Nietzsche et William James

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Que pourraient se dire nos deux philosophes-psychologues, Nietzsche et William James, au sujet de la philosophie elle-même ? Ces deux hommes, l'un inventeur du terme du "bon européen" et l'autre, considéré comme le philosophe américain par excellence et le plus européen des philosophes américains, ont-ils quelques mots à partager ? Que peut-il y avoir en commun chez ces deux philosophes, sauf à être considérés par Mussolini comme ses maîtres de philosophie à côté de Sorel ? Quels sont les points convergents et divergents par rapport au sens qu'ils attribuent à la philosophie ?

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Date de parution 01 janvier 2014
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EAN13 9782336335223
Langue Français

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enIn, dans quelle mesure peut-on parler d’un pragmatisme nietzschéen ?
Tahir Karakaş
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NIETZSCHE ET WILLIAM JAMES Réformer la philosophie
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Nietzsche et William James
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Mounkaila Abdo Laouli SERKI,Rationalité esthétique et modernité en Afrique, 2013. Olivier DUCHARME,Michel Henry et le problème de la communauté. Pour une communauté d’habitus, 2013. Simon HAGEMANN,Penser les médias au théâtre. Des avant-gardes historiques aux scènes contemporaines, 2013. Alain SAGER,? De Cicéron à Marc-L’Homme sans dieu Aurèle, 2013. Reza ROKOEE,Le rêve et l’éveil dans les écrits de Husserl, 2013.Jean-Marc ROUVIERE,L’homme surpris. Vers une phénoménologie de la morale, 2013. Marita TATARI,Heidegger et Rilke, Interprétation et partage de la poésie, 2013. Jorge Augusto MAXIMINO,Philosophie et modernité dans l’œuvre poétique d’António Ramos Rosa, 2013. Roger TEXIER,Ré-créations cartésiennes, 2013.Marcel NGUIMBI (dir.),Penser l’épistémo-logique, 2013. Joël BALAZUT,Heidegger une philosophie de la présence, 2013. Sophie ASTIER-VEZON,Sartre et la peinture. Pour une redéfinition de l’analogon pictural, 2013.
Tahir Karaka Nietzsche et William James
Réformer la philosophie
© L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01265-0 EAN : 9782343012650
À Dayîka mi Belguzar Xanime
INTRODUCTION Le titre de notre travail fait appel à une première question qui se pose immédiatement : pourquoi faut-il se lancer dans une telle étude sur la philosophie de Nietzsche et celle de William James ? Ne serait-il pas trop téméraire, voire manquer de respect, de considérer l’œuvre de ces deux philosophes sous un angle comparatif ? Surtout en sachant que c’est l’un d’eux qui écrit : « Qui veut jouer les médiateurs entre deux penseurs résolus est marqué au sceau de la médiocrité : il n’a pas l’œil qui permet de voir l’exceptionnel ; voir du semblable et rendre identique est le signe d’une vue 1 faible . » Notre recherche ne serait-elle pas déjà dénuée de pertinence, donc prédestinée à l’échec ? L’entreprise de préparer une étude sur deux philosophes, Friedrich Nietzsche et William James, trouve son origine dans les lectures des commentateurs de Nietzsche que nous avons faites lors de nos études de DEA à l’université de Paris-IV. Plus spécifiquement, il était curieux de 2 relever dansNietzsche, Philosopher, Psychologist, Antichristde Walter Kaufmann, l’un de ses plus éminents commentateurs, des phrases comparatives pour nous permettre d’établir des analogies entre ces deux philosophes qui, au premier regard, appartiennent à des mondes radicalement disjoints. En approfondissant davantage nos recherches sur ce thème, nous avons peu à peu découvert que Kaufmann n’était pas le seul à parler de certaines ressemblances entre ces deux pensées ou encore d’un pragmatisme nietzschéen. Avant et après Kaufmann, un certain nombre d’autres auteurs et penseurs ont tenté de développer des réflexions comparatives de même nature. A l’exception de René Berthelot, leurs analyses ont été en général peu développées et n’ont occupé que quelques lignes ou passages dans leurs écrits. C’est ainsi que nous nous sommes engagés dans notre étude afin d’examiner de plus près les limites et le contenu de leur rencontre philosophique. Que pourraient se dire nos deux philosophes-psychologues, Nietzsche et William James, au sujet de la philosophie elle-même ? Leurs paroles pourraient-elles se croiser quelque part dans un univers philosophique âgé de plus de deux millénaires ? Ces deux hommes, l’un inventeur du terme du « bon européen » et l’autre, considéré comme le philosophe américain par 3 excellence et en même temps le plus européen des philosophes américains ,
1 Le Gai Savoir, § 228. 2  W. KAUFMANN,Nietzsche, Philosopher, Psychologist, Antichrist, Princeton, Princeton University Press, 1950, rééd. 1974. 3 R. B. PERRY,In the Spirit of William James, Bloomington, Indiana University Press, 1958, p. 23. 7
ont-ils quelques mots à partager ? Que peut-il y avoir en commun chez ces deux philosophes, sauf à être considérés par Mussolini comme ses maîtres de 4 philosophie à côté de Sorel ? Ou bien, plus précisément, quels sont les points convergents et divergents par rapport au sens qu’ils attribuent à la philosophie ? Et enfin, dans quelle mesure peut-on parler d’un pragmatisme nietzschéen ? Y a-t-il des éléments dans la pensée de Nietzsche nous permettant de faire un rapprochement entre sa pensée et le pragmatisme ? Si la réponse à la question est positive, jusqu’où peuvent aller les similarités de leurs positions philosophiques ? C’est à ces questions que nous tâcherons de répondre dans cette étude. Ayant pris naissance sur des continents différents, les deux philosophies que sont celle de Nietzsche et le pragmatisme appartiennent pourtant à la e même époque, à savoir la deuxième partie du XIX siècle. Sur certains points de vue, ils visent à réaliser un projet philosophique qui présente, à cet égard, de fortes ressemblances. Au premier abord, il apparaît que ces deux pensées reposent sur une critique radicale à l’égard des philosophies absolutistes. En érigeant son projet de renversement des valeurs, en tant qu’objectif de sa philosophie, Nietzsche prend comme cible la tradition platonicienne qui a, d’après lui, dominé toute l’histoire de la philosophie occidentale. Cette critique s’adresse plus précisément à l’au-delà tel que créé dans la tradition platonicienne, une façon d’exprimer la peur suscitée devant la réalité. Un des caractères principaux de cet au-delà est le concept de vérité qui prend sa source dans l’être, considéré comme immuable, ceci en opposition au flux du devenir du monde apparent. Etant inaccessible à l’intérêt humain, cette vérité absolue représente un domaine de transcendance. Par ailleurs, comme Nietzsche, James a élaboré une critique contre l’absolutisme qu’il appelle « intellectualisme » ou « rationalisme ». Il convient, d’entrée de jeu, de signaler que cette étude n’est pas qu’un travail comparatif entre Nietzsche et William James. Notre recherche a également pour objectif de traiter la spécificité de la conception de la philosophie de chacun de ces deux philosophes. Cela constituera le deuxième aspect de notre étude. Il n’est donc pas question d’une activité de comparaison grossière qui ne serait qu’une attitude intellectuelle faible, non productive et « médiocre », comme le dit Nietzsche dans le passage que l’on vient de citer. 4  R. B. PERRY,The Thought and Character of William James, vol. II, London, Oxford University Press, 1935, p. 575.
I NIETZSCHE, JAMES ET LE PRAGMATISME Il serait utile d’apporter quelques précisions biographiques préliminaires concernant les deux philosophes dont nous étudions les travaux. Nietzsche naît le 15 octobre 1844 dans le petit village de Röcken près de Leipzig et meurt exactement une décennie et un jour avant James, le 25 août 1900 à Weimar, au terme de onze années pendant lesquelles, détruit par la maladie, il avait déjà perdu la pleine jouissance de ses moyens intellectuels. William James, quant à lui, voit le jour le 11 janvier 1842 à New York et s’éteint le 26 août 1910 à Chocorua dans le New Hampshire, de sorte que leurs vies se déroulent sensiblement à la même période. William James effectue de nombreux voyages intercontinentaux, l’amenant pour la plupart en Europe. Ses déplacements sont fréquents au point que l’on écrive à son sujet qu’« il a pu passer en Amérique pour le plus 5 cosmopolite, et en Europe pour le plus américain des philosophes ». Pendant ses séjours sur le Vieux Continent, il fait en outre la connaissance de certaines figures importantes de son époque, comme Ernst Mach, Renouvier, Henry Bergson et Wilhelm Dilthey, et en évoque d’autres dans ses écrits, qui revêtiront une valeur particulière chez Nietzsche également, parmi lesquels on peut citer Malvida von Meysenbug, Paul Bourget, Pascal, Schopenhauer et Renan. James, ne cessant de multiplier ses excursions européennes, accomplit un véritable parcours de ville en ville entre Paris, Londres, Heidelberg, Genève, Bonn, Dresde, Leipzig, Venise, Rome, Lucerne et Grenoble. Il est en somme plus mobile que Nietzsche, mais ce dernier s’est également rendu, à la même époque, dans certaines de ces villes. Tout laissait donc à penser que les deux philosophes allaient se rencontrer quelque part. Cela n’a pourtant jamais eu lieu. On ne trouve pas la moindre évocation du philosophe américain, ni dans la correspondance de Nietzsche, ni dans les textes publiés de son vivant, ni même dans ceux qui parurent à titre posthume. Il faut en fait prendre en compte plusieurs facteurs pouvant en partie expliquer une telle méconnaissance de la part de celui-ci. D’abord, il se produit un décalage temporel entre les périodes d’activité respectives des deux philosophes. Considérons, par exemple, le fait que James élabore méticuleusement le premier ouvrage à l’origine de son succès,Les principes de psychologie, pendant douze ans. Il connait certes un retentissement exceptionnel, à la fois en Amérique et en Europe, mais ne sort que fin septembre 1890, soit près de deux ans après l’effondrement mental de Nietzsche. Ce dernier n’avait donc
5 M. L. BRETON,La personnalité de William James, Paris, Hachette, 1929, p. 35. 9