Penser la philosophie de Plotin Tome III

Penser la philosophie de Plotin Tome III

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Français
270 pages

Description

"Avec ce vre qui explicite les fondements de la pensée de Plotin, la soeur Gilles Aimée Cisse nous montre le chemin sûr d'une compréhension indiscutable, elle approfondit la substance du mariage hypostatique autrement, bref, elle ouvre une nouvelle grille de compréhension plotinienne. Pour parachever Plotin, l'enjeu principal de ce formidable opus est de parfaire le chemin philosophique ancien, aller à l'ultime moment de la pensée et méditer sur le socle de la réalité existentielle dans sa configuration existentiale." (Extrait de la préface de Placide Mandona)



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Date de parution 24 mai 2019
Nombre de lectures 5
EAN13 9782140122361
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Sœur Gilles Aimée CISSE
PENSER LA PHILOSOPHIE DE PLOTIN
Tome III
Les fondements de la philosophie de Plotin
«...Avec cet admirable livre qui explicite les fondements de la
pensée de Plotin, la sœur Gilles Aimée Cisse nous montre le chemin
sûr d’une compréhension indiscutable, elle approfondit la substance du
mariage hypostatique autrement, bref, elle ouvre une nouvelle grille de
compréhension plotinienne. La transformation du monde en mal
d’autodétermination philosophique, de sérieux dans la façon de
Tome IIIprocéder ne se réalisera que par un passage à un niveau supérieur où, PENSER pour Plotin, toutes les formes de vie procèdent de l’activité spirituelle
rendue possible par l’ineffable perfection de l’Un. Pour parachever
Plotin, l’enjeu principal de ce formidable opus est de parfaire le LA PHILOSOPHIE chemin philosophique ancien, aller à l’ultime moment de la pensée et
méditer sur le socle de la réalité existentielle dans sa configuration
existentiale. Plus qu’un livre de philosophie consacré à un auteur DE PLOTINincommensurable de l’Antiquité, cet ouvrage est aussi le moment de la
célébration de ce que ne comprend pas notre nature naturante toujours
naturée par elle-même. Facile comme difficile, le livre garde et mérite Tome IIItoute son importance incontestable. Pour tout dire, il est l’un des
meilleurs livres de notre époque...» Les fondements de la philosophie de Plotin
(Extrait de la préface de Placide Mandona)
Religieuse de l’Immaculée Conception de Castres et Docteur en
Philosophie, la Sœur Gilles Aimée CissE enseigne la
philosophie ancienne à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar,
au Centre Saint-Augustin de Dakar/Institut de philosophie et de
théologie et anime des séminaires à l’Université Catholique
d’Afrique de l’Ouest (UCAO) et à l’Université d’Angers (UCO).
Parallèlement à ses activités universitaires, elle dirige depuis une quinzaine Préface de Placide M a n d o n ad’années la merveilleuse Institution Immaculée Conception de Dakar.
ISBN : 978-2-343-17240-8
22 €
PENSER LA PHILOSOPHIE DE PLOTIN
Sœur Gilles Aimée C i s s é








PENSER LA PHILOSOPHIE
DE PLOTIN


Tome III

LES FONDEMENTS
DE LA PHILOSOPHIE DE PLOTIN



Sœur Gilles Aimée CISSE
PENSER LA PHILOSOPHIE
DE PLOTIN
Tome III
LES FONDEMENTS
DE LA PHILOSOPHIE DE PLOTIN
Préface de Placide MANDONA © L’Harmattan-Sénégal, 2019
10 VDN, Sicap Amitié 3, Lotissement Cité Police, DAKAR
http://www.harmattansenegal.com
senharmattan@gmail.com
senlibrairie@gmail.com
ISBN: 978-2-343-17240-8
EAN: 9782343172408



Ce livre est une version remaniée de ma thèse de
doctorat qui fut présentée et soutenue en 2012 à
l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Mes plus vifs
remerciements s’adressent aux professeurs Djibril Samb,
directeur de thèse, ainsi qu’aux professeurs
AloyseRaymond Ndiaye, Sidy Diop et feu Pierre Sarr,
respectivement rapporteur et membres.

Je salue les éditions L’Harmattan du Sénégal, le Centre
Saint-Augustin de Dakar et l’Université Cheikh Anta
Diop de Dakar qui m’ont permis de poursuivre mes
recherches en enseignant la philosophie ancienne.

J’exprime ma profonde gratitude envers ma
congrégation religieuse, ma famille et tous ceux qui ont
concouru à la réalisation de cette œuvre. Je remercie
spécialement Placide Mandona pour la complicité
intellectuelle qui nous lie.









Au Docteur Jean-François DIENNE
et à son épouse Marie Ange.





SOMMAIRE
PRÉFACE -------------------------------------------------------------------------------------------------------------- 13

ARGUMENT ------------------------------------------------------------------------------------------------------- 21

INTRODUCTION -------------------------------------------------------------------------------------------- 23

PREMIÈRE PARTIE
Les hypostases plotiniennes ---------------------------------------------------------------------------- 27

DEUXIÈME PARTIE
L’essence de l’âme ----------------------------------------------------------------------------------------------- 67

TROISIÈME PARTIE
La typologie des âmes ---------------------------------------------------------------------------------------- 99

QUATRIÈME PARTIE
Les caractéristiques de l’âme ---------------------------------------------------------------------- 127

CINQUIÈME PARTIE
Les activités diacomestiques de l’âme ------------------------------------------------------ 169

SIXIÈME PARTIE
L’éthique plotinienne ------------------------------------------------------------------------------------- 213


CONCLUSION ----------------------------------------------------------------------------------------------- 255


RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ---------------------------------------------- 259

11


PRÉFACE
Le troisième tome de cette merveilleuse philosophie de Plotin dans sa
quête vers la compréhension existentielle et existentiale demande un effort
de lecture mais c’est un livre fondamental. Il représente un acte de
synthèse dynamique dans lequel plusieurs dimensions y sont
approfondies. Il offre en même temps une analyse incomparable de
l’approche de la philosophie de Plotin.
Cet ouvrage que nous offre la Sœur Gilles Aimée est intéressant
d’abord par la rareté méthodologique utilisée. Traversant à grands pas
l’histoire de la pensée pérenne des premiers siècles et l’abondante
philosophie propre à Plotin, notre auteure y remanie, y analyse et y ajoute
des clés de lecture indiscutables qui étonnent et donnent consistance à
l’ensemble de l’œuvre. Lorsqu’on lit les dimensions de cette merveilleuse
approche philosophique de Plotin, notre auteure se démarque de beaucoup
de ses devanciers qui avaient quelques objectifs de commenter un des
cinquante-quatre traités plotiniens. Ici, le livre est global, voilà qui
prouve à suffisance la profondeur d’une recherche philosophique lourde
de conséquences et faible à attaquer.
Respectable livre de philosophie, cette étude l’est par sa congruence
profonde avec l’actualisation et les données formidables. Il est en effet
frappant de noter à quel point l’auteure sait saisir ses lecteurs en mettant
les fondements de la philosophie de Plotin de façon extraordinaire. Elle
s’efforce d’élucider la problématique des hypostases plotiniennes,
l’essence de l’âme, la typologie des âmes, les caractéristiques de l’âme, les
diverses activités diacosmétiques de l’âme et l’analyse de l’éthique
plotinienne. Autant d’éléments difficiles, rarement abordés et richissimes
de sens.
Enfin, de grande portée philosophique, cet ouvrage l’est par sa
capacité rare et proprement philosophique comme psychologique,
théologique comme phénoménologique, anthropologique comme
13
métaphysique, éthique comme sociologique ; elle l’est aussi à partir de sa
reformulation et de son interprétation : « Les fondements de la
philosophie de Plotin », proposition très originale sur laquelle se clôt le
vrai discours philosophique lorsque l’on lit les tomes précédents. Mais il
est capital de noter que ces fondements de la philosophie de Plotin
adressent à la communauté rationnelle une problématique beaucoup plus
fondamentale et sont dans la foulée une sorte de bénédiction de la
philosophie au sens de bene dicere, c’est-à-dire de dire du bien de la
philosophie fondamentale.
Pour le dire avec autant de bruit, que disons-nous lorsque nous
semblons dire : « les fondements de la philosophie de Plotin » ? Comment
définir, de façon radicale, les fondements de la philosophie de Plotin ?
C’est par cette interrogation dépourvue de toute claustration bizarroïde
que notre auteure, fidèle à son souci de rejoindre au mieux les philosophes
de métier et ceux par circonstance, va entamer son livre. Reflet de sa très
large culture en philosophie générale, spécialement en philosophie
ancienne mais plus encore, de sa permanente ambition d’expression
philosophique affirmée, sa réponse consiste en une vaste route avec divers
horizons.
Répondre à la question précédente exige d’abord de comprendre que
l’école fondée par Plotin ne prétendait pas former de futurs politiciens,
comme l’Académie, ni des hommes de science comme le Lycée, ni proposer
le bonheur comme la Stoa ou le Jardin ; Plotin voulait montrer le chemin
qui mène à l’union intime avec Dieu. Éclairé ainsi d’une lumière divine,
il ne cherchait qu’à s’élever vers l’Être suprême, par les voies dont Platon
fait mention dans son Banquet. […] C’était cette union qui faisait tout
1l’objet des désirs de Plotin. Mais la pensée de Plotin ne se réduit pas à
un mysticisme : cette aspiration spirituelle est soutenue par une
explication rationnelle de la réalité, par une philosophie.
C’est dans ce sens que je comprends la Sœur Gilles Aimée Cisse
lorsqu’elle propose de distinguer dans la doctrine de Plotin quelques
points centraux, par exemple :
 l’élucidation de toutes les hypostases ;

1 Porphyre, Vie de Plotin, Paris, Vrin, 1982, p. 23.
14
 la séparation absolue entre le sensible et l’intelligible ;
 la transcendance absolue du premier principe ;
 l’éthique, etc.

L’on sait que Plotin distingue dans les réalités intelligibles trois
hypostases : l’Un, l’Intelligence et l’Âme, la troisième procédant de la
deuxième et celle-ci de la première, selon le même processus qui donne
origine au monde sensible. Tout procède de l’Un et tout doit retourner à
lui ; l’homme peut réaliser ce retour déjà dans cette vie par une union
mystique qui constitue sa fin ultime. C’est-à-dire que toute la réalité,
dans sa variété multiple, dérive d’un seul principe auquel elle demeure
2toujours liée à travers les hypostases successives. Ce qui est propre à
Plotin et, plus généralement, au néoplatonisme, est la façon de déterminer
l’ordre et les modalités des rapports que les hypostases entretiennent entre
elles ; ces rapports constituent la norme de la structure ontologique de la
réalité physique et, par conséquent, de la possibilité que l’homme atteigne
Dieu. Si le mouvement descendant explique la multiplicité à partir d’une
unité simple, le propre du mouvement ascendant que la pensée humaine
doit réaliser sera l’abstraction de la multiplicité, le dépassement des
différences, la simplification de la pensée, en se concentrant toujours sur
3une unité jusqu’à atteindre l’Un lui-même.
Notre spécialiste de Plotin élucide mieux la première réalité
plotinienne. En effet, premier principe, Dieu l’est de par l’appellation
originale de Plotin : « l’Un ». Le point de départ de la spéculation de
Plotin ont été les systèmes élaborés par les différentes écoles
enéopythagoriciennes et platoniciennes du II siècle. En continuant cette
tradition, Plotin approfondit et réfléchit sur les sujets classiques de la
pensée platonicienne : la transcendance et la nature du principe, la

2 Cf. Vous pouvez approfondir l’étude en lisant avec intérêt le livre
du professeur Inaki Yarza, Histoire de la philosophie antique (Historia
de la philosophia antigua). Une partie de mes propositions dans la
présente préface est une interprétation synthétisée à partir de ce
livre.
3 Inaki Yarza, Histoire de la philosophie antique (Historia de la philosophia
antigua), pp. 24-28.
15
distinction entre la réalité sensible et l’intelligible, la doctrine des idées,
la nature de l’âme. C’est ainsi que sa propre pensée mûrira ; le noyau
central est sa doctrine de l’Absolu et de la réalité divine. C’est-à-dire que
Plotin part de quelques postulats spéculatifs admis par la tradition
philosophique médio-platonicienne et néopythagoricienne qu’il développe
4et qu’il ne considère pas du tout nécessaires de démontrer.
À l’instar de nombreux philosophes précédents et de la même gnose,
Plotin conçoit la réalité intelligible comme étant formée par des
hypostases qui, à son avis, doivent être trois, ordonnées de façon
hiérarchique. Il lui faut clarifier leur nature et leurs rapports réciproques
en dépassant les apories que selon lui présentaient d’autres opinions. Le
problème fondamental est celui de la nature du principe, conçu par les
philosophes antérieurs comme une réalité intelligente. Plotin considère
que le premier principe, l’Un, pour pouvoir être vraiment transcendant,
doit être conçu comme absolument simple, sans aucune détermination
formelle et, en même temps parce qu’il est principe, devra pouvoir fonder
toute la multiplicité de l’univers. Sa condition de principe dépend de la
façon que Plotin et tout le platonisme en général ont de concevoir l’être :
à savoir, si être équivaut à consistance, détermination, condition
indispensable et préalable d’unité. Être est ce qui est identique à
lui5même, limité, un.
Tous les êtres, tant les êtres premiers que ceux qui reçoivent le nom
d’« être » à un titre quelconque, ne sont des êtres que par leur unité. Que
seraient-ils, en effet, sans elle ? Privés de leur unité, ils cesseraient d’être
ce qu’on dit qu’ils sont. Une armée n’existe point, en effet, si elle n’est
une ; il en est de même d’un chœur, d’un troupeau. Une maison, un
vaisseau non plus ne sont point s’ils ne possèdent l’unité ; en la perdant,
ils cesseraient d’être ce qu’ils sont (Ennéades, VI, 9, 1). Formulation
moins alambiquée qui démontre la naturelle richesse de Plotin et
l’affirmation est bien explicitée par la Sœur Gilles Aimée.
Le principe de toute réalité sera l’unité maximale, l’Un, que Plotin se
voit obligé, par pure logique, de priver de toute détermination. S’il doit
rendre compte de toute unité déterminée, de tout étant, il devra être lui-

4 Ibidem, pp. 25-35.
5 Ibidem.
16
même la simplicité absolue, principe sans principe, au-delà de toute réalité
déterminée, au-delà de l’être. Mais s’il en est ainsi, on ne peut pas
l’identifier avec le nous, l’intellect, ou l’Esprit parce que l’Esprit exerce
une activité à la structure double car il implique un sujet pensant et un
objet pensé. D’ailleurs, l’Esprit contient déjà en lui la multiplicité, les
idées. L’Esprit n’est pas l’Un et son contenu – les idées – ne peut pas être
une réalité originaire mais dérivée. L’Un est donc au-delà de l’Esprit ;
l’Un doit transcender la dualité pensant/pensé. Il ne peut pas être une
intelligence ni rien d’autre qui puisse être saisi conceptuellement par
l’intelligence humaine.
Pour Plotin, le principe, l’Un, est tout ce qui est différent de lui, toutes
les choses, dans ce sens qu’il en est la cause, que tout existe par lui, que sans
lui rien n’existerait. Mais en même temps, il n’est aucune des choses car sa
condition de principe exige son indétermination et par conséquent, sa
différence de tout ce qui est un étant justement parce qu’il est déterminé.
L’Un est toutes choses et n’est aucune de ces choses. Le principe de toutes
choses ne peut pas être toutes choses (Ennéades, V, 2, 1).
Par conséquent, l’Un sera aussi infini dans le sens de la plénitude de
la perfection, de son absolue puissance – ou energheia –, infini
immatériel, acte pur illimité, sans aucune détermination et donc ineffable.
Il n’est pas non plus limité car par quoi serait-il limité ? Il n’est pas non
plus infini de la manière dont on se représente une masse énorme car où
aurait-il besoin de s’étendre ? Serait-ce pour avoir quelque chose ? Mais
il n’a besoin de rien. C’est sa puissance qui est infinie. Il ne saurait ni
changer ni manquer de rien car les êtres qui ne manquent de rien ne le
doivent qu’à lui seul (Ennéades, V, 5, 10).
La deuxième activité, celle qui origine la procession de tout à partir de
l’Un, dépend nécessairement de la première ; dans ce sens, les choses
procèdent nécessairement de l’Un ; mais il faut tenir compte que l’essence
de l’Un est la volonté d’être ce qu’il est. Dans ce sens, la procession des
choses à partir de l’Un est une nécessité voulue. Chez l’Un, sa nature et
sa liberté coïncident avec son vouloir éternel parce que causer l’origine à
tout ce qui vient après lui est précisément la puissance absolue qui le
constitue en principe.
17
Le Nous ou Esprit, l’être, procède immédiatement de l’Un. Le
problème de fond, comme il l’a été dit, est celui de l’unité et de la
multiplicité. Comment le multiple peut-il dériver de l’Un ? Une telle
procession est graduelle et renvoie toujours à l’unité originaire.
L’Esprit est l’être, le premier être, la première substance indépendante
et déterminée, précisément à cause de sa distinction par rapport à l’Un.
L’Esprit procède de l’Un et renvoie à l’Un, lui-même étant unité. Une
unité différente de l’unité originaire car l’Esprit implique aussi de
l’altérité. La première hypostase, l’être qui procède de l’Un est
essentiellement Esprit, pensée qui contient en elle l’altérité, le pensé,
l’intelligible, les idées mais qui unifie tout avec son activité en le
reconduisant à l’unité. Plotin conçoit l’Esprit comme autoréflexion,
pensée qui se pense elle-même : quoique l’objet de sa pensée soit les idées,
l’intelligible, celles-ci ne se distinguent pas de lui. C’est précisément en
pensant que l’Esprit est et qu’il est un, image de l’Un. Il y a une identité
totale – une identité dynamique – dans l’Esprit entre pensée et être.
L’intelligence est donc essentiellement les êtres et, quand elle les
pense, ils ne sont pas hors d’elle ; ils ne lui sont ni antérieurs ni
postérieurs. L’intelligence est le premier législateur, ou plutôt elle est la
loi même de l’existence. On a donc eu raison de dire : « La pensée est la
même chose que l’être. » (Ennéades, V, 9, 5).
C’est-à-dire, lorsque l’Esprit pense l’être – les Idées – il est l’être.
L’Esprit est la pensée qui est en pensant et c’est seulement parce qu’il est
être qu’il pense l’être comme soi-même. C’est dans son activité
autoréflexive que l’Esprit se reconnaît comme le véritable être qui unifie
constamment et renvoie à son origine. L’Esprit est contemplation
vivante. Une vie dans laquelle il n’y a pas de distinction entre le
contemplant et le contemplé ; ce qui est contemplé est lui-même. Une vie
en soi, une vie qui procède de soi et qui fonde toute autre vie. Si la vie la
plus vraie est la vie de la pensée, si la vie la plus vraie et la vie de la pensée
sont identiques, il en résulte que la pensée la plus vraie est une chose
vivante. Cette contemplation est vie, l’objet de cette contemplation est être
vivant et vie, et tous les deux ne font qu’un (Ennéades, III, 8, 8).
L’Esprit est conçu par Plotin comme unité ou identité dans la
différence ; il est en même temps unité et différence ; un et multiple : l’être
18
qui mérite vraiment et essentiellement le nom d’être, au lieu de n’en avoir
qu’un vestige qui ne serait pas l’être et qui n’en offrirait qu’une image,
l’être, dis-je, est une chose multiple (Ennéades, V, 3, 13).
L’intelligence, dès qu’elle est parfaite, engendre l’âme, par cela même
qu’elle est parfaite et qu’une si grande puissance ne doit pas rester stérile
(Ennéades, V, 1, 7).
Avec cet admirable livre qui explicite les fondements de la pensée de
Plotin, la Sœur Gilles Aimée Cisse nous montre le chemin sûr d’une
compréhension indiscutable, elle approfondit la substance du mariage
hypostatique autrement, bref, elle ouvre une nouvelle grille de
compréhension plotinienne. La transformation du monde en mal
d’autodétermination philosophique, de sérieux dans la façon de procéder
ne se réalisera que par un passage à un niveau supérieur où, pour Plotin,
toutes les formes de vie procèdent de l’activité spirituelle rendue possible
par l’ineffable perfection de l’Un. Pour parachever Plotin, l’enjeu
principal de ce formidable opus est de parfaire le chemin philosophique
ancien, aller à l’ultime moment de la pensée et méditer sur le socle de la
réalité existentielle dans sa configuration existentiale. Plus qu’un livre de
philosophie consacré à un auteur incommensurable de l’Antiquité, cet
ouvrage est aussi le moment de la célébration de ce que ne comprend pas
notre nature naturante toujours naturée par elle-même. Facile comme
difficile, le livre garde et mérite toute son importance incontestable. Pour
tout dire, il est l’un des meilleurs livres de notre époque.

Placide MANDONA
Écrivain
Professeur de philosophie morale et d’histoire de la philosophie moderne à
l’Institut de philosophie et de théologie Saint-Augustin de Dakar,
Assistant de recherche à l’Université de Lubumbashi
Directeur de la Revue de philosophie et de théologie Rationalité Ardente
Candidat à la vie religieuse piariste (Ordre des Écoles Pies)
19


ARGUMENT
Selon Platon, seul l’intelligible est réalité, le sensible
relève de l’apparence, de l’illusion. Plotin, quant à lui,
procède à une modification du statut du sensible auquel il
attribue une réalité ontologique inférieure. Ainsi, il rétablit
une cohérence logique entre l’intelligible et le sensible grâce
à la théorie des processions.
Dans ce tome, nous nous efforcerons particulièrement
d’examiner les fondements de la philosophie plotinienne.
Pour atteindre cet objectif, nous nous intéresserons
d’abord aux hypostases plotiniennes, puis à l’essence de
l’âme, ainsi qu’à la typologie des âmes. Ensuite, nous
donnerons les caractéristiques de l’âme avant d’identifier les
diverses activités diacosmétiques de l’âme. Nous finirons
par l’analyse de l’éthique plotinienne.


21


INTRODUCTION
Plotin, figure majeure de la pensée antique, élabore une
pensée qui demeure inépuisable. C’est du moins ce que
nous pouvons dire après une longue recherche sur ce que
nous considérons comme les fondements de sa philosophie.
À première vue, une question reste à poser : «
Qu’appelle-ton fondement ? »
De façon simple, le fondement est ce qui fonde,
c’est-àdire l’élément, le principe fondamental sur lequel quelque
chose repose, la base, mieux, la quiddité d’une res. Comme la
quiddité, l’approche est ici scolastique et fait comprendre le
concept de « fondement » comme un « principe actif du
composé substantiel qui, s’unissant à la matière, constitue
avec elle un corps et le situe dans une espèce déterminée ».
Chez Aristote, « la forme substantielle est le principe qui
individue une substance. Les formes physiques sont
composées de matière passive et d’une forme active : il y a
un principe substantiel générateur de la chose. La nature
d’une chose n’est autre que la forme de cette chose. La forme
est le principe interne de mouvement qui situe un être dans
6la classe des êtres naturels » . Pour le dire aisément, le
fondement est « l’essentiel de l’essence de quelque chose ».

6 T. Hocquet, « Les formes substantielles : Descartes contre la
scolastique ? », in Séminaire de recherche en philosophie,
Département de philosophie de l’université de Nanterre, 2009.
23
Dans le travail qui est le nôtre, nous entendons par
« fondements de la philosophie plotinienne » les éléments
centraux qui reviennent dans chaque développement traité
par le pourfendeur de la question de la procession, des
hypostases. Nous pourrions dire aussi par « fondements de
la philosophie de Plotin » qu’il s’agit bien de clarifier les
thèmes de base de sa philosophie. En effet, en choisissant le
concept de fondement, nous sommes convaincus de la
nécessité d’un concept vers lequel convergent des
problèmes métaphysiques, éthiques, psychologiques,
théologiques, etc. Sa philosophie, dans une rareté sans
soupçon, embrasse tant de domaines de l’existence pratique
que tant de domaines de l’existence théorique. Ainsi,
beaucoup de notions dans cette philosophie sont d’une
utilité nécessaire pour analyser la condition humaine dans
une approche globale, voire globalisante. Certes, le
fondement fonde, c’est la base d’une théorie, le socle de
l’essentiel de l’essence. Pour Plotin, les fondements de sa
théorie philosophique sont davantage dans un ordre
métaphysique mais ils s’enracinent dans la totalité des
dimensions de l’existence humaine et, en dernière analyse,
de la structure complexe de ce qui est. Il convient donc de
considérer les fondements plotiniens d’un point de vue
ontologique si l’on veut les comprendre d’un point de vue
éthique en passant par d’autres aspects de l’essence
existentielle, notamment les hypostases, l’essence de l’âme,
la typologie des âmes, les caractéristiques de l’âme, les
diverses activités diacosmétiques de l’âme et l’analyse de
l’éthique plotinienne. Autant d’éléments difficiles, rarement
abordés et richissimes de sens.
Pour rester dans la cohérence intellectuelle de la théorie
plotinienne, nous nous proposons quelques méthodes
susceptibles de mieux saisir le sens du contenu essentiel de
24
notre philosophe. Ainsi, ce livre utilisera une méthode de
lecture analytique, comparative et critique pour
comprendre les origines des idées défendues par Sœur
Gilles Aimée et pour examiner les points de rapprochement
et d’éloignement entre Plotin et ses devanciers autour de
divers axes constituant ce que l’on peut appeler ou qualifier
de principaux auteurs de la métaphysique intérieure, en
l’occurrence Platon et Aristote, dans leur approche
métaphysique, éthique, bref, philosophique.
Il est à noter que les textes de Plotin comme ceux d’autres
auteurs utilisés dans cette recherche sont originels, sauf
indication contraire, sans recours aux traductions lorsque
des traductions sont disponibles, cela pour rester fidèle à
l’auteur, éviter des quiproquos, et partant, permettre une
lecture critique.
Notre approche voudrait déchiffrer le message du
« principe comme fondements » de la philosophie de cet
illustre philosophe du néoplatonisme. Ce faisant, nous
essayerons d’expliquer minutieusement les grands
moments qui fondent sa pensée. C’est ce qui justifie
l’ossature de cet ouvrage. Composé de six chapitres, nous
traiterons dans l’ensemble des hypostases plotiniennes,
c’est-à-dire de ce triptyque l’Un, l’intelligence et l’âme qui
constitue le monde intelligible au sens large. Le terme
« hypostase » pourrait se traduire par : « niveau de réalité »,
« existence », « degré ontologique ». Et ce triptyque
plotinien englobe l’existence dans sa réalité métaphysique
comme dans celle physique ou sensible. La formulation
plotinienne de l’Un est semblable à la dialectique africaine
du sacré. En effet, pour l’Africain naturel, l’homme aurait
du mal à donner un sens à son existence. Le sacré est conçu
comme principe, modèle et fin de tout. C’est toujours le
sacré qui est situé au premier niveau de l’existence, il crée et
25
7nul ne peut le créer. Il est l’éternel sans commencement. De
l’Un découle d’autres hypostases.
L’essence de l’âme étudie l’âme dans son aspect originel,
c’est-à-dire métaphysique. La typologie des âmes se donne
pour mission d’étudier diverses âmes alors que les
caractéristiques de l’âme fournissent les différents états de
cette hypostase. Les diverses activités diacosmétiques
semblent mettre un terme à la perspective métaphysique et
ouvrent le moment dernier de la téléologie existentielle
sensible : l’éthique. Le dernier chapitre traite en long et en
large de l’éthique plotinienne dans une perspective antique.


7 Placide Mandona, Léopold Sédar Senghor. Approches littéraire et
politique, Dakar, L’Harmattan, 2018, p. 23-24.
26