Les nouveaux philosophes et l'idée de révolution

-

Français
240 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Deux questions sont au centre du débat soulevé par les Nouveaux Philosophes : celle du pouvoir et celle de la révolution. Si la charge révolutionnaire de la Nouvelle Philosophie peut inspirer le peuple africain dont la domination est aujourd'hui subtilement maquillée par l'idéologie de l'indépendance, il y a lieu de se demander si la Nouvelle Philosophie n'est pas une nouvelle idéologie qui prône simplement une "morale de résistance" ou une "éthique de la soumission" à l'ordre capitaliste.Š

Découvrez toute la collection Harmattan Cameroun !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2012
Nombre de lectures 14
EAN13 9782296481053
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
LES NOUVEAUX PHILOSOPHES
ET LIDÉE DE RÉVOLUTION
Hilarion NGOA MEBADA LES NOUVEAUX PHILOSOPHESET LIDÉE DE RÉVOLUTION
Préface de Lucien Ayissi
Nous savonsqu'il reste dans ce livre des imperfections;nous prenons cependant l'option de le faire circuler, àpetit tirage, remerciant d'avance tous ceuxqui nous aideront à leperfectionner dans les tirages successifs.© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55891-5 EAN : 9782296558915
Au professeur Pierre Pousseur,
Au professeur Marcien Towa,
Qui m’ont initié à la lecture des textes de Karl Marx
PREFACE
Huit ans après mai 68, naît, en France, un mouvement philosophique dont la tonalité conceptuelle est évidemment iconoclaste. Cette philosophie très contestataire se veut nouvelle non seulement parce qu’elle est le fait d’une nouvelle génération de philosophes, mais surtout parce qu’elle rompt avec les discours habituels, saturés qu’ils sont, d’après elle, par les mythes qu’on se garde, pour des raisons idéologiques, d’interroger et d’éventer.
Bien que la Nouvelle Philosophie pose le problème de l’identification précise de ses acteurs et de la détermination de sa problématique de référence, M. Hilarion Ngoa Mebada est bien fondé à dire qu’elle n’est pas un simple effet de mode intellectuel qui aurait trouvé grâce auprès des médias parisiens en mal de sensationnalisme. Pour lui, la Nouvelle Philosophie est beaucoup plus sérieuse que ne pensent, par exemple, Laurent Salini et Gilles Deleuze. Son sérieux se découvre dans son projet de révolutionner à la fois l’ordre des mots et celui des choses, afin de bâtir, sur un socle théorique et idéologique plus sûr, une nouvelle architecture conceptuelle différente de celle qui légitime, au nom de la « mythologie politique » qu’est le marxisme, l’enfermement de l’homme dans l’enfer liberticide du Goulag.
Parier sur une philosophie rénovée pour désaliéner l’homme hypnotisé par les grands récits de légitimation du marxisme-léninisme qu’on instrumentalise pour occulter la domination et l’exploitation effectives des masses, telle est l’ambition de ces Nouveaux Philosophes qui furent d’abord des marxistes-léninistes très critiques à l’égard de la dictature de la bourgeoisie et très engagés dans la lutte pour « l’avènement d’un monde nouveau », avant de se retourner, après la parution deL’Archipel du Goulag, contre leurs premières amours idéologiques.
La volonté exprimée par les Nouveaux Philosophes de révolutionner l’ordre des mots et l’ordre des choses s’accompagne du risque de rééditer simplement, par une critique apparemment dévastatrice, à en juger par les orages rhétoriques qu’elle déploie, l’entreprise des sophistes de l’Antiquité. En cherchant des gloires intellectuelles dans l’appétit du scandale, ils courent également le risque de n’être, selon Sartre, « ni nouveaux ni philosophes ».
Quel intérêt un Africain peut-il donc bien trouver dans cette philosophie qui amalgame curieusement marxisme et capitalisme au motif qu’ils sont deux visages d’un même totalitarisme ?
Bien que les Nouveaux Philosophes dénoncent le défaut de pertinence de la grille d’intelligibilité du réel qu’offre le marxisme-léninisme, proclament la
7
mort de Marx et considèrent la révolution comme ce voile idéologique qui occulte difficilement la terreur inscrite dans l’essence d’un socialisme régi par la « logique répressive » et de « l’écrasement de l’homme », M. Ngoa Mebada trouve tant dans les accents révolutionnaires de leurs discours que dans leur projet de libération, un intérêt non seulement pour les peuples africains jadis asservis et aujourd’hui néo-colonisés et exploités, mais aussi pour tous les peuples opprimés. A ce titre, la rage contestataire de la Nouvelle Philosophie revêt un important intérêt théorique et idéologique : elle apparaît comme l’apologie de la lutte contre l’oppression et ses acteurs, dans le sens de la maîtrise par soi du devenir de soi. En dénonçant la fonction mystificatrice de certaines idéologies pour voiler l’appétit de domination et d’exploitation de ceux qui les instrumentalisent, la Nouvelle apparaît comme riche d’une charge polémique exploitable par les peuples dont la crise d’émancipation est encore constatable.
Parce qu’elle reste articulée à l’idée de révolution, tout en dénonçant la fonction idéologique de la notion marxiste de révolution, la Nouvelle Philosophie recèle les « conditions de possibilité d’une renaissance culturelle et d’une authentique libération des peuples du continent » africain. Dans ce sens, elle entretient une relation d’homologie avec, par exemple, les idées de Kwame Nkrumah, Marcien Towa, Paulin Hountondji, Ebénézer Njoh Mouelle et bien d’autres, conscients de la nécessité de l’éclairage théorique et idéologique pour la réalisation de l’aspiration de l’Afrique à s’émanciper de toutes les formes d’aliénation et de domination.
Etant donné qu’elle s’accompagne d’une interpellation et même d’une sommation, celles des penseurs en général et des intellectuels africains en particulier, d’investir toute leur « énergie polémique » dans le sens de la révolution de l’existant pour la construction d’un nouvel ordre global fondé sur le principe de l’autonomie des peuples et le respect des droits de l’homme à travers la promotion d’une conscience politique et historique appropriée à la libération des masses, la Nouvelle Philosophie peut aider à la reconfiguration de l’imaginaire politique des peuples dominés, en suscitant en eux l’espoir de pouvoir sortir de l’hétéronomie politique dans laquelle ils se trouvent, de manière à exister et à se donner les lois de la gestion de leur devenir. Cela passe par la nécessaire critique du passéisme que cultive et entretient inconsidérément l’ethnophilosophie qui prend le culte de la différence et l’irrationalisme pour des réponses appropriées à la question de l’émancipation de l’Afrique.
Si, selon M. Ngoa Mebada, la charge révolutionnaire de la Nouvelle Philosophie peut inspirer le peuple africain dont la domination est aujourd’hui subtilement maquillée par l’idéologie de l’indépendance et autres mythes soporifiques, il y a lieu de se demander si la Nouvelle Philosophie n’est pas une 8
nouvelle idéologie qui prône simplement une « morale de la résistance » ou une « éthique de la soumission » à l’ordre capitaliste. C’est autour de cette critique de la critique que les Nouveaux Philosophes mobilisent contre les concepts de révolution, de liberté, d’histoire ou de progrès que s’articule la problématique de l’auteur de cet ouvrage à la fois conceptuellement bien structuré et bien documenté. Est-il, par exemple, cohérent de penser à la possibilité de révolutionner l’existant tout en fatalisant la barbarie dans sa pornographie historique ? La Nouvelle Philosophie n’est-elle pas un autre visage de l’idéologie instrumentale bourgeoise finalisée sur la légitimation de l’ordre capitaliste à l’épreuve du marxisme ? Si la révolution est un leurre, comme le pensent les Nouveaux Philosophes, comment concevoir l’émancipation des peuples opprimés et exploités dans ce nihilisme révolutionnaire qui se donne les airs d’une nouvelle philosophie dans un monde dont le gouffre de la barbarie est de plus en plus abyssal ? C’est autour de ces questions judicieuses que M. Ngoa Mebada conteste, sur la base d’une critique philosophiquement bien motivée, la thèse de la contre-productivité politique de la révolution, celle du pessimisme marxiste et démocratique, l’hostilité de la Nouvelle Philosophie envers les instruments de libération comme la science, la philosophie, la raison et son « spiritualisme obscurantiste ». Le concept qu’il organise et développe dans cet ouvrage trouve son atout philosophique dans la réactualisation d’un débat qui semble n’avoir plus cours depuis la dislocation de l’URSS et la fin de la guerre froide. En réactualisant ce débat dans un contexte idéologique global caractérisé par l’inflation des « post » (postmodernisme, postcolonialisme, posthumanité, postmoralisme, postlégalisme, etc.) et saturé par l’eschatologie d’un Francis Fukuyama, M. Ngoa Mebada n’a pas seulement fait preuve d’un admirable courage philosophique ; il a également su réinvestir théoriquement un espace philosophique contre l’infrastructure conceptuelle duquel François Aubral et Xavier Delcourt ont, à tort ou à raison, destiné leurs attaques par un ouvrage au titre fort significatif,Contre la nouvelle philosophie. Lucien AYISSI
9