Penser la philosophie de Plotin Tome I

Penser la philosophie de Plotin Tome I

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Français
292 pages

Description

Cet ouvrage nous plonge dans une recherche difficile et exigeante de l'histoire de la pensée philosophique ancienne et se donne pour objet l'examen de la philosophie de Plotinus (205-270 apr. J.-C, philosophe gréco-romain de l'Antiquité tardive). Cet examen s'accompagne, eu égard aux différents thèmes développés dans les Ennéades, de l'étude approfondie de tous les cinquante-quatre traités, avec une attention particulière sur des idées qui mettent en évidence l'originalité de la pensée de Plotin, à partir de Platon et d'Aristote : la nature de l'intelligence et l'au-delà de l'intelligence, à savoir l'Un.



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Informations

Publié par
Date de parution 24 mai 2019
Nombre de lectures 10
EAN13 9782140122378
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Sœur Gilles Aimée CISSE
PENSER LA PHILOSOPHIE DE PLOTIN
Tome I
Autour des cinquante-quatre traités
Le livre du professeur Gilles Aimée CISSE est une source intarissable
de connaissance s dans la mesure où il nous plonge dans une recherche
rarissime, diffcile et exigeante de l’histoire de la pensée philosophique
ancienne. Il se donne pour objet l’examen de la philosophie de Πλωτῖνος
(Plotinus, 205-270 apr. J.-C, philosophe gréco-romain de l’Antiquité tardive).
Cet examen s’accompagne, eu égard aux différents thèmes développés
Tome Idans les Ennéades, de l’étude approfondie de tous les cinquante-quatre PENSER traités avec une attention particulière sur des idées qui mettent en évidence
l’originalité de la pensée de Plotin, à partir de Platon et d’Aristote : la nature
de l’intelligence et l’au-delà de l’intelligence, à savoir l’Un. Pour Plotin, LA PHILOSOPHIE
l’univers est composé de trois réalités fondamentales : l’Un, l’Intelligence et
l’Âme. L’homme, partie du monde sensible, doit par l’introspection
remonter de l’Âme à l’Intelligence, puis de l’Intelligence à l’Un afin DE PLOTIN
d’accomplir ainsi une union mystique avec le Dieu par excellence.
Plus qu’un panorama de thèmes variés de la philosophie de Plotin, ce
livre consacré à un auteur majeur de l’Antiquité gréco-romaine amorce une
nouvelle méthode de lecture du passé, en alliant approche pédagogique, Tome I
rigueur philosophique et clarté dans la façon de procéder. Bref, ce livre est
une source jaillissante des lumières antiques dans sa forme originale. Autour des cinquante-quatre traités
Religieuse de l’Immaculée Conception de Castres et Docteur en
Philosophie, la Sœur Gilles Aimée CissE enseigne la
philosophie ancienne à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar,
au Centre Saint-Augustin de Dakar/Institut de philosophie et de
théologie et anime des séminaires à l’Université Catholique
d’Afrique de l’Ouest (UCAO) et à l’Université d’Angers (UCO).
Parallèlement à ses activités universitaires, elle dirige depuis une quinzaine
d’années la merveilleuse Institution Immaculée Conception de Dakar.
Préface de Placide M a n d o n a
ISBN : 978-2-343-17238-5
24 €
PENSER LA PHILOSOPHIE DE PLOTIN
Sœur Gilles Aimée C i s s é






PENSER LA PHILOSOPHIE
DE PLOTIN


Tome I

AUTOUR DES CINQUANTE-QUATRE
TRAITÉS




Sœur Gilles Aimée CISSE
PENSER LA PHILOSOPHIE
DE PLOTIN
Tome I
AUTOUR DES CINQUANTE-QUATRE
TRAITÉS
Préface de Placide MANDONA© L’Harmattan-Sénégal, 2019
10 VDN, Sicap Amitié 3, Lotissement Cité Police, DAKAR
http://www.harmattansenegal.com
senharmattan@gmail.com
senlibrairie@gmail.com
ISBN: 978-2-343-17238-5
EAN: 9782343172385Ce livre est une version remaniée de ma thèse de
doctorat qui fut présentée et soutenue en 2012 à
l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Mes plus vifs
remerciements s’adressent aux professeurs Djibril Samb,
directeur de thèse, ainsi qu’aux professeurs
AloyseRaymond Ndiaye, Sidy Diop et feu Pierre Sarr,
respectivement rapporteur et membres.
Je salue les éditions L’Harmattan du Sénégal, le Centre
Saint-Augustin de Dakar et l’Université Cheikh Anta
Diop de Dakar qui m’ont permis de poursuivre mes
recherches en enseignant la philosophie ancienne.
J’exprime ma profonde gratitude envers ma
congrégation religieuse, ma famille et tous ceux qui ont
concouru à la réalisation de cette œuvre. Je remercie
spécialement Placide Mandona pour la complicité
intellectuelle qui nous lie.
7 À mon défunt père Joseph CISS
et à toute ma famille
9 SOMMAIRE
PRÉFACE ---------------------------------------------------------------------- 13
AVERTISSEMENT ---------------------------------------------------------- 17
INTRODUCTION ----------------------------------------------------------- 19
PREMIÈRE PARTIE
Esthetique et Éthique ------------------------------------------------------- 23
DEUXIÈME PARTIE
Typologie des ames --------------------------------------------------------- 57
TROISIÈME PARTIE
Ontologie et epistemologie ----------------------------------------------- 87
QUATRIÈME PARTIE
Métaphysique --------------------------------------------------------------- 121
CINQUIÈME PARTIE
Intelligence et Intelleligibles --------------------------------------------- 159
SIXIÈME PARTIE
Considérations existentielles -------------------------------------------- 219
CONCLUSION ------------------------------------------------------------- 269
BIBLIOGRAPHIE ---------------------------------------------------------- 275
11 PRÉFACE
PENSER LA PHILOSOPHIE
DE PLOTIN : ÉLUCIDATION
DES CINQUANTE-QUATRE TRAITÉS
Le livre de l’auteure Gilles Aimée CISSE est une source intarissable
de connaissance, dans la mesure où il nous plonge dans une recherche
rarissime, difficile et exigeante de l’histoire de la pensée philosophique
ancienne. D’aucuns constatent depuis des lustres les difficultés liées à la
recherche antique, formidable et difficile équation pour faire mieux ou
pour faire revivre la philosophie. Lire Socrate à partir de Platon ou de
Xénophon, étudier le philosophe de l’Académie avec un regard critique de
son éthique ou encore aborder Aristote avec les limites ontologiques de sa
métaphysique cesse d’être un mea culpa lorsque la science voudrait
répondre à ses exigences les plus fondamentales. Dès lors, s’atteler à
produire une œuvre à l’instar de Jean Brun, d’Émile Bréhier, de
Pierre Hadot, d’Alexis Philonenko et de tous les philosophes de renom,
mérite une attention toute particulière. C’est, je crois, l’onctuosité
papelarde d’un laudateur convaincu que je tenterai, à l’orée de cette
préface, d’éclaircir. Ce livre est, pour dire vrai, de nature à faire remonter
le temps et à guider l’être vers la quête initiale de son existence active.
La Sœur Gilles Aimée CISSE est particulièrement qualifiée pour
traiter la matière qui fait l’objet de son bel ouvrage, compte tenu de sa
brillante formation académique à l’Université Cheikh Anta Diop de
Dakar. Docteure en philosophie à l’issue de la soutenance d’une thèse
formidable qui lui a valu la confiance d’exercer en tant que professeure
d’université, l’auteure enseigne depuis lors l’histoire de la philosophie
ancienne à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et au Centre
SaintAugustin de Dakar. Actuellement directrice d’une des grandes écoles du
13
Sénégal, elle multiplie articles scientifiques et séminaires sur la
philosophie ancienne et l’épistémologie dans beaucoup de carrefours
intellectuels. Elle est, à travers tout ce qui vient d’être dit, une témoin
aguerrie de l’histoire de l’enseignement de la philosophie, notamment de
l’Antiquité hellénistique.
L’ouvrage se donne pour objet l’examen de la philosophie de
Πλωτῖνος (Plotinus, 205-270 apr. J.-C., philosophe gréco-romain de
l’Antiquité tardive). Cet examen s’accompagne, eu égard aux différents
thèmes développés dans les Ennéades, de l’étude approfondie de tous les
cinquante-quatre traités avec une attention particulière sur des idées qui
mettent en évidence l’originalité de la pensée de Plotin à partir de Platon
et d’Aristote : la nature de l’intelligence et l’au-delà de l’intelligence, à
savoir, l’Un. Pour Plotin, l’univers est composé de trois réalités
fondamentales : l’Un, l’Intelligence et l’Âme. L’homme, partie du monde
sensible, doit par l’introspection remonter de l’Âme à l’Intelligence, puis
de l’Intelligence à l’Un, afin d’accomplir ainsi une union mystique avec
le Dieu par excellence.
Plus particulièrement, les Ennéades de Plotin regroupent
cinquantequatre traités répartis, par son disciple Porphyre de Tyr, en six tomes de
neuf traités chacun. Chaque tome dudit ouvrage traite diverses questions
d’essence philosophique. Le pourfendeur de la théorie néoplatonicienne
aborde, dans sa magna charta, l’ensemble de la philosophie. Il va de la
question du beau, beauté intellectuelle et beauté des corps, mieux de
l’intelligible au sensible à la question des biens en passant par les
problématiques de l’Un, de la séparation de l’âme et du corps, de la
technique, etc. La lecture d’ensemble des six Ennéades donne la possibilité
de comprendre la césure effective des intuitions philosophiques comme
synthèse et approche de la pensée qui va des préoccupations
présocratiques à l’âge classique de la philosophie, avec un regard aigu sur
les courants de la pensée antique, notamment le cynisme, le cyrénaïsme,
l’école d’Élis, l’École mégarique (les écoles socratiques), ou encore le
stoïcisme, le jardin d’Épicure, le scepticisme, la Nouvelle Académie,
l’éclecticisme (les écoles de la période hellénistique).
C’est ici le moment de dire que la philosophie contenue dans les
Ennéades aborde à la fois la theoria et la praxis. Elle est philosophie
théorique parce qu’elle touche au firmament de l’être et à ses périphéries,
14
occasion inaugurée par Parménide, malheureusement mise en épochè.
Elle est aussi theoria, par son approche philosophique, à travers une
hypostase considérable, « l’âme » mais aussi par le biais de l’explication
du destin, des idées, de la providence et de tout ce qui touche aux réalités
eschatologiques. Elle est également pratique, dans la mesure où elle
explicite, mutatis mutandis, la question du sens dont le telos serait
éthique. C’est le moment propice pour parler du bonheur, du bien, de
l’amour, de la liberté et de la volonté de l’Un, des vertus, etc. Par son
rayonnement pratique, cette philosophie touche bien à la nature et à ses
sciences connexes.
Bien entendu, l’approche des Ennéades est une investigation
scientifique à la globalité des thèmes majeurs de la philosophie et de ses
sciences auxiliaires, citons ad libitum : l’éthique, l’épistémologie, la
philosophie de la nature, la géométrie, la métaphysique, la théodicée,
l’esthétique, la sociologie, l’anthropologie, la zoologie, etc. Ainsi, avec
Plotin, la philosophie est globale, voire globalisante ; elle poursuit une
synthèse indéboulonnable dans l’univers continu de ses prédécesseurs
anciens. On trouve, certes, dans les traités plotiniens, l’ombre des trois
philosophes classiques, à savoir, Socrate, Platon (Académie) et Aristote
(lycée et l’école péripatétique). Par ricochet, Les Ennéades ouvrent dans
la foulée des perspectives de ce que d’aucuns qualifient de
« néoplatonisme ». C’est toujours Plotin qui va inaugurer, d’une façon
ou d’une autre, les bases de la théologie chrétienne par le truchement des
Pères de l’Église.
L’approche exposée par le professeur Gilles Aimée CISSE pourra
paraître austère. Elle est cependant celle d’une personne soucieuse de la
cohérence des idées, exigence fondamentale de la recherche philosophique
de haut niveau ; celle aussi d’une science marginale qui n’ignore ni la
superficialité dans la façon de procéder ni la possibilité d’ouverture à
l’infini visible. Elle analyse, commente et résume chaque traité en lui
donnant une plus-value scientifique. C’est en cela que se trouve, à mon
humble avis, son originalité heuristique. Elle ne prétend pas d’ailleurs
trancher sur des correspondances inutiles. Il est clair qu’on ne saura
comprendre l’apport de cet ouvrage que lorsqu’on pensera aussi à une
autre science marginale, « la tératologie ». Aussi, l’on peut sans doute
s’attendre à ce que la philosophie retrouve ses lettres de noblesse ancienne
15
en recourant à la source de ce qui est, au fond de ceux qui pensent au
pluriel et à la discipline des hypostases.
Nous ne doutons donc pas que les idées remarquables d’un livre qui
aborde une matière difficile, une auteure fondatrice et une littérature
spéciale trouveront bon accueil auprès de ceux qui exercent la raison.
L’auteure de cet ouvrage mérite des encouragements pour avoir osé nous
ramener aux sources de la pensée ancienne et toujours nouvelle. Pour le
dire comme Mademoiselle de Scudéry : « La gloire, écrit-elle, a besoin
d’autrui (…) ; un homme seul et absolument inconnu à tout le monde
n’aurait point de gloire, quelque mérite qu’il pût avoir ».
Espoir lucide d’une personnalité intellectuelle qui s’adonne à
l’Antiquité pérenne qui tend à mouvoir pour rendre pérenne la
philosophie, pour éclater le savoir de la source, je reste convaincu que ce
livre sera léger à transporter et lourd dans son contenu, et que les
professeurs d’université, les chercheurs, les étudiants et les passionnés de
l’hellénisme y trouveront matières premières pour comprendre avec clarté
les grandes idées du dernier des philosophes antiques. J’encourage
l’auteure tout en lui adressant mes sincères félicitations pour cet opus,
germe de la célébration de l’existence.

Placide MANDONA
Écrivain
Professeur de philosophie morale et d’histoire de la philosophie moderne à
l’Institut de philosophie et de théologie Saint-Augustin de Dakar,
Assistant de recherche à l’Université de Lubumbashi
Directeur de la Revue de philosophie et de théologie Rationalité Ardente
Candidat à la vie religieuse piariste (Ordre des Écoles Pies)

16


AVERTISSEMENT
Les citations sont classées directement dans le corps du texte en
suivant la logique référentielle de Plotin par le biais d’Émile
Bréhier en collaboration avec la Commission technique des statuts
de l’Association Guillaume-Budé.

1. PLOTIN, Ennéades I. Texte établi et traduit par
Émile Bréhier, Paris, Les Belles Lettres, 1989, 134 p.
2. PLOTIN, Ennéades II. Texte établi et traduit par
Émile Bréhier, Paris, Les Belles Lettres, 1956, 138 p.
3. PLOTIN, Ennéades III. Texte établi et traduit par
Émile Bréhier, Paris, Les Belles Lettres, 1956, 177 p.
4. PLOTIN, Ennéades IV. Texte établi et traduit par
Émile Bréhier, Paris, Les Belles Lettres, 1956, 236 p.
5. PLOTIN, Ennéades V. Texte établi et traduit par
Émile Bréhier, Paris : Les Belles Lettres, 1956, 174 p.
6. PLOTIN, Ennéades VI. Texte établi et traduit par
reÉmile Bréhier (1 partie), Paris, Les Belles Lettres,
1954, 213 p.
7. PLOTIN, Ennéades VI. Texte établi et traduit par
eÉmile Bréhier (2 partie), Paris, Les Belles Lettres,
1954, 299 p.

17 INTRODUCTION
Comment décrire la philosophie de Plotin, sa place et sa
finalité dans l’existence de la pensée ancienne, voire
actuelle ?
Commençons par écouter ce que le philosophe des
Ennéades entend par « approche de la question
existentielle », en précisant les corrélats de ses
investigations. Quelle idée se fait-il de l’existence ? Quelle
image se fait-il des hypostases en analysant les traits
majeurs de sa philosophicité ? Dernière mais première est la
question : quel est le contexte d’émergence de la philosophie
de Plotin ?
Certes, le contexte de l’émergence de la philosophie
plotinienne est celui du combat contre les gnostiques qui
voulaient interpréter Platon dans un sens religieux et non
philosophique. Ce sont les gnostiques qui, les premiers, ont
voulu établir des parallèles entre la pensée de Platon et
l’Évangile fraîchement répandu à Rome. Ils ont tenté
d’ouvrir des universités religieuses et se sont heurtés à
Plotin qui luttait pour rétablir l’authenticité de la
philosophie du maître de l’Académie. C’est donc un
contexte essentiellement épistémologique qui a prévalu à
l’épanouissement de la philosophie plotinienne.
Le présent livre se veut une investigation
épistémologique sur l’ensemble de la pensée de cet illustre
homme de l’Antiquité tardive. C’est dans ce sens que nous
subdivisons le livre en six parties de diverses thématiques
19
qui répondent aux normes de la procédure plotinienne dans
son opus que Porphyre de Tyr a appelé Ennéades.
Dans la première partie, nous abordons l’idée du beau
qui s’accompagne de sa structure cumulée. Est belle l’action
embellissante de la forme en affinité avec l’activité de l’âme,
les beautés sensibles, les affects liés à la beauté et la réalité
de la beauté pensée à partir de la purification. En effet,
l’union de l’âme au beau et au bien est pour l’âme une
beauté radieuse. Il s’agira aussi, dans la suite de nos
investigations, d’aborder d’autres thèmes qui ne sont pas à
négliger. C’est la question de l’immortalité de l’âme avec
son développement achevé. L’âme est pensée selon ses
possibilités tant positives que négatives mais aussi l’âme en
tant que réfutation de l’idée stoïcienne. Le troisième traité
aborde l’essence implacable de l’existence, c’est-à-dire le
destin. C’est une philosophie qui s’inscrit dans une
démarche purement métaphysique. Qu’est-ce qui cause la
cause ? Quelle est la réalité de ce qui surgit à
brûlepourpoint, dans le subitement ou dans la cohérence
incohérentiste de l’avènement ? C’est aussi un retour à
l’essence de l’âme dans ses diverses péripéties mais
également le moment idéal du cinquième traité qui touche à
une autre hypostase, à savoir, l’intelligence. Intelligence des
idées et de l’être comme aussi la forme de l’intellect.
Comment se présente-t-il ? Tout aussi intéressante est la
suite de ce que Plotin imagine dans son sixième traité,
lorsqu’il aborde l’idée du Premier et des choses qui viennent
de lui. En homme curieux, on se demanderait qu’est-ce qui
est premier ou qui est premier ? Moment kayros pour
aborder le Premier comme dans sa propriété impartageable.
Il est Un parce qu’il n’y a pas d’autres un. Il est l’Un parce
qu’il est l’Un ; c’est cela sa caractéristique fondamentale. Il
est, comme l’avait dit Saint Thomas d’Aquin, « l’Ipsum esse
20
subsistens », mieux, il existe par Lui-même. Cette partie nous
introduit à toutes les conséquences de la théologie
chrétienne sur Dieu comme Être différent sans indifférence
dans une différence semblable à ses êtres. Il reste
l’Incomparable. Il est et sans l’être. Au-delà de tout, passons
au huitième traité qui explore l’unité des âmes. Autant de
caractéristiques qui lui sont connaturelles. Et au final, l’idée
du Bien revient avec force et plonge l’admiration de l’Être
Bien ou de l’Un. La source de ce qui est ne peut qu’être Bien,
le cas échéant, formidable est son nom. Il cesserait d’être
l’Un au cas où il abandonnerait sa nature.
La question de l’Âme est d’une importance
incommensurable dans la logique plotinienne. En effet, en
tant que néoplatonicien, par rapport à la conception de
l’âme, à son rôle et à sa position dans le système plotinien,
en quoi Plotin est-il resté fidèle à Platon ? Quelles sont les
limites de cette fidélité ? À quel moment s’opère la rupture ?
Jusqu’où mène cette rupture ? Peut-on parler de
contradictions, d’enrichissement ou de dépassement par
rapport à la pensée de Platon sur l’âme ? Plotin
recommande de veiller sur l’âme et, ce faisant, il semble
s’intéresser particulièrement à cette dernière. Mais pour
recouvrer le vrai sens de l’âme, il convient de se projeter sur
son symétrique, le corps car le rejet du corps peut conduire
au déni de l’âme. L’intérêt d’une telle étude réside dans la
mise en exergue de la philosophie plotinienne. En effet, la
philosophie de Plotin est une philosophie de la réalité
intelligible qui place l’âme au niveau intelligible mais elle
n’a pas fait fi du sensible puisque la place du corps y est
présente, bien que secondaire dans sa préoccupation. Selon
Plotin, l’âme a un statut, compte tenu de ses fonctions et de
son rôle. Elle est une intermédiaire entre le monde
intelligible et le monde sensible. En effet, elle est au dernier
21
niveau des réalités intelligibles et au premier niveau de la
réalité sensible dans laquelle elle a été envoyée pour
l’animer. L’âme se conçoit par rapport au corps puisque ce
dernier lui sert d’instrument et lui permet d’opérer le
mouvement de la conversion qui lui fait recouvrer l’Un. La
philosophie de Plotin qui recommande le soin à accorder à
l’âme, reconnaît quand même une certaine utilité au corps
en tant que siège et point d’appui dont se sert l’âme. Le
corps, comme outil de l’âme, est un appui pour cette
dernière dans l’accomplissement de sa fonction cosmique.
Dans l’exercice de cette tâche, tant que l’âme reste plongée
dans le corps, elle garde en mémoire le souvenir des beautés
contemplées avant son incarnation. Dans le retrait de la
contemplation, l’âme pure oublie les choses d’ici-bas et ne
connaît pas les troubles liés à l’imperfection du corps. Par
l’effort de l’ascension, elle se dégage du corps. Baignant
dans la vision intellectuelle, elle n’a pas besoin de se
souvenir. Dès lors, la mémoire lui est inutile dans le monde
suprasensible.
À partir de la deuxième partie jusqu’à la dernière, nous
poursuivons les idées de Plotin dans ses diverses
investigations et trouvons lucides ses recherches. C’est dans
ce sens que nous affirmons que cette philosophie joue un
rôle considérable dans la rationalité pérenne. Elle est
néoplatonicienne en s’ouvrant à la postérité chrétienne.

22






PREMIÈRE PARTIE

ESTHETIQUE ET ÉTHIQUE
L’âme n’est belle que par l’intelligence, et les autres choses,
soit dans les actions, soit dans les intentions, ne sont belles
que par l’âme qui leur donne la forme de la beauté.
Plotin, Ennéades (1 [I, 6] 6).

23


INTRODUCTION
Cette première partie englobe neuf traités d’importance
inégale et aborde plusieurs thèmes de notre philosophe. Elle
concerne donc le premier tome des Ennéades et touche la
question du beau, de l’immortalité de l’âme, du destin, de
l’intelligence, des choses qui viennent du Premier, du Bien
ou de l’Un. La question de l’âme est centrale dans la logique
plotinienne c’est ainsi qu’elle revient sous plusieurs
facettes : de l’immortalité de l’âme, de son essence, de sa
descente dans le corps et de son unité. Il sera question, dans
cette première partie, d’élucider en résumé, les différentes
problématiques soulevées par le fondateur du
néoplatonisme. Aussi faut-il ajouter que les premières
Ennéades sont à prendre dans un angle purement éthique,
d’où un horizon vers la question du sens.
TRAITÉ 1 (I, 6) DU BEAU
La vertu est la beauté de l’âme. Même si l’âme est
composée de parties, il n’y a pas de symétrie comme dans
les autres corps (1 [I, 6] 1).
Le propre de l’idée est d’ordonner, de combiner les
parties dont un être est fait en une unité cohérente. La beauté
de cet être réside dans son unité retrouvée et elle se répand
dans toutes ses parties réunifiées. Lorsque cette beauté
survient dans un être un et homogène, elle donne la même
beauté à l’ensemble. C’est comme si une puissance naturelle
donnait à l’être hétérogène et à ses parties la beauté, de la
même façon qu’elle la donne à un être homogène (1 [I, 6] 2).
24
Il n’est pas donné à la sensation de percevoir les beautés
les plus élevées. Il faut remonter plus haut et les contempler
en abandonnant la sensation qui doit rester en bas. Quand
on a une âme capable de les contempler, en les voyant, on
éprouve une joie, un étonnement et un effroi bien plus forts.
Il est possible d’éprouver ces émotions à l’égard des choses
invisibles. Toute âme les éprouve mais c’est surtout l’âme
qui en est amoureuse (1 [I, 6] 4).
Concernant les beautés élevées, imperceptibles par les
sens, l’âme les voit et se prononce sur elles sans les organes
de sens. On ne peut se prononcer sur les beautés sensibles
sans les avoir vues. De la même manière, l’âme ne peut se
prononcer sur les beautés élevées si elle ne les a pas
contemplées et aimées. En contemplant les beautés élevées,
l’âme éprouve une joie, un plaisir immense, supérieur à
celui qu’elle éprouve devant les beautés sensibles. Mais
pour éprouver cette joie, il faut être amoureux de la beauté
car tous la voient mais tous n’en ressentent pas cette joie
(1 [I, 6] 4).
L’âme purifiée devient une forme, une raison
incorporelle, intellectuelle appartenant au divin où se
trouve la source de la beauté. Donc l’âme intelligente,
purifiée, a une beauté qui ne lui est pas étrangère mais qui
lui est propre et parce que l’âme est réellement isolée
(1 [I, 6] 6).
Si on voit le Bien, on ressent un plaisir, un amour
tellement fort qu’on oublie les plaisirs et l’amour d’ici-bas.
Cet être (le Bien) est la véritable et la première beauté qui
embellit ses propres amants et les rend dignes d’être aimés
(1 [I, 6] 7).
Ce sont les vrais amoureux qui éprouvent cette joie et
cette ivresse. Ils les éprouvent non pas à propos des choses
25
sensibles mais à propos de l’âme où brille l’éclat de la
tempérance et de la vertu. Cette joie, on l’éprouve en
soimême ou dans la grandeur d’âme des autres, en y voyant la
grandeur, la pureté, le courage et surtout l’intelligence qui
est d’essence divine (1 [I, 6] 4).
Le bien et la beauté de l’âme consistent à ressembler à
Dieu, source du beau et de tout ce qui constitue le domaine
de la réalité. La beauté est donc une réalité différente de la
laideur, elle est aussi le bien d’où l’intelligence tire sa beauté.
L’âme est belle par intelligence et elle donne beauté aux
actions et aux préoccupations en leur imprimant sa forme.
Elle rend beaux les corps qui peuvent participer à la beauté
(1 [I, 6] 6).
L’âme ne peut voir le beau sans être belle. Si l’on veut
contempler Dieu et le beau, il faut devenir divin et beau (1
[I, 6] 9).
La laideur
Toute chose qui ne participe pas à une raison et à une
forme est laide. La laideur est non-participation à l’idée
(1 [I, 6] 2).
Toute chose privée de forme est destinée à recevoir une
forme et une idée reste laide et étrangère à la raison divine
tant qu’elle ne participe pas à une raison ou à une forme et
c’est là l’absolue laideur. Est donc laid tout ce qui n’est pas
dominé par une forme et par une raison. La matière est laide
parce qu’elle n’a pas été informée par l’idée (1 [I, 6] 2).
L’âme elle-même est belle mais mélangée à ce qui n’est pas
elle, au corps par exemple, elle perd sa pureté et sa beauté.
Inclinée aux plaisirs impurs, elle devient intempérante,
injuste car elle pense aux objets corporels. Cette âme devient
méconnaissable et on ne voit en elle que l’impureté qui la
26
recouvre. On voit donc que la laideur de cette âme vient de
ce mélange avec le corps. En lui enlevant cette impureté,
l’âme retrouve sa pureté et sa beauté (1 [I, 6] 5).
L’œil et la vision
L’œil intérieur ne voit rien au début. Il doit lutter,
s’accoutumer à sa nouvelle situation, percevoir petit à petit
les réalités pures jusqu’à la vision claire et pure. Celui qui
voit cette lumière se confond avec elle, devient une lumière
véritable, incommensurable, illimitée. Il devient alors une
vision ; il n’a plus besoin de guide. Il peut voir la grande
beauté car l’œil ne voit que ce qui lui ressemble (1 [I, 6] 9).
Les vertus
La vraie tempérance consiste à ne pas s’unir aux plaisirs
du corps mais à les fuir. Le courage consiste à ne pas
craindre la mort qui est séparation de l’âme et du corps (1 [I,
6] 6).
Les beautés sensibles
Les beautés sensibles sont des symétries de parties,
chaque partie étant belle non pas par elle-même mais par
cette symétrie. C’est donc par autre chose que les corps sont
beaux. Cela est valable dans les belles occupations et dans
les beaux discours car on y trouve des symétries qui
constituent leur beauté (1 [I, 6] 1).
La beauté des corps est une qualité sensible. Dès la
première impression, l’âme qui la voit la reconnaît et s’y
ajuste. Cela parce que l’âme est proche de l’essence réelle qui
lui est supérieure. De ce fait, elle se complaît de la vue des
choses qui lui ressemblent ou des traces de ces choses.
27
Étonnée de les voir, elle les tire à elle. Il y a donc
ressemblance entre les beautés là-bas et de celles d’ici. Elles
participent toutes à une idée (1 [I, 6] 2).
La faculté de l’âme correspondant à cette beauté la
reconnaît et la juge. Le reste de l’âme participe à ce jugement
(1 [I, 6] 3).
La beauté corporelle c’est la beauté en soi répartie selon
différentes parties du corps et se manifestant dans la
multiplicité. La beauté d’un corps lui vient d’une forme qui
unifie ses diverses parties en une unité cohérente et d’une
lumière incorporelle qui est raison et unité. De là vient le fait
que, de tous les corps, le feu est beau en lui-même car il
occupe le rang de l’idée. Plus élevé, plus léger, voisin de
l’incorporel, il est le seul qui n’accueille jamais mais qui est
accueilli par les autres éléments. Il est le seul qui possède la
couleur et la forme qu’il transmet aux autres éléments. Il
éclaire et brille car il est idée. Les harmonies musicales
imperceptibles aux sens font les harmonies sensibles grâce
auxquelles l’âme saisit la beauté. Elles produisent dans un
sujet différent de l’âme une identité par la mesure des
nombres qui sont dans un rapport subordonné à l’action
souveraine de la forme (1 [I, 6] 3).
La beauté visible est une symétrie des parties les unes par
rapport aux autres et par rapport à l’ensemble (1 [I, 6] 1).
La beauté du corps est une qualité qui devient sensible
dès la première impression. La beauté du corps dérive de sa
participation à une raison venue des dieux. Celle d’une
couleur simple lui vient d’une forme qui domine l’obscurité
de la matière et la présence d’une lumière incorporelle qui
est raison et idée (1 [I, 6] 2).
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