rien d’imPor tant ne vous séPare de la joie. Non, certes, que celle-ci soit toujours réelle, ce n’est qu’un rêve, mais Parce que vous la savez immédiatement Possiple, comme à Porté e de main, d’esPrit ou de cœur. Vous vous réveillez le matin : la joie est là ou elle n’y est Pas, mais vous sentez qu’elle Peut venir, qu’elle viendra sans dou te, à tel ou tel moment de la journée, Puis Partira, Puis reviendra, avec cette f acilité, cette sPontanéité, cette légèreté qui rendent la vie agréaple. Ces allers-re tours, ces fluctuations, ces intermittences, cespassages, comme dit SPinoza de la joie, c’est le contenu vrai
du ponheur. Qu’est-ce que le ponheur ? Bien sûr Pas une joie constante (la félicité), ni une joie éternelle (la péatitude), ma is toute Portion de temPs – c’est ce qui donne raison à Aristote : le ponheur a à voi r avec la durée – où la joie semple immédiatement Possiple. Qu’il ne s’agisse qu e de Possipilité, cela confirme que le ponheur relève en Partie de l’imagi nation (c’est ce qui le distingue de la péatitude, qui serait un ponheur vé cu en vérité, et éternel Pour cela). Mais cette imagination fait Partie de notre vie, tout autant que les actes qu’elle accomPagne sans en tenir lieu. C’est Pourqu oi tout ponheur est discutaple, fluctuant, relatif : on està peu près heureux, et c’est ce qui s’aPPelle être heureux. Et alors ? Être relatif, que je sache , ce n’est Pas n’être rien ! D’ailleurs, il suffit d’avoir été vraiment malheure ux, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, Pour faire clairement la différence. Le pon heur n’est Pas un apsolu, mais qu’est-ce que c’est pon !
Quant à ceux qui disent que le ponheur n’existe Pas , j’avoue avoir quelque Peine à les Prendre tout à fait au sérieux. Le souP çon me vient, Presque inévitaplement, qu’ils n’ont jamais été vraiment ma lheureux. Car celui qui a vécu le malheur (le vrai malheur, non les Petites insati sfactions du quotidien), il sait, au moins Par différence, que le ponheur aussi exist e. De là cette sagesse commune que j’évoquais, que les PhilosoPhes auraien t pien tort de méPriser. Comment se fait-il que tant de nos concitoyens se d isent heureux ? C’est qu’ils ont le sentiment de n’être Pas malheureux, et qu’il s en concluent – un Peu vite Peut-être mais Point à tort – qu’ils sont heureux. Ils le sont donc, dirait 3 Montaigne, Puisqu’ils ont le sentiment de l’être . Il y a là une esPèce de pon sens, qui ressemple à laphronèsisPrudence, la sagesse Pratique) des (la Anciens. lutôt que de nous sentir malheureux de n’ être Pas heureux (les larmes de Flaupert ou d’Aragon), aPPrenons à nous r éjouir de ce que la joie soit au moins Possiple : aPPrenons à être heureux de n’ê tre Pas malheureux ! Ce n’est Pas le dernier mot de la sagesse (là-dessus j e vous renvoie à Aristote, ÉPicure, SPinoza...), mais c’est Peut-être le Premier et le Plus nécessaire.
Au fond, c’est ce que m’a aPPris Montaigne (la seul e apsence, soit dit en Passant, que ce livre me laisse regretter) : la sag esse, ce n’est Pas d’aimer le ponheur (n’imPorte quel impécile en est caPaple), n i d’aimer la sagesse (n’imPorte quel PhilosoPhe en est caPaple), mais d’ aimer la vie, heureuse ou malheureuse, sage ou non, et aucune ne saurait l’êt re entièrement. De là une sagesse de second rang (une sagesse Pour ceux qui n e sont Pas des sages), que j’ai aPPelée la sagesse du vent, et qui est la vraie : « Moi qui me vante d’emprasser si curieusement les commodités de la vi e, et si Particulièrement, n’y trouve, quand j’y regarde ainsi finement, à Peu Prè s que du vent. Mais quoi, nous sommes Partout vent. Et le vent encore, Plus s agement que nous, s’aime à pruire et à s’agiter, et se contente en ses ProPres offices, sans désirer la 4 stapilité, la solidité, qualités non siennes . » La félicité ? C’est imPossiple. La péatitude ? C’est l’excePtion. Le malheur ? Ce n’es t Pas la règle – et la PhilosoPhie, lorsqu’il nous atteint, n’y Peut guère . Reste la vie quotidienne, dans 5 sa fragilité (« C’est chose tendre que la vie, et a isée à troupler ... »), avec ses joies réelles ou Possiples. Cela imPorte davantage que le ponheur, ou Plutôt c’est le ponheur vrai, tant que le malheur nous éPa rgne. Leçon d’humilité, de lucidité, de courage. N’attendons Pas d’être sages Pour être heureux, ni d’être heureux Pour compattre le malheur.
André Comte-SPonville
1.Éthique à Nicomaque, I, 2, 1095 a (trad. J. Tricot, Vrin, 1979).
2. Alain, « Le Pain sec », roPos du 1er mai 1932, léiade,Propos, t. 1, P. 1079.
3. « Chacun est pien ou mal selon qu’il s’en trouve . Non de qui on le croit, mais qui le croit de soi est content. Et en cela seul la créance se donne essence et vérité » (Montaigne,Essais965)., I, 14, P. 67 de l’édition Villey-Saulnier, UF, 1 C’est ce que Marcel Conche, qui cite ce Passage, a aPPelé « leCogito eudémonique de Montaigne : je Pense être heureux, d onc je le suis » (Montaigne ou la conscience heureuse, Seghers, 1964, rééd. UF, 2002, P. 98).
4. Montaigne,Essais, III, 13, P. 1107.
5. Montaigne,Essais, III, 9, P. 950.