Pascal et la pop culture

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Français
256 pages
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Comment et pourquoi affirmer que l'humanisme d'un penseur catholique du XVIIe siècle peut nous guider dans la compréhension de phénomènes culturels contemporains, c'est in fine la question qui commande cette étude rigoureuse et audacieuse. Faire dialoguer de façon féconde le projet de Blaise Pascal et la pop culture, appréhendée à partir des tribus musicales punk, rock, skinhead, gothique, hip-hop et électro, c'est l'objectif du travail de Jean-Louis Bischoff.

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Date de parution 01 septembre 2014
Nombre de lectures 10
EAN13 9782336355122
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

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Comment et pourquoi afîrmer que l’humanisme d’un penseur catholique du XVII siècle peut nous guider dans la compré hension de phénomènes culturels contemporains, c’estin îne la question qui commande cette étude rigoureuse et audacieuse. Faire dialoguer de façon féconde le projet de Blaise Pascal et la pop culture, appréhendée à partir des tribus musicales punk, rock, skinhead, gothique, hip-hop et électro, c’est l’objectif du travail de Jean-Louis Bischoff. Ses enjeux majeurs sont clairs : a) L’enquête vise à montrer l’opérativité et l’actualité de la vision pascalienne de l’homme. b) Elle entend projeter sur les tribus musicales en particulier, et sur la pop culture en général, un éclairage qui en fait valoir la profondeur cachée. c) Elle veut être une contribution fructueuse et originale aux études culturelles.
Habilité à diriger des recherches (littératures comparées), Docteur de l’École pratique des hautes études (philosophie), diplômé en sciences et enseignement des religions (Centre universitaire catholique de Bourgogne), est directeur de l’Institut Chateaubriand, le centre d’études et de recherches du Groupe EAC (groupe des Écoles d’Art et de Culture). Professeur à l’EAC et chercheur associé à l’université d’Artois, il signe ici son septième ouvrage aux éditions L’Harmattan. Ses cours et ses recherches portent sur les relations qu’entretiennent la pop culture et la « culture classique ».
JEANLOUIS BISCHOFF
PASCAL ET LA POP CULTURE
Préface de Jean François Petit
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Pascal et la pop culture
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Vincent TROVATO,Lecture symbolique du livre de l’Apocalypse, 2014. Pierre CHARLES,Pensée antique et science contemporaine, 2014. Miklos VETÖ,La métaphysique religieuse de Simone Weil, 2014. Cyril IASCI,!Le corps qui reste. Travestir, danser, résister , 2014. Jean-Michel CHARRUE,Néoplatonisme. De l’existence et de la destinée humaine, 2014. Sylvie PAILLAT,Métaphysique du rire, 2014. Michel FATTAL,Paul de Tarse et lelogos, 2014. Miklos VETO,Gabriel Marcel. Les grands thèmes de sa philosophie, 2014. Miguel ESPINOZA,Repenser le naturalisme, 2014. NDZIMBA GANYANAD,Essai sur la détermination et les implications philosophiques du concept de « Liberté humaine », 2014. Auguste Nsonsissa et Michel Wilfrid Nzaba,Réflexions épistémologiques sur la crisologie, 2014. Pierre BANGE,La Philosophie du langage de Wilhelm von Humboldt (1767-1835), 2014. Marc DURAND,Médée l’ambigüe, 2014. Sous la direction d’Aline CAILLET et Christophe GENIN,Genre, sexe et égalité,2014. Benoît QUINQUIS,L’Antiquité chez Albert Camus, 2014.Catherine MONNET,La reconnaissance. Clé de l’identité, 2014.
Jean-Louis Bischoff
Pascal et la pop culture
Du même auteur Dialectique de la misère et de la grandeur chez Blaise Pascal, L’Harmattan, 2001 Tribus musicales, spiritualité et fait religieux. Enquête sur les mouvances rock, punk, skinhead, gothique, hardcore, techno, hip-hop, L’Harmattan, 2007 Tissu, voile et vêtement, 2007 Sous la direction de Daniel Faivre (avec Dominique Bernard-Faivre, Jean-Louis Bischoff, Jean Lamblot, Mohamed Tahar Mansouri, Aimé Randrian) Les spécificités de l’humanisme pascalien, L’Harmattan, 2010 Lisbeth Salander,une icône de l'en-bas,L’Harmattan, 2011 Conversion et souverain bien chez Blaise Pascal, L’Harmattan, 2012 Zoom sur la pop-culture, Éditions Weka, 2013. Comportements émergents et espaces culturels, Éditions Weka, 2014. Classe Mondiale. Mythes et légendes du football, Hachette, Paris, 2014.
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-04084-4 EAN : 9782343040844
PRÉFACE
Jean-Louis Bischoff n’en est pas à son premier essai sur Pascal. Patiemment, il approfondit le sillon d’une compréhension profondément originale du philosophe. Les études qui vont suivre et qui tracent un chemin non balisé d’avance le prouvent : Pascal reste au vif des sensibilités, des attentes et des inquiétudes contemporaines. L’homme postmoderne serait-il pascalien sans le savoir ? Seule une enquête érudite pouvait le montrer. Mais celle de Jean-Louis Bischoff n’a rien à voir avec une érudition de salon. Elle est basée sur une solide expérience de terrain, attestée par un enseignement éprouvé dans des écoles artistiques fort loin des héritages religieux. Or tel n’aura pas été sa surprise d’y découvrir un écho des préoccupations de celui trop vite réduit à l’image du « solitaire de Port-Royal ». Heureuse nouvelle qui donne du crédit à une anthropologie non obsédée dans le cas présent par les problèmes posés par le posthumanisme ! En d’autres termes, à l’heure où l’identité humaine est radicalement mise en question, il faut peut-être entendre une voix de sagesse comme celle de Pascal.
Face à une société qui n’aura jamais produit autant de mêmeté, de conformismes de pensée et de standardisation des comportements, la philosophie de Pascal est en effet précieuse : elle donne de voir en nous-mêmes comme une mise en représentation de ce que nous sommes réellement. Si la dispersion et l’insignifiance nous guettent à chaque coin de rue, la réinterprétation de Pascal ici proposée est assez salutaire. Elle montre que nous ne sommes pas condamnés à la fragmentation ou à l’inverse à l’uniformisation.
En creux, l’humanisme pascalien travaille donc comme puissance subversive, capable de faire surgir un autre ordre d’horizon. Sans aucun doute, les processus de fragilisation sociale et de désymbolisation rendent la formation de l’identité moderne complexe. Mais comment pourrions-nous pour la comprendre faire l’économie de Pascal – et j’ajouterais volontiers ici – d’Augustin, son illustre devancier ?
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Les pages qui suivent se liront donc comme une invitation à cette tâche, dans un approfondissement de l’expérience personnelle, tout en ne négligeant pas la recherche d’une vie en commun. De fait, de cette coappartenance au monde, parfois douloureux, naît aussi l’espoir d’une rédemption. On le verra, les études de Jean-Louis Bischoff se situent au point de jonction entre la longue quête des sources de l’identité moderne chez Charles Taylor et des réflexions sur la vie mutilée de Theodor Adorno. Ce dernier, rappelons-le, concluait que la seule philosophie dont on puisse encore assumer la responsabilité face à la désespérance serait la tentative de considérer les choses toutes les choses telles qu’elles se présenteraient du point de vue de la rédemption. Or il y a bien ici un espoir de rédemption comme il y aura bien des façons de lire Jean Louis Bischoff : ses études sur la popculture se veulent pascalisantes car elles visent à montrer qu’aujourd’hui comme hier le croire et le sacré n’ont de cesse de se recomposer. Mais cette recomposition ne s’effectue pas au hasard : c’est le sens d’une ouverture à la transcendance qui se donne les conditions actuelles. Si la quête de l’homme contemporain est frappée d’ambivalence, elle n’est absolument pas absente. Ce n’est pas le moindre mérite de l’ouvrage qu’on va lire de contribuer à un renouvellement dont l’anthropologie et la philosophie pratique ont besoin. L’historien, le philosophe, le théologien, le contemporanéiste – et tout simplement l’homme de bonne volonté – y trouveront de nombreuses pistes leur réflexion et leur action. Jean François Petit Responsable du groupe de philosophie pratique Co-directeur du réseau philosophique de l’interculturel Faculté de philosophie – Institut Catholique de Paris 6
INTRODUCTION
Faire saillir le lien unissant nos travaux sur Pascal à nos enquêtes sur la pop culture, c’est la tâche que nous nous 1 assignons dans le présent travail . D’où trois questions. Quelles sont les pointes de nos recherches pascaliennes ? Comment définir l’expression pop culture dont l’équivalent français 2 pourrait être culture moyenne ? Comment avons-nous circulé à l’intérieur de ladite culture ? Pour prendre en charge nos premières interrogations, nous ferons d’abord apparaître, après avoir rendu compte des linéaments de nos trois ouvrages sur Pascal, que ses écrits autorisent l’étude d’objets culturels de toutes sortes. Un bref rappel de ce qu’il dit de « l’honnêteté » et de la « diversification » justifiera notre affirmation. Ensuite, nous montrerons que ses propos ont non seulement autorisé, mais encore orienté notre démarche consistant à passer de la culture du XVIIe siècle à celle d’aujourd’hui. Ce second moment introductif, enraciné notamment dans une définition du mot libertin, visera en conséquence à expliquer comment et
1  Celui-ci est la reprise d’un mémoire d’une habilitation à diriger des recherches (littératures comparées) soutenue le 22 mai 2014 à l’université d’Artois devant un jury composé de : Monsieur Christian Chelebourg – Professeur, Université de Lorraine (président et rapporteur), Madame Chantal Lapeyre-Desmaison – Professeur, Université d’Artois (rapporteur), Monsieur Jean-Marie Seca – Professeur, Université de Lorraine (rapporteur), Madame Isabelle-Rachel Casta – Professeur, Université d’Artois (directrice de recherche), Madame Suzanne Bray – Professeur, Institut Catholique de Lille, Madame Erica Durante – Professeur, Université Catholique de Louvain et Monsieur Jean-François Petit – Maître de conférences HDR, Institut Catholique de Paris. Messieurs Bruno Péquignot – Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et Jean Bessière – Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, étaient par ailleurs les pré-rapporteurs de notre dossier de candidature à l’habilitation. La présente note nous donne à nouveau l’occasion d’adresser des remerciements vifs à toutes ces personnes. 2  Disons simplement ici avec Dominique Wolton à qui nous empruntons l’expression que « la culture moyenne a ses propres valeurs, ses propres normes […] c’est à la fois la musique, le cinéma, la publicité, les médias, la télévision, la mode, les styles de vie » (cf.Penser la communication,Champs Flammarion, Paris 1997, p. 378).
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pourquoi le texte pascalien nous a jeté dans la sphère de la pop 3 culture et que c’est par le truchement des tribus musicales que nous nous sommes rapporté à ladite sphère. D’où, ici, une présentation de nos deux livres ne portant pas,a priori, sur le penseur de Port-Royal. Enfin, dans un troisième temps, nous entrerons davantage dans l’intelligence de notre approche pascalisante des tribus ; dans cette perspective, nous légitimerons l’hypothèse selon laquelle l’ambivalence de l’adepte du tribalisme musical illustre la vision pascalienne 4 d’un homme sujet « d’étonnantes contrariétés » (149) . Là, nous serons prêt à formuler une problématique capable de témoigner de la cohérence de nos travaux. Pascal autorise l’étude d’objets culturels de toutes sortes I - OBJET DE NOS TRAVAUX SUR PASCAL Souligner que pour le penseur de Port-Royal la question de Dieu est aussi celle de l’homme ; c’est l’intention ayant commandé toutes nos recherches pascaliennes. Pour ce faire, nous n’avons eu de cesse de scruter ce que nous avons appelé
3  Unetribu musicale apparaît d’abord comme un groupe urbain, plutôt restreint, dont la sociabilité élective et sélective est d’abord dynamisée par des affinités musicales communes. Le son est donc le régulateur socio-culturel de la mouvance, car il satellise des façons de s’habiller, de se comporter, de penser, une esthétique (désir d’éprouver des émotions en commun) qui permettent au jeune adepte de mieux se rapporter à lui-même, aux autres et au monde. Nous braconnons une telle acception du terme au Michel Maffesoli du Temps des tribusParis, 1988) ou de la (Klincksieck, Tribalisation du monde(Grasset, Paris, 1992) 4  Sauf exception signalée, les références sont données pour Pascal, suivant l’édition Lafuma desŒuvres Complètes,coll. « Seuil, 1963,L’intégrale », abrégé O.C. PourLes Pensées;, seul le numéro des fragments est indiqué pour les autres textes, l’abréviation O.C. est suivie de la page et précédée du titre du texte.
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5 l’humanisme de la grandeur de Blaise Pascal. Dans notre premier ouvrage intituléDialectique de la misère et de la 6 grandeur chez Blaise Pascal, nous nous sommes efforcé de montrer que sous le dessein proprement apologétique des 7 Pensées , il y a, chez Pascal, la volonté d’élaborer un humanisme chrétien de la grandeur. Ce geste, qui n’est rien 8 d’autre qu’une exploitation méthodique de thèses germinatives 9 10 émises par Jacques Chevalier , Albert Béguin , Hans Urs Von 11 12 Balthasar et Éloi Leclerc (pour en ce lieu ne citer qu’eux), ne va toutefois pas de soi. En effet, une très forte tradition interprétative a exilé Pascal de la sphère de l’humanisme chrétien. Et ce pour une raison majeure : chez saint Thomas, où nous trouvons l’humanisme chrétien sous sa forme la plus pure, l’esprit humain peut par exemple, sans le secours de la révélation, instaurer des lois justes ou démontrer par la raison
5  Par humanisme, nous entendons globalement et provisoirement un optimisme témoignant d’une foi dans les capacités naturelles de l’homme, tant pour la connaissance que pour la conduite. 6  L’Harmattan, Paris, 2001. Nous abrégeons désormaisDMG. En outre, les notes de bas de page renvoyant à nos propres ouvrages seront suivies du signe. Ainsi seront-elles distinguées des autres notes. 7  Nous considérons que lesPensées gagnent en intelligibilité si elles sont rapportées aux autres écrits de notre auteur. Aussi pour mener à bien notre projet, avons-nous rapporté l’Apologie àLa lettre sur la conversion du pécheur(1653) auTraité du triangle arithmétique(1654), àL’Entretien avec Monsieur deSacy(1655), àL’abrégé de la vie de Jésus-Christ(1655), à l’opuscule intitulé deL’Espritgéométrique(1655), auxÉcrits sur la grâce(1655) auxLettres aux Roannez (septembre à décembre 1656) aux Provinciales(janvier 1656, mars 1657) auxÉcrits des Curés de Paris(décembre 1657 – juin 1658) auxLettres de Pascal à sa sœur Gilberte (1660), àLa Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies(1660) et auxDiscours sur la condition des grands(1660). 8  Nous revenons tout de suite sur le sens que nous donnons à l’expression ; avant cela, nous allons dans les notes 9 à 12 indiquer précisément des lieux où la thèse d’un Pascal humaniste peut se trouver. 9 Pascal, Plon, Paris, 1922, p. 109. 10 Pascal,éd. du Seuil, 1952, p. 111. 11 Vérité de Pascal, Essai sur la valeur apologétique des Pensées, éd. de l’œuvre de Saint-Augustin, St. Maurice, 1951, p. 294. 12 Rencontre d’immensités, Paris, Desclée De Brouwer, p. 163. 9