Morale et axiologie

Français
289 pages
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Le mot morale est pour nous le terme fixe de référence et a une double fonction, celle de désigner, d'une part, la région des normes, autrement dit des principes du permis et du défendu, d'autre part, le sentiment d'obligation en tant que face subjective du rapport d'un sujet à des normes. Quant à l'axiologie, il s'agit de se situer en amont des normes, mais aussi en avant des normes. Nous avons besoins d'axiologie, à cause de l'enracinement des normes dans la vie et dans le désir et de l'insertion de celles-ci dans la vie concrète. L'axiologie ne serait-elle pas la sagesse pratique de la morale, sa mise en situation ?

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Date de parution 01 novembre 2017
Nombre de lectures 24
EAN13 9782140050596
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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LA PALABRE n°15 2017
MORALE ET AXIOLOGIE
LAPALABRE N° 15MORALE ET AXIOLOGIE L’Harmattan
LA PALABRE N° 15MORALE ET AXIOLOGIE L’Harmattan
© L'Harmattan, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-13443-7 EAN : 9782343134437
CONSEIL SCIENTIFIQUE Prof. Augustin DIBI KOUADIO (U.FHB.), Prof. NIAMKEY KOFFI Robert Salomon (U.FHB.), Prof. BIAKA ZASSELI Ignace (U.FHB), Prof. EZOUA Thierry(U.FHB), Prof. AKE Patrice Jean (U.FHB), Prof. BAMBA LOU Mathieu (U.FHB), Prof. BOA THIEMELE Léon Ramsès (U.FHB), Prof. ADOU GNAMBA Pascal (U.FHB), Prof. YAHAYA ISSOUFOU, U. Abdou Moumouni de Niamey (Niger), Prof. ZONGO Georges (U. de Ouagadougou), Prof. MAMAHADE Savadogo (U. de Ouagdougou), Prof. MAYEMBA Bienvenu (U. de Californie, USA), Prof. KOUASSI KPA Raoul (U. FHB), Prof. TAYORO GBOTTA( U. FHB), KOUDOU Landry (U. FHB), Prof. DION Yodé Simplice (U.FHB)
COMITE DE LECTURE Dr AHOUO Raymond (U.FHB), Dr. AKPA Gnagne Alphonse (U.FHB), Dr. ASSAMOI Yao Bertin (U.FHB), Dr ASSEU Mafa Georges (U.FHB), Dr AVONI Koblan Axel (U.FHB), Dr ASSEMIEN Adja François (U.FHB), Dr BAMBA Abdoulaye (U.FHB), Dr BEUGRE Grahon Marie Thérèse (U.FHB), DR BODO Alathe Mireille (U.FHB), Dr BON Nathanaël (U.FHB), Dr CAMARA Issouf (U.FHB), Dr DAGAUD Emery Raoul Loba (U.FHB), Dr DON Anoma Nathalie (U.FHB), Dr. DOUMBIA Fatima Brigitte (U.FHB), Dr. ECHENE Amazoulé Olivier Patrice (U.FHB), Dr EZOUAH Léon Koffi (U.FHB), Dr GAHE Gohoun Rosine (U.FHB), Dr. GNANAGBE Gogoua Paulin (U.FHB), Dr GUEBO Yoroba Josué (U.FHB), Dr GUEU Francis (U.FHB), Dr. KABLAN Marie Thérèse (U.FHB), Dr. Koffi Jean Honoré (U.FHB), Dr KONIN Alla Marcellin (U.FHB), Dr KOUABLAN Ahissi Thomas d’Aquin (U.FHB), Dr KOUADIO Koffi Decaird (U.FHB), Dr. KOUAKOU Guy de Maupassant (U.FHB), Dr KOUAMÉ Ndri Solange (U.FHB), KOUASSI EZOUA Taki Roseline (U.FHB), Dr KOUASSI Seka Georges (U.FHB), Dr. KOUMAN Kobenan Maxime (U.FHB), Dr. NGORAN Desnoces (U.FHB), Dr. NAHOUNOU Judith (U.FHB), Dr NIANGORAN Adjo Apolline (U.FHB), Dr OBOUMOU Ibrahim (U.FHB), Dr SAKALOU Blede (U.FHB), Dr YAO Kouamé (U.FHB), Dr YAPO Severin (U.FHB), Dr VOHO SAHI Alphonse (U.FHB), Dr. Yeo Salif (U.FHB)
INTRODUCTION : UN FAUX PROBLÈME ? À quoi bon les livres de morale ? «J’ai coutume, écrit Descartes, de refuser d’écrire mes pensées touchant la morale, et cela pour deux raisons : l’une, qu’il n’y a point de matière d’où les malins puissent plus aisément tirer des prétextes pour calomnier ; l’autre que je crois qu’il n’appartient qu’aux souverains, ou à ceux qui sont autorisés par eux, de se mêler de 1 régler les mœurs des autres» . Faut-il même conserver les livres de morale anciens ? Comme s’ils pouvaient avoir encore cours ! Une morale éternelle ? Allons donc ! La Rochefoucauld dit narquoisement :«Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de n’être plus en état de donner de 2 mauvais exemples» . La morale réfléchit sur l’action pour lui donner des règles, elle concerne stricto sensu le temps de l’action : le présent. N’a-t-elle pas une date de péremption ? À quoi bon poser des problèmes moraux dans l’abstrait, se redemander ce qu’ont pu en dire, jadis ou naguère, d’illustres philosophes comme Aristote, Descartes, Spinoza, Kant et Nietzsche, qui parlaient pour leur temps, puisque l’action «ne 3 souffre pas de délai» , comme le notait Descartes ? C’est le maintenant et parfois le tout de suite qui sollicite moralement. 4 La morale, donc, «inutile et incertaine» , comme le dit Pascal de Descartes ? Personne, il est vrai, ne va jamais chercher de directives pour l’action dans les manuels et traités de morale. Ils nourrissent la réflexion après coup, on les consulte à loisir, hors des urgences de l’action : abstraite, leur utilité reste problématique. Dès le début del’Éthique à 5 Nicomaque: si on «n’a aucune, Aristote prévient le lecteur 1 Lettre à Chanut,20 novembre 1647 2 Maximes,nº 93 3 Discours de la méthode, troisième partie. 4 Pensées,éd. Brunschvicg, nº78 5  I, 2, 1095a5-10
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expérience des choses de la vie, on ne retirera de cette étude rien d’utile ni de profitable, puisqu’(elle) a pour fin, non pas la connaissance mais l’action». Éric Weil demande de la patience au lecteur de saPhilosophie morale: mais c’est là déjà une vertu morale...«Peu importe, continue Aristote, qu’on soit jeune par l’âge ou par le caractère : l’insuffisance à cet égard n’est pas une question de temps, mais elle est due au fait qu’on vit au gré de ses passions et qu’on s’élance à la poursuite de tout ce qu’on voit. Pour des étourdis de cette sorte, la connaissance ne sert à rien, pas plus que les intempérants.» Ce que Rousseau dit sur l’amour vaut pour la morale :«Comme si(elle) était faite pour 6 les vieillards !» . Nietzsche appelait la morale la «Circé de l’humanité», sa 7 séductrice perverse et morbide : en faisant miroiter des idéaux transcendants et des valeurs sublimes, elle discrédite implicitement ce monde-ci et sous prétexte de l’améliorer, permet ainsi d’en esquiver les obligations. Plus qu’un attirail de faux problèmes soulevés par des nostalgiques de la tradition cherchant à condamner le monde et l’actualité, la morale relèverait, au mieux, de la contemplation. La morale, refuge des contemplatifs, sert trop de tours d’ivoire pour vieux sages «hors 8 service», «las de la vie»,«chancelants sur leurs jambes» , qui, précisément, ignorent ou éludent les seules pensées ayant de la 9 valeur, «les pensées en marche» . Est-ce pour cette raison que l’école primaire républicaine a supprimé depuis quelques décennies les «leçons de morale» et que la morale est tombée est déshérence dans les programmes de philosophie des classes de Terminale ? Or voilà qu’on se met à parler aujourd’hui de «retour de la morale». On se propose même de réinstaurer un enseignement de la «morale civique».
6 Émile,IV 7 Ecce Homo, III, & 5 8  Nietzsche.-Crépuscule des idoles,«Le problème de Socrate», & 1 9  Ibid,«Maximes et pointes», & 34
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La morale aujourd’hui. Reprendre une tradition et appeler les classiques au secours de la morale, n’est-ce pas une contradiction dans les termes, l’appel à l’abstraitsub specie aeternitatispour résoudrehic et nuncdes problèmes concrets ? Cette contradiction mène à un paradoxe fécond : le caractère abstrait de la morale est ce qui la fonde, et sa récusation sempiternelle comme obsolète, ce qui légitime le problème moral. Comme toute problématique philosophique, la morale représente en effet l’irruption de l’abstrait, de l’universel et de l’absolu dans le concret, le présent et le contingent. Or c’est précisément le concret qui suscite le problème moral, exige le questionnement et la théorisation. La morale n’est pas un corpus éternel de préceptes intangibles ou de recettes éprouvées : sa résurgence atteste sa pérennité comme actualité constamment renouvelée. Or ces interrogations naissent des contradictions que rencontre tout homme au cœur du concret, dans le champ de l’action. C’est le concret qui demande pour ainsi dire de l’abstrait, une réflexion morale, parce qu’il suscite des difficultés, conduit à des impasses, et que l’homme d’action ne «s’en sort pas». Une des formes actuelles de cette contradiction toujours renaissante entre les devoirs, les critères, les projets et les valeurs est, par exemple, le contraste absurde entre la désaffection dont la morale souffre à notre époque et l’irrépressible besoin, parfois sous les dehors d’un prétendu «retour de la question éthique», qu’éprouve néanmoins notre temps de juger moralement. Depuis des millénaires, quelques simplets arriérés traînant sur l’agora et au café du Commerce persistent à prêcher le retour à la morale en déplorant que notre époque perdue et décadente aurait perdu le sens des «vraies valeurs». Or que notre époque, à l’instar de certaines autres, soit assez vivante pour sortir de la routine traditionaliste et récuse les facilités qu’offrent les boutiquiers de «la» tradition est plutôt le signe d’un plus grand sens moral. Il est malhonnête de baptiser tradition ce qui ne représente que des préjugés invétérés ou momentanément
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