Paradoxe sur la recherche I

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Français
450 pages
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Cette variation sur le paradoxe tourne autour du paradoxe de la recherche - ou comment chercher ce que l'on ignore. Le lecteur sera mené du paradoxe de Ménon aux paradoxes de la compréhension et de l'incompréhension chez Kierkegaard et Valéry. Il y sera question de vérité, de Dieu, de temps, de contradiction, de paradoxe absolu, de pseudonyme, d'écriture fragmentaire, de surprise, d'attente, entre autres notions théoriques, et surtout de "savoir ignorant".

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Date de parution 01 juin 2011
Nombre de lectures 250
EAN13 9782296808812
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

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PARADOXE SUR LA RECHERCHE- I Sérendipité, Platon, Kierkegaard, Valéry
Epistémologie et Philosophie des Sciences Collection dirigée par Angèle Kremer-Marietti La collectionÉpistémologie et Philosophie des Sciences réunit les ouvrages se donnant pour tâche de clarifier les concepts et les théories scientifiques, et offrant le travail de préciser la signification des termes scientifiques utilisés par les chercheurs dans le cadre des connaissances qui sont les leurs, et tels que "force", "vitesse", "accélération", "particule", "onde", etc. Elle incorpore alors certains énoncés au bénéfice d'une réflexion capable de répondre, pour toutsystème scientifique, aux questions qui se posent dans leur contexte conceptuel-historique, de façon à déterminer ce qu'est théoriquement et pratiquement la recherche scientifique considérée. 1) Quelles sont lesprocédures, les conditions théoriques et pratiques des théories invoquées, débouchant sur des résultats ? 2) Quel est, pour le système considéré, lestatut cognitifprincipes, lois et des théories, assurant la validité des concepts ?
Dernières parutions Antonella CUTRO,Technique et vie, Biopolitique et philosophie du bios dans la pensée de Michel Foucault, 2011. Edmundo MORIM DE CARVALHO,Du rationnel à l'inconscient dans les «cahier» de Paul Valéry, 2010. Edmundo MORIM DE CARVALHO,De l'inconscient au conscient. Psychanalyse, science, philosophie, 2010. Ignace HAAZ,Les normes pénales chez Rawls. Etudes éthiques en droit pénal, 2010. Janusz PRZYCHODZEN, François-Emmanuël BOUCHER et Sylvain DAVID, L'esthétique du beau ordinaire dans une perspective transdisciplinaire. Ni du gouffre ni du ciel, 2010. Eduardo CAIANIELLO,La science et la voix de l’événement. A la recherche du sens, 2010. Edmundo MORIM DE CARVALHO,Paradoxes des menteurs : philosophie, psychologie, politique, société, 2010. Edmundo MORIM DE CARVALHO,Paradoxes des menteurs : logique, littérature, théories du paradoxe, 2010. Jean-Pierre COUTARD,De la singularité, 2009. Michel de BOUCAUD,Psychiatrie et psychopathologie. Les désorganisations psychiques, 2009. E. MORIM DE CARVALHO,La comédie de l’intellect dansCahiers les de Valéry ou l’imitation de la comédie, 2009 E. MORIM DE CARVALHO,Le paradoxe sur le comédien ou la comédie de l’imitation, 2009.
Edmundo MORIM DE CARVALHO PARADOXE SUR LA RECHERCHE- I Sérendipité, Platon, Kierkegaard, ValéryVariations sur le paradoxe 5,  volume 1
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54956-2 EAN : 9782296549562
À la mémoire d'Henri Meschonnic, mon directeur de thèse
VARIATIONS SUR LE PARADOXE - V VOLUME 1 _______________________ PARADOXE SUR LA RECHERCHE - I : SÉRENDIPITÉ, PLATON, KIERKEGAARD, VALÉRY Introduction  Cette variation sur le paradoxe tourne autour duparadoxe de la recherche — ou comment chercher ce que l'on ignore. Ce dernier paradoxe fut jadis pris dans les écarts de l'absolu et du relatif, de l'éternité et de la temporalité, de la vérité et de l'erreur, ou plus terrestrement, de la réussite et de l'échec. Il est aujourd'hui sous-jacent dans la pratique de la recherche en sciences humaines. Les trois figures majeures de cette variation seront ici Platon, Kierkegaard et Valéry. Nous nous y impliquons aussi personnel-lement. Au point de vue professionnel, et dans un contexte donné, je me considère comme une "victime" de ce paradoxe. Lors de ma deuxième présentation à un poste de chercheur dans le cadre de la section de philoso-phie du CNRS, j'avais exposé une esquisse de "sous-programme" de recher-che qui était la "lueur" de la lueur de notre présente activité de recherche, livrée dans ce cycle de livres sur la maîtrise et le paradoxe. À ce moment-là, j'étais dans l'incapacité de fournir quelque chose d'extrêmement précis qui aurait "tranquillisé" les jurys épris de responsabilité. Mais, en fait, mon blocage correspondait à une impossibilité de définir à l'avance un projet dans sa suite : il se ferait en même temps que la recherche. Celle-ci condition-nerait le projet et lui donnerait ses couleurs. Je ne savais pas ce que j'allais
8 PARADOXE SUR LA RECHERCHE - I chercher, même si j'avais en tête quelques axes définis. Dans cet entretien, j'avais indiqué la volonté de travailler sur le désir de maîtrise inhérent aux entreprises théoriques, de savoir comment les textes géraient l'arbitraire des moyens et des modèles théoriques. Je plaçais mon horizon cognitif sous le signe du désir d'universalité du Maître de vérité, et il ne faut pas y voir la recherche d'une quelconque filiation lacanienne puisque ce type de théorie était, pour moi, en quelque sorte l'incarnation du Maître de vérité paradoxal qui incorpore cette problématique pour la dénier dans son cas spécifique. Et s'il faut penser à quelqu'un, je pensais plutôt à Marcel Détienne. Ce fut un échec, et à tel point que j'ai abandonné l'idée de poser une nouvelle candi-dature. À voir la tête dépitée et peut-être indignée des membres du jury, enfermés dans un silence institutionnel de jury qui ne se laisse pas compter de sornettes, cela laissait déjà entendre l'issue de ma démarche. Parmi les gens très respectables que j'ai pu reconnaître dans ce groupe de personnes, il y avait André Robinet, Paul Ricœur. George Labica, marxiste convaincu, qui fut le rapporteur de mon dossier, où l'élément essentiel était, à l'époque, ma thèse d'État sur lamimésis poétique où les positions qu'il défendait étaient plutôt malmenées. Elles s'inscrivaient d'ailleurs pour moi parfaitement dans le désir de maîtrise absolutisant et univoque que j'essayais d'analyser avec une fougue qui, aujourd'hui, me semble un signe de jeunesse théorique. Il faut préciser que j'avais fait un premier acte de candidature en 1980 où la commission de "linguistique française" s'était déclarée incompétente pour analyser mon cas et m'avait renvoyé en section de philosophie où j'étais tout de suite perdant, n'étant pas à proprement parler un philosophe de pure gemme. C'est-à-dire que si je l'étais, et si on tient à m'accorder ce titre, je dois plutôt le tenir de la philosophie de contrebande, ou du philosophe sans "papiers officiels". L'interdisciplinarité était à l'époque un crime, avant de devenir par la suite comme de l'eau bénite. À l'époque les clivages poétiques étaient assez accentués pour que les élèves de mon directeur de thèse, Henri Meschonnic, aient des problèmes quand ils se présentaient devant les "scien-tifiques" de cette section de poétique et annexes. J'ignore si cela a joué dans mon cas personnel, mais j'ai toujours trouvé étrange que mon dossier fut par la suite, dans mon deuxième essai de candidature, confié à George Labica, (un homme dont on m'a assuré plus tard l'honnêteté), la charge de défendre un dossier dans lequel ses propres idées étaient violemment combattues. Le plus étrange dans tout cela, outre ma relégation perpétuelle pendant toute ma vie professionnelle à un poste subalterne (équivalant à un brevêt d'études pour un docteur d'État !) dans la structure du CNRS à laquelle j'appartenais depuis longtemps, c'est que j'ai fini par réaliser ce programme de recherche fantôme ou filandreux. Ce n'est que longtemps après que j'ai découvert les "Cahiers" de Valéry (moment de "sérendipité" dans ma démarche), où les
 INTRODUCTION 9 thèses de l'arbitraire textuel et cognitif, soutenues par l'arbitraire du signe, étaient une constante apparente ou demeuraient sous-jacentes à beaucoup de positions et de critiques du créateur deMonsieur Teste. En tout cas, le "projet", dans tous ses détails, est venu avec la recherche qui l'a aidé à se définir, à se préciser — car il n'était pas venu auparavant, tel un conden-sateur de lumière foudroyant.  Le paradoxe de la recherche, entamé par Platon dans leMénon,se situe aujourd'hui dans un programme de recherche où tout serait déjà dé-voilé, transcrit dans ses lignes majeures, comme si un tel processus était d'emblée sous le signe de la nullité, ou de la neutralité, en se limitant à exploiter ce qui était acquis dès le début. On cherche, en somme, ce que l'on a déjà trouvé, de manière que l'on aurait pu se dispenser de chercher. Le paradoxe a donc "émigré" dans les sphères de la recherche publique (parce que la "privée" est aux abonnés absents en ce qui concerne les "sciences" dites "humaines") où il correspond à un signe de sérieux, d'engagement "concret", éliminant tous ceux qui se réfugient vicieusement dans le "vague". Le projet de recherche doit être plus qu'un projet pour devenir acceptable par ses pairs. Il s'agit plutôt d'un rapport où la recherche est déjà balisée, orientée, de préférence en respectant les contraintes du jour avec une habilité diplomatique. Il ne s'agit plus d'un Modèle transcendantal sous la double direction du philosophe, secondé par un complice : le démiurge, mais d'un Modèle bureaucratique en plein essor. Il s'agit de payer à l'avance concep-tuellement les crédits sonnants et trébuchants que l'on estime vous accorder, avec magnificence, d'après votre mérite et votre excellence. On peut ainsi analyser des paradoxes et en être victime. La pratique ou la réalité duvivredonne un coup de pied à la conceptualité de la théorie. Et si l'on savait ainsi plusn'avait voulu l'admettre au début du processus, on sait peut-être qu'on moinsà la fin qu'on le dit ou on le croit ouvertement.  Dans cette variation, nous allons ainsi nous attarder au "don de la vérité" dans une stratégie orientée vers l'Origine (ou la Fin — ces deux points devenant indiscernables dans lecercle du vrai). Là, le vrai parle sans que personne ne le fasse, le langage absolu de la première ou de la dernière limite. Découvrant l'impersonnalité, ou l'épousant d'emblée par "dispense" rationnelle, le sujet théorique ne fait qu'accueillir ce trésor qu'il dépose bénévolementau centre de l’"agora". La fonction herméneutique fonctionne comme une réminiscence qui place le sujet, présent-effacé, au lieu même où se produit la révélation de l’"a priori". La caractéristique dominante de cette stratégie est celle d'une vérité tournée exclusivement vers le passé — la vérité gît en deçà de ce cimetière, ou champ d'oubli, qu'est le devenir l'his-
10 PARADOXE SUR LA RECHERCHE - I torique. De même qu'avec la norme et l’a priori, points d'orgue de la déter-mination, les jeux sont déjà faits, et la "vérité" ne peut suivre dans l'avenir qu'un chemin convenu. Le "don de la vérité", dans une stratégie de type platonicien, est un don piégé — car il exige la soumission du "réception-naire". Il s'agit d'une vérité livrée "clés en main". L'énonciateur exige du destinataire le "sacrifice" qu'il a mis en œuvre pour atteindre le vrai — passage à une impersonnalité universelle, dont il a, pour ainsi dire, dessiné les contours fuyants. Le procès fait au sophiste sert de rappel : le sophiste est celui qui parle peut-être en son nom, celui qui transforme le nécessaire en hypothétique, celui qui n'efface pas l'humain sous le divin, celui qui accentue la dimension strictement langagière de l'entreprise philosophique (au cours de l'enjeu conflictuel "rhétorique" / "philosophie première"), celui qui défend une certaine relativité philosophique, et s'oppose au caractère aristocratique de la cité cogitée et redressée par la philosophie, celui qui révèle la maîtrise lorsqu'elle se cache — il prend une position exotérique, se frotte à l'opinion, aux dépens de l'option ésotérique cultivée et nourrie au sein d'écoles fonc-tionnant par coaptation. L'accusation d’"affairisme", formulée contre le so-phiste par Platon et qui peut éventuellement vraie dans tel et tel cas, ne vise qu'à cacher les arbres de la forêt. La tactique platonicienne lui dénie toute grandeur, alors que, philosophiquement parlant, le sophiste se rattache à Parménide quand il soutient que le "non-être ne peut pas être pensé" et qu'il s'oppose donc au fameux "parricide" qui va être perpétré par le maître des Formes, des Copies et des Simulacres.  De lavérité retrouvéede Platon à lavérité indiciblede Kierkegaard, on passe d'un pôle où le religieux est subordonné au philosophique — voulant allier raison et "folie", calcul humain et démesure divine — à un pôle contraire où le religieux se subordonne, à nouveau, le philosophique et où il se retourne non seulement contre l'ancienne mainmise du divin par le métaphysique, mais aussi contre toute synthèse de type hégélien visant à réconcilier ces instances dans l'apothéose d'un Absolu au double visage. Dans les deux cas, le philosophe offre à l'homme "commun" une vérité, pleinement dévoilée ou entièrement opaque, dont il est l'intermédiaire sacri-fié dans et par lastratégie du don. Dans le deuxième cas, celui de Kier-kegaard, cette configuration prend un tour ouvertement paradoxal : la "vé-rité" est ce qui empêche d'atteindre la "vérité" ; celle-ci est (partiellement) barrée (c'est-à-dire affirmée et empêchée d'être soutenue). Et le philosophe, en tant qu'agent de la vérité, est court-circuité par le sujet religieux, car la quête, devenue individuelle et privée, se dérobe à première vue à toute alliance avec le "cosmos", le "concept" ou la "foule" (des sans-grades, des non-élus, des hommes interchangeables, faibles et sans héroïsme du quo-