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Les sources médicales de la connaissance de l'homme

De
280 pages
Médecine et philosophie n'ont cessé de mêler leur histoire, depuis l'Antiquité, autour d'un objet commun : l'homme, une liaison qui se poursuit encore vingt-cinq siècles plus tard. Ainsi, comment penser une éthique et une philosophie médicales aujourd'hui sans en interroger l'histoire ? Ce livre restitue six années de séminaires au sein du Collège international de philosophie faisant dialoguer philosophes, médecins et soignants, psychologues, historiens ou encore sociologues. Plusieurs thématiques y sont abordées : les relations humaines au sein du monde médical ou encore la quête d'une santé parfaite.
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H I P P O C R A T E E T P L A T O N Études de philosophie de la médecine
Gilles Barroux
Les sources médicales de la connaissance de l’homme
Les sources médicales de la connaissance de l’homme
Hippocrate et Platon Études de philosophie de la médecine Collection dirigée par Jean Lombard  L’unité originelle de la médecine et de la philosophie, qui aura marqué l’aventure intellectuelle de la Grèce, a aussi donné naissance au discours médical de l’Occident. Cette collection accueille des études consacrées à la relation fondatrice entre les deux disciplines dans la pensée antique ainsi qu’à la philosophie de la médecine, de l’âge classique aux Lumières et à l’avènement de la modernité. Elle se consacre au retour insistant de la pensée contemporaine vers les interrogations initiales sur le bon usage du savoir et du savoir-faire médical et sur son entrecroisement avec la quête d’une sagesse. Elle vise enfin à donner un cadre au dialogue sur l’éthique et sur l’épistémologie dans lequel pourraient se retrouver, comme aux premiers temps de la rationalité, médecins et philosophes. Déjà parus Jean Lombard,L’épidémie moderne et la culture du malheur, petit traité du chikungunya,2006 Bernard Vandewalle,Michel Foucault, savoir et pouvoir de la médecine, 2006 Jean Lombard et Bernard Vandewalle,Philosophie de l’hôpital,2007. Jean Lombard et Bernard Vandewalle,Philosophie de l’épidémie, le temps de l’émergence, 2007 Simone Gougeaud-Arnaudeau,La Mettrie (1709-1751), le matérialisme clinique, 2008 Jean Lombard,Éthique médicale et philosophie, l’apport de l’Antiquité, 2009 Gilles Barroux,Philosophie de la régénération, médecine, biologie, mythologies, 2009 Bernard Vandewalle,Spinoza et la médecine, éthique et thérapeutique, 2011 Victor Larger,Devenir médecin, phénoménologie de la consultation médicale, 2011 Victor Larger,Le médecin et le patient, éthique d’une relation,2012 Jean Lombard,La pratique, le discours et la règle. Hippocrate et l’institution de la médecine, 2015
Gilles Barroux
Les sources médicales
de la connaissance de l’homme
Du même auteur
La médecine de l’Encyclopédie, entre tradition et modernité, CNRS éditions, janvier 2017 Philosophie de la régénération, médecine, biologie, mythologies, L’Harmattan, « Hippocrate et Platon, Études de philosophie de la médecine », 2009 Philosophie, maladie et médecine au dix-huitième siècle, Honoré Champion, 2008 En codirection avec François Pépin,Le chevalier de Jaucourt. L’homme aux dix-sept mille articles, Société Diderot, septembre 2015 En codirection avec Céline Lefève,La clinique. Usages et valeurs, Séli Arslan, 2013 © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10609-0 EAN : 9782343106090
Cet ouvrage est le produit de six années de séminaires au Collège International de Philosophie. Les diverses thématiques développées, les problématiques questionnées ont toutes correspondu à des séances données entre 2010 et 2016. Chaque séminaire devait la plus grande partie de son intérêt aux personnes venues y assister. Face à un public aléatoire (on ne sait jamais qui vient), hétéroclite (médecins, infirmiers, réanimateurs, psycho-logues, psychanalystes, philosophes, historiens, retraités avides de débats, étudiants), la parole s’invente autant qu’elle s’adapte. Passer de l’oral à l’écrit, restituer la spontanéité et la chaleur des échanges qui ont animé ces séances reste un exercice bien périlleux. Il y a toujours le risque qu’un écrit fige ces moments si importants qui confèrent toute leur teneur à de telles séances, et l’on pourrait partager avec le Socrate duPhèdrele constat qu’il formule, quant à la discordance entre texte écrit et discours oral. Ce qui est écrit et développé ici le doit autant à mes propres préparations qu’à la teneur des discussions au sein de ces séminaires. Le titreLes sources médicales de la connaissance de l’homme correspond, non seulement aux séminaires dispensées au Collège inter-national de philosophie entre 2010 et 2016 mais, antérieurement à cela, à la publication d’un numéro de la revueCorpus-revue de philosophie, que Francine Markovits, directrice de la revue m’a proposé de réaliser (paru en 1 2008 ) et pour l’introduction duquel j’avais alors retenu pour la première fois cet intitulé.
PAR QUOI COMMENCER:MEDECINE LA ,MALADIE LA , LES MALADES? L’idée d’un travail consacré aux sources médicales de la connaissance de l’homme provient d’un intérêt de longue date pour la richesse des liens qui unissent philosophie et médecine depuis l’Antiquité. Cet intérêt porte sur les différentes approches médicales et philosophiques de la santé et de la maladie, des rapports et des oscillations entre l’une et l’autre. Ce qu’est la santé, ce qu’est la maladie, un mythe relevant autant du songe que du rêve rend compte de l’ancienneté d’une telle interrogation : la rencontre, quelque e part autour du V siècle avant J.C., entre deux Léviathan, Démocrite, le philosophe sage et fou, l’un des premiers grands atomistes, et Hippocrate le médecin à qui on prête l’invention d’une médecine débarrassée des superstitions. « L’homme tout entier n’est que maladie » : ainsi se serait exprimé Démocrite auprès de celui qui était venu constater sa folie, pour 1 Médecine et anthropologie,Corpus, revue de philosophie, N° 54, juillet 2008, avec les auteurs suivants : Dominique Boury, Claire Crignon, Marie Gaille, Juliana Gristelli, Rafael Mandressi.
Par quoi commencer ?
finir par rendre hommage à sa sagesse, Hippocrate. Cet entretien réunissant ces deux figures de l’Antiquité grecque est devenu, alors même que fut très vite constaté le caractère incertain de son existence, une référence qui compte dans l’écriture d’une anthropologie médicale dès l’Antiquité. Pour qui, et pour quel ordre de raisons a-t-on ainsi conféré à une telle rencontre le statut de récit exemplaire ? Quelle sorte de valeur peut bien avoir un entretien entre, pour paraphraser Diderot, un philosophe qui rêve et un 2 médecin qui veille ? Aussi célèbre que son rire –Démocrite ne rit que « de l’homme plein de folie » –, aussi chargé d’expression, il y a son regard. Démocrite observe donc l’homme, d’un regard clinique, aussi rigoureux que celui dont il use pour procéder à la dissection des animaux, à l’étude des plantes. Il est regardé comme un corps vivant parmi les autres. Mais, à la différence des autres corps vivants, lui n’est « tout entier que maladie ». Comment comprendre, sans le réduire, un tel constat ? En invoquant le trop précaire équilibre tant recherché qui peut avoir pour autre nom celui de santé :« Une santé trop florissante est le prélude des maladies les plus funestes ; un excès de bonheur touche aux plus rudes catastrophes », mais là, nous sommes plutôt du côté d’Hippocrate que de celui de Démocrite. L’assertion finale de l’abdéritain vient clore un propos un peu plus conséquent :voyez-vous pas aussi que la haine pour l’homme respire« Ne en quelque façon de tout l’univers, et que les maladies sont en foule 3 accumulées contre lui ? Tout l’homme, dès l’origine, n’est que maladie » . Plus que l’homme lui-même, c’est l’univers, c’est le milieu qui est malade, au sens de provocateur de maladies ; tout comme il produit de la vie, de la matière, il produirait de la maladie. Peut-être même, puisque pour Démocrite le monde est, à l’origine, une matière incréée, il en est de même de la maladie : elle est toujours déjà là, l’homme naît au milieu des maladies, il naît malade. Cette dernière devient alors la condition naturelle de son existence : appréhender l’origine de l’homme et du monde, c’est appré-hender en même temps les ordres de la santé et de la maladie. Peut-être est-ce au creux de cette improbable et mythique rencontre que prend naissance un paradigme de nature anthropologique : la fragilité et l’ambivalence de l’homme. Hippocrate s’intéresse aux maladies, qu’il prend pour objet d’études, qu’il restitue sous la forme d’une armature théorique : la première armature de la médecine occidentale qui n’oubliera pas ce fondement tout en en métamorphosant les contenus. Démocrite s’intéresse à l’homme malade, non pas pour en dégager un savoir, un savoir faire, une science ou encore un art, mais pour faire surgir des objets de pensée, des 22 « Je puis donc assurer à présent à toute la terre qu'il n'y a aucune différence entre un médecin qui veille et un philosophe qui rêve », propos de Mlle. de l’Espinasse, Rêve de d’Alembert, Vernière, p. 293. 3 Hippocrate à Damagète, Lettre II, trad. Dct. Étienne Pariset, Paris, Imp. Rignoux ; Ibid.pour les citations précédentes.
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Les sources médicales de la connaissance de l’homme
points exclamatifs et interrogatifs, propres à la composition des aphorismes. Hippocrate produit un discours pour leiatros, Démocrite en produit un destiné aupathos: comprendre lepathos, ce n’est pas se soigner, c’est, tout autrement, vivre avec. Les deux hommes se respectent, ils ne peuvent se comprendre, de par leur position respective de chaque côté d’une barrière : celle des usages dulogos. Quand on se donne pour objectif d’évoquer les sources médicales de la connaissance de l’homme, faut-il partir de l’homme malade ou bien de l’homme médecin ? Faut-il choisir pour premier équipier – et le choix n’est pas à effectuer à la légère – Hippocrate ou bien Démocrite ? Quel que soit le choix, s’il faut choisir, on aura un homme qui philosophe pour équipier, car c’est bien une somme de spéculations philosophiques qui scelle ce lien si subtil, si tenace en même temps, entre deux sages qui cherchent à comprendre l’homme au travers de son physique comme de son moral : le philosophe qui rêve et le médecin qui veille. Il y a donc, originairement, sans possibilité raisonnable de l’oublier, de la philosophie dans la médecine, comme il y a du médical, mais aussi du pathologique dans la philosophie et, à l’intersection de tous ces réseaux : l’homme. À son chevet, en effet, se penchent donc une médecine philosophe et une philosophie médecine. Penser les sources médicales de la connaissance de l’homme, c’est donc autant interroger une origine historique de l’anthropologie – au sens premier, primitif, ici, d’une connaissance du physique et du moral de l’homme – qu’une origine intellectuelle efficiente. Penser l’homme, c’est toujours en même temps trouver des principes, des mécanismes, des éléments utiles pour les sciences, pour les arts, pour les techniques, et repérer ce qui ne va pas en une démarche qui tente de faire la part du normal et du pathologique. Ce que raconte cette scène mythique, rapportée dans lesLettres à Damagète, reprise dans lesNuits de Saint Petersbourgde Joseph de Maistre, c’est l’histoire d’un lien ancestral : médecine et philosophie n’ont cessé d’entretenir, depuis l’Antiquité, une relation aussi passionnelle que conflictuelle. Depuis leSermentjusqu’aux très nombreux d’Hippocrate écrits contemporains visant à proposer une éthique médicale renouvelée, nulle médecine ne peut s’exercer sans, de manière plus générale, penser l’homme et s’interroger sur elle-même. Le souci médical et moral qui consiste à faire vivre une âme saine et clairvoyante dans un corps sain, illustre, de manière récurrente, le postulat d’un véritable équilibre de vie. La recherche de cet équilibre comme fin raisonnable est revendiquée aussi bien par les médecins que par les philosophes. La médecine se pense, pense l’homme, objet de son étude, en bonne partie en résonance avec cette incontournable altérité qu’offre le voisinage de la philosophie. De plusieurs points de vue, il apparaît que la philosophie a inscrit une empreinte durable dans l’univers de la médecine. En premier lieu, lorsqu’elle développe une pensée de nature philosophique à partir de son champ
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